Disclaimer : tout appartient à J. K. Rowlings
Pairing : HP/DM
Et voici un chapitre très attendu !
Bonne lecture à tous.
Chapitre V : la Commission
Lundi 11 décembre 2017
Le jour du Conseil arriva très vite et Harry était extrêmement nerveux. Il avait déjà brûlé les œufs brouillés du matin, présenté des tranches de bacon calciné à l'extérieur et cru à l'intérieur et pire, il avait réussi à faire tourner le chocolat chaud de Lily.
Mi exaspéré, mi compatissant, Draco finit par le chasser de la cuisine, décrétant qu'il était hors de question qu'il meure d'empoisonnement et qu'il s'occuperait de la préparation du petit-déjeuner lui-même. Pas dupe, Harry quitta la cuisine pour aller arpenter le salon.
Dès que son amant fut hors de vue, Draco appela l'un des elfes de maison du Manoir Malefoy. La petite créature se fit un plaisir de préparer un repas complet, avec des œufs, du porridge, des pancakes et du bacon grillé.
Quand ils eurent terminé, Harry voulut conduire Lily à l'école, mais Draco s'interposa une nouvelle fois.
- Stressé comme tu l'es, tu serais capable de l'amener à Poudlard, dit-il pince-sans-rire.
- Grrmmlll ...
Lorsque Draco revint de l'école, Harry n'avait pas cessé ses allées et venues dans le salon. S'adossant au montant de la porte, il observa son amant avec un peu d'inquiétude. Il savait que la journée allait être très difficile.
- Harry, l'appela-t-il doucement.
- Hein ? Quoi ? sursauta violemment l'interpellé.
- Arrête de t'inquiéter ! Tu ne peux rien faire !
- Oui, je sais mais tu te rends compte de ce qui va se passer ! Et si ...
- Et si rien du tout ! scanda Draco stoppant les va-et-vient en plaçant ses mains sur les épaules de l'Auror, de façon à pouvoir le regarder dans les yeux.
- Mais ...
- Tu ne peux rien faire ! répéta-t-il. Ce qui va se passer aujourd'hui ne dépend pas de toi !
- Je ... je sais, mais ... Qu'est-ce qu'ils vont dire ?
- Eh bien, pour ce que j'en sais, tout dépendra de la personne qui a dû préparer la Commission ?
- Comment ça ?
- Harry, souffla Draco, c'est toi le Chef des Aurors. Tu devrais savoir comment ça se déroule non ?
- ... Tu ... Tu crois qu'ils sauront pour les enfants ?
Après la visite à Sainte-Mangouste et les insinuations de Draco face à Ronald Weasley, Harry avait longuement interrogé le blond. Il avait appris comment ce dernier avait constitué des dossiers sur lui-même et tous ses proches pour, de son propre aveu, pouvoir les faire chanter ou les accabler lors d'une telle situation. Cependant, leurs relations ayant changé, il avait renoncé à une telle utilisation. Et Harry avait parfaitement compris ses motivations. Même lui avait gardé un œil attentif sur ses anciens « ennemis » de Poudlard.
- Je l'ignore. J'ai moi-même fait appel à des détectives, moldus et sorciers, pour trouver toutes ces informations. Tout repose sur la personne qui a été désignée pour construire le dossier.
A ces mots, Harry pâlit encore un peu plus, alarmant son amant.
- Tu sais qui a été chargé de cette tâche ! Mais bien sûr, les membres de la Commission ont été cités dans ta convocation. Dis-moi, qui est-ce ?
- Nott, murmura Harry.
- Nott ? Tu ... Tu veux dire Théodore Nott, mon ami.
- Mmm.
- Oh par Merlin !
- Quoi ?
- Il ... il n'y avait pas plus méticuleux que lui à Serpentard. Tu peux être sûr qu'il aura tout découvert, y compris ce que moi je n'ai pas trouvé.
- Oh ... Pauvre Hermione, elle va être dévastée. Sa vie va être détruite...
- Oh là, doucement, se récria Draco. Comment ça « Pauvre Hermione » ? Et toi là-dedans ? Et tes enfants ? Ils ne vont pas souffrir de cette situation peut-être ? Toute cette histoire est de la faute de ce maudit rouquemoute ! Il n'a qu'à assumer maintenant !
- Oui mais, rend-toi compte Hermione va découvrir tout ça et ...
- Et ? Excuse-moi, mais pour quelqu'un qui s'est toujours voulu montrer qu'elle était la meilleure et la plus intelligente de Poudlard, elle aurait mieux fait d'ouvrir les yeux. C'est un comble quand même ! Sans compter qu'elle se prétend la meilleure des avocats de tout le monde Sorcier !
- Mais moi non plus ...
- Ne viens pas me faire croire que tu ignorais le comportement de la Belette femelle. Je te connais. Tu t'es sacrifié pour le bien-être de tes enfants ! Tu t'es plié à des coutumes ancestrales alors qu'on ne s'attendait pas à ce que cette ... nymphomane veuille les appliquer. Tu as encore joué ton rôle de parfait petit héros qui se sacrifie pour tout le monde. Le parfait Gryffondor dans toute sa splendeur !
- Mais ...
- Stop Harry ! Arrête de toujours faire passer les autres avant toi ! Et pour Granger, franchement elle n'a qu'à s'en prendre à elle-même.
- Tu es dur, murmura Harry.
- Non, absolument pas ! Elle n'a jamais rien remis en question. Elle prend toujours tout pour argent comptant. Tu n'es pas responsable si elle a fait de même pour sa vie de famille.
Harry baissa la tête, conscient que Draco avait raison, mais il ne pouvait s'empêcher de plaindre son amie, même s'il reconnaissait que cette dernière l'avait sérieusement énervé lors de sa visite à son bureau la semaine précédente, quand elle était venue plaider la cause de son mari, sans tenir compte du préjudice que lui-même et ses enfants avaient subi.
- Ecoute-moi, reprit Draco. Imagine qu'un savant de génie découvre une étoile verte à des milliards de kilomètres de la Terre. La lumière de cet astre influe sur le spectre des couleurs perçu par l'œil humain. En réalité, le ciel n'est pas bleu mais jaune pisseux, le vert est une déclinaison de mauve, le rouge est bleu, le jaune est brun et ainsi de suite. Il rédige un bouquin qu'il fait préfacer par de grands noms de la magie et tu peux être sûr que Granger va militer pour que les médicomages découvrent une potion, un sort ou n'importe quoi pour permettre à tout un chacun de voir les couleurs réelles au lieu de ce que l'on perçoit actuellement.
L'Auror ne put s'empêcher de pouffer à la description fantasque de son amant. Le pire, c'est que son affabulation était tout à fait réaliste quant à la réaction que pourrait avoir Hermione dans une situation similaire. Elle avait toujours eu le tort de prendre le contenu des livres pour gallion comptant.
- Harry, toute cette situation, tu la subis. Weasley est le seul responsable. Il a profité de ta tolérance pendant des années. Déjà à l'école, il exploitait ta célébrité et il n'a jamais arrêté d'y avoir recours, te blâmant quand cela l'arrangeait. Je suis persuadé que son attaque sur tes enfants était parfaitement calculée, y compris son soi-disant échec dans le lancer de l'Oubliette.
- Quoi ?
- Réfléchis, mon petit lion, sourit ironiquement Draco. Comment deux gamins, même futés comme les tiens, auraient pu échapper à un Auror entraîné et une femme, leur mère, prise en flagrant délit ?
- Tu ...tu veux dire qu'il a voulu ...
- Te faire du mal, se venger, te détruire, te ...
- C'est bon ! Arrête ! s'écria Harry, blanc comme un linge.
En voyant la réaction du brun, Draco fut pris d'un remord. Il n'avait pas voulu le bouleverser à ce point mais il ne supportait pas non plus de le voir conserver ses œillères.
- Je suis désolé, Harry. Je ne voulais pas ...
- Non ... Je ... je comprends. Finalement, j'ai fait comme Hermione, j'ai refusé d'ouvrir les yeux.
- Oui, mais ça ne justifie pas que ...
- Draco ? dit le brun en l'interrompant vivement.
- Oui ?
- Je croyais qu'un Malefoy avait toujours raison ! Qu'un Malefoy ne devait jamais s'excuser !
- Oh ! Tu ... Je ...
Harry ne put retenir un rire à la réaction de son vis-à-vis. Après un temps de crispation, ce dernier se mit à rire aussi et la tension qui les habitait tous deux se réduisit considérablement.
Ravi de son effet, Draco enlaça fortement Harry avant de s'écarter en le tenant à bout de bras.
- Je crois qu'il est temps qu'on parte. Il ne faudrait pas que tu sois en retard.
- Mmmm, tu as raison, répondit-il, regrettant déjà la chaleur de ses bras.
- Bien, je vais nous faire transplaner dans le Hall des Arrivées, ce sera plus sûr.
- Heu, Dray, je sais transplaner tu sais.
- Oui, oui ... mais tendu comme tu l'es, tu serais capable de te désartibuler et comme tu ne fais jamais rien comme tout le monde, tu vas te transformer en puzzle humain.
- Oh ! non mais ça va pas ...
- Chut ... laisse-moi faire, murmura le blond avec une prière dans les yeux.
OoOoOoOoOoOoO
Les deux hommes reprirent pied au Ministère, toujours les yeux dans les yeux. Rapidement, ils se dirigèrent vers le Département de la Justice Magique. Arrivés dans le couloir, ils aperçurent les Weasley. Hermione était assise sur un banc, face à la porte de la salle d'audience tandis que Ron faisait les cent pas, grommelant et râlant à mi-voix. Il se figea en voyant apparaître Harry puis se précipita à sa rencontre.
- T'es là, sale traître ! Non mais tu te rends compte des conséquences de tes actes, éructa-t-il. A cause de toi, je risque de perdre mon boulot ! Ça ne te fait rien de savoir que ma famille va finir sous les ponts si je ne peux plus subvenir à leurs besoins ? Et ma sœur ? Tu réalises qu'elle risque de perdre sa main parce que tu joues encore les victimes ! Finalement, tu portes vraiment malheur à tous ceux qui t'entourent !
Hermione s'était levée précipitamment quand Ron avait commencé à crier, prête à intervenir pour le calmer, mais elle s'était arrêtée net en entendant la diatribe de son époux. La mesquinerie dont il faisait preuve la laissait sans voix.
De son côté, Harry était tétanisé. Les paroles du roux réveillaient de très mauvais souvenirs. Draco posa une main sur l'épaule du Chef des Aurors pour lui apporter son soutien, attirant de ce fait l'attention du roux sur lui.
- Qu'est-ce que tu fous là la Fouine ? Les Mangemorts n'ont rien à faire ici !
Malefoy se contenta de le toiser de haut en bas, sans répondre, ce qui énerva encore plus Weasley qui prit une jolie teinte aubergine. Il levait le bras pour frapper quand Hermione réagit enfin et le tira en arrière. Sans tenir compte de l'agressivité de la Belette, Draco se tourna vers Harry.
- Je dois te laisser. Ne t'inquiète pas trop. Tu peux compter sur Théo pour avoir un dossier plus solide que la carapace d'un scroutt à pétard. Et si l'audience n'est pas finie à temps, j'irai chercher Lily à l'école et nous t'attendrons à l'appartement.
- Merci.
Harry lui fit un micro-sourire et le suivit du regard, détaillant sa démarche assurée. Au moment où Draco tourna le coin du couloir, la porte de la salle d'audience s'ouvrit sur un Dawlish particulièrement renfrogné. Il écarquilla cependant les yeux en découvrant Ronald maintenu d'une poigne de fer par Hermione, puis les invita à entrer.
OoOoOoOoOoOoO
La salle était assez petite. Une longue table pourvue de trois sièges était placée sur une estrade, juste en face de la porte. Un bureau était installé perpendiculairement à cette dernière, en contrebas. Dessus, il y avait une pile de parchemins avec un encrier et une plume à papote officielle. C'était la place du greffier, assumée par Dawlish. Un autre bureau était placé juste en face, destiné à l'Enquêteur. Le reste de la salle était garni de deux tables plus petites, face à la plate-forme, et de quelques bancs.
John dirigea les Weasley vers la table de gauche et Harry à droite. Ils s'étaient à peine assis qu'une porte dérobée s'ouvrit pour laisser passage aux membres de la Commission.
Surpris, Dawlish se précipita à sa table et énonça vivement :
- La Commission Disciplinaire 93177147 du 11 décembre 2017 est ouverte. Elle se tiendra à huis clos et sera présidée par Miss Pénélope Deauclaire, vice-présidente du Département de la Justice Magique, Monsieur Gawain Robards, ancien chef des Aurors, remplaçant de Monsieur Harry Potter, présent en qualité de partie civile et Monsieur Brian Watson, Auror Senior, désigné par la Magie en tant que pair de l'Accusé Ronald Weasley. L'enquête a été menée par Monsieur Théodore Nott, du département des Mystères.
- QUOI ? hurla Weasley. COMMENT EST-CE QU'UN FOUTU SERPENTARD A PU ÊTRE ENGAGÉ AU MINISTÈRE ? C'EST UN MANGEMORT QUI DEVRAIT CROUPIR À AZKABAN, COMME MALEFOY ET TOUS LES AUTRES !
- TAISEZ-VOUS, AUROR WEASLEY ! tonna Robards.
- Mais par Merlin, Chef, c'est un serpent, un immonde ...
- Suffit ! Un mot de plus et nous ajoutons la diffamation et les insultes à la liste des charges, intervint Deauclaire.
- M...
- Assieds-toi Ron, tu aggraves ton cas, siffla Hermione en tirant sur le bras de son mari.
En entendant les récriminations de son ex-beau-frère, Harry avait levé les yeux au ciel. Malgré toutes les années passées, il restait bloqué dans ses rancœurs d'adolescent et refusait de voir que les gens avaient changé.
- Bien ! Monsieur Nott, veuillez nous exposer les faits, demanda la présidente.
- En date du mercredi 8 novembre 2017, l'Auror Ronald Weasley a produit un sortilège d'Oubliette sur le sorcier mineur James Sirius Potter, né le 15 mai 2004, confirmé par l'examen du pédiatricomage de Sainte-Mangouste, Justin Finch-Fletchley. D'après le Priori Incantatum effectué sur la baguette du prévenu, deux autres sorts de mémoire ont été produits ainsi que cinq Stupefix sur un laps de temps très court.
- Sait-on comment le sorcier mineur a pu être en contact avec l'auror Weasley ? Ne devait-il pas être à l'école à cette date ? interrogea Pénélope.
- D'après la directrice de Poudlard, Madame Minerva McGonagall, l'Auror Weasley s'est présenté à son bureau pour lui annoncer que le Chef des Aurors Potter avait été blessé lors d'une mission et que ce dernier lui avait demandé de lui amener ses enfants à l'hôpital.
- Et où les sortilèges ont-ils été lancés ? interrogea Watson.
- L'information doit encore être vérifiée lors de l'audition de l'inculpé. Il semble que l'Auror Weasley ait fait une étape avant de se présenter à Sainte-Mangouste. A ce moment, il était accompagné de Madame Ginevra Weasley, ex-Potter, et de James Sirius Remus Potter.
- Et où était le deuxième fils Potter ? demanda Robards.
- D'après les témoignages, il serait arrivé à l'hôpital en compagnie de Monsieur Draco Malefoy plusieurs minutes avant l'arrivée de Monsieur Weasley et ses accompagnants.
- Draco Malefoy ? s'étonna Robards. En quoi est-il intervenu ?
- D'après mon collègue, Daniel Firth, il aurait réceptionné Albus Severus Potter au Ministère. L'enfant voulait voir son père. Monsieur Malefoy sachant que l'Auror Potter était à Sainte-Mangouste l'y a accompagné aussitôt.
- Une réaction avisée, dit-il avec un air appréciateur.
Harry releva vivement la tête, étonné de la remarque de son ancien supérieur. Pendant un instant, il avait cru que Draco serait vilipendé pour son action. Il se demanda d'ailleurs pourquoi il ne lui avait pas dit qu'il avait été interrogé sur cette histoire avant de se dire qu'il était logique qu'il ait dû témoigner.
- Y a-t-il d'autres griefs qui peuvent être retenus à l'encontre de l'Auror Weasley ? questionna Robards qui jetait à son ancien subalterne des regards noirs.
- Son dossier présente de nombreuses lacunes qui vu leur nombre auraient déjà dû entraîner quelques blâmes, voire même des suspensions. Certaines insuffisances auraient d'ailleurs pu avoir des conséquences graves, tant pour ses collègues que pour les civils.
- Mmm, musa Pénélope. Nous étudierons cela. Et pour le reste ?
- Comme d'habitude, nous avons effectué une enquête de moralité et ...
- QUOI ? CE FOUTU MAGE NOIR A OSÉ FOUINER DANS MA VIE PRIVÉE ! JE VAIS TE ...
- WEASLEY ! tonna l'ancien auror en chef. BOUCLEZ-LA ! VOUS ÉCOPEREZ D'UNE AMENDE COMPLÉMENTAIRE POUR OUTRAGE AU CONSEIL. CONTINUEZ COMME ÇA ET JE VOUS COLLE À AZKABAN POUR UN MOIS.
Gawain Robards était un Auror de la veille école. Il avait mené la majeure partie de sa carrière sous la menace de Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-nom mais il avait aussi appris à faire la part des choses. Après la victoire de Potter ou de Celui-qui-a-vaincu, comme les journalistes se plaisaient encore à le surnommer, il avait été débordé par la chasse aux Mangemorts et les procès qui s'en étaient suivis. Il avait bien dû admettre que nombre d'enfants de Mangemorts reconnus avaient été contraints par leurs parents de rejoindre leurs rangs. Apprendre que Draco Malefoy avait apporté son aide au fils Potter ne l'avait donc pas tant étonné que cela.
Par contre, voir qu'un gamin, comme ils les considéraient encore, restait ancré dans ses convictions l'exaspérait au plus haut point. Sans compter qu'il avait toujours vu Weasley comme un arriviste fainéant.
Dans son coin, Dawlish surveillait attentivement les prises de note par la plume à papote. Il ne put empêcher un sourire goguenard de fleurir sur ses lèvres face à la réprimande. Lui non plus n'appréciait pas Ronald.
- C'est votre dernier avertissement. J'espère que tout est bien clair, Auror Weasley ! insista la présidente.
- Grmmrllr ...
- Pardon ? accentua encore Pénélope.
- Je ... oui j'ai bien compris, rechigna Ronald.
- Bien, continuons. Vous disiez Monsieur Nott ?
- Nous avons effectué une enquête de routine ainsi qu'une filature selon les procédures habituelles.
- Le résultat ? demanda Gawain avec suspicion.
- Plutôt négatif. Elle aurait été conduite avant l'engagement de Monsieur Weasley, il ne serait jamais devenu Auror.
Hermione se raidit fortement sur sa chaise, hésitant entre retenir Ron qui s'apprêtait une nouvelle fois à bondir, hurler avec lui contre Théodore qui débitait ses réponses sans émotions apparentes ou même prendre à partie son mari pour connaître tous ses secrets.
Harry, pour sa part, s'était tassé sur son siège. Draco avait eu raison, son ami avait vraiment été minutieux dans ses recherches. Le reste de l'audience promettait d'être chaotique. Il était certain que Ron ne s'était pas interrogé sur le déroulement d'une commission, et si Hermione avait tenté de lui en parler, il avait sûrement fait la sourde oreille. S'il croyait pouvoir se sortir de cette affaire sur sa bonne mine, il allait rapidement déchanter.
- Auror Weasley, nous allons entendre votre témoignage. Veuillez venir prendre place devant moi, requit la Vice-Présidente du Département de la Justice Magique.
Avec un air bravache, le rouquin se leva et s'approcha de la table des membres du Conseil. Il se tint bien droit, les bras croisés dans le dos, les jambes solidement plantées dans le sol.
- Monsieur Nott, vous interrogerez le témoin en vous basant sur le rapport d'enquête.
En entendant ces mots, Ron voulut s'insurger pour la énième fois mais une vive lueur colorée l'en empêcha. Alors que Théo s'était approché de lui, un cercle de runes s'était activé, les englobant tous deux.
Surprise, Hermione tenta de les déchiffrer avant qu'elles ne s'éteignent, mais ne put en reconnaitre que quelques-unes. Elles lui suffirent cependant pour comprendre qu'un Cercle de Vérité avait été invoqué. En détaillant les murs autour d'elle, elle comprit que le cercle enclavait toute la salle, mais que ses effets étaient plus concentrés au centre.
- Auror Weasley, veuillez décliner vos nom, grade et entrée en fonction.
- Ron Weasl..., bégaya-t-il avant de virer au rouge carmin, tandis qu'une brume noire l'entourait.
- Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que t'a encore fait, sale ...
- Weasley, claqua une nouvelle fois Gawain. Faites fonctionner la masse informe qui vous sert de cerveau ! Vous êtes au centre d'un Cercle de Vérité !
- Je croyais qu'en tant qu'Auror, vous étiez au courant des procédures mises en place durant les procès et commissions, s'étonna Pénélope Deauclaire. Monsieur Nott, pourriez-vous l'éclairer ?
- Bien sûr, Madame la Présidente. Suite aux nombreux procès s'étant tenus à la suite de la Victoire, on a constaté que beaucoup d'accusés résistaient à l'administration du Veritaserum. Apparemment, Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-Nom avait fait développer une potion pour immuniser ses partisans. Après de longues recherches, le Département des Mystères a opté pour l'activation de Cercles de Vérité dans toutes les salles d'audience, de façon à soumettre tous les intervenants à un sortilège élaboré les empêchant de mentir ou de travestir, même légèrement, la vérité. En ne mentionnant pas son nom complet, le sortilège considère un mensonge par omission.
- Merci, Monsieur Nott. Veuillez reprendre l'interrogatoire.
- Auror Weasley, veuillez décliner vos nom, grade et entrée en fonction.
- Ronald Bilius Weasley, Auror Senior, entré en fonction le 1er Septembre 2000.
- Pourquoi avez-vous quitté le bureau en date du 29 novembre ?
- Je devais faire une co...
Une nouvelle fois, une ombre ténébreuse l'enveloppa.
- Auror Weasley, le tableau de service indique que vous étiez consigné au bureau pour rédiger des rapports en souffrance. Pourquoi avez-vous quitté le bureau en date du 29 novembre ? reprit Nott.
- Je ... J'ai ... appris que ... Harry avait ... été blessé ... lors de la mission, haleta Ronald, voulant résister au sort. Je ... c'était ... une bonne ... occasion.
- Une occasion pour quoi ?
- Je ... je ..., bégaya le roux qui arborait maintenant une grimace d'inconfort douloureux.
- Plus vous résisterez, plus la douleur sera forte, Auror Weasley, indiqua Théo.
- JE T'EMM...
- WEASLEY, NE VOUS AVISEZ SURTOUT PAS DE TERMINER CETTE PHRASE ! cria Gawain Robards. SOYEZ UN HOMME ET ASSUMEZ VOS ACTES !
- Je voulais me venger, murmura l'Auror, espérant que personne ne pourrait entendre.
Un sursaut secoua toutes les personnes présentes. Il était clair que Ron ne voulait pas être entendu, mais un sort de Sonorus modéré avait également été appliqué à la salle afin que tous puissent entendre les déclarations des personnes interrogées.
- Pourquoi vouliez-vous vous venger ?
- Je ... Il n'y en a toujours que pour lui : le Survivant, Celui-qui-a-vaincu, un septième fils pour mes parents, le meilleur des Aurors, ... avec son petit air d'enfant de chorale. Il ne mérite pas toute cette attention ! Ce n'est qu'un stupide sorcier ordinaire qui pleure dans les jupes de tout le monde pour se faire bien voir ! Et il porte malheur à tous ceux qui l'approchent, les condamnant à mort ! Sans moi, il n'aurait jamais réussi ! Il n'aurait pas récupéré la Pierre Philosophale. Il n'aurait pas découvert la Chambre des Secrets. Il n'aurait pas sauvé son Parrain. Il n'aurait pas gagné le Tournoi de la Coupe de Feu. Et surtout, il n'aurait pas vaincu Vous-savez-qui !
Pendant quelques instants, tous fixèrent leur regard sur le rouquin qui pavoisait maintenant. Hermione était outrée de son arrogance et il était clair qu'elle monopolisait toute sa concentration pour ne pas lui sauter à la gorge. Avec un regard indéchiffrable, Théodore reprit.
- De quelle manière vouliez-vous vous venger ?
- Cet imbécile est incapable de voir que sa femme le trompe depuis des années. Depuis avant leur mariage même ! pavoisa-t-il.
- Et ?
- Le meilleur moyen de le blesser était de s'en prendre à ses enfants ! Un miracle d'ailleurs qu'ils soient bien les siens, si vous voulez mon avis ! ricana-t-il méchamment.
- Qu'avez-vous fait aux enfants ?
- Je suis allé les chercher à Poudlard. McGo n'a pas discuté quand je lui ai dit que j'agissais à la demande de Potter. Elle n'a même pas vérifié. Je les ai emmenés à Godric's Hollow. Je savais que Ginny y était avec son amant. Je voulais que les gosses la voient en plein ébat.
- Comment saviez-vous que Miss Weasley serait sur place ?
- Elle est réglée comme une horloge. Toute la semaine, elle profite de l'absence de sa famille pour ramener des amants, réguliers ou simplement de passage. Elle dit qu'elle en a besoin pour supporter les plans pépères de son mari.
- Et que s'est-il passé ?
- Comme prévu. Les gosses ont surpris leur mère se faisant tringler sur la table de la cuisine. Smith s'activait comme un sauvage et elle appréciait vu les cris qu'elle poussait. Et puis, il a juté comme un âne, le salaud !
Un hoquet secoua la salle face à la vulgarité de la déclaration.
- MONSIEUR WEASLEY ! cria Deauclaire, clairement choquée. Contenez-vous !
- Il semble que le Cercle de Vérité lui accorde une grande franchise lorsqu'il n'agit pas contre son égo, Madame la Présidente, tenta d'expliquer Nott. Quelle a été sa réaction ? continua-t-il à l'encontre de Ron avec une infime grimace de dégoût.
- Quand elle s'est rendue compte de notre présence, elle a hurlé pour que je lance un Oubliette aux gamins et elle s'est mise à leur courir après dès qu'elle a récupéré sa baguette, même si elle était encore à poil. Smith s'est carapaté en laissant ses vêtements sur place.
- Et ensuite ?
- J'ai voulu les stupefixer, mais James s'est interposé. Il a poussé son frère dans la Cheminée avant qu'on ait pu l'arrêter.
- Pourquoi avez-vous effacé la mémoire de votre neveu si le plus jeune avait quand même réussi à s'enfuir ?
- Ginny a insisté. Elle disait qu'elle s'occuperait de discréditer Albus si jamais il parlait.
- Mmm ... Revenons aux raisons qui vous ont conduit à vouloir ... la surprendre. Comment étiez-vous au courant de sa ... conduite ?
- Je l'ai aperçue un jour. C'était quelques semaines avant son mariage. Elle était dans une ruelle du Londres moldu et se faisait prendre par deux hommes. Je ... j'ai voulu ... la faire chanter.
- Dans quel but ?
- Des gallions ! Potter est riche mais il ne lui viendrait pas à l'idée d'en faire profiter ses amis.
- Miss Weasley a-t-elle accéder à votre demande ?
- Non.
- Pourquoi ?
- Elle ... elle savait des choses.
- Quelles choses ?
- Elle ... elle savait que j'avais une liaison.
- Comment une liaison pouvait-elle représenter une menace ?
- ... Je venais ... de me fiancer ...
- Si l'on s'appuie sur les traditions des Sangs Purs, ce n'est pas un problème.
- Her ... Hermione n'aurait pas compris. Je ...
- Encore une fois, cela n'aurait rien changé à votre statut, sinon transformer votre future vie de couple en enfer, si tant est qu'elle soit devenue une réalité après une telle révélation, insista Théo. Que savait-elle d'autre ? Qui était votre amante, à moins que l'on ne parle d'un amant ?
- NON MAIS ÇA VA PAS ! JE NE SUIS PAS UNE PÉDALE ! ESPÈCE DE DÉGÉ...
- WEASLEY ! cria Deauclaire. Quelle que soit l'issue de cette affaire, je vous condamne d'ores et déjà à six mois d'emprisonnement !
- Mais ...
- Taisez-vous ! Monsieur Nott, continuez.
- Bien, Madame la Présidente. Donc, quelle est le nom de votre maîtresse ?
- La ... Lavande Brown.
- C'est pour elle que vous aviez besoin d'argent ?
- Je ... Oui, entre autre.
- Miss Brown a disparu du Monde Sorcier depuis la fin des années 2000. Des rumeurs ont couru selon lesquelles elle avait succombé aux blessures infligées par Greyback lors de la Bataille de Poudlard. Apparemment, ce n'est pas le cas. Savez-vous où elle est ?
- Elle vit dans une petite bourgade, à proximité de Romsey, dans les Cornouailles.
- Pourquoi s'est-elle retirée dans le monde moldu ?
- Elle ne voulait pas qu'on voie ses cicatrices et puis ... Elle ... Elle ... est tombée enceinte.
A ces mots, Hermione glapit de surprise. Elle regarda Ron avec une totale incompréhension, la trahison clairement visible sur son visage pâli. Quelques larmes menacèrent de déborder.
Harry la considéra avec commisération. Il savait qu'elle avait toujours détesté la jeune femme qu'elle voyait comme une rivale. Apprendre que son mari avait continué à la fréquenter malgré leurs propres liens allait la détruire. Leur séparation s'annonçait inéluctable.
Après quelques profondes respirations, elle se redressa, dardant sur son époux un regard qui lui promettait les pires représailles.
- Pourquoi ne l'avez-vous pas épousée ? reprit Théodore après un regard d'excuse envers Hermione. Vous savez comment la société considère les filles-mères.
- ... Je devais ... Je devais me marier avec Hermione ... quelques mois ... plus tard ... quand elle l'a appris. Je ... je ne ... voulais ... pas ... changer mes ... projets. Je ... ne voulais ... pas d'un ... enfant. Et puis ...
- Oui ?
- PAR MERLIN, JE SUIS UN HÉROS DE LA GUERRE ! cria-t-il. JE NE VOULAIS PAS QUE CETTE SALOPE DE SKEETER TERNISSE MA RÉPUTATION !
- Mais si vous l'aviez épousée, votre ... réputation aurait été sauve.
- Pas avec Skeeter ! Et puis la notoriété d'Hermione est bien plus étendue que celle de Lavande.
- Donc vous avez préféré abandonner mère et enfant ... pour votre image.
- Non !
- Comment ça non ?
- Je ... j'ai continué ... à la ... voir. Je ... je lui ... lui ai donné ... de l'argent.
- Pour qu'elle avorte ?
- Quoi ? Mais non ! Je ... pour qu'elle puisse ... s'installer et ... subvenir aux ... besoins du bébé ...
- Où avez-vous trouvé l'argent nécessaire ?
- Je ... c'est ... Ginny ?
- Miss Weasley vous a fourni l'argent ? Je croyais qu'elle avait refusé.
- Hem ... oui. Elle a dit que comme je connaissais ses secrets, elle voulait bien ... m'aider pour les miens. Nous pourrions ... nous surveiller mutuellement.
- Comment a-t-elle fait ? Elle n'avait pas beaucoup de revenus à l'époque, malgré son statut de joueuse de Quidditch.
- Elle ... elle a ... fait ... signer ... une ...
- WEASLEY, ARRETEZ DE TERGIVERSER ! éclata Gawain.
- Elle a fait signer une procuration à Potter.
- Une procuration pour quoi ?
- Pour qu'elle ait accès à tous ses coffres. Elle a prétendu que c'était pour les frais du ménage et pour les enfants, comme ça elle ne devrait pas l'ennuyer à chaque fois qu'elle avait besoin d'argent pour la maison. Et il a tout gobé.
- D'accord. Est-ce que vous avez continué à la fréquenter ?
- No... tenta de mentir Ron, une aura noire commençant à l'entourer. Ou... Oui. Je ... je vais ... j'essaye d'aller les ... voir tous les ... quinze jours, termina-t-il en s'affaissant.
- Donc on peut considérer que vous menez une double vie ?
- N... oui, répondit-il avant de baisser la tête.
- Quelles sont vos relations actuelles avec Miss Brown ?
- Je ... nous ... nous sommes mariés, souffla-t-il.
A ces mots, Hermione s'agrippa violement à la table, comme pour se retenir de sauter sur son conjoint pour le mettre en pièces. Elle croisa le regard de Nott avant que celui-ci ne reprenne, gardant un visage impassible.
- Mariés ? Comment est-ce possible ? Vous nous avez dit avoir refusé de l'épouser ?
- Nous ... nous avons contracté une alliance moldue, devant un pâtre.
- Un pâtre ? demanda Watson, perdu.
- Ben oui, un de ces mages qui conduisent des cérémonies dans le Monde Moldu.
- Oh, d'accord, vous voulez dire un prêtre, reprit son collègue, s'attirant un regard noir du Rouquin.
- Je vois, intervint Nott. Et quand vous êtes-vous mariés ?
- Euh ... en 2002.
- Et plus précisément ? Quelle est la date exacte ?
- Le 1er Mars 2002, le jour de mon anniversaire.
- Mmmm. Comme ce mariage est postérieur à celui contracté avec Miss Granger, il n'a pas été - reconnu par la Magie.
- SALAUD ! JE VAIS TE TUER ! TU N'ES QU'UN TRAÎTRE, UN POLYGAME !
- Madame Weasley, intervint vivement Pénélope Deauclaire. Même si je partage votre sentiment, je vous prierai de vous contenir !
- Je ... je ... Excusez-moi, je ... me suis laissé emporter. Je ...
- Je comprends, mais je vous demanderai de rester calme, dans la mesure du possible. Nul doute que vous trouverez un moyen de régler cette ... situation plus tard.
Hermione acquiesça silencieusement, mais sa posture promettait une dispute homérique dès qu'elle pourrait mettre la main sur son prétendu époux.
- Vous avez déclaré « aller les voir ». Qu'en est-il de votre situation familiale dans le monde moldu ?
- Je ... nous ... avons ... six enfants, déglutit difficilement le roux.
- Six ? hoqueta Watson qui fixait désormais Ron avec un air ahuri.
- Développez, insista Théo, qui lui regardait Hermione avec commisération, sachant que les nouvelles déclarations ne feraient que la blesser d'avantage.
- Je ... Ronalda est née le 14 février 2001. RJ, pour Ronald Junior, l'a suivie le 25 avril 2005. Abélard et Fénimore sont venus au monde le 6 juin 2008 et les jumelles, Plectrude et Pélagie, le 29 novembre 2011.
Quelques ricanements se firent entendre à l'entente des prénoms choisis mais furent étouffés par les sanglots d'Hermione. L'ironie du sort voulait que chaque date corresponde pour elle à un évènement particulier, représentant ainsi un véritable coup de couteau dans le cœur. Le 14 février était sa date de mariage, le 25 avril était celle de la naissance de sa fille et la naissance des jumeaux correspondait à celle de son propre fils.
- Vos enfants ont-ils reçu leur lettre de Poudlard ?
- Heu ... on ne vou ..., s'étrangla Ronald.
- N'essayez pas de mentir, Auror Weasley, cela ne sert à rien ! le tança Théo.
- Je ... non. Sonttscmol.
- Pardon ?
- Sont tous cracmols, balbutia le roux qui rougit d'embarras, de honte et de colère de devoir reconnaître ce qu'il considérait comme une déficience.
Un lourd silence tomba sur la salle, chacun essayant de digérer les informations.
Dawlish buvait du petit lait. Il était finalement ravi d'avoir été désigné greffier sur cette affaire, pouvant ainsi assister à la déchéance de Weasley. La seule chose regrettable était qu'il était soumis au secret professionnel. Il ne pourrait donc pas profiter de la situation.
Watson semblait abasourdi. Même si, à l'instar de nombre de ses collègues, il n'appréciait pas l'attitude de Ron qui, comme disaient les Moldus, se la jouait, il ne s'attendait pas à la gravité de ce qu'il venait d'apprendre. Comme l'avait déclaré Nott au début de la séance, de telles informations l'auraient disqualifié lors de son engagement si elles avaient été connues. On attendait des Aurors une conduite irréprochable dans tous les domaines.
Deauclaire scrutait Ronald avec une moue de dégoût. Elle avait toujours considéré le cadet des Weasley comme un arriviste, à l'instar de son frère Percy. Elle était sortie quelques temps avec ce dernier avant de se rendre compte de la fatuité et surtout de la vacuité du personnage. Elle plaignait également Hermione d'avoir dû apprendre la trahison de son mari dans de telles circonstances. Si elle le pouvait, elle l'aiderait à se venger. Au vu des informations qu'ils venaient d'entendre, elle craignait la suite de l'audience qui s'attarderait plus sur le côté professionnel.
Gawain Robards fulminait. Il n'avait jamais compris la propension de Potter a toujours vouloir protéger les manquements de son ami. Pour lui, l'intégration de Weasley dans le corps des Aurors était une erreur monumentale et la situation actuelle lui donnait raison. De son point de vue, cette « caricature » d'homme apportait le déshonneur sur toute leur profession, de par sa paresse, son laxisme et son insubordination. Et dire que cet opportuniste avait été décoré de l'Ordre de Merlin pour ses hauts faits. Il doutait maintenant de leur véracité. Avec un ricanement, il se rappela qu'il était d'ores et déjà condamné à 6 mois d'emprisonnement à Azkaban, ce qui lui retirerait officiellement ce titre honorifique. Sans compter que l'audience allait seulement aborder le volet professionnel et avec Théodore Nott à la manœuvre, le résultat ne serait pas beau à voir.
Avec un soupir, il se dit qu'il était dommage que les Détraqueurs ne soient plus les gardiens de la tristement célèbre prison. Après la mort de Celui-dont-on-ne-devait-pas-prononcer-le-Nom, le Ministère avait décidé de se passer de leurs services – trop versatiles et incontrôlables, avait-on jugé à l'époque. Ils avaient été remplacés par des suppresseurs de magie qui produisaient le même effet de désespoir sur les prisonniers. Weasley allait goûter à ce traitement sous peu.
Harry était raide sur sa chaise, ses poings se fermant convulsivement, prêt à agripper sa baguette. Il hésitait sur la conduite à tenir. Il était à deux doigts de sortir de cette salle en courant pour aller confronter la garce qui avait été sa femme. Avoir la confirmation qu'elle avait elle-même incité son frère à jeter des Oubliettes sur ses fils le faisait enrager. Merlin seul savait jusqu'à quelles extrémités elle aurait pu en arriver.
Contraint de se contenir, Il fixait avec hargne le dos de son soi-disant meilleur ami, rêvant de le tailler en petits morceaux. Une fois encore, sa jalousie avait dicté sa ligne de conduite. Il n'avait même pas eu pitié de ses neveux. Et cette histoire selon laquelle il était en réalité à la source de toutes les victoires d'Harry l'avait abasourdi. Cet abruti avait vraiment réécrit l'histoire à sa manière. Et le pire était que comme il avait parlé sous l'action du Cercle de Vérité, cela signifiait qu'il s'agissait pour lui d'une réalité tangible. Était-il à ce point mythomane ? Pouvait-on encore considéré qu'il était sain d'esprit ?
Il se força à prendre plusieurs respirations pour tenter de se calmer. Ses yeux glissèrent sur Hermione dont les épaules voûtées tressautaient légèrement sous l'action d'un chagrin réprimé. Sentant le poids de son regard, elle releva la tête. Ils se fixèrent un long moment, semblant échanger du réconfort par ce simple lien, tous deux trahis par leurs conjoints. Heureusement que tous les participants à l'audience étaient soumis au secret professionnel.
La même pensée sembla les traverser soudain. Leurs yeux parcoururent la salle frénétiquement, observant avec attention les recoins plus sombres, les anfractuosités dans le bois ou le plâtre. Ils recherchaient le Cafard. Bien que nombre d'étages du Ministère soient protégés contre les animagi ou les appareils d'enregistrement, Skeeter était d'une efficacité redoutable pour déterrer les affaires juteuses. Même s'ils n'avaient rien trouvé, ils étaient tous deux certains que cela ne resterait pas sous silence. Un détenteur de l'Ordre de Merlin enfermé à Azkaban ne passerait pas inaperçu face à cette fouineuse professionnelle. Un même soupir de désespoir franchit leurs lèvres à cette constatation.
- Bien, reprit Pénélope. Maintenant que les faits concernant les évènements du 8 novembre dernier sont établis et que nous avons eu par la même occasion un aperçu de la ... moralité de Monsieur Weasley, je crois que nous pouvons passer au volet professionnel. Cela apportera peut-être quelques raisons de mansuétude, continua-t-elle, le doute clairement audible.
- Je crains que cela ne soit pas le cas, Madame la Présidente, répondit Théodore. Comme je l'ai indiqué lors de l'introduction, il y a de nombreuses affaires qui semblent avoir été ... couvertes.
- C'est-à-dire ?
- Les manquements n'ont jamais remis en cause les résultats des missions, mais il y a eu des incidents mineurs, des blessures légères, ...
- Et quelles ont été les conséquences ?
- Quasiment inexistantes. Quelques notes éparses dans le dossier.
- Vous semblez désapprouver ? interrogea Robards, une lueur d'anticipation dans les yeux.
- C'est plutôt que je trouve cela étrange. J'ai compulsé quelques dossiers d'Aurors remerciés et les blâmes étaient bien moins nombreux que dans celui de Monsieur Weasley.
Un ricanement peu discret retentit dans la salle et tous les yeux se tournèrent vers Dawlish qui rougit d'embarras. Gawain Robards le fusilla du regard.
- Auror Dawlish, vous n'êtes là que pour veiller à la prise de notes. Je vous prierai d'éviter toute interaction quelle qu'elle soit.
- Veuillez m'excuser, Monsieur.
- Reprenons, demanda Pénélope.
- Durant les 7 premières années, les blâmes sont identiques à ceux que l'on retrouve dans tous les dossiers : retard de remise de rapport, quelques insubordinations et maladresses sur le terrain. Des erreurs habituelles pour de jeunes Aurors débutants.
- Pourquoi précisez-vous les 7 premières années ? demanda Robards, qui pourtant connaissait la réponse.
- Le comportement de Weasley a changé à partir de 2007, moment de la nomination de Harry Potter au poste de Chef des Aurors. Il semble que Monsieur Weasley se soit attribué une place de ... co-dirigeant. Il se permet d'arriver en retard, de partir avant l'heure ou de s'absenter sans explications. Ses horaires sont vérifiables en croisant le tableau de service avec le système de détections de présence de baguettes du Ministère. Il a également commencé à contester les ordres des chefs d'équipe sur le terrain, faisant prendre des risques inutiles à ses collègues.
- C'est-à-dire ? Avez-vous des exemples précis ?
- J'ai pointé quelques situations qui auraient pu connaître une issue dramatique. La plus emblématique s'est produite en juin 2008. L'Auror Weasley a modifié les ordres reçus, prétextant qu'il était un maître en stratégie et que l'intervention nécessitait une réaction plus musclée, au risque de s'enliser.
- De quoi s'agissait-il ?
- Une prise d'otages. Un homme trompé par sa femme et son meilleur ami. Il les a séquestrés dans un appartement au-dessus d'un commerce du Chemin de Traverse. Le chef d'intervention voulait calmer l'homme en douceur. Weasley n'était pas de cet avis. Il a entraîné son co-équipier et a fait exploser la fenêtre qui donnait sur une cour arrière. Les bouts de verre et éclats de bois ont blessé les trois occupants, crevant un œil à la jeune femme – heureusement, les médicomages ont pu y remédier. La puissance du Bombarda a également affaibli la structure de l'immeuble qui a dû être évacué pour rénovation. L'apothicaire du rez-de-chaussée a été contraint de fermer pendant une semaine causant une perte financière, sans compter les pertes de marchandises qui ont été contaminées.
- Mmm, je vois. D'autres cas ? demanda Deauclaire.
- En septembre 2010, l'Auror Weasley a saboté une mission d'infiltration.
- QUOI ? éructa Ron. SALOPARD DE SERP...
Un bang sonore retentit. Robards s'était levé et pointait sa baguette sur son ancien subordonné. Ce dernier ouvrait et fermait la bouche comme un strangulot sorti de l'eau.
- Puisque vous êtes incapable de la fermer, vous ne me laisser d'autre choix qu'un bon vieux Silencio, déclara Gawain avec un rictus satisfait. Monsieur Nott, continuez.
- Je disais donc qu'en raison de son inconséquence, une mission d'infiltration a failli provoquer la mort de l'Auror Rickman. L'Auror Weasley a été entendu au Chaudron Baveur se vantant d'avoir mis sur pied un plan visant à démanteler un réseau de potions frelatées. Il a donné nombre de détails sur l'opération et a révélé le nom de couverture de l'agent infiltré.
- Il n'y a pas eu de poursuites à son encontre ? s'indigna Pénélope qui scrutait déjà Harry.
- Bien sûr que si, le Chef Potter a mené une enquête minutieuse et a interrogé divers témoins ainsi que l'Auror Weasley. Des examens poussés ont révélé la présence de Potion de Confiance dans son organisme, ce qui l'aurait incité apparemment à parler.
- Il a donc été mis hors de cause. Pourquoi soulevez-vous ce cas ?
- Parce que suite à des études récentes, on peut désormais mesurer clairement le taux d'absorption de la plume de jobarbille, l'un des ingrédients principaux de cette concoction, ce qui était impossible à cette époque. D'après l'échantillon de sang conservé, il s'avère que la potion n'a pu être ingérée qu'après les évènements. L'Auror Weasley ne pouvait donc pas être sous son influence.
- Vous voulez dire que Weasley aurait volontairement manipulé des preuves ? s'indigna Watson.
- C'est la seule explication logique. De plus, certains éléments de l'enquête font envisager une manipulation.
- Donc, il a mis son collègue en danger juste pour se faire mousser devant un parterre de soulards, constata Watson avec dégoût. Je me souviens que Rickman a été sévèrement battu et torturé lorsqu'il a été découvert. Il a quitté le service juste après. C'était l'un de nos meilleurs Aurors.
Un lourd silence tomba sur la salle. Harry s'était crispé en entendant la suspicion dans la voix de la présidente, repassant tout le dossier en revue, cherchant où il avait pu faire une erreur. La réponse de Nott l'avait partiellement soulagé, tout en l'inquiétant davantage encore. Maintenant, il se demandait ce que l'ancien Serpentard avait découvert et à quel point Ron avait pu se montrer retors.
- Monsieur Nott, intervint Robards, vous parlez de ... manipulation ? De quoi s'agit-il ?
- Le lendemain de cette révélation, Weasley a été convoqué par le Chef des Aurors lors de sa prise de service. Il ressort du rapport qu'il a lui-même demandé à être soumis à des tests, déclarant qu'il s'était montré « étonnamment confiant » durant la soirée.
- Ce point semble vous déranger, déclara Pénélope, perdue par les explications de l'enquêteur.
- Le matin même, Weasley s'est présenté à Sainte-Mangouste sous prétexte de soigner son arachnophobie.
- Quel est le rapport avec l'affaire ? demanda Brian Watson.
- La plupart des psychomages utilisent des Potions de Confiance pour amener leurs patients à se détendre puis à entrer en contact avec l'objet de leur peur. Weasley n'est même pas allé au bout de la première séance. Il a quitté précipitamment le bureau dix minutes après l'absorption de la potion et n'est plus jamais revenu.
La salle plongea une nouvelle fois dans un mutisme assourdissant. Harry s'était redressé, prêt à sauter par-dessus la table pour aller étrangler le manipulateur.
- Espèce de salopard ! Je vais t'étr...
- MONSIEUR POTTER ! cingla Robards, qui donnait lui-même l'impression d'avoir du mal à se contenir. Même si je partage votre opinion, vous êtes dans une salle d'audience. Contenez-vous !
- Je ... Je suis désolé. Je ...
- Nous vous comprenons, Monsieur Potter, intervint Deauclaire. Et soyez sûr que les sanctions seront exemplaires. Maintenant, Monsieur Robards, vous pourriez peut-être lever votre sort pour que nous puissions interroger ce ... cet homme.
Gawain acquiesça avec une grimace réticente. Il aurait bien voulu envoyer un tout autre sortilège à cette espèce de pourriture de Ciseburine. Sur un geste de la Présidente, Théodore reprit l'interrogatoire.
- Monsieur Weasley, pourriez-vous nous donner votre version des faits ?
- Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? tergiversa le roux.
- Pourquoi avez-vous dévoilé volontairement et en public les détails de l'opération ?
- Je n'ai pas ... commença-t-il avant de s'étrangler, l'aura noire l'entourant subitement. Je ... C'ÉTAIT MON AFFAIRE ! J'AI TRIMÉ SUR CETTE ENQUÊTE POUR POUVOIR IDENTIFIER LES MEMBRES DE CE RÉSEAU ET AU MOMENT OÙ ON SE DÉCIDE ENFIN À L'INFILTRER, ON ME MET DE CÔTÉ !
- Il est inutile de hurler, Monsieur Weasley, répondit Nott avec un calme tellement glacial que le roux s'affaissa sur sa chaise. Savez-vous pourquoi le Chef Potter a préféré envoyer l'Auror Rickman en infiltration.
- ... pré...du trcnu, murmura Ronald en baissant les yeux.
- Je crois pouvoir déchiffrer qu'il a estimé que vous étiez trop connu pour pouvoir vous infiltrer ?
- Ouais, c'est qu'il a prétendu ! Mais c'est à ça que sert le Polynectar non ? Et les Glamours ? marmona-t-il.
- Justement non. Le Polynectar ne peut être utilisé à long terme et les Glamours sont toujours susceptibles d'être brisés. La décision du Chef Potter était tout à fait justifiée. Sans compter que l'Auror Rickman avait une grande expérience dans ce type de mission.
- Ouais c'est ça ! grinça le rouquin, énervant d'autant plus l'assistance par son entêtement.
- Pourquoi avoir pris un rendez-vous d'urgence le lendemain ?
- J'ai peur des araignées. J'ai bien le droit de me soigner non ?
- Vous n'avez cependant pas suivi la thérapie jusqu'au bout ? Aviez-vous une autre raison d'agir ?
- N... Je ...
- Monsieur Weasley, intervint Pénélope avec lassitude. Combien de fois devrons-nous encore vous signaler qu'il est inutile d'essayer de mentir. Le Cercle vous en empêchera toujours et le fera savoir. Je vous avertis, à chaque nouvelle tentative, vous aggraverez votre sanction. Votre situation n'est déjà pas brillante donc je vous conseille de coopérer pleinement à partir de maintenant.
- ...
- EST-CE QUE C'EST COMPRIS, WEASLEY ? Tonna Robards.
- ... Oui ... Monsieur.
- Donc, répondez à la question de Monsieur Nott. Aviez-vous une autre raison de demander un rendez-vous en urgence chez le psychomage ?
- Je ... Je m'étais renseigné sur les procédures de soins. Je savais qu'ils administraient des Potions de Confiance pour mon type de phobie, ânonna Ron.
- Donc, vous avez planifié de dévoiler l'opération d'infiltration, sachant qu'une enquête serait ouverte immédiatement. Vous avez vous-même proposé de vous soumettre à des examens, en prétextant avoir été « étonnamment confiant », selon vos propres termes, vous arrangeant pour absorber une concoction dont vous saviez que les effets vous apporteraient un alibi. Est-ce que je me trompe ? insista Nott.
- Je ... N... Non. C'était mon affaire, tenta-t-il de se justifier pitoyablement.
- Donc, par fierté mal placée, vous n'avez pas hésité à jouer avec la vie de votre collègue.
Ron ne prit pas la peine de répondre, les déductions de Théodore Nott étant inattaquables.
- Juste pour votre information, Monsieur Weasley, reprit l'ancien Serpentard, sachez que votre contribution à cette mission était des plus élogieuses, avec la mention qu'il était regrettable, de par votre « célébrité », que vous n'ayez pas pu la mener à bien.
Weasley rougit violemment et certains se demandèrent si c'était en réaction à l'éloge implicite ou à la culpabilité. Pour Harry qui ne se faisait plus d'illusions, il était certain que Ron n'avait entendu que le compliment et s'en enorgueillissait. Hermione semblait partager le même avis puisqu'elle scrutait son époux avec un mélange de répulsion et de fascination incrédule.
- Avez-vous d'autres exemples à nous présenter, monsieur Nott ? demanda Brian Watson d'une voix fatiguée.
- Il y a plusieurs autres cas qui ne feraient que l'enfoncer davantage dans le Chaudron, Monsieur Watson. Ils sont tous détaillés dans le rapport d'enquête. Je me suis ... permis de dégager ces deux-là parce qu'ils étaient les plus représentatifs du comportement arrogant de Monsieur Weasley.
- Bien, je crois qu'il est inutile de poursuivre ces débats plus longtemps dans ce cas. Monsieur Weasley, l'interpella Pénélope Deauclaire, avez-vous quelque chose à dire ?
- Toute cette histoire n'est qu'une con...
- WEASLEY ! cria une nouvelle fois Robards. Si vous n'avez rien de constructif à dire, vous feriez mieux de la fermer !
- ...
- Bien ! Vu la gravité des actes qui vous sont reprochés, nous n'avons pas d'autre choix que de vous inculper, reprit la vice-présidente du Département de la Justice Magique. Rien que l'utilisation de sortilèges sur des sorciers mineurs vous vaut déjà quelques années à Azkaban. Cette sentence sera aggravée par les faits dévoilés par l'enquête de Monsieur Nott et par les motivations qui les ont expliqués.
Aux mots de la présidente, Dawlish se leva pour ouvrir la porte dérobée. Il interpella les Aurors de garde qui pénétrèrent dans la pièce. Stewart et Frakes ouvrirent de grands yeux en apercevant les personnes regroupées dans la salle.
- Messieurs, les interpella Gawain Robards, veuillez emmener cet homme immédiatement à Azkaban.
Tandis que les deux hommes encadraient un Ronald figé d'incompréhension, Pénélope reprit.
- Monsieur Weasley, vous avez déjà été condamné à 6 mois de prison pour outrage à la Commission. Nous vous remettrons notre verdict sous quinzaine. Nous conserverons votre baguette jusqu'à ce jour, où il est plus que probable qu'elle sera brisée devant témoins, selon nos lois en raison de la gravité des accusations qui pèsent sur vous. Au vu des révélations entendues sur votre moralité, sachez que votre Ordre de Merlin est d'ores et déjà annulé.
Sur cette sentence, Pénélope se leva, suivie de Robards et Watson, pour quitter la pièce. Frakes et Stewart empoignèrent les bras de Ronald qui semblait en état de choc. Il les suivit sans même un regard pour Hermione. Au moment où la porte se refermait, Harry et elle l'entendirent murmurer une question : « Et ma pauvre Lavande ? ».
TBC…
