11.

La mine basse, Albator sortit de l'Infirmerie de son Arcadia.

- Capitaine ? jetèrent Kei et Yattaran.

- Alphang a le dos lacéré jusqu'aux os… Il a été martyrisé jusqu'à l'horreur absolue… Et il a perdu tellement de sang…

- Mais et toi, capitaine…

- J'ai encaissé des coups de cet abominable chat à neuf queues, je me remets. On a mis du baume sur mes déchirures… Et le meilleur est de savoir Alphie de retour à bord ! Toi aussi Kei, ainsi que le petit Beebop. Que dit Maji à son sujet ?

- Beebop était à bord avant même ta prise de commandement, expliqua Kei. Il avait un programme parasite jamais détecté, et que Mirelmas Rengsdorp a activé à distance. Beebop a été un traître malgré lui !

- J'en suis soulagé, je l'aime, ce petit robot très utile… Mais bien que nous soyions tous revenus, nous n'avons pas gagné…

- Ce fut trop facile, n'est-ce pas, capitaine ? grogna Yattaran.

Albator inclina la tête de façon positive.

- Limpide même alors que nous nous attendions à une sévère résistance ! Il était évident que Rengsdorp libèrerait la place pour moi… Mais de là à nous permettre de nous replier en toute sécurité, sans qu'on nous arrose de tirs, qu'on puisse sortir Kei et récupérer Beebop…

- Cette lâche avait une trappe de repli au cœur même de sa cour des tortures ! siffla Kei avec une rage rétrospective. Sa garde rapprochée l'a évacuée dès que je suis apparu !

- Je ne comprends pas non plus… Elle m'a sorti de ma retraite en prenant mon fils pour appât. Mais elle ne fait rien ensuite… Cela n'a aucun sens ! Et c'est inquiétant au possible, pour le futur proche… Je ne sais quoi anticiper, je ne sais plus… Et je déteste devoir reconnaître cela, même et surtout devant vous !

- Le petit capitaine Alphang ? s'enquit Kei.

- Doc Zéro l'a bourré d'anti-douleurs, antibiotiques, et autres médocs qui l'ont plongé dans un profond et interminable sommeil.

- Nos ordres ? s'enquirent les deux lieutenants de l'Arcadia.

Albator prit une bonne inspiration.

- Direction la Terre, comme ce fut toujours l'intention de mon fils. Il faut en finir la renaissance, comme il le dit lui-même, bien que je n'y comprenne rien ! La Terre renaît toute seule, depuis que la Matière Dorée l'a inondée ! Pourquoi Alphang voudrait-il y retourner fissa ? De toute façon, c'est compromis au possible !

- Comment cela ? interrogea Yattaran alors que son capitaine Senior avançait à grands pas vers son appartement.

- Nous serons en orbite de la Terre sous peu. Mais Alphang en a pour des semaines à s'en remettre. Il ne sera jamais en état pour son étrange projet…

Kei fronça les sourcils, prenant son capitaine par le poignet, geste intime qu'elle ne s'était jamais permis en plus d'un siècle de service !

- Songe à toi, Albator. Tu as été sévèrement lacéré au dos. Et le baume mettra du temps aussi à cicatriser tes blessures. Tu dois te ménager… Nous n'avons plus que toi !

- On peut voir Alphie ? questionna Yattaran. Je voudrais voir et toucher le petit capitaine, ça me rassurerait ! ?

- Non. Comme j'ai dit, Doc l'a gavé de calmants. Il est très très loin au pays des songes. Et son dos est charcuté de façon indescriptible… Il va mal, très mal…

Sa voix s'étranglant dans une sorte de sanglot, Albator claqua les portes de son appartement au nez de ses lieutenants !

Demeuré seul avec toutes ses douleurs, morale et physique, il s'écroula dans le premier fauteuil venu, appréciant le verre de vin apporté par Mimee.


Egaré dans le brouillard des drogues contre toutes les douleurs de son corps martyrisé, Alphang sourit à la vue de son ami.

- Barok !

- Tu as tant à faire, et si peu de temps… Je me dois de transgresser certaines règles et de t'aider ! La Gaïa de toute éternité doit renaître, tu dois achever le processus.

- Je ne suis pas état…

- D'où ma présence ! Je vais te guérir, Alphang !

- Hein ? De quoi ?

- Je vais régénérer ton dos. Et je vais m'incruster profondément en toi !

- Je ne comprends pas… murmura Alphang. Barok ?

- Je suis ton ami, et je vais tout faire pour toi. Ensuite, le moment venu, tu nous convoqueras, tous, nous les dragons, pour ton plan !

- Merci… Mais là j'ai le dos déchiré, je suis HS pour des semaines !

- Et moi, je suis là pour toi, glissa presque tendrement Barok.

Le grand dragon écarlate fit jaillir ses ailes, irradia de sa puissance, guérissant et régénérant les chairs déchirées de son ami, rétablissant son épiderme, et s'y incrustant en tatouage, à jamais !