Première partie : Fugitif et alliances
« Cher Professeur Layton,
Nous n'avons pas eu l'occasion de nous voir la dernière fois, à mon plus grand regret. Je me permets donc de prendre la plume pour vous adresser quelques mots, bien que la futilité de mes propos contraste nettement avec ce qu'il vient de se passer. Toutes ces affaires me secouent encore, et même si je n'ai pas encore saisi tout le pourquoi du comment, c'est avec grande joie que je découvre votre nom dans les articles !
Je suppose que leur résolution n'a pas dû être facile, même la presse reste vague sur certains points. Je serai très heureuse d'en parler avec vous.
L'opéra a été prolongé suite à l'incident dont vous avez été témoin, et la représentation reprendra ce soir-même. Vous devez être très occupé mais j'espère vraiment… »
Hershel marchait calmement dans la rue, seul et perdu dans ses pensées. Il avait eu une certaine difficulté à prendre part aux choses les plus futiles de la vie depuis quelques temps, se sentait comme un spectateur derrière l'écran de cinéma. Ainsi, les gaies discussions de comptoir, l'élégance des passants, la subtile et timide teinte orangée des feuilles en cette saison, tout ce qui procurait à Londres un charme auquel il était habituellement si sensible, lui paraissait étrangement lointain et vide. Une disposition d'esprit qu'il n'appréciait pas, lui, le gentleman. Et pour causes : l'affaire de l'enlèvement du Premier ministre ! Et du Londres du futur !
Bien qu'extrêmement complexe, suite à l'intervention de redoutables protagonistes et d'enjeux plus que pointilleux, elle avait laissé un grand vide dans son âme. Hershel connaissait la Solitude, avec un S majuscule. Celle qui envahit jusqu'au plus profond de votre esprit et fait ressentir un vide constant. Non seulement les lois ancestrales du temps avaient joué avec ses sentiments, faisant revenir à la vie l'amour de sa vie pour mieux la faire mourir, mais il ne pouvait partager cette douleur avec son jeune assistant, parti pour suivre le travail de son père. Présence dont il réalisait l'importance, depuis qu'elle n'était plus là.
Afin de remonter à la surface entre deux plongées dans la sombre mer du regret, le professeur se consolait par la présence de Flora, une Flora qui s'efforçait de lui faire de bons plats, malheureusement en vain, car il ne parvenait pas à surmonter son deuil.
Remuant de tristes pensées il passa à côté d'un garçonnet au visage bien rond coiffé d'une casquette. Comme le reste, il le dépassa sans y accorder une quelconque attention, la main calée sur son haut de forme.
« Demandez le Times ! Au sommaire, le criminel Clive Dove en liberté ! Un criminel a échappé à la surveillance des policiers ! Demandez le Times ! Demandez le Times ! »
Hershel s'arrêta net, pris d'une paralysie passagère.
Clive.
Si le Professeur ne voyait par opposition à son chagrin qu'une face rayonnante de la ville, elle avait pourtant été secouée par les événements.
La ville, de la mère aux hauts fonctionnaires, de l'avocat à la plus modeste dactylo, des jeunes Anglais, qui croyaient voir grimacer un assassin mystérieux dans un coin de leurs chambres, aux foules d'employés, que leurs horaires obligeaient à traverser les ruelles sombres, Londres se surprenait à murmurer avec crainte: « Mais que fait la police ? »
La Police s'activait, sous une pression de plus en plus importante qui était celle à la fois de leur institution et du regard public.
Depuis qu'un royaliste du Times avait souligné dans un éditorial agressif le manque d'efficacité des autorités, les têtes de service les réprimandaient régulièrement, et les répartissaient par secteur pour sillonner la ville.
Pour l'Inspecteur Chelmey et son fidèle Barton, le schéma des journées était toujours le même : en premier, dévisager un inconnu jusqu'à lui donner l'impression d'être coupable d'un quelconque crime ce qui, secundo, lui donnant un air de nervosité plus que suspect, devenait pour l'Inspecteur Chelmey une preuve incontestable contre son innocence. Le sourcil de l'Inspecteur se mettait alors à trembler violemment, s'immobilisait dans une dernière position : celle de la traque, et il embarquait Barton dans une longue filature à travers les couloirs du Métro.
Une fois soit la piste de l'inconnu perdue, soit la preuve de son innocence envoyée à leurs figures par des circonstances concordantes, les deux acolytes ruminaient un moment.
Si le petit assistant avait le malheur de faire une remarque, Chelmey beuglait un : « Silence, imbécile ! » et, en voyant qu'on lui obéissait, il reprenait courage, et encourageait son compagnon à parcourir les lieux des yeux, à observer tout geste qui correspondrait au signalement, et à envisager n'importe quel déguisement : il était malin, ce... « Clive ».
Ils croyaient souvent l'avoir laissé passer. C'était un adolescent à vélo qui passait tellement vite que leurs soupçons s'enflammaient, un homme qui courait, un vendeur à la tête masquée par des cartons dans un magasin – leur insigne de police leur avait fait éviter une sacrée somme d'ennuis –, un jeune homme à la tête enfoncée sous sa casquette ou enfouie dans une écharpe un peu trop large pour leur grande capacité au soupçon.
Le duo explorait régulièrement les mêmes grandes arcades de la ville, considérant qu'il était impossible à n'importe quel Londonien de ne pas passer au moins une fois par une de ces grandes lignes qui donnaient accès à plusieurs moyens de fuite : métro, bus, taxi. Un soir qu'ils arpentaient l'une d'entre elles, un passant cogna dans l'épaule de l'Inspecteur, et poursuivit sa route sans se retourner.
Il marchait à contresens.
« MAIS ENFIN REGARDEZ OU VOUS ALLEZ ! » maugréa l'inspecteur Chelmey au passant.
Le passant ne prit même pas la peine de se retourner et continua son chemin, en accélérant cette fois. Face à cette grossière indifférence, Chelmey passa ses nerfs sur Barton, en lui parlant de l'incivilité des gens, de l'éducation des sales mioches, de la justice tout en continuant son chemin.
Le passant continua son chemin de plus en plus vite, et de plus en plus essoufflé à cause d'une cadence supérieure à la normale. Il tourna brusquement dans une petite impasse privée d'une bonne partie des rayons du soleil.
L'homme reprit son souffle tout en jetant des coups d'œil pour vérifier qu'il était bien le seul visiteur de cette impasse. Il était habillé de manière à ce qu'on ne voie pas son visage : un col qui remontait jusqu'à son nez, et un béret trop grand qui tombait en cache-œil. A présent à l'abri des regards, il retira ses fausses lunettes et les rangea dans une de ses poches. Après un ultime coup d'œil, il sortit un journal soigneusement plié en quatre et plaça sa mèche de cheveux gris ondulés derrière son oreille, puis, lut les gros titre.
En effet, à peine avait-il entendu son nom à la radio matinale qu'un brusque élan d'angoisse l'avait saisi à la gorge. Ses mains, loin d'être blanches dans cette affaire, avaient couru à travers penderies et tiroirs en quête d'accessoires en tout genre. Se montrer à visage découvert, si peu de temps après l'affaire en question, s'avérait peu ingénieux, voire risqué. De cette manière, n'avait-il pas voulu prendre le risque de se faire voir, reconnaître et huer en pleine rue.
« Quoi qu'il arrive, tu arriveras toujours à berner les gens, n'est-ce pas, Clive ? » soupira l'homme avec une pointe de sarcasme. « Oh, mais c'est qu'on parle brièvement de moi aussi.» s'étonna-t-il en lisant le nom de « Dimitri Allen » sur le papier.
Le silence était puissant, et il aurait été presque intimidant pour une personne qui n'aurait pas essayé de dominer Londres du haut d'une machine à détruire. La jeune silhouette courut avec agilité, contournant sans difficulté chaque obstacle, un simple rictus moqueur inscrit sur des lèvres qui se devinaient dans l'obscurité.
A la vérité, Clive courait davantage par plaisir de l'adrénaline que dans le réel but de fuir, ayant déjà semé la police, non sans amusement.
Il n'en restait pas moins animé par la colère, dirigé par elle. Sa détention avait peut-être été l'occasion de réfléchir, de calmer une violence qui bouillonnait en lui, de réfléchir à ce qu'il avait dit et, surtout, fait, à tous et à lui-même. A regretter, même, ce qu'il avait causé. Mais Clive Dove reste Clive Dove : il n'avait pas pensé un instant, depuis qu'il avait passé la porte métallique de sa cellule qu'il écoperait de sa peine jusqu'au bout, et son plan de fuite s'était aisément dessiné, jour après jour, au sein de son esprit, clair, net. Efficace.
Aujourd'hui, il courait à toute allure dans une ruelle déserte, vulgaire et puante qui faisait honte à la ville de Big Ben, s'enfuyant de sa prison comme il se serait enfui en jouant à chat, jouant avec son propre sort. Le rôle de chasseur comme de proie avait du bon. C'était même drôle, très drôle.
L'isolement de la prison, qu'on présente souvent comme son seul avantage, ne lui avait pas manqué, pas une seule seconde. Même, il avait complètement inconsciemment tiré un trait sur cette période. Il n'y avait ni douleur, ni joie à en tirer : alors c'était un passage inutile, vraiment, sauf peut-être un moment pour fignoler un plan plus parfait encore que tout ce qu'il avait fantasmé. Elle était belle, cette machine mentale arrachée à son petit esprit et construite avec patience, pièce à pièce.
Il n'avait pu échafauder tout cela que seul. On l'avait forcé à la solitude, alors, il en avait tiré le meilleur. Il n'aimait pas sincèrement son statut de criminel, mais il avait renoncé à en sortir, par peur de faire renaître des blessures insupportables de douleur qui valaient bien qu'il reste dans un rôle de hors-la-loi.
Il avait ricané devant les caricatures qu'on publiait à tour de bras ces derniers mois. Ces dessins d'enfants grossiers le déformaient.
Personne, ne savait rien de lui et de ce qu'il prévoyait.Encore plus drôle, tout ça : de réaliser que les gens ont peur, une frayeur assez grande et assez animale pour faire parler autant et rentrer chez eux les pauvres citoyens, sans connaître l'objet de leur peur. Ils étaient peut-être bien loin d'imaginer ce qui se tramait, mais peut-être inventaient-ils bien pire encore. Un coup d'Etat, un attentat, la destruction du pays.
- Quoique. Bill Hawks est avant tout Premier Ministre. Et les gens tiennent au Premier ministre. La grimace moqueuse de Clive s'élargit, jusqu'à devenir presque un sourire.
Il se projeta légèrement en avant, et accéléra encore, avant de se rendre compte qu'il n'était plus seul dans la rue.
Clive se figea en apercevant le visiteur. Non, non non, pas lui. Pas cet homme qu'il avait manipulé sans regret et de la manière la plus sordide qu'il soit. Pour la première fois depuis sa fugue, de vrais regrets lui serrèrent le cœur.
Que faire ?
Courir ? Se rendre ? S'excuser ? Le laisser faire le premier pas ?
Dimitri releva les yeux de son article, un réflexe pour vérifier qu'il n'était pas entouré.
Leurs regards se croisèrent. En l'espace d'une seconde, un regard effrayé, coupable, triste se confronta à un regard surpris, étonné, choqué.
Son sang ne fit qu'un tour, la vive douleur qui parcourait ses pieds lui rappela sa situation d'évadé de prison. Les excuses et regrets attendraient, il y avait plus grave : un témoin ! Quelqu'un l'avait vu ! Il allait retourner en prison immédiatement s'il ne sauvait pas ! Son plan allait échouer !
Clive regarda autour de lui : il savait que s'échapper en courant de la ruelle serait une mauvaise idée- trop de cette agitation ne passerait pas inaperçue. Il courut alors vers le fond de l'impasse, sauta sur une benne à ordure, s'accrocha à un réverbère mural et gagna de l'élan, en très peu de temps. Il arriva à sauter sur le mur de l'impasse pour atterrir de l'autre côté, au milieu d'une cour d'immeuble. Il se cacha au milieu des poubelles pour reprendre son souffle et faire le point.
Pourquoi s'était-il échappé de prison, déjà ? Parce que les gardes étaient trop mauvais. Il rigola à sa propre blague. La nourriture ? Il avait connu pire pendant ses quelques mois d'orphelinat. L'ambiance ? Il pouvait passer de bons moments avec ses camarades.
Il pouffa. Cela l'amusait d'associer le vilain Clive Dove à des occupations aussi futiles. S'il avait quitté sa geôle, c'est parce qu'il avait décidé tout simplement de suivre son plan, hors des murs.
Celui de tuer Bill Hawks.
Derrière l'écran...
Ode : WE DID IT ! ENFIN ! APRES PRESQUE 2 ANS A S'ENVOYER DES BOUTS DE TEXTE PAR SMS !
Miss M : Oh mon dieu oui ! :'D Ode regardez, c'est nooous! / Notre nom sur cette...page...
*Ode et Miss M secouent la tête dans tous les sens pour cacher leur excitation*
Ode : Heureusement qu'ILS ne voient pas... LA VERSION 1 *ressort les dossiers*
Miss M :...Il n'y a jamais eu de version 1 U-U Enfin, je note que vous avez centré la fanfic sur Clive...
Ode : :3
Miss M : et pas tellement sur Hershie...
Ode : :3
Miss M : Vous me le paierez.
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