Chapitre 2 : Miss Tinkle-White

Quand Bakura ouvrit les yeux, il eut la trouille de sa vie. Il était au dessus de Marik (ça pouvait encore aller ça), face contre terre. Enfin, face contre terre, c'est une façon de parler … Il était à trois mètre du sol, allongé dans un arbre. Il s'enleva délicatement de Marik et s'assit sur la branche, le cœur battant à tout va. Le soleil se levait à l'horizon, mais des nuages le couvraient déjà. Bakura se demandait comment il était arrivé là … Il se remémora les évènements d'hier soir et plaça vivement sa main sur sa tête, maudissant le Pharaon pour l'horrible mal de crâne engendré par son Mind Crush.

Marik gémit à ses côtés, puis ouvrit les yeux. Il se redressa, ne semblant rien remarquer d'anormal.

- 'Kura ? Qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ?

- Tu dors dans les arbres maintenant ?

- De quoi tu … ? Aarg !

Marik venait de réaliser là où il se trouvait.

- Mais comment … Commença-t-il.

- J'en sais rien, je paris que c'est un coup du Pharaon …

- Grrr … Lui, si je le trouve …

- Tu le peindras en rouge ?

- Ha ! Je n'aurais pas besoin de le peindre, il sera rouge de rage !

- Oui, Marik … Très impressionnant … Au fait, on mange quoi ?

- Quoi ? Pourquoi je devrais … Oh oui … Le pari …

- Tu as échoué minablement …

- C'est pas de ma faute ! C'est cette saloperie de chat !

- Comment il est entré, au fait ? J'étais sûr d'avoir fermé la porte …

- J'en sais rien, mais pour l'instant, je veux descendre !

Bakura, situé plus près du tronc que son partenaire, descendit en premier. Une fois sur le sol, il demanda à Marik ce qu'il attendait. L'égyptien fixait l'horizon sans bouger.

- Je crois que … Commença Marik. C'est peut-être une simple coïncidence, mais on est près du seul arbre visible depuis l'appart …

Bakura posa son regard dans la même direction que Marik. Ils voyaient le balcon de leur appartement.

- Coïncidence avec quoi ?

- C'est dans cet arbre que j'ai vu le chat hier.

Marik entreprit de descendre de l'arbre, chose pas facile puisqu'il tenait absolument à parler en même temps :

- Tu sais … Le chat d'hier, je l'avais vu ici. C'est … celui qui m'a fait penser à toi …

Marik était enfin sur le sol. Il rejoint Bakura.

- T'en pense quoi Fluffy ?

- Ne m'appelle pas comme ça … J'en pense que si je vois ce chat, je l'étripe et te fais manger ses organes.

- Ew … Pourquoi tu dis ça ?

- J'ai le plus horrible des maux de crâne par ta faute … Et aussi, il désigna son T-shirt :

- J'ai une tâche de peinture !

Marik hurla.

- Oh non, est-ce que j'en ai ? Pitié, dis moi que je n'en ai pas... Je t'en supplie !

- Tu en as une …

- Kwaa ? Où ça ?

Bakura s'approcha de lui. Il éleva doucement sa main au niveau du visage de Marik, qui ne bougeait plus. Ils bloquaient tout les deux leur respiration et Bakura posa la paume de sa main sur la joue de son complice, et de son pouce, il essuya une petite tache de peinture au coin de la lèvre de Marik.

- Juste là … Souffla-t-il.

Puis il dégagea sa main comme si rien n'était et marcha en direction de l'appartement. Marik restait planté là … La main de Bakura était si … Douce … Pas étonnant qu'il soit le Roi des Voleurs, avec un doigté aussi délicat. Puis, semblant se souvenir de l'endroit où il était, Marik se mit à courir après son ami.

Le soir même

Assis sur l'unique divan de leur appartement, Bakura et Marik partageaient une autre soirée télé entre complices maléfiques. Comme tout mardis, ils avaient joués aux fléchettes afin de savoir lequel des deux choisiraient le programme, mais n'ayant aucune cible ou même de fléchettes, ils se contentaient de lancer des couteaux de cuisine contre le mur sur lequel une photo du Pharaon était accrochée. Ce soir, c'était l'égyptien qui était en possession de la télécommande, et honnêtement, Bakura n'en revenait toujours pas d'avoir perdu à ce jeu qui pourtant comprenait des couteaux, son arme favorite …

Marik appuyait à toute vitesse sur le bouton qui servait à changer de chaînes, les images étaient presque imperceptibles. Bakura grogna :

- Bloody Hell, Marik ! Comment tu comptes choisir si tu ne vois rien !

- Shh, Fluffy, je me concentre …

- Ne m'appelle pas Fluffy !

Marik continua de presser le bouton pendant quelques secondes, puis s'arrêta sur la bande annonce d'un téléfilm qui démarrait dans quelques instants.

- Oh ! Regarde Florence !

- Arrête avec les surnoms …

- C'est Roméo et Juliette ! Tu dois aimer, le gars qui a écrit ce film, c'est un anglais non ? Qui s'était déjà … Ah oui John Lennon !

- Quoi ? Pas du tout ! C'est même pas un film à l'origine, c'est une pièce de théâtre, écrite par –

- Je sais Elizabeth II !

Bakura lui jeta un regard déconfit, qui vraiment voulait dire « Sérieusement ? ».

- Lady Diana ? Tenta Marik.

- Tu chauffes … se moqua le garçon aux cheveux blancs.

- Graham Norton ?

- Tu comptes citer tout les anglais que tu connais ?

L'égyptien aux cheveux blonds se grattait la tête en réfléchissant, il faisait rouler ses yeux de droite à gauche d'une manière vraiment mignonne. Bakura prenait plaisir à le regarder, mais Marik était ce qu'il était, alors il donna un autre nom :

- Barack Obama !

- What ? Il est même pas anglais ! C'est le président des Etats-Unis, idiot !

- Oh … Je le savais tu sais … Ce ne serait pas celui sur les boite de riz … Tu sais Uncle Bents …

- C'est Shakespeare, Marik !

- Shakespeare n'est pas noir …

- De quoi tu parles ?

- Le président sur la boîte de riz il est n-

- Le film qui passe à la télé maintenant est basée sur la pièce de théâtre « Romeo and Juliet » écrite par William Shakespeare. Souffla Bakura exaspéré par les remarques stupides de son partenaire de crimes.

- Oh …

- Laisse-moi deviner, tu le savais, n'est-il pas ?

- Oui ! Confirma Marik, blessé dans son orgueil.

L'égyptien fit bouger ses mains pour lisser les rebords de son pyjama lavande. Bakura le regarda perplexe, attendant qu'il réagisse mais Marik ne dit rien, il regardait simplement Bakura dans son T-shirt noir et son pantalon de pyjama gris clair. Il avait des chaussettes dépareillées, une noire et une blanche. Il se tenait un pied sur le divan et l'autre sur le sol. Marik, lui, se tenait bien droit, les mains sur les genoux. La musique du film commença, brisant le silence gênant qui s'était installé. Marik alla chercher une couverture et se glissa en dessous, en offrant un morceau de la couette à Bakura, qui l'a saisit sans hésiter. Il faisait froid dans l'appart. Et c'est collé l'un à l'autre qu'ils regardèrent le début du film. Marik posa sa tête contre l'épaule de Bakura, qui le laissa faire. L'égyptien avait l'air d'apprécier le film, et même si Bakura ne l'avouera jamais, lui aussi …

Au moment où Juliette venait d'avaler la potion la rendant morte pendant le temps d'une journée afin d'éviter un mariage forcé, la coupure publicitaire fit son apparition. Marik demanda à Bakura :

- Elle va se marier avec Roméo, hein ?

Bakura fit passer son bras autour des épaule de Marik, obligeant se dernier à placer sa tête contre le torse de son partenaire de crimes. Lorsque Bakura répondit, Marik pouvait sentir sa voix grave à travers sa poitrine :

- C'est une tragédie Marik …

- Ça veut dire qu'ils vont mourir ?

- Et oui …

- Je ne veux pas voir la fin …

- Tu veux que j'éteigne ? demanda Bakura. On peut toujours regarder Cannibal Holocaust …

- Non ! On l'a déjà regardé la semaine dernière, et celle d'avant, et celle d'avant …

- Je m'en doutais que tu dirais non …

Ils restèrent en silence en regardant les publicités lorsque tout à coup, une ombre passa sous l'écran.

- YAAH ! C'était quoi ça ? hurla Marik en se levant d'un coup pour aller allumer la lumière.

- C'est pas vrai ! Encore toi ! dit Bakura en voyant le chat assit sous la télévision.

- MIAOU ?

Marik retourna s'assoir près de Bakura et lui demanda :

- Qu'est-ce qu'il dit ?

- Guh ! Comment je le saurais ?

- Tu parles pas le chat ?

- Pour la dernière fois Marik, je ne suis pas un chat !

- Mais tes oreilles …

- Not a kitty !

- MIAOU, MIAOU ?

Le chat fixait Bakura. Marik continua :

- C'est à toi qu'il parle … Il sait que tu le comprends …

- La ferme.

- Tu parles à moi ou au chat ?

- Au deux …

- Dis-le en miaulant, alors !

Bakura ne répondit pas, il fixait le chat qui soutenait son regard.

- Vous communiquez par télépathie ? Questionna Marik.

Le chat se leva et sauta sur les genoux de Bakura.

- Urgh ! Dégage !

Il allait le repousser mais Marik prit le chat dans ses bras.

- Oh regarde comme il est beau ! Avec ses yeux marron et son pelage blanc ! On dirait toi ! Ah moins que ce ne soit une femelle …

Marik souleva le chat et regarda en dessous.

- C'est une chatte !

- Hourra …

- On peut la garder ?

- Quoi ? C'est elle qui nous a fait remarquer hier soir !

- Elle ne l'a pas fait exprès !

Marik caressait la chatte qui ronronnait de plaisir.

- T'avais pas dit que si tu la voyais tu la tuais ?

- Elle est trop mignonne ! J'ai changé d'avis …

- Evidemment, t'as changé d'avis … Et comment elle est entrée ici ?

- Euh …

- Je ne lui fais pas confiance.

- Mais Bakura ! Elle est toute douce et toute câline !

- M'en fous …

- S'il te plait ! Au moins la garder un jour ! Il pleut des cordes dehors !

Bakura hésitait … Il est vrai qu'il pleuvait fort … Mais c'était un chat alors des rue, alors il devait être habitué à ce genre d'intempérie … Pourtant, Bakura ressentait une petite pitié pour l'animal … De la pitié ? Wouah, Bakura avait presque oublié qu'il pouvait en éprouver …

- Allez 'Kura ! J'ai toujours rêvé d'avoir une chatte !

Bakura pouffa de rire.

- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ?

- Ce que tu viens de dire !

- Hmm … J'ai pas compris …

- Non, Marik, tu ne comprends jamais …

- Je peux la garder ?

- Pour un jour …

- Hourra ! Je vais l'appeler …

- Parce que tu lui donne un nom ?

- Miss Tinkle-white !

- Madame Chatouille-Blanche ? C'est pourri … Enfin, m'en fous, c'est que pour un jour … Et je te préviens, elle dort dans ta chambre !

- T'inquiète 'Kura …

Marik leva la tête vers l'écran de télévision où Juliette embrassait Roméo allongé mort empoisonné sur le sol. Elle prit une dague et se poignarda.

- Oww ! commenta Marik, tu sais que c'est le véritable amour quand tu te poignardes pour l'autre … Ça me rappelle notre rencontre … J'étais là, dans cette ruelle sombre sur ma moto obligatoire d'anime et je disais « salut » et toi t'as dis « salut » après j'ai dit « Je m'appelle Marik » et t'as dis « Je m'en moque », ensuite tu t'es poignardé le bras. Et depuis on est les meilleurs amis du monde entier ! Pas vrai Bakura ?

- Urgh … Bon, j'vais me coucher. Et que le chat ne pisse pas sur les tapis !

- 'Kura on a pas de tapis …

Bakura se rendit dans sa chambre en fermant bien la porte pour ne pas que le chat puisse entrer. Il se jeta dans son lit et ferma les yeux, se laissant border par un sommeil sans rêve.