Le garçon à casquette bleue déboula, joyeux. Quelques instants plus tard, sortant le nez hors de son bureau, l'Inspecteur Chelmey se hasarda dans l'escalier et, après avoir réussi à attraper au vol l'objet de cette petite réunion, traîna des pieds vers le groupe. Luke comprit que le policier avait pris le seul tabouret disponible, et s'assit par terre avec un brave soupir.

« Que savons-nous de cette affaire ? » Layton commença.

Bonne élève, Célie ouvrit la bouche pour donner la réponse, mais son collègue lui toucha le bras d'un air significatif. Luke perdit quelques secondes son regard pétillant d'excitation pour les dévisager lourdement, puis retourna à son calepin. La joyeuse compagnie fixait maintenant le Professeur Layton.

« Chacun d'entre nous a pu observer les traces situées sous le socle de la vitrine du collier. Une scie, vraisemblablement, a servi à créer une trappe, mais pour mener... où ? »

Ils retinrent tous leur souffle. Layton laissa passer le silence avec l'inquiétude de celui qui a à la fois peur de ne pas être compris et de se faire long.

Les éléments de l'enquête, qui se déroulaient aisément dans son esprit, rappelèrent l'orateur à l'ordre : « Le théâtre repose sur un large réseau de galeries. Certes, au premier abord, cela peut paraître une voie dangereuse et peu judicieuse, mais c'est une manière de... Disparaître !

- Et un homme qui vole la Lune agonisante ne doit pas avoir peur d'aller loin. » s'immisça Célie, répondant à la logique presque malicieuse par ses théories déjà affirmées. Elle se forgeait un regard mystérieux et sombre, qu'elle posait tour à tour sur chaque membre du comité.

Contrairement à ses attentes, pourtant, le visage ne laissa pas voir de réaction pas la moindre trace d'un trouble sur celui du Professeur. Elle fronça les sourcils, prise de passion pour le moindre de ses gestes.

« Oui, oui, approuva calmement l'intéressé. Et surtout, le collier est de petite taille, facile à glisser dans une poche. Une fois le joyau rangé, le voleur s'est frayé un passage assez facilement à l'aide d'outils de base, qui n'ont fait que libérer des tunnels déjà existants, qui peuvent laisser passer un homme accroupi.
Ce qui a égaré les inspecteurs, c'est l'aspect impossible, voire surnaturel - il sourit - présenté par les films. Les caméras du London Theater ne devraient pas, et n'ont pas, d'angle mort. Là, il devient flagrant que non seulement l'inefficacité des caméras était volontaire, que quelqu'un les voulait inefficaces, mais surtout qu'il manque des images. Les enregistrements que j'ai vus ne sont qu'une partie de l'activité de la salle. Mettons-nous à la place du voleur : impossible de rentrer dans les salles techniques où sont positionnées les caméras, trop de risques d'être dans le champ ou d'être intercepté. La faille de surveillance ne vient donc pas des agents, mais ne part pas non plus de la personne qui a commis l'infraction. Elle n'aurait pas pu prendre ce risque elle-même. Un complice ? Je n'y crois pas. »

Chelmey enfonça les mains dans ses poches d'un air agacé : il paraissait trouver cette dernière phrase arbitraire et mal placée.

« ...Et la visite sur les lieux a confirmé cette impossibilité.

En effet, j'ai observé les câbles reliés aux caméras de surveillance. Ils n'ont pas été mis hors tension ni sectionnés, ou plutôt, ils ont été...rongés. »

« Les marques de section ne sont pas les traces nettes qu'aurait laissées une tenaille. Ce n'est même pas un humain, mais un animal qui a empêché le fonctionnement de l'enregistrement par les caméras, un animal discret, rapide, un animal qu'il est possible de dresser : un rat.

- Ou un mulot ! » Célie lui fit écho sur le ton de la plaisanterie.

« Mais enfin, et l'Agent Zer, Layton ? Il a bel et bien été attaqué. Et pas par une de vos bêtes d'égouts !

- Justement, Inspecteur, vous ne croyez pas si bien dire. »

Le Professeur se déplaça légèrement. Il voulait garder un œil sur Miss Warrione.

« L'agent Zer a parlé d'un agresseur 'invisible' et, croyez-moi, il aurait facilement identifié une main humaine. Non, c'est tout simplement une petite créature poilue qui s'est faufilée entre ses vêtements.

- Ignoble, murmura Chelmey.

- Amusant ! gloussa Célie.

- Incroyable... » conclut Luke. « Mais...

- L'alarme. C'est cela dont tu veux parler, n'est-ce pas, Luke ? »

Un sourire lui répondit.

« Même sans compter les caméras, il restait des policiers, beaucoup de policiers qui bénéficiaient d'une vue plongeante sur l'activité de la salle du collier. Je ne sais pas exactement par quel moyen mais l'alarme d'une autre salle a tout simplement été déclenchée pour les distraire et laisser la salle vide. »

« En résumé, pendant que des policiers aussi peu perspicaces que Barton se faisaient distraire, le dessous du socle du collier était scié, le collier emmené via les sous-sols et le morceau de sol remis en place...tout cela sans l'œil suspicieux d'une caméra, dont les câbles avaient été mâchouillés par un joli groupe de rongeurs dressés à les saboter. »

Cette remise à plat entraîna un silence.

L'inspecteur Chelmey, au lieu de se réjouir de la découverte de cette vérité qu'il flairait vainement depuis si longtemps, se renferma sur lui-même et rompit le silence.

« Peuh, tout ceci n'est que pacotille ! Même moi, j'aurais pu résoudre ce mystère. La principale question à se poser est, QUI a commis le vol ? »

Layton se figea quelques secondes. Il ne s'attendait pas à ce que La Question vienne aussi vite. Clive. Il le tenait de Sara qui le tenait de… Il faudrait voir cela dans un autre temps. Il pria pour que son trouble ne soit pas perçu par Célie. Heureusement, il l'aperçut en pleine conversation sur un éventuel nœud papillon pour remplacer de la cravate de Chelmey.

« Vous me voyez navrée, Inspectrice… Je ne peux vous répondre. Je ne vois pas qui pourrait dérober la Lune Agonisante, tout en élevant des rongeurs... C'est impossible.

- Bah, ça ne fait rien ! Vous nous avez déjà bien aidés, Professeur ! »

Sa manière de resserrer ses vêtements laissait entendre qu'elle passerait la journée dehors. Le Professeur fut soulagé à la pensée de passer une tranquille journée sans le poids d'une lady aux cheveux bleus… Tranquillité qui fut brisée le lendemain, en lisant la couverture du Times. Le sang n'eut le temps de faire qu'un tour dans ses veines avant que le gentleman n'ouvre sèchement la porte du bureau de l'Inspectrice.

« Inspectrice Warrione ! Pouvez-vous me donner une explication ? »

Célie était en train de siroter un jus de pastèque, confortablement installée dans son bureau.

« Vous expliquer quoi ?

- Ceci. »

Le Professeur tendit un bout de papier.

« Ouverture de « la Scène » aujourd'hui à 10h ! Cet événement, qui prendra place au musée d'Art Moderne, aura pour but de familiariser le public avec les plus grands savants du pays. Musiciens, scientifiques, chercheurs : venez rencontrer vos experts préférés à l'ouverture et la fermeture du bâtiment... placé sous la surveillance de Scotland Yard et du Premier Ministre en personne ! »

Célie reprit une gorgée en zieutant l'article fraîchement déposé sur son bureau.

« Oh. Et vous trouvez que cela fait un peu trop cage dorée, c'est cela ? Pourtant, Billie avait l'air très emballé ! »

Layton réprima un rictus au son du nom « Billie », puis se ressaisit rapidement et se donna un ton plus sérieux.

« Là n'est pas la question. N'avons-nous pas d'autres priorités, Inspectrice ?

- D'autres priorités ? Mais que voulez-vous dire, Monsieur Layton ? »

Se payait-elle sa tête, ou était-elle aussi futée que l'avait été Scotland Yard jusqu'à là ?

« Je parle de l'affaire Dove, par exemple ! N'était-ce pas sur ce cas-là que j'étais censé assister ?

- Ah. »

Célie tripota la paille de son verre vide, le regard pensif. Elle laissa quelques instants en suspens la question du Professeur tout en jouant avec ses cils.

« Au diable l'affaire Dove, je n'ai pour le moment ni assez de preuves ni assez d'hommes pour donner la fessée à ce mignon fugueur ! Et je suis déjà bien assez occupée comme ça ! Mais si cela vous tient à cœur, Professeur, rajouta-t-elle avec un ton vicieux, vous n'avez qu'à lire la presse hebdomadaire ! Et maintenant, zou ! Du balai !

- Hey, mais attend… »

Luke n'eut pas le temps de finir sa phrase que le duo se retrouva une nouvelle fois à la porte.

« Non mais, quel culot ! Chasser de la sorte le grand Professeur Layton ! » s'indigna Luke.

« _Allons allons, un gentleman ne médit jamais d'une lady Luke. Faisons ce qu'elle nous a demandé. »

Hershel resta pensif tout le long du trajet.

Qu'est ce qui lui passait par la tête ?

Célie Warrione était inspectrice responsable en chef de la capture du fugitif Clive Dove. Si l'événement du collier pouvait justifier son écart d'investigation, pourquoi s'amuser à organiser des festivités pour Bill Hawks ? N'avait-elle pas perdu assez de temps comme cela ? Ou usait-elle de sa tête autant de fois que Barton suivait un régime ?

Arrivé à l'université de Gressenheller, Layton retourna dans son bureau et commença à feuilleter les articles fournis par Célie. Au fur et à mesure de sa lecture, son esprit s'évada. Et si la Scène était un appât pour attire Clive Dove ? Non, voyons, la police n'y aurait pas pensé toute seule.

Et pourquoi pas ?

Non, impossible. Conséquences trop subtiles et machiavéliques pour être envisagées.

Mais elles pouvaient ne pas être des moindres…


Derrière l'écran...

Ode: J'ai pas grand chose à dire honnêtement. Donc je vous laisse profiter de votre lecture (pour cette fois è.é)

MissM: Dis donc feignasse U-U c'est pas très sérieux ça