Le bonheur ne se trouve-t-il que dans le malheur ?

La journée avait été longue et Harry n'avait pas spécialement envie de sortir le soir même. Mais il avait fait une promesse à Ron et il ne tenait pas à se défiler. Donc, le soir du trente octobre, après que son dernier patient soit parti, il était monté prendre un bon bain et avait choisi avec soin sa tenue pour la soirée, en attendant que Ron débarque du Bureau des Aurors pour se préparer en quatrième vitesse. Exceptionnellement, Sean avait accepté qu'ils aient droit de dîner dans leur salle privée et était même allé jusqu'à le leur préparer. Mais Harry et Ron étaient au courant que c'était un test pour savoir s'il pouvait inclure ce service au Renaissance.

Vers vingt heures, les deux amis arrivèrent dans le club. La plupart de leurs amis étaient présents et il ne manquait plus que les anciens Slytherin. Tous se prirent différentes boissons en les attendant.

Daphnée, Astoria, Théo, Blaise et Draco arrivèrent vingt minutes plus tard. Tous notèrent sans le faire remarquer l'arrêt sur image qu'avaient eu Harry et Draco en se voyant tous les deux sur leurs trente-et-un. Bien que chacun ait des griefs les uns contre les autres, personne ne voulait les interrompre.

Harry avait tourné la tête quand il avait entendu la porte s'ouvrir. Il avait aisément reconnu Théo, qu'il avait revu plusieurs fois après leur première rencontre dans ce même club, puis les sœurs Greengrass qu'il côtoyait régulièrement, surtout l'aînée, à cause de son siège au Magenmagot, et Blaise Zabini. Mais quand le dernier avait fait son apparition … Harry n'avait pas pu détacher son regard. Chaussures en cuir noires, pantalon de la même matière qui enserrait ses jambes presque comme une seconde peau, chemise de coupe ajustée gris perle … toute la tenue du blond était un appel à la séduction. Ses cheveux blonds lunaires tombaient gracieusement au niveau des oreilles et semblaient être ramenées derrière elles régulièrement, le tout encadrant son visage aux traits aristocratiques. Et ses yeux argent brillaient de mille feux …

-Malfoy, fit Harry.

-Potter, salua Draco.

Le blond ne pouvait s'empêcher de fixer le brun. Son jean brut s'harmonisait parfaitement avec son pull sans manches noir et sa chemise manches longues blanche. Il avait laissé pousser ses cheveux noirs jusqu'aux épaules et les avait attaché tout simplement avec un élastique. Ses traits avaient également définitivement laissé leur côté enfantin pour embrasser des lignes plus dures et plus viriles. Un appel à la sensualité.

Tous s'installèrent enfin et discutèrent agréablement pendant que le cocktail dînatoire était servi. Le hasard faisant bien les choses, Harry et Draco furent placés côte à côte et ils finirent par se trouver beaucoup de points communs. Ils étaient tombés sur l'inévitable Quiddicht.

-Certaines équipes sont pas mal du tout, fit Draco. Pourquoi tu n'es pas devenu professionnel ?

-Je te retourne la question, sourit Harry. Être pro ne m'intéressait pas. J'aime voler mais avoir mon cul collé à un balai vingt-quatre heures sur vingt-quatre, non merci. Et toi ?

-La ligue de Quiddicht n'a pas autant d'importance en Amérique, fit Draco. Le sport national est le base-ball magique. Et je peux te dire que c'est hallucinant d'assister à un match. J'ai essayé mais non, ça ne me plait pas. Si tu devais entrer dans une équipe, tu aurais choisi laquelle ?

-Honnêtement ? sourit Harry. J'aurais fait en sorte de chiper de bons éléments des autres équipes pour en créer une nouvelle.

-De bons éléments ? releva Draco. Pourquoi pas les meilleurs ?

-Parce qu'ils ont leur façon de jouer, déclara Harry. Et ils n'en changeront pour rien au monde. D'où les bons éléments pour qu'ils battent les meilleurs à force d'entraînement.

-Donc tu chercheras dans les équipes de remplacement, comprit Draco. Objectivement parlant, est-ce que tu aurais pris Ginny Weasley ?

Harry se crispa.

-Je … fit Harry.

-Du calme, Potter, souffla Draco. J'ai eu des échos des différents que tu as avec elle. Si elle n'est rien pour toi, tu ne devrais pas avoir peur de parler d'elle.

Harry inspira un bon coup.

-Tu as raison, fit Harry. Ginny ne ferait pas partie de l'équipe.

-Pourquoi ? s'étonna Draco. Elle a su te remplacer au pied levé quand tu as été suspendu, non ?

-Tu connais la différence entre le Quiddicht scolaire et le Quiddicht professionnel, dit Harry. Elle sait jouer, je ne nie pas. Mais elle ne sait pas jouer collectivement. Et elle refuse d'aider ses coéquipiers quand ils ont besoin d'aide. J'ai assisté à l'un de ses derniers matchs et c'était catastrophique.

Draco hocha de la tête. Effectivement, en lisant les différents résumés de certains matchs, l'attitude individualiste de la dernière des Weasley avait été soulignée.

-Tu n'as pas tort, fit Draco. J'ai joué contre elle. Elle ne t'arrivait pas à la cheville mais surtout, elle ne sait pas se concentrer.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? fronça des sourcils Harry

-Tu l'as dit, elle ne sait pas jouer collectif, répondit Draco. Il y a plein de fois où elle aurait pu aider les Gryffindor à se sortir d'une situation mais elle était bien trop occupée à m'insulter pour aider ses amis ou chercher le Vif.

Draco se maudit. Il n'avait jamais dit à qui que ce soit ce qui se passait sur le terrain. Entre Harry et lui, c'était simple, ils se disputaient à la limite de l'anti jeu le Vif d'or mais Weasley … c'était un peu plus cruel. C'était pour cela qu'il ne l'avait jamais aimé.

-Elle t'insultait ? s'étonna Harry

-C'est de l'histoire ancienne, balaya Draco. Et puis, je lui ai rendu coup pour coup à chaque fois donc on est quitte.

Pendant leur discussion, tous les autres étaient partis danser, les laissant seuls.

-Je peux te poser une question et avoir une réponse sincère ? fit soudainement Draco

-Dis toujours, fit Harry.

-Je ne vois pas Granger, fit Draco. Pourquoi ?

-Hermione nous a trahi, avoua douloureusement Harry.

-Comment ? s'étonna Draco

-Elle a révélé un secret très important à Ginny, soupira Harry. Et c'était la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

-Qu'est-ce qui s'est passé exactement avec la Weasley ? demanda Draco

Harry hésita. C'était assez personnel et les seuls qui savaient ce qui se passait réellement étaient Molly et les enfants Weasley, Hermione et lui. Andromeda Tonks savait également mais c'était surtout pour qu'elle empêche Ginny et Molly d'approcher de Teddy, son filleul.

-Pour faire simple, Ginny veut devenir lady Potter à tout prix, souffla Harry. Et elle ne recule devant rien.

-Vraiment ? s'étonna Draco. Tenace, la rouquine !

-Elle veut s'imposer dans ma vie, grogna Harry. Au début, je pensais qu'elle était simplement butée mais plus ça allait, plus ça empirait. J'en suis venu à déménager et je n'ai donné mon adresse qu'à deux personnes : Ron et Hermione. Une semaine après avoir emménagé, j'ai découvert Ginny en petite tenue en train de m'attendre. Je me suis engueulé avec elle et au détour de notre « conversation », j'ai appris qu'Hermione lui avait donné sans sourciller ma nouvelle adresse. Je l'ai jeté dehors avec ses affaires et j'ai porté plainte. Une fois oui, deux fois non.

-Comment ça ? demanda Draco

-Elle l'avait déjà fait, soupira Harry. Juste après qu'elle ait eu son diplôme, elle s'était installée dans le manoir Black sans mon autorisation. Elle y est restée un mois et demi en refaisant toute la déco. Je n'ai toujours pas remis les pieds là-bas.

-C'est dur, grimaça Draco. Tu as encore déménagé après ça ?

-Pas exactement, fit Harry. Je m'y plaisais bien donc je n'ai pas bougé, surtout que j'y revenais assez régulièrement pendant mes études. Mais quand je suis devenu Médicomage, j'ai trouvé dommage de la transformer pour en faire un cabinet. Donc j'ai trouvé une autre maison et je m'y suis installé. Ron vit avec moi en ce moment.

-Là où tu m'as soigné ? se rappela Draco. C'est sympa comme coin.

-C'est vrai que Southampton est tranquille, sourit Harry. Mais toi ? Je ne pensais pas que le manoir Malfoy se trouvait là.

-Il ne s'y trouve pas, confirma Draco. En rentrant en Angleterre, je n'avais pas envie de revenir au manoir. J'avais un peu d'argent de côté et je ne tenais pas à toucher à la fortune de la famille donc je me suis acheté un petit truc sympa. Je suis à un quart d'heure de chez toi.

-Tu fais quoi comme métier ? demanda Harry, voulant éloigner le sujet de Ginny et d'Hermione. Tu ne m'as pas dit, quand tu es venu la première fois.

-Curieux ? sourit Draco, n'étant pas dupe du changement de sujet

-Tu sais que je suis Médicomage, rappela Harry. Et quand tu es venu la seconde fois, tu es parti assez vite.

-D'ailleurs, désolé pour ça, s'excusa Draco. Mais j'avais rendez-vous avec les Gobelins pour reprendre mon héritage.

-Mais ton père n'est pas mort, il me semble ? fronça des sourcils Harry

-Non, souffla Draco. Mais il ne peut plus prétendre être à la tête de la famille Malfoy. Condamné à perpétuité, tu te rappelles ?

-Oui, fit simplement Harry.

Le brun ne voulait pas rappeler qu'il avait témoigné dans le procès de la famille Malfoy.

-Je ne sais pas si tu sais mais la Magie sait quand le chef de famille n'est plus apte, déclara Draco. Je dois tout reprendre et remettre les affaires à flot.

-Bonne chance, grimaça Harry.

-Merci, sourit Draco. Pour en revenir à mon métier … Tu n'as pas une idée ?

-Tout de suite, j'aurais pensé à maître de Potions, comme tu te débrouillais plutôt bien en cours et que tu m'as dit que tu reprenais les travaux de Snape, fit Harry. Mais j'ai l'impression que ça ne te convient pas totalement …

-Je suis maître de Potions, confirma Draco. Mais ce n'est pas mon métier principal. Alors ?

-J'abandonne, capitula Harry.

-Je suis avocat, sourit Draco.

-Vraiment ? fit Harry. C'est vrai que je te vois mieux dans cette branche.

-Merci, s'inclina Draco.

Ils passèrent la soirée sans décoller de leur siège, leurs amis venant les voir de temps à autre, n'osant les déranger. Ils furent très surpris quand Sean leur signala que le club fermait. Mais Harry moins quand il vit Ron passablement ivre.

-Visiblement, je suis de corvée de baby-sitting, ronchonna Harry. Je suis obligé de rentrer tout de suite. Désolé.

-Pas de soucis, fit Draco.

-Merci pour la soirée, fit Harry. C'était sympa.

-J'ai bien aimé aussi, sourit Draco.

-On se reverra ? demanda Harry

-Je sais où tu habites, sourit Draco. A bientôt !

-Au revoir … Draco, sourit Harry.

Personne ne put enlever son sourire rêveur au blond.

§§§§§

Les fêtes de fin d'année approchaient dangereusement et tout le monde vaquait à ses occupations. Ron avait fini par se trouver un charmant logement à louer Moldu, ayant été déçu par l'offre Sorcière, Georges filait le parfait amour avec une jeune femme venu s'installer en Angleterre après la guerre, Blaise avait succombé au charme d'Astoria Greengrass et était mené par le bout du nez …

De par leurs emplois du temps respectifs remplis à ras bord, Harry et Draco avaient préféré laisser le destin s'occuper de leurs prochaines rencontres. Depuis la soirée, ils n'avaient pu se voir que quatre fois autour d'un verre et jamais plus d'une heure. Chacun de leur côté, tous les deux en étaient agacés car même s'ils s'étaient vu en tout et pour tout cinq fois les six derniers mois, ils avaient compris qu'ils s'appréciaient réellement et qu'ils n'avaient pas envie de laisser tomber cette nouvelle relation faute de temps. Leurs amis respectifs avaient bien remarqué la tension qui existait et n'étaient pas loin d'organiser une nouvelle rencontre « fortuite » pour les réunir.

Alors qu'Harry recevait un nouveau patient, il fut surpris par l'arrivée d'une chouette portant l'écusson du ministère. Fronçant des sourcils, il la prit pour la mettre de côté avant de se concentrer sur son patient. Malheureusement, il dut attendre la fin de la journée pour l'ouvrir. Et il écarquilla grand les yeux quand il lut qu'il était convoqué le lendemain matin au Département de la Justice pour une affaire dont il était l'un des principaux protagonistes.

Ce fut donc un peu inquiet qu'il se rendit dans l'une des salles de procès et qu'il prit place à gauche de la salle. Mis à part le juge qui étudiait un dossier et qu'Harry ne connaissait pas, il n'y avait personne dans la salle. Mais ça ne dura pas longtemps. Dix minutes plus tard, au moins trois personnes entrèrent dans la salle. Le brun se retourna et se figea. Il n'aurait jamais cru les retrouver ici.

Molly, Ginny et Hermione.

Le visage d'Harry se ferma. Ça sentait le piège à plein nez. Mais comme il n'avait prévenu personne de son escapade, il était seul face à ces trois harpies.

Le juge releva la tête et estima que tout le monde était présent.

-Bonjour à tous, salua le juge. Vous avez demandé à ce que la séance préliminaire se déroule en petit comité et j'ai accepté. Si vous êtes ici, c'est pour définir les modalités du règlement de la dette de vie qu'a mademoiselle Guenièvre Weasley envers lord Harrison Potter.

Harry se crispa. Dette de vie ? Ginny ? Mais ça remontait à ses douze ans !

-Sur les conseils de ses proches, continua le juge, mademoiselle Weasley se propose d'être la compagne de lord Potter et de porter son héritier. La cour est ici pour déterminer si l'arrangement est convenable pour les deux parties. Vous aurez deux mois pour rassembler vos arguments concernant cette proposition ou en amener d'autres.

D'un coup de baguette, le juge envoya un dossier à chaque partie.

-Vous trouverez dedans les éléments qui vous aideront à comprendre la démarche, fit le juge. Si vous acceptez les termes, vous êtes libres de me contacter avant l'audience. De même si vous demandez des informations supplémentaires. Je vous donne rendez-vous le huit janvier.

Et le juge s'en alla. Harry entendait les trois femmes piailler en bruit de fond, car il était dans un état second. Il savait que s'il relâchait ne serait-ce qu'un instant son contrôle, il les tuerait. Quand il fut sûr qu'il avait le contrôle sur lui-même, il se permit de jeter un petit coup d'œil vers elles. Il croisa de plein fouet le regard de Ginny qui lui indiquait clairement qu'il n'avait plus d'échappatoire. Il lui répondit avec sourire machiavélique qui lui fit perdre son air satisfait pour le remplacer par une crainte justifiée.

Elle voulait la guerre ? Elle l'aurait.

Mais elle allait perdre.

§§§§§

Il fallut moins d'une heure pour qu'Harry obtienne les adresses des meilleurs avocats du pays. Mais dès le début, il savait à qui il allait confier l'affaire. Qu'il se trouve dans les vingt premiers n'était qu'un bonus.

Deux heures plus tard, il se trouvait dans le bureau de Draco Malfoy. Sans un mot, il lui avait tendu le dossier qu'il venait de recevoir mais qu'il n'avait pas encore ouvert et il attendait son verdict.

-Tu es sûr que tu veux que je m'en occupe ? hésita Draco

-Oui, trancha Harry. Je veux que tu étudies ça et nous en discuterons demain, quand je serais à peu près calmé. Avant que tu ne me le redemandes, je ne changerai pas d'avis demain. Par contre, je voudrais que tu me rendes un service.

-Dis toujours, fit Draco.

-Je veux que tu contactes Bill Weasley à Gringotts et que tu lui dises qu'il fait absolument qu'il fasse tout ce qui lui est possible pour que Georges et Ron ne puissent quitter leurs appartements pour la semaine, fit Harry. Je m'occuperai de leurs travails.

-Vraiment ? s'étonna Draco.

-Oui, assura Harry. A demain.

Et le brun tourna des talons.