Le batelier vint ouvrir dés qu'ils frappèrent à sa porte. Quand il vit les nains, il tenta de refermer avec un :
-« Ah non ! J'en ai fini avec vous ! »
Il n'avait pas vu Ofélia, mais avant qu'elle n'ait eu le temps de se montrer pour implorer son aide Bofur prit la parole :
-« Je vous en prie. Personne ne nous aidera ! C'est Kili. Il est malade... très malade »
En disant ça, il se décala pour que l'archer puisse voir le jeune nain. L'expression du batelier se teinta de pitié et d'inquiétude.
-« Entrer. » leur dit-il en s'écartant de la porte.
Ils installèrent Kili dans un des lits des enfants, dans la pièce principale, et Oïn tenta de soulager sa souffrance sous leurs regards attentifs.
Ofélia était resté un peu en retrait. Elle s'inquiétait beaucoup pour le jeune nain. Bard s'approcha d'elle et lui demanda ce qui s'était passé.
Elle lui expliqua leur fuite de chez les elfes et la flèche de l'orc qui avait atteint Kili à la cuisse. Bard ne put s'empêcher de remarquer que sa voix tremblait légèrement. Il ne posa pas de question, mais la regarda avec insistance, alors elle lui livra le fond de sa pensée. Elle craignait que la flèche n'ait été empoisonnée.
-« C'est pour lui que vous êtes restée ? » demanda le batelier.
-« Comme si je pouvais y changer quelque chose. » dit-elle d'un ton amer « Non. Ce n'était pas ma décision. »
Dans l'après-midi, Kili s'assoupit et Fili et les autres en profitèrent pour venir s'asseoir autour de la table. Ils se demandaient où en étaient leurs compagnons. Il leur fallait trouver la porte avant la fin de la journée.
Elle croisa le regard de Bard et comprit qu'il espérait qu'ils échoueraient. Elle ne comprenait que trop bien pourquoi. Le dragon était comme une épée de Damoclès au-dessus de la ville. Depuis 60 ans, il dormait, mais si les nains le réveillaient et ne réussissaient pas à le détruire, la ville d'Esgaroth serait la première qu'il atteindrait.
Dans la soirée, l'état de Kili empira. Il hurlait de douleur et délirait à cause de la fièvre.
-« Ne peux-tu rien faire pour lui ? » demanda Fili d'une voix tendue.
-« Il me faudrait des plantes pour faire baisser la fièvre » répondit Oïn avec une certaine impatience.
Bard fouilla sur une étagère et en sorti de petits sachets en tissus dont il examina le contenu.
-« J'ai de la camomille, de la morelle, de... »
-« Ça ne sert à rien ! Auriez-vous de la feuille des rois ?
-« La feuille des rois ? Non, c'est de la mauvaise herbe, on s'en sert pour nourrir les porcs ».
-« Mauvaise herbe ? Les porcs ? » marmonna Bofur.
-« Toi, tu ne bouges pas ! Je reviens. » dit-il à Kili, comme si dans son état il pouvait s'envoler, avant de se précipiter vers la porte.
Ofélia le rattrapa en haut des escaliers de la maison
-« Où tu vas » demanda-t-elle
-« Quand nous sommes venus, ce matin, j'ai vu un enclos avec des porcs. Avec un peu de chance... »
-« Soit prudent. » dit-elle simplement
-« Toujours » lui répondit-il en faisant un pas en arrière, se rattrapant de justesse à la rampe quand il rata la première marche de l'escalier.
Elle le regarda s'éloigner avec une certaine inquiétude en secouant la tête avant de retourner à l'intérieur. Soudain, une violente secousse ébranla la maison, l'obligeant à se rattraper à le chambranle de la porte.
-« Qu'est-ce que c'était » demanda Bain. « Un tremblement de terre ? »
-« Non » répondit Bard en croisant le regard d'Ofélia. « Ça, c'était le dragon. »
Fili s'approcha de lui en disant :
-« Prenez vos enfants et partez ! »
-« Pour aller où ? Il n'y a plus nulle part où aller à présent. »
-« Le dragon ? » s'écria Tilda « Est-ce qu'il va nous tuer ? »
-« Non, chérie, » répondit Bard, s'efforçant de garder un ton calme.
Son regard se durcit et il leva les yeux vers une tringle sur laquelle était attaché des plantes séchées.
-« Pas si je le tue en premier. » dit-il en arrachant le support.
Il dévoila alors une longue flèche à la pointe vrillée.
Il quitta la maison, suivi par son fils.
Ofélia alla relayer Oïn auprès de Kili. Ils ne pouvaient rien faire d'autre que de lui bassiner le visage et les bras en espérant faire baisser la fièvre. Il était brûlant, couvert d'une sueur malsaine et son visage déformé par la souffrance avait la couleur de la cendre. Le cœur d'Ofélia était serré. Elle espérait de tout cœur que Bofur reviendrait vite avec la plante, et que ça marcherait, si non, elle pressentait que Kili ne passerait pas la nuit. Elle s'efforçait de retenir ses larmes, elle ne voulait pas que Kili voit à quel point elle était inquiète, il n'avait pas besoin de ça, mais sa gorge était si serrée qu'elle était incapable de parler.
Sigrid était sortie sous le porche pour voir si son père était de retour, Ofélia l'entendit appeler doucement :
-« Papa ? C'est toi ? »
Presque aussitôt après elle l'entendit hurler. Un hurlement de terreur, et la jeune fille tenta de rentrer et de refermer la porte sur un orc.
Fili bondit à son secours, mais le temps qu'il traverse la pièce, l'orc avait poussé la porte avec tant de violence que la jeune fille fut projetée sur le banc et roula sous la table.
Des orcs investirent la pièce, venant de partout, du toit, des fenêtres. Sigrid était encore sous la table un peu sonnée, Ofélia vit Tilda assommer un des orcs avec une poêle à frire et malgré l'urgence de la situation, elle ne put s'empêcher de sourire en pensant qu'elle avait du cran cette gamine.
Fili et Oïn se battaient comme de beaux diables avec les armes qu'ils avaient refusées un peu plus tôt. Ofélia, elle, devait se contenter d'un couteau de cuisine qu'elle avait réussi à attraper sur l'évier et d'un tisonnier, les autres armes étaient beaucoup trop lourdes pour elle.
Sigrid tira sa sœur sous la table avec elle alors que les nains s'efforçaient de repousser les orcs et qu'Ofélia s'efforçait de les garder à distance d'elle, mais à deux et un quart, ils ne pouvaient pas faire grand-chose. Ofélia réalisa que les orcs étaient en train de les déborder.
Déjà, elle était acculée contre la cheminée. Dans un sursaut de désespoir elle saisit la marmite d'eau qui y chauffait, ignorant la douleur de la brûlure sur ses mains, et la jeta sur les deux orcs qui l'assaillaient, mais ça ne lui fit gagner que quelques secondes avant que d'autres ne les remplace.
Alors qu'elle pensait que tout était perdu, elle crut avoir une hallucination. De la porte défoncée venait de surgir la belle elfe rousse. A elle seule, elle abattit trois orcs en quelques secondes.
Ofélia vit Fili se jeter sur Sigrid en lui disant :
-« Baisse-toi ! »
Le poignard de l'elfe déchira l'air où ils se trouvaient une fraction de seconde plus tôt pour aller se planter dans la gorge de l'orc qui menaçait Kili à l'autre bout de la pièce.
Un instant distraite par le cri de Fili, Ofélia ne remarqua l'orc qui se jetait sur elle que quand Legolas le décapita d'un coup d'épée. Elle se demanda vaguement à quel moment l'elfe était entré dans la maison. Mais ça n'avait finalement absolument aucune importance.
Aussi soudainement qu'ils avaient attaqué, les orcs battirent en retraite.
Legolas se précipita à leur poursuite, ordonnant à Tauriel de le suivre. Alors qu'elle atteignait la porte et jetait un dernier regard douloureux à Kili, Fili cria :
-« Aidez-nous. Il va mourir ! »
Ofélia vit l'hésitation de l'elfe et compris à ce moment-là que son cœur saignait pour le jeune nain.
Elle s'avança à son tour
-« Tauriel ! » l'appela-t-elle « vous ne pouvez pas l'abandonner ! » s'exclama-t-elle.
Le regard de l'elfe se posa sur elle, exprimant tout son désespoir et son impuissance.
-« Tauriel ! Vous ne vous le pardonnerez jamais » cria-t-elle à nouveau.
Mais l'elfe se détourna et sorti.
Ofélia eut l'impression qu'on lui arrachait le cœur. Elle savait au fond d'elle que l'elfe était la seule à pouvoir faire quelque chose pour Kili. Sans elle, il allait mourir, et il n'y avait rien qu'elle puisse faire contre ça.
Elle se précipita vers le jeune nain qui était tombé du lit pendant la bagarre. Elle essayait de l'aider à se relever quand elle entendit les voix de Bofur et de Tauriel au dehors.
Fili venait de la rejoindre pour l'aider à recoucher son frère quand Tauriel pénétra à nouveau dans la maison, suivi d'un Bofur à l'air stupéfait, et ordonna d'étendre Kili sur la table et de le maintenir. Kili hurlait et se débattait.
Ensuite, elle prépara la plante que Bofur avait ramenée avant de commencer à réciter ce qui ressemblait à une formule magique, avant de l'appliquer fortement sur la plaie à la cuisse de Kili.
Quand elle appuya sur la plaie, Kili se cabra, hurlant de douleur. Sigrid pesa de tout son poids sur ses jambes pour l'empêcher de se débattre, mais s'était loin d'être suffisant, elle appela sa sœur à l'aide.
Fili tenait la tête de son frère, regardant Tauriel avec espoir. Ofélia, elle se sentait inutile. Avec ses mains blessées, elle ne pouvait pas les aider. Elle était frustrée.
Tauriel maintenait la pression sur la cuisse de Kili, continuant à psalmodier ses formules, avec de plus en plus de force. Kili se débattait comme un beau diable et ils avaient du mal à la maintenir. Puis, le regard de Kili se bloqua sur l'elfe, ses yeux s'écarquillèrent, il la regardait avec adoration, comme si elle était la plus belle chose qu'il n'eut jamais vue. Il s'apaisa
presque immédiatement et tous purent voir que son visage perdait le masque de mort qui l'avait recouvert.
Quand se fut fini, Kili flottait à la lisière de l'inconscience. Ses compagnons l'avaient lâché et s'était éloignés laissant l'elfe finir de bander la plaie.
Elle entendit Oïn dire qu'il avait entendu dire que les remèdes elfiques faisaient merveille et que là, ils avaient eu le privilège de le constater.
Elle entendit Kili chuchoter le nom de Tauriel, il était faible et délirait légèrement. Il dit qu'elle ne pouvait pas être réelle, il parla de Tauriel marchant sous la lueur des étoiles, très loin de lui et demandant si elle avait pu l'aimer. Ofélia vit qu'il faisait un effort presque surhumain pour bouger ses doigts et les mêler à ceux de Tauriel. L'elfe le regardait avec une tristesse tendre au fond des yeux, comme si elle luttait contre ce qu'elle ressentait pour le jeune nain.
Ofélia trouva cette scène très émouvante.
Quand Tauriel eut fini ses soins, les nains portèrent Kili jusqu'au lit et l'y installèrent. Il s'endormit presque immédiatement, mais à présent, son visage, bien qu'encore hâve, était serein. Il ne souffrait plus. Tauriel s'installa prés de lui et commença une veille vigilante, lui caressant doucement le front.
Ils essayaient de remettre un peu d'ordre dans la pièce lorsqu'Oïn surprit la grimace que fit ofélia en tentant de ramasser les débris de vaisselle qui jonchaient le sol. Il s'approcha d'elle et se saisit de ses mains, tournant les paumes vers lui. Elles étaient traversées par une large bande profondément brûlée. Il s'exclama :
-« Ofélia, mon dieu, vos mains, il faut soigner ça... »
Il commença à nettoyer ses plaies avant d'ajouter :
-« Quel dommage que nous n'ayons plus de cet onguent que les elfes de Fondcombe, vous avez donné...
-« Ceci devrait faire l'affaire » dit la voix de Tauriel en sortant de sa poche un tout petit pot en terre. « C'est un onguent que nous utilisons beaucoup ».
Tauriel en préleva l'équivalent d'une noisette de baume et l'étala sur les blessures de la jeune femme. Instantanément, Ofélia ressentit un soulagement. Ce baume-là semblait encore plus efficace que celui de Fontcombe. »
-« Merci. » murmura-t-elle.
Oïn banda ses mains et l'obligea à s'asseoir dans un coin avec interdiction de se servir de ses mains pendant quelques heures.
Désoeuvrée, elle observait ses compagnons.
Elle jeta un coup d'œil à Kili. Il dormait paisiblement, Tauriel, assise prés de lui le veillait en lui parlant tout bas. Ofélia ne pouvait pas comprendre ce qu'elle lui disait, mais elle voyait l'expression de son visage. Elle comprit que c'était des mots tendres, des mots de réconfort et d'espoir. Tauriel se sentit observée et tourna les yeux vers Ofélia. Elle lui sourit doucement et Ofélia lui rendit son sourire. Elle se prit à espérer une « happy end » pour eux deux. Mais, elle savait que même s'ils réussissaient, si Thorin reprenait la montagne et que le dragon soit détruit, il était peu probablement que ses deux là puissent vivre leur amour au grand jour.
Quoi qu'il en soit, pour le moment, ils étaient ensemble et Ofélia voyait que la présence de l'elfe apaisait le jeune nain. Il était calme et détendu. Son visage reprenait lentement des couleurs.
Elle reporta son attention sur les autres. Bofur et Oïn s'attachaient à redresser les meubles et à déblayer les débris les plus importants. Fili de son côté était avec les filles de Bard. Il était très prévenant. Particulièrement avec Sigrid, et la jeune fille ne paraissait pas insensible à ses attentions.
Ofélia eut un petit sourire en coin en relevant un sourcil. Elle trouvait que les neveux de Thorin avaient bien mal choisi leur moment pour tomber amoureux, et que les présentations à la famille risquaient de faire grimper Thorin au plafond. Elle n'était pas sûre qu'il accepterait avec plus de grâce la fille de Bard que l'elfe.
Elle en était là de ses réflexions lorsque le fils de Bard revint. Il s'arrêta sur le pas de la porte défoncée, regardant la pièce ravagée d'un air interloqué avant de demander :
-« Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? »
Ce à quoi Ofélia répondit :
-« Où est ton père ? »
Une nouvelle secousse, plus violente que la précédente ponctua sa question.
Il lui expliqua que les gardes les avaient poursuivis et que son père lui avait confié la flèche pour qu'il la mette en lieu sûr, mais qu'il pensait qu'ils l'avaient arrêté.
Ofélia serra les paupières en se disant qu'ils jouaient de malchance. Elle avait déjà compris que Bard était le seul archer de la ville suffisamment doué pour abattre le dragon si nécessaire, surtout qu'ils n'avaient qu'une seule flèche. Il fallait qu'ils le sortent de là. Il n'y avait pas d'autre solution. Il fallait qu'ils le fassent évader des geôles d'Esgaroth.
Elle commença à avoir un embryon d'idée. Elle se fit expliquer où était la prison. Bain se doutant qu'elle avait quelque chose derrière la tête commença à dire qu'il voulait venir avec elle, qu'il voulait faire quelque chose.
La dernière chose dont elle avait besoin était d'impliquer le fils de Bard dans le plan tordu qui commençait à germer dans son esprit.
Il lui fallut toute sa persuasion pour le convaincre que ses sœurs avaient plus besoin de lui qu'elle, qu'ils ne pouvaient pas prendre le risque que lui aussi soit prit, puisqu'il savait où était la flèche. Il finit par se laisser fléchir.
Ensuite, elle prit les nains à part.
-« J'ai une idée. Mais, il me faut de l'argent. »
Quand elle leur expliqua son plan, ils se récrièrent qu'elle était folle, que ça ne pouvait pas marcher et commencèrent à parler de prendre la prison d'assaut.
-« Ça suffit ! » hurla-t-elle avec autorité, faisant sursauter tout le monde.
Dans le silence stupéfait qui s'ensuivit, elle reprit :
-« Vous croyez vraiment pouvoir prendre d'assaut la prison à trois nains ? Dés que les gardes auront sonné l'alerte, vous n'aurez plus aucune chance et vous ne pouvez pas vous permettre de vous faire arrêter. Le seul moyen est d'agir par la ruse. Et puis, si les orcs reviennent, il faut que vous soyez là pour protéger les enfants de Bard et Kili. »
-« Tu peux pas te promener seule dans cette ville » dit Fili.
-« Non, » renchérit Bofur « tu ne connais pas assez les us et coutumes de ce monde. Je viens avec toi ! »
-« D'accord » céda-t-elle.
Quand elle demanda à Bain où se trouvait la taverne, il fut tellement choqué que dans un premier temps, il lui répondit, avant de s'exclamer :
-« Notre maison est détruite, mon père est en prison et un dragon menace de s'abattre sur la ville, et tout ce que vous trouvez à faire, c'est d'aller à la taverne ? »
Elle lui sourit et lui fit un clin d'œil en disant :
-« Fais-moi confiance. »
Il la regarda, interloqué, mais ne répliqua pas. Curieusement, il avait confiance en elle.
