16.
A l'entrée de son fils dans son appartement, Albator tendit la main comme pour refermer rapidement l'ordinateur devant lui mais il interrompit son geste.
- Je te dérange, papa ? s'excusa le jeune homme.
- Non. Je ne m'attendais pas à ce que tu déboules, je te croyais retourné sur Terre.
- J'ai fait un passage éclair. Tout est presque prêt. Si l'on en croit ce que Toshiro a pu sortir des archives de cette installation, les lueurs de l'aube devraient aider, à condition que ce halo de brouillard qui entoure la planète se dissipe un chouya…
- ça j'en doute, mon garçon.
Alphang se rapprocha du bureau. Mais voyant son père se figer légèrement, il se garda bien de suivre son inspiration première, soit contourner la table de travail pour être tout près de lui.
- On s'en passera. Les panneaux solaires que Toshiro a déployé tous ces jours ont accumulé de l'énergie qu'il nous transfèrera pour compenser.
- Je vois que tu as pensé à tout.
- Disons plutôt que j'ai essayé. Toshiro, Yama et Rohg m'ont aidé. Travail collectif, comme toujours. Et toi, tu t'es bien occupé ?
- Oui. J'en ai profité pour discuter avec Nami qui m'a envoyé des photos et vidéos supplémentaires de Myosoti.
Albator marqua un temps d'arrêt que son fils se garda de rompre.
- Dès que tu auras parachevé la renaissance de Gaïa, nous retournons à la maison que Nami et moi occupons. Et tu seras mon témoin pour notre mariage !
- Oh, papa, c'est de cela que tu t'entretenais quand j'ai plongé comme un cheveu dans la soupe ?
Albator inclina positivement la tête.
- C'est Nami qui m'a demandé de l'épouser ! gloussa-t-il néanmoins. Je n'ai aucune idée de cela à quoi cela m'engage, mais comme je ne peux m'imaginer vivre sans elle et notre fille, je pense tenir le bon bout !
- J'en suis certain, assura Alphang. Les félicitations sont donc de mise. Bravo, papa ! Ce que Gaïa n'a pas réussi, Nami l'a fait : te passer la corde au cou !
- Très drôle…
- Je ne voulais pas être vexant, désolé.
- Ce n'était pas ton intention, je n'avais pas à mal le prendre. Et puis je suis trop heureux que pour monter sur mes grands chevaux. Mais tout cela est encore un secret, d'accord, Alphie ?
- Promis, papa !
- Seule Mimee est au courant.
- D'accord.
Albator se leva, son fils venant l'étreindre afin de partager son bonheur.
- Tu as l'air fatigué, remarqua le premier.
- J'ai pas mal de boulot derrière moi. Et ce n'est pas fini. Il me reste plus qu'une dernière chose à accomplir, ensuite je pourrai souffler en attendant que déboulent les flottilles de l'Amirale Mirelmas Rengsdorp pour l'affrontement final !
- Nous serons prêts, autant que nous pouvons le faire. A toi l'Arcadia. A moi mes anciens Deathshadow ! Et Barok supervisera la troupe des dragons spatiaux !
Albator fronça le sourcil.
- L'opération est-elle réversible ? Ils ont le droit de redevenir organiques après le combat !
- Je ne sais pas encore… Barok et tous les dragons ont accepté de prendre ce risque ! Je ne leur en suis que plus reconnaissant ! Mais il faudra qu'ils reprennent leur allure normale, à la fin, je ferai tout pour cela, même si cela doit me prendre le reste de ma vie !
- Ils ont de la chance d'avoir un ami comme toi, sourit Albator.
- Non, c'est moi.
- Tu es un garçon vraiment exceptionnel, Alphang ! Je suis tellement fier de toi !
- Je n'ai aucun mérite, murmura le jeune homme. Je suis ton fils et toutes tes qualités sont en moi, mêlées à celles de Syra ! Je n'ai eu qu'à me laisser guider par les émotions que vous aviez mises en moi.
Alphang soupira.
- Il me reste une nuit sans sommeil avant de savoir si la collaboration à un millénaire de distance peut fonctionner ! Mulder et Scully ont tout fait, à moi d'être digne de l'installation qu'ils m'ont transmise à travers le temps ! Et qui sait, ces deux Terriens du temps jadis permettront peut-être aux exilés que nous sommes de gagner notre avenir ! Quel est ton rêve, papa ?
- Heiligenstadt. Ma ville natale. Celle de tous ceux nés avant toi, Alphie. Tu y as ta place. D'ailleurs Nami, Myosoti, et moi serons ravis de retourner nous y installer, si tant est que cela est possible.
- J'y travaille, papa ! Tu le pourras, je t'en fais le serment !
Alpahng retraversa l'appartement, sur le seuil, il se retourna, saluant impeccablement, à la militaire, son père.
- Je reviens demain pour le déjeuner !
- Je t'attends. Mimee débouchera notre meilleure bouteille. Et si tu ne viens pas, j'irai te chercher par la peau du cou !
- Je serais curieux de voir ça !
- Ne me tente pas !
Les deux hommes rirent, ignorant que rien n'allait se passer comme prévu !
