Hey les gens ! Voici un nouveau chapitre !

Je rappelle que le diclaimer est dans le chapitre précédent, et que je suis une flemmarde

Bonne lecture !


Elle avait enfin trouvé le sommeil. Ce n'était pas trop tôt. Cela faisait une heure et demie que Loki attendait qu'Aloïs dorme, afin d'aller la voir. Elle l'avait vraiment perturbé : il se souvenait de son adolescence, aux côtés de Thor, ce frère qu'il haïssait à présent. Pourquoi cette pauvre mortelle le perturbait autant ? Très bien, elle n'était pas une simple mortelle, même lui voulait bien l'admettre (au prix d'un immense effort).

L'Asgardien entra en silence dans la chambre de sa captive. Il assista alors à une des scènes qui le harcèlerait jusqu'à la fin de sa longue vie de dieu. Incapable de détacher ses yeux d'Aloïs, il s'assit sur l'accoudoir d'un fauteuil.

La jeune femme était en plein cauchemar : elle se tournait dans tous les sens, geignait, pleurait presque ; sa couverture malmenée par son incessant mouvement la couvrait, mais jamais au même endroit que la seconde précédente ; ses cheveux s'éparpillaient autours de son visage. Elle était en sueur, et faisait vraiment peine à voir. La jeune femme devait probablement vivre quelque chose d'horrible, pour se maltraiter ainsi.

Longtemps, Loki se rappela les cauchemars qu'il avait faits enfant : il savait à quels points ils étaient horribles. L'Asgardien, selon toute logique, aurait dû la laisser souffrir. Mais il était quelqu'un capable, parfois, de beaucoup d'humanité. Il hésita quelques minutes à réveiller Aloïs. Puis le dieu se leva et se dirigea vers la porte. Au moment d'ouvrir le battant, il s'arrêta, et alla se poster debout devant le lit, dans lequel la jeune femme continuait d'être malmenée par son sommeil.

Le dieu eut toutes les peines du monde à la réveiller en douceur, vu comme elle bougeait. Il lui saisit les poignets d'une main, et de l'autre, replaça les cheveux éparpillés autours du visage torturé de la jeune femme. Sentant que quelque chose la tenait, elle se réveilla en sursaut, les yeux grands ouverts comme si elle avait vu le diable. Elle tremblait, respirant par à-coups. Oubliant toute retenue et distance avec Loki, elle fondit en larmes.

Ce dernier ne sut pas comment réagir. Il décida finalement de sortir, dédaigneux de cette humaine qui pourtant avait réussi à gagner son respect.

- Non ! cria soudain la jeune femme.

Le dieu se retourna vers elle. Ses cheveux batifolaient devant ses yeux, on l'aurait cru folle. Ses tremblements secouaient son corps frêle.

A travers l'humaine, Loki se revit lui-même, âgé d'une quinzaine d'années, rappelant Thor après l'un de ses cauchemars dévastateurs. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale.

Il s'assit près d'elle sur le lit. La jeune femme s'était passé sa couverture sur les épaules. Il ne savait pas quoi faire, et elle non plus. La fille de Stark tremblait, en pleurant doucement.

- De quoi rêviez-vous ? demanda Loki, pour rompre le silence pesant.

- De choses qui ne vous concernent pas, répondit-elle.

Mais au vu des pleurs qui l'étouffaient, elle avait besoin d'en parler. Cela faisait trop longtemps qu'elle se taisait sur ses blessures. Même Reed, son ami de toujours n'en savait rien. Pour tous, Aloïs Stark était une personne heureuse et épanouie. Mais ce n'était malheureusement pas le cas. Un enfer de souffrances l'habitait, il aurait fallu qu'elle le dise à un moment ou à un autre. Qu'elle le crie, qu'elle crie, qu'elle fasse sortir cette colère, cette douleur et cette rage d'elle-même. La souffrance la rongeait, et ressortait maintenant : à la lueur de l'orage au dehors, ses joues paraissaient creusées ; déjà mince, elle paraissait squelettique. Plus aucun sourire ne fleurissait sur son visage, pourtant connu pour être toujours si radieux. La pluie lui vrillait les oreilles, et sa rage remontait des tréfonds de son être.

D'abord dans une position de faiblesse, Aloïs décida enfin d s'ouvrir à quelqu'un. Le dieu n'était pas la meilleure personne à qui elle aurait pu s'adresser, car étant l'un de ses ennemis, cela allait de soi qu'il aurait pu retourner ça contre elle. Pourtant, elle avait l'intime conviction qu'il n'en ferait rien.

- Je … commença-t-elle, je suis la fille de Tony Stark …

Même si ce n'était que le début de ses aveux, on aurait pu croire qu'elle tentait de se convaincre de ce qu'elle disait.

- J'ai … vécu les … premières années de ma … vie à l'étranger. Jusqu'à mes … sept ans, mes parents m'ont fait élever par un couple, et j'ai vécu dans l'ignorance totale de mes vrais parents. Tony est venu me chercher, pour me ramener. Même si je lui en veux un peu d'avoir pris cette décision, je me dis qu'il avait raison.

Progressivement, ses pleurs se calmaient.

- A l'école, j'étais la fille « du célèbre Tony Stark », et le seul ami que j'ai conservé de cette période-là est Reed. Dans mon adolescence, j'ai eu beaucoup de différents avec mon père, et j'ai fini par développer une addiction. Je passais mes journées défoncée, séchant les cours.

Forcément, l'Asgardien ne comprenait pas tout. Mais il écoutait en silence.

- Lorsque le SHIELD m'a sorti de là, je n'étais plus moi-même. Mon père me fuyait, il s'en voulait de m'avoir laissé m'enliser. Le colonel me donnait beaucoup de missions, ce qui me permettait également d'éviter mon père. Mais il y a deux ans, on nous a envoyé à Budapest. Ils nous refilaient une tâche qu'on était les seuls à pouvoir accomplir. Il y a eu un raté dans le plan, et je me suis retrouvée dans une situation compliquée : je devais arriver, seule, à maintenir en place quinze membres d'HYDRA, tandis que mon père devait libérer un homme important, dont je ne me rappelle pas le nom. J'arrivais tant bien que mal à me débarrasser des annihilateurs d'HYDRA : j'en avais tué la plupart, et les autres étaient simplement évanouis au sol. Quand est arrivé le Soldat de l'Hiver. Il est impossible de savoir où il se trouve, et j'ai la malchance qu'il me soit tombé dessus. J'ai tant bien que mal réussit à l'empêcher de me faire du mal. Mon père, s'inquiétant pour moi, m'avait demandé s'il fallait qu'il vienne m'aider.

Elle se leva et souleva son haut jusqu'en dessous de sa poitrine. Une large cicatrice lui barrait le torse, descendant de sa poitrine à son nombril.

- Au moment où je lui répondais de ne pas s'occuper de moi, le Soldat me transperça avec une de ses lames. J'espérais que mon père vienne me chercher. Il est très connu pour ne jamais faire ce qui est prévu. Ce coup-ci, il a fait ce que Fury lui demandait. Et m'a abandonné.

Elle avait les yeux légèrement rougis, les cheveux désordonnés et un air émacié abominable, mais son élan de colère ainsi que la pâle clarté de la nuit après l'orage la rendait juste magnifique. Une force étrange se dégageait de son corps frêle. Elle respirait par saccade, et tremblait un peu. Deux larmes coulèrent le long de ses joues. Elle fixait le mur, et caressait doucement la joue de Tony du bout du doigt.

- Et vous ? demanda-t-elle doucement après une longue minute de silence. Vous avez une histoire aussi. Contez-la-moi.

- Pour quoi faire ? se remonta Loki, Pour que vous l'utilisiez contre moi ensuite ?

Elle s'approcha de lui. Du bout de son index, elle effleura la poitrine du dieu, puis, prise d'un élan de maintien, elle ramena sa main contre elle.

- Vous avez des blessures, … Je vous ai fait confiance en vous racontant les miennes. Faites de même, nous serons quittes …

L'Asgardien hésita un instant. Il se dit que si elle croyait qu'ils établissaient une confiance mutuelle, elle serait plus facile à manipuler. Doucement, il tendit timidement la main, comme Aloïs l'avait fait quelques joursplus tôt.

- Enchanté, dit-il calmement en fixant la jeune femme de ses étranges yeux verts.

Elle lui serra la main, heureuse qu'il fasse preuve de confiance envers elle. Ce personnage était curieux : il pouvait être si cruel et si doux …

Alors il refoula sa réserve, et commença à parler.

- J'étais le frère de Thor, fils d'Odin. Toute mon enfance, je l'ai vécue à Asgard. J'ai grandi dans l'ombre du magnifique Thor, premier fils d'Odin. J'ai toujours été écarté des autres, mis à part : à Asgard, seule la vaillance au combat compte. Moi, je n'ai jamais été très doué pour les armes, mais plutôt pour la magie.

Il fit jaillir de ses paumes de douces volutes vertes, qui prenaient des formes étranges. La jeune femme les regardait, émerveillée.

- Mais la magie est un art de femme, coupa Loki en faisant brusquement disparaître les arabesques de fumée. Toujours rabaissé, toujours comparé à Thor, tous se moquaient de moi. Même physiquement, la différence était frappante. Même si Odin tentait de nous faire croire que l'un comme l'autre, nous nous retrouverions un jour sur un trône, j'avais été évincé depuis longtemps.

Pris d'une grande colère, il se leva et fit les cent pas dans la pièce. Aloïs le fixais, sans parler.

- Le jour du couronnement de Thor, j'ai appris la vérité. Je n'étais pas le fils d'Odin. Jamais il n'avait été fier de moi, seul Thor était important. J'étais un monstre, dédaigné par tous je n'avais ma place nulle part.

Pour illustrer ses dires, sa peau devint bleue et ses yeux rouges.

Aloïs, dans un élan d'émerveillement, bondit du lit où elle s'était assise. Elle tournait autour du dieu, contemplant la couleur de la peau de l'Asgardien.

- C'est trop cool ! s'emportait-elle

Elle prit la main de Loki, et suivit du doigt les dessins tracés à même la peau. Sa folie scientifique effaçait toute retenue chez la jeune femme : ses doigts, lassés de la main, partirent à l'assaut du visage, qui lui aussi était recouverts de traits étranges. Elle effleurait l'épiderme bleuté du Jotun, et observait les yeux rouges étincelant de ce dernier.

Gêné par ce rapprochement soudain, Loki la repoussa assez brutalement, et elle se rassit sur le lit, avec un air d'enfant à qui on enlève son cadeau à peine ouvert. Qu'est-ce qu'elle pourrait se vanter auprès de son père ; peut-être qu'il ferait plus attention à elle …

- Jamais je n'aurais la reconnaissance de quelqu'un, reprit le dieu. Je suis un monstre, une créature hideuse qui n'a nulle part où aller. Je suis haï de tous, je me fais horreur moi-même !

- Vous n'êtes pas hideux, dit doucement la jeune femme qui l'écoutait sagement.

- Vous avez raison, je suis bien pire.

- Non !

Elle marqua un temps d'arrêt.

- Vous n'êtes pas quelqu'un de mauvais.

Une colère sans borne emporta Loki. Elle se traduisait dans sa voix, qui montait soudainement dans les aigus sans qu'il ne le veuille.

- Je n'ai aucune raison de vivre, souffla-t-il d'une voix rauque. Je suis un monstre, et toute mon enfance, à tous les enfants d'Asgard, on parlait des atrocités de mon espèce. Vous ne pourrez jamais savoir ce que c'est d'être ravalé au rang de créature immonde et ignoble.

Il faisait peur, tant la grimace sur son visage déformait ses traits. Les yeux rouges, enflammés, rougeoyaient de colère et de haine, envers toutes ces personnes qui le haïssaient.

Aloïs se leva à nouveau, et pris la froide main bleue dans la sienne. Du bout de son pouce, elle essuya la petite larme qui avait germé au coin de cet œil si intéressant pour la science. Elle lui sourit comme jamais elle n'avait souri à quiconque.

C'était un sourire pâle, à la fois triste et rassurant. Il conférait au visage de la jeune femme une sérénité douce, qui était peu commune à cet être tapageur qu'était Aloïs Stark.

- Vous … n'êtes pas un monstre. Vous êtes différent des autres asgardiens, mais vous avez d'autres qualités, qu'eux n'ont pas. Il ne suffit pas de faire le mal pour qu'on fasse attention à vous. Faire le mal ne vous apporte que le dédain et la haine des autres. Bien que j'ai quelques millénaires de moins que vous, je le sais. Oui, je suis une petite conne, quand ça me prend.

Elle lui sourit.

- Votre apparence physique ne compte pas ; les Géants du Froids ne sont peut-être pas que des brutes, et ont sûrement une culture et une histoire. Il ne tient qu'à vous de faire ce que vous souhaitez. On a juste besoin d'un peu plus de temps chez un psy ; mais vous êtes quelqu'un de bien, j'en suis convaincue.

Violemment, il la repoussa, doutant de ces paroles qui n'étaient pas anodines. Il sortit de la pièce sans un mot.

Allongée sur sa couche de fortune, Aloïs ferma les yeux, certaine que les cauchemars ne la tourmenteraient plus.