Et voila le second petit OS qui est plus ou moins la suite du 1er et qui, lui aussi, peut être classé comme étant du friendship... ou un léger Johnlock. A vous de voir !

Et comme pour le premier : gare au fluff ! :p

Merci aux revieweuses sur le chapitre précédent, ça savoir gleugleu (guest), NuwielNew, odea nightingale, Elie Bluebell, planetmoon, Kalyonna.


Faisant claquer la porte noire du 221B, Sherlock remonta les escaliers de son pas souple et énergique, un air à la fois satisfait et déçu figé sur son visage marmoréen.

Il était satisfait car il venait de boucler une affaire en arrêtant le criminel au terme d'une haletante course-poursuite suivie de l'habituel échange de répliques cinglantes entre lui et l'équipe du Yard.

Et il était déçu car, maintenant, il allait devoir attendre qu'une nouvelle enquête s'offre à lui. Enfin, pour être honnête : ce n'était pas tant une enquête que le grand détective allait devoir attendre car les appels à l'aide de gens désœuvrés ne manquaient pas, mais plutôt une qui en valait la peine.

Le seul petit bémol de cette journée était l'absence de John avec lui sur le terrain. L'ancien soldat accro à l'adrénaline était toujours partant pour une bonne et alléchante course à travers les rues de Londres. D'ailleurs, le limier appréciait sa présence, le souffle maîtrisé et endurant de l'ancien soldat cadençant ses propres enjambées. De plus, si Sherlock était un prédateur solitaire, il avait néanmoins appris à faire confiance à John pour surveiller ses arrières, lui laissant de ce fait, 100% de ses capacités cognitives libres de se concentrer sur leur fugitif. Et ça : le limier appréciait beaucoup. A tel point que, désormais, il était inenvisageable que John ne soit pas à ses côtés.

Mais... aujourd'hui, le médecin n'était pas venu avec lui. En effet, la mine maladive de John qui avait très certainement contracté un virus durant sa sortie en pleine tempête, avait contraint Sherlock à le laisser dans la chaleur douillette et le silence reposant de leur appartement.

Le détective n'osait pas se l'avouer mais, il lui en avait coûté de laisser son partenaire derrière lui le temps de l'arrestation. Il avait maudit le mauvais temps de la semaine dernière qui avait rendu son docteur inutile. Une infime partie de son esprit lui souffla qu'après tout, si John était malade, c'était de sa faute : à lui, le grand génie omniscient. Mais Sherlock étouffa bien vite ces prémisses de remords. Après tout... il s'était déjà excusé. Et ce qui était fait, était fait.

Arrivé à la 17ème marche, Sherlock marqua un temps d'arrêt pour attraper sa clé. Il plongea sa main dans les profondeurs de ses poches et, lorsqu'il sentit contre ses doigts chauds le métal froid, il retint un sourire satisfait. D'ordinaire, il ne fermait pas la porte de son appartement mais, avec un John malade et aux réflexes partiellement amoindris, il n'avait pas voulu prendre le risque de voir quelqu'un débouler chez eux. Chose particulière certes mais qui était fréquente pour eux, à commencer par la ribambelle de clients qui défilaient depuis plusieurs années ainsi que Lestrade et son équipe et... d'autres personnalités moins avouables...

Revenant à l'instant présent, il glissa la clé dans la serrure qui émit un cliquetis discret en se déverrouillant. Le grand brun entra dans son appartement. La vue familière de l'habituel fatras de papiers, de livres et de babioles poussiéreuses en tout genre l'accueillit. Les orbites vides du crâne de buffle plongèrent dans les siens tandis que les yeux gris parcouraient dans un battement de cils le papier peint vieillot, le smiley jaune et les impacts de balles. Dans ce qu'il appelait pour lui-même son « désordre organisé » tout semblait à sa place.

A deux choses près : la première étant la télévision allumée mais au son éteint et, le grand génie se demanda brièvement quel était l'intérêt de regarder un film sans le son.

Et la seconde étant John.

Sherlock, toujours enveloppé dans son écharpe et son manteau fronça les sourcils.

Décidément, celui qui avait inventé l'adage disant que les docteurs étaient les pires patients avait diablement raison ! Au lieu d'être couché dans son lit comme tout bon malade qui prend soin de lui, John était avachi dans son fauteuil rouge qui offrait son large dossier à la vue du grand limier qui ne voyait que la tête et les jambes de son compagnon pendre dans le vide.

Sherlock soupira, passa une main dans ses boucles ébouriffées et se dirigea silencieusement vers le fauteuil, le contournant pour se mettre devant.

Debout, il détailla depuis sa haute stature John qui ronflait doucement. Affalé de cette manière, son docteur semblait petit et vulnérable. Pourtant, l'ancien militaire n'avait absolument rien de vulnérable et, Sherlock défiait quiconque de croire John vulnérable.

Le grand brun songea également - avec cette fois plus de pragmatisme - que son ami allait avoir un sacré torticolis et des courbatures à peine supportables lorsqu'il se réveillerait de sa sieste impromptue.

Pinçant les lèvres en se penchant doucement, il posa délicatement sa main sur la nuque de John, la soutenant pour positionner la tête blonde dans un angle plus confortable. Le médecin malade soupira mais ne se réveilla pas. Son ami en profita pour poser ses doigts sur son front – la fièvre semblait avoir baissé...

Sans qu'il les contrôle, Sherlock laissa ses longues phalanges pâles descendre pour effleurer les contours du visage fatigué de son ami, les pulpes de ses doigts démangées par la barbe dorée mal rasée.

Ce contact pourtant léger, fit courir quelques frissons électriques sur sa peau sensible aussi, retira-t-il précipitamment sa main, déconcerté par cette sensation particulière certes, mais pas pour autant désagréable comme c'était souvent le cas lorsque quelqu'un le touchait par inadvertance.

Le limier secoua la tête, tentant de remettre de l'ordre dans ses idées. Il en profita pour réajuster les bras inertes de John, rabattant dans son giron celui qui pendait et celui que John écrasait sous son poids et contre le dossier rouge. Malgré lui, ses yeux vifs ne purent s'empêcher de relever les marques écarlates qu'avaient laissé les coutures des vêtements et les fibres du fauteuil sur la main de John. Main qui tenait toujours entre ses doigts la télécommande.

Précautionneusement pour ne pas le réveiller, Sherlock la saisie du bout des doigts, faisant lâcher la prise molle de son ami et, la pointant vers l'écran de la télé, il appuya sur « off ».

Près de lui, John eut un frisson et un marmottement indistinct s'échappa de ses lèvres sèches.

Encore un peu fiévreux, avec sa seule chemise sur le dos et son jean usé, pas étonnant qu'il ait froid ! songea Sherlock qui, dans un bruissement d'étoffe, fit glisser son lourd manteau de ses épaules pour le draper sur John.

L'idée de le porter jusqu'à son lit pour qu'il puisse profiter du confort de ses couvertures s'imposa brièvement dans son esprit avant d'être rejeté : son ami pesait tout de même son poids et le risque qu'il se réveille durant la manœuvre ; bien trop grand. De plus, avoir un John brusquement sorti du sommeil dans ses bras était bien la dernière chose que Sherlock désirait. Surtout qu'il n'imaginait que trop bien la réaction de son docteur en se découvrant porté comme une jeune mariée.

Revenant à l'instant présent, le grand génie ne sut trop quoi penser et surtout que faire quand il observa John se recroqueviller un peu plus dans la chaleur de son grand manteau. L'ancien militaire marmonna quelques paroles inintelligibles – même pour l'ouïe affinée de son ami – et enfouit son nez dans la laine épaisse, ne laissant à l'air libre qu'un œil clos et le sommet de son crâne. Les cheveux dorés en bataille créaient un contraste saisissant avec la laine sombre aux reflets noirs et bleutés. Sherlock tendit une main prudente et effleura les pointes d'or qui caressèrent gentiment ses doigts.

Toujours perplexe devant ce spectacle pétri d'humanité que lui offrait malgré lui son ami, le sociopathe retira sa main, se releva, et, sans un bruit, se retira, laissant John se reposer...


Ce Sherlock pour une fois tout confus vous aura-t-il plu ?