Erebor reprenait vie. Les délégations naines donnaient un coup de main pour la remise en état des salles principales. Les couloirs raisonnaient du bruit des outils pendant que dans le bureau de Thorin se nouait alliances et accords avec les hommes du lac et les elfes de la Forêt Noire.

Bard et ses hommes, ainsi que les Elfes de la Forêt Noire avait installés leurs campements dans la vallée au pied de la montagne. .

Ofélia avait plusieurs fois surprit Kili dans un recoin de couloir avec la belle elfe rousse. Elle se demandait si Thorin était au courant, mais n'avait pas l'intention de lui poser la question. Bien que ses relations avec ce peuple se soient un peu pacifier, elle n'était pas sûre que Thorin envisagerait d'un bon œil l'entrée de l'une d'entre eux dans sa famille.

Un matin, alors qu'Ofélia était encore dans sa chambre, elle entendit une agitation inhabituelle. Elle sortit dans le couloir et attrapa au vol un des nains qui y courait. C'était un des nouveaux venus et elle ne le connaissait pas.

-« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle.

-« Les guetteurs ont signalé une armée d'Orcs, nous nous préparons au combat. »

Le souvenir du rêve qu'elle avait fait chez Bard lui revint brutalement en mémoire.

-« Thorin... » Souffla-t-elle et elle s'élança dans le couloir, elle espérait le trouver dans son bureau ou dans la salle du trône, mais surtout, elle espérait qu'il accepterait de l'écouter.

Elle entra dans le bureau sans frapper et le trouva en grande discussion avec les chefs de toutes les délégations, y comprit Thranduil et Bard.

-« Dehors ! » ordonna-t-elle « Tout le monde. »

Ils la regardèrent avec un air stupéfait avant qu'une rumeur désapprobatrice ne commence à enfler.

-« J'ai dit dehors » ! cria-t-elle

Ils s'entre-regardèrent à la fois incrédules et indécis, aucun d'entre eux n'était accoutumé à s'entendre donner des ordres, et encore moins par une femme. Elle croisa le regard de Bard. Il se leva en disant :

-« Si la Dame veut discuter avec le seigneur Thorin, la courtoisie nous impose de les laisser seuls. »

Les autres suivirent.

Quand elle fut seule avec Thorin, elle se lança et lui fit part de son inquiétude en lui racontant son rêve.

-« Que veux-tu que je fasse. Je ne peux pas rester terrer ici pendant que mes alliés combattent. » dit-il doucement.

Elle comprit qu'elle ne l'infléchirait pas. Et elle savait qu'il ne pourrait pas empêcher Fili et Kili de se joindre à la bataille.

-« Maintenant, » reprit-il « laisse moi finir de mettre au point notre stratégie... Je te promets que je serais prudent. »

Elle éclata d'un rire hystérique. C'était bien des hommes ça ! Promettre qu'il serait prudent au milieu d'une guerre.

Elle quitta la pièce avant qu'il n'ait eu le temps d'ajouter autre chose.

Dans le couloir, elle alpagua Bard.

-« Ils vont mourir. » dit-elle.

Bard fronça les sourcils.

-« Que voulez-vous dire ? » demanda-t-il

-« Quand j'étais chez vous, j'ai fait un cauchemar, c'est ce qui m'a poussé à vouloir continuer l'aventure avec eux. J'ai vu Thorin, Fili et Kili mort sur un champ de bataille. Le paysage était étrangement semblable à celui de la plaine au sud... Bard, ils vont mourir et j'aurais échoué ! »

-« Ce n'était qu'un cauchemar. » lui répondit-il en lui posant la main sur l'épaule « mais si ça peut vous rassurer, je vous donne ma parole que moi et mes hommes veilleront sur eux. »

Elle devrait bien s'en contenter...

Bard regagna le bureau.

Elle gagna la salle où elle pensait pouvoir trouver ses compagnons de voyage. Elle voulait tenter de convaincre Fili et Kili de ne pas y aller, mais quand elle arriva, elle constata que ce n'était même pas la peine d'essayer. Même si elle avait pu les enchaîner quelque part, elle était sûre qu'ils n'auraient pas hésité à ronger leurs chaînes pour rejoindre la bataille. La peste soit de ses nains belliqueux.

Elle repéra Dwalin et se dirigea vers lui.

-« Dwalin ! Veillez sur eux. » dit-elle tristement.

Dwalin fronça les sourcils.

-« Bien sûr ! Comme toujours » répondit-il

-« Non, Dwalin... Il faudra faire plus que d'habitude ! » ajouta-t-elle avant de tourner les talons et de les quitter.

Triturant ses cheveux, elle sentit la plume sous ses doigts.

« Les aigles » souffla-t-elle

Mais comment les contacter. Elle se rappela soudain que parfois, Bard et Thorin utilisaient un corbeau, nommé Roäc pour communiquer.

Elle repartit en courant dans les couloirs à la recherche du corbeau, elle savait qu'il devait être dans le coin puisqu'il servait de messager.

Elle finit par le trouver, perché sur une des fenêtres de l'ancienne tour de guet.

-« Roäc ! »

L'oiseau tourna ses yeux noirs et brillants vers elle et elle se rendit compte qu'elle ne savait même pas s'il comprendrait ce qu'elle lui demanderait.

Elle s'approcha de lui et enleva la plume de ses cheveux pour la lui tendre :

-« Roäc ! Il faut que vous alliez chercher les aigles. Il faut qu'ils nous aident. »

Il n'eut pas besoin d'un traducteur pour comprendre que le corbeau était dubitatif. Les aigles ne s'impliquaient pas dans les affaires humaines.

Ofélia ne put retenir ses larmes :

-« S'il vous plait, Roäc... Il faut essayer. Prenez la plume, Béorn à dit que j'étais « amie des aigles » S'il vous plait ! »

L'oiseau sautilla pour se rapprocher d'elle et saisi la plume avec son bec et s'envola.

Elle le regarda partir en espérant de tout cœur que les aigles accepteraient de les aider.

Quelques heures plus tard, les combattants étaient en place, attendant l'arrivée de leur ennemi. Ofélia était restée dans l'ancienne salle de guet. De là, elle avait une vue à 360° sur les environs de la montagne. Elle entendit les orcs avant mêmes de les voir.

L'attente lui parut infinie et l'angoisse l'étreignait de plus en plus. Quand l'armée des orcs fut en vue, elle en aurait presque soupiré de soulagement tant l'attente avait été insoutenable.

La bataille commença. Elle savait qu'il y avait une stratégie, mais tout ce qu'elle voyait s'était les belligérants qui s'entretuaient sans ordre apparent. Elle essaya de repérer Thorin et les garçons, mais elle n'arrivait pas à les distinguer depuis son perchoir.

Il lui sembla que les orcs gagnaient du terrain et son angoisse monta d'un cran, elle fouillait le grouillement de la bataille désespéré de ne pas les reconnaître.

Elle scrutait aussi le ciel, espérant voir arriver les aigles, ou au moins Roäc, mais les cieux restaient vides.

Dans le tumulte, il lui sembla reconnaître Dwalin et elle vit un nain dont les vêtements étaient de la même couleur que ceux de Kili. Alors qu'elle forçait sur ses yeux pour essayer de le reconnaître, elle le vit s'effondrer, touché par une flèche, elle vit Dwalin se jeter sur lui et le prendre dans ses bras.

Elle hurla de désespoir, supplia pour que les aigles interviennent enfin, maudissant tous les dieux auxquels elle pensa.

Soudain, elle remarqua que des projectiles tombaient du ciel. Les aigles avaient fini par arriver et, tout en restant très haut dans le ciel, hors de portée des flèches ils jetaient des pierres sur les orcs. Elle s'inquiéta pour ses amis mais constata que les aigles ne jetaient pas les pierres au hasard, chacune d'entre elles tombait sur un orc.

Leur arrivée fut déterminante pour la suite de la bataille. À travers ses larmes, du haut de son perchoir elle vit la débandade des orcs qui prenait la fuite sous une pluie de projectiles mortels.

Entre deux sanglots, elle remercia les dieux qu'elle avait insultés peu avant. Elle grimpa sur le rebord de la fenêtre et hurla ses remerciements aux aigles. Il lui sembla entendre un cri en réponse, mais un vertige la saisie.

Elle serra les dents en s'accrochant à l'encadrement en pierre de la fenêtre, murmurant pour elle-même

-« Oh, non ! Pas encore ! »

Elle en avait marre de perdre connaissance à tout bout de champ. Elle réussit tant bien que mal à redescendre à l'intérieur de la tour de guet. S'évanouir en étant accroché au rebord d'une fenêtre à prés de 100 mètres au dessus du sol ne serrait certainement pas très bon pour sa santé.

Elle s'accrocha au rebord de la fenêtre, tentant de concentrer son attention sur les évènements qui se déroulaient dans la vallée, pour essayer d'enrayer le malaise qu'elle ressentait.

Des tâches noires commencèrent à danser devant ses yeux et elle ne put rien faire pour s'empêcher de glisser contre la pierre froide.

Lorsqu'elle reprit connaissance, elle se trouvait dans une grande salle blanche qui ne ressemblait à rien de ce qu'elle avait pu voir à Erebor. Elle se releva, elle vit cinq silhouettes nimbées de lumière, face à elle, qui l'observait.

-« Vous avez échoué ! » lui reprocha l'être qui se trouvait au centre.

C'était exactement les mêmes mots que dans son rêve, mais le ton de la voix était cassant et désapprobateur.

-« Mais que vouliez-vous que je fasse ! Qu'est-ce que j'étais censée faire ?

-« Vous deviez être l'avenir de la lignée de Durin ! Vous devriez être enceinte des œuvres de Thorin et lui et ses neveux devraient être morts ! » Dit l'un d'eux.

-« Tout ce que vous aviez à faire était d'écouter votre désir. Pourtant, avec le rêve et tout le reste, vous n'auriez pas du pouvoir résister. » Reprit un autre

-« Ça a fini par arriver... »

-« Mais c'était trop tard. Il devait être conçu à Fontcombe ! » Ajouta un autre

-« Toutes les femmes de votre monde qui nous ont implorées auraient adoré porter l'enfant de Thorin ! »

Malgré la faiblesse qu'elle ressentait et le fait qu'elle était face à des êtres supérieurs, elle sentit la colère l'envahir.

-« Vous aviez cas la choisir avec plus de discernement votre poulinière ! J'ai jamais souhaité me retrouver en cloque de Thorin. Et puis quoi, faites qu'ils survivent à cette bataille et ils en engendreront des tas de petits Durin en pleine santé, maintenant qu'ils ne sont plus sous l'emprise de la pierre. »

-« Peut-être, mais ce n'est pas ce qui était prévu ! » renifla un des être avec dédain.

-« Ce n'est pas comme ça que ça devait se passer ! » ajouta un autre.

-« Si vous aviez pris le temps de vous renseigner sur moi avant, vous auriez su que les choses ne se passent jamais comme elle devraient avec moi ! » cracha Ofélia.

L'un des être de lumière se redressa de toute sa taille et d'une voix grondante rugit :

-« Qui vous permet ! Qui vous permet de parler ainsi aux Valars, vous simple mortelle ? Qui vous autorise autant d'impertinence ! »

-« Vous m'avez arraché à mon monde pour m'obliger à participer à cette stupide quête qui ne me concernait pas ! J'ai failli être bouffée par des wargs, étouffée par des trolls, étranglée, noyée, gelée, incinérée vivante par un dragon ! Vous m'avez balancée ici, sans même une indication sur ce que j'étais sensée y faire et maintenant vous venez me reprocher de ne pas avoir suivi vos plans ! ! Je crois que tout ce que vous m'avez fait subir me donne le droit de vous dire le fond de ma pensée ! MERDE A LA FIN ! »

Le seul à être resté silencieux jusque-là pris calmement la parole, comme s'il n'avait pas entendu les accusations d'Ofélia.

-« Après tout, nous avons ce que nous voulions. La lignée de Durin se perpétuera. »

Les autres s'inclinèrent.

Puis l'être qui semblait avoir autorité sur les autres se pencha vers elle.

-« Quoi qu'il en soit... Vous avez modifié le futur. Ce ne sera pas sans conséquence. Surtout pour vous. Vous étiez destiné à engendrer le futur roi d'Erebor et votre vie aurait été douce sous la montagne. Les nains vous aurez choyée et adorée, mais il n'a jamais été question qu'une humaine devienne Reine sous la montagne. Vous n'êtes pas celle que Mahal destinait à Thorin. »

Ofélia sentit un sourire sarcastique se former sur ses lèvres :

-« Évidemment, puisqu'il n'était pas censé survivre. »

Elle entendit une des silhouettes renifler avec dédain et celle qui était penchée sur elle laissa échapper un petit bruit qui aurait pu ressembler à un rire.

-« Oui. Nous avons fait une erreur avec vous. Nous ne vous avions pas imaginée aussi imprévisible ! Quoi qu'il en soit, le destin que nous avions prévu pour vous n'est plus d'actualité. »

Elle releva vivement la tête :

-« Pourquoi ne pas me renvoyer chez moi ? » demanda-t-elle, avec espoir.

La silhouette qui était penchée vers elle sembla se ternir un peu avant de répondre :

-« Ce n'est malheureusement pas envisageable. »

-« Mais, c'est bien vous qui m'avez fait venir ici. Pourquoi ne pouvez-vous pas me renvoyer chez moi ? »

-« Oh, nous pourrions... Mais le temps s'est écoulé plus vite chez vous. Beaucoup de temps a passé. Je ne pense pas que vous retrouveriez ce que vous y avez laissé. »

-« Beaucoup de temps ? Co... combien exactement ? »

-« Une centaine d'années. »

Ofélia serra les paupières. Non, effectivement, ce n'était pas envisageable. Elle serait encore plus perdue que quand elle était arrivée ici.

-« Alors, je fais quoi moi, maintenant ? »

-« Vivez... Ecrivez votre propre destin » Dit doucement la voix avant que les silhouettes et la salle blanche ne deviennent floues.

Elle se réveilla en sursaut et tenta de se redresser. Une main se posa sur son épaule et elle leva les yeux. Thorin était penché sur elle, l'air inquiet.

-« Ne t'agite pas » lui dit-il « Tu es resté inconsciente longtemps. Tu es faible ».

Elle avait l'impression d'avoir du papier verre dans la bouche tant elle était sèche, Thorin lui tendit un verre d'eau en lui conseillant de boire doucement.

La première gorgée fut douloureuse tant sa gorge était sèche, elle se demanda depuis combien de temps elle était restée inconsciente.

La deuxième gorgée passa mieux dans sa gorge, mais lui provoqua un début de nausée. Elle rendit le verre à Thorin.

-« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-elle.

Thorin lui expliqua qu'à la fin de la bataille ils l'avaient cherchée sans succès dans les salles d'Erebor qui avait été remises en état, mais sans succès, alors, ils s'étaient inquiété, craignant qu'elle ne se soit perdue dans le dédale de couloir de la cité et ils avaient organisé une battue. Ils avaient cherché toute la nuit avant de la découvrir inconsciente dans l'ancienne salle de guet.

-« Ofélia... que s'est-il passé ? »

Elle expliqua qu'elle était montée là-haut, parce qu'elle ne supportait pas de rester enfermée sans savoir ce qui se passait à l'extérieur. Elle expliqua qu'elle avait vu Kili être touché par une flèche et qu'elle pensait avoir perdu connaissance à ce moment-là.

Elle ne lui parla pas de l'étrange rêve qu'elle avait fait. Elle n'était même pas sûre que ça soit vraiment un rêve, et de toute façon, elle ne se rappelait que de quelques bribes. Tout ce qu'elle savait, c'est que son rôle auprès d'eux été fini et qu'elle allait partir, mais il serait temps de lui en parler plus tard.

Soudain, quelque chose la frappa. Ce n'était pas la première fois qu'elle s'évanouissait depuis qu'elle était en ce monde, mais elle ne l'avait jamais vu s'inquiéter autant, à part à Fondcombe.

-« Qu'est-ce que tu ne me dis pas Thorin ? » demanda-t-elle, luttant contre le sommeil qui l'envahissait. « Je suis resté inconsciente combien de temps ? »

-« En fait, quand nous t'avons trouvée, nous t'avons crue morte. » dit-il doucement. « Tu ne respirais presque plus et il a fallu toute la compétence de Oïn et de son homologue des Monts de Fer pour te ranimer. Tu as repris connaissance quelques secondes, le temps de marmonner quelque chose sur des êtres de lumière avant de replonger. C'était il y a dix jours. »

Dix jours ?!

-« Thorin... » dit la voix de Oïn « il faut qu'elle se repose maintenant. »

Elle avait reposé sa tête sur les oreillers et avait du mal à garder ses yeux ouverts. Toutefois, quand Thorin commença à s'éloigner, elle remarqua qu'il boitait.

-« Thorin... » souffla-t-elle « Tu es blessé ! »

-« Ce n'est rien » lui répondit-il.

-« Thorin... Kili et Fili ? »

Thorin revint vers le lit et lui caressa les cheveux en disant :

-« Ne t'inquiète pas. Eux aussi vont bien. Rendors-toi maintenant. »

Ce que Thorin ne lui disait pas, c'est qu'il avait été gravement blessé lors de son affrontement avec Azog, et qu'il n'avait dû son salut qu'à l'intervention de Béorn qui l'avait retrouvé et ramené à Erebor, plus mort que vif. Ce qu'il ne lui dit pas non plus, c'est que Kili aussi avaient été gravement blessé, qu'il occupait la chambre voisine de la sienne et qu'il était toujours entre la vie et la mort.

Elle resta alitée encore plusieurs jours. Ses amis la visitèrent, mais tous restaient évasifs quand elle demandait des nouvelles de Kili. Elle s'étonnait de ne pas l'avoir encore vue. Ce fut Bilbon qui lui dit la vérité. Que Kili était gravement blessé et occupait la chambre à côté de la sienne et que Fili ne quittait pas le chevet de son frère craignant qu'il ne passe en son absence.

Le chagrin la crucifia, provoquant un nouvel évanouissement. Bilbon s'affola et alla chercher Oïn lui expliquant ce qui s'était passé. Après avoir ausculté la jeune femme et constaté que malgré sa pâleur son cœur ne donnait pas de signe de faiblesse, il rassura le Hobbit en lui disant, qu'elle irait bien et que de toute façon, il avait lui-même envisagé de lui parler de l'état du jeune nain. Elle commençait à s'agiter se demandant pourquoi il n'était pas venu la voir et elle se doutait qu'on ne lui avait pas dit toute la vérité.

Lorsqu'elle reprit connaissance, la nuit était tombée. Elle était seule et tout était calme. Elle voulait voir Kili. Elle tenta de se relever, mais un vertige la saisie. Elle serra les dents attendant qu'il se dissipe. Rien ne l'empêcherait d'aller voir son ami ! Quand elle le sentit refluer, elle bascula les jambes sur le bord du lit et s'accrocha à la tête du meuble pour soutenir son effort pour se lever.

Il lui fallut encore quelques instant pour stabiliser sa position debout. Ses jambes étaient faibles et peinaient à supporter son poids. S'accrochant au mur, pas après pas, elle gagna la porte. Elle maudit la faiblesse de sa main qui semblait ne pas avoir assez de forces pour actionner la poignée et elle dut s'arc-bouter sur le panneau de bois et y peser de tout son poids pour réussir a le faire bouger suffisamment pour se glisser dans le couloir.

La chambre où gisait Kili était à moins de 5 mètres de la sienne, mais entre le moment où elle avait décidé de s'y rendre et le moment où elle s'effondra, épuisée, dans les bras de Fili, il s'était écoulé pas loin d'une heure. Lorsqu'elle sentit que Fili la prenait dans ses bras pour la reconduire à sa chambre, elle trouva la force de protester :

-« Fili... s'il te plait. Je veux le voir. »

Alors Fili la ramena prés du lit de son frère et l'aida à s'asseoir sur la chaise qu'il avait occupée.

Elle avança une main tremblante et décharnée pour saisir celle du jeune nain. Avant de tourner ses yeux hagards vers Fili.

Il s'approcha d'elle et passa son bras autour de ses épaules. Elle appuya sa tête contre le torse de Fili et juste avant de sombrer dans l'inconscience lui dit :

-« Ne t'inquiète pas. Il vivra. »

Fili resta toute la nuit debout, tenant Ofélia contre lui et veillant son frère mourant.

Au matin, il surprit un léger mouvement de paupière sur le visage de son frère, et son cœur bondit dans la poitrine.

Peu après, Kili ouvrait les yeux.

-« Pourquoi cette tête d'enterrement, mon frère » demanda-t-il moqueur, malgré sa faiblesse « Je ne suis pas encore mort et j'ai dans l'idée que Mahal n'a pas l'intention de me rappeler tout de suite à lui. »

Fili fondit en larmes et tomba à genou à côté de la chaise. Ofélia, réveillée en sursaut par son mouvement brusque passa son bras autour de ses épaules et embrassa ses cheveux.

Oïn, alerté par le bruit était accouru. Après avoir ausculté Kili, il confirma que bien qu'encore faible, il vivrait.

Ce soir-là fut soir de grande allégresse et la nouvelle fut noyée par une fête comme Erebor n'en avait pas connue depuis plus de 160 ans.