4.
- Nous t'avons tiré dessus, jeune humain. Nous avons du mal à communiquer avec l'extérieur. Nous sommes isolés…
- ça n'excuse rien ! siffla Alphang, du sang remontant dans sa gorge.
- Nous ne savions pas quoi faire…
- Vous m'avez tiré une flèche dans la poitrine !
- Ton manteau et ton gilet de protection t'ont protégé. Même si ça t'a envoyé au bloc opératoire, tu n'avais pas une blessure grave, encore moins mortelle.
- Ms amis l'ignoraient. Ils auraient pu tout dévaster, en représailles de réflexe.
- Oups…
- Que me voulez-vous ?
- Aude-nous !
Alphang s'étira.
- Il fait chaud !
Rumig eut un sourire, débarrassé de ses épaisseurs de fourrure, la mine parcheminée et ridée, les yeux aux paupières tombantes par l'âge, la bouche aux coins des lèvres légèrement tremblants.
- Ma planète revit ! Tu as tenu ta parole ! Je ne l'espérais plus… Aucun de nous n'y croyait… On pensait…
- Je suis parti, si longtemps. Mais il fallait mes alliés aux cœurs de feu ! Barok m'a guidé, jusqu'à chaque dragon ! Et ils se sont positionnés aux pôles stratégiques Les glaces ont fondu. Et elles ne reviendront pas. En revanche, j'ignore comment maintenir le temps tempéré…
Barok, le grand dragon écarlate avait replié ses ailes, se posant, grognant et avançant le museau vers son petit ami humain.
- Mais tu as déjà tout fait ! rectifia le dragon. Nous avons fait fondre la glace. Mais c'est ta Matière Dorée qui nourrit cette planète, et la rend viable, pour l'éternité !
- J'ai fait ça ?
Le dragon opina du chef.
- Bien sûr ! Tout comme tu as rendu la fertilité à la Terre !
- Je vais devoir aller m'en assurer…
- Tu restes ? proposa Rumig, le petit chef des Irdeps. On a de la viande boucanée et on peut réchauffer quelques légumes congelés ?
- J'accepte votre hospitalité avec plaisir. Mais juste pour un repas. L'espace m'attend. J'ai des obligations, envers de véritables ennemis. J'apprécie. On mange quand ?
Au signal d'appel, Yattaran s'était précipité, inquiet et en colère d'avoir été mis de côté depuis le départ de Nibel.
- Tu vas bien, capitaine Alphang ?
- Je suis avec des amis. Je me suis bien restauré. Nous avons à repartir… Il reste tant à faire ! Il reste tout à faire… Et nous ne pouvons compter sur mon père. Retournons à bord, Yatt'. Merci d'être venu me chercher.
- Comme si nous allions laisser notre seul capitaine ! Je sens Mimee inquiète, je ne sais pourquoi, et ça me panique plus que son flegme habituel ! Oui, à tes ordres, et vite !
- Non, cela va être encore long…
- Quel cap, capitaine ?
- La Terre !
Kei, toute de cuir rose vêtue, les jambes moulées de hautes bottes noires, eut un énième sursaut à la vue de l'irruption de son capitaine sur la passerelle : cape, cuir, combinaison renforcée de plaques de métal doré.
- Alphang…
- Je ne suis pas mon père, je sais ! Et cap vers la Terre !
- Nous sommes en route. Yattaran m'a transmis les ordres. Mais, puis-je demander pourquoi ?
- Je veux voir ce qu'on l'appelle « mon œuvre ». Et puis, si le pire de la Coalition Gaïa doit revenir, et non le peuple qui y a le plus et le seul droit, je dois le constater…
Kei se rapprocha du grand fauteuil en bois sculpté de son jeune capitaine.
- Tu as ranimé la Terre, Alphang. Tu ne peux réguler la population qui pourrait y retourner !
- Tout, sauf le Conseil de Gaïa ! siffla Alphang. La Terre est aux simples personnes, pas à une pseudo élite ! Et tout comme mon père, je me battrai pour cela ! Il m'a passé le flambeau et je ne démériterai pas !
- Ton père… glissa Yattaran.
- Mon père chérit Nami, il va me donner un petit frère ou une petite sœur ! Il m'a confié l'Arcadia, et je vais en être digne !
- Nous sommes tous là pour toi, assurèrent les pirates présents sur la passerelle.
Et sans un regard pour autre chose que la grande barre en bois, Alphang la fit tourner, sachant exactement où diriger le monstrueux vaisseau, son cuirassé !
