8.

La navette intergalactique était passée sous le ventre de l'Arcadia, s'était engouffrée dans le sas ouvert et posée sur le pont d'envol.

Une fois la pression et l'oxygène revenus, le visiteur avait posé les pieds sur le sol du cuirassé gothique.

- Bienvenue à bord, capitaine Albator ! fit Yattaran. Et félicitations pour la petite Miosoti !

- Merci. Nous nous réjouirons quand la famille sera réunie ! grommela le grand pirate balafré, version juste un peu plus âgée que son fils à la crinière d'or roux. Raconte-moi ce qu'il s'est passé ? intima-t-il. Alphie avait pris de la bouteille, il ne se serait pas laissé prendre au premier piège venu !

- Voilà pourquoi l'Amirale avait bien peaufiné son plan ! maugréa Yattaran, emboîtant le pas à son capitaine Sénior qui avançait à grands pas jusqu'à ses appartements.

Avec l'habitude et un sourire de réconfort, Mimee avait servi un grand verre de vin au premier de ses capitaines.

- On va te récupérer ton petit. Ce ne serait pas la première fois. Et sans vouloir insulter celui qui est devenu notre ami, Mirelmas Rengsdorp lui est supérieure dans le raffinement cruel !

- En effet, je ne pensais pas le dire aussi un jour, convint Albator. On a perdu Kei… et Alphang. C'est inadmissible !

- On a été trahis…

- C'était prévisible ! Et Alphang le devinait forcément ! tonitrua encore Albator.

- Il le savait, rectifia Yattaran. Nous le savions tous, mais en ignorant qui. Mais jamais nous n'aurions imaginé…

- Raconte ! siffla Albator.

Yattaran soupira puis se lança devant la prunelle étincelante de son interlocuteur.

- Alphang et Kei sont partis avec Beebop sur le commercial Cromien une fois les assaillants dispersés. Nous les connaissions. Nous avions réapprovisionné chez eux, pour Alphang, et ils n'aimaient pas la Coalition Gaïa qui a des vues sur leurs greniers à blé justement selon l'expression consacrée ! On ne se méfiait donc pas du pavillon qu'ils battaient ! La mise en scène était parfaite. Car une fois Alphang et Kei à bord, le contact a presque été coupé… Le côté Cromien n'était que de façade, un cargo tuné, un équipage d'acteurs, et tous à la solde de Gaïa ! Mais au vu de l'enregistrement transmis par fierté de défi et de victoire imparable, on a compris. Kei a été séparée d'Alphang pour un prétendu rapport de la situation. Et Alphang est allé en salle des machines avec Beebop pour évaluer les dégâts et l'aide que nous pourrions apporter à des alliés présumés ! Mais Beebop a attaqué Alphang, a usé d'un de ses bras télescopiques pour le saisir à la gorge de sa pince et serrer jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. Ensuite, le cargo a filé plein pot, ses dommages factices !

- Alphang a été ramené à la Cité de Gaïa ? souffla Albator en se jetant, presque pour la première fois de sa vie, sur un verre d'eau !

- Non, à un pénitencier, livré à l'entière discrétion de l'Amirale Rengsdorp !

- Le pire sort possible, soupira Yama en franchissant les portes qu'il venait de forcer, sans s'annoncer. Mon frère est en audio-conférence. Mais il ne peut guère nous aider, car ce nouveau monde a été établi sans qu'il ne soit au courant ! Il sait juste que Mirelmas Rengsdorp est une folle furieuse qu'aucune vision de Mimee ne pourra ramener à de bons sentiments.

- Je devrai donc aller chercher mon fils, et rien ne m'empêchera de reconstituer ma famille !

- Merci, capitaine, se réjouit Yattaran. Sans Alphie et Kei…

- Je suis là. Et je compte entièrement sur toi pour assurer mes arrières !

- Ta confiance m'honore.

Mais à la stupéfaction de Yattaran, ce fut Albator qui s'inclina légèrement en signe de respect pour tous les services rendus.


Serré à la gorge par le bras gauche télescopique de Beebop, incapable de réagir, ne pouvant se résoudre à tirer de sang-froid sur le petit robot, Alphang avait tenté de se dégager, mais privé d'oxygène, il s'était effondré, inconscient.

- Un piège… Pourvu que je n'y aie pas attiré trop de monde… Mirelmas Rengsdorp !

- Et tu peux arrêter de pavoiser, jeune capitaine sans expérience ! se moqua la jeune femme. Tu es entre mes mains, et mon chat à neuf queues !

- Un matou, je le dompterai…

Mirelmas éclata de rire.

- Pauvre ignare ! Mon fouet à neuf mèches ! Et je vais t'éplucher le dos. Mais pas tout de suite. J'ai besoin de public !

- Tu es folle…

- Je suis la meilleure dans mon domaine !

Alphang n'en doutait pas, isolé dans sa cellule, ignorant où il avait pu reprendre conscience, et si on pouvait l'aider, mais pessimiste au possible !