À chaque fois que je me dis que les choses se calment et que je devrais avoir un peu plus de temps pour écrire régulièrement, le contraire se passe. Loi de Murphy, quand tu nous tiens...
La prochaine demande est de Junkai: non pas un pairing en tant que tel, mais une fic sur la relation fraternelle au quotidien entre Fell et Red. Comme j'ai déjà fait une fic sur la relation des skelebros d'Underfell avec un UF!Sans maso, cette fois-ci j'irai plus avec un UF!Sans type anxiété et dépression. Rien de particulièrement joyeux, donc, mais j'espère que tu aimeras quand même!
O*O*O*O*O*O*O
C'était toujours aussi pénible de se réveiller, et Sans poireauta une bonne demi-heure au lit à s'étirer et à soupirer avant de se décider à se lever finalement. Il jeta un oeil par la porte pour voir si son frère était encore là, mais il était déjà parti. Il ne l'avait pas attendu, comme d'habitude. Sans poussa un soupir et se dirigea vers la douche.
L'eau froide lui coulait dessus, mais ça ne faisait rien pour atténuer la sensation de fatigue qu'il ressentait dans tout son corps. Aujourd'hui encore, il devrait faire avec. Peut-être qu'il pourrait dormir un peu à son poste de sentinelle… même s'il n'avait pas l'impression que dormir allait y changer quoi que ce soit. Mais c'était mieux que de fixer le vide en attendant un humain qui ne viendrait probablement jamais…
Existence de merde sous une montagne de merde.
Sans coupa l'eau, se sécha rapidement et s'habilla de ses vêtements habituels, avant de se griller une toast qu'il couvrit de moutarde. Il l'enfourna rapidement, puis il prit son raccourci habituel vers son poste de sentinelle. Il s'écrasa sur sa chaise et s'appuya sur le comptoir. D'après les pas qu'il voyait dans la neige, son frère était déjà passé deux fois en son absence. Il allait lui passer un savon la prochaine fois…
Encore un soupir.
Les choses étaient tellement plus simples autrefois. Quand son frère était tout petit, et qu'il n'avait pas encore toutes ces… ambitions. Au début il avait encore l'énergie pour le suivre, mais maintenant… son frère était tellement fort, tellement cool, et lui il n'était rien.
-AH! TE VOILÀ FINALEMENT, ESPÈCE DE PARESSEUX!
Justement comme il pensait à lui, Papyrus marchait dans sa direction de ses grandes enjambées pressées. Il se planta devant lui, les bras croisés et l'air hautain.
-ALORS?
Sans détourna le regard. Il sentait la sueur qui perlait déjà sur son crâne, et il marmonna:
-... désolé.
-JE NE VEUX PAS DE TES PATHÉTIQUES EXCUSES! C'EST LA MÊME CHOSE À TOUS LES JOURS! POURQUOI EST-CE QU'ON M'A FAIT UN FRÈRE AUSSI INCOMPÉTENT…
Et Papyrus continua ainsi pendant un long moment. Sans était fatigué, et il essayait de ne pas trop écouter la pluie d'injures qui lui tombait dessus, mais quand Papyrus voyait que son attention était ailleurs, il le frappait derrière la tête pour le réveiller et recommençait de plus belle. Jusqu'à ce que les larmes lui montent aux orbites.
-... ET CETTE POSTURE DE MERDE, TU POURRAIS PRENDRE EXEMPLE SUR MOI, ET…
Et il remarqua finalement les larmes qui coulaient le long des maxillaires de Sans. Il s'interrompit aussitôt, sortit un mouchoir de la poche de son pantalon qu'il posa brusquement sur le comptoir, puis il s'en alla de son pas pressé sans ajouter un mot. Sans prit le bout de tissu et essuya son visage avec. Il était tellement pathétique. Papyrus avait bien raison. Il était un adulte, pourquoi est-ce qu'il pleurait pour si peu? Pourquoi est-ce qu'il n'arrivait pas à répliquer? Pourquoi est-ce qu'il se laissait faire?
O*O*O
Furieux et désorienté, Papyrus marcha longtemps dans la neige avant de s'y écraser, loin de la route. Il ne ressentait pas d'inconfort à cause du froid, mais il sentait que ça l'aidait à refroidir la colère qui bouillait en lui. Même si ce n'était qu'un soulagement temporaire.
Il se sentait toujours de plus en plus irritable, toujours prêt à exploser, dernièrement. Surtout quand il voyait Sans. Il ne se contrôlait plus, et c'était un sentiment désagréable. Il aimait avoir le contrôle. Juste tout à l'heure, il avait fallu qu'il voie les larmes de son frère pour reprendre le dessus sur sa colère. Quel sentiment désagréable.
Il ne voulait pas engueuler Sans jusqu'aux larmes. Mais c'était plus fort que lui. Et il l'avait même frappé derrière la tête quelques fois.
Comment est-ce que les choses avaient pu en arriver là?
Oh, et puis c'était de la faute de Sans aussi, hein! S'il ne se laissait pas autant aller, s'il pouvait au moins arriver à l'heure à son poste et ne pas avoir le visage barbouillé de moutarde à chaque fois…
Non… c'était trop facile de rejeter toute la faute sur Sans, et Papyrus était trop sévère envers lui-même pour s'accorder cette échappatoire. Comment est-ce qu'il avait pu laisser son frère tomber dans cet état de plus en plus léthargique? - c'était la véritable question. Et comment est-ce que ses tentatives d'encouragements s'étaient changées en engueulades de plus en plus intenses?
Papyrus se releva et secoua la neige qui lui collait dessus, avant de continuer sa patrouille. Il donna des coups de pieds dans les petits chiens qu'il croisait, il testa si ses pièges étaient toujours bien activés, et il fit un tour complet de la forêt. Toujours pas d'humain en vue.
C'était l'heure du dîner, et Sans servait des hotdogs à un autre kiosque. Il avait pris ce deuxième emploi pour se changer les idées et mettre un peu d'argent de côté, mais Papyrus voyait bien que ce n'était pas très efficace. Même de loin il le voyait soupirer comme un idiot. Il allait pour le voir et l'engueuler de nouveau, mais il se retint. Pas devant ses clients. Pas une deuxième fois aujourd'hui.
Il devait se contrôler un peu mieux.
O*O*O
Après le rush du midi à son stand à hot dogs, Sans s'accorda une pause et s'étendit au fond de son poste d'observation. De toute façon il s'était mis à neiger, et même si un humain passait, il ne le verrait probablement pas. Et son frère serait occupé à déblayer les pièges, il ne viendrait pas l'embêter. Il sombra dans un sommeil peu profond et rempli de rêves étranges dont il ne se souvenait jamais très bien mais qui le laissaient plus fatigué qu'il ne l'était avant sa sieste.
Lorsqu'il rouvrit finalement ses canaux optiques, il vit que la neige avait cessé. Il regarda l'heure sur son téléphone, il était tard. Il aurait pu simplement rentrer chez lui, mais il n'en avait pas trop envie. Il n'avait pas envie de croiser son frère et de se faire engueuler à nouveau pour des raisons stupides.
Sans décida d'aller chez Grillby's pour avaler un morceau. L'ambiance était pourrie, et les chiens passaient leur temps à se bagarrer comme des idiots, mais ça serait déjà mieux que chez lui.
L'homme de feu mauve lui servit son habituel hamburger dégoulinant de gras et de moutarde, et une bouteille de moutarde "spéciale", mélangée avec de l'alcool. La bouffe était dégueulasse, et Sans délaissa le burger après deux bouchées pour se contenter de boire et de boire. Et comme d'habitude les chiens se battaient dans la salle, et Grillby les encourageait en leur lançant des étincelles brûlantes, et Sans avait la tête qui tournait de plus en plus et il finit par s'effondrer sur le comptoir.
Il en avait tellement, tellement marre de cette putain de vie…
Lorsqu'il reprit conscience, c'était la nuit. Il était de retour chez lui, dans sa chambre, sur son matelas. Papyrus avait dû venir le chercher…
Sans se leva pour aller prendre un verre d'eau. Papyrus était encore debout, et il regardait la télévision, et Sans n'avait pas envie de passer devant lui et de se faire encore reprocher son manque de contrôle avec l'alcool. Il se téléporta directement dans la cuisine, avala rapidement un verre d'eau du robinet, puis se retéléporta dans sa chambre et retourna sur son matelas.
Pourquoi est-ce qu'il devait autant éviter son frère, maintenant? Autrefois il aimait le suivre, parce qu'il était (et qu'il est encore plus maintenant!) tellement cool, tellement fort… Papyrus lui avait toujours fait des reproches, pourquoi est-ce que ça l'affectait autant maintenant?
Qu'est-ce qui les avait autant brisés?
C'était sûrement de sa faute. C'était toujours de sa faute. Papyrus avait bien raison de tout lui reprocher.
Les larmes coulaient de ses orbites alors qu'il sanglotait doucement. Les effets engourdissants de l'alcool s'étaient déjà dissipés, et la tristesse le submergeait.
Soudainement, la porte de sa chambre s'ouvrit. Il fit de son mieux pour cacher son visage larmoyant, mais c'était déjà trop tard, Papyrus se penchait déjà sur lui de son air sévère…
O*O*O
La journée avait été frustrante pour Papyrus: toujours pas d'humain en vue, il avait encore subi les moqueries d'Undyne, et son frère n'était même pas rentré pour souper alors qu'il avait pris la peine de préparer un bon repas. Il avait mangé ses pâtes seul en buvant une coupe de vin , mais il avait plutôt l'impression d'avaler son irritation.
Et alors qu'il regardait le show de torture MTT, Grillby l'avait appelé pour lui dire qu'encore une fois, son frère s'était écroulé après avoir bu chez lui et qu'il devrait passer le prendre. Toujours la même histoire. Il était tenté de lui dire de le jeter dans la neige et de le laisser là, mais il n'avait pas envie que tout le village puisse voir à quel point il avait un frère qui se laissait aller. Il se leva donc et prit le tunnel pour aller vers le bar.
Papyrus détestait aller là: l'endroit empestait la graisse et le chien mouillé (ou brûlé, selon l'humeur de Grillby). Sans dire un mot, en le voyant entrer le propriétaire des lieux lui pointa Sans, qui avait été déposé près du juke-box défoncé. Papyrus hocha la tête et s'avança, puis il passa son frère par-dessus son épaule. Il remarqua l'assiette d'hamburger à peine entamée, et le tas de bouteilles de moutarde sur le comptoir. Soupirant, il sortit quelques G qu'il posa là pour régler la note avant de filer, son frère endormi pendant dans son dos.
Une fois à la maison, il grimpa les escaliers et posa son frère sur le matelas de sa chambre. Quel bordel ici. Et il était devenu tellement léger, aussi. Il ne mangeait pas assez. Il n'arrivait plus à prendre soin de lui-même. Quel grand frère pathétique. Heureusement qu'il avait le Grand et Magnifique Papyrus pour l'aider.
Papyrus retourna devant la télévision, mais même les cris de douleur des "invités" de Mettaton qui se faisaient torturer n'arrivaient plus à le distraire. Il fixait l'écran sans le voir, il n'entendait plus rien.
Il se demandait ce qu'il devait faire. Parce que ça faisait maintenant trop longtemps que les choses stagnaient ainsi. Sans buvait comme un trou et n'arrivait plus à travailler convenablement. Il ne contrôlait plus ses émotions… et Papyrus non plus. Sans pleurait, et Papyrus gueulait.
Sans pleurait… maintenant il l'entendait. Il était en train de pleurer dans sa chambre en ce moment même. Complètement pathétique.
Papyrus éteignit le téléviseur et grimpa les escaliers. Il entra dans la chambre de Sans, impulsivement. Effectivement, il était en train de pleurer sur son matelas, comme un gamin. Il se pencha sur lui sans rien dire… et il passa ses bras autour de ses épaules pour lui faire une étreinte. Il sentait Sans tendu contre lui, il voyait la sueur couler partout sur son crâne, il sentait l'odeur forte de moutarde et d'alcool et c'était assez dégueulasse… mais il le garda contre lui.
-paps…?
-TCH. FERME-LA.
Et il sentait que Sans se remettait à pleurer de plus belle et s'accrochait à lui, désespérément. C'était tellement pathétique, mais Papyrus le laissait faire.
Il n'avait qu'un seul frère après tout, aussi faible et paresseux et idiot soit-il. Il ne pouvait pas le perdre. Il ne voulait pas pas le perdre. Il ne voulait pas voir Sans perdre ce combat contre lui-même. Contre ce monde de merde. Même s'il ne savait plus comment l'aider.
Sans finit par se calmer, et par s'endormir là. Papyrus l'étendit convenablement dans son lit avant de quitter la pièce. Il était temps qu'il aille dormir lui-même. Il se sentait étrangement mieux lui-même après avoir vu le visage paisible de son frère endormi.
Quel sentiment stupide.
