HUITIÈME CHAPITRE
"Putain!" Je trébuche, mais arrive à me rattraper de justesse en agrippant la manche du manteau d'Edward. Il recouvre mon poignet de sa main afin de me soutenir et me remettre sur mes pieds. Je me retourne vers la personne derrière moi et lui jette un regard furieux. "Tu ne peux pas faire attention?"
Son visage vire au rouge. "Désolé…"La sangle de ma sandale s'est détachée et quand je lève le pied, il ne tient qu'à mes orteils.
Edward rigole quand je marche sans soulever le pied, raclant la semelle de ma sandale sur le trottoir. Je plisse le nez, profondément ennuyée.
Il penche la tête et me tend le bras. "Allez, viens là." Je lui souris, reconnaissante, puis après avoir réajusté mon sac sur mon épaule, j'enroule mes bras autour de son cou et saute sur son dos. Il attrape l'arrière de mes cuisses et me rehausse légèrement pour trouver une position plus confortable. Je tente de garder mon pied le plus verticalement possible, afin que ma sandale ne glisse pas.
Chaque pas qu'il fait est comme un tremblement de terre. Je rebondis à chaque fois qu'il marche. Ca fait longtemps qu'il ne m'a plus porté sur son dos. Avant j'avais l'habitude de toujours sauter sur lui et il y était devenu tellement habitué qu'il n'était même plus surpris. Mais c'était quand nous étions encore des enfants.
Je relâche un peu ma prise autour de son cou et pose mon menton sur son épaule.
"Tu sens bon." Dis-je après avoir inspiré l'odeur de son déodorant. J'ai toujours aimé cette odeur. Il ne répond pas, mais je sais qu'il sourit quand sa joue se contracte subtilement.
Plusieurs gens nous regardent étrangement, probablement parce que nous sommes tout les deux adultes et qu'il me porte comme si j'étais une enfant, mais je ne leur prête pas attention.
"Alors, où on va princesse?"
On sort du cinéma et il s'arrête pour attendre ma réponse. On était supposés retrouver Alice au parc, mais ce n'est pas très près et malgré le fait qu'il en soit très capable, je ne m'attends pas à ce qu'il me porte jusque là.
"Je crois que je devrais aller acheter une nouvelle paire." Dis-je en faisant un signe de tête vers le magasin en face de nous. Il ne répond pas, se contente de traverser la rue, puis me poser au sol.
"Je t'attends ici."
Je me dépêche, parce que je sais qu'il déteste attendre. Quand je sors de la boutique, il est assit sur un banc, un peu plus loin. Il ne me remarque pas avant que je ne vienne m'asseoir à coté de lui pour changer mes souliers.
"On peu y aller." Je sors la sucette que j'avais gardée dans mon sac et l'ouvre.
En passant la poubelle, en chemin vers le parc, je jette les sandales cassées avec le papier de la sucette. Edward ne parle pas beaucoup aujourd'hui, alors je fais la conversation. Je lui parle d'Angela et Eric qui ont recommencé à se voir et que je ne pense pas que ça va durer parce qu'Eric a du mal à la garder dans son pantalon. S'il a pu trahir Angela une fois, il est très probable qu'il recommence.
Puis je parle de la fois où il avait organisé une petite fête chez lui, qui avait fini par devenir une grande fête. Assez chaotique. Et destructrice.
Il sourit en y repensant. La maison avait été saccagée et on avait dû tout ranger, Alice et moi, avant que ses parents ne rentrent, parce qu'Edward avant la gueule de bois et était même trop malade pour sortir de son lit.
"C'était tellement bien!" Dis-je. "Tout le monde est resté jusqu'au matin." Edward passe son bras autour de mes épaules en riant. "Et jusqu'à présent ils me disent encore à quel point ils ont aimés!"
"Jamais tu ne me convaincra de refaire ça." Je le repousse en souriant et récupère la sucette qu'il m'a prit.
"Pourquoi?" Il secoue la tête et je fais une moue en le regardant. "La dernière fois tu n'as même pas eu à t'occuper de quoi que ce soit…" Le soleil forme des ombres sur le coté droit de son visage, mettant en valeur son nez droit, ses lèvres un peu gonflées.
"Pourquoi chez moi? Tu as une bien plus grande maison que moi, en plus ce n'est pas comme si ça dérangerait ton père que tu invites quelques amis…" Je sais qu'il a raison, mon père ne me dirait pas que je ne peux pas le faire. Mon père ne me dit pas ce que je peux ou ce que je ne peux pas faire.
"Il y a trop de trucs précieux chez moi. De toute façon ce n'est pas si grave pour toi, vu que tu as déjà une maison de pauvre." Il ne prend même pas la peine de me lancer un regard accusateur ou lasse. Il se lèche les lèvres, puis prend ma sucette pour la mettre dans sa propre bouche. Je l'entends croquer. Il sait que je déteste qu'il fasse ça.
"Je ne sais pas…" Il fronce les sourcils. "Pourquoi tu veux faire une fête soudainement?"
Je hausse les épaules. "Je ne sais pas. J'en ai juste envie." Il ne répond pas.
J'enroule mes bras autour de sa taille et colle ma joue contre son torse. "S'te plaît..." Je lui jette mon regard le plus charmeur et il me repousse en rigolant.
"Arrête. " Puis quand je fais une mine boudeuse, il soupire, roulant les yeux. "On verra."
Nous nous asseyions sur le banc le plus éloigné du chemin. Celui qui donne en même temps sur l'étang et sur les skateurs qui passent la plupart de leurs temps à se défoncer ou se briser des os. "En plus, le week-end prochain serait le moment idéal vu que tes parents vont en Alaska."
Sa famille a comme tradition d'y passer trois, quatre week-ends par an, ou plus. Néanmoins, Edward commençait à en avoir marre, alors maintenant il n'y va que durant les vacances. Il trouve que maintenant c'est aux jumeaux de découvre la joie de rester bien trop longtemps dans un petit avion pour passer tout son temps dans un coin paumé et froid.
"Mouais…" Il n'a pas l'air convaincu.
Je me prépare à lui donner argument après argument pour le convaincre, mais il me fait un signe de la main pour me faire taire. Pendant un instant je pense qu'il en a juste marre de m'entendre parler, mais son visage est grave et il garde les yeux rivés vers un point loin au-dessus de mon épaule. J'essaie d'apercevoir ce qu'il regarde, mais je ne vois rien.
"Est-ce que ce n'est pas James?" Demande-t-il en pointant son doigt vers un mec qui se tient près de la clôture, à côté d'une voiture de sport noire.
Il a les mêmes cheveux blonds que James et la même corpulence, mais il ne porte pas son habituel jean et pull en laine ou blouson en cuire. Je ne le reconnais presque pas avec ce costume. Il lui va très bien d'ailleurs.
Il parle avec un autre homme et en voyons sa posture, ils n'ont pas l'air d'être à l'aise. Ils sont penchés l'un vers l'autre.
"Ils sont entrain de se disputer?" Demande Edward. Mais nous connaissons tous les deux la réponse à cette question. Il est évident qu'ils ne sont pas des amis d'enfance.
L'homme avec qui parle James passe une main dans ses cheveux, puis après avoir regardé furtivement autour de lui, il sort une grande enveloppe brune de la poche intérieure de son manteau. Elle paraît épaisse, mais je suis trop loin pour pouvoir deviner ce qu'il y a dedans.
James prend l'enveloppe, puis sort un paquet de sa voiture. Ce n'est pas très grand.
Ils ne sourient pas. L'homme fourre le paquet dans sa poche, puis se retourne sans rien dire. James le regarde s'éloigner, puis entre dans son véhicule.
James démarre la voiture et quand nous le voyons tourner le coin de la rue, Edward et moi nous regardons. Je ne voudrais pas tirer de conclusions hâtives, mais il est difficile de ne rien s'imaginer après avoir vu ça.
"J'étais certain que quelque chose clochait chez ce mec." Il fait de son mieux pour ne pas prendre un air triomphant, mais ses yeux brillent. Je le regarde, incrédule.
"Oh, tu as l'air assez content de toi. Célébrons le fait que tu avais raison à propos du mec de Alice?" Je n'arrive même pas à comprendre sa réaction. Comment peut-il être fier ?
Il fronce les sourcils mais ne répond pas.
"On ne peut pas en parler à Alice tant qu'on ne sait pas ce qui est vrai ou pas." Il ouvre la bouche pour répliquer mais je ne lui laisse pas le temps. "Tu dois le promettre, Edward. On ne peut pas lui faire du mal pour rien."
Je me retourne pour voir Alice arriver vers nous. Elle nous fait un signe de la main et je tourne mon attention vers Edward.
"Tu dois le promettre." Il ne répond toujours pas et je me demande à quoi il pense. "Edward…" Je murmure pour qu'Alice ne nous entende pas.
Il hoche la tête, juste avant qu'Alice ne nous rejoigne.
"Vous vous disputez?" Demande-t-elle en souriant.
