A la fin du morceau, Aloïs mis la main sur ce qu'elle cherchait depuis qu'elle était dans la pièce : une boîte de gâteaux secs rangés dans son tiroir. Elle les posa sur le bureau.

- Ça vous a plu ? demanda-t-elle

L'Asgardien leva les yeux du roman de William Golding, qu'il s'était empressé de lire.

- Je n'avais jamais écouté de musique de ce genre, mais j'avoue que c'était une expérience enrichissante.

La jeune femme sourit.

- Je trouve que cette chanson vous ressemble. Je vous vois parfaitement en train de dire "Now dance fucker dance"

Cette image la fit rire. Soudain elle avisa l'horloge au mur. Deux heures trente-neuf.

- Désolé l'Asgardien, mais je dois vous reconduire en cellule !

Loki se leva, et posa le livre sur le bureau.

- Prenez-le si vous voulez.

- Vous êtes sûre ?

- Mais oui.

Il récupéra le roman, et ils retournèrent jusqu'à la cage du dieu. Alors qu'elle ouvrait la porte, Loki se sentit d'humeur à l'embêter :

- Vous êtes bien étranges, vous les Midgardiens ...

- Pourquoi donc ?

- Vous avez beau écrire des choses telles que ceci, où les personnages finissent par s'entre-tuer, redevenant des bêtes sauvages, mais personne ne fait attention au message et vous terminez toujours par en revenir aux guerres.

La jeune femme plongea ses yeux dans ceux de l'Asgardien. La dureté de son regard signifia très clairement au dieu que son heure arrivait à grand pas.

- Et pourquoi les Asgardiens passent leur temps à se battre contre les autres Royaumes, sans avoir une réputation de sauvages ? dit-elle avec colère

- Parce que notre science est supérieure à la vôtre.

- Excusez-moi, mais votre frère me prouve le contraire. Il est une brute avec un cerveau macroscopiquement inutile. Rien ne prouve le contraire concernant les autres habitants d'Asgard.

- Rappelez-moi dans quel domaine votre père a fait fortune ?

Elle ne s'abaissa pas à lui répondre.

- L'armement, l'enfonça le dieu. Dois-je en déduire que Midgard n'a pas évolué depuis deux millénaires, et qu'elle se comporte comme si elle venait de naître ?

- Ça vous amuse ? Gronda la jeune femme

- A un point ... répondit Loki, avec cet air condescendant et ironique qui lui était propre

- Donc si je vous dis que les Jotuns dans votre genre ne sont bons qu'à être exterminés, et que je prenais du plaisir à le faire, ça vous amuse ?

Le dieu réprima un éclat de rire, mais se fit cinglant :

- Vous confirmeriez ce que je disais : vous êtes des sauvages.

La fille de Tony perdait patience. Cet abruti d'Asgardien la remerciait d'une bien drôle de façon ! Après tous les risques qu'elle avait pris pour le sortir de sa cellule !

- Vous n'êtes qu'un humain parmi tant d'autres, Stark ! Si je vous avais tué, cela n'aurais qu'amélioré les choses sur Terre !

Ce fut suffisant pour sortir Aloïs de ses gonds. Avec un calme olympien, la jeune femme posa K.O.T.O.K.O. sur le tableau de commande, et se jeta sur Loki. Il l'esquiva au dernier moment.

Lors de leur affrontement, l'un des deux bouscula KOTOKO, qui lança "You're gonna go far Kid" par accident. Le combat était semblable à une danse, car Loki, même s'il n'était pas aussi doué que Thor, se battait avec une élégance peu commune. Aloïs, ayant suivi l'entraînement de Natasha, n'avait aucun mal à lui donner la réplique. Même s'il arrivait que l'Asgardien la plaque au sol, elle arrivait à retourner la situation, et leur affrontement continuait. La musique tournait en boucle derrière eux. Loki lui donna un violent coup dans le ventre, la faisant voler à deux mètres, mais elle roula sur le côté, et en deux pirouettes, bondit face au dieu, l'attrapa à la gorge et le plaqua contre la cage. Elle donna un formidable coup de poing dans le visage de l'Asgardien, avant de le frapper d'un coup de pied circulaire dans l'abdomen. Il atterrit dans la cellule, que la jeune femme s'empressa de refermer.

Aloïs revint devant la cellule admirer le dieu assis sur le sol. La tête haute, et sur les paroles de la chanson de The Offspring, elle s'adressa à Loki :

- Maintenant danse connard, danse !

Le dieu se leva d'un bond, et frappa d'un violent coup le mur en plexiglas de la cage. La jeune femme rentra la tête dans les épaules, de crainte.

- Vous avez gobé plus d'un millier de mes mensonges, Stark. Je pourrais presque vous tuer et faire passer cela pour un suicide.

- Nice work you did ! You're gonna go far, kid ! dit-elle avec un air de défi.

Ils se fixèrent un moment.

- Si je dois comprendre que je ne dois plus croire une seule de vos paroles, reprit la jeune femme alors je le ferais. Je ne vous dois rien. J'ai eu tort de vous faire sortir. Je vous ai donné une chance ce soir. Vous venez de la laisser passer. C'est dommage, n'est-ce pas ? Au point où j'en suis, si je vous tuais, ça réglerait bien des problèmes.

- Vous auriez juste Thor sur le dos.

- Je l'ai dit tout à l'heure, votre frère ne réfléchit pas. Il se contente de taper.

- Il n'est pas mon frère.

- Ça aussi est-ce un mensonge ?

Elle tourna les talons, et s'éloigna de la cage. La fille de Stark attrapa K.O.T.O.K.O., et la posa en évidence devant la cellule. Après avoir fait quelques réglages sous le regard dur de Loki, elle se tourna une dernière fois vers le dieu. Elle avait une immense envie de le blesser.

- Je reviens sur ce que j'ai dit la dernière fois : vous êtes le pire des monstres !

La jeune femme, en sortant, dit à son androïde :

- Tu peux y aller K.O.T.O.K.O. !

Le petit robot joua à plein volume la musique de The Offspring. En quittant la pièce, Aloïs chantonna le début du morceau :

- Show me how to lie, You're getting better all the time, And turning all against the one, Is an art that's hard to teach ...


La fille de Stark culpabilisait un peu à cause de ce qu'elle avait dit à Loki. Il n'avait certes été guère reconnaissant de ce qu'elle avait fait pour elle, mais la jeune femme n'avais pas été tendre non plus. Elle était allongée sur son lit, et le casque sur ses oreilles, branché à K.O.T.O.K.O. chantait Mordred's Lullaby. Sans qu'elle ne sache pourquoi, cette musique lui rappelait Loki. D'un coup brutal, elle arracha ses écouteurs. Elle ne voulait pas penser à cet abruti d'Asgardien. La jeune femme tendit le bras pour attraper un livre sur sa table de nuit. La fille de Tony se retourna sur le ventre et ouvrit le roman à la première page.

Sa Majesté des Mouches, de William Golding

Avec un hurlement de rage, Aloïs balança l'ouvrage à l'autre bout de la pièce, sur Natasha qui venait d'entrer dans leur chambre commune. L'espionne évita d'un mouvement le livre jeté du haut de leur lit superposé.

- Euh ... Aloïs ? Qu'est-ce qui t'arrives ?

La jeune femme bondit par-dessus la barrière du lit. Elle atterrit face à l'unique femme des Avengers.

- Laisse-moi deviner, lui dit Natasha au vu du visage de son amie. Tu as un problème avec un certain dieu nordique ?

- Comment tu as su ?

- C'est moi qui t'ai ramené K.O.T.O.K.O. Loki allait devenir dingue à force d'écouter "You're gonna go far kid".

- Ah, merci.

L'espionne sourit à son ancienne élève.

- Ça m'a bien fait rire, le morceau en boucle.

- Pourquoi ?

- Cette musique lui correspond tellement ... dit la jeune femme russe en souriant.

Elles s'assirent toutes les deux sur le lit du bas, celui de Natasha, pour discuter. Au final, l'espionna lui proposa de descendre en ville pour se changer les idées.


Aloïs et Natasha, après avoir fait une sortie shopping dans New York, se posèrent dans un bar à chats. Avec une tasse de thé et une pâtisserie, elles se mirent à discuter de tout et rien. Au bout d'un moment, la discussion revint sur Loki.

- Que représente-t-il pour toi ? demanda Natasha

- C'est un authentique connard.

- Tu m'as pourtant dit que tu l'avais fait sortir ?

- Oui.

- Pourquoi ?

- Je ...

- Tu es bien la fille de Tony, toi.