La prochaine demande est de I SHIP IT, dans les trois propositions que tu as faites, je prends GasterXAsgore. Gaster est un personnage avec lequel j'ai toujours un peu de difficulté, le fandom l'a tellement mis à toutes les sauces qu'il est devenu un peu difficile à cerner, et je n'ai pas de headcanon sur sa nature en tant que monstre (squelette ou autre?), sa relation avec les autres personnages (surtout les skelebros, c'est leur papa, leur créateur, le patron de Sans?), et surtout s'il est bienveillant ou malveillant…
Mais j'ai envie d'écrire du fluff angsty, alors j'y vais pour un Gaster jeune scientifique, plutôt gentil et innocent (pour le moment... ) de type squelette, et Asgore… ben c'est Asgore. J'adore Asgore. XD
J'espère que la chronologie est pas trop merdique. Ah, et j'ai mis des parenthèses au dialogue de Gaster, j'aurais bien voulu écrire en windings, mais ça serait un peu difficile à comprendre. Enjoy!
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Gaster tentait de suivre la haute et large silhouette devant lui, mais il était tellement intimidé qu'il aurait plutôt voulu partir en courant dans la direction inverse. Mais le roi se tourna vers lui et esquissa un sourire engageant, avant de s'écarter en lui montrant le bâtiment blanc au milieu des salles rouges des Hotlands.
-Voilà, c'est ici, dit Asgore en fouillant dans ses poches pour en sortir une clé. Les recherches pour l'énergie vont prendre la priorité absolue, alors je l'ai fait construire avant tout autre bâtiment.
Gaster, trop impressionné pour répondre quoi que ce soit, se contenta de hocher le crâne. Asgore ouvrit la porte du laboratoire tout neuf, avant de tendre la clé à Gaster, qui la prit entre ses mains trouées, l'air de ne pas trop savoir quoi en faire.
-C'est maintenant chez toi ici, affirma le roi.
-(Je… merci), finit par articuler Gaster avant de ranger les clés dans ses poches.
-Si tu as besoin de quoique ce soit, des matériaux, des employés, n'importe quoi, tu n'as qu'à m'envoyer un message, et je t'enverrai les fonds. Ce qui se passe ici est la priorité absolue pour le royaume.
Le squelette n'arrivait pas à relever les yeux et à regarder Asgore dans les yeux. Il s'agitait un peu sur place, ne sachant pas quoi répondre… et il finit par sentir la patte d'Asgore sous son mandibule qui le forçait gentiment à relever la tête. Tétanisé par ce contact ferme mais très doux, Gaster finit par rencontrer le regard bienveillant du roi.
-C'est beaucoup de responsabilités d'un coup, je m'en excuse, dit le roi. Je comprends très bien ce que c'est que de devoir endosser quelque chose comme ça… un peu trop bien.
Le sourire d'Asgore se fit désolé, rempli de tristesse, mais son regard était toujours aussi bienveillant, aussi gentil. Gaster sentit quelque chose remuer dans son âme en voyant son roi ainsi.
-Mais je te fais confiance, ajouta Asgore en lâchant le mandibule de Gaster pour lui poser la main sur l'épaule. Tes recherches avant la guerre étaient très prometteuses, et tu as l'environnement idéal pour les poursuivre ici.
Et en cet instant, Gaster oublia que tout les monstres comptaient sur lui, qu'ils étaient prisonniers sous la montagne sans espoir d'en sortir, qu'il fallait trouver au plus tôt une source d'énergie propre et stable pour que tout le monde ait un niveau de vie décent… Gaster oublia tout. Même sa nervosité devant la présence imposante du roi, le poids des responsabilités, la peur de l'échec.
Il n'y avait que lui et Asgore.
Et il voulait, de toute son âme, être utile à cet homme. Alléger un peu le fardeau qui pesait sur ses royales épaules.
Rien d'autre.
Gaster hocha la tête et sourit à son roi. Il comprenait maintenant pourquoi tout le royaume des monstres l'aimait, pourquoi il avait été choisi pour régner sur eux. Il était encore largement intimidé, mais il se sentait… heureux. À sa place. Il répondit, d'une voix plus assurée qu'il ne s'en croyait capable:
-(Vous ne serez pas déçu, mon roi.)
-Tu peux me tutoyer, tu sais…
Encore un de ces sourires… Gaster retomba dans sa gêne et bredouilla alors qu'Asgore éclatait de rire.
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Il avait encore passé une nuit blanche devant son ordinateur, la cinquième d'affilée, mais maintenant qu'il était si près du but, il avait de la difficulté à s'arrêter. Cependant, il en était maintenant à un point où tout le café du monde n'arriverait pas à le garder éveillé. Il s'accordait quelques heures de repos, et une bonne douche, aussi.
La construction du Core était bien entamée, mais il y avait encore de nombreux calculs à faire afin que l'énergie thermique soit bien contrôlée dans sa transformation en électricité magique et sa distribution partout à Home.
Gaster s'assura que tous ses documents étaient sauvegardés, avant de les fermer un après l'autre. Le fond d'écran de son ordinateur s'afficha: une photo d'Asgore dans son armure complète, prise pendant la guerre, alors qu'il commandait les troupes. Il avait l'air tellement déterminé, mais aussi tellement… triste. Asgore n'avait jamais voulu de cette guerre, qu'il avait perdue. Comment auraient-ils pu gagner contre les humains? Ils étaient tellement plus forts qu'eux.
Et maintenant ils en étaient là. Sous la montagne. Tout était obscur, et la nourriture se faisait de plus en plus rare. Il était temps que la centrale thermique fonctionne, pour que les monstres puissent enfin avoir de la lumière, puissent cultiver des serres hydroponiques, pour faire marcher tous les appareils modernes…
Gaster passa une phalange sur son écran, sur l'image du visage d'Asgore. Celui-ci devait supporter les plaintes et le désespoir de tout le monde. Il y avait eu tellement de morts, et les survivants se trouvaient dans des conditions lamentables. Tant d'orphelins, tant de blessés. Mais il souriait toujours, il trouvait toujours les mots pour encourager ceux qui venaient le voir. Quel homme merveilleux.
En arrière-plan, on voyait Toriel, entourée de boules de flammes. La reine. Elle aussi était merveilleuse. Gaster l'avait rencontrée à quelques reprises alors qu'il venait faire ses rapports au palais. Toriel. Toujours gentille, toujours accueillante, c'était elle qui s'occupait des enfants qui n'avaient plus de parents. Le roi avait bien de la chance de l'avoir. Ils étaient faits l'un pour l'autre. Ils étaient… adorables, ensemble.
Gaster soupira, puis il se secoua et enleva sa blouse blanche, avant de se jeter sur le fauteuil qui lui servait aussi de lit, un peu plus loin. Il ne quittait le laboratoire que pour aller faire ses rapports. Il avait hâte de se mettre sur le projet de réseau underNET, pour que la communication entre eux soit moins laborieuse.
Il ramena un drap rapiécé sur lui, et il ne lui fallut que quelques instants pour plonger dans un sommeil profond et bien mérité.
Lorsqu'il s'éveilla, quelques heures plus tard, il ouvrit ses canaux optiques et il vit aussitôt… Asgore qui lisait, assis sur une chaise qu'il avait déplacée juste à côté de son fauteuil. Le roi, remarquant le mouvement de Gaster, se tourna vers lui et lui souhaita un bon matin en souriant. Le scientifique, horriblement gêné, remonta la couverture par-dessus sa tête.
La plupart du temps, c'était lui qui se déplaçait pour venir faire ses rapports, mais de temps à autres, le roi venait voir les progrès au laboratoire et au chantier du Core. Mais de là à entrer comme ça… sans prévenir…
-Pardon, je ne voulais pas te surprendre comme ça! dit le roi d'un ton désolé. J'étais dans le coin, je me suis dit que je pourrais faire un petit tour pour prendre de tes nouvelles, et la porte n'était pas verrouillée, mais quand je suis entré et que je t'ai vu dormir comme ça, je n'ai pas osé te réveiller…
-(Vous auriez dû… j'espère que je ne vous ai pas trop fait attendre…)
Gaster se débarrassa de la couverture sur sa tête et se leva pour aller préparer du thé. Il remarqua au passage qu'Asgore lisait ses documents techniques.
Il travaillait au laboratoire depuis plusieurs mois, et il s'était habitué à la présence du roi… en public. Seul à seul, il était encore aussi intimidé qu'au premier jour, sinon davantage. Parce qu'il faisait tout son travail avec l'idée d'aider Asgore, de lui être utile, d'avoir de la valeur à ses yeux… et qu'il se sentait un peu idiot de se sentir ainsi envers le roi de tous les monstres. Ce qu'il faisait allait aider l'Underground au complet… mais il ne le faisait que pour une personne. Une personne qu'il avait encore de la difficulté à simplement regarder en face. Oui, vraiment, il n'était qu'un idiot.
Il revint du coin cuisine avec deux tasses de thé, et il en tendit une au roi, avant de s'asseoir sur ton fauteuil et de souffler sur son propre thé.
-Alors, il y en a pour combien de temps avant l'inauguration, tu crois?
-(Nous devrions pouvoir suivre l'échéancier, et faire fonctionner le Core dans trois semaines. Une semaine plus tard, tout le monde dans Home devrait avoir l'électricité.)
-Voilà de très bonnes nouvelles!
Gaster se tourna brièvement vers Asgore… et il vit que celui-ci avait des larmes de joie au coin de ses yeux. Le squelette sentit de la couleur lui monter aux zygomatiques. Il bredouilla:
-(Ce… c'est le moins que… je puisse faire… pour vous…)
-Tout le monde t'en sera très reconnaissant, et moi le premier, Gaster, affirma Asgore qui essuyait ses larmes rapidement avec sa patte.
Il déposa sa tasse et se leva avant de faire un calin à Gaster, qui se figea totalement dans les bras de son souverain. Il n'arrivait plus à penser à rien d'autre qu'à la chaleur du corps musclé du roi contre ses os. Le roi lui passa une patte dans le dos, lui tapota un peu les omoplates avant de se redresser et de reprendre sa tasse comme si de rien n'était.
-Je dois partir, mais je suis content que les choses progressent, et que tu aies l'air de prendre du repos malgré tout. J'avais peur que tu te surmènes…
Et il but sa tasse de thé d'un trait, tapota l'épaule de Gaster d'un air content, puis il quitta le labo. Gaster resta inerte pendant un bon moment jusqu'à ce que son esprit débloque enfin et enregistre ce qui venait de se passer. Son âme battait la chamade dans sa cage thoracique, et ses mains tremblaient tellement qu'il en échappa sa tasse de thé par terre. Il se leva lentement pour aller chercher un balai et de quoi essuyer le dégât.
"Oh, Asgore… pourquoi est-ce que vous êtes aussi gentil avec moi… pourquoi cette… accolade soudaine… pourquoi est-ce que vous êtes si chaud et si doux et si… non non non non non non non non."
Il laissa tomber le balai et les linges par terre, et il se précipita sur son ordinateur. Il valait mieux se remettre au travail, plutôt que de penser à ce qu'il aurait aimé qu'Asgore lui fasse de plus.
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Le Core venait d'être inauguré, et l'énergie était peu à peu distribuée dans tous les recoins de Home. Les citoyens reprennaient espoir d'avoir un niveau de vie à peu près décent, les serres hydroponiques avaient été activées pour produire de la nourriture fraîche le plus rapidement possible, et les tunnels principaux étaient finalement tous éclairés. Il restait encore quelques endroits sombres, mais les services essentiels pouvaient maintenant être comblés.
Du haut des remparts du palais (qui plutôt ressemblait à une maison bien ordinaire de l'extérieur), Gaster et Asgore regardaient la ville souterraine finalement éclairée. La cérémonie s'était bien passée, tout le monde avait applaudit. L'avait applaudit, lui, Gaster. Mais c'était le discours d'Asgore, qui l'avait félicité pour la vitesse et l'ampleur de son travail, qui l'avait le plus touché. Et maintenant ils étaient là, et le roi avait posé un bras sur les épaules du squelette dans un geste amical, et comme à son habitude le squelette ne savait pas comment réagir aux marques d'affection de son roi et s'était figé.
Ils avaient discuté des prochains plans du scientifique et de son équipe: d'abord l'UnderNET et le réseau téléphonique, ensuite des ascenseurs pour se déplacer plus rapidement d'un endroit à l'autre, puis… la Barrière.
-Je sais que ça prendra du temps, disait Asgore, ne te mets pas de pression avec l'idée de faire sauter cette barrière. Le niveau de vie et le bonheur des monstres ici passe avant tout. Mais… je crois que ça donnerait de l'espoir à tout le monde de savoir que… quelqu'un travaille à les faire sortir.
-(Oui… sûrement…vous... voulez vraiment sortir d'ici, mon roi?)
-Tu n'as pas envie de revoir le soleil, Gaster?
"Vous êtes mon soleil, ô mon roi" se disait le squelette. Mais il répondit plutôt:
-(J'ai toujours plutôt été du type… intérieur…)
Asgore éclata de rire, et même Gaster esquissa un sourire gêné. Soudain ils entendirent des pas derrière eux. C'était Toriel, qui venait pour leur dire que le souper était prêt, et qu'elle invitait Gaster aussi, évidemment, s'il le voulait bien. Il accepta, même s'il n'était pas particulièrement friand de tarte aux escargots, ça serait quand même meilleur que la nourriture déshydratée qu'il mangeait à tous les jours au labo.
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Les réseaux de communication et de transport étaient maintenant fonctionnels, et une vie à peu près normale s'était établie dans l'Underground. La plupart des monstres résidaient à Home, mais certains préféraient des climats plus froids, humides ou brûlants et s'étaient installés dans différents secteurs de la montagne.
Gaster avait encore du travail à faire, mais il appréhendait de devoir faire des recherches sur la Barrière. On ne savait rien de cette magie humaine, mais elle était très puissante. Sa spécialité était l'énergie, mais il n'avait jamais vu cette forme d'énergie nulle part ailleurs. Et il ne savait pas comment la briser. Personne ne le savait.
Mais il voulait aider Asgore. Il voyait bien à quel point tout le monde comptait sur le roi. Personne ne lui en voulait d'avoir perdu cette guerre, mais tout le monde était amer malgré tout, et espérait sortir.
À quoi bon sortir, se demandait sincèrement Gaster. Les humains vont nous réduire en poussière une bonne fois pour toutes. Ça n'en vaut pas la peine, juste pour sentir du vent frais et un peu de soleil… non, ils étaient bien mieux ici. À l'abri. Les ressources n'étaient pas si limitées, et la vie à long terme semblait possible.
Comme pour confirmer cette pensée de Gaster, on avait annoncé que la reine était enceinte quelques jours plus tôt. Le scientifique avait été féliciter le couple royal, sincèrement. Ils étaient tellement heureux. Tellement adorables ensemble. Ils voulaient un enfant depuis longtemps, mais avec la guerre, ce n'était jamais le bon moment. Maintenant que les choses s'étaient calmées, maintenant que la guerre était finie et que le royaume était organisé sous la montagne, ils pouvaient enfin avoir l'enfant qu'ils avaient toujours voulu.
Toriel était particulièrement radieuse, et Asgore laissait éclater sa fierté partout. Et les autres monstres reprennaient courage en les voyant. L'Underground allait être leur nouvelle maison, pas seulement un abri temporaire, mais si la vie y était confortable, si même le roi et la reine allaient y élever leur enfant, pourquoi ne pas s'y faire?
Gaster sentait les larmes couler de ses orbites, mais il se contenta de les essuyer avec la manche de son blouson de travail. Il avait abandonné l'idée d'avoir une compagne ou un compagnon: il dédiait sa vie entière à son travail. À son travail… qui était voué à Asgore. Il était un idiot d'être aussi attaché à un homme marié et heureux de l'être, dont la femme était enceinte!
Mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Et puis Asgore était heureux ainsi.
Et c'était tout ce qui lui importait.
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Quelques années plus tard, Gaster se présentait au palais à New Home (qui ressemblait toujours autant à une simple maison vu de l'extérieur) avec son nouveau rapport sur la Barrière. Comme prévu, les travaux étaient longs et ardus, et il lui avait fallu plusieurs années avant d'arriver à un résultat, mais il avait finalement quelques réponses à donner à Asgore. Même si ce n'était rien de plaisant.
Un garde lui ouvrit la porte, et à peine il était entré qu'Asriel se mettait dans ses pattes en riant. Quel gamin adorable. Il ressemblait déjà beaucoup à son père. Il passa ses pattes dans le trou des mains de Gaster et s'y accrocha. Le scientifique se laissait faire, attendri, et laissa le gamin l'accompagner jusqu'à la salle du trône. En voyant son père, Asriel délaissa le squelette pour se jeter dans ses bras. Asgore le souleva comme s'il ne pesait qu'une plume, pour son plus grand plaisir.
-Gaster! Quel plaisir de te voir!
Et Asgore se pencha sur lui pour lui faire la bise, son fils toujours dans ses bras. Le scientifique était toujours gêné en la présence de son roi, mais il ne bredouillait presque plus, et il se figeait à peine à son contact.
-(C'est aussi un plaisir de vous voir, mon roi.)
-Alors, tu m'as finalement pondu ce rapport sur la Barrière?
-(Oui… mais j'ai bien peur que les nouvelles ne soient pas très bonnes…)
-Installons-nous devant une tasse de thé pour discuter de tout ça, tu veux bien?
Gaster acquiesça, et Asgore déposa Asriel par terre, avant de se diriger vers la cuisine. Le gamin partit plutôt à courir vers le salon, comprenant instinctivement que les adultes allaient parler de choses ennuyeuses d'adultes et qu'il valait mieux aller ailleurs pour jouer.
Assis à la table de cuisine, les tasses de thé posées devant eux, les deux hommes ne tournèrent pas autour du pot. Gaster remit un dossier plutôt mince au roi, qui le feuilleta attentivement.
-Alors… il faut des âmes humaines pour traverser ou briser la barrière?
-(Exactement. L'âme d'un monstre avec celle d'un humain peut traverser. Mais il en faudrait sept pour briser la barrière.)
-Un monstre avec sept âmes humaines… ce serait littéralement un dieu…
Asgore referma le dossier et le posa sur la table.
-C'est hors de question.
-(Je me doutais que vous alliez dire ça.)
-Si jamais un humain devait s'aventurer ici, il serait notre invité, pas notre proie! Nous sommes des êtres civilisés, pas des assassins!
-(Les humains sont très cruels d'avoir mis cette condition sur la Barrière.)
-Oui… ils sont cruels… mais ne perdons pas espoir. Peut-être qu'il y a un moyen de… faire croire à la Barrière que nous avons des âmes humaines?
-(Je comptais justement me lancer dans cette voie pour mes prochaines recherches, affirma Gaster. Je voudrais créer artificiellement les conditions d'une âme humaine, ou du moins déterminée comme celle d'un humain.)
-Des âmes artificielles? Tu crois vraiment pouvoir y arriver, Gaster? Et y arriver… sans cruauté?
-(L'éthique a toujours été une priorité dans mon travail.)
-Je te fais confiance. Ton travail ne m'a jamais déçu. Envoie-moi des rapports aussi souvent que possible… et… si tu peux passer plus souvent, ça me ferait plaisir.
"Rien ne me ferait plus plaisir que de passer vous voir à tous les jours, mon roi, mais…"
-Ah, c'est bien toi, Gaster! s'exclama Toriel en entrant dans la pièce. J'espère que tu vas te joindre à nous pour le repas.
-(Oui, bien sûr, ma reine.)
"... mais je n'ai pas envie d'empiéter sur votre bonheur familial. Vous êtes tous bien trop éblouissants pour moi."
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Le premier humain était tombé dans la montagne. C'était Asriel qui l'avait trouvé, alors qu'il était assez mal en point de sa chute. Asgore l'avait appelé pour savoir comment le soigner. Après l'avoir nourri à la nourriture de monstre et lui avoir donné un peu de repos, il fonctionnait comme un neuf.
Gaster en profita pour faire quelques tests avec son ADN, et de légers extraits de son âme. L'arrivée d'un humain en chair et en os allait définitivement faire avancer ses recherches beaucoup plus rapidement… même si l'humain était très renfermé et peu coopératif. La famille royale l'avait adopté, et il s'ouvrait peu à peu à eux, mais Chara (c'était son nom) était hostile au contact avec la plupart des autres monstres. Et apparemment, il était aussi hostile envers les humains, quand il parlait d'eux.
Mais c'était un enfant aux émotions très fortes, et Gaster put finalement isoler la détermination qui lui manquait. Très peu de monstres produisaient naturellement de la détermination, mais cet humain en était bourré. Il n'était pas question d'en injecter à personne, c'était dangereux, mais s'il pouvait la reproduire artificiellement, peut-être qu'ils pourraient traverser la Barrière…
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Les choses avaient mal tourné. Très mal tourné. Tellement mal, qu'on se demandait si on allait s'en remettre.
Chara était mort. Asriel avait absorbé son âme, et traversé la Barrière avec le corps de l'humain… et il était revenu couvert de blessures, dont il était mort quelques instants plus tard. Les humains avaient cru qu'il avait tué Chara… et il n'avait pas voulu les blesser.
Asgore, dans une fureur incroyable, avait affirmé que les prochains humains à tomber dans la montagne seraient tués et que leurs âmes serviraient à briser la Barrière. Toriel, dégoûtée, était partie dans les Ruines.
Quelques jours après ces funestes événements, Asgore était venu frapper à la porte du laboratoire de Gaster, qui lui avait ouvert avec surprise… et le grand monstre chèvre s'était jeté dans ses bras, pleurant et tremblant. Le squelette faillit s'effondrer sous le poids de son roi, et le traîna de peine et de misère jusqu'à la première chaise venue.
-Les enfants sont morts… les enfants sont morts, et Toriel est partie, Gaster…
-(Oui… je sais…)
-Et j'ai dit que j'allais… que j'allais…
-(Tuer les prochains humains. J'ai entendu l'annonce, c'était à tous les bulletins de nouvelles.)
Et Asgore éclata en sanglots. Désemparé, Gaster lui tendit un mouchoir à défaut de trouver quelque chose de mieux à faire. Le grand monstre se moucha aussitôt, bruyamment.
-Je n'ai pas envie de le faire, je n'ai pas envie de tuer personne, pas s'ils ne sont pas dangereux, pas si ce n'est pas la guerre, pas… pas des enfants… comme Chara…
-(Je suis tellement désolé, mon roi… si seulement j'avais pu faire progresser mes recherches…)
-Ce n'est pas de ta faute, Gaster, soupira Asgore. J'ai dit un truc idiot, et maintenant tout le monde va m'en enfoncer les conséquences dans le fond de la gorge. Parce que je suis le roi, et parce que c'est le seul moyen de le faire, n'est-ce pas? Il faut bien que quelqu'un le fasse, et comme un idiot j'ai dit que ce serait moi.
-(Et tout le monde est bien trop heureux de pousser cette horrible responsabilité sur quelqu'un d'autre.)
-C'est bien ça mon travail de roi, prendre les responsabilités des pires actes pour que les autres n'aient pas à les porter… non?
Asgore s'était remis à sangloter, et Gaster versait aussi des larmes à le voir pleurer ainsi. Et avant même de se rendre compte de ce qu'il faisait, il avait pris Asgore dans ses bras.
-(Je vous aiderai… autant que possible… laissez-moi vous aider… ne portez pas ce fardeau seul…)
Et Asgore rendait l'étreinte de Gaster, et serrait le squelette contre lui. Les deux hommes pleuraient franchement, pleuraient la perte de leur innocence, le poids de leurs futurs péchés, les enfants qui allaient mourir pour eux.
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Le roi venait souvent voir Gaster. La solitude ne lui allait pas, sa famille lui manquait horriblement. Gaster était devenu son plus proche confident. Le squelette s'en réjouissait un peu, malgré la tristesse qui pesait sur eux, et ce sentiment le remplissait de culpabilité.
Grâce à ses recherches sur l'âme de Chara, il avait pu faire des contenants pour conserver les futures âmes humaines, afin qu'Asgore n'ait pas à les absorber aussitôt. Et Asgore… après sa crise, il avait repris son sourire. Même si Gaster savait bien que ce n'était qu'un masque. Et tout le monde n'attendait qu'un humain tombe dans la montagne, pour voir si leur roi allait tenir parole.
Et le masque tombait devant Gaster, qui était heureux de l'honnêteté de son roi… même s'il préférait nettement l'époque où son sourire était sincère. Mais il avait décidé de vouer sa vie à cet homme, et ce n'était certainement pas le moment de l'abandonner, au contraire!
Et Asgore lui donnait de plus en plus de marques d'affection. Peut-être parce qu'il se sentait seul, et que le contact avec sa femme, avec ses enfants, avec d'autres monstres lui manquait. Peut-être parce qu'il se sentait rassuré en rassurant les autres. Mais Gaster, même s'il était très heureux de sentir les pattes d'Asgore sur son crâne, dans son dos, de sentir ses bras puissants autour de lui… il en restait toujours mal à l'aise.
Parce qu'il en voulait plus.
Parce que Toriel n'était plus là.
Parce qu'il s'autorisait à rêver à plus.
Même s'il savait qu'Asgore pensait toujours à Toriel.
Même s'il savait que son roi faisait ces gestes amicalement.
Il devait retenir ses frissons de désir et ses gémissements à chaque fois.
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L'âme du premier humain flottait dans le conteneur. Asgore l'avait fait. Et partout, les monstres étaient heureux. "Plus que six autres." "Même si ça prend quelques années, quelques décennies, au moins on a du progrès!" "Même si moi je ne sortirai pas vivant de cette montagne, peut-être que mes enfants verront le soleil…" Plus moyen de reculer maintenant.
Asgore, hébété, avait vu ses HP, son ATK et sa DEF monter… mais pas ses LV. Il n'arrivait pas à se détacher. Ça ne deviendrait jamais plus facile. Gaster ne comprenait pas non plus le phénomène, mais pour le moment, il avait plus important à faire. Il devait le soutenir. Il devait le consoler. Il devait…
Il n'avait jamais voulu profiter de la situation, mais avant de s'en être rendu compte, il avait posé ses dents sur la bouche d'Asgore dans un baiser de squelette. Et le roi, beaucoup trop secoué pour réagir normalement, répondait à son baiser. Il leur fallut tous les deux quelques instants pour comprendre ce qui se passait, et reculer chacun de leur côté, instinctivement.
-Gaster…?!
-(J-je… je suis désolé… mon roi…)
Il venait de se révéler, au pire moment, après toutes ces années à garder le secret. Après toutes ces années à ses côtés. Vraiment, quel idiot, depuis le début… mais Asgore se rapprochait à nouveau de lui, et prit ses mains trouées entre ses pattes.
-Ne sois pas désolé… et…
Il se pencha sur lui et lui murmura près du canal auditif:
-Je ne dirais pas non à un peu de réconfort, après cette journée horrible.
Gaster se figea, les orbites écarquillées. Il avait baissé la tête, mais Asgore s'était mis bien face à lui, et il avait pris son mandibule entre ses doigts pour le forcer à le regarder dans les yeux. Comme au premier jour. Et Gaster finit par articuler, d'une voix à peine audible, mais plus assurée qu'il ne s'en sentait capable:
-(Tout ce que vous voudrez, mon roi. Je suis à vous. Corps et âme.)
Et Asgore se pencha à nouveau sur lui, cette fois-ci pour l'embrasser. Gaster pleurait, mais il ne s'était jamais senti aussi heureux.
