« Kelly » était un des noms qui avaient le pouvoir d'agacer la Pomme d'Or.
Miss Sara Kelly n'avait rien de vilain : elle était raisonnable, respectable et polie...à sa façon.
D'ailleurs, elle semblait faire partie de ces gens qui sont incapables de critiquer ou de haïr, ou le font honnêtement, sans feindre l'affection. Elle avait tout d'une femme agréable, ses interventions étaient à la hauteur de sa réputation et, le peu de fois où elle avait osé une plaisanterie, elle l'avait beaucoup fait rire. Somme toute, elle n'avait rien contre Flora, et Flora n'avait aucune raison de ressentir de l'animosité à son égard.
Il n'en restait pas moins qu'en sa présence, la jeune fille se surprenait à éviter le regard de l'enseignante, à lui répondre à mi-mot. A chacune de ses apparitions, la jeune Reinhold retrouvait la désagréable sensation de dégoût qu'elle avait eu le temps d'oublier.
Une femme qui allait jusqu'à être autorisée à s'asseoir avec le Professeur, sans inviter ni Luke, ni elle-même, c'était trop demander à Flora. Cette attitude seule était vouée à allumer une petite flamme de jalousie dans le cœur de l'apprentie lady, qui était chaque jour plus attachée à son mentor. Luke était d'accord avec elle : Miss Kelly allait trop loin !
La mission donnée par l'Inspectrice Warrione était donc très chère au cœur de Flora, bien plus que ce que Célie elle-même aurait pu le supposer en la lui confiant.
Là où son courage aurait pu faiblir, Flora était guidée par l'envie d'en apprendre davantage. Filer le Professeur et sa collègue revenait à accomplir un de ses désirs les plus honteux, celui de répondre à une question : que pouvaient bien se dire ces deux-là qui soit assez important pour l'écarter ?
En tendant l'oreille, elle pouvait entendre ce qui se disait à la table voisine.
« Hum. Je ne vais pas te le cacher, j'aurais aimé te parler de Gressenheller.
– Je t'écoute, Profes...pardon, Hershel ! répondit Sara en riant.
– A vrai dire, la directrice a beaucoup insisté pour que je te propose plus d'heures de cours.
– Et si tu reviens bredouille... » anticipa Sara.
– « ...elle va me tirer les oreilles », compléta Layton sur le ton de la plaisanterie. La directrice de l'université avait un caractère bien à elle, mais… »
C'est ce moment-là que choisit le serveur pour prendre la commande de Flora : « Madame ? » « Je regrette, mais je ne vous entends pas », dit-elle après que, effrayée d'être trahie non par l'apparence mais par la voix, elle ait demandé un thé dans un murmure. Elle le dit légèrement plus haut, et vit avec soulagement l'employé s'éloigner, un peu surpris de la timidité d'une femme d'un tel âge, mais trop poli pour le laisser voir.
« ...l'apparition de Bill Hawks ? »
La jeune fille sentit son cœur battre à tout rompre et, après une prière pour que rien d'autre ne vienne la solliciter, pencha la tête vers la table adjacente.
« Je dois admettre que je serai contente quand les séances de la Scène s'arrêteront. Hershel », soupira Miss Kelly. « Il est très difficile pour moi de supporter la présence de Bill. Dans chacun de ses gestes, chacune de ses paroles, je le reconnais. Son hypocrisie, sa violence, ses pensées tordues...tout m'est odieux », confessa-t-elle avec une violence d'autant plus cinglante qu'elle était contenue. Elle avait appris à étouffer son ressentiment, mais pas à le tuer.
« Je suis désolé. Si je le pouvais sans attirer les soupçons, je trouverais un moyen de t'éloigner de la Scène, au moins des séances privées.
– Ne dis pas de bêtises, voyons. » Les inflexions de la jeune enseignante étaient redevenues enjouées. « C'est un exercice comme un autre. C'est surtout sa proximité qui me gêne », conclut-elle avec une calme amertume. A force de patience, elle avait digéré sa haine, morceau après morceau, et ce sentiment était devenue une part d'elle-même comme une autre, qu'elle pouvait faire taire.
– « Que dirais-tu d'une autre tasse de thé ? », proposa Hershel avec bonne humeur. « Je voulais aussi te demander ton avis sur le travail d'un de mes étudiants, qui m'a... »
Flora lança une poignée de piécettes sur la table et fonça tout droit vers la Scène, où Célie lui avait donné rendez-vous dans une petite salle privée, invisible de l'intérieur, dans laquelle l'inspectrice avait installé ses quartiers.
Mal à l'aise dans sa jupe à carreaux, le front brûlant sous la perruque qu'on lui avait vissée sur la tête, Flora toqua avec empressement à la porte indiquée sur le petit plan dessiné à l'encre violette par Célie. Celle-ci ouvrit la porte sans un mot, et écouta avec une relative surprise le récit des confessions de Miss Kelly. Elle congédia Flora et, aussitôt après que la porte eût claqué, elle rangea soigneusement les accessoires dans une boîte. Elle éteignit les interrupteurs d'un claquement sec, et partit vers son bureau en ville.
Le lendemain, Miss Warrione s'autorisa à arriver plus tard que de coutume, une heure tout au plus avant la fermeture publique de la Scène, et l'ouverture de sa séance privée.
Un employé des lieux vint lui proposer à boire. Aussitôt renvoyé, elle dégagea la table de ses papiers, et fit coulisser un panneau de la pièce qui lui était réservée. A l'intérieur, un plateau de jeu.
Les échecs n'avaient rien de novateur : ce qui activait vraiment le cerveau de Célie, c'était une partie de dames. Elle déplia avec satisfaction son plateau personnel sur le bureau, transformée en mystérieux casino privé. Elle plaça les pions et se leva, englobant ainsi toute la partie des yeux.
Un de ses longs ongles en biseau agrippa un palet blanc et éjecta avec satisfaction le noir de la case diagonale. Bill Hawks.
Elle mit pourtant plusieurs tours avant de manger le suivant, mais ô combien plus agréable sous la dent ! C'était ce petit Clive d'amour...
Ensuite, ce fut l'hécatombe : elle ne rencontra aucune résistance du côté des pions de Flora Reinhold, Chelmey – vraiment, ces deux-là tombèrent comme des mouches ; puis vint le tour de Sara Kelly, et de tous les collègues de l'Inspectrice qui, comme tous les membres de Scotland Yard, avaient à peine le temps de réaliser leur sort et encore moins celui de résister. Elle les envoya tour à tour voler dans le sachet de rangement d'une pichenette dédaigneuse. Le prochain exigeait un peu de tactique pour être approché. Célie se mit à chantonner, et fit une, deux dames, pour préparer sa défense. Être certaine d'en venir à bout.
Layton était un amateur de jeux d'esprit, après tout, et son pion était le mieux placé, campé au bout du plateau avec discrétion mais stratégie. Une des dames de l'Inspectrice lui sauta finalement par-dessus.
Elle aurait maintenant pu l'envoyer définitivement au fond de la boîte, remettre à sa place le plateau de bois et l'oublier. Mais Célie l'abandonna sur cette case, se leva, le souffle légèrement coupé, et se rendit à l'évidence : la seule vraie difficulté de ce petit jeu, c'était de cerner Layton. Et son
lien avec les autres, ceux qui, tombés rapidement au fond du sachet, étaient amenés à renaître, à jouer en équipe sous sa coupe.
« Ce sont les ladies qu'on laisse jouer en premier, Layton ! Si seulement tu pouvais t'en souvenir, cette fois encore...! » Sans s'en rendre compte, Célie se mit rageusement à faire les cent pas autour de la table, agitée par la réflexion et la colère. A quoi bon tisser un nouveau lien entre la professeur de philosophie et Hawks, si c'était pour laisser un aussi gros blanc à côté du nom « Layton » !
Miss Warrione finit par pousser la petite porte qui la séparait de la salle réservée à Hawks.
Le Premier Ministre, le regard fixe et brillant, faisait face à un bureau installé pour l'occasion, les coudes au bord de la table, les yeux fixés sur ses pouces, qu'il faisait tourner en tous sens. On reconnaissait à peine l'homme prétendument affable qui ouvrait ces derniers jours les séances très privées de la Scène.
Il aperçut le profil de Célie dans une des nombreuses fenêtres dont il avait demandé qu'on parsemât cette pièce, construite sur mesure.
« Merci pour votre assistance », lâcha-t-il en tendant une main paresseuse vers les plans qu'elle tenait.
« Mais je vous en prie. » Elle fit mine de s'agripper aux plans, guettant d'une moue goguenarde un soupir d'agacement de son supérieur...qui ne manqua pas de se faire entendre, bien trop vite à son goût. A contrecœur, elle desserra son étreinte et lui concéda les feuilles.
Sans même jeter un regard aux schémas, Bill Hawks manqua glousser face au mélange de fourrure et de mousseline sable qui entourait et dessinait la taille de Célie : « Ne suivez-vous jamais l'uniforme ? »
Elle pointa le badge policier, bel et bien visible sur sa poitrine, même si c'était à à côté d'une broche de plumes.« Être reconnaissable m'a toujours beaucoup aidée, Monsieur. C'est la banalité qui vous trahit » fut sa conclusion, lancée avec un grand sourire.
Le politicien employa une technique qu'il maîtrisait à la perfection : il ignora sa remarque avec une indifférence molle que Célie elle-même n'aurait pu décrypter. Elle ne prit pas la peine de masquer sa déception face au peu de répondant du grand homme, alors qu'elle avait décidé d'ignorer sa colère, et était depuis d'une humeur joueuse.
Il lui fit malgré tout la faveur d'étudier les plans qu'elle avait conçus pour l'organisation de la séance de ce soir. « Vous avez choisi une haie d'honneur, au centre, cette fois... Pourquoi ?
- La structure en haie permet d'adapter l'organisation de la cérémonie à la réduction du nombre d'invités, je crois bien, M. Hawks. Vous n'aurez qu'à traverser, saluer individuellement, et pour la suite, la conférence sera concentrée autour de votre pupitre, les sièges des invités face au vôtre. Je propose que vous lisiez, cette fois, le sujet du débat. Cela fera, sensation ? » Elle lui décocha un sourire de courtisane pervertie.
« Laissez-moi passer dans le vestiaire et vous ferez l'annonce de la fermeture. », répondit-il d'une voix neutre. Elle l'attendit, entendit ses boutons de manchette tomber, et le grognement du Ministre alors qu'il se penchait pour les ramasser.
Il ne prenait jamais longtemps à se changer, puisqu'il se contentait de passer un gilet* plus formel que celui de la journée. Bill ressortit, et lui passa devant sans lui jeter un regard. Arrivé à la porte qui menait à la partie publique de la scène, il s'arrêta et, sans se retourner, tint la porte ouverte. Alors qu'elle lui emboîtait le pas, il dit, toujours sans la regarder : « Merci, Célie. Vous êtes définitivement mon meilleur pion.
-Et vous le mien, 'Billy chéri'. », osa-t-elle en sachant qu'il ne réagirait pas. Mais cette indifférence mutuelle avait depuis longtemps cessé de la faire rire.
Il s'éclipsa dans une petite salle d'attente, laissant la policière face au mégaphone.
A l'issue d'une longue conversation, Layton et Miss Kelly prirent enfin congé l'un de l'autre.
Sara s'autorisa un détour par les grilles familières de l'Université, sous l'excuse qu'elles étaient sur son chemin – Hershel avait-il choisi ce café par hasard ?
Elle marqua un temps d'arrêt avant de reconnaître sa secrétaire, plantée sous la devise en capitales dorées « COGITO ERGO SUM », qui éclipsaient la mention habituelle « In God we Trust », déplacée en sous-titre. Elle fut frappée par l'étrange impression qu'elle était attendue.
La jeune femme se ressaisit, et s'écarta du bâtiment public au profit d'une ruelle moins à découvert, qu'elle connaissait bien pour s'y être réfugiée. Là, elle prit le temps de noter une dernière pensée dans un de ses innombrables carnets et, une fois assurée que la rue était vide, détruisit rapidement, mais non sans regret, deux ou trois d'entre eux à l'aide d'une allumette cachée dans son corsage.
Cette tâche accomplie, elle se laissa aller à un profond soupir. L'enseignante s'efforçait de faire appel à toute la force de la philosophie pour relativiser la situation présente, mais l'exercice était difficile. La tête plongée vers le sol, elle s'activait en direction du centre de tous les échauffements intellectuels, secrètement rongée par l'appréhension. Elle se sentait plus nerveuse que ses compagnons, plus émue par sa présence à la Scène, donc faillible.
Surtout, elle ne pouvait s'empêcher de voir derrière le riche velours des tentures, le cuir des sièges, la prétendue émulation des esprits la mise en scène parfaite d'un meurtre, et l'angoisse du grain de sable qui viendrait enrayer la machine lui faisait craindre le pire. Aussi dures soient ses tentatives pour s'en convaincre, elle demeurait méfiante au sujet de la réussite totale de leur plan. Elle avait berné Hershel par l'illusion de sa bonne humeur, mais elle-même savait. Que tout cela ne pouvait qu'échouer. Elle suivit un groupe vers l'entrée de la Fondation d'art moderne.
La liste des convives avait été réduite, approximativement de moitié, sur accord commun de Hawks et Warrione. La Scène rassemblait après cette décision les éléments qui avaient été observés comme les plus efficaces en séances privées et populaires en séances publiques, à cet instant progressivement placés dans la salle par le petit personnel.
Alan Wicker et Rose Spencer s'engouffrèrent ensemble dans le salon et, dès l'instant où ils furent installés, entamèrent une discussion aussi passionnée que possible de la part de ces deux grands timides. L'arrivée de Vladimir, puis de Sophia, qui lui servait d'appui, déclenchèrent la respectueuse courbette des deux savants, et une conversation d'usage s'engagea entre le désormais quatuor. Miss Kelly les rejoignit.
C'est l'apparition du Professeur Layton qui provoqua l'agitation, et elle n'était pas peu légitime.
Il souriait avec politesse, mais on aurait dit son visage barré par une grimace crispée et douloureuse unique, celle de l'énigme non résolue. Ses doigts mêmes s'agitaient, s'entremêlant, témoignant d'un désordre intérieur inouï. Si l'arrivée du Professeur provoqua une réaction générale d'effroi, et que, pendant les dix minutes qui suivirent son arrivée, tous les yeux convergèrent vers lui, il ne faisait aucun doute que l'inquiétude générale suscitée par son entrée était voulue par les organisateurs. En effet, à l'instant même où Hershel acceptait le siège qu'on lui présentait, un plateau de thé encore fumant, choisi avec goût, glissait dans sa direction. Mais il n'y toucha pas.
Katia baissa la tête tristement, coupant court à la conversation. Elle reconnaissait la contrariété de l'anniversaire du Professeur. Cette année, la figure solide de Londres avait abandonné par deux fois son assurance bien connue. « Une année de souffrance pour Monsieur Layton...? », s'interrogea-t-elle, réchauffée par un sentiment de pitié.
Les retardataires débarquèrent en vague, suivant l'orchestre, qui les guidait à distance d'une musique lourde et feutrée, un jazz étourdissant et rauque. Ils se divisèrent, s'assirent, levèrent les yeux à l'unisson, dégageant ainsi deux allées distinctes et d'une perfection royale près du riche fauteuil qui restait vide.
Quelques-uns des nouveaux venus jetèrent un œil à l'Inspectrice Célie Warrione, qui laissa tomber un pied sur la dernière marche de l'escalier débouchant sur la Scène, mue par une démarche impériale, le menton dressé et l'œil brillant.
Main sur la hanche, elle s'écarta, comme pour laisser le statut de clou du spectacle à un autre. Dans son impatience, son regard balaya la salle entière de son faisceau intimidant. Puis se mit à sourire.
Bill Hawks descendit lentement le dernier palier. Le claquement de ses souliers cloutés, polis jusqu'à l'extrême, s'imposa à tous dans le silence pesant qui régnait depuis quelques instants, rappelant un terrible souvenir à Miss Sara Kelly.
« Good evening everyone ! Bienvenue dans notre édition spéciale de la Scène ! » lança une Célie enjouée dans le micro prisonnier de ses serres parées de gants bordés de dentelle, effort vestimentaire inattendu de la part de l'inspectrice.
Les membres applaudirent l'arrivée de Bill Hawks. Le Professeur regarda autour de lui. Tout, ou presque, avait changé : la disposition des sièges, non plus en demi-cercle mais en deux blocs distincts, les visages des invités qui ne lui disaient rien, des horaires différents… Tout venait lui souffler qu'il se produirait quelque chose ce soir, et quelque chose de grave. Luke, ressentant le malaise de son mentor, se tourna vers lui.
« Quelque chose ne va pas, Professeur ? » murmura-t-il. « Serait-ce votre intuition qui…? »
Mais Hershel ne se donna pas la peine de répondre. Il analysa la salle plus en détail.
L'escalier par lequel Bill Hawks venait de descendre se trouvait devant eux, mais dans l'angle gauche de la pièce, afin de ne pas faire d'ombre à l'estrade royale, où siégeaient le fauteuil du Premier Ministre ainsi que l'urne. Célie, par modestie, restait au pied de la surface surélevée, légèrement en retrait. Sa droiture rigide laissait penser qu'elle n'animerait que peu cette soirée, préférant faire le chien de garde. Ses hommes, une dizaine, occupaient un espace homogène à l'arrière de la salle, près de la double porte. Mais ce qui frappait le plus, c'était les invités. Alan Wicker et Rose Spencer étaient voisins, à deux rangs devant le Professeur. Demian Salisbury, quant à lui, se situait vers les premiers rangs du bloc de droite, en diagonale de Vladimir et Katia, plus au centre.
Les Inspecteurs Grosky et Chelmey montaient la garde sur les côtés, Sara avait préféré s'installer près des immenses baies vitrées, à quelques places de l'écrivain, tandis que Maud et Dimitri étaient positionnés aux antipodes de la salle, l'une au dernier rang du bloc de droite, montrant le dos aux employés Scotland Yard, l'autre juste devant l'escalier. Ce qui gênait Hershel, c'était l'aspect illogique de la répartition : ils étaient démantelés sans l'être totalement, séparés par une masse de visages totalement inconnus.
« Et pour cette édition spéciale, nous avons l'honneur d'accueillir des savants venus de toute l'Europe, qui ont manifesté leur intérêt pour notre respectable Scène !»
Alors les scientifiques français et les artistes allemands se déplaçaient à Londres rien que pour partager un moment convivial avec le Premier Ministre anglais Eh bien, après tout, pourquoi pas mais n'y avait-il déjà pas assez de beau monde en Angleterre ? Layton fut tiré de ses réflexions et analyses par la voix forte de Célie Warrione.
« Comme d'habitude, nous bavasserons d'un sujet tiré au sort ! Monsieur le Premier Ministre, auriez-vous l'amabilité de tirer un thème dans l'urne ? » proposa-t-elle en poussant majestueusement la sphère devant sa main.
Pour une raison inconnue, l'ambiance était tendue, bien différente des autres fois. Bill Hawks se leva, brassa l'ensemble des bouts de papier et en sortit un, lentement. Il le déplia, s'éclaircit la gorge et annonça, d'une voix solennelle :
« Les sujets d'actualité. »
Puis se rassit.
La foule commença à s'agiter. Pas pour la même raison que la dernière fois, non, plutôt par mélange de la quantité de choses à dire sur un tel sujet.
En tendant l'oreille, on entendait ici et là des faits : la comtesse de Nottingham avait trépassé, le prix de la viande avait encore augmenté, un artiste britannique été décoré… Puis les acteurs arrivèrent au sujet d'actualité qui occupait les esprits : le vol de la Lune Agonisante.
Célie transféra toutes ses forces dans son regard. Elle souriait. Ce que personne ne savait, c'est que l'urne était remplie de papiers « les sujets d'actualité ». La main innocente de Hawks s'était contentée de l'acte symbolique. Elle voulait voir les réactions. Qui savait quoi. Layton hésitait sur ce qu'il devait faire, écoutait les conversations dans la position qui lui était si propre. L'archéologue Alan Wicker expliquait l'incroyable histoire des souris sous l'œil étonné de la peintre Rose Spencer, pendant que Maud tentait de cacher une expression de malaise et de gêne. »Ah, pauvre petite ! Qu'il est triste de voir à quel point ton frère a réussi à attirer l'attention ailleurs, n'est-ce pas ? Il est sacrément rusé. Vraiment, si tu savais combien je suis heureuse d'être responsable en chef de sa capture ! »
Ah mais non, voilà qu'elle souriait toute seule ! Célie retourna à une position figée et une moue neutre et poursuivit son analyse. Salisbury, l'écrivain, exposait son point de vue sur le truquage des caméras aux membres attentifs de sa rangée, Sara Kelly y compris. Sauf que, tout en complétant les théories de l'auteur, Miss Kelly semblait regarder l'inspectrice du coin de l'oeil.
Vladimir et Katia se lançaient déjà dans un grand débat sur la surveillance des lieux du crime avec leurs voisins de devant pendant que Dimitri expliquait une hypothèse très sérieuse sur le profil du coupable, le tout appuyé par de solides preuves de mathématiques avancées.
Bill Hawks prit même part à la conversation en demandant des détails de la manière incroyable dont s'était produit le vol. Les individus du premier rang lui exposèrent les phénomènes de la caméra et des vidéos surveillances, puis les deuxièmes et troisièmes rangs intervinrent pour préciser le comportement de certains gardes, tels l'agent Zer, avant qu'enfin toute la Scène ne se mêla au débat.
« Et est-ce quelqu'un ici a une quelconque idée de l'identité du coupable, puisque la police n'est pas fichue de faire son travail ? » Il avait parlé dans sa barbe pour la deuxième partie de la phrase, avec un regard de reproche pour une Célie imperturbable.
« Je pense détenir la clé de l'énigme, oui. »
Toute l'assemblée se tourna vers le perturbateur, qui n'était autre que Hershel Layton. Dimitri et Maud avaient réagi de la même façon, et tous deux se regardaient maintenant : enfin, à quoi jouait-il ? Il ne pouvait pas attirer l'attention à ce point sur Clive, c'était trop risqué ! Sara eut un hoquet de surprise et ne prit que peu de temps à adopter la réaction de Célie : elle écarquilla les yeux et se mit à fixer le Professeur.
Hershel, quant à lui, s'était mis debout.
« Et cette personne est ici-même, parmi nous. » sourit-il.
Célie fronça les sourcils. Allons donc ! Voilà qu'il voulait lui faire de l'ombre ! Elle-même n'avait pas encore toutes les pièces pour clamer haut et fort que Clive avait volé le bijou. Il manquait…quelque chose. Clive n'avait pu agir comme ça, seul, rien que pour détourner l'attention. Il y avait derrière tout cela un dernier motif qu'elle ne parvenait pas à percer à jour. Et c'était cette pourriture d'agent double qui lui passait devant ! Ô honte !
« Eh bien, nous vous écoutons, Professeur Layton, siffla le Premier Ministre qui commençait à s'amuser.
- Que voulez-vous dire, Professeur ? Layton porta la main à son chapeau.
- C'est très simple, Luke. Te souviens-tu du moment où nous avons enquêté sur la disparition du collier ?
- Euh… Oui oui ! Je m'en souviens parfaitement, Professeur !
- Très bien, mon garçon. Et peux-tu me dire ce que nous avons appris sur le terrain et seulement sur le terrain ? »
Luke, sentant une importance capitale sur ses frêles épaules, préféra en inculper la lourde responsabilité à son carnet de notes. Il retrouva la page et se mit à lire son compte-rendu.
« Alors… Nous avons observé des traces de sciure autour du socle du collier. Rien d'autre. Nous avons dû nous fournir en témoignages, au cours desquels nous avons appris qu'une première alarme avait été déclenchée, mais sans aucun vol. Puis un des agents s'est mis à gesticuler bizarrement, l'agent…
- … Zer. » le coupa Salisbury. « Nous savons tout ceci, tous les journaux en ont parlé ! Venez-en au fait !
- J'y viens. » répondit calmement le Professeur. « Qu'avons-nous appris d'autre ? »
Chelmey maugréa quelques paroles incompréhensibles. Rose se grattait nerveusement les ongles pendant qu'Alan Wicker se replongeait dans ses pensées.
« Eh bien… Les gardes se sont précipités pour aider M. Zer, et c'est à ce moment-là que le collier a été volé. Cependant, en visionnant les caméras de surveillance, il s'est avéré impossible de trouver la séquence où on voit le bijou se faire enlever, le film passe d'une image à l'autre. Avec le Professeur, nous avons donc étudié les câbles électriques du circuit de surveillance, mais il semblait bien que nous étions les premiers à ouvrir les plaques de protection.
Luke referma son carnet. Il n'avait rien noté de plus. L'attention se tourna alors vers Layton.
« Et au final, qu'en est-il, Professeur ? précipita Célie.
- Cela me permet d'affirmer qu'une personne ici est bien plus liée à cette affaire qu'elle ne devrait l'être. »
Sara fronça les sourcils. Dimitri joua avec une de ses mèches. Demian Salisbury enfonça ses doigts dans son accoudoir. Alan Wicker remit ses lunettes en place. Bill Hawks tapa du pied. Maud se massa le poignet. Katia jeta un regard anxieux à son grand-père. Rose retint sa respiration. L'Inspectrice se raidit.
« Et cette personne c'est vous ! » cria Layton.
* rappel : à cette époque, un « gilet » n'a rien à voir avec un pull ! C'est une sorte de courte veste sans manches, dans les poches de laquelle les hommes accrochent souvent leur montre à gousset, et qui se porte par-dessus une chemise.
Derrière l'écran...
Ode : Et cette personne c'est vous ! :D
MissM : Nan mais oh, c'est une fanfic Layton, et que serait mon bien-aimé Layton sans le fameux "et cette personne c'est vous !" ? B)
Ode : J'avais teeeeellement envie de le caser ce passage :')
MissM : Sinon... Bonjour mes amis ! Alors, prêts pour la fin de la fanfic ? J'ai enfin retouché ma partie, qui était... Très mauvaise sur la première version.
Ode : Disons que ça partait dans tous les sens... Bon, je ne suis pas cruelle, je vais poster la suite dans pas longtemps mais...
MissM : C'est une volonté d'Ode. En réalité, vous avez assez d'indices dans ce chapitre et dans toute la fanfic pour connaître le coupable. Donc on vous fait un peu mariner :)
Ode : Nous considérons que le meilleur de la fanfic est dans la fin. D'ailleurs, si vous voulez déprimer, lisez le dernier chapitre avec Spanish Sahara en fond musical, ça peut être sympa.
MissM : Moi qui n'ose jamais trop écrire d'un coup, je me suis lâchée...vous en avez bouffé, du MissM, cette fois, hein ? *sourire un peu gêné* Allez, je vous laisse chercher les indices sur le dénouement. A TRES bientôt, mes cocos ;) !
