3.
Au petit déjeuner, jus de fruits et de légumes avaient rafraîchi Alphang, avant que quelques tranches de viande ne lui soient servies avec ses œufs.
- De la viande ? s'était en effet surpris le jeune homme. Mais vous ne vous nourrissez que d'alcool et de végétaux ! ?
- C'est de la viande végétale. Mais pour vous, humains carnivores, cela a l'aspect de muscle et de la saveur animale. Tu as aimé ?
- C'était succulent, surtout avec cette sauce aux herbes. Mais je crois que je damnerais mon âme pour une grillade bien saignante !
- Alphie !
- J'avoue, je suis tenté par ces mets végétaux. Ils ont leur saveur. D'ailleurs vu que je suis le seul à bord, avec Yama, à avoir des besoins de nourriture, et qu'on a peu d'argent, on doit se contenter de ce que l'on peut monnayer sur divers marchés, et les légumes sont désormais bien moins chers que la viande ! Le régime de Mimee, sans la viande, me convient.
Alphang repoussa son assiette de flocons de céréales.
- Les Irdeps sont venus Ici ? Mais ce sont des espèces d'esquimaux arriérés ! Sans offense, car pour moi tirer des flèches sur un visiteur… Mais je ne jugerai jamais un peuple indigène sur une simple vue, des présomptions, et même le mal qu'ils ont pu me faire ! J'ai entendu leurs pensées. Je leur ai fait une promesse. Et je tiens à tenir. Mais comment ont-ils pu être dans votre sorte de conseil, Eclytho ?
- La technologie des Irdeps devance et de très loin, celle de Gaïa, la Coalition, mais ils préfèrent tout comme nous la proximité du sol natal ! expliqua la leadeuse de la colonie des clones de Nibelungen. Mais là, pour notre entretien d'il y a quelques temps ton retour, ce fut par projection astrale. Les Irdeps sont acculés par le gel mortel… Ils espèrent encore en ta promesse, mais ils ne savent pas quoi faire… Es-tu revenu avec une solution, capitaine Alphang ?
- Oui… et non. Je peux encore avoir un peu de lait ?
- Je vais faire aller traire un bol à la chèvre.
- Merci, quel régal !
Mais d'un geste, Alphang arrêta la Nibelungen sur le seuil de la salle à manger de la maison de terre et de feuilles.
- Les Irdeps, ils peuvent revenir sur projection astrale, où je dois risquer une autre flèche dans le cœur ?
- Risque !
- Formi…
Toujours aussi monstrueux et fantasmagorique, l'Arcadia avait poursuivi son vol à travers les étoiles, jusqu'à Jorff la planète de glace où vivaient les Irdeps.
Kei et Yattaran s'étaient rapprochés de leur jeune capitaine à la chevelure d'or roux.
- Tu ne peux pas y aller seul ! protestèrent les deux lieutenants du vaisseau gothique.
- Ils m'attendent, mais plus comme la dernière fois. Ils ne vont pas me tirer dessus !
- Tu es sûr… ? grogna Yattaran.
- …
Et sur cette absence de réponse, Alphang tourna les talons et quitta la passerelle.
- Toshiro, ma navette !
- Elle est prête.
- Merci.
Chaudement emmitouflé, Alphang était revenu sur le sol de la planète de glace, avec, en dépit de ses propos, des appréhensions, se souvenant que la première et dernière fois, il avait été rapatrié sur l'Arcadia, une pointe de flèche dans le cœur, pour hospitalisation et convalescence lourdes.
- Heu, je suis là ! jeta-t-il néanmoins en agitant la main.
- Bienvenue, fit Rumig en jaillissant, au propre comme au figuré, d'un puit de glace. Nous ne t'espérions plus… Mais nous avions foi en toi !
- J'ai cru moi aussi que je devais revenir dès la Terre ranimée. Mais je me suis trompé. Et encore plus sur le fait que la Coalition Gaïa a des projets pires qu'à l'époque de ma naissance… J'ai beaucoup de fronts à mener… Mais pour vous, j'ai dû parcourir la mer d'étoiles pour ramener les seuls êtres capables de faire reculer la glace et tout faire fondre !
Le visage ridé, parcheminé, de Rumig se fendit d'un sourire.
- Des dragons !
- Oui. Barok n'est pas le seul à avoir fait la jonction avec ma lignée familiale. Il m'a promis des découvertes. Et ce fut le cas. Cela m'a pris cinq ans, d'où mon absence. Mais j'ai ramené une troupe de cracheurs de feu. Ils vont s'unir et sauver la planète, et vous aussi, Rumig, ainsi que tous les Irdeps !
- Merci…
Rumig fronça les sourcils.
- Et votre père ?
- Il est mort !
