13.

En proie à une identique insomnie, cela avait été sans se concerter que le père et le fils s'étaient retrouvés sur la passerelle.

- Tu es soucieux, Alphie.

- Et toi tu es trop euphorique, je pense qu'aucun ici n'en a l'habitude !

- J'ai déjà failli te perdre, deux fois ! Excuse-moi de me réjouir de te savoir là et de pouvoir te serrer dans mes bras et plonger dans tes yeux verts !

Alphang rosit.

- On dirait une véritable déclaration d'amour !

- C'en est une, mon garçon. Je n'ai pas pu profiter de ton enfance, de tes premiers pas de jeune adulte. Je veux tout avoir de toi à présent !

- Merci… Mais moi je ne vois guère de raisons d'être optimiste… Mirelmas Rengsdorp s'est enfuie, de manière lâche on pourrait croire, mais elle nous a surtout laissés filer sans engager la vie des soldats du pénitencier !

- Je sais aussi, reconnut Albator, une main sur l'épaule de son fils, caressant doucement sa nuque du bout de ses doigts. Mais je ne vais pas non plus regretter que mes marins n'y soient pas restés dans cette cour et que Rengsdorp ait pu se satisfaire d'un massacre !

- Tu as raison également, papa. Mais qu'a-t-elle pu préparer pour être si confiante et aller jusqu'à trahir le Conseil de Gaïa en ne saisissant pas sa chance de nous exécuter même de façon aussi peut médiatique ! ?

- Doc Zéro t'a fait passer toute une batterie de tests, plusieurs fois. Pas de mouchard, pas d'implant avec d'autres fonctions, aucun virus à retardement en toi ! Tu es sain, Alphang. Détends-toi un peu. Tu es encore trop jeune pour tous ces soucis. Laisse-les-moi, même si tu es désormais le seul et unique capitaine de l'Arcadia. Je te confie ce monstrueux bébé, mon enfant. Moi, j'ai un véritable bébé à chérir.

- Dire que je n'ai même pas encore pu m'en réjouir avec toi, se désola le jeune homme à la crinière d'or roux. J'espère que tu me pardonneras ?

Albator étreignit les épaules de son fils.

- Mirelmas Rengsdorp ne nous a pas eu, mais elle nous a en effet privés de ces plaisirs familiaux ! Nous nous rattraperons, je te le promets !

- Nami t'attend sur la planète où vous êtes installés, tant que la Terre n'est pas entièrement revenue à la vie. Tu pourras la rejoindre sous peu. Moi, j'ai encore à faire. Et puis, Gaïa à nouveau viable, la Coalition va débouler à fond la caisse, et j'aurai à protéger notre planète d'origine ! L'Arcadia ne peut avoir qu'un seul capitaine à la fois, et je crois que tu as tes dizaines d'années d'errance et d'expérience des combats. Repose-toi un peu, mon papa, et profite de ta famille ! Je viendrai vous retrouver dès que possible !

- Mais, inutile de discuter, Alphie ! Même si tu tiens la barre, je demeure à tes côtés, dommage que nous ne disposions que d'un seul vaisseau… Quoique…

Alphang tressaillit.

- Tu as réussi, papa ?

Albator inclina la tête en signe d'assentiment.

- Ils seront là, Alphang ! Mais ce sera encore insuffisant.

- Faudra faire avec ! gronda Alphang.

Le jeune homme se leva.

- Je n'ai pas encore sommeil bien que je me sente éreinté, la « reconstruction » de Barok a laissé des traces… Mais j'ai à voir un autre compagnon de combats pour que mon âme soit en paix. Je me sentirai entièrement soulagé après !

- Assure Beebop de ma confiance !

- Merci pour lui, papa.


Sa batterie en mode recharge nocturne, les yeux d'or de Beebop s'illuminèrent néanmoins quand Alphang entra dans sa chambre-atelier.

- J'ai appris ce que j'ai fait. Je ne l'ai jamais voulu. Je ne m'en suis même pas rendu compte, sinon j'aurais grillé mes propres circuits !

- Je n'en doute pas, Beebop. Tu n'étais pas responsable de tes actes ! Je ne t'en veux pas.

- Oh, merci !

Alphang flatta tendrement la tête ronde du petit robot rouge et blanc.

- Une fois qu'on aura procédé une dernière fois à tes révisions, tu pourras reprendre ton poste à ce bord, sans entrave ni surveillance.

- Je ne te décevrai plus ! promit Beebop en sautillant presque sur lui-même, vraiment frémissant comme si des émotions le parcouraient.

- Tu m'as pris par surprise, mais je n'ai pas été déçu. Si tu avais failli, tu ne serais plus que pièces détachées dans un atelier de la Cité de Gaïa ! Et nous avons encore beaucoup à faire, Beeb', et j'aurai besoin de toi !

- A tes ordres, capitaine !

Et là ce fut au tour d'Alphang de sourire de toutes ses dents, ravi et soulagé.

Mais il se rembrunit très vite en quittant la pièce.

« Si tu avais un programme parasite en toi, qu'est-ce que Mirelmas Rengsdorp a pu mettre en moi qu'elle ne redoute plus rien ni personne ? ! ».

Mais la fatigue venant d'un coup, il revint à ses appartements et se jeta sur son lit pour s'endormir et finir la nuit dans un bienfaisant repos.