« CLIVE ! hurla Maud.
- Que viens-tu faire ici ?! » l'agressa Dimitri.
- Comme l'a dit ce cher Jean Descole : répondre à la question du Professeur. Il serait très impoli de ma part de laisser notre très estimé Professeur Layton dans l'ombre. »
Contrairement à toute attente, Célie ne sursauta aucunement. Son habituel sourire charognard aurait dû peindre ses fines lèvres mais la ride de concentration cachait l'éclat de joie normalement contenu dans ses yeux, surtout lorsqu'un dandy criminel arpentait la salle sous son nez. Au lieu de ça, son champ de vision alternait : tantôt Clive, tantôt ses hommes, tantôt la foule, tantôt Sara. Car oui, cela n'allait pas se passer comme prévu : l'élément perturbateur était entre les murs. Enfin le potentiel élément perturbateur, Célie ne comprenait pas totalement le rapport entre Clive et Sara Kelly. Une personne normale lui aurait souligné que c'était sûrement car il n'y avait aucun lien que cette affaire lui paraissait trop complexe mais son instinct maintenait la présence de ce fil, tout minuscule qu'il soit. Flora n'avait que trop vu les Professeurs ensemble. Cependant, Sara restait d'un calme impassible, se sentant tout de même observée. Comme Célie, son attention divaguait sur le facteur externe, celui que personne n'allait voir arriver, pas même le Professeur.
« Quelle marque d'attention, Clive, tu m'en vois très touché. Je suis tout ouïe. »
Comment pouvait-on rester aussi impassible devant une arme à feu ?
« Je pense que vous avez du comprendre la raison de toute cette histoire, Professeur. Répondons par simple formalité voulez-vous ? »
Clive fit quelques pas de plus en se rapprochant de la royale estrade.
« Jean Descole ici présent a eu l'immense grâce de m'héberger alors que je n'étais qu'un fugitif sans ressource. Nous avons construit un plan dans le but de détourner l'attention de la police. Au lieu de flairer mes moindres faits et gestes, Scotland Yard s'est concentrée sur l'affaire du collier… Et du cambrioleur invisible. »
- Et vous avez pris grand soin d'accorder votre délit avec l'œuvre jouée en parallèle pour mystifier l'acte, n'est-ce pas ? »
« On ne peut rien vous cacher, Professeur » sourit Clive. « Vous avez effectivement raison. Endosser le rôle de Lady Kateline donnait un aspect encore plus… Intriguant à notre stratégie, du moins, assez pour que les médias et l'opinion publique se nourrissent de fables et autres contes. Comprenez-les, le Vilain Petit Canard est un conte plutôt ennuyeux à force…
-Dis-nous où veux-tu en venir… Clive. » se dressa Dimitri avec le maigre orgueil qui lui restait, suite à son rôle de scientifique acharné et manipulé. Il n'avait été qu'un pion, un pion qui s'était cru roi. Cette illusion balafrait sa dignité, et le savant voulait le cacher. Prendre des risques, chuter, toucher la fond, tout cela n'avait plus aucune importance désormais. Ses échecs, son aveuglement et sa passion l'avaient perdu, il ne lui restait que la dignité mimée.
- Mais ce très cher Docteur Allen est aussi de la partie ! Allons, ne me dites pas que vous vous êtes tous donnés rendez-vous… Pour moi ? »
Il marqua une pause, contempla l'assemblée pour fonder ses hypothèses et se mit à rire.
« Mais si ! Ils sont vraiment venus pour moi ! N'est-ce pas hilarant ?
- Très, mon jeune ami. » se moqua Descole. « Tout ceci est très… Touchant je dirais. A moins que votre présence n'est due à l'autre spectacle ? Après tout, cet espace s'intitule bien la Scène… »
Le visage de Célie s'assombrit, les ténèbres engloutirent ses yeux.
« Trêve de plaisanteries ! J'en ai par-dessus la tête de vos mots couverts ! Dites-nous de quoi il en retourne précisément ! » s'énerva Salisbury.
L'auditorat se figea, appréhendant la réaction du fugitif armé. Contre toute attente, il adopta une expression désolée.
« Oh voilà que je divague… Attirer la police dans une fable ne m'a pas permis de retrouver une pincée de liberté non… »
Policiers au fond. Inspectrice, surement armée, à quelques pas. Cible à sept heures. Fenêtres à 14 pas. Descole dans l'allée principale. Tout allait bien.
« Mais de pouvoir être ici ! Pour mettre fin aux jours de cette immondice humaine ! »
Il pointa son fusil sur Bill Hawks. Un bruit et s'en était fini. La première ligne de convives, à quelques centimètres de lui, ne bougeait plus.
Célie leva la main. Aussitôt les policiers du fond avancèrent.
« Si j'étais vous, j'éviterais. Voyez-vous… Le sol est miné. » conseilla Descole. « Clive et moi seuls connaissons leurs emplacements… »
Il fit un pas en regardant le sol et jeta un projectile dans le coin de la pièce. Une explosion se fit entendre, ainsi que des cris d'horreur.
« … Et je les ai activées à l'arrivée de Clive ! »
Les policiers regardèrent autour d'eux, ne sachant que faire. L'ombre s'installait de plus en plus dans les visages déjà creusés de Célie et Sara. Visiblement, que ce soit le fusil, Descole ou les mines, ces pesants détails ne parvenaient à les détourner de leurs pensées. Seul le Professeur souriait.
« Bien sûr… S'il y avait vraiment des mines. »
Toute l'assemblée se tourna encore une fois vers le Professeur.
« Tout ceci est encore une soigneuse mise en scène pour faciliter les choses à Clive. Il n'y a jamais eu ici la moindre mine…
- Et pourquoi cela ? » méprisa Descole.
Bill Hawks louchait avec horreur sur l'extrémité de cet engin mortuaire. Clive ne lâchait rien, mais prêta l'oreille.
« Si les mines avaient été un réel danger il aurait été intelligent de regarder ne serait-ce qu'une seule fois ses pieds durant toute votre apparition ! »
Ah, l'ego de Descole tenait comme principe de toujours regarder l'adversaire dans les yeux. A peine eut-il le temps d'ouvrir la bouche qu'un claquement de doigt se fit entendre.
Clive se retrouva encerclé.
Célie claqua les doigts en direction de Dimitri. Pris au piège. De même pour Maud. Menottée par Chelmey. Puis lança l'assaut sur le Professeur. Layton, plaqué contre terre sous le poids de l'inspecteur Grosky. Il analysa rapidement la scène. Les policiers en uniforme s'approchèrent de Descole, mais celui sauta et brisa la fenêtre, s'enfuyant pour de bon. Si les policiers se dirigeaient vers Descole, alors qui encerclait Clive ?
Et il comprit.
« Croyais-tu vraiment que je n'avais pas calculé tout ceci ? »
Célie s'approcha de Clive, entouré d'hommes armés, tous pointés sur lui. Plus machiavélique, sûre de soi, belle que jamais, elle admira sa proie avec envie.
« Lâche ton arme, tu pourrais blesser un collègue. »
Dégouté mais sentant peser le poids d'une balle perdue dans son épaule, il balança son fusil sur Célie, non sans violence. Elle rentra dans le cercle et le dévora du regard. Enfin, enfin, enfin ! Il était à elle ! Mais son regard trahissait la révolte et la haine, elle ne l'avait pas encore brisé.
« Je me nomme Célie Warrione, responsable de ta capture. Tout ce que tu vois, c'est moi-même qui l'ai organisé ! »
Il regarda autour de lui.
« La Scène, te faire croire que je me concentrais sur le collier… Couper tes alliances aussi… »
Chelmey retira quelques affaires cachées dans les vêtements de Maud. Un masque et des gazs soporifiques s'y cachaient.
« Franchement, vous trois… N'auriez-vous pas pu trouver mieux ? C'est d'un prévisible… »
L'obsession refoulée qu'elle avait eu pour Clive jusqu'à la se libéra, chaque pore de sa peau la trahissant. Enfin enfin enfin.
« Et le meilleur pour la fin ! J'ai même fait mettre mes hommes sur leurs 31 ! »
Katia regarda autour d'elle. Effectivement, à part le visage complètement terrifié de Rose Spencer, scié de Demian et quelques anciens convives, elle ne reconnaissait aucun savant étranger connu. Si la liste avait été modifiée et réduite de moitié, c'était pour faire de la Scène une mare aux crocodiles. Les uniformes avaient été placés au fond pour tromper la vigilance, les anciens acteurs séparés dans le but de ne pas nuire à l'opération et enfin, permettre à des policiers entrainés habillés en civil de ne pas se faire remarquer. Oui, depuis le début, des dizaines d'hommes étaient cachés. Partout dans la salle. N'attendant que le signal de Célie pour se jeter sur Clive.
Elle le sentait. Ce regard de haine qui la poignardait intensément, cette répulsion, ce silence insolent, irrespectueux, tout ceci pour sauver les apparences. Il le savait : il ne lui restait plus rien. Désarmé, ses alliés enchainés, sa vengeance échouée, en quoi pouvait-il tirer encore un peu d'orgueil pour rester le Grand Clive Dove ?
La volonté.
Son seul soutien.
Ne pas plier devant ce mélange de bleus crépus, duvet sable et d'obsession aliénée. Non, ce Clive Dove de la presse ne pouvait finir ainsi ! Ce Clive Dove malheureux, craint, fou, fascinateur ne terminerait pas dans les exploits de cette déviante humaine. Question d'honneur. Même si la prison semblait être sa prochaine destination, même s'il allait peut être épouser la veuve, il ne ploierait pas.
Ce qui amusait l'Inspectrice.
« Mon pauvre, pauvre petit garçon ! Tu es tellement à plaindre ! »
Et elle l'enlaça tendrement, d'un coup. Ce qui surprit toute l'assemblée. Bill Hawks eut même un rictus de dégoût.
« Je te comprends, que je te comprends ! Tout ce que tu as fait jusqu'ici… Tous ces sacrifices, ces tromperies, cette solitude… Tu as tellement enduré et pris sur toi… Pour la gloire ? Pour l'argent ? Non, tu as voulu rendre justice. Tout simplement. Noble cause n'est-ce pas ? »
Aucun bruit. Même Clive semblait l'écouter, le souffle court.
«Oui, noble cause… Se battre, seulement armé de sa volonté, seul, contre la politique corrompue, la science insensible, les injustices, la loi du plus fort et surtout… Venger tes parents. »
Entre ses bras, il arrêta de se débattre, piqué par le choc.
« Car n'est-ce pas ceci le commencement ? Cette infâme explosion, produit de l'avarice et la cupidité humaines, orgueil démesuré de celui de voyager dans le temps, qui servit de linceul à ta mère, de tombe à ton père… Comment peut-on espérer reprendre une vie normale, que dis-je, un mental normal, après avoir vu les cadavres de ceux que tu idolâtrais tordus, déformés, souillés par la soi-disant noble cause qu'est la science ? Comment un si petit être peut-il devenir un adulte responsable après avoir constaté leur décès à la morgue ? Comment peut-on… Punir un être qui ne cherche à faire son deuil en châtiant le mal ? »
Il ne bougeait plus. Sincérité ou bluff pour le rendre docile ? Ses mots, teints de vérité, transperçaient cette paroi créée de toute pièce dans les buts les plus sordides pour chatouiller, heurter puis envahir son cœur. Perdu. Le mot qui décrivait le mieux son état d'esprit.
Elle resserra son étreinte et se rapprocha de son oreille.
« Sauf que tu as échoué. Encore une fois. » lui murmura-t-elle à l'oreille. « Tu n'as pas réussi à venger tes parents comme tu n'as pas réussi à reconstruire un nouveau monde. Oh, tu en as fait des prouesses avec lesquelles tu peux nourrir ton ego : manipuler les plus grands scientifiques du pays, enlever le plus haut dirigeant, construire une arme de destruction massive pour raser une des plus importances capitales mondiales, bâtir un monde souterrain, s'échapper de la prison la plus surveillée, voler une pièce maîtresse, arriver à pointer une arme sur Bill Hawks et se faire un nom dans l'Histoire ! Que d' « exploits » ! »
Elle enfonça ses ongles manucurés dans sa veste.
« Mais toi, de ton point de vue, qu'as-tu réussi ? Tu as succombé à la folie et tu t'es fait rattraper par la police. Tu as voulu te prouver ta valeur en réalisant l'acte ultime : détruire la source de tous les maux. Pour être franche, tu, et tes influences, m'as donné du fil à retordre. Ce fut compliqué d'en arriver jusqu'à la, crois-moi. Tu ne devais pas échouer cette fois-ci, non, au nom des injustices, de tes sacrifices, de tes parents. Et là, tu réalises : tu es à trois pas de ta cible, sans arme, entourés d'hommes armés, tous pointant sur toi, dans les bras de celle qui t'a mené à ta perte. N'est-ce pas pitoyable ? »
Célie laissa s'échapper un rire méprisant. Ses muscles se tendirent sous le poids croulant de ce qui a failli être le plus grand criminel du XXème siècle. Elle l'aurait lâché qu'il serait tombé comme une masse. De sa flamme haineuse il ne restait que les cendres du désespoir et de l'ahurissement. Les yeux écarquillés, regard perdu dans ce néant inconnu, il ne se tenait debout que grâce aux bras ceinturant sa taille.
Raison.
Elle avait tellement raison.
Il avait voulu la faire taire dès le début, mais son inconscient déclamait le même discours : « Tu as échoué Clive, tu ne vaux rien, rien, rien du tout. » Les deux le rongeaient extérieurement et intérieurement. C'était fini.
« Bon ! Je crois que tout est réglé maintenant ! Emmenez-le au poste ! »
Le cercle se dissout, les policiers s'éloignant du capturé. Le Professeur se retrouva libéré de Grosky et se remit debout, non sans s'essuyer de quelques moutons de poussière. Il sentait cependant une certaine anxiété de la part de Célie. Nerveusement, l'Inspectrice remettait ses gants en cuir en jetant des regards anxieux partout dans la salle, comme si elle attendait quelque chose d'autre, quelque chose qui allait tout perturber. Elle fit presser l'arrestation tout en reculant vers le fond de la salle.
Puis une explosion. Des débris de verre volèrent suivi de poussière et de quelques chapeaux. Enfin le vent nocturne londonien s'invita sur les ruines de ce qui était autrefois un lieu huppé.
« Eh bah… Sympa l'accueil. Dites-le si je dérange hein. »
A bord de sa machine volante, Don Paulo venait de faire son apparition.
Derrière l'écran...
Ode : Ah, je suis prise d'une publication frénétique x) d'ailleurs les gens, annonce TRES IMPORTANTE: UN NOUVEAU LAYTON VA ETRE ANNONCE LE 27 JUILLET ! Et pas un Layton 7 (#lediable), nan nan, un vrai ! :D *saute partout de joie*
Bref, revenons-en à cette fanfic : je tiens à dire que le format de publication de ce site est in-sup-por-table. Ce qui me faisait pas mal de pages word est remis ici en un gros pavé, j'ai l'impression d'avoir rien écrit x/
J'ai dit dans un DE précédent que j'aurais bien remplacé Célie par Bloom si je l'avais connu plus tôt... Mais en relisant ce chapitre, je ne vois pas qui d'autre que Célie aurait pu comprendre aussi finement une psychologie externe tout en s'en servant comme arme de destruction le plus naturellement du monde. A ma connaissance, y en a pas dans la franchise Layton .-.
ET ON A REUSSI A CASER UN ROLE A DON PAULO , le gros oublié des fanfics :D A très bientôt pour l'avant-dernier chapitre... ;)
