Il se met à courir après elle, espérant la rattraper avant qu'elle n'arrive à la maison. Il est seulement à une dizaine de mètres d'elle maintenant.

« Carol, attends ! »

Evidemment elle ne s'arrête pas.

« Putain les bonnes femmes et leur foutu caractère ! »

Il arrête de courir quand il arrive à sa hauteur, marchant à son rythme à côté d'elle.

« Bon sang arrête-toi une minute. Tu m'as même pas laissé en placer une. Tu peux pas décider comme ça qu'on s'parlera plus. »

Rien à faire, elle s'en fiche. Elle marche d'un pas décidé et ne s'arrêtera pas. Elle est presque au perron maintenant. Si il ne la stoppe pas maintenant, ce sera fichu.

« Très bien ! Tu veux plus m'voir ! Parfait ! Alors je m'en vais ! De toute façon j'ai plus rien à faire ici ! »

Il s'est arrêté net, a dit ce qu'il avait à dire, et maintenant il fait demi-tour et retourne à son campement. Si après ça elle ne vient pas lui demander de rester, il n'aura plus qu'à partir. Il espère juste qu'elle va venir.

Sinon il est mal barré.

Très mal barré.

Arrivé à sa tente, il s'arrête et attend, guettant le bruit de ses pas. Mais à part le vent dans les arbres, il n'y a rien à entendre.

« Et ben c'est génial mon pote. J'crois qu'niveau connerie ce soir, tu t'es surpassé. Putain t'es vraiment un abruti quand tu t'y mets ! »

Il donne un coup de pied dans une pierre, puis dans sa tente.

« Si t'apprenais à fermer ta grande gueule de temps en temps ! »

Il tire si fort sur le sommet de sa tente qu'elle s'arrache du sol d'un seul coup, faisant voler les piquets aux quatre coins.

« Mais non, faut toujours qu'tu la ramènes ! »

Il jette le pauvre morceau de toile qui n'a rien demandé et lève les bras au ciel.

« Mais pourquoi j'ai dit ça ? »

Il pose ses mains sur ses hanches et laisse tomber sa tête en avant.

Quand elle apparait, il lui tourne le dos. Il était tellement occupé à se faire la morale à haute voix qu'il ne l'a pas entendu arriver. Ses bras sont croisés, signe qu'elle est toujours sur la défensive. La colère est encore présente mais pas assez forte pour le laisser partir.

« Tu comptes aller où ? »

Il sursaute. Un chasseur aussi aguerri que lui aurait dû sentir sa présence. Décidemment, cette femme a vraiment le don de lui faire perdre l'esprit. Il n'ose pas se retourner. Il a peur de ce qu'il pourrait lire dans ses yeux. Se faire rejeter une seconde fois ne le tente pas vraiment.

« J'en sais rien. J'ai pas encore eu l'temps d'y réfléchir. »

Mentalement, il est en train de se mettre des claques. 'Elle revient vers toi et au lieu d'lui dire que tu veux pas partir tu lui dis qu't'en sais rien. Ca s'rai bien qu'tu bouges ton cul et qu'tu dises quelque chose d'intelligent pour une fois'. Refusant toujours de se retourner, il soupire.

Cet homme l'exaspère. Elle fait l'effort de revenir vers lui alors qu'il a été odieux avec elle et il ne daigne même pas la regarder.

« Tu devrais peut-être attendre qu'il fasse jour pour partir. »

Après tout, si c'est vraiment ce qu'il veut, qui est-elle pour le retenir ?

« Je sais que tu peux te défendre mais la nuit c'est plus dangereux. »

Il est terriblement vexé. Il pensait qu'elle était revenue pour lui dire de rester, mais visiblement non. Il est vexé, certes, mais surtout triste. Et un Daryl triste se change rapidement en un Daryl tranchant. Il se retourne et la regarde droit dans les yeux.

« Si t'es revenue juste pour me dire ça fallait pas t'déranger. T'es mal placée pour donner des conseils. »

Carol/Daryl : deuxième round. Il veut la bagarre. Il va l'avoir.

« Ne t'inquiète pas pour ça, j'ai compris depuis quelques temps qu'il est inutile d'essayer de te faire comprendre quoi que ce soit quand tu es comme ça. »

Il s'avance un peu plus près.

« Qu'est-ce que ça veut dire comme ça ? »

Elle tend la main dans sa direction.

« Comme ça ! Sur la défensive et agressif parce que tu as tort mais que tu ne veux pas l'admettre. »

Il lui donne un petit sourire en coin, bravant l'offense comme il le peut.

« N'importe quoi. Ma pauv'fille. J'ai tort de rien du tout. C'est toi qu'est v'nue m'faire chier ici, pas moi. »

Il n'y a pas beaucoup d'espace entre eux mais elle arrive tout de même à le réduire encore.

« Qui m'a couru après tout à l'heure ? »

Il recule légèrement.

« Et si tu ne veux plus voir ma gueule comme tu l'as dit alors pourquoi vouloir partir simplement parce que je ne veux plus te parler ? »

Il se détourne un peu d'elle.

Mais elle se replace face à lui.

« Et qui parlait tout seul quand je suis arrivée en se traitant d'abruti ? Tu trouves que tout ça a un sens ? »

Elle est dans une colère noire. Elle en a assez du chaud et du froid. L'abcès doit être crevé une bonne fois pour toute.

Mais c'est sans compter sur Daryl qui n'est aucunement décidé à céder.

« Pourquoi est-ce que t'es v'nue m'emmerder alors que j'étais tranquille ? Je m'suis éloigné du groupe pour avoir la paix. J'en ai marre d'être le larbin d'tout l'monde ! »

Carol fronce les sourcils, un peu étonnée de la direction que prend la conversation.

« A chaque fois qu'il y a une merde, on demande à c'bon vieux Daryl d'aller y risque son cul. Et moi comme un con j'y vais pour rendre service. »

Il se tourne alors et s'éloigne mais fait vite demi-tour et revient à la charge.

« Et j'y gagne quoi moi hein ? Rien ! Jamais rien ! Je suis celui qui sauve les miches à tout l'monde et c'est tout ! »

Elle ne sait pas quoi dire. Elle comprend ce qu'il ressent. Elle a très souvent remarqué que Rick et Shane sont souvent félicités par tous, pour des choses quelquefois banales, alors que Daryl fait énormément pour le groupe mais n'est jamais traité à sa juste valeur.

Néanmoins elle ne voit pas le rapport avec ce qu'elle lui a demandé.

« Tout le monde sait ce que tu vaux. Tu es courageux, tu es fort… »

Elle n'a pas le temps de finir sa phrase qu'il reprend de plus belle.

« Ouais c'est ça. J'suis courageux et fort. J'suis surtout idiot d'croire qu'un jour je s'rai traité comme un des vôtres. »

« Comment ça, je ne comprends pas. Tu es l'un des nôtres Daryl, tu le sais. »

Il se met à rire, sarcastiquement bien sûr.

« Pas une seule fois quelqu'un a demandé de m'accompagner quand j'suis parti dans la forêt. »

La forêt. Sophia.

Il parle de Sophia mais ne veut pas prononcer son nom. Elle sait que tous leurs problèmes viennent de là. Mais pourquoi ?

« Personne s'inquiète de savoir si j'vais bien ou pas. D'ailleurs on me l'demande jamais. »

Elle croise les bras, piquée par sa remarque.

« J'ai si peu d'importance pour toi maintenant ? »

Il ne comprend pas sa question.

« Quoi ? »

« JE m'inquiète ! JE te demande si tu vas bien. Et tu le sais. Mais je suppose que je t'emmerde tellement que tu l'as oublié. »

Elle s'était un peu apaisée, ayant l'impression que Daryl avait peut-être besoin d'éclaircir certaines choses. Mais quoi qu'il arrive il parvient toujours à la mettre en rogne.

« Ca ne te traverse jamais l'esprit que ton caractère fait que les gens n'ont pas envie d'aller vers toi ? On sait tous qu'on peut compter sur toi, qu'au moindre problème tu seras là. Mais on sait aussi que discuter ne t'intéresse pas. Alors plutôt que de se faire envoyer balader on préfère t'éviter. »

Il ne devrait pas être étonné. Il se connait. C'est un ours mal léché les trois quarts du temps. Et le pour la dernière partie, il se contente généralement d'écouter sans rien dire, détaché. Mais une petite partie de lui sait qu'au fond il n'est pas comme ça.

« Tu n'es pas le genre de personne à qui l'on vient se confier. Quand j'essaye de te parler 'c'est pas mon problème' est ta réponse favorite. »

Il la regarde étrangement. Comme si elle avait deux têtes.

« C'est pour ça que t'es pas venue m'voir après la mort de Sophia ? »

C'est à Carol de le regarder bizarrement.

« Quoi ? »

Il hausse les épaules timidement.

« On était proche. J'ai pensé qu'après l'drame tu s'rais venue vers moi pour que j'te réconforte. »

Alors là, elle ne l'avait pas vue venir celle-là.

Et ce n'est pas deux mais trois, quatre voir même cinq têtes que Daryl a à cet instant précis.

« C'est pour ça que tu es en colère après moi ? »

Comme seule réponse il regarde par terre et traine le bout de son pied sur le sol.