A/N: Voici le chapitre que vous attendiez tous! ...je crois. XD Enfin bref, je pense que vous devinerez aisément ce qu'il va se passer. Si non, jetez un coup d'oeil au titre de ce chapitre. Celui-ci est d'ailleurs plus long parce que je tenais à le poster en une fois.
J'ai oublié de mettre un disclaimer, alors le voici. :D
Disclaimer: Rien ne m'appartient à part moi-même.
Bonne lecture!
26/02/2013: J'ai FINALEMENT terminé de corriger ce chapitre: il a désormais presque DEUX mots de plus que l'original, whoa. Dans les faits, les événements sont toujours les mêmes, j'ai juste légèrement modifié quelques scènes et dialogues. Yay, c'est mieux écrit! Je n'ai pas encore commencé à retravailler le chapitre 5, alors je m'excuse pour les éventuelles incohérences entre ce chapitre-ci et le suivant. J'ai le sentiment que le prochain chapitre sera un sacré morceau o_o
Quelqu'un riait.
Je le percevais, clair et harmonieux comme le tintement d'une cloche, étrangement familier. Je l'avais déjà entendu auparavant…il ressemblait à mon propre rire.
J'étais dans un salon. Le décor était brumeux et la lumière vive et blanche me dissimulait le visage des personnes avec lesquelles je me trouvais.
Il y avait…deux canapés. Le sol sous mes pieds était fait de parquet ciré. A ma droite se dressait une cheminée et une douce chaleur émanait de l'âtre. Juste en face de moi se tenait un large sapin orné de décorations de toutes les couleurs et tailles. Il y avait plein de paquets emballés au pied de l'arbre. Une boîte similaire se trouvait sur mes genoux, le papier à moitié déchiré.
Le rire provenait d'une jeune femme assise à côté de moi. Elle faisait environ la même taille que moi avec des cheveux bruns lui tombant sur les épaules et…et…
J'avais beau essayer, je n'arrivais pas à voir son visage. L'effort me donna mal à la tête.
C'était…c'était…
Quelqu'un était en train de me parler, mais les mots étaient trop étouffés pour que j'arrive à en saisir le sens. Je levai la tête en direction de la voix masculine et vit un homme debout près du sapin. Son visage était également caché. Mais je ressentais…de l'affection ?
Il y avait un autre homme assis à côté d'une femme sur le canapé opposé. Je ne pouvais rien distinguer d'eux, mais ils me paraissaient familiers aussi. Je les connaissais et je les aimais.
…ma famille…
Non…non ! Je voulais savoir où ils étaient ! Pourquoi est-ce que je ne pouvais pas les voir ? J'ouvris la bouche pour parler, mais j'eus beau essayer, rien n'en sortit. Pourquoi ? Pourquoi ?!
Je continuai de lutter, redoublant d'effort, mais je ne pouvais rien faire à part regarder la scène qui se déroulait sous mes yeux. Les silhouettes parlaient, bougeaient et riaient mais je ne pouvais pas entendre leur conversation…je ne pouvais pas y prendre part.
Je voulais…je désirais tellement…
« …lève-toi. »
…quoi ?
« Brit, réveille-toi. »
La voix me tira soudainement de mes songes. Mes yeux s'ouvrirent de leur propre chef et je rencontrai le regard de Lloyd penché au-dessus de moi.
« Oh… »
J'avais presque envie de pleurer.
« Hein ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il, confus. »
A présent, son visage endormi reflétait l'étonnement. Je me frottai les yeux, essayant de chasser les vestiges de mon rêve loin de mes pensées. C'était douloureux, mais il n'y avait rien que je puisse faire à ce moment.
« Un mauvais rêve…ne t'inquiète pas pour ça. Il est déjà l'heure de se lever ? »
Lloyd opina, maussade.
« Ouais. On ferait mieux d'y aller ou Kratos va devenir encore plus flippant. »
Je le dévisageai pendant un moment. Puis sans pouvoir m'en empêcher, je sentis ma bouche se tordre en un sourire : ses cheveux partaient dans tous les sens, certaines mèches défiant pratiquement la gravité et l'expression de son visage rendait le tout encore plus drôle.
« Lloyd, tu es horrible, dis-je en riant malgré moi.
-Sympa, merci. »
Il roula des yeux, passant une main dans ses cheveux en bataille. Puis il se redressa, se dirigeant vers la porte.
« Bon, je vais aller chercher mes épées. Rejoins moi à l'entrée quand tu seras prête, 'kay ?
-Okay. Je fais vite, répondis-je. »
La dernière chose que je voulais était de faire attendre Kratos, surtout après l'échange que nous avions eu la veille. Lloyd quitta la chambre et je me levai du lit, prête à affronter cette nouvelle journée. Celle-ci allait être très longue, je pouvais déjà l'affirmer…
Le ciel arborait une teinte plus claire lorsque je retrouvais Lloyd à l'entrée de l'auberge. Il faisait juste un peu frais dehors. Quelques oiseaux chantaient çà et là mais autrement, la ville était silencieuse.
« Ugh…bailla largement Lloyd. Je peux pas croire qu'il nous oblige à faire ça…il fait encore noir !
-Il commence à faire plus clair, on dirait…remarquai-je, sachant qu'il ne s'agissait là que d'une maigre consolation. J'imagine que j'irai me coucher plus tôt désormais. »
J'étais également fatiguée mais je faisais de mon mieux pour le cacher. Pour être honnête, je ressentais toujours les courbatures causées par notre voyage jusqu'ici. L'idée de m'entraîner avec Kratos dès maintenant ne présageait rien de bon, surtout en pensant aux heures de marche qui nous attendaient après. Cependant, je ne pouvais pas laisser voir que voyager à pied était compliqué pour moi…j'avais besoin de les convaincre que je pouvais tenir le rythme.
« Euh, sinon…commença Lloyd en se frottant la nuque. En me réveillant tout à l'heure, Kratos a dit qu'il nous attendrait à l'entrée de la ville. Prête ?
-Ouais, répondis-je. »
Nous commençâmes à marcher. Il devait y avoir environ un ou deux oiseaux matinaux, mais à part ça toutes les maisons devant lesquelles nous passâmes avaient les rideaux et verrous tirés. Si je me souvenais bien, l'entrée de la ville se situait un kilomètre plus bas, au bout du chemin. Kratos désirait certainement nous entraîner dans une zone dégagée, loin de toutes constructions et circulations humaines.
« Alors…dit Lloyd en enfouissant ses mains dans ses poches et en me gratifiant d'un long regard. C'était quoi ton rêve ? »
Je me trémoussai, mal à l'aise.
« Je crois que je me suis presque souvenue de quelque chose. »
Son regard s'illumina.
« Vraiment ?
-Mmhmm, fis-je en me détendant un peu. »
Je haïssais ma situation actuelle mais en parler avec Lloyd ne pouvait pas me faire de mal.
« Il y avait une pièce avec plein de gens…je crois que c'était ma famille. Mais je ne pouvais pas voir leur visage.
-Oh…(il fronça les sourcils, l'air pensif) c'est pour ça…mais ce n'est pas si mal, si ? Ca signifie peut-être que tu vas bientôt te souvenir de tout. »
Mon front se plissa.
« En tout cas…tu dois avoir raison, je pense. Il y avait deux plus personnes plus âgées, un homme et une femme…je crois que c'était mes parents. Il y avait aussi un autre homme et une autre femme, mais ils avaient plutôt l'air d'avoir l'âge de Kratos et Raine.
-Alors tu te souviens de quelque chose ! s'exclama Lloyd en souriant. Ce sont peut-être ton grand frère et ta grande sœur.
-Huh…ruminai-je. J'ai un grand frère et une grande sœur ? »
Etrangement, ça sonnait vrai. Cette pensée m'apporta un immense réconfort. Cela faisait un mystère en moins à mon sujet.
« C'est génial, poursuit l'adolescent. Je me demande à quoi ils ressemblent ? J'ai toujours pensé que ça devait être cool d'avoir un grand frère. »
Ses mots me mirent de meilleure humeur et je ris.
« J'espère me rappeler d'eux bientôt, comme ça je pourrais te les présenter. (Puis, ça me revint) Oh ! Ca me revient, il y avait autre chose. Lloyd, qu'est-ce que ''Noël'' ?
-Nowel ? articula-t-il, confus. Euh…je n'sais pas. Où est-ce que tu as entendu ça ? »
Je me renfrognai.
« J'ai ce mot dans la tête depuis ce matin. Je crois que ça a un rapport avec le rêve.
-Hmmh…fit-il en secouant la tête. Peut-être que nous pourrions demander à Kratos ou au Professeur. »
J'approuvai, encouragée. Mes parents, mon frère et ma sœur, et « Noël »…ce n'était pas grand-chose mais j'avais au moins quelque chose auquel me raccrocher. C'était mieux que d'être totalement dans le vide, comme avant. Peut-être que lorsque j'aurais retrouvé ma famille, le reste de ma mémoire me reviendrait naturellement.
Nous continuâmes notre route dans un léger silence, nous rapprochant progressivement de notre lieu de rendez-vous. Ce fut quand je vis les portes de la ville et la lointaine silhouette mauve de Kratos que mon appréhension refit surface.
Mes cuisses et mes mollets me faisaient mal à chaque fois que je faisais un pas. A quoi allait ressembler l'entraînement de Kratos ? Mon cruel manque d'endurance allait-il être percé à jour ? Ce qui était encore plus évident étaient que mes techniques de combat demeuraient proches de zéro. Peu importe ce qui allait se passer par la suite, j'avais le sentiment que je ne pourrais rien faire pour impressionner Kratos. J'allais devoir accepter ses critiques sans me décourager, même si c'était violent. Mais je ne pouvais pas m'apitoyer sur moi-même : je devais tout donner, peu importe le reste.
…en étais-je capable ?
« Hmph. Alors vous êtes à l'heure. »
Le mercenaire nous regarda approcher, les bras croisés.
« Tout à fait. Maintenant, finissons-en que je puisse retourner me coucher, dit Lloyd, ses cheveux finalement coiffés. »
Kratos haussa un sourcil.
«Les autres seront déjà levés lorsque nous aurons terminé, Lloyd.
-Aww… »
Tandis que je réprimais un sourire, le visage de Kratos demeurait de marbre. Il soupira simplement en me tendant une épée de bois ainsi que son propre bouclier. Heureusement, l'écu était aussi fait de bois ce qui le rendait relativement léger. L'épée était, par contre, un peu plus lourde.
Lloyd avait également reçu ses épées en bois. Il les effleura en souriant.
« Elles ressemblent à celles que j'utilisais ! Où as-tu eu celles-ci ?
-Empruntées à l'armurerie locale, répondit Kratos en croisant les bras. Fais-y attention. Elles ne sont pas chères mais si tu les brises, tu les rembourseras.
-D'accord…
-Tu n'as pas besoin de bouclier, Kratos ? lui demandai-je, confuse. Pourquoi m'avoir donné le tien ?
-Je doute que tu fasses des étincelles, répliqua le mercenaire. Je n'en ai donc pas besoin. »
A côté de moi, Lloyd fit une drôle de tête mais ne dit rien. Je comprenais parfaitement ce qu'il pouvait ressentir.
Nous nous fîmes face tous les trois et je me tendis lorsque Kratos tira son épée de bois. Ses yeux étaient braqués sur moi et je devais lutter pour ne pas me pétrifier à cause de l'intimidation. J'allais passer un sale quart d'heure.
« Premièrement, dit-il. Montre-moi ta posture.
-Ma posture ? répétai-je en reculant légèrement. »
Je me forçai toutefois à prendre une profonde inspiration. Okay…commence à te comporter plus courageusement ou il ne te prendra jamais au sérieux, Brittany.
Rassemblant toute ma détermination, je me redressai et levai mon épée d'une main ferme, prête.
Il frappa si vite que sa lame me parut floue. J'essayai de me défendre mais j'étais trop lente. Son épée heurta la mienne, me l'arrachant des mains. Elle vola dans les airs. Je vacillai et manquai de tomber, me rattrapant juste à temps.
« Tu tiens ton épée trop près du pommeau, m'indiqua Kratos. Corrige ça. »
J'obéis, m'éloignant d'une démarche incertaine pour récupérer mon arme d'entraînement. Je lui fis de nouveau face, ajustant ma prise vers le milieu de la poignée. Um…c'était bien ce qu'il voulait dire, hein ? Le pommeau était le bas de la poignée…ugh, je ne connaissais pas très bien les épées en fait.
« Garde tes pieds et tes épaules écartés, m'ordonna-t-il. J'aurais pu aisément t'attaquer bien avant. L'équilibre est crucial : si tu tombes, tu meurs. »
Je m'exécutai, respirant calmement dans une tentative de calmer les battements désordonnés de mon cœur. Kratos était vraiment très intimidant et je me sentais extrêmement nerveuse rien qu'en étant face à lui.
« Lève ton épée à hauteur de ta taille. Détends ta position. Une tension excessive ralentie les mouvements.
-D'a-d'accord, acquiesçai-je en tentant de suivre ses instructions. »
J'avais l'impression que chacun de mes mouvements étaient scrutés à la loupe et je me sentais douloureusement pataude. Je m'attendais presque à ce qu'il me dise que je clignais mal des yeux. Il m'examina encore une seconde puis hocha la tête.
« …Hm. Acceptable. Maintenant, Lloyd. Mets-toi en garde. »
Lloyd se redressa légèrement, surpris qu'on s'adresse soudainement à lui.
« Hein ? Oh, okay. »
Il adopta une position similaire à la mienne. Je notai avec quel naturel il l'exécutait et me sentit un peu jalouse. Il tira ses épées jumelles et les croisa en un X détendu. Kratos examina la posture de Lloyd pendant une minute puis revint à moi.
« Très bien. Brittany, attaque Lloyd du mieux que tu peux. Je regarderai et corrigerai tes erreurs. »
Je clignai des yeux, mon regard allant de Lloyd au mercenaire et inversement.
« Attaquer Lloyd ? Euh… »
Q-qu'est-ce que j'étais supposée faire ? D'abord Kratos m'a demandé de lui montrer une posture de combat sans me dire au préalable à quoi c'était supposé ressembler, et maintenant il voulait que j'attaque Lloyd avant même de m'avoir appris comment me battre ? Même si j'étais amnésique, quelque chose me disait que je n'avais jamais foncé dans quelqu'un dans le but de blesser. Je voulais apprendre à combattre, mais seulement si cela me permettait de ne pas être laissée sur la touche. Honnêtement, l'idée d'attaquer ne serait-ce qu'un monstre me faisait couiner.
« Très bien, je suis prêt. Fais de ton mieux ! m'encouragea Lloyd avec le sourire. »
Ce fut son sourire qui me donna le courage d'agir. Quelque chose dans son expression me disait que je n'avais rien à craindre, même si je croisais le fer avec lui. C'était Lloyd. Kratos me faisait peut-être peur, mais je n'avais aucune raison d'être nerveuse avec Lloyd.
J'essayai de me détendre, me rappelant ce que Kratos avait dit à ce sujet. Apparemment, Lloyd comptait me laisser attaquer d'abord. Etait-ce un potentiel avantage ? Il y avait peut-être une chance que je le mette sur la défensive.
J'agrippai l'épée de bois plus fermement et levai mon bouclier en essayant de me remémorer toutes les fois où j'avais vu Kratos et Lloyd combattre. Les monstres sur notre route, et celui qu'ils avaient défait sur la dalle…c'était à ça que ressemblait un combat à l'épée.
Avec ces images en tête, je fondis sur Lloyd. Il leva rapidement son épée gauche et la dressa de sorte à dévier ma lame, puis il utilisa celle de droite pour contre-attaquer. Sa parade perça ma garde mais mon élan me propulsait vers l'avant. Lever mon bouclier fut tout ce que je fus capable de faire pour me protéger du choc. L'impact de l'attaque de Lloyd fut suffisant pour me déséquilibrer, et je vacillai pendant un moment avant de m'affaler lourdement sur le sol.
« Ca va ? me sourit Lloyd en tendant une main pour m'aider à me relever. Hé, on dirait dit Colette à l'instant.
-Hah, oups… »
Je lui offris un sourire gêné, me sentant intérieurement mortifiée et consciente du regard de Kratos. Je déglutis. Bien sûr, je ne m'attendais pas à gagner une bataille contre Lloyd, mais honnêtement, je ne pouvais pas tenir plus de deux secondes ?
Kratos soupira.
« …nous allons devoir t'apprendre les bases. Une fois que ta garde sera maîtrisée, nous passerons aux jeux de jambes. Après ça, je t'enseignerai les seize attaques et parades les plus simples. Tu devras les mémoriser et les pratiquer au début de chaque session d'entraînement. Après seulement nous pourrons croiser le fer sérieusement. »
Je me ratatinai au fur et à mesure de ses paroles. Il ne pensait pas réaliser tout ça aujourd'hui, n'est-ce pas ? Puis quoi, jeux de jambes ? Seize attaques et parades ? C'était beaucoup…
Le mercenaire croisa les bras, braquant ses yeux sur moi.
« Apprendre à s'exercer efficacement à l'épée est une tâche très difficile. Ce n'est pas à prendre à la légère. En plus de ça, tu as l'endurance d'un civil lambda. Ces sessions d'entraînement feront en sorte que ton corps se porte aussi bien que ton esprit jusqu'à ce que tu aies acquis quelques muscles. Je suis un professeur exigeant et je ne vais pas te dorloter. Maintenant que tu sais tout ça, souhaites-tu toujours continuer ? »
Il était en train de me tester, n'est-ce pas ? Une part de moi me soufflait que je n'étais pas faite pour être une guerrière, que cela ne durerait pas et que Kratos le savait. Mais en même temps…
Si je ne trouvais pas d'autres moyens de rester avec le groupe, alors on me laisserait derrière. Et si ma famille n'était pas ici mais à l'autre bout du monde ? Je ne pouvais pas voyager seule. Si on me laissait dans un village, je risquerais d'y être coincée pour un bout de temps.
Et puis…l'idée d'être séparée du groupe me terrifiait. Et ce n'était pas simplement parce que je ne connaissais qu'eux et qu'ils étaient mes seuls amis. Il y avait…autre chose à leur sujet. Une petite voix me disait que je devais rester avec eux.
Kratos me dévisageait, attendant une réponse. Je devais répondre. Je déglutis, la bouche soudainement sèche.
« Je le ferai. Je travaillerai dur, je ferai tout ce qu'il faut. Je dois apprendre, comme ça…comme ça je n'aurai pas toujours à dépendre des autres. »
Surtout si je me retrouvais seule.
« Très bien, dit Lloyd en se redressant. »
Il vint se placer à mes côtés pour faire face à Kratos.
« Dicton nain numéro quatre ! Ne dépends pas des autres, apprends à marcher par toi-même ! »
Le mercenaire laissa échapper un autre soupir.
« …se suffire à soi-même est une chose entièrement différente, mais je suppose qu'apprendre à se battre est un pas vers la bonne direction. Hmph…si tu es aussi déterminée, alors qu'il en soit ainsi. Lève ton arme, la véritable leçon commence maintenant. »
Et ça y est, j'étais acceptée. Je levai mon épée d'entraînement, me préparant à la leçon à venir. Peu importe ce qui arriverait.
Kratos ne plaisantait pas. La leçon dura de cinq à huit heures et ce furent trois heures de pure douleur. Il jonglait sans effort entre mon entraînement et celui de Lloyd sans même suer une goutte. Ce furent encore Lloyd et moi qui nous retrouvâmes débordés.
C'était dur. Je n'étais pas préparée à ça et c'était dur. Mes muscles étaient déjà raides à cause du voyage et je n'avais plus beaucoup d'endurance. Je me retrouvais bien vite à bout de souffle mais Kratos était sans pitié. Il ne faisait que frapper, frapper et frapper. Sauf que je pouvais difficilement me plaindre avec ses yeux qui me criait littéralement « ne me dis pas que je ne t'avais pas prévenue ».
A la fin de l'entraînement, je désirais juste m'écrouler et mourir loin d'ici. Mais ce ne fut pas possible. Nous nous dirigeâmes directement vers nos chambres pour nous nettoyer et descendîmes tout de suite après retrouver les autres pour un rapide petit-déjeuner. J'étais tellement épuisée que même mâcher la nourriture me paraissait être un effort insurmontable.
«…je vois. »
C'était le Professeur Sage, méditant sur la proposition de Lloyd à me laisser voyager avec eux jusqu'à Luin. Nous étions tous assis autour d'une grande table dans le hall d'entrée de l'auberge.
« Je pense que c'est une très bonne idée ! s'exclama Colette en souriant d'un air excité. Est-ce qu'elle peut Professeur ? Ce serait super ! »
La jeune femme se caressa le menton, l'air pensif.
« Le prochain sceau risque d'être dangereux. Et puis il y a cet assassin que nous ne devons pas négliger…
-Et la Maison du Salut que nous avions vu à mi-chemin ? intervint Genis. C'est sur la route du Mausolée. Nous pourrions y laisser Brittany et revenir après.
-Ouais ! Approuva énergiquement Lloyd. C'est parfait ! Et comme ça, cette tueuse ne saura jamais qu'elle est avec nous ! Il n'y a aura pas de souci à se faire. »
Kratos fronça les sourcils en regardant Lloyd.
« Si elle en a après l'Elue, il se peut déjà qu'elle le sache. »
Raine arborait la même expression.
« Si cette femme nous a vus ensemble, elle pourrait tenter de prendre Brittany en otage en échange de la vie de Colette…
-Je ne pense pas qu'elle ferait ça ! rétorqua Colette, horrifiée. Elle a l'air plus gentille que ça ! »
Genis se passa une main sur le visage.
« Colette, elle a essayé de te tuer.
-…un assassin… ? murmurai-je, complètement perdue. »
Pourquoi est-ce que quelqu'un tentait de tuer le potentiel sauveur du monde ? C'était…super flippant. J'étais déjà suffisamment inquiète à l'idée de me défendre contre des monstres, mais alors contre des gens ? C'était totalement différent…
« Hm…(Finalement, Kratos s'adossa à son siège, l'air résigné) une prise d'otage est peu probable. L'assassin doit savoir que la vie de l'Elue vaut plus que celle de n'importe qui d'autre. Elle ne tentera rien.
-Kratos ! s'écria Lloyd en serrant les poings. »
Je le fixai d'un air vide un moment avant que les paroles de Kratos ne fassent sens dans mon esprit. Il était en train de dire que je ne serais pas prise en otage parce que Colette était l'Elue et qu'ils ne risqueraient pas de l'échanger contre moi. Même si cela signifiait me voir mourir.
…c'était violent. Kratos était un homme charmant, j'avais eu le temps de m'en rendre compte.
« …même si je pense que cela aurait pu être formulé avec plus de tact, entendis-je le Professeur marmonner entre ses dents. »
Kratos était assis à l'autre bout de la table, à l'opposé, mais pourtant je le vis braquer son regard sur elle dès que les mots quittèrent sa bouche.
« Ce n'est que la simple vérité, continua le mercenaire en croisant les bras. Heureusement, cela signifie que la laisser à la Maison du Salut ne devrait pas poser problème.
-Peu importe les raisons, je suis d'accord avec ce plan, déclarai-je, désirant avoir mon mot à dire. »
Lloyd se détendit un peu face à mes paroles.
« …d'accord. Donc elle vient, pas vrai ?
-Et bien…je suppose que ça ne fera pas de mal, répondit Raine dans un soupir.
-Plus on est de fous, plus on rit ! fit Génis.
-Chouette ! s'exclama joyeusement Colette en claquant dans ses mains.
-Okay. Bienvenue à bord, Brittany, m'accueillit Lloyd avec un sourire lumineux en me tapant dans le dos.
-…hmph, fit Kratos en se levant, sa chaise émettant un crissement alors qu'il sortait de table. Ne vous mettez pas trop à l'aise. Nous avons un long voyage devant nous. »
Sur ces dernières paroles, il quitta la pièce.
…vraiment charmant.
Nous ne nous attardâmes pas après le petit-déjeuner et je me réjouissais d'avoir atteint mon seul objectif : quitter Asgard avec le groupe. Au moins, Je savais que j'allais faire le chemin jusqu'à la Maison du Salut avec eux, et mieux encore, vers cet endroit nommé Luin. Après ça…je ne savais pas. Mais il faudrait que j'y réfléchisse.
Plusieurs jours passèrent et Kratos me fit atteindre mes limites. Chaque session d'entraînement commençait tôt et durait trois longues heures. Ces trois heures me semblaient durer une éternité. Nous abordâmes une série de sujets durant ce laps de temps, travaillant ma garde et les placements de mes pieds lorsque je me mouvais durant un combat. J'apprenais aussi à pratiquer les attaques et parades que j'étais supposée mémoriser. Mais peu importe le nombre de fois où j'essayais de reproduire les mouvements de Kratos, je n'étais jamais satisfaite.
…c'était comme si je ne progressais pas du tout et c'était extrêmement frustrant. Chaque jour, je me rendais à l'entraînement avec Lloyd pour me faire essentiellement massacrer, et même si je donnais le meilleur de moi-même, ce n'était jamais suffisant. Rien ne changeait c'était la même chose tous les jours. Il y avait des fois où j'avais vraiment envie de pleurer.
Inutile de dire que je prenais tout sur moi. Au bout d'une semaine de ce genre, je ne savais plus ce que je pourrais encore supporter. C'était horrible. Je ne faisais rien de bon durant les entraînements et cerise sur le gâteau, je pouvais à peine suivre les autres pendant que nous voyagions. J'étais si fatiguée à la fin des sessions que je me retrouvais à traîner à l'arrière du groupe. Colette avait pris l'habitude de marcher à mes côtés, mais je savais qu'elle faisait ça juste pour me réconforter. Elle n'avait jamais l'air aussi fatiguée que je ne l'étais.
Je savais que me hisser au niveau de ces personnes était une cause perdue. Je n'étais juste pas faite pour ça. Je n'avais pas le physique, ni l'expérience, je ne savais rien…je n'avais même pas de souvenirs. J'étais inutile, vraiment.
…mais je devais continuer d'essayer. L'idée d'être séparée d'eux me remplissait de terreur…
« Tu es en déséquilibre, me dit Kratos alors que j'affrontais une nouvelle fraîche matinée d'entraînement.
-Hein ? Mais non ! le contredit Lloyd en fronçant les sourcils. »
L'étais-je ? J'avais essayé de prendre position sur mes pieds sans quitter mon adversaire des yeux. Je me sentais en bon équilibre alors je décidai de faire confiance à Lloyd. Je brandis mon épée et mon bouclier en une attitude défensive.
L'homme aux cheveux auburn soupira et me fonça dessus avec son habituelle et incroyable vitesse. L'épée levée, il m'attaqua à un angle qui ébranla mes défenses. Les yeux écarquillés, je vacillai dangereusement. Kratos saisit l'occasion pour me repousser à l'aide d'une épaule, me précipitant sur le dos. Il pointa la lame de son épée de bois sur ma gorge.
« B-bon sang, Lloyd…fais-moi penser à ne plus jamais t'écouter, grognai-je en tentant de protéger mon cou de l'épée. »
L'adolescent se frotta le crâne, gêné.
« Ah. Oups. Mais je pensais…euh. »
Le mercenaire leva un sourcil à mon attention.
« Ton jugement ne s'est, à l'évidence, pas amélioré.
-Urgh… »
Je me giflai mentalement. Pourquoi avais-je écouté Lloyd plutôt que le bretteur expérimenté ? C'était vraiment une réaction stupide. Et le fait que Kratos remuât le couteau dans la plaie n'aidait pas non plus…
L'épée quitta finalement mon cou et je me relevai. Kratos recommença à me faire la leçon concernant ma posture, même s'il me répétait la même chose depuis des jours. Je me demandai quand est-ce qu'il finirait par laisser tomber et avouer qu'on ne pouvait rien enseigner à certaines personnes.
Après un long moment, on me permit de me reposer. J'observai Lloyd et Kratos s'entraîner, me sentant vraiment pathétique. J'essayais de me consoler en me disant que Kratos ne surestimait pas non plus les capacités de Lloyd. Mais Lloyd était tout même plus fort et courageux que moi…
Les deux hommes s'entraînaient avec leurs véritables épées, pas celles en bois. Cela paraissait bien plus dangereux et me fis me sentir fragile. Comment, bon sang, pourrais-je gérer un véritable combat si je n'étais pas capable de manipuler une épée ? Ils utilisaient des techniques que je ne pouvais même pas espérer maîtriser, avec des noms cools comme « Croc Démoniaque » et « Pluie d'épées ».
Je n'étais pas aidée non plus…Lloyd et Kratos avaient des exsphères qui augmentaient leurs capacités. C'est pourquoi ils s'entraînaient avec de véritables épées, parce qu'ils étaient bien plus forts que moi. Et en bonus, s'ils étaient sérieusement blessés, leurs expshères accroissaient également l'efficacité des sorts de soin. Ils pouvaient donc se permettre de se blesser. Moi, par contre, je pouvais en mourir. Je me surpris à espérer un jour posséder une de ces gemmes. Peut-être qu'alors, je pourrais les rattraper.
Je désirais juste…être une aide dans le groupe. Je ne voulais pas être laissée en arrière, mais je ne voulais pas non plus être un poids…si je ne devenais pas plus forte bientôt, alors la situation s'annoncerait critique pour moi.
Quelques temps après, nous arrivâmes à la Maison du Salut. De loin, je reconnus facilement l'architecture familière: elle était très similaire de celle dans laquelle j'avais séjournée auparavant. Cette familiarité me réconforta.
Puisque nous n'étions arrivés qu'en début d'après-midi, les autres décidèrent de faire une courte pause pour manger avant de partir vers le prochain sceau. Tout le monde s'éparpilla, vaquant à leur propre activité : Lloyd et Colette allèrent jouer avec les quelques chiens qui vivaient avec les prêtres, Génis s'occupa de la cuisine et Raine fit l'inventaire des vivres.
Je ne savais pas où était passé Kratos mais je le voyais assez durant nos entraînements. J'étais plus qu'heureuse de me retrouver seule et trouvai un coin d'herbe sur lequel m'allonger tout en regardant les nuages passer dans le ciel. Une agréable odeur de terre s'éleva, portée par la brise, et je poussai un long soupir d'aise.
L'endroit était relaxant, ici…mes membres étaient toujours en feu mais la douleur était plus supportable quand je pouvais juste me détendre et me laisser aller comme ça.
Cependant, j'étais un peu triste à l'idée de ne pas avoir de compagnie durant les prochains jours, pendant que les autres iraient libérer le sceau. Mais d'un autre côté, c'était une bénédiction. J'avais vraiment besoin d'une pause. L'idée de dormir et de me relaxer était franchement appétissante.
Bien sûr, Kratos s'arrangea pour tout gâcher en me donnant un lourd manuel sur les combats et en me recommandant de mémoriser le contenu des cinq premiers chapitres. Tout en pratiquant les techniques décrites dedans, bien sûr. Bien…j'allais devoir travailler là-dessus demain. J'avais le sentiment que même si je mémorisais le bouquin entier, le mercenaire trouverait le moyen d'être insatisfait. Une part de moi voulait juste laisser tomber et me préparer mentalement à la leçon de morale qui aurait lieu à coup sûr.
Je soupirai, étirant mes bras avant de les placer derrière ma tête. Je m'inquiétais trop…tant d'excuses pour perdre le reste de ma journée à lézarder. Peut-être que je me concentrerais mieux sur les études si je n'étais plus distraite par la présence des autres. Je ne me sentirais plus complexée et inutile.
Mes pensées s'interrompirent lorsque je sentis une flagrance différente dans l'air. Mes sourcils se froncèrent : qu'est-ce c'était que ça ? Cela m'était étrangement familier, mais je n'arrivais pas à me souvenir où je l'avais déjà senti.
Métal. Machine. Produits chimiques. Industriels.
Les mots apparurent dans mon esprit et je m'immobilisai, songeuse. C'était presque…
Je fermai les yeux. Machines…ordinateurs…usines…technologie…oui, c'était ça. Cette odeur me faisait penser à…
Le tintement métallique de lames s'entrechoquant se fit entendre et ma concentration se brisa. Quelque chose dans mon esprit se dissipa, et je ne comprenais plus ce à quoi j'avais pu penser plus tôt. C'était quoi un ordinateur ?
Mais ce n'était pas le plus important. J'entendais des bruits de combat. Je fus aussitôt en alerte, sautant sur mes pieds, tendue. Les bruits provenaient du bâtiment principal. Est-ce que les autres étaient en danger ?
J'oubliais…il y avait des gens ici qui voulaient tuer Colette. Et si c'était cet assassin ? Oh, non…
J'hésitais, regardant en direction de la Maison du Salut puis derrière moi. Il y avait une forêt et des champs, mais le chemin venait vers Asgard. Je n'avais pas d'arme, et l'idée de me retrouver au beau milieu d'une bataille faisait trembler mes genoux. Devais-je fuir ? Pourrais-je rejoindre Asgard ?
Non, je ne pourrais pas. J'étais sans défense et je n'avais pas de vivres. Maintenant, j'étais prise entre deux feux : je ne pouvais pas fuir, et si j'affrontais le danger, je risquais de mourir…
…mais je savais quelle était la bonne décision. C'était terrifiant, mais je ne pouvais pas abandonner mes amis alors qu'ils m'avaient aidée. Je devais au moins savoir de quoi il en retournait.
Ayant finalement pris ma décision, je me dirigeai rapidement vers la Maison du Salut. L'oreille dressée, j'essayais de discerner d'où provenaient les bruits de lutte, me servant du bâtiment pour me mettre hors de vue. L'élément de surprise était un avantage que je ne pouvais pas me permettre de perdre.
Je me dissimulai derrière un mur de la structure, me déplaçant lentement jusqu'à ce que je puisse apercevoir ce qu'il se passait. Après un moment, je me baissai doucement jusqu'à m'emparer d'une pierre de la taille d'un poing et la serrai avec force pendant que j'observais la scène.
La lutte était terminée. Lloyd, Kratos et les autres étaient acculés et dépassés par un groupe d'hommes étranges : ils portaient tous un casque de métal qui empêchait de voir leurs yeux.
La première chose que je notai, cependant, fut que chacun de ces hommes étaient armés. Nombre d'entre eux se servaient d'épées et de lances mais je frissonnai en remarquant que certains avaient des fouets attachés à leur ceinture. Qui étaient ces gens ?
Ah. La haine sur le visage de Lloyd me donna la réponse…c'était des Désians.
« Nous t'avons trouvé, le criminel recherché #0074 ! (L'homme qui se révéla être le leader s'avança en souriant.) Le Seigneur Kvar en sera ravi…
-Enfoirés ! vociféra Lloyd. Laissez Colette partir ! »
Mes yeux s'agrandirent d'effroi : ils maintenaient Colette séparée du groupe, lances et épées pointées sur sa gorge. Une arme l'effleurait légèrement, très légèrement, mais du sang s'écoulait de son cou. La situation était vraiment délicate.
« Si tu veux que la fille vive, alors tu devras venir avec nous, marchanda le commandant.
-Lloyd, ne fais pas ça ! le supplia Colette, mais il se contenta de fixer le sol.
-Je…très bien. Laissez la juste partir ! »
Les Désians autour de Colette s'écartèrent et s'emparèrent du garçon. A présent, il se retrouvait également séparé du groupe et il y avait trop d'adversaires pour seulement Kratos, Genis et Raine. C'était mauvais, très mauvais. Mais…que pouvais-je faire ? Je n'avais même pas d'épée, sans parler des compétences pour la manier !
Le commandant éclata d'un rire cruel et s'approcha de Colette.
« Stupide être inférieur. Tu m'as cru ? Je n'ai pas besoin de ce morceau de déchet ! »
Il leva son épée, prêt à l'égorger. Les yeux de Colette s'écarquillèrent de terreur. Ses chakrams lui avaient été confisqués et elle se retrouvait sans défense.
« N-NON ! hurla Lloyd alors que l'épée du Désian fondait vers la gorge de Colette. »
Colette allait mourir. Pas seulement l'Elue, pas seulement la Sauveuse du monde mais Colette, la jeune fille joyeuse et toujours gentille avec moi. C'était vraiment en train de se produire.
Et soudain, l'épée fut stoppée dans sa course, échappant aux mains du commandant Désian. Il laissa échapper un cri de surprise et de douleur en se tenant la joue. Elle était pleine de sang.
Quoi ? Mais comment… ?
Ils me regardaient tous. Tous les regards étaient tournés vers moi. Ma main était vide. La pierre…
Elle se trouvait à ses pieds. Dans ma panique, je l'avais lancée sans même y penser. Quelques Désians munis d'un sceptre s'approchèrent du commandant, prêts à incanter un sort de soin, mais il se détourna d'eux pour me fixer d'un air torve.
Il venait sur moi. Mon estomac fit un saut périlleux et je fus prise d'une sensation de vertige. Etait-ce réel ? J'allais mourir, ici, devant tout le monde ? Tout ça à cause d'une pierre jetée…
Non ! Je n'étais pas encore prête à mourir ! Je pouvais forcément faire quelque chose !
Mais si je fuyais, ils risquaient de tuer tous les autres…
Alors que le commandant s'approchait de moi, un éclat de lumière se refléta sur la chaîne autour de son cou. Je l'avais vu la tripoter plus tôt, pendant qu'il s'adressait à Lloyd. Le pendentif ne ressemblait certainement pas à un bijou, c'était sûr. Mais peut-être que cela avait une autre valeur…
Cette gemme était le seul pari que j'avais pour espérer renverser la situation. Il fallait que ça marche…je devais faire en sorte que ça marche.
« Brittany, cours ! Cria Lloyd, me tirant de mes pensées. »
C'était maintenant le moment d'agir. Le commandant Désian se rapprochait.
« Toi…misérable petit humain…me dit-il, le dégoût clairement perceptible dans sa voix. Comment as-tu osé ! »
Il se rua sur moi, son épée inclinée vers ma gorge. Je me tendis, prête à bouger. Si je me foirais maintenant, je finirais empalée. Et c'était réel. Je ne pourrais pas revenir en arrière si je faisais une erreur. Les choses parurent se dérouler incroyablement vite, trop vite pour que j'agisse, et je sentis mon cœur battre à mes oreilles.
La fuite est de loin la plus efficace des défenses, particulièrement face à un ennemi plus grand et plus fort.
En une fraction de seconde, la leçon donnée la veille par Kratos me revint et je sus ce qu'il aurait fait dans ma situation. J'attendis jusqu'à la dernière minute puis m'écartai sur le côté aussi vite que je pus, esquivant la lame mortelle. Au même moment, j'agrippai le bijou qui pendait au du cou du commandant et utilisai mon élan pour l'arracher de sa chaîne.
Je n'attendis pas de voir ce qu'il se passerait. Plongeant le bijou dans la poche de mon pantalon, je piquai un sprint, passant devant les Désians restants et les membres de mon groupe, choqués, loin de la Maison du Salut.
Le commandant, feinté, hurla d'indignation une seconde fois.
« L'Orbe Désiane ! l'entendis-je crier. Attrapez-la, crétins, ou le Seigneur Kvar aura nos têtes ! »
A présent, je pouvais percevoir le son de plusieurs pas s'élancer à ma poursuite. Parfait, cela signifiait que la majorité d'entre eux me coursaient. Lloyd et les autres devraient être capables de s'occuper du reste. Au moins, ils étaient sauvés.
En ce qui concernait ma sécurité, c'était une autre histoire. A la seconde où j'avais lancé la pierre, je m'étais mise dans leur ligne de mire. Stupide, stupide ! Qu'est-ce que je pouvais espérer faire contre une horde de Désians en colère et armés jusqu'aux dents ? Je ne voulais pas mourir !
Il y avait une forêt à proximité. Si j'y parvenais, j'accoiserais mes chances de les semer. J'avais désespérément besoin d'un endroit où me planquer.
Maintenant que la chasse avait commencé, je me concentrai sur le fait de courir aussi vite que possible. Une flèche passa par-dessus mon épaule et mes yeux s'écarquillèrent d'effroi : ils avaient des arbalètes ?! Cela me semblait de pire en pire à chaque seconde. Je devais absolument me cacher ou j'allais me faire descendre.
Les arbres étaient juste devant. Je bondis dans les bois sans hésitation, délaissant volontiers le sentier tracé en faveur des arbres denses et de la végétation. J'entendis des Désians trébucher sur des buissons, derrière moi. L'adrénaline parcourait mon corps et mon cœur battait à tout rompre. J'essayai de faire attention à ce qui se trouvait devant moi : si je tombais, j'étais foutue. Je me faufilai entre les arbres du mieux que je pouvais, tentant de les perdre. Ca fonctionna un peu, mais ce n'était pas suffisant : j'étais à bout de souffle. Je devais les semer maintenant pour espérer trouver une cachette convenable où me reposer.
La forêt devenait de plus en plus épaisse, rendant ma progression presque impossible, mais ça causait aussi des soucis à mes poursuiveurs. Les buissons et l'herbe étaient à la hauteur du genou, certains même m'arrivaient à la taille. Je risquai un coup d'œil en arrière pour la première fois : je n'apercevais plus les Désians à travers la végétation dense mais cela ne voulait pas dire qu'eux ne pouvaient pas me voir. Je pouvais les entendre, cependant, et ils paraissaient être à une distance modérée.
Je me retournai pour me remettre à courir et découvris finalement la planque idéale : il y avait un arbre creux juste à côté. La fissure dans l'écorce était à peine visible, mais elle était bien là. Si je pouvais me cacher là un moment, ils finiraient par me dépasser.
Rapidement, je tentai de me déplacer avec prudence afin de ne pas laisser de traces. Je pénétrai dans l'arbre creux en respirant profondément et aussi silencieusement que je le pouvais. J'allais devoir retenir ma respiration lorsqu'ils passeraient à côté. Puis je demeurai aussi immobile que possible, attentive. Les Désians se rapprochaient de plus en plus et soudain, ils s'arrêtèrent. Ah, ils essayaient de m'entendre aussi maintenant. Le silence dura une minute ou plus et j'entendis des pas étouffés. Puis la forêt plongea dans un silence de mort.
J'attendis. Il n'y avait rien que je puisse faire de plus à ce moment. Quand l'attente devint trop longue, je commençai à compter dans ma tête. A deux cents, me dis-je, j'essaierais de m'enfuir à nouveau.
Alors je me mis à compter. Compter jusqu'à deux cents s'avéra plus compliqué qu'il n'y paraissait au départ, surtout étant donné les circonstances. Je perdis le compte et dus recommencer. Mon cœur ne paraissait pas vouloir ralentir. Je ne pouvais m'empêcher de trembler. Après ce qui me sembla une éternité, j'atteignis le nombre désigné. Pas un bruit ne s'était fait entendre dans la forêt durant ce temps. Les Désians avaient dû partir. Et si ce n'était pas le cas…enfin, je ne pouvais pas rester là toute la journée. S'ils avaient l'intention de passer la forêt au peigne fin, je finirais par être débusquée si je ne bougeais pas. Peut-être que si je progressais de cachette en cachette, je pourrais m'échapper sans me fatiguer totalement.
Sur cette dernière pensée, je quittai la protection de mon arbre.
« Et bien, et bien. Regardez qui voilà. »
Je hoquetai, me tournant pour me retrouver avec une épée pointée sur la gorge. Le commandant m'avait attendue ?!
Il rit.
« Je savais que tu étais quelque part ici. Ce n'était qu'une affaire de patience, chose que vous autres humains semblaient terriblement manquer. (Le Désian se rapprocha) Je vais te demander de me rendre ce que tu m'as volé, misérable créature. Et pour te récompenser de ta stupidité, tu en répondras personnellement auprès du Seigneur Kvar. C'est de ta faute, après tout, si le criminel recherché nous a échappé. »
Bon, j'avais au moins réussi une chose…mais, mon Dieu, ce que j'avais peur. Mais à quoi donc pensais-je ?! Je demeurai silencieuse, essayant de paraître aussi indifférente que possible. Je ne devais pas le laisser voir ma peur…
Le commandant s'irrita de mon manque de réaction et me précipita au sol du plat de son épée. Je gémis, mon visage grimaçant sous la douleur.
« Je verrai à ce que tu sois torturée de la pire des manières possibles ! grogna-t-il avant de me frapper au ventre. Le choc du coup me fit perdre connaissance.
Quand je me réveillais, je découvris que l'on me portait ni plus ni moins que comme un vulgaire sac à patates. Je tentai de bouger légèrement les jambes, mais la personne qui me transportait les gardait baissées et elles me faisaient foutrement mal. Je me souvins alors de ce qu'il s'était passé et mon cœur loupa un battement avant de s'accélérer considérablement. C'était vrai, j'avais été poursuivie par…
« Heh. Alors comme ça, la petite vermine est réveillée. »
C'était la voix de ce foutu commandant. Je réussis à relever la tête pour voir qu'il marchait à côté du Désian qui me portait. J'étais encore trop engourdie par mon précédant coma pour songer à lui balancer une réplique acide. Pas que j'étais assez courageuse pour le faire, cependant. A la place, je lui adressai mon regard le plus mauvais.
« Repose là. Elle marchera pour le reste du voyage, ordonna-t-il et l'autre Désian me laissa simplement tomber sur les genoux, leur envoyant de douloureuses décharges. Je gémis mais fis de mon mieux pour le couvrir. Le commandant me remit rudement sur pieds et me força à marcher.
Je m'exécutai, encore loin de comprendre la situation. Où étais-je bon sang ? Les couloirs et les portes métalliques de cette structure me donnaient la même impression que le reste de Sylvarant : familiers et inconnus en même temps. L'angoisse me gagna. Une voix dans ma tête me disait qu'il s'agissait d'un endroit dangereux, et cette zone enfouie dans mon esprit était la seule portion de mon cerveau qui semblait savoir de quoi il en retournait.
Alors que nous nous enfoncions toujours plus loin dans le bâtiment, d'autres signaux d'alarme apparurent. Je crus tout d'abord qu'il s'agissait de mes nerfs mais ils devinrent de plus en plus durs à ignorer. Je pouvais entendre…des cris. Des gens criaient. Ca devint rapidement compliqué pour moi de dissimuler mes véritables émotions. Dans quel genre d'endroit étais-je ? Je ne pouvais pas les voir…mais c'était comme s'ils enduraient de terribles souffrances…
Soudain, mon esprit s'éclaircit et je réalisai avec horreur où je me trouvais précisément. Les mots de Lloyd, emplis de colère et prononcés plusieurs nuits auparavant me revinrent en mémoire une fois encore :
Elles sont exactement ce qu'elles évoquent. Ce sont des monstres : ils emprisonnent des gens et les traitent comme du bétail.
…c'était donc une Ferme Humaine. Je pouvais me considérer chanceuse de ne pas être capable de voir les atrocités qui étaient sans aucun doute commises ici. Mes pas ralentirent légèrement : j'avais l'impression d'avoir du plomb dans les jambes.
« Avance, vermine ! m'ordonna le commandant avec une évidente satisfaction tandis qu'il me frappait. »
Je poursuivis ma route, me demandant désespérément comment est-ce que j'allais me sortir de là. Je ne pouvais pas espérer être sauvée par les autres. Alors quel espoir avais-je ? Qu'est-ce qui allait se passer ?
Je me sentis pâlir lorsque je me rappelais les mots qu'avait prononcés le commandant avant de m'assommer : il m'emmenait voir ce Seigneur Kvar. J'avais entendu Raine et Kratos parler de ce type auparavant : il se faisait appeler quelque chose comme Grand Cardinal, ce qui correspondait au plus haut et puissant grade des Désians. Et il était le dirigeant de la Ferme d'Asgard.
Attendez, quoi ?! Comment…comment est-ce que je… ? Je les avais également entendus dire que la Ferme d'Asgard était encore plus loin d'Asgard que le Mausolée ! Il n'y avait aucun moyen pour que nous ayons pu arriver ici si vite…je n'avais pas dû être inconsciente plus de quelques heures…
J'examinai en deux fois les salles que je traversais, toutes possédants des espèces de trucs high-tech qui me parurent familiers. Ils devaient posséder des moyens de transport inconnus du peuple de Sylvarant.
Après quelques secondes, nous entrâmes dans une nouvelle pièce, bien plus grande et avancée que les autres technologiquement parlant. Les Désians autour de moi me forcèrent à m'agenouiller, leurs épées douloureusement pressées contre mon dos. Je relevai la tête en grimaçant et aperçut une nouvelle silhouette qui approchait. Qui…attendez.
L'homme était grand, les oreilles pointues, des cheveux blonds pâles lissés en arrière. Ses yeux étaient bridés, presque fendus, mais je pus voir qu'ils étaient noirs là où ils auraient dû être blancs et que ses iris étaient rouges…cela ne m'aida pas non plus à calmer mes nerfs.
« Hmm…dit l'homme d'une voix douce, peu impressionné. Alors il s'agit de la vermine qui s'est interposée. Je vois. »
C'était Kvar. Je m'efforçai d'affronter son horrible regard, les poings serrés. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que je le reconnaissais ? Lui aussi me paraissait familier et inversement. Mais je connaissais sa voix, bon sang ! Alors pourquoi…
« Dis-moi, être inférieur, qu'est-ce qui te faisait penser que tu pourrais berner mes hommes ? demanda le Grand Cardinal en agissant comme si cela lui importait peu. »
C'était à moi qu'il parlait. Je devais dire quelque chose, mais ma bouche était trop sèche. Je fis tout ce que je pus pour ne pas me mettre à trembler de façon incontrôlable. Si j'essayais de parler, je savais que ma voix aller craquer et il se rendrait alors compte à quel point j'étais faible et pathétique.
Je gardai un visage de marbre, en proie à un grand conflit intérieur. Cela me paraissait plus simple de ne pas parler.
Le commandant n'était pas de cet avis :
« Réponds quand on te parle, insecte ! »
Il enfonça la pointe de son épée dans mon dos. Je laissai échapper un cri mais me mordis l'intérieur de la joue pour l'arrêter. Un liquide chaud poissa l'arrière de ma chemise. Mon sang…oh…
Kvar souriait, si on pouvait toutefois appeler ça un sourire car il n'y avait aucune trace d'humour ou de gentillesse là-dedans.
« Je suppose que cela n'a pas d'importance. Tu m'as causé pas mal de problèmes, fillette. Si tu n'avais pas été là, j'aurais pu mettre la main sur le criminel #0074.
-…il a un nom, laissai-je échapper avant d'avoir pu m'en empêcher.
-Ah ? fit Kvar en caressant son arme, un sceptre long et impressionnant. Parle plus fort, humain. »
Il me provoquait et sa voix était terrifiante. Je savais qu'il avait entendu mes paroles, mais je ne pouvais prendre le risque de les répéter. J'avais peur mais il y avait aussi autre chose qui me retournait l'estomac…le dégoût ? Mes poings se serrèrent davantage. Non, ce sentiment c'était…de la colère.
Je me souvins de la façon dont Lloyd parlait des Désians, la douleur qu'il dissimulait derrière un masque de courage. Ils avaient détruit sa famille et tué sa mère. Je ne supportais pas la façon que cet homme avait de me parler comme si je n'étais qu'une forme de vie primitive.
Je ne pouvais pas l'éviter : je devais parler. Considérant où j'étais, mes chances de survie étaient extrêmement minces. Cela ne servait à rien de courber le dos dans l'espoir de me sauver.
« J'ai dit, il a un nom, répétai-je en chassant les tremblements de ma voix. Son nom est Lloyd. C'est une personne, pas un numé…aaah ! »
Le demi-elfe émit un rire amusé et les Désians qui me retenaient se retournèrent vers moi pour me pousser au sol et me battre rudement afin de me punir. Après mon cri de surprise, je me tus, la respiration sifflante tandis que je serrais les dents.
« Je me fiche du nom d'un misérable humain, ricana Kvar. Ce garçon possède une chose de grande valeur pour moi. S'il préfère mourir pour la protéger comme sa mère a pu le faire, alors qu'il en soit ainsi. »
Mes yeux s'écarquillèrent.
« Vous... »
Ma mère est morte à cause des Désians.
Les mots de Lloyd résonnèrent dans ma tête.
Cela déclencha quelque chose en moi. Kvar et la mère de Lloyd…il y avait une histoire derrière ça. Et je connaissais cette histoire.
Cependant, Anna et moi étions poursuivis par le Cruxis. Nous avons voyagé de régions en régions, et lorsque tu es né, tu nous as suivis…mais Kvar nous a finalement rattrapés.
Sans Serti-clé, le mana de son corps est devenu incontrôlable et elle s'est transformée en monstre.
Alors je…l'ai tuée.
Kratos. Kratos a raconté cette histoire à Flanoir.
Mais cela ne s'était pas encore produit. Alors comment pouvais-je le savoir ?
Tales of Symphonia. C'était un jeu vidéo.
La vérité sur la situation me heurta dans un tourbillon de réalité et d'irréalité, et je me sentis toute étourdie. Si je n'avais pas déjà été au sol, je serais tombée à coup sûr. Tout ce temps…je m'étais sentie si découragée ces dernières semaines, mais en réalité je progressais lentement mais sûrement vers les souvenirs que je cherchais…en l'espace d'une fraction de seconde, mon amnésie ne fut plus.
La Terre était réelle. Sylvarant était une fiction. Ca n'avait aucun sens ! Comment avais-je pu me retrouver là ? Qu'est-ce qui avait bien pu se passer ?!
Une autre seconde passa. Je n'avais pas le temps de méditer là-dessus. Je me sentais toujours engourdie par l'impact de mes souvenirs fraîchement retrouvés.
« Peu importe. Cela ne te concerne en rien, me dit Kvar en s'approchant plus près. »
Je paniquai, essayant de comprendre exactement ce qu'il se passait. J'avais reçu trop d'informations en une fois. Kvar…Kvar utilisait la magie, il était cruel et je n'avais aucune chance de survivre face à un combat contre lui.
Cela devait être un putain de rêve. C'était impossible qu'un Grand Cardinal se tienne ainsi devant moi, c'était impossible que je sois dans une Ferme Humaine.
J'essayai de me convaincre moi-même, mais sans succès. La chaleur de mon propre sang souillant ma chemise dans mon dos me prouvait que j'avais tort. Tout comme les coupures et éraflures dues aux coups des Désians. Et je me souvenais de tous les événements qui avaient précédés cette rencontre, tout jusqu'à ce que je sois capturée dans la forêt. Et ils semblaient tous bien réels.
« Enfin…continua le Grand Cardinal Désian en m'offrant un autre de ses horribles sourires. Je dois te remercier de m'épargner la peine de te traquer également. »
Whoa, whoa. Quoi ?
Les Désians à mes côtés semblaient également confus.
« S-Seigneur Kvar, est-ce que cette humaine… »
Il hocha la tête.
« Une autre partie de mon Projet Angelus, recommandé comme hôte idéal par le Seigneur Yggdrassill lui-même. (Ses yeux se plissèrent) Ne la laisser pas mourir avant que l'expérience ait aboutie, compris ? »
Ils se raidirent, rendus nerveux par son regard.
« Oui, Monseigneur ! »
Je haussais les sourcils sous le choc, complètement médusée par cette nouvelle information. Même le jeu vidéo s'était arrangé pour trouver une raison à ma présence. Sauf que là, c'était trop.
« Mais de quoi est-ce que vous parlez ? intervins-je à l'attention de Kvar. »
Les Désians parurent de nouveau prêts à me massacrer mais leur chef leva la main.
« Tu ne sais probablement rien, n'est-ce pas. »
Ce n'était pas une question, à peine une remarque moqueuse. La colère me traversa de nouveau. C'était impossible que je fasse partie de son stupide Projet Angelus, je venais de la Terre ! Et c'était quoi toute ces conneries à propos d'Yggdrassill ? C'était la première fois que je me retrouvais dans une Ferme Humaine !
« Sans vouloir vous offenser, grognai-je d'un ton que je voulais au contraire offensant. Je crois que vous êtes celui qui ne sait rien. Vous vous êtes trompé de personne. »
Le dangereux sourire de Kvar se transforma en un rictus moqueur et il abaissa la main qu'il avait jusqu'alors levée. Les Désians fondirent sur moi, me repoussant à terre et me ruant de coups. Je ne pus retenir quelques cris. Ma…ma colère avait supplanté ma peur et j'avais encore dit ce qu'il ne fallait pas…finalement, ils s'arrêtèrent, me laissant brisée et sanguinolente au sol.
« Stupide humaine…susurra Kvar en s'avançant, plaçant son propre pied juste au-dessus de mon cœur palpitant. Considère-toi chanceuse que je ne puisse pas encore te tuer. »
La pression de sa chaussure s'accrut soudainement : il basculait son poids de plus en plus sur moi et mes yeux s'écarquillèrent. Quoi ? Mais, non. Ce genre de cruauté n'arrivait que dans les films, ou dans les livres d'histoire, pas dans la vraie…
Kvar appuya son pied plus intensément sur ma poitrine, faisant craquer deux de mes côtes.
Mes yeux s'agrandirent et j'eus le souffle coupé, incapable de comprendre ce qu'il venait de se produire. Le craquement écoeurant, et maintenant la douleur, oh mon Dieu la douleur la douleur, arrêtez-la-
Je hurlai. Je me fichai de montrer ou cacher ma faiblesse maintenant, il m'avait cassé les os et je n'avais jamais ressenti une douleur aussi aveuglante et intense de ma vie. Je continuai de hurler, à bout de souffle et en cherchant plus, priant pour m'évanouir, mais sans que je ne sache comment, mon corps demeurait conscient en dépit de toutes les souffrances.
L'enfoiré ne riait même pas comme le ferait un méchant typique. Il ne faisait que…me regarder. Il me regardait avec le même intérêt vague qu'un enfant blasé jouant à tuer des fourmis à l'aide d'un bâton. Lorsque je cessais de crier et le regardai, des larmes roulant sur mes joues, il se détourna simplement de moi.
« Emmenez-la. Veillez à ce que son exsphère soit correctement implantée.
-Oui, Monsieur ! » répondirent les Désians en cœur. »
Je fus tirée hors de la pièce. Comme j'étais incapable de marcher par moi-même, ils se servirent de mes cheveux pour me traîner derrière eux. Cette journée fut un supplice.
