15.
Une poignée de pirates avaient rejoint son capitaine, finissant de déblayer la grotte, créant dans la glace une sorte de piste pour les navettes. En trois jours de travail, de jour comme de nuit, ils avaient mis à jour plusieurs systèmes d'appareillages, et des batteries mobiles avaient été acheminées au sol pour les réactiver.
- Comment peux-tu être sûr de l'authenticité du message ? interrogea Albator. Et surtout, comment Toshiro a-t-il pu le déchiffrer aussi rapidement. Cela datait de plus d'un millénaire, la technologie a évolué !
- Cela m'a surtout également surpris, avoua Alphang.
- Mais celui qui a rédigé le message vocal était intelligent, intervint Toshiro. Il l'a écrit en morse, langage universel, je n'ai eu qu'à le synthétiser vocalement pour qu'Alphang l'entende !
- Et tu as idée de ce à quoi servent ces installations ? reprit Albator.
- D'après mes premières analyses, cela transmute la matière !
- De quoi ? grinça Alphang.
- Prends comme une démonstration involontaire ces animaux transformés en métal, et ayant grandi de façon démesurée, poursuivit Toshiro.
- Ça me donne une idée démentielle, souffla le jeune homme. Barok ?
- Pourquoi pas ? Chacun des dragons est une entité parfaitement autonome, bien que nos esprits puissent se synchroniser. On dirait bien que ces appareillages pourraient nous transformer en autant de vaisseaux de guerre par unité que nous sommes !
- Plus les deux Deathshadow remis en état, on aurait une petite chance de faire illusion face aux troupes de Gaïa, compléta encore Albator en leur barrant le passage vers la Terre. J'étais un peu seul, la dernière fois…
- Cela n'arrivera plus, papa. A présent, au boulot. Et toi et moi, retournons à bord. Nous n'avons aucune compétence technique pour être utiles ici !
Yama était venu au rapport auprès de son capitaine.
- Kei et moi avons réinitialisé les condensateurs du niveau 3. Il n'y aura plus de mauvaise surprise à leur sujet.
- Bonne nouvelle. Pourvu que ça dure.
Alphang croisa les poings sous son menton.
- Je ne comprends pas…
- Quoi donc, Alphie ?
- Voilà à présent près de deux semaines que nous sommes en orbite de la Terre et pas un seul vaisseau de Gaïa, même du plus loin que nos scans-radars peuvent porter ! Pourquoi Mirelmas Rengsdorp ne nous tombe-t-elle pas sur le poil ? !
- Tu t'en plaints ?
- Oui ! rugit Alphang. Ce n'est pas normal du tout ! Ou alors c'est qu'elle estime que nous perdons notre temps ici, que nous risquons plus de faire exploser la montagne que d'en tirer parti et qu'elle n'aura qu'à nous cueillir plus tard !
- C'est aussi une éventualité, admit Yama. Mais je ne saurais opter pour la bonne !
- Voilà bien ce qui me tracasse, poursuivit le jeune capitaine de l'Arcadia. C'est comme si Mirelmas Rengsdorp attendait que, pour certains d'entre nous, on meure de vieillesse !
Alphang se rassit dans son fauteuil, juste au moment où Kei s'annonçait à son appartement.
- Le porte-parole du Conseil de Gaïa vient de s'exprimer au parlement. La Cité coupe les vivres et se désintéresse de ses colonies sur le déclin pour privilégier celles sur des planètes au fort potentiel minéral ou végétal, jeta d'un trait la blonde lieutenante.
- Ils condamnent leurs colonies, c'est d'une cruauté innommable ! se révoltèrent en chœur Alphang et Yama.
Alphang serra les poings.
- Je n'ose imaginer le nombre de décès que cela va entraîner…
- Jamais Gaïa ne s'était abaissée aussi bas, siffla Yama. C'est une honte sans précédent !
- C'est ainsi, soupira Alphang. Nous avons nos propres priorités. Je vous remercie pour vos rapports. A présent, laissez-moi tous les deux, j'ai à faire !
- A tout à l'heure, capitaine.
Mimee leva un sourcil dubitatif.
- Tu vas vraiment transformer les dragons en vaisseaux ?
- C'est bien mon intention. Il semblerait qu'on puisse opérer une première tentative d'ici vingt-quatre heures.
- Je me demande vraiment qui a pu réaliser cette installation, reprit la Nibelungen. Les investigations de Toshiro ont bien démontré que cette technologie n'était pas maîtrisée quand on l'a placée ici.
- Ça, Mulder et Scully ne l'expliquent pas… Sans doute une incursion extra-terrestre à l'insu de ceux de leur époque.
Sans plus un mot, les deux amis continuèrent de savourer leur vin.
