Il était prévu que les fils d'Odin repartent début avril, car il y avait des formalités à régler avec les gouvernements. Un prisonnier de guerre ne pouvait pas être remis comme ça à son pays d'origine.

Chaque jour, Aloïs revenait passer entre dix minutes et un quart d'heure avec lui. Le dieu ne comprenait pas pourquoi il attendait ce moment quotidien si impatiemment.

Voir la jeune femme l'empêchait de penser à des choses atroces. Comme, par exemple, aux années qu'il allait devoir passer en prison quand il reviendrait à Asgard.

Allongé sur son lit, Loki entendit Aloïs entrer. Il ne bougea pas. Depuis qu'il était là (depuis trois jours), il constatait la lente évolution de ses blessures. Il ne pouvait pas guérir par la magie, étant privé de ses pouvoirs. La plupart étaient indolores, mais d'autres le lacéraient au moindre mouvement. L'une, faite par un Chitauri, commençait à virer au violet.

- Hey ! le salua la jeune femme en entrant.

Il ne lui répondit pas.

- Vous êtes bien causant ce matin ! lui dit-elle en s'approchant du panneau de contrôle.

Elle rentra un code à huit chiffres, et la porte s'ouvrit. La jeune femme entra dans la cage, et déposa au sol la pile de vêtements qu'elle lui apportait. Puis elle fit un code sur son bracelet holographique, et brouilla la surveillance vidéo que le SHIELD avait sur la cage.

La fille de Tony s'assit sur la chaise à côté de la couchette. Elle donna un petit coup de poing dans l'épaule du dieu.

- Eh ! s'exclama-t-il en se relevant.

- Debout, la Belle au Bois Dormant !

- Que faites-vous à l'intérieur de ma cellule ?

- Je vous apporte des vêtements propres.

Il inspecta le tas d'habits. Décidant de se changer, il demanda à la jeune femme de sortir.

- Ne me remerciez pas d'avoir coupé la vidéo-surveillance ! s'exclama-t-elle en sortant, le sourire aux lèvres.

« Comment on met ce truc-là ? » se demanda Loki.

Il boutonnait sa chemise lorsqu'elle revint.

- Qu'est-ce que cette blessure ? lui demanda-t-elle en pointant du doigt la trace violacée sur le flanc de l'Asgardien.

- Ce n'est rien.

- Je n'ai pas cette impression-là. Laissez-moi regarder.

Il s'approcha l'air excédé, et laissa la jeune femme examiner la plaie.

- Ça s'infecte, lui dit-elle au bout d'une minute.

Sans laisser au dieu le temps de refuser, la fille de Tony partit en courant chercher un médecin.


Elle était insupportable, mais bizarrement, elle était la seule personne que Loki aimait voir. Pourquoi donc, il n'en savait rien. Mais c'était l'un des rares moments où il parlait avec quelqu'un, vu qu'il refusait obstinément de voir un psychologue du SHIELD.

Du côté de la jeune femme, les courtes minutes qu'elle passait avec le dieu chaque jour lui plaisaient, mais sans plus. Elle n'arrivait pas à qualifier sa relation avec l'Asgardien. Ce n'était pas de l'amitié, pas de la haine, … En fait, cette relation n'était pas. C'était le terme le plus adapté pour nommer ces courts échanges, simples de prime abord, mais qui apportaient un peu de bonheur à chacun.

Pourquoi aimaient-ils ces échanges rapides, qui permettaient à Aloïs de mieux supporter sa vie très aléatoire, partagée entre les missions et l'héliporter et qui permettait à Loki de sortir de son mutisme dû à l'univers carcéral où il était enfermé. Bien que Fury les sépare par une vitre, la jeune femme trouvait de temps à autres, le moyen de s'introduire dans la cage. Ils faisaient une partie de cartes, des petits riens qui faisaient que leurs vies étaient meilleures. Le colonel laissait passer, Coulson ne disait rien, et Natasha, plus clairvoyante que d'autres, se disait qu'il y avait anguille sous roche. Mais rien ne se produisait, et seule leur espèce d'amitié résistait.

Au temps, au peu de temps où Loki allait rester.


Aussi silencieuse qu'un chat, Aloïs se glissa dans la cage de l'Asgardien. Il était environ deux heures du matin.

- Que faites-vous ici ? demanda Loki

- Une balade dehors ça vous tente ? lui répondit la jeune femme

Il accepta. Elle avait coupé les caméras de surveillances, et s'il y avait le moindre problème, la fille de Stark admettrait ses responsabilités. D'après les calculs de la jeune femme, ils avaient un peu moins d'une heure avant que quelqu'un ne remarque le problème : la nuit, le Directeur Fury ne restait pas au centre de contrôle, et ne se rendrait compte de rien avant de revenir à son poste.

Aloïs avait été maintenue éveillée par une idée : elle voulait montrer à l'Asgardien qu'il avait eu tort de vouloir détruire les humains. Elle l'entraîna d'abord sur la zone de lancement de l'héliporter.

- A quoi cela sert-il ? demanda le dieu lorsque la fille de Stark lui tendit un étrange objet en plexiglas

- A l'altitude où nous sommes, il n'y a que très peu d'oxygène, lui répondit-elle. Il faut qu'on porte des masques.

- Est-ce vraiment utile ?

Cet appareil étrange rebutait un peu Loki.

- A moins que vous préfériez mourir d'asphyxie, oui, dit Aloïs avec un sourire

Elle l'aida à mettre le masque. Vu comme ce fut compliqué, le dieu se jura de ne plus jamais porter de machin pareil.

Loki sortit sur le pont extérieur. Une rafale de vent fit voler ses cheveux dans tous les sens. Le vent, à leur altitude était immensément rapide, et le dieu eut du mal à ne pas chuter. Lorsqu'il vit que la jeune femme se déplaçait avec aisance dans ce milieu battu par Eole, il fut énormément étonné.

- Regardez ! lui dit-elle

Il s'approcha du bord de la plateforme, et pût admirer un merveilleux panorama : les buildings new-yorkais vus de nuit, tous lumineux malgré l'intensité de la nuit, la ville toute aussi animée qu'un vol de papillons dorés mouvants et reflétant la Lune. L'Asgardien fut saisi par ce paysage, à la fois d'une écrasante légèreté, immense et étouffant de beauté.

- C'est beau, n'est-ce pas ? demanda Aloïs, qui elle, avait l'habitude de ce fabuleux spectacle.

- Je ne peux pas vous l'enlever, lui répondit-il

Ils restèrent là quelques minutes, lorsque le froid du vent rapide et léger commença à se faire sentir. Ils rentrèrent dans l'héliporter.

La jeune femme le conduisit en suite dans le petit bureau mis à sa disposition par le SHIELD. La pièce n'était pas immense, mais avait une taille raisonnable. Aloïs referma la porte derrière le dieu. Tandis qu'elle farfouillait dans les tiroirs d'une commode, Loki examina avec attention les feuilles A4 punaisées aux murs. Il y avait des photocopies d'œuvres d'arts, comme la Vague de Hokusai, d'autres étaient des images tirées de mangas (Black Butler et Pokémon pour la plupart) ; il y avait aussi quelques posters d'animés : une demi-douzaine du Captain Herlock, et d'autres plus récents de Disk War. Mais la grande majorité était des photocopies de rapports du SHIELD et d'articles de journaux. En regardant de plus près, l'Asgardien remarqua qu'ils avaient presque tous rapport avec Iron Man.

Une fois qu'il eut admiré les feuilles aux murs, le dieu jeta un coup d'œil au bureau de la jeune femme. En plus d'un ordinateur portable, de pièces détachées de robots et d'immenses piles de schémas, il trouva deux livres. Loki se permit de les prendre.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il en tendant les deux ouvrages à la fille de Tony

Le premier était un manga et le second un roman pour enfants.

- Lui, c'est la version originale de REINCARNATION no KABEN, dit-elle en prenant le volume argenté. C'est un manga super.

- De quoi parle-t-il ? J'ai tenté de lire le résumé mais je n'ai rien compris à cette langue étrange.

- C'est la version originale : je l'ai fait venir du Japon, c'est normal que vous n'y compreniez rien, lui répondit-elle avec un sourire. Ce sont des personnes qui récupèrent le talent d'une vie antérieure, comme celui de John Von Neumann, par exemple.

- Qui ça ?

- John Von Neumann : un mathématicien extrêmement fort : il pouvait faire des calculs immenses par sa simple faculté mentale.

- Il ne doit pas être si doué que ça vu que vous avez fait la même chose l'autre jour.

- Quand vous étiez venu squatter ma salle de bain ? Oh, mais ça, il pouvait en faire de bien plus compliqués lorsqu'il avait douze ans.

- Et l'autre livre ? De quoi parle-t-il ? demanda Loki

- Sa Majesté des Mouches ? C'est au sujet d'un groupe d'enfants se retrouvant seuls sur une île. Ils tentent de reproduire le schéma social que leur ont appris leurs parents, mais tout se termine relativement mal. D'ailleurs, il a été le thème d'une chanson que j'aime bien, je vous fais écouter ?

- Avec plaisir.

La jeune femme brancha un câble dans l'oreille de K.O.T.O.K.O. L'androïde demanda :

- Quel morceau dois-je lancer ?

- You're gonna go far Kid, The Offspring

L'Asgardien fut étonné d'entre la musique débuter dans la petite chaîne stéréo à l'autre bout du bureau, sans que la fille de Tony n'y ait touché.