Ce drabble se déroule durant l'année scolaire durant L'ordre du Phénix. C'est une scène que j'aurais voulu lire dans les livres. Pour moi, étant la fille d'Androméda, elle était proche de Sirius qui l'a vu en partie grandir. Elle le connaissait durant ses "jours heureux".

6. Nymphadora Tonks

Je me trouvais couché sur l'un des canapés miteux du square Grimmaurd comme chaque jours depuis mon évasion. Je crois que le monde aurait pu s'écrouler que je n'aurais pas réagi. Tout ce qui comptait à ce moment était tout ce que j'avais perdu durant ces quinze dernières années. Je me retrouvais à la quarantaine, ayant perdu mes amis un à un durant cette foutue Première Guerre des Sorciers, plus que tout j'avais perdu James et ma relation avec Remus était devenue si distante.

Tandis que je m'enfonçais de plus en plus dans mes souvenirs un peu trop sombres j'entendis appeler mon prénom à plusieurs reprises, suite de quoi l'ignoble portrait de mère se mit à vociférer les insultes habituelles. Je décidais donc de descendre voir ce qui se passait sous le flot d'injures que débitait cette vielle harpie. Arrivé devant ce maudit tableau, je tirais fortement les rideaux en lui crachant de se taire. Une fois le silence installé j'allais ouvrir la porte d'entrée.

J'ouvris le battant sur des cheveux d'un violet intense. J'eu un rictus en voyant ma petite Tonks sur mon palier. J'aimais bien cette petite, elle était si joyeuse et si insouciante. Puis, c'était la fille de ma chère Androméda. Elle lui ressemblait tant. Je me décalais pour la laisser entrer de sa démarche légère presque enfantine. Ce n'était pas une femme mature mais pas une gosse non plus, elle avait ce juste milieu qui me fascinait car autant elle pouvait échafauder des plans dignes des Maraudeurs et garder son sérieux quand il le fallait. Et je l'admirait pour ça car j'en était incapable.

Une fois à la cuisine, on prit place sur les chaises proches de la cheminée. On était en début de Novembre et lee froid s'était vite installé, surtout entre les murs humides de l'ancienne maison des Black. Elle souriait sous sa lourde écharpe en laine. J'eu du mal à le lui retourner et lui offris quelque chose de bien bancale et de faux. Cependant, elle n'en fut pas vexée et m'en tint pas rigueur. J'en fut soulagé et l'en remerciais pour. C'était l'une des rares à ne pas me reprocher mes sautes d'humeurs si violentes. Je m'en voulais de leur faire subir ça. Je n'arrivais pas à contrôler ceci, comme si mon corps refusait de rester calme, et me poussait à extérioriser ce que j'avais pu accumuler durant ces vingt dernières années.

Le silence se prolongeait et je ne savais que faire ou dire pour le briser. Qu'est-ce que je pouvais aborder comme sujet alors que je n'étais qu'un évadé se cachant dans sa maison familiale sans en avoir le droit d'en sortir. Au final, ce fut elle qui le brisa.

« Je ne te demanderais pas comment tu vas, ça serait illogique. T'es enfermé ici alors que tu l'as toujours fuis. Donc je ne pense pas que tu ailles bien...

J'adorais cette enfant pour sa franchise, même si parfois celle-ci pouvait être mal interprétée. Je ne fus pas surpris par ses paroles. Au fond, elle plus que les autres savait qu'est-ce que j'avais enduré, comme Androméda par ailleurs.

— Je me sens en colère d'être là alors que je m'étais promis de ne jamais revenir ici.

— Est-ce que c'est d'être ici qui te met en colère ou juste le fait de t'avoir contredit ?

Tonks était perspicace, peut être même trop pour son bien.

— Je... J'ai l'impression de leur avoir donné raison en revenant. Comme s'ils avaient gagné, Dora. J'ai l'impression qu'ils m'ont eu à mon propre jeu. J'avais seize ans et j'ai hurlé à ma mère que je ne reviendrais jamais ici. Et regarde, j'ai la quarantaine et me voilà ici, enfermé ! Je me sens piégé et je ne sais plus quoi faire...

Elle me regardait avec compassion et compréhension au fur et à mesure que je parlais. J'avais ce sentiment d'être enfin compris.

— Pat', ils n'ont pas gagné. Même si tu es ici, ils n'ont pas gagné car eux ne sont plus là. Alors oui, tu es enfermé et isolé mais tu vois on ne t'a pas oublié. Je ne t'ai pas oublié et maman non plus.

Même si je ne l'avais pas énoncé à haute voix, elle avait compris que je ne supportais plus cette solitude et la distance que les autres avaient imposé avec moi.. J'avais juste l'impression d'être un pestiféré qu'on évitait. Je baissais la tête sous ce qui était pour moi des aveux. Je haïssais montrer mes faiblesses et elle avait mis le doigt dessus. Cousine ou non, je me sentais... Honteux ?

Je n'arrivais même plus à faire le tri dans mes émotions, chose que je détestais. J'aimais avoir le contrôle sur tout et cela me filait entre les doigts. J'entendis le raclement d'une chaise, puis sentis la chaleur du corps de Nymphadora contre le mien. Ses cheveux se mélangeant à ma tignace emmêlée mais elle s'en foutait. Elle était naturelle ma petite métamorphormage. Elle réagissait toujours avec instinct, tout le contraire de ce que pouvait attendre l'éducation fournie par les Black. Cette étreinte était apaisante et réconfortante, comme si cela pouvait me faire oublier l'horreur qui montait au dehors. La guerre, les mangemorts et Voldemort restaient en fond dans mes pensées.

Une désagréable peur pour Tonks prenait place en moi. Elle était une cible potentielle pour eux, elle était une "traitre à son sang". Je la trouvais trop jeune pour prendre part à cette guerre. De toute façon : à quel âge était-on prêt à faire la guerre ? On ne se préparait pas à ça ! C'était ma cousine, de ce fait je trouvais logique le fait de vouloir l'éloigner de tout ce foutoir.

Il y avait eu trop de morts. Et alors pour la première fois depuis le début de ma cavale j'eu un geste de tendresse envers quelqu'un, j'enroulais mes bras autour d'elle et lui rendis son étreinte. Et pour une fois, je profitais de l'instant présent. De cette chaleur humaine, de ce soutien, et surtout de ma petite cousine.