Bon anniversaire Sarah !


La tour n'était pas très éloignée, mais Ofélia eut l'impression qu'elle mettait des heures à l'atteindre. Elle était obligée de contourner les obstacles ou de les escalader, elle dut même se jeter à l'eau et nager quand elle arriva à un ponton effondré. Elle ne voulait pas prendre le risque de perdre du temps en faisant un détour.

Autour d'elle, la ville flambait, les flammes se propageaient rapidement de maisons en maison, mais elle ne s'en souciait pas, elle ne voyait rien de ce qui l'entourait tant elle était focalisé sur son but : atteindre la tour. Elle ne savait même pas ce qu'elle pourrait faire une fois qu'elle l'aurait atteinte. Une épreuve à la fois.

Enfin, elle atteignit les ruines de la tour et resta pantelante. Ce n'était plus qu'un tas de planches et de poutres en flammes. Qu'avait-elle donc espéré ? Même s'il avait survécu à la chute, à présent, il était ensevelit sous des tonnes de gravas.

Elle parcourut quand même des yeux les alentours et l'appela, mais sans réponses.

-« Bard ! » appela-t-elle une dernière fois d'une voix brisée par l'émotion au souvenir de cet homme dont la vie avait été dévastée par leur arrivée.

Elle s'avança vers le bord de l'eau, par acquit de conscience, mais les flots étaient sombres et s'il avait coulé, elle ne pouvait pas le voir. Ce n'est qu'à cet instant qu'elle prit conscience de la destruction presque totale de la ville, et du fait qu'elle était seule, complètement seule sur cette île de bois en train de cramer.

Soudain, elle entendit un gémissement. Elle baissa les yeux et vit le batelier accroché à une planche. Le temps qu'elle réagisse, il perdit connaissance et ses mains lâchèrent sa planche de salut.

Elle n'avait pas beaucoup de dons utiles ici, mais elle en avait au moins un. Elle nageait bien, très bien même et était parfaitement à l'aise dans l'eau.

Elle plongea.

Bard était déjà à plusieurs mètres sous l'eau quand elle parvint à le rejoindre. Passant un bras autour de sa poitrine, elle le serra contre lui et commença à nager pour remonter.

Lorsqu'elle émergea, elle vit que le ponton qu'elle avait quitté quelques secondes plus tôt flambait et qu'elle ne pouvait pas compter y remonter. Elle réalisa aussi que l'ensemble de la ville brûlait et n'allait pas tarder à s'écrouler. Elle n'avait d'autre choix que de nager vers la rive en soutenant Bard. C'est alors qu'elle réalisa avec horreur qu'elle n'avait pas la moindre idée de quel côté se trouvait la rive la plus proche !

Cette fois, elle ne s'en sortirait pas. C'était impossible. Soudain, le souvenir d'une citation de chez elle lui revint en mémoire « Ils ne savaient pas que s'était impossible, alors ils l'ont fait ». Cette pensée la galvanisa. Il fallait qu'elle essaye. Mourir soit, mais pas en restant là en attendant de se prendre ce qui restait des bâtiments sur le coin de la gueule.

Avec un peu de chance, elle irait dans la bonne direction... Elle ne put retenir un ricanement qui lui fit boire la tasse. Elle ? De la chance ? En même temps, jusqu'ici, elle ne s'en était quand même pas trop mal sorti. Sur le fil du rasoir parfois, mais quand même.

Elle balaya du regard l'espace autour d'elle. Au loin, il lui sembla apercevoir des lueurs tremblantes, comme des torches, alors elle nagea dans cette direction.

Elle se mit sur le dos, glissant son corps sous celui du batelier pour le soutenir, lui tenant la tête hors de l'au avec une main, elle nagea avec son autre bras et ses jambes.

Au abord de la ville, l'eau n'était plus froide. Le souffle du dragon et les flammes de la ville en avaient réchauffé les couches supérieures, mais dés qu'elle s'éloigna, le froid la saisie. Elle avait l'impression de ne plus avancer et le désespoir commença à l'étreindre, grandissant au fur et à mesure que l'épuisement prenait le pas sur l'adrénaline. Bientôt des crampes se firent ressentir et ses muscles la brûlaient et se tétanisaient comme s'ils avaient été gorgés d'acides.

Elle avait de plus en plus de mal à garder la tête hors de l'eau, de plus en plus de mal à supporter le poids de l'homme inconscient sur elle. Il l'entraînait de plus en plus souvent vers le fond et elle devait lutter, s'épuisant un peu plus pour remonter à la surface.

Soudain, sa tête heurta violemment quelque chose et elle faillit vraiment se noyer avant de réussir à se stabiliser et à se retourner. Un morceau de passerelle flottait derrière elle.

Dans un dernier effort, elle réussit à y pousser Bard, mais elle ne réussit pas à s'y hisser elle-même. Ses bras n'avaient plus assez de forces pour soutenir le poids de son corps. Elle se contenta d'appuyer les coudes sur la planche, espérant qu'un instant de repos lui permettrait de reprendre des forces et de repartir.

Elle appelait Bard, espérant qu'il revienne à lui et ait suffisamment d'énergie pour l'aider à le rejoindre sur la planche, mais il restait inconscient. La seule chose qui lui prouvait qu'il était encore en vie était la légère buée qui s'échappait de ses lèvres dans l'air glacé de la nuit. Elle remarqua que ces cheveux étaient poissés de sang et qu'une profonde entaille sur le côté de sa tête saignait abondamment.

L'eau était glacée et elle tremblait de plus en plus, à tel point qu'elle avait presque du mal à se tenir à la planche et ses pensées devenaient nébuleuses. Elle avait de plus en plus de mal à réfléchir de façon cohérente. Son esprit battait la campagne, et comme chaque fois qu'il battait la campagne, il lui vint des idées loufoques. Elle éclata de rire en pensant à quel point sa situation ressemblait au final de « Titanic » avant de fondre en larmes quand elle réalisa que la même mort que Jack l'attendait.

Elle se dit que ce n'était quand même pas de chance pour quelqu'un d'aussi frileux qu'elle doive mourir de froid après avoir faillit être incinérée vivante par un dragon.

La torpeur l'envahissait de plus en plus, elle ne fut même pas consciente que les tremblements avaient cessé et elle se dit que finalement, mourir de froid n'était pas si mal. Un peu désagréable certes, mais au moins ce n'était pas douloureux. Tout ce qu'elle avait à faire, c'était de cesser de lutter contre le sommeil et tout serait fini. Elle n'eut même pas conscience qu'elle coulait.

Dans un dernier sursaut, elle ouvrit les yeux sous l'eau et vit un bras plonger à sa rencontre et saisir ses cheveux avant de la tirer hors de l'eau. Il faillit faire chavirer le frêle esquif, mais finalement, Bard réussit à la tirer à côté de lui avant de s'effondrer. Elle était tellement épuisée qu'elle n'avait même plus la force de pleurer. Ses paupières étaient si lourdes qu'elle peinait à les garder ouvertes.

-« Ofélia ! Ne vous endormez pas ! » lui interdit Bard.

Elle fit un effort pour entrouvrir les yeux. « Pourquoi pas ? » se demanda-t-elle, elle était tellement fatiguée, pourquoi ne pas fermer les yeux et se laisser aller quelques minutes.

-« Ofélia ! Si vous vous endormez, nous mourrons tous les deux ! Je ne m'en sortirais pas sans vous. »

Qu'est-ce qu'il racontait ? Il n'avait pas besoin d'elle. Il était fort et courageux, il pouvait atteindre la rive sans elle. Elle, elle ne servait à rien, si ce n'est à le ralentir.

Elle sentit que quelqu'un bougeait son corps. Elle avait l'impression d'être une poupée de chiffon dans ses bras. Il la serra contre lui, lui frottant le dos avec autant d'énergie qu'il le pouvait.

Il avait deviné son épuisement et sa tentation de se laisser glisser vers le grand sommeil. Mais c'était hors de question ! Tant qu'il était vivant, il la retiendrait. Tant qu'il était vivant, il ferait tout pour qu'elle le soit aussi. Il savait ce qu'elle avait fait pour lui. Bien qu'incapable de bouger, il était encore à demi conscient quand elle avait plongé pour venir le repêcher. Sur le moment, il avait cru qu'une ondine venait le réclamer avant de reconnaître la jeune femme qui accompagnait les nains. Il était hors de question qu'il la laisse mourir. Pas maintenant, pas comme ça.

Ofélia le regardait. Elle se demandait pourquoi il tenait tant à la sauver. Après tout, elle faisait partie de ceux qui avaient apporté le malheur sur sa ville. Tout en lui parlant et en la serrant contre lui, il la regardait, et ses yeux sombres étaient emplit d'une réelle inquiétude, un réel intérêt pour elle. Ses yeux étaient aussi sombres que ceux de Thorin étaient clairs. Malgré l'épuisement et la faiblesse, ou peut-être à cause d'eux, elle se prit à regretter un instant de ne pas avoir rencontré Bard avant Thorin.

Thorin... Était-il seulement encore en vie ?

Au bout d'un moment, son esprit s'éclaircit légèrement.

-« Ofélia, il faut regagner la rive ! » dit Bard contre son oreille.

-« Comment ? » souffla-t-elle.

Ils rampèrent chacun d'un côté du ponton et commencèrent à pagayer avec leurs mains en direction de la berge.

Lorsque la planche butta contre la terre, Bard l'aida à se relever et s'appuyant l'un contre l'autre, ils titubèrent vers le haut du talus en pente douce avant de s'écrouler l'un sur l'autre. La dernière chose qu'elle vit avant de perdre conscience fut la ville qui achevait de se consumer dans la nuit.

Lorsqu'elle revint à elle, l'aube se levait. Elle était glacée, une pierre lui rentrait douloureusement dans le dos et un poids comprimait sa poitrine. Elle ne se rappelait pas où elle était ni comment elle avait bien pu y arriver.

Baissant les yeux, elle vit la tête d'un homme sur sa poitrine. Ses cheveux longs et ondulés maquaient son visage.

-« Thorin » murmura-t-elle avec espoir

Réunissant toute ses forces, elle leva la main pour caresser ces cheveux. Elle les dégagea doucement et découvrit le visage de Bard.

Alors elle se rappela des évènements de la veille. Du bout des doigts, elle effleura le visage de l'homme inconscient et le trouva glacé. La panique s'empara d'elle, de lourds sanglots déchirèrent sa poitrine, rendant sa respiration sifflante et difficile, conjuguée au poids du batelier sur elle.

-« Bard » sanglota-t-elle « Bard... je t'en pris, ne soit pas mort. »

Elle caressait son visage et ses doigts s'égarèrent sur ses lèvres. Un léger souffle les effleura. À travers l'angoisse et la panique, la sensation mit un certain temps à se frayer un chemin jusqu'à ce qui lui restait de raison. « Il respire » réalisa-t-elle, et le soulagement redoubla ses pleurs.

Il lui fallut longtemps pour retrouver ses esprits. Peu à peu, les sanglots s'espacèrent et sa raison reprit le dessus.

Elle secoua Bard autant que sa position le lui permettait. Elle envisagea même de le gifler, mais vu sa position, elle n'aurait pas pu lui donner plus qu'une petite tape bien faible.

Elle essaya de le pousser pour se dégager, mais, leurs jambes étaient emmêlées et elle était empêtrée dans ses bras. Et puis, de toute façon, elle n'avait pas assez de forces pour espérer bouger un tel poids mort.

Alors, elle se résigna et attendit, le secouant et l'appelant à intervalle régulier, vérifiant aussi régulièrement qu'il continuait de respirer en glissant ses doigts devant ses lèvres. Elle fut rassurée de voir que son souffle restait régulier et devenait de plus en plus fort.

Enfin, il bougea.

-« Bard... » L'appela-t-elle à nouveau.

Il leva vers elle des yeux hagards. Elle se sentait faible, mais il était évident qu'il n'était pas vraiment en meilleure forme qu'elle. Le sang sur son visage avait séché et ses yeux étaient fiévreux. Rectification, il semblait en plus mauvaise forme qu'elle.

Réalisant dans quelle position ils étaient, il tenta de se relever sur les bras pour s'éloigner d'elle, mais ses bras cédèrent sous le poids de son torse et il s'écrasa lourdement sur elle, lui coupant le souffle sous le choc. Quand il s'acharna à vouloir recommencer, elle cria faiblement :

-« Stop ! Bard, arrêtez, vous allez finir par me briser les côtes. »

Il marmonna quelque chose à propos de l'inconvenance de la situation et Ofélia ne put retenir un petit rire devant tant de pudibonderies. D'accord, la situation n'était pas des plus orthodoxe, mais elle n'avait rien de particulièrement indécent non plus, et puis, c'était probablement ce qui lui avait sauvé la vie. La chaleur du corps de l'homme du lac sur le sien. Elle le lui dit.

Il cessa de s'agiter. Reprenant son souffle avant de se laisser glisser à côté d'elle. Ils restèrent encore longtemps ainsi, couchés sur le dos, épaule contre épaule.

Finalement, Bard tenta, avec un certain succès, de se remettre debout. Ses jambes étaient chancelantes et son équilibre des plus instables, mais il était debout. Ofélia tenta de l'imiter, mais perdant l'équilibre, elle les fit tomber tous les deux.

-« Je suis désolée » dit-elle faiblement.

Bard se mit à genou et prenant les épaules de la jeune femme, l'incita à en faire autant. S'appuyant l'un sur l'autre, ils réussirent à se relever. Quand ils furent debout, ils prirent un instant pour récupérer leur souffle et Ofélia demanda :

-« Et maintenant ? »

-« Il faut qu'on trouve les survivant. Il y en a forcément ! »

Il passa son bras autour des épaules de la jeune femme pour s'y appuyer, elle s'accrocha à la taille du batelier, et se soutenant l'un l'autre, ils se mirent en marche.

Bard connaissait bien la région. Il savait que s'il y avait des survivants, ils seraient à proximité du ponton qui reliait Esgaroth à la rive. Il lui dit qu'ils n'étaient pas très loin et ils prirent la direction qu'il indiquait.

Ils marchèrent environ une heure, mais ne devaient pas avoir fait plus de cinq cents mètres quand ils entendirent des voix. L'espoir fusa en eux et ils redoublèrent d'efforts pour se diriger vers le bruit. Ils arrivèrent en vue d'un campement de fortune. Ceux qui étaient les moins blessés tentaient de venir en aide aux plus faibles. Un des survivant leva les yeux vers eux et soudain une clameur grandit parmi les survivants :

-« Bard ! Bard est vivant ! »

Ils furent rapidement pris en charge. On les fit asseoir prés d'un feu, mais personne ne put les convaincre de se lâcher. Ils s'accrochaient l'un à l'autre comme si leurs vies en dépendaient, mais en fait, c'était surtout parce qu'ils s'étaient tellement crispés pour tenir le choc que leurs bras étaient tétanisés. Quelqu'un déposa une couverture sur leurs épaules et on leur apporta une infusion d'herbe chaude. Ofélia se dit que de toute sa vie, elle n'avait jamais rien bu d'aussi bon. Elle avait l'impression que la chaleur du breuvage se diffusait dans tout son corps, chassant le froid et ramenant la vie en elle.

Mais, au fur et à mesure que la pression retombait, que le spectre de la mort s'éloignait, la fatigue prit le dessus, accompagnée par le désespoir. Au bout d'un moment, elle appuya sa tête sur l'épaule de Bard et se mit à pleurer. Il serra un peu plus son bras autour des épaules de la jeune femme sanglotante, embrassant doucement le sommet de sa tête, comme il le faisait parfois pour consoler ses filles.

-« Ba... Bard... » Hoqueta-t-elle « Je veux... je veux retourner chez moi ».

-« Je sais » lui répondit-il doucement « Je sais... »

Elle pleurait à présent à chaudes larmes, elle pleurait, comme elle n'avait plus jamais pleuré depuis qu'elle était enfant. Cette fois, elle ne pleurait pas de rage, de colère ou de peur... Elle pleurait de chagrin et de désespoir.

Aucune parole ne pourrait apaiser cette souffrance, tout ce qu'il y avait à faire était d'attendre que toute la peine soit bue, que toutes les larmes aient été versées. Bard le savait, aussi se contenta-t-il de la tenir contre lui, la berçant doucement. Personne n'était prêt à vivre la tragédie qui les avait frappés, mais au vu de ce qu'elle lui avait dit de sa vie, chez elle, il savait qu'elle était encore moins préparée que les gens de ces terres. De ce qu'elle lui avait dit, elle vivait dans un monde plutôt pacifique et sa vie avait été plutôt confortable. Finalement, pour quelqu'un ayant eut une vie aussi privilégiée, elle ne s'en sortait pas si mal, elle avait bien gagné le droit de craquer un peu.

Au bout d'un moment, ses sanglots s'apaisèrent et ses crises de larmes s'espacèrent. Finalement, elle s'excusa d'être aussi faible et Bard ne put se retenir de rire. Il connaissait des hommes moins coriaces que cette petite fille. Elle leva vers lui un visage aux yeux bouffis et larmoyant et au nez rouge.

-« Votre faiblesse ? Vous n'avez pas à rougir de vos larmes après ce que nous avons vécu cette nuit. Regardez autour de vous. Cette nuit, tout le monde a pleuré. »

Elle rapuya sa tête sur son épaule et se serra un peu plus contre lui, cherchant un peu de réconfort et ferma les yeux.

Elle était en train de s'assoupir quand un cri les fit sursauter :

-« Ofélia ! »

Ils se tournèrent et virent Bofur qui se ruait vers eux. Avant qu'ils n'aient eu le temps de réagir le nain s'écriant dans un éclat de rire :

-« Mon dieu, Ofélia ! Thorin serait fou de rage s'il vous voyait ainsi ! »

Bard senti la jeune femme se tendre légèrement contre lui. Il se leva.

À cet instant, Ofélia ressentit une bouffée de haine pure contre Bofur, et contre Thorin, qui la privait du réconfort qu'elle trouvait dans les bras bienveillants et amicaux du Batelier.

-« Thorin, lui, n'était pas là cette nuit » ! dit-elle durement en plantant un regard noir dans les yeux espiègles du nain.

Son expression s'attrista quand il comprit qu'elle n'avait pas goûté ce qu'il ne pensait être qu'une plaisanterie.

Bard fit diversion en demandant à Bofur des nouvelles de ses enfants. Bofur le rassura et lui expliqua qu'ils avaient atteint l'île sans trop de difficultés et qu'ils y avaient passé la nuit avant de revenir sur la berge en faisant plusieurs voyages avec la barque. Ils étaient tous de l'autre côté du camp.

Bard revint vers Ofélia et l'attrapa par les épaules pour l'aider se lever et ils suivirent Bofur pour rejoindre le reste de leurs compagnons.

Kili semblait en meilleure forme, bien qu'éprouvé par la nuit, débarrassée du poison de la flèche, sa robuste constitution de nain lui permettait de récupérer, même dans des circonstances aussi difficiles. D'ailleurs, il avait récupéré son humour, qui pour le coup paru particulièrement malsain à Ofélia. Quand il la vit arriver, pâle, hagarde, des yeux dignes d'un lapin atteint de myxomatose, ne tenant debout que parce que le Batelier la tenait par les épaules, il s'écria en riant :

-« Mon dieu, Ofélia ! Tu as encore plus mauvaise mine que moi hier soir. »

Bard aida Ofélia à s'asseoir prés de Sigrid à côté d'un feu avant de serrer ses enfants dans ses bras. Ofélia fut émue de voir une larme de soulagement glisser sur la joue du batelier. Oïn s'aperçut qu'il était blessé à la tête et l'obligea à s'asseoir pour examiner la blessure. Il se montra rassurant en disant qu'elle était impressionnante mais pas vraiment inquiétante. Ensuite, il s'approcha d'Ofélia qui regardait le feu avec des yeux vide. Il fallut qu'il l'appelle à plusieurs reprises avant qu'elle ne tourne les yeux vers lui.

-« Etes-vous blessée ? » demanda-t-il

-« Non » répondit-elle. Et c'était vrai, miraculeusement, elle n'était pas blessée. Epuisée au delà des mots, quelques bleus et des égratignures, mais aucune blessure méritant des soins.

Peu après, elle plongeait dans le sommeil. Un sommeil si profond que ses amis s'inquiétèrent, pensant qu'elle avait peut-être menti et qu'une blessure invisible était en train d'avoir raison d'elle. Mais Oïn l'examina et les rassura. Elle était juste profondément endormie. Les battements de son cœur et sa respiration étaient forts et réguliers. Il leur dit que tout ce dont elle avait besoin était de dormir, mais il ne put convaincre Bofur qu'elle n'avait pas besoin que quelqu'un la veille. Il ne fut pas possible de convaincre le nain de la laisser. Il s'assit à côté de sa couche de fortune et pour veiller sur elle jusqu'à son réveil.