Sara Kelly s'éveilla en sursaut, le souvenir d'une main caressante encore sur la peau. Mais celle de qui ? Les rêves se montraient comme souvent injustes, et cette image embarrassante n'en avait pas encore fini avec elle.
Le souvenir embué du glissement sinueux d'un doigt sur les siens était aussi précis que l'identité de son possesseur était floue.
D'aussi loin qu'elle s'en souvenait, elle n'avait jamais aimé le contact physique. Alors qu'elle quittait à peine le monde des songes, un sursaut de dégoût la secoua.
Mais ce frisson fut suivi d'un autre, glacé de lucidité : peut-être son esprit lui cachait-il sa propre attirance pour quelqu'un !
Toujours contrariée, elle se leva, serra sa robe autour de son buste jusqu'à s'étouffer. Une dernière respiration fit descendre la veste supérieure jusqu'en haut du jupon. Elle jeta un œil au mouvement de ses côtes rebelles, qui se soulevaient encore irrégulièrement.
C'était une robe tout à fait présentable, bien faite, celle des occasions particulières où elle s'autorisait à révéler son goût aux yeux du monde. Le jaune pâle, fort délicat, de l'étoffe soulignait le vert glaçant et furieux de ses yeux verts, qui vous détaillaient avec une impassibilité scolaire.
Elle ouvrit la porte de sa chambre du talon, une pile de documents sous le bras. « Bonjour, Miss !
L'interne évita la porte battante d'un air surpris.
- Andrew. Comment vas-tu ?
- Bien, Miss, mais... j'aurais voulu votre avis... » Le bruit de la pendule renaissance qui habillait le hall de l'université se mit à résonner aux oreilles de la jeune femme.
« ...l'existence... la finitude... cette angoisse qui me prend... et vous, Miss, qui êtes là pour me guider... chemins de la connaissance... beau, n'est-ce pas ? Mon dernier devoir, - je vous demande pardon... vous devez être occupée...
- Non, je t'en prie. »
Les bras de Paolo avaient toujours été un sujet non négligeable de souffrance pour lui. Crispés par les courbatures, ses muscles s'étiraient toujours avec la difficulté d'un moteur à court d'huile, et il était tous les matins à un doigt de renoncer à tout jamais à sa gymnastique quotidienne.
Plié en trois pour atteindre le miroir, un doigt tendu pour écarter la narine rebelle qui palpitait en signe de protestation, Don Paolo dressait avec hardiesse son ensemble pileux.
Il rencontra son propre œil critique, exorbité par l'effort, dans le miroir.
Le ciseau était allé trop...
Non, parfait.
L'habitude aidant, sa moustache retomba miraculeusement en guéridon, sous sa forme habituelle, comme si elle ne l'avait jamais quitté. Il envoya valser les ciseaux et la pommade dans son lavabo et se rassit au bord de son lit, attenant à sa minuscule salle de bains.
Le temps d'enfiler une chaussette, et il était debout. Le carburant était prêt depuis la veille il ne manquait plus rien au départ de Paolo pour un petit café de la cité : « La Madeleine ».
La jeune femme arriva une heure à l'avance et vida le contenu de son dossier sur une petite table en terrasse. Ce minuscule bistrot à l'ancienne, enclavé dans une impasse étroite, donnait sur une artère très passante de Londres. Le vent agitait les documents, mais la chaleur de l'intérieur ne lui disait rien de bon.
Sara, en dehors de la satisfaction de savoir que des écrivains s'étaient assis sur le même siège qu'elle, appréciait beaucoup cette position, partagée entre la foule et le calme plat de cette fameuse impasse. Le menu de La Madeleine, succulent, avait alimenté plus d'une fois ses réflexions solitaires.
L'enseignante se mit à l'œuvre, préparant sagement ses conclusions sur le mystère du jour, laissant traîner une oreille à la conversation voisine, qui se déroulait en français.
Paolo débarqua dans un bruit de moteur. Sa coéquipière était bien là, devant une soucoupe vide qui avait du être un thé quelques instants plus tôt – « ponctualité d'instit' », pensa-t-il.
Les liens entre eux étaient encore brumeux, et il n'avait pas envie d'offrir sa confiance aussi vite.
Il stoppa sa moto à quelques pas de la terrasse, sans se signaler, et observa ce qu'avait apporté Sara avec elle, spectateur distant de leur futur entretien.
Sur plusieurs liasses de journaux, soigneusement alignées à la gauche du professeur Kelly, on retrouvait le portrait officiel de Clive à la sortie de la cellule. Afficher son regard meurtrier aux yeux des passants paraissait presque un crime, que la jeune femme commettait cependant sans l'ombre d'un état d'âme.
De l'autre côté de la table, Don Paolo aperçut un très long stylo, ainsi qu'un carnet épais.
Ouvert environ à sa moitié, il avait l'air couvert de notes.
Enfin, sur le peu de place qu'il restait, la petite table présentait une pile d'ouvrages à usage inconnu.
La propriétaire de ces objets singuliers semblait passer de l'un à l'autre à une vitesse étrange, ouvrant un ouvrage pour le reposer aussitôt, ayant à peine le temps de lire un mot avant de saisir un autre document, sans toucher aux pâtisseries placées en face d'elle. Ses doigts paraissaient connaître chaque ligne sans même faire l'effort de les déchiffrer.
L'effrayant moustachu, qui avait préféré ne pas se faire remarquer par les passants, avait choisi une tenue entièrement noire, assortie d'un chapeau qui couvrait sa coiffure délirante.
Il finit par s'approcher en trottinant.
Elle fixa ses yeux sur lui, et il fit de même, sans ciller, pour paraître concentré et appliqué à cette personne qui employait des méthodes qui lui étaient totalement étrangères. Elle articula alors ceci :
« Clive Dove. »
« Hum...oui ?
- Que savez-vous de lui, Monsieur P. ? » Ses lèvres sèches et serrées s'étirèrent dans un sourire d'enfant.
Elle se pencha en avant, à demi levée, et tendit une main ferme avec une résolution toute masculine. C'est à cette occasion qu'il remarqua pour la première fois ses drôles de cheveux, attachés et hauts.
Tant d'informations contradictoires jetèrent Paul dans la confusion. Il se trompa de main, lui donnant la gauche quand il fallait lui donner la droite, et répondre à la question lui demanda un effort surhumain.
Il l'informa assez sérieusement de tout ce qu'il savait de Clive, avant de l'interroger sur la raison de sa question.
« Êtes-vous prêt à perdre du temps ? » répondit-elle, se sachant bien plus bavarde qu'elle n'en avait l'air. Elle rit. Ses paupières rosâtres s'agitèrent en papillonnant.
« Pourquoi sommes-nous là, si ce n'est pas pour perdre notre temps ?
- Bien. Allons-y. En vous attendant, j'ai commencé à réfléchir à la question, mais j'aimerais votre avis, et vos idées, si elles diffèrent. C'est tout à fait possible, en effet, et vous ne sauriez que m'aider en me soumettant votre point de vue, que j'aurais peut-être oublié au profit de mes stupides théories, subjectives et rapides.
- Très bien !, balança un peu au hasard son coéquipier. Sa curiosité grandissait.
-Voici, détacha Sara. Si le collier a été volé, c'est qu'on a été en contact avec lui, donc dans la salle où il était gardé, c'est logique, vous le remarquerez.
En retournant le problème, » elle retourna la main pour illustrer ce premier argument,
« j'ai essayé de trouver un exemple dans lequel un être autre qu'un humain aurait pu effectuer la subtilisation, mais cela s'est montré impossible. Ce qui nous amène à une conclusion très simple, mais bien utile : que c'est un, ou plusieurs hommes qui étaient dans la salle et ont pris le collier
-je ne dis pas qui l'ont volé, car au sens strict du terme, une personne seule ne monte pas un vol - pas sans aide ou motivation qui n'en concerne d'autres. »
La jeune enseignante replaça distraitement une de ses mèches folles et reprit :
« Mais le mystère du vol réside dans l'invisibilité du voleur, et c'est à cause de ce "léger détail" que la police s'embourbe sûrement en ce moment même.
- De toute façon, c'est fait, c'est fait. Pour le moment, ce n'est pas tant la manière dont il l'a volé qui nous intéresse...
- C'est juste, mon bon Monsieur. » Il sursauta, elle rit à nouveau. « Et je suis d'ailleurs assez contente de vous voir prouver que Scotland Yard ne nous mérite pas. Mais revenons à des choses plus sérieuses, affirma la jeune femme sévère.
Le voleur est, j'émets peu de doutes là-dessus, un professionnel.
- Cette fois, je ne suis pas d'accord.
- Connaissez-vous beaucoup de braqueurs d'épiceries qui ne laissent aucune trace... Monsieur ?
- Un voleur qui s'y prend bien... » Il eut son premier sourire mais sa coéquipière lui lança un regard curieux, qui le calma.
« Excusez-moi; cette fois, je dois vous soumettre un document. Après cette lecture, vous me croirez aisément. Vous n'avez pas assez confiance en ce que je suis, je le vois. » Une main partit fourrager dans la tour de documents. Une, deux, trois minutes passèrent.
Il parcourut le cours de criminologie qu'elle lui tendit.
Paolo devina que c'était une trace de son travail d'étudiante, et y trouva bien ce qu'elle lui en disait : une preuve que ce qu'elle avançait était logique, basée sur des données chiffrées indémontables, des exemples historiques et d'interminables rapports psychologiques.
La conversation des deux alliés s'étira sur de longues heures : tantôt, c'étaient des détails concrets qui venaient les interrompre – le serveur avait une fâcheuse tendance à faire tomber de la monnaie sur leur table, puis une de leur voisine se mit à faire taper de façon agaçante son joli soulier contre le pied d'une des chaises -, tantôt le plaisir évident que prenait le Professeur Kelly à comprendre la poussait à détailler encore et encore l'affaire.
La méfiance solide de son public, qui se bornait, ronchon, à demander preuve sur preuve avec une envie mauvaise de contrarier la jeune femme et de démontrer la valeur de ses propres méthodes, ne facilitait pas les choses.
Ils en arrivèrent ensemble à un point : la personne qui avait eu, au moins le temps du cambriolage, le collier dans les mains, était expérimentée. Elle avait un goût assez prononcé pour le jeu et le risque pour orchestrer une disparition aussi peu ordinaire, détournant l'attention sur une salle où rien ne comptait vraisemblablement être volé.
Le criminel en question devait avoir au moins une petite réputation auprès de Scotland Yard. Petite croix dans le carnet de Sara.
Les derniers rapports de police apportés par l'enseignante n'indiquaient aucune action suspecte des criminels du pays depuis plusieurs années; beaucoup avaient été mis hors d'état de nuire et sans possibilité de se reformer. Un seul suspect restait donc sur les rangs :
Le grand Clive Dove.
Mais Clive n'était pas un voleur...
Une information manquait dans les notes des deux acolytes, et seule une personne pourrait effacer le petit point d'interrogation de la page.
Sara Kelly accomplit ce qui lui semblait vraiment nécessaire depuis le début de l'enquête.
« Hershel...pourrais-je vous parler un instant ? »
Derrière l'écran...
MissM: ..."Et publiez vite s'il vous plaît ! :D"
Ode: Y a pas de pièce jointe dans votre mail.
MissM: ...
Ode: Bref. Bonjour mes cocos ! Whaouh, y a beaucoup de descriptions ici... ET DE CLINS D'OEIL.
MissM: Mais non enfin x) Et n'empêche que pour une fois, j'ai beaucoup écrit :o
Ode: Andrew peut-être ? Un OC clin d'œil insignifiant ?
MissM: Mais chuuuuuuuuuuuut !
Ode: Pour information, le "personnage" Andrew est un délire entre nous : il serait le prétendu fils d'Hershel et Miss M...
MissM: Je vous interdis de parler de mon fils de la sorte. Un respectable gentleman...!
Ode: Oui, rholala x) Bon, j'y retourne, j'ai encore pas mal de corrections à faire. Apluche mes loulous !
MissM : Alors, comment voyez-vous la relation Paolo/Sara ? Croyez-vous à leur alliance, chers lecteurs, ou anticipez-vous une...trahison juteuse B) ?
