MissM : un petit détail : j'ai réécrit une partie de ce texte en écoutant "Danse Macabre" (Camille Saint Saens), en particulier la partie violon. Et même si cette musique ne définit pas le chapitre... testez, vous m'en donnerez des nouvelles :D Je lui trouve un petit côté clivesque, moi u-u
Clivounet, le violon, se mouvant avec légèreté et malice, dans un théâtre en pagaille, le ronron agité de l'orchestre...
Clive soupesa la foreuse silencieuse que lui avait procurée Descole et la saisit à deux mains. Il révéla la cavité en quelques coups secs et appliqués. Ses gestes sont précis, vifs, et son esprit ressasse le plan à la manière d'une machine bien rodée. Scalpel, pour ouvrir définitivement l'accès à la trappe avec méthode et finesse. Les gants, pour ne pas laisser une seule trace de ce cambriolage mémorable à ces incapables de la police qui doivent s'être lancés sur leur trace depuis l'incident, et manipuler avec soin l'Objet.
Se glisser doucement et ramener le morceau de sol à sa place, le tirer légèrement vers soi afin de rendre invisible le tout. Ne laisser aucune poussière, aucun gravas, qui révèlerait la technique de maître aux amateurs... Et, surtout, un étui pour le bijou, une pochette de velours sombre et de petite taille qui pourra être dissimulé dans un pan de veste le temps d'une fuite.
Le bijou est absolument fabuleux; malgré la tension démultipliée depuis que les câbles sectionnés ont anéanti le réseau, il brille d'avantage que l'ensemble de l'Opéra et de ses projecteurs réunis.
Le métal n'est pas simplement habilement ciselé, il semble encore malléable à souhait, et si fragile.
Les pierres qui scintillent renforcent cette impression, mais elles ne sont presque pas aussi intéressantes, songe Clive, que les mains de maître qui ont conçu et offert à la société cette pièce délicate et chargée. Un homme plus fleur bleue que lui aurait senti la Lune Agonisante lourde de la tristesse et de l'abandon de la Princesse Oubliée, là-haut dans sa tour.
Pourtant, les spectateurs ne connaîtront jamais la fin, la fin de la légende. Ou pas celle du conte. Deux malfaiteurs se chargeront de l'écrire.
Comme à leur habitude, le Professeur et Luke mirent tout en œuvre pour éviter la foule. Des aristocrates, rassemblés en groupes, gesticulaient, criaient et couraient en tous sens, paniqués, dans un désordre digne d'une mise en scène : impossible, pour l'instant, d'avoir une vue générale de la scène du délit. Les acolytes s'arrêtèrent quelques instants pour souffler et jetèrent un regard commun sur ce spectacle étrange.
Le gigantesque théâtre était en train de prouver une nouvelle fois son prestige, mais d'une plus sinistre façon. Tous les employés en livrée, qui quelques instants plus tôt guidaient les spectateurs vers leurs places, hurlaient des informations avec calme et ordre, et le flot humain s'organisait peu à peu.
De l'autre côté des rideaux, mais aussi dans la fosse de l'orchestre, on s'agitait, encore dans l'hésitation d'emmener avec soi les objets précieux ou même de rester sur les lieux.
Les artistes, choqués, faisaient preuve de plus de sang-froid que la foule, mais se glaçaient à l'idée qu'ils ne retrouveront peut-être pas leur instrument. Quelques divas lancèrent des vocalises effrayées. Un violoniste vint à leur secours, l'air désabusé.
Janice soupira tristement. Les vers de l'opéra ne pouvaient pas s'empêcher de résonner encore et encore dans son esprit, s'acharnant à l'accabler après l'anéantissement de son succès national par un vulgairement mystérieux voleur. Son costume somptueux lui parut ridicule, superficiel, déplacé. Mais sa nature trop douce ne l'autorisait pas à exprimer sa rage et sa déception, et surtout pas sur une étoffe comme celle-ci.
Ce qui ne l'empêcha pas de se sentir écrasée par le poids de la tristesse, de la colère et de l'adrénaline de la scène, qui retombait platement, frustrante.
Clive se mit à progresser dans le noir avec l'assurance du gentleman voleur, celle qui lui donnait presque autant d'élégance et d'aisance dans le crime que dans le bienfait.
Ce début de la procédure l'avait aidé à mémoriser définitivement le plan conçu par Descole : maintenant qu'il s'était mis en marche, les consignes et précautions répétées par son collaborateur lui venaient naturellement - comme un vrai diablotin, tellement imprégné du crime qu'il devient naturel.
Mais il restait extrêmement vigilant. Tous ses sens se retrouvaient mobilisés dans ce nouveau défi, à l'affût du moindre bruit. Il n'était que tension.
Les premiers cris lui parvinrent alors qu'il passait derrière les décors en stuc, suspendu au-dessus de la scène, la foreuse calée contre l'omoplate. Un saut léger le propulsa sur la poutre suivante.
Curieux, il chercha à comprendre ce qu'articulaient tous ces gens. Un saut de plus et il se retrouva face à un passage étroit et abrupt. Serré contre le panneau qui soutenait la scène, il le longea avec prudence, penché au-dessus du vide, et saisit une phrase.
« Mais qu'allons-nous faire ? »
Une exclamation d'enfant fusa aussitôt : « Maman ? Maman ? »
Étonné de la détresse dans ces voix, le jeune Dove s'arrêta.
Puis haussa un sourcil. Les spectateurs se bousculaient comme des animaux, alors, ils devraient le savoir, qu'il n'y avait déjà plus rien à voir.
Vraiment, était-il le seul à comprendre, la seule personne sensée... ?
MissM : Je me sens un peu seule... Pas un seul mot écrit par Ode dans ce chapitre. *rougit* Que du "moi" ?
