2.
Après les fastes et les dispendieuses dépenses à la gloire de la Coalition Gaïa, cela avait été dans le calme et même le secret d'un salon privé que l'Amirale de la Flotte avait retrouvé Grop le Grand Maître.
- Je suis à vos ordres.
- Comme vous l'avez toujours été, fit Grid. Et je constate que cinq ans de traque n'ont en rien émoussé votre détermination.
- Et je poursuivrai tant que j'aurai un souffle de vie ! Les pirates doivent être éradiqués, surtout certains d'entre eux ! Cet Arcadia et son capitaine ont fait bien trop de mal à Gaïa.
- Mais nous nous sommes relevés, se rengorgea le Grand Maître du Conseil. La Coalition est plus grande et forte que jamais. Nous allons en effet rétablir l'ordre dans les galaxies ! Et nous débuterons très bientôt notre réinstallation sur Terre !
- J'approuve ces projets, fit Mirelmas. Je ferai en sorte qu'ils soient en sécurité.
- C'est bien là votre mission, Amirale. Gaïa compte sur vous.
Mirelmas claqua des talons tout en saluant de la plus rigide des manières.
Après les mois de flottement qui avaient suivi l'inexpliquée dévastation du parlement – car la vérité était bien demeurée juste connue d'un cercle restreint – la Coalition avait connu quelques revers car les rumeurs évoquant un attentat pirate, des poches de révolte s'étaient manifestées, provoquant des troubles.
Mais les escarmouches n'avaient pas fait long feu et les sursauts avaient été étouffés dans l'œuf.
Les arrestations avaient été largement répercutées, les procès médiatisés au possible, ainsi que le rendu de la sentence et l'envoi aux divers pénitenciers.
Et si, discrètement au final, le sabotage attribué aux pirates, ainsi que la miraculeuse renaissance de la Terre, les réjouissances étaient effectivement retombées d'elles-mêmes puisque rien n'avait suivi.
D'ailleurs après le tapage médiatique, les médias n'avaient pu rapporter aucun fait de bataille gagnant contre les fauteurs de troubles.
Une une pesante routine était revenue au travers des colonies de la Coalition Gaïa, rythmée par la reconstruction d'un parlement plus colossal que jamais.
Et comme il fallait s'y attendre, les pirates avaient été relégués aux oubliettes – ce qui peut-être était ce qu'ils espéraient le plus !
Slalomant entre des espèces d'icebergs dérivants à travers l'espace, le vaisseau battant pavillon pirate fonçait à pleine vitesse, ce qui lui faisait en percuter certains. Mais le bâtiment ne paraissait en avoir cure, les déchirures se résorbant en effet rapidement sans mettre un instant en péril l'équipage qui l'occupait.
Arrivé de nuit, cela avait été le vacarme des réacteurs qui avaient réveillé les indigènes, les tirant un peu affolés de leurs lits.
Et de fait, le drapeau noir frappé du crâne et des tibias croisés avait à la fois rassuré et inquiété.
En peignoir mais pieds nus, Eclytho s'était avancée vers la silhouette de noir et de rouge, la cape battant au vent, la faible lune se reflétant sur les broches de métal du grand col de la tenue.
- Bienvenue à Nibel, capitaine Alphang !
Bien que l'obscurité soit totale, des jus de fruits et de légumes avaient été rapidement pressés pour souhaiter la bienvenue aux visiteurs.
- Cela commençait à faire très long, fit doucement Eclytho.
- J'ai eu beaucoup à faire, s'excusa un jeune homme à la crinière d'or roux, aux prunelles d'un doux vert prairie.
- Je n'en doute pas. Mais comprends aussi nos angoisses, jeune capitaine. Quand on est en sursis, le temps paraît très long !
- J'ai vécu la même chose, des années durant. Et je le vis encore aujourd'hui. Et il y a encore tant à faire ! Le parlement a été abattu, mais rien n'a été réellement gagné…
- Je ne l'ignore pas, reprit la leadeuse de la colonie des clones de Nibelungen. Mon esprit se connecte parfois à celui de Mimee. Et sans rien trahir pour ta sécurité, elle me raconte. A présent, détends-toi, Alphang. Ta chambre et ton lit sont prêts. Ce soir, tu dormiras sur un sol ferme !
Et le jeune homme eut un large sourire.
