Auteur : Pyramide
D'après les films : Thor, Avengers et Thor : Le monde des ténèbres
Les personnages sont la propriété de Marvel©. L'image d'illustration ne m'appartient pas.
Classement : T+
Avertissement pour ce chapitre : Violence et Angst !
Résumé : Thanos clame avoir Odin, mais Thor le retrouve pourtant caché au palais, plongé dans son sommeil. Mais alors, qui a été enlevé ? Se rendant compte de la vérité, Thor aidé des Avengers va devoir affronter un Thanos fou de rage et vengeur pour sauver Loki d'un destin de tortures et de douleurs. Le plein de Loki!Angst, whump et h/c !
Note : Se situe juste après le film Thor : Le monde des ténèbres, pendant Les Gardiens de la Galaxie et avant/après Avengers : l'ère d'Ultron
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Les dieux se cachent pour mourir
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*/ˆ~ˆ\* Chapitre 10 : Le pardon a le goût du sang */ˆ~ˆ\*
Un second coup, plus violent que le premier, fit trembler à nouveau la double porte et les larges fenêtres. Déjà les battants et la serrure se fracturaient au fur et à mesure que les chocs résonnaient.
Instinctivement, Loki se glissa doucement derrière son frère, les yeux largement ouverts, la crainte évidente dans son regard. Il déglutit mal avant de murmurer : « Je ne connais qu'une personne qui se permette d'entrer ainsi… » Il recula encore.
Ne parvenant également pas à quitter des yeux l'entrée, Thor approuva en hochant la tête : « Odin… »
C'est à ce moment que le bois d'ébène céda et que la porte tomba dans un fracas énorme, laissant apparaître tout un groupe d'Einherjars, qui se positionnèrent immédiatement de part et d'autres de la pièce, encerclant très vite les deux frères figés. Les lames dégainées, ils menaçaient sans vergogne celui qui était autrefois leur prince. Ils dévoilèrent ainsi l'arrivée du roi Odin, qui avançait d'un pas lourd mais assuré, maintenant fermement Gungnir de sa large main. Sans hésiter il s'arrêta devant ses fils, qui se rapprochèrent l'un l'autre sans quitter du regard les gardes.
Pendant un bref instant, aucun mot ne fut prononcé. Seules les respirations lourdes rythmèrent ce silence oppressant. Chacun semblait prêt à bondir sur Loki, mais attendait les ordres du souverain.
Rien ne permettait de cacher la colère évidente des yeux du roi, qui ne quittaient pas ceux de Loki, légèrement caché de lui.
Sans attendre davantage et sans aucun sentiment, Odin ordonna : « Saisissez-vous de ce traitre. »
Immédiatement, Thor arrêta net l'avancée de quelques soldats vers son jeune frère en se positionnant entre eux et Loki. Il rugit tout en maintenant fermement son marteau, menaçant tout garde qui oserait continuer son pas. « Non. » Affirma-t-il, avant de se retourner vers Odin. « Père. Vous ne pouvez faire cela. »
Le roi soupira. « Ecarte-toi mon fils, et laisse-nous, je ne tiens pas à te faire de mal... »
Mais Thor ne pensait qu'à Loki : « Je ne permettrai pas que vous en fassiez à mon frère. »
« C'est pourtant ainsi ! » Tonna soudain le roi, surprenant légèrement Thor. « Il a fait plus de mal que de raison, cela suffit et finira aujourd'hui ! »
« Vous ignorez les faits Père ! » Cria à son tour Thor avant de se redresser devant Odin.
Pendant un instant, les deux hommes se défièrent du regard. Puis le roi regarda à nouveau Loki et le désigna du menton : « Je sais que cette… créature a causé la destruction et la mort dans plusieurs Royaumes, qu'elle a sciemment fait croire à sa mort pour s'emparer du trône en me plongeant dans le Grand Sommeil. Et j'apprends maintenant qu'il a été trouver et a éveillé la colère du Titan Thanos, qui est venu sur mes terres en massacrant tout sur son passage, lui, un monstre qui devait rester légendaire et qui maintenant va chercher à asseoir la Mort parmi nous tous ! »
« Tout cela est faux ! » Répliqua Thor. « Loki… Tout d'abord, mon frère est et restera toujours un des nôtres. Bien qu'il soit né sur un autre monde, son origine n'a aucune importance, ne le nommez pas autrement. Et il faut aussi que vous sachiez que Loki n'a pas agi mué par une volonté de destruction. Poussé par la détresse et l'ignorance, il a en réalité été capturé par ce Thanos avant d'être battu, torturé et humilié sans fin ! Et pourquoi ? Parce qu'il refusait de se soumettre, parce qu'il voulait protéger ce qu'il avait chéri durant toute sa vie. Il a tenu bon, Père, bien plus qu'aucun d'entre nous. Avant de céder… Mais qui ? Qui aurait tenu tout ce temps entre les griffes de ce monstre et de ses sbires ? Personne. Le Tesseract l'a alors envahi, mais n'a fait qu'envelopper une âme fragilisée et sensible à la colère, car au fond de lui restait de la noblesse dans son cœur ! Oui il a attaqué Midgard, mais en n'utilisant qu'une infime partie de ses pouvoirs, vous le savez bien, vous connaissez sa puissance ! Il a ensuite accepté de m'aider face à Malekhit, il s'est battu et est même mort au combat. Pour me protéger ! Seuls ses pouvoirs profonds l'ont épargné de la mort. Et maintenant, vous avez pu constater, père, que durant votre sommeil, il a su gérer ce Royaume parfaitement, bien mieux que je ne l'aurais fait moi-même. Ne voyez donc vous pas à quel point, depuis tant d'années, il tente de gérer les dangers les plus grands ? »
Odin tendit le doigt vers son fils : « Le fils que j'ai connu est mort, ce qui reste est une créature que je ne reconnais pas. Quant à toi Thor, je vois surtout que tu as quitté Asgard. Heimdall m'a tout conté. Tu as abandonné tout un Royaume aux mains de ce traitre ! »
Thor sentit sa colère monter : « J'ignorais que ce n'était pas vous que j'avais en face de moi ! » Il soupira fortement et baissa le regard : « Peu importe… Car sachez-le, Père, la discussion que j'ai eue ce jour-là avec celui que je croyais être roi, fut la meilleure et la plus respectueuse jamais obtenue. Et le bonheur que je cherchais depuis si longtemps m'a été accordé. Oui… » Il regarda le roi : « J'aime ce peuple, mais jamais je ne marcherai vers le trône, jamais je ne régnerai ! »
Odin baissa la tête : « Ton amour t'aveugle à nouveau de tes devoirs mon fils. Tu as un rôle à jouer dans la Grande Histoire de ce Royaume, et nul, hormis Yggdrasil, ne peut t'y soustraire. »
« Seul le bonheur des miens constitue mon royaume » Affirma Thor calmement.
Mais le roi répliqua : « Tu as abandonné ceux-ci pour aller secourir cette bête dans un monde parallèle ! Mieux valait la laisser là-bas, elle était à sa place ! »
Thor serra des dents. « Jamais je n'aurais laissé mon frère entre les griffes de ce Thanos ! Ils l'ont utilisé comme un objet, comme une vulgaire source d'énergie, le faisant vivre dans des souffrances infinies. J'ai senti sa peine, j'ai ressenti son cri au fond de moi, jamais je ne l'aurai abandonné ! »
Le poing serré, le souverain sentit sa colère monter encore : « Fadaise ! Tu as mis en danger la sécurité des Pierres, tu les as déplacées et tu as impliqués de simples Terriens dans une histoire qui ne doit plus les concerner ! »
« Ce sont mes amis ! Ils sont bien plus nobles que le père que je vois devant moi ! »
Derrière Thor, Loki sentit son appréhension monter d'un cran. Alors que les deux parents se renvoyaient argument après argument, il n'arrivait pas à sortir un son de sa bouche. Dépité, il se demanda soudain quand est-ce qu'il avait perdu son habileté à parler, répliquer, expliquer, manipuler, par des paroles justement choisies. Comme si son assurance s'était envolée avec son destin.
Il se sentait perdu.
Ceci en plus du fait qu'il voyait, du coin de l'œil, les gardes contourner habilement Thor par les côtés. Peu à peu, ils s'approchaient de Loki par derrière, prêts à se jeter sur lui. Le cœur battant à lui faire mal dans sa poitrine, Loki respira de plus en plus difficilement. Il se sentait impuissant. Ses pouvoirs avaient disparu, son corps monstrueux inspirait colère et violence envers sa personne, ses blessures l'avaient affaibli physiquement. Il n'était plus qu'un convalescent, un exilé dont personne ne voulait hormis au fond d'un cachot sombre.
Les cris de colère de Thor et Odin redoublèrent, et Loki en profita.
« Assez ! » Hurla-t-il les mains tendues, pour couper court à la discussion. « Cela suffit ! » Ses lèvres tremblaient et il était déjà à bout de souffle, mais Loki ne s'en préoccupa pas. Il devait parler.
« Toi ! N'ose plus parler en ma présence ! » Répondit Odin en brandissant son sceptre vers lui.
Mais Loki s'avança malgré la menace : « Il le faudra pourtant, je n'entrerai plus dans votre ombre sans un mot… » Il s'efforça d'inspirer de l'air et de rester droit. « Je sais que je ne vous inspire plus que du dégoût. De la haine même. Depuis ce jour maudit où vous m'avez avoué votre mensonge ultime. Vous m'avez ensuite rejeté, condamné, humilié, isolé. Mais… n'est-ce pas logique pour un Géant des Glaces. » Il regarda ses mains et leur bleu si puissant, ses ongles presque noirs. « Et cela je peux le comprendre… Que pourrais-je vous inspirer d'autre désormais… Moi qui ne suis plus Loki, qui ne suis qu'un Jotun malformé, moi qui ne serai plus jamais votre fils…» Il soupira profondément.
Thor l'écouta d'un air triste. Loki avait raison. Quoiqu'il pouvait maintenant arriver, plus rien ne serait jamais comme avant. La famille qui était encore unie il y a peu, était désormais brisée, fatiguée, privée d'un des siens, et rien ni personne ne pourrait réparer pareille destruction. Il était du devoir de chacun de trouver sa propre voie de vie et laisser derrière soi le chagrin des jours funestes. Mais lui, Thor, avait encore des amis, un père, un frère… Tandis qu'en regardant Loki parler ainsi de lui, Thor comprit son désespoir : celui de connaître la solitude pour l'éternité. Il espérait encore pouvoir lui faire connaître le contraire.
Odin marcha à son tour vers Loki, les yeux emplis de rage : « Je ne regrette qu'une chose, Jotun, avoir eu la faiblesse de m'attendrir devant un petit être qui n'était que le digne fils d'un monstre ! »
« Père non ! » S'énerva Thor en entendant ces mots terribles, et il arrêta d'une main l'avancée de son père. Mais en sentant son toucher, Odin se retourna vivement vers lui : « Tu oses ?! »
« Assez ! » Cria à nouveau Loki en comprenant qu'ils allaient reprendre leur altercation. Il se plaça devant Odin : « Ce que je suis importe peu, Thanos non. Il n'a jamais été mon allié. Ce que Thor vous a dit est la juste vérité, il ne voulait que m'utiliser pour arriver à ses fins, et vous savez bien pourquoi ! Seul le pouvoir infini l'intéresse et rien ni personne ne l'arrêtera ni l'éloignera de ce but funeste. Mais moi ! Moi je sais où il se trouve, je connais ses forces, je connais ses faiblesses, je connais son plan. Au milieu de mes cris et de mes douleurs, je l'entendais parler. Il en riait, il jubilait. Je n'ai pas oublié. »
Odin leva la tête : « Et pourquoi croirais-je un être qui n'a jamais cessé de mentir et de manipuler tous ceux qui l'entourent pour arriver à ses fins ? Et même si ce que tu dis étais la vérité, crois-tu que je sois incapable de régner et de mener une guerre, là où toi tu ne l'as jamais fait ? »
Loki baissa le regard avec un léger sourire : « C'est pourtant en agissant ainsi que vous avez laissé nos ennemis pénétrer dans nos murs… Moi je ne l'aurais pas permis. Je ne les aurais pas laissé poser une seule empreinte sur le sol de notre palais ! »
Le souverain ricana : « Crois-tu vraiment que tu aurais pu changer quoi que ce soit ! Tu es insignifiant, inutile, comme toujours ! »
Provoqué, Loki répondit sans réfléchir : « J'aurais sans peine deviner leur plan et empêché ce Kurse de faire diversion en libérant les prisonniers ! »
Soudain le silence.
Odin s'était arrêté net, consterné : « Comment ?... »
Loki ouvrit alors grand les yeux, comprenant son erreur. Mais il était trop tard. Encore une fois, sa colère l'avait mis en danger.
Odin avait compris…
« Comment peux-tu savoir cela ? » Continua-t-il d'une voix grave. « Nous avons toujours cru que tu étais à l'origine de ces évasions ! » Grognant de rage, le roi fonça sur Loki sans que Thor n'ait eu le temps de l'en empêcher. Avec une poigne phénoménale, il saisit le fin habit du jeune dieu qui n'osa pas bouger, tétanisé par la colère du roi. Sans aucune peine, Odin souleva légèrement Loki en l'air, seule la pointe de ses pieds nus touchaient encore le sol.
Sous le regard effaré de toutes les personnes présentes, le souverain lui hurla à la figure :
« C'est toi !... Toi, qui ne supportait pas d'être enfermé, qui a aidé cette bête à venir à nous, vers ma bien-aimée Frigg ! » Il rapprocha le visage de Loki au plus près : « Misérable ! RÉPONDS-MOI ! »
Mais Loki, terrorisé, ne parvenait plus à sortir le moindre son. Impossible. Comme si on avait soudain coupé ses cordes vocales, il restait la bouche ouverte sans un bruit. Paralysé, seule une larme qui s'échappait d'un œil, trahissait sa peine.
Il n'en fallut pas plus pour convaincre le roi Odin.
Il ne voyait plus aucune indulgence pour cet être, plus aucune pitié. Devant ses yeux défilèrent la colère de Loki, ses nombreux mensonges, ses manipulations, sa puissance si immensément dangereuse, ses destructions, ses meurtres en série, son sourire machiavélique le défiant avec délectation. Mais une image plus qu'une autre surpassait toutes les autres, celle du visage lumineux de son épouse, de celle qu'il avait admirée jour après jour, de ce visage qu'il ne pourrait plus jamais effleurer de ses doigts, de ces yeux azurs si doux.
Un visage si innocent tâché de sang, un corps magnifique transpercé par une lame monstrueuse. Et le coupable était devant lui. Comme si Loki avait lui-même tenu l'arme.
Il fallait en finir.
Sans prévenir, il jeta devant lui son prisonnier, qui tomba lourdement sur le sol, et braqua son arme sur la tête de Loki sans autre avertissement.
Le coup partit de Gungnir.
Mais son sceptre fut détourné au dernier instant par les mains puissantes de Thor, qui s'était interposé en poussant un cri de désespoir. De toutes ses forces, le prince tenta de repousser le geste de son père. Mais la puissance du roi vieillissant le surprit, sa colère avait décuplé ses forces et Thor ne parvenait pas à le faire reculer. Aucun des deux ne semblait pouvoir prendre le dessus.
« Arrêtez ! » Hurla alors Thor. « Loki n'aurait jamais fait de mal à Mère, vous le savez ! » Des gouttes de sueur perlèrent sur son front.
Mais le souverain ne l'écouta pas et lâcha soudain son arme. Sans aucune hésitation, il frappa son fils au visage du revers de la main, violemment.
Chancelant en arrière, étonné, Thor essuya calmement le sang qui dégoulinait d'une blessure au coin de sa bouche. Jamais son père n'avait osé lever la main sur lui. En regardant le liquide rouge sur le revers de sa paume, il rigola légèrement en regardant Odin. « Je croyais que vous ne vouliez pas me faire de mal… »
Mais le roi s'avança en le menaçant du doigt : « Oui, mais ça commence à venir ! Ne te mets plus jamais en travers de mon chemin Thor ! » Et sans ménagement, il saisit le cou de Thor d'une main, serrant suffisamment fort pour l'immobiliser sans pour autant l'étrangler. Surpris, Thor tenta aussitôt de se défaire d'une telle poigne, mais sans succès.
Odin se retourna soudain vers les gardes en désignant Loki, toujours à terre : « Tout cela a suffisamment duré ! Emparez-vous de lui ! »
Trois Einherjars se ruèrent sur le jeune frère allongé. Loki se défendit quelque peu, mais très vite les soldats l'eurent enchaîné par les poignets derrière le dos, puis autour du torse. Ils serrèrent plus que nécessaire, écorchant la peau bleutée. Aucun d'entre eux ne voulait s'attarder à toucher plus longtemps le monstre aux yeux rouges. Puis ils le redressèrent face au roi, qui avait repris toute sa posture tout en maintenant Thor.
Odin le lâcha brusquement et le fils aîné porta une main à son cou endolori, sans quitter du regard son père. Mais Odin ne visait que Loki et lui annonça sa sentence :
« Tes méfaits s'arrêtent aujourd'hui. Quoique tu aies pu être auparavant, tu ne l'es plus désormais et plus personne ne m'arrêtera. Tu n'es qu'un Jotun fidèle aux légendes : sanguinaire, meurtrier, sans pitié. Et mon devoir est de faire cesser tes méfaits. Dès demain, la sentence sera appliquée, dès demain le criminel sera exécuté en place publique ! » Des cris de joies des gardes accueillirent sa décision.
Loki trembla. La situation était encore pire que ce qu'il n'aurait jamais imaginé. Il avait côtoyé la mort tant de fois, il l'avait même appelée, mais à chaque fois il s'était malgré tout accroché à la vie. Et cette fois-ci le moment de sa disparition était arrivé. Il allait vraiment entrer dans le Néant, et rien ni personne ne parviendrait à l'en sortir. Il allait sombrer définitivement, après avoir été torturé, réduit à une apparence effroyable, vidé de ses pouvoirs, humilié. C'est impossible… C'est impossible… Sa fuite était finie et son chemin s'arrêtait là, aux yeux de tous.
De désespoir, il laissa sa tête tomber.
Horrifié par les paroles d'Odin, Thor retrouva ses esprits et hurla : « NON ! » Il se précipita vers son frère pour le libérer, mais un éclair terrible le heurta en pleine tempe, le faisant tournoyer sur lui-même avant qu'il ne s'effondre au sol.
A peine conscient, il entendit les cris de Loki qui l'appelait en vain et des pas lourds s'éloigner.
Il tenta de réunir ses dernières forces pour se lever. Il devait à tout prix délivrer son frère. Le temps lui était compté. Il n'avait plus qu'une nuit pour trouver une solution, il devait agir tout de suite.
Mais la douleur était trop vive et il sombra dans les ténèbres.
L'amphithéâtre était immense.
Il pouvait contenir près de cinquante mille personnes, mais déjà la populace avait débordé sur les escaliers et les abords. Et la ruée dans les gradins ne cessait pas. Tout le monde voulait voir, personne ne voulait manquer le grand spectacle.
L'exécution d'un Prince criminel. L'exécution d'un Jotun.
Jamais tel événement n'avait eu lieu dans cette enceinte.
Un être qui autrefois se disait leur héritier légitime, qui avait porté les plus beaux habits et manié les plus belles armes, en leur nom. Qui avait foulé de ses pieds et de ses mains les allées magnifiques de la cité parfaite, d'Asgard. Qui avait mangé leur nourriture et bu leur vin. Qui avait marché devant leurs étendards, les armes à la main.
Celui qui les avait tous trahis.
Un Jotun qui s'était caché parmi eux, insidieusement, en proie à la prise du trône et aux guerres.
Les cris résonnaient, les pieds tapaient avec force sur le bois de leurs bancs, on s'agitait avec excitation, c'était l'impatience, l'impatience d'apercevoir la chose.
Au centre de l'arène, on avait dressé une large et haute estrade en pierre noire. En cette fin de matinée, elle brillait de tout son éclat. Et en son milieu se trouvait le terrifiant billot. Taillé dans le marbre, matière noble pour un acte aussi terrible, il portait encore les traces rouges d'anciennes exécutions. Sur ses côtés, solidement accrochées dans la pierre, sortaient des chaînes de métal noir, solides, destinées à maintenir les poignets du supplicié et éviter toute fuite durant l'exécution.
Dressé derrière se trouvait le bourreau, belliqueux et robuste. Vêtu de noir, il ne portait pas de masque. Trop heureux d'accomplir un tel acte, l'homme n'avait pas ressenti le besoin de se cacher. Il souriait quelque peu, excité à l'idée d'accomplir la sentence. Dans ses mains crispées, il tenait fermement la lourde et tranchante épée, qui allait bientôt tomber.
Le peuple également était avide de sang aujourd'hui.
Lorsque le long son d'un cor résonna enfin, le tumulte s'intensifia d'autant plus. Et lorsque les portes de l'arène s'ouvrirent lentement, ce fut un vacarme assourdissant qui accueillit le prisonnier. Presqu'immédiatement, des centaines de fruits et légumes avariés furent lancés vers lui.
Toujours enchaîné et maintenu fermement par deux gardes, suivi par une groupe de soldats armés, Loki était entraîné de force sur le sable de l'arène. Marchant droit, le regard fatigué mais rigide, il tentait de donner une impression de fierté, sans aucune crainte de la mort qui l'attendait. Depuis bien longtemps maintenant, il se doutait que cette fin serait son destin ultime. Malgré tous ses efforts pour sauvegarder sa propre vie, il savait que ses fautes le suivaient comme une ombre tapie dans son dos. Il avait pourtant toujours pris soin de préserver son corps, choisissant le combat à distance par sa magie ou ses dagues, de manipuler les paroles pour arriver à une fin en sa faveur, et de garder la tête haute, malgré les tourments de ses sentiments intérieurs. Mais depuis ce jour maudit où tous ses rêves s'étaient brisés, il lui semblait avoir perdu pied, être tombé dans une vie où seule sa colère l'avait fait avancer. Il ne se reconnaissait plus. Lui qui avait toujours craint sa propre disparition, il avait pourtant plongé dans le néant, causé les dangers les plus grands, il s'était battu contre des êtres exceptionnels, provoqué les pires dégâts, et causé la mort de sa propre mère… Il s'était mis en danger. Tous ces cris, ce sang, ces tourments, ces tortures… Et maintenant la mort, qui tout naturellement se trouvait devant lui. Loki ne voyait là qu'une fin logique à ses dérives. Le temps de l'innocence était bien révolu.
Il avait définitivement tout perdu.
Et en voyant sa peau d'un bleu intense briller sous le soleil, en voyant ces marques parcourir le long de son torse, en sachant que son regard rouge inondait scandaleusement toute cette populace, il ne pouvait que rire intérieurement.
Tout en lui conduisait à sa propre mort.
Les hurlements mêlés de joie et de colère faisaient résonner ses oreilles, son corps était maintenant presque couvert de déchets organiques. On le huait, on vociférait toutes sortes d'insanités, les gens criaient à sa mort prochaine et s'en réjouissaient. Les regards de haine pouvaient presque le toucher tant ils étaient nombreux. S'il avait pu, Loki aurait bouché ses oreilles de ses mains, mais il était toujours maintenu. Alors il détourna le regard, espérant atténuer quelque peu l'effet de cette rage populaire.
Il refusa de voir la fin de son chemin, mais regarda vers la tribune royale, magnifiquement décorée, seul endroit des gradins où le calme régnait.
Entouré de proches privilégiés et de serviteurs à ses genoux, se tenant debout devant son fauteuil imposant tout décoré d'or, se trouvait le Seigneur de Toutes Choses, Odin en personne. Tenant fermement son sceptre, il montra toute la solennité de son statut à la foule en délire. Il ne souriait pas, mais imposait le respect absolu.
Le roi refusait de regarder ce qui n'était plus qu'un vulgaire condamné à mort.
Loki n'en attendait pas moins de celui qu'il avait tant estimé et envié étant petit. Celui qui aujourd'hui l'avait condamné à mort.
Son regard était ailleurs, à la recherche de quelqu'un.
Il distingua les Trois Guerriers et Sif, le regardant intensément sans autre sentiment. A peine un peu de nervosité, sans doute trop heureux de se débarrasser de quelqu'un de gênant.
Il y avait également la Soigneuse Eir, le regard triste.
Puis il vit Thor.
Et Loki le regarda intensément, une dernière fois…
Mais il fronça des sourcils.
Thor ne bougeait pas.
Il se tenait bien droit aux côtés de son père.
Celui que Loki croyait être son frère semblait maintenant l'avoir abandonné à son sort.
Et Loki se mit à douter.
Il ne parvenait pas à y croire. Tant d'années durant lesquelles son frère n'avait cessé de clamer son retour parmi les justes, son amour fraternel, son attention envers son jeune frère, son souhait de rester une famille unie. Le seul homme en qui Loki avait eu une confiance inaltérable, sans jamais douter que Thor ne puisse lui faire le moindre mal un grand frère prévisible et attachant malgré tout, qu'il taquinait voire blessait pour son plaisir mais qu'il n'aurait jamais permis de perdre. Et pourtant il ne bougeait pas. Pas de saut glorieux, le marteau à la main, luttant contre chacun et évitant chaque obstacle, pour venir à lui, pour le délivrer et l'emmener loin de toute cette vile fureur, loin de ce Royaume.
Rien.
Loki sentit son cœur battre contre sa poitrine et ses oreilles tambouriner, tant il commençait à s'affoler.
Non, non…
La confiance de Loki tomba en miettes. Comment était-ce possible ? Jamais Thor n'agirait ainsi, ne le laisserait ainsi, jamais il n'aurait permis. N'est-ce pas ?
Thor avait-il accepté ? Avait-il accepté cette sentence ? Avait-il changé de raison et décidé d'assister tranquillement à l'exécution de son frère ? Lui qui hier encore clamait son innocence et luttait pour sa survie ?
Impossible, impossible…
La terreur monta en Loki, et avec elle le désespoir. Le poids de tout ce qu'il avait perdu lui retomba soudain dessus, violemment et lourdement. Lui qui s'était toujours accroché à l'espoir que son frère, parmi tous ceux qui l'avaient rejeté, resterait toujours et à jamais le seul présent. Et que quoiqu'il arrive, il ne vivrait ni ne mourrait jamais seul.
Non.
Il ne voulait pas mourir. Il ne voulait pas mourir !
Pas aujourd'hui, pas ici, pas devant l'indifférence de Thor, pas devant lui, pas ainsi.
Sans le vouloir, il cria de désespoir :
« Thor !? » Mais son frère ne montrait aucun signe de changement. « Thor ! Regarde-moi ! Regarde-moi ! » Devant le désintérêt évident de son frère, Loki sentit perdre pied et laissa la panique le prendre.
Le pauvre garçon se débattit alors comme jamais. Les yeux grands ouverts, voyant la foule en délire autour de lui, il pleura de terreur. Et lorsqu'il aperçut la scène centrale et le billot, il comprit l'issue inexorable, et la refusa. Il força ses pieds en avant, dans le vain espoir d'arrêter l'impitoyable progression. Mais rien n'y faisait. Les gardes le poussaient violemment pour continuer le rythme de sa marche.
Vidant d'air ses poumons, les larmes coulant déjà sur ses joues, il cria toute sa terreur :
« Thor ! Je ne veux pas mourir ! Non ! Je ne veux pas mourir ! Thor ! »
Sur le balcon officiel, la présence solennelle de Thor cachait une toute autre réalité. Une fine bande de pansement entourant son front, les yeux Thor cachait mal son appréhension. Vêtu élégamment et avec raffinement, sa cape rouge se jouant du vent, il tournoyait ses deux mains tremblantes, privées de son marteau. Il avait toutes les peines du monde à ne pas montrer sa peur réelle, qui le prenait au plus profond de lui, et la colère monstrueuse qui l'avait envahi en voyant le désespoir de son jeune frère. Il serra des dents pour ne pas hurler son dégoût de cette exécution et ne pas intervenir.
Il ne devait pas bouger.
Il devait être patient.
Mais il tressaillit en voyant les gardes malmener Loki pour le faire monter sur l'estrade. Le jeune dieu essayait en vain de se libérer, mais leur poigne était sûre et solide.
Et surtout, Loki criait.
Ses plaintes étaient presque noyées dans les vociférations du peuple, mais Thor n'entendait qu'elles.
Il respirait de plus en plus mal.
Lorsque le bourreau saisit les cheveux de Loki pour le forcer à s'agenouiller devant le billot et que Thor vit son frère gémir de douleur, il sentit ses membres trembler.
Comme lorsqu'il avait hésité à sauver Loki des mains de Thanos, il ressentait à nouveau la détresse et la douleur de son frère. Elles le prenaient au plus profond de lui et Thor sentit cet appel désespéré.
Il tenta d'y résister au mieux.
Ainsi maintenu, Loki ne put rien faire lorsqu'on lui enleva ses chaînes et prit les poignets pour les entourer des anneaux noirs, ses chevilles suivirent ensuite. Il tenta de les rompre, mais déjà ses membres saignaient de cet effort. Loki continua pourtant à se blesser.
Il avait peur, peur de cette épée qui se tenait près de lui.
Thor n'y tint plus. Il allait faire un pas en avant, lorsqu'une voix l'interrompit.
« Oublie ces pensées mon fils. » Déclara son père sur un ton ferme. « Je ne voudrais pas avoir à t'humilier en public aujourd'hui. »
Effaré, Thor se calma instantanément en entendant les paroles d'Odin.
« Celui que tu as connu comme ton frère n'est plus. Et depuis bien longtemps. Tu dois l'oublier. »
Thor se retint de se jeter sur lui. Il savait qu'il ne pourrait pas.
Alors il reposa son regard vers le centre de l'arène.
Il ne pouvait pas.
Il ne devait pas.
S'il voulait sauver Loki, il ne devait surtout pas bouger.
Refusant de répondre, il observa son frère, désormais agenouillé, les mains et pieds liés, le regard perdu dans le vide devant lui, pleurant sans un son et le corps tremblant tout entier.
Ne te débats pas mon frère… Par tous les dieux, laisse-toi faire…
Les gardes reculèrent, laissant seuls le bourreau et sa victime, sous les éternelles acclamations des gens.
Une larme coula sur la joue de Thor et il baissa la tête pour la cacher quelque peu.
Pardonne-moi mon frère… Pardonne-moi…
L'homme en noir tendit sa main et appuya avec force sur la tête de Loki, l'obligeant à la poser sur le billot. Le sourire grand, il ne ménagea pas sa puissance.
Les larmes coulaient désormais sans cesse sur les joues de Loki. Vidé de ses pensées, plus rien ne lui parvenait. Il n'entendait ni ne voyait plus rien. Seule la froideur de la pierre sur sa joue et son cou restaient quelque peu réelle.
Le bourreau regarda alors le souverain Odin, qui tendit la main pour ordonner le silence.
En quelques secondes, l'amphithéâtre se tut. Un silence de mort s'installa.
A grande voix, le roi parla brièvement : « Qu'il soit dit en ce jour qu'aucun criminel n'est épargné en Asgard ! Que ceux qui ont commis un crime se cache, car voici ce qui les attend. » Il regarda alors pour la première fois le condamné agenouillé, qui tremblait. « Que le souvenir et le nom de ce Jotun soient à jamais effacés de la mémoire d'Yggdrasil ! »
Un tonnerre d'applaudissements et de cris de joie accueillirent sa sentence.
Puis le souverain fit un signe de la tête à l'exécuteur.
Et le bourreau saisit l'épée de ses deux mains.
Serrant les mains avec une force extrême à se faire mal, Thor sentit le goût du sang dans sa bouche tant il se mordait la joue pour ne pas bouger.
Pardonne-moi Loki… Pardonne-moi…
L'immense épée se souleva vers le ciel, reflétant une dernière fois un rayon de soleil vers les yeux du prisonnier.
Loki ferma les yeux de toutes ses forces.
Thor également.
Pardonne-moi Loki… Pardonne-moi !
('*..._... [à suivre] ..._...*')
Terrible ! Terrible cliffhanger !
La mauvaise nouvelle est que j'ai eu un petit black-out de plume, d'où l'attente et j'en suis navrée. Un long chapitre pour me faire pardonner.
La bonne nouvelle est que je sais maintenant comment finir cette histoire !
Comme toujours mon chapitre est allé au-delà de ce que je croyais. L'épilogue sera donc le prochain chapitre, eh oui…
J'espère que celui-ci vous a plu. Vous aurez deviné que je n'aime pas Odin, et Marvel l'a bien montré. J'ai tiré une de ses phrases de colère dans la version BD qui a été faite pour expliquer ce qui était arrivé à Loki juste après Avengers. Il n'a aucune clémence pour Loki et cela se ressent dans The Dark World aussi !
Merci en tout cas de m'avoir lue et pardon pour toute erreur décelée.
Et un immense Merci pour toutes vos reviews, elles m'encouragent plus que jamais !
Chapitre 10 posté le 8 mai 2016
Prochain chapitre : (dès que possible) « Epilogue »…
