Loki avait passé la soirée à regarder les informations. Il avait assisté à de courts extraits du concert d'Aloïs (relayés par des journalistes), et le flash spécial sur l'explosion au siège du SHIELD l'avait effrayé, et il ne comprenait pas pourquoi. Les humains lui importaient peu, pourtant.

Il vit débarquer une Black Widow visiblement traumatisée, alors qu'elle savait rester de marbre. L'espionne alla droit au but :

- Je pense qu'elle aurait voulu que tu le saches : elle est dans le coma.

Sans laisser le temps au dieu de dire quoi que ce soit, la jeune femme sortit de la pièce.


Lorsqu'on l'avait apporté à l'hôpital, il n'y avait pas eu trente-six solutions : la jeune femme était dans un état critique. On avait retiré les balles de son corps, et elle avait été placée dans une cuve sphérique façon « La frontière de la vie » de Roger Leloup. Au bout de quarante-huit heures, elle dut passer par la case « bloc opératoire ».

Quand il avait appris la nouvelle, le dieu avait mené la vie dure au colonel, afin de pouvoir aller voir la jeune femme. Fury avait fini par céder, car l'Asgardien restait sous le couvert de Tony Stark.

Derrière la vitre de la salle d'opération, les quatre personnes attendaient les résultats. L'atmosphère était excessivement tendue : Tony tournait en rond ; Pepper observait les démarches chirurgicales opérées sur sa fille ; Reed, assis sur une chaise en plastique, tapotait un code binaire sur son genou et Loki, les mains liées et la bouche muselée attendait en silence : seuls ses yeux trahissaient sa crainte.

Le médecin sortit de la salle en retirant ses gants : il fut presque agressé par le petit groupe.

- Elle va bien, réussi-t-il à articuler.

Le soulagement libéra les quatre personnes d'une immense chape de plomb.


Lorsqu'elle ouvrit les yeux, la jeune femme n'était pas seule. Elle était d'ailleurs loin d'être seule. Son père, sa mère, Reed et Loki étaient dans la petite chambre d'hôpital.

Cela faisait bien trois heures qu'elle s'était réveillée. Ils avaient parlés, rit, … Pepper avait dû partir, en tant que « grande PDG de STARK INTERNATIONAL ».

Elle avait voulu marcher. Son père et Reed avaient refusés. Elle s'était levée quand même. Tout en riant, elle marchait, soutenue par Reed d'un côté, et de Tony de l'autre. Loki était assis sur l'une des inconfortables chaises de la chambre. Elle avait branché la chaîne Hi-Fi, et du Vocaloid habillait légèrement l'ambiance par sa musique. VFlower chantait « If you aren't here » et la jeune femme s'amusait comme une folle. Elle ignorait les cicatrices qui maculaient sa peau pâle de leurs traces rouges sang. Aloïs arrivait à faire quelques pas seule, mais elle finissait par tomber dans les bras de Reed ou de son père, tancée par la douleur de ses blessures.

Ces derniers s'étaient écartés d'un bon mètre et demi, car la jeune femme voulait marcher seule. Elle se leva de la chaise où elle s'était assise, et fit un pas. Mais sa jambe la lâcha, et elle tomba en arrière … dans les bras de Loki. Ce dernier avait, par réflexe, rattrapé la jeune femme.

Sa jambe refusant toujours d'obéir, Aloïs se retourna, et pris appui sur les épaules de l'Asgardien pour se redresser.

Elle était face à lui. Le temps s'arrêta soudainement, et la jeune femme sourit à son ennemi. Les yeux fixés sur ceux, d'un vert pénétrant, du dieu. Leurs visages étaient à quelques centimètres l'un de l'autre. Troublée, Aloïs ne dit rien, et, Reed l'enleva dans ses bras quand elle se fut relevée.

L'après-midi se termina, et tout le petit monde la laissa seule.

Aloïs regarda tour à tour toutes ses blessures. De l'épaule à la côte, puis le bras, la jambe et au final sa plaie sur le ventre. Elle formait une croix avec celle qu'elle avait obtenue deux ans auparavant. Elle en avait la certitude, c'était le Soldat de l'Hiver qui s'était acharné sur elle. Fury l'avait informé qu'il s'était échappé.

La jeune femme se promit de le tuer de ses propres mains avant de se coucher. Mais une insomnie la pris : elle se disait qu'elle n'aurait jamais une vie « normale », qu'aucun homme ne voudrait d'elle après ses antécédents dans la drogue et que sa vie était une erreur.

« Je ferais mieux de me tuer maintenant, avant de faire vraiment du mal à quelqu'un. » pensa-t-elle.

Mais le sommeil l'emporta, elle et ses sombres pensées.


La jeune femme se rétablit rapidement, et sortit de l'hôpital le 20 mars. Elle marchait doucement, mais sûrement. C'était Reed qui était passé la récupérer. Tony avait été retenu au SHIELD, et lui avait envoyé un message via K.O.T.O.K.O. pour la prévenir.

Quand la voiture s'arrêta devant le siège du SHIELD, Reed aida Aloïs à descendre, puis lui sortit sa valise du coffre. Il faisait preuve d'une galanterie maladive envers son amie d'enfance blessée.

- Reed, tu sais, je suis capable de me débrouiller, lui fit remarquer la fille de Stark, gênée par le comportement de son ami

- Tu es blessée, lui répondit-il, alors laisse-moi faire.

Excédée, la jeune femme ne s'opposa pas. Lorsqu'il posa la valise devant l'entrée du bâtiment, ils restèrent une demi-minute à se fixer l'un l'autre.

- Merci de ce que tu fais pour moi, Reed, lui dit la fille de Tony

Sans dire quoi que ce soit, le jeune scientifique enlaça la taille d'Aloïs et l'attirant contre lui, l'embrassa sur les lèvres.

Légèrement gênée, la jeune femme se dégagea, et fixa longuement son ami d'enfance.

Reed Richard était, enfant, un garçon timide et renfermé, qui n'arrivait pas communiquer avec les autres à cause de sa grande intelligence. Quand il avait rencontré Aloïs, il découvrit alors qu'il pouvait s'entretenir des sujets qu'il rêvait d'aborder depuis toujours (quand on a dix ans et qu'on discute de physique quantique, c'est difficile de trouver des gens avec qui le faire). Les deux enfants s'étaient rapidement liés d'une grande amitié. Puis leur groupe s'était élargi, quand Victor Von Fatalis était arrivé dans leur collège. Ils étaient devenus un inséparable trio de scientifiques en herbe. Mais plus tard, les deux garçons développèrent des sentiments pour leur amie qui leur avait tous deux fait découvrir les points positifs de la vie. Victor devança Reed, qui le prit difficilement. Mais le couple se sépara après l'accident du jeune Latvérien. Le petit groupe avait voulu faire une expérience, et ça avait mal tourné. Reed et Aloïs s'en étaient sortis indemnes, mais pas Victor. Ce dernier n'avait eu de cesse d'accuser ses amis de son visage brûlé, mais ils étaient tous responsables. Le jeune homme latvérien avait quitté le lycée.

Maintenant qu'il n'y avait personne pour attirer les sentiments d'Aloïs, Reed tentait sa chance.

Cette dernière, gênée, s'enfuit à l'intérieur du SHIELD, et se mis hors de portée de son ami.

Elle n'avait pas le temps à consacrer à ses amours. Elle avait un procès à préparer.


On lui avait demandé de paraître au tribunal pour le procès de Loki.

Le SHIELD avait fourni deux voitures : une pour Aloïs, et un véhicule militaire pour Loki, qu'on avait placé sous la surveillance de cinq agents armés. Les journalistes se déchaînèrent quand la jeune femme arriva. Aloïs était le centre des photographies, tout autant que Loki.

D'ailleurs, ce dernier était totalement mal à l'aise : toute cette masse mouvante de mortels le stressaient. Il était tendu, et ne retrouvait aucun de ses repères.

Les journalistes tentaient sans cesse de les interviewer, et la fille de Stark, tout en les ignorants, tentait de soustraire le dieu aux flashs.


- J'appelle Mademoiselle Aloïs Stark à paraître à la barre.

La jeune femme se leva et pris place. La salle était remplie, et deux centaines de personnes assistaient au jugement, en plus d'une demi-douzaine de journaliste.

- Mademoiselle, quels sont les litiges que vous ont fait subir Monsieur … Laufeyson.

- J'ai été séquestré durant six jours et vingt et une heure dans un bâtiment à Berlin.

- Avez-vous subi des tortures psychologiques ou physiques de la part de l'accusé ?

- Psychologique, mais c'était mineur.

- Avez-vous été abusée ?

- Non.

- Pourriez-vous nous éclairer un peu plus sur les événements qui se sont déroulés lors de votre enlèvement ?

- Bien sûr, que voulez-vous savoir ?

Son avocat énervait la jeune femme. Loki n'était pas foncièrement mauvais, et elle ne voulait pas qu'il écope d'une trop grande peine, à cause de son témoignage.

- Nous souhaitons savoir s'il vous a blessé d'une quelconque manière.

La fille de Stark allait répondre négativement, mais le dieu la coupa :

- Oui, j'ai blessé cette femme, je le reconnais.

Aloïs darda un regard incendiaire sur l'Asgardien. Le juge, lui, vira au rouge.

- Que l'accusé se taise ! cria-t-il, en agrémentant son hurlement de coups de marteau.

Il reprit son souffle.

- Mademoiselle Stark, vous venez de nous affirmer que vous n'avez pas été blessé, alors que votre rapport d'analyse médicale et l'accusé clament le contraire.

- Je vous signale que ces données sont être soumises au secret médical. Vous n'aviez aucun droit de les consulter sans mon accord.

- Dans le cadre de l'enquête, nous avons reçu l'autorisation de les consulter.

L'avocat changea de sujet.

- Que l'accusé se lève.

L'Asgardien se leva. Ses mains étaient menottées, et il était entouré par une dizaine de gardes armés du SHIELD.

- Monsieur, vous affirmez avoir blessé cette jeune femme. Est-ce vrai ?

- Oui. Je l'ai poignardé avec une de mes lames lors de l'invasion.

- C'est faux ! s'exclama Aloïs.

- Je l'ai blessé au niveau des côtes, affirma Loki

- Mademoiselle Stark, demanda l'avocat, niez-vous cette soi-disant blessure ? Est-elle une fantaisie de la part de l'accusé ?

- Je nie avoir été blessée, le coupa la jeune femme. J'estime savoir ce que je dis, et cet homme est dérangé.

- Réfutez-vous ce qu'a dit l'accusé ?

- Totalement.


Le procès se solda par une condamnation à l'exil, car il était presque impossible que Loki paye une amende et soit incarcéré. Il avait interdiction de revenir ne serait-ce plus de dix millisecondes sur Terre. Son départ fut programmé pour, deux jours plus tard, le 3 avril. Aloïs avait eu beau militer auprès de Thor et de Fury, rien n'y avait fait. La jeune femme s'y était résolue, et ne laissait rien paraître de la tristesse qui l'avait étreinte.

Triste, elle l'était même si ce n'était pas réciproque, Loki était devenu pour elle une sorte d'ami. Bien qu'elle ne comprenne pas avec exactitude la nature de leur relation, sa vie ne serait plus aussi intéressante après le départ de l'Asgardien. Ce dernier avait fini par lui lâcher des bribes d'informations sur les Huit autres royaumes, ce qui réjouissait la jeune femme.

Le dieu s'était un peu attaché à sa vie sur Terre, mais il pouvait partir sans s'inquiéter. Il serait presque rassuré de ne plus se trouver à la merci d'une armée de Vengeurs surarmés. Mais son gros problème restait la fille de Stark. Il s'était attaché à la jeune femme, qui avait réussi à voir en lui autre chose qu'un monstre bleu.