Chapitre 2 : Choix difficiles
L'Arcadia approchait d'Amos. Harlock avait continué à veiller sur Ellie, dont les blessures prenaient du temps à se guérir et ce malgré les nanos de Ryo qui travaillaient à plein régime pour la remettre sur pied. Elle souffrait qui plus est de céphalées fréquentes et ses souvenirs depuis son réveil avaient tendance à s'embrouiller dans son esprit. Elle se rappelait son étrange rêve mais la journée où elle était sortie du coma était comme dans un trou noir. La dernière chose dont elle arrivait à se souvenir se situait dans le laboratoire pendant qu'elle effectuait les sabotages. Elle tenta de se rappeler des combats qui l'avaient menés à être blessée mais ses souvenirs étaient inaccessibles. Le capitaine s'était rendu compte du phénomène dès le lendemain Ellie semblait ailleurs, cherchant à se souvenir de quelques chose. Elle paraissait même parfois absente et il était fréquent qu'il la retrouvât figée, regardant pensivement la mer d'étoiles comme si elle était très loin de l'Arcadia. Hans étant très inquiet, il demanda à Toshiro de pousser les machines au maximum car il fallait qu'Ellie voie un médecin de toute urgence. Face à ce problème de mémoire la jeune maman se tourna vers lui mais elle le sentait, Harlock, embarrassé, refusait de parler de certains sujets et lorsqu'il lui demandait ce qu'il s'était passé sur Terre elle éludait la question car elle n'arrivait plus à réunir les souvenirs de cette fameuse soirée. Ce refus de communiquer mettait progressivement une distance entre eux. Harlock le soir retournait dormir à sa cabine et elle passait ses nuits seule. Elle qui aimait tant se blottir dans ses bras, se retrouvait privée de leur douce chaleur rassurante alors qu'elle avait un besoin de plus en plus important de la présence de l'homme qu'elle aimait. Ellie, face à ses pertes de mémoire commençait à avoir peur. Elle risquait de perdre tous ses précieux souvenirs et elle ne pouvait l'accepter. Sans compter qu'elle ne savait plus très bien où en était sa relation avec Harlock. Ils avaient rompus sur Amos car la Résistance voulait tuer Mark, elle s'en rappelait très bien, elle l'avait retrouvé ensuite dans le lit de Sylvidra puis ses souvenirs s'effilochaient. Mark était mort, assassiné par sa mère ce qui voulait dire que la tentative de Hans pour sauver son fils avait été un échec, cela elle l'avait bien compris. Elle respectait son deuil, et gardait par conséquence ses distances en espérant qu'il finirait par revenir vers elle mais plus le temps passait plus elle en doutait. Hans la soignait mais ensuite il s'occupait de l'Arcadia et la laissait seule. Peut-être que sa décision de rupture était définitive finalement. Si c'était le cas, elle devrait l'accepter et ne songer plus qu'à ses enfants. Elle n'osait pas lui poser la question franchement, elle avait bien trop peur de sa réponse. Elle craignait plus que tout qu'une fois de retour sur Amos il ne lui confirme ses pires craintes et qu'il ne s'envole pour tous jamais dans la mer d'étoiles.
Ryo sur Amos constatait jour après jour que la situation empirait. Les aristocrates régnaient en maîtres sur beaucoup de planètes et la population, frustrée, s'en prenait aux familles de ceux qui avaient travaillé ou collaboré avec le Consortium. Certains qui avaient simplement le malheur d'être apparentés aux hommes et femmes du Consortium et qui n'avaient pas collaboré furent mis au banc de la société. Beaucoup avaient fuis leur logement et s'étaient réfugiés dans les anciennes mines des astéroïdes pour ne plus subir la vindicte populaire.
Ryo ne pouvait que constater les dégâts. Si une enquête officielle avait pu être lancée les choses auraient été beaucoup plus claires. La noblesse se chargeait de mettre de l'huile sur le feu en ne cessant de répéter dans les médias qu'il était temps de se débarrasser de tous ceux qui avaient collaboré ainsi que de leur famille. Bien entendu, elle s'était arrangée pour faire disparaître les preuves compromettantes la concernant.
Nynna le voyait tous les jours, Ryo s'enfonçait dans la dépression. La blessure d'Ellie l'avait profondément affecté et il commençait à regretter d'avoir sacrifié tant de monde pour que le peuple se retrouve dans cette situation-là. La société se fracturait de plus en plus et il ne pouvait l'en empêcher. Les planètes couraient au désastre et il se sentait impuissant. Il sentait la colère latente sous son désespoir et il ne mangeait presque plus. Il ne dormait que deux ou trois heures par nuit. La noblesse avait réussi à prendre le pouvoir démocratiquement et d'ici une année les élections lui donneraient le gouvernement de la nouvelle démocratie. Après tout la population, étant débarrassée de Gaia et du Consortium, elle n'avait plus besoin de la Résistance.
Ryo regardait le coucher de soleil sur Amos tristement. Nynna observait son amant. Tous ses rêves s'écroulaient et elle ne pouvait pas l'aider. Elle jeta un œil sur le plan de l'académie militaire et sourit tristement. Elle quitta la pièce en laissant son amoureux plongé dans ses tristes pensées et alla dans la salle des communications. Elle lisait un rapport lorsqu'un appel prioritaire du général Martin mit en route l'écran principal. Elle vit alors l'air réjoui du général s'afficher sur l'écran.
- Salut Nynna ! Ryo est dans le coin ? S'enquit-il joyeusement.
- Non il est dans nos appartements et il ne va pas très fort, indiqua-t-elle tristement.
- J'ai un cadeau magnifique pour lui ! Annonça le général tout sourire.
- Des preuves contre ses sales enfoirés d'aristos qui nous pourrissent la vie ?
- Mieux, un revenant ! L'Arcadia est de retour ma belle !
Nynna sous le choc lâcha le document qu'elle lisait qui atterrit en vrac sur le sol.
- Si c'est une plaisanterie, elle est de très mauvais goût ! Gronda-t-elle.
- Voici les images en direct !
Une vidéo s'incrusta sur l'image du général où on voyait l'Arcadia en approche d'Amos.
- Oh merci mon Dieu ! Pleura de joie Nynna.
- Je vais envoyer l'image à Ryo, proposa-t-il en souriant en voyant le visage bouleversé de la jeune femme.
Deux minutes plus tard, Ryo se ruait dans la salle où il assista à l'entrée de l'Arcadia dans l'atmosphère d'Amos en direct. Les deux amants en pleurèrent de joie en se serrant l'un contre l'autre.
- On ferait mieux d'essuyer nos larmes, Mister Freeze risque de ne pas apprécier de nous voir pleurer, suggéra Nynna en se tamponnant les yeux.
Ellie rejoignit Harlock à la timonerie. Son amour guidait l'Arcadia, elle l'observa un long moment avant que Hans ne vienne à lui demander de contacter Ryo sur la fréquence de la Résistance. Nynna en reconnaissant le code secret bascula le signal vidéo sur l'écran. Elle faillit faire une attaque en voyant le visage souriant d'Ellie. Elle qui s'était promis de ne pas pleurer fondit en larmes.
- Bonjour Nynna, la salua Ellie, je suis désolée de t'avoir inquiétée. Je vais bien, les nanos de Ryo m'ont aidée à guérir. Ne pleure plus je t'en prie.
- Excuse-moi c'est l'émotion, sanglota la jeune femme très émue.
Elle s'essuya les yeux et Ryo eut un soupir de soulagement. Il s'approcha les yeux brillants.
- Si tu savais ce que je suis soulagé que ça ait marché ! S'exclama-t-il en faisant tout pour contenir les larmes qui lui montaient aux yeux.
- Tu n'as pas bonne mine Ryo, s'inquiéta Ellie. Qu'est-ce qui se passe ?
- L'Arcadia peut se poser sur les quais qui bordent le siège du nouveau gouvernement au Nord de la capitale. Il faudrait que je parle à Harlock, c'est important, souhaita Ryo.
Harlock mis en route la caméra qui permettait de visionner le sol des planètes sur de grandes distances et il repéra au Nord une vaste villa à plusieurs étages très luxueuse où des quais de grandes tailles avaient été aménagés en contrebas au niveau du fleuve. Il y avait des gardes placés au niveau des escaliers qui remontaient vers la propriété.
- Ca fait beaucoup de marches à monter et Ellie est encore fragile, indiqua-t-il. Je ne suis pas sûr qu'elle aura la force de grimper jusque là-haut.
- Ne t'inquiètes je vais envoyer un véhicule qui vous emmènera aux pieds du bâtiment, le rassura Ryo.
- Très bien A plus tard.
Harlock coupa la communication et les deux futurs époux n'avaient plus qu'à attendre la venue de leurs amis.
- Pourquoi veux-tu le voir ? S'étonna Nynna
- Il faut que je lui dise ce qui se passe.
- Tu ne crois pas qu'on devrait le laisser respirer un peu après tout ce qu'il a subi, protesta Nynna. Sans compter qu'il doit vouloir inhumer son fils.
- Je sais, mais je n'ai pas le choix, il n'y a que lui qui peut nous sortir de cette situation !
L'Arcadia se posa majestueusement sur les flots et glissa jusqu'aux quais. Une rampe fut installée et les deux occupants du vaisseau descendirent. Un véhicule les transporta jusqu'à la propriété et un garde les emmena jusqu'aux appartements de Ryo et de Nynna. A peine eurent-ils franchi le seuil de la porte du salon que Nynna se jeta sur Ellie et la serra à l'étouffer.
- Nynna j'ai du mal à respirer, indiqua Ellie dont la cage thoracique n'était pas tout à fait remise.
- Pardon, s'excusa Nynna en se reculant tout en en pleurant de joie. Je suis tellement soulagée. Je me suis bien occupé de tes petits, ils dorment en ce moment.
- Je sais Nynna, la rassura Ellie en lui souriant et lui serrant les mains dans les siennes.
- Ils ont bien poussé tu sais. Ils ont un an et c'est fou ce qu'ils ont grandi en quelques mois !
- Ça pousse très vite à cet âge.
Nynna regarda du côté d'Harlock et vit qu'il lui souriait avec douceur.
- Excusez-moi capitaine, je n'ai pas pensé à vous saluer, avoua Nynna gênée en lui tendant la main.
- Je n'ai pas le droit à un câlin moi ? Se moqua gentiment Harlock en lui serrant la main.
Harlock regarda du côté de Ryo et s'inquiéta fortement. Il ne l'avait jamais vu avec un air aussi préoccupé et angoissé. Il s'approcha de lui et à sa grande surprise, Ryo le prit dans ses bras et se serra contre lui.
- Ce que je suis content de te voir ! S'exclama Ryo reconnaissant.
Harlock était un peu interdit face à une telle attitude. Nynna et Ellie assistaient à cela surprises. Harlock, embarrassé, finit par l'entourer de ses bras et constata que l'informaticien avait beaucoup maigri
- Nynna, il ne va pas bien du tout ton amoureux, il a perdu le peu de graisse qu'il avait. J'ai même l'impression qu'il a perdu du muscle aussi, s'inquiéta Harlock.
- Je sais. Il a beaucoup de soucis en ce moment. Il ne dort et mange presque plus, avoua-t-elle gênée.
Harlock sentit une larme lui couler dans le cou.
- Je rêve, là ! S'exclama Harlock choqué. Tu pleures en plus !
- Non ! Mentit Ryo embarrassé qui sentait l'émotion le submerger.
- Bien sûr et ce n'est pas une larme que j'ai senti me tomber dans le cou peut-être ! Ecoute c'est embarrassant, je ne vais quand même pas me retrouver à te câliner devant ces dames pour que tu te calmes. Ressaisis-toi !
Ryo s'éloigna brusquement de lui puis il lui saisit la main. Il l'entraîna dans la pièce à côté et la porte se referma en claquant derrière eux à la grande surprise des deux femmes présentes. Harlock en voyant le lit à baldaquin en bois à deux places eut un rire incrédule. Ryo l'avait carrément amené dans sa chambre. Décidément l'informaticien devait avoir de gros problèmes pour ne pas se rendre compte de l'incongruité de l'endroit où il l'avait emmené pour discuter.
- Tu te rends bien compte que le câlin c'était une plaisanterie ! Je ne vais pas te faire un bisou pour te consoler de ton gros chagrin ! Prévint Harlock sur le ton de la plaisanterie.
- Ne t'inquiète pas, c'est juste que depuis quelques temps je suis à bout de nerfs, révéla Ryo en essuyant ses larmes. Et puis, ici, on sera tranquille pour discuter.
- Qu'est-ce qui se passe ? S'inquiéta Harlock.
- On a un gros problème.
- Je t'écoute.
- J'ai tellement de trucs à te raconter que je ne sais même pas par quoi commencer.
- Aristote Zone ?
- Il s'est barré pendant l'assaut avec les militaires du Consortium.
- Sylvidra ?
- Disparue, on n'arrive pas à la localiser.
- Qu'est-ce qui coince ?
- Tout ! Paniqua Ryo. On a mis en place un gouvernement provisoire le temps de tout réinstaller et de créer une nouvelle constitution.
- C'est un bon début.
- Attends, c'est là où les choses se gâtent. On a créé une assemblée de représentants. Chaque planète ayant un nombre de représentants en fonction de sa population. Et il y a eu les groupes de pression. D'abord Flora mais ça ce n'était pas trop grave je leur ai dit de faire comme elles faisaient avant pour que ses satanées bonne femmes me foutent la paix au plus vite !
Harlock eut un petit rire face à l'énervement de son ami.
- Ne te moque pas ! J'aurai voulu t'y voir à ma place !
- Non, merci ! La politique ce n'est pas mon truc ! Soutint Harlock en riant.
- Tu crois que c'est le mien ! Je suis informaticien à la base ! Enfin bon, j'ai voulu régler cela très vite, car je me suis rendu compte qu'un groupe de pression constitué de personnes qui se sont enrichies sous le Consortium s'était fait élire.
- Qui ?
- Les aristos ! Lâcha Ryo.
- Tu n'avais pas des dossiers sur les personnes qui avaient collaboré avec Aristote Zone ? S'étonna Harlock inquiet.
- Pas sur tout le monde. Les aristocrates ont réussi à couvrir leurs arrières et je n'ai pas de preuves contre eux. De toute façon j'ai voulu faire voter une loi permettant une enquête officielle sur les criminels qui avaient des liens avec le Consortium mais elle a été rejetée.
- Mais comment un petit groupe peut faire basculer une assemblée ?
- Ce n'est pas un petit groupe. Ils dirigent la moitié des planètes qu'ils ont transformées en duchés, comtés et en d'autres trucs que je ne connais pas !
- Si j'ai bien compris, la République que tu as mise en place se fait bouffer de l'intérieur par des monarchistes, c'est ça ? Gronda Harlock.
- Oui. Ils dépendent d'un roi qui réside sur Pyros, le roi Von Kiel, révéla Ryo.
- Ca me dépasse ! Comment est-ce que les gens peuvent accorder leur confiance à un système aussi rétrograde ! Explosa le capitaine de l'Arcadia.
- Ils n'arrêtent pas de parler d'égalité, de liberté, de tout ce qu'il faut pour manipuler les gens.
- En gros l'ancien système est remplacé par pire ! Ce n'est pas brillant ! Ragea Harlock.
Harlock vit une bouteille d'alcool accompagnée des plusieurs verres sur la commode et se servit une dose d'alcool pour encaisser cette mauvaise nouvelle.
- Ce n'est pas tout. Je crois qu'ils veulent déchoir de leurs droits tous ceux qui ont un lien de parenté avec les membres du Consortium et de leurs collaborateurs. Ils sont en train de constituer des listes pour les faire expulser de notre galaxie.
- Qu'est-ce que ça leur rapporte ?
- Le soutien de la population. Il y a beaucoup de rancœur chez les gens qu'une enquête aurait pu balayer. En affirmant haut et fort que ces gens sont dangereux et qu'ils pourraient vouloir prendre le pouvoir. Ils se présentent comme le rempart contre le retour du Consortium.
- Surtout que Zone s'est barré avec l'armée ! Décidément les gens sont toujours aussi lâches. Ils écoutent celui qui gueule le plus fort et qui leur fait peur ! Explosa Harlock.
- Ellie est sur la liste.
Le verre d'alcool explosa dans la main du capitaine.
- Pourquoi Ellie ?
- Elle est la fille d'Aristote Zone. Elle s'est retrouvée en tête de liste mais tu t'en doutes c'est plus une vengeance qu'autre chose.
- Pour faire cela, il faudrait passer une loi, supposa Harlock angoissé.
- Ils ont essayé, je l'ai rejetée mais je ne pourrai pas la faire rejeter tout le temps. Elle finira par passer.
- Ce n'est pas vrai ! Je pensais qu'on allait enfin pouvoir respirer ! S'exclama Harlock en s'asseyant sur le lit.
- Je pense qu'on peut les avoir mais on a très peu de temps.
- Dans combien de temps auront-ils tous les pouvoirs ?
- Il y a des élections pour le prochain gouvernement dans un an.
- Tu n'aurais pas pu les placer beaucoup plus tard, ragea Harlock.
- Je veux mettre en place une République ! Pas une dictature ! S'insurgea Ryo. Je n'allais pas garder le pouvoir pendant des années et passer pour ce que je ne suis pas ! Notre peuple une fois la République installée a le droit de choisir ses représentants et son chef de gouvernement !
- Si Ellie part, je pars avec elle et tu ferais mieux de quitter cette galaxie avec Nynna tant qu'il en est encore temps ! Le prévint Harlock en le regardant droit dans les yeux.
- Je refuse de fuir !
- Tu sais ce qui se passera si ces pourris obtiennent les pleins pouvoirs, ils se débarrasseront de tous ceux qui font partie de la Résistance. Et on ne peut envoyer l'armée sous peine de déclencher une guerre civile qui profitera aux Illumidas ! Tout ce travail pour rien ! On n'aurait mieux fait de laisser le champ libre à Sylvidra et de foutre le camp pour créer ailleurs une nouvelle civilisation !
- Je ne partirai pas sans me battre, Harlock ! En plus il faut que je te dise un truc, Yattaran s'est chargé de récupérer les Mazones esclaves qui nous ont aidés et il les a emmenés sur ta base secrète.
- Sur l'îlot ? S'étrangla Harlock. Tu ne pouvais les installer sur une planète !
- Laquelle ? Ce sont des Mazones et le fait qu'ils ne le soient que de moitié et qu'ils nous aient aidés ne les protègent pas de la haine de la population !
Ryo alla s'asseoir à côté de lui et reprit :
- Tu es d'origine aristocratique n'est-ce pas ? Je veux dire que Hans Ludwig Von Harlock c'est...
- … aristo, termina Harlock. Oui je suis issu de la vieille noblesse allemande et alors ?
- Je crois qu'ils seraient ravis que tu rejoignes leur bord, supposa Ryo.
- Pardon ? L'interpella Harlock qui avait peur de comprendre.
- Tu pourrais te laisser convaincre de rejoindre leur groupe.
- Et Ellie ?
- Tu l'as plaquée avant de quitter Amos non ?
Harlock bondit du lit et fit face à Ryo en serrant les poings de colère.
- Je n'ai fait ça que pour pouvoir aller sauver mon fils en me disant que si je la plaquais elle irait dans le vaisseau cité en acceptant de me laisser derrière elle !
- Tu la connais mal visiblement.
- J'avais espéré que les saloperies que j'avais pu lui balancer auraient suffi à me faire haïr d'elle, se désola-t-il en s'appuyant dos contre le mur.
- Qu'est-ce que tu veux, tout le monde le sait que l'amour ça rend con et vous deux vu la profondeur de vos sentiments vous êtes un sacré duo de...
- Ca va j'ai compris ! Le coupa sèchement Harlock.
- Ecoute cela ne servirait à rien de partir car je ne suis pas sûr qu'ils nous laisseraient tranquilles pour autant mais si on peut prouver leur alliance avec le Consortium ou leurs projets je pense que les choses pourraient bouger. Cela fait cent dix ans que l'on a plus eu de République la remettre en place risque d'être difficile car les gens ont peur. Le Consortium et Gaia ont toujours guidé leur vie à partir de là le chemin risque d'être un peu difficile pour mettre en place un nouveau système. Je sais que je te demande quelque chose de dur mais je ne te le demanderais pas si cela n'était pas notre seule option.
- Est-ce que j'ai le droit de dire la vérité à Ellie ? Souhaita Harlock.
- Non cela vaut mieux pour sa propre sécurité. Pour que cela marche votre brouille doit être réelle.
- Je ne vais pas y arriver c'est trop dur. Je l'aime et je n'ai aucune envie de la perdre ! Se désola Harlock en pâlissant. Je pensais que les problèmes étaient derrière nous et qu'on allait enfin pouvoir nous reconstruire et fonder un foyer stable pour élever nos jumeaux...
Harlock posa la tête contre le mur en respirant profondément. Il ne voulait pas être séparé de ceux qu'il aimait. Il connaissait exactement les dangers d'un système de type monarchique, si la noblesse tenait tant à obtenir le pouvoir ce n'était certainement pas pour le partager. Les nobles ne mettraient jamais en place une monarchie parlementaire mais plutôt une monarchie absolue qui leur permettrait de régner en maîtres sur toutes les planètes de l'Ancien Consortium. Il n'avait pas le choix, son nom extrêmement ancien, ses capacités en tant que commandant de vaisseaux, allaient forcément les attirer à lui. En jouant la comédie, en prenant ses distances avec Ellie et tous les Résistants, les membres de la noblesse ne tarderaient pas à lui faire la cour politiquement parlant pour le faire adhérer à leurs idées.
- Comment je fais pour entrer en contact avec eux ?
- Ce sont eux qui viendront vers toi. Je vais faire savoir que le grand capitaine de l'Arcadia est de retour et tu prendras tes fonctions de professeur à l'académie militaire.
- Tu as pu construire l'académie de tes rêves ?
- Non, j'ai dû me contenter de l'ancienne qui s'est vite retrouvée sous la domination de la noblesse.
- Qu'est-ce que tu veux, ils adorent faire la guerre et étendre leur territoire, grinça Harlock
- C'est pour cela qu'il faut les arrêter car ils ne se contenteront jamais des planètes qu'ils ont. Ils finiront par faire la guerre aux planètes voisines pour se construire un véritable petit empire personnel.
- Ce qui ferait la part belle aux Illumidas. Est-ce qu'ils sont au courant que les Illumidas pourraient nous envahir ?
- Oui, je l'ai signalé à l'assemblée mais vu que pour l'instant ils sont sages comme des images, la noblesse a prétendu que l'on n'avait rien à craindre d'eux. Qu'ils n'avaient pas les forces suffisantes pour attaquer.
- Comment je rentrerai en contact avec toi ?
- Il y a un bar où on sera tranquille pour discuter. Les gens qui vont dans ce genre d'endroits ne se mêlent pas des affaires des autres.
- C'est parfait.
- Je te conseille de mettre une tenue discrète pour y aller.
- Ne t'inquiètes pas je ne vais pas chercher à me faire remarquer.
- Oui mais c'est aussi un bar gay et la presse ferait ses choux gras en découvrant que le capitaine de l'Arcadia fréquente ce genre de bar.
Harlock le regarda avec un œil grand comme une soucoupe.
- Un bar gay ? Tu trouves que c'est discret comme endroit ?
- Pas n'importe lequel, il n'est fréquenté que par des gars qui sont obligés de le cacher pour raisons professionnelles ou personnelles.
- Mais pourquoi ils se cachent ? C'est absurde !
- Disons que la peur habite encore pas mal de monde. L'ancienne dictature et ses interdictions sont encore vivaces dans l'esprit des gens et dans la haute société encore plus.
- Comment je vais faire avec Ellie ? S'inquiéta Harlock.
- Laisse-moi faire, conseilla Ryo. Je vais lui parler. Ne t'inquiètes pas je sais quoi faire pour mettre en place ce plan.
- Il y a une chose dont il faut qu'on parle.
- Laquelle ?
- Ellie semble avoir des troubles de la mémoire consécutive à son coma. J'ai l'impression que certaines choses s'effacent dans son esprit, s'angoissa Harlock.
- Les nanos que je lui aie injecté ont dû maintenir son activité cérébrale et il est possible que la première journée qui ait suivit son réveil soit perdue. Mais c'est normal. Elle sort d'un coma profond de plusieurs mois. Cela va prendre du temps avant que tous ses souvenirs lui reviennent.
- Elle récupérera tout ? S'inquiéta Harlock.
- Tout n'est pas perdu, peut-être une partie est bloquée comme le jour de son réveil, ensuite peut-être les souvenirs les plus anciens. De quoi elle se rappelle exactement ?
- Je pense qu'elle se rappelle des deux années passées avec moi et même là je ne suis pas certain qu'il n'y ait pas des manques car elle a été incapable de me dire comment elle a été blessée. Si les Mazones l'ont brutalisé, s'inquiéta Harlock en imaginant le pire.
- Hans, elle n'a pas été brutalisée. Elle a été victime d'une explosion, avoua Ryo. On l'a sauvé à temps mais c'était plus que limite.
Harlock horrifié, soupira et pâlit brutalement.
- Je sais que ce que je vais dire est cruel mais cette amnésie est une bonne chose. Si elle est bien restée bloquée sur ce qui s'est passée sur Terre, pour elle vous êtes toujours séparés. Est-ce que tu es redevenu intime avec elle ? S'enquit Ryo embarrassé.
- Non. Dans l'état dans lequel elle était c'eut été plutôt monstrueux de lui faire cela, sans compter que je l'ai trompé avec Sylvidra et j'ai cru qu'elle avait été brutalisé donc j'ai eu peur que mon contact la répugne alors j'ai gardé mes distances, avoua Harlock tristement.
- Dans ce cas, ta mission n'en sera que facilité. Ellie pensera simplement que votre rupture était réelle et que tu n'avais pas envie de reprendre avec elle. Je sais que c'est un énorme sacrifice que je te demande mais cela vaut mieux pour sa sécurité et pour la tienne que cette rupture reste effective car si Ellie sait la vérité, tôt ou tard, je vous connais, vous êtes beaucoup trop épris l'un de l'autre, vous finirez par prendre le risque de vous retrouver et vous vous ferez griller.
- Mes enfants, protesta Harlock
- Je suis désolé Hans, mais tu vas devoir prendre tes distances avec eux aussi. Surtout tu ne dis rien et essaye de te montrer indifférent comme si tu t'étais contenté de la ramener et que nous n'avions plus que Nynna et moi à prendre le relais pour veiller sur elle, conseilla Ryo.
Harlock respira profondément. Ce que lui demandait Ryo était une véritable torture mais il devait le faire. Il connaissait le système aristocratique et il était le seul à pouvoir les infiltrer. Il se résigna et opta pour un visage fermé.
Ellie et Nynna attendait depuis plus de deux heures que les deux hommes sortent de la chambre. Elles discutèrent joyeusement pendant tout ce temps dans le salon. Ryo sortit en premier suivi d'Harlock. Il était plus calme et plus détendu ce qui surprit Nynna.
- Ca fait des semaines que je n'arrive pas à le détendre et deux heures avec ton chéri suffisent pour le remettre d'aplomb, je trouve cela louche, plaisanta Nynna en murmurant dans l'oreille d'Ellie.
Ryo s'avança et vint s'asseoir dans le fauteuil en face des deux femmes qui papotaient assises sur le canapé. Ellie regarda en direction d'Harlock et vit dans ses yeux de l'indifférence. Elle sentit une douleur sourde lui envahir le cœur. Elle regarda ensuite du côté de Ryo en quête de réponse sur la suite des événements.
- J'ai une proposition d'emploi à te faire Ellie. Le musée d'Amos doit organiser une grande exposition sur les Mazones et je voudrais que tu t'en occupes. Tu auras un logement de fonction confortable avec trois chambres dans une des annexes du musée. Tu acceptes ?
- Oui, et Hans ?
- Il va prendre son poste de professeur à l'académie militaire et il habitera là-bas.
Cette révélation fut un choc pour Nynna qui regarda Ellie surprise. Celle-ci dont la douleur dans le cœur ne faisait que croître ne releva pas. Il était vrai qu'ils avaient rompu à la base d'Amos et que donc l'homme qu'elle aimait avait le droit de mener la vie qu'il voulait. C'était donc bel et bien terminé entre eux. Elle serra les poings. Elle ne voulait pas pleurer. Elle ne pouvait supporter l'idée d'offrir un spectacle aussi navrant à l'homme qu'elle aimait. Harlock ne pouvait que constater la peine d'Ellie même si celle-ci s'efforçait de se montrer forte.
- Je te remercie Ryo pour ce poste. Je prends mes fonctions à partir de quand ?
- Demain. On a une chambre d'ami où tu pourras dormir cette nuit. Je t'emmènerai voir l'appartement demain, proposa Ryo en souriant.
Ce sourire fut cruel autant pour Ellie que pour Nynna. Celle-ci était au bord de l'explosion.
- Je retourne à bord de l'Arcadia, décréta Harlock.
Il se dirigeait vers la sortie lorsqu' Ellie l'arrêta.
- Attends ! Comment on va faire pour nos enfants ?
- Tu es leur mère non ? A toi de t'en occuper ! Il me semblait que sur la base d'Amos j'avais été clair, c'est terminé Ellie.
Il sortit sans même jeter un regard à la mère de ses enfants. Celle-ci commençait à trembler. C'était donc bel et bien fini. Elle pâlissait à vue d'œil et Nynna s'en inquiéta. Ellie se leva et alla dans la chambre où dormaient ses enfants. Ils avaient tellement grandi. Ils étaient tout ce qui lui restait. Nynna resta sur le palier à regarder Ellie, figée qui contemplait ses enfants endormis.
Ellie ne dormit pas de la nuit. Au réveil de ses enfants, elle leur sourit avec tendresse et s'occupa d'eux. Elle les aimait tellement. Quelle importance que leur père ne voulait plus d'elle. Elle avait retrouvé ses deux trésors et c'était tout ce qui lui importait. Elle les couvrit de bisous et de câlins. Nynna ne put qu'admirer le courage de son amie dans l'adversité. Elle savait que son âme souffrait le martyr mais Ellie était capable de passer outre ses émotions pour affronter la réalité.
Après le petit déjeuner, Ryo l'emmena au musée où elle fut présentée à toute l'équipe. L'accueil fut pour le moins glacial. Les gens se montrèrent presque hostiles en entendant son nom. Il était vrai qu'étant la descendante d'Aristote Zone elle se doutait de ce qui l'attendait mais elle ne pensait pas que ce serait aussi fort. La totalité des pièces rapportées par l'Arcadia avaient été entreposées au sous-sol et Ellie sous les ordres du directeur commença à les répertorier. L'exposition devait s'effectuer dans plusieurs salles et Ellie put commencer à reconstituer la chambre de la reine dans une salle fraîchement repeinte.
Pendant la pause déjeuner Ryo lui montra son appartement de fonction. Il était spacieux, lumineux et les chambres étaient assez grandes. Le soir même, elle acheta des meubles puis elle passa la soirée à préparer la chambre de ses enfants. Elle installa deux lits pour bébés puis elle posa une tapisserie bleu ciel avec des nuages blancs. A mi-hauteur elle plaça une frise large aux couleurs douces avec peints sur celle-ci des ballons de baudruches multicolores. N'étant pas fatiguée elle y passa toute la nuit.
Ellie, au matin alla dans sa chambre pour y dormir une heure ou deux mais en voyant le grand lit à deux places, son cœur se serra. Harlock ne partagerait jamais ce lit avec elle et elle le savait. Elle s'assit sur la liseuse et pleura un long moment. Elle devait se montrer forte mais pour elle cette situation était vraiment très douloureuse. Ses larmes lui provoquèrent un violent mal de crâne et les yeux rougis elle prit deux aspirines puis elle retourna au musée.
Elle espérait que ses collègues finiraient par l'accepter mais en arrivant leur attitude fut encore pire. Ils l'évitaient comme la peste et lorsqu'elle les croisait il la regardait avec mépris.
Une fois la chambre de ses enfants prêtes, elle les installa et Ryo lui rappela qu'elle devait déclarer leur naissance. Elle s'y rendit le soir même et fut accueillie très froidement par la responsable des enregistrements lorsqu'elle donna son nom. Ellie avait ses deux enfants dans les bras et la secrétaire les regarda de manière suspicieuse. Ellie donna leur date de naissance et le lieu puis le problème se corsa lorsque la femme aborda une question cruciale :
- Est-ce que vous connaissez l'identité de leur père ? S'enquit-elle sèchement.
- Oui, j'ai son nom si vous voulez.
- Cela ne marche pas comme ça il doit faire une reconnaissance en paternité. Tant que cela ne sera pas fait ils porteront votre nom. Et en toute honnêteté, il serait préférable pour eux qu'il le fasse vite sans quoi je crains que vous ne soyez face à certains problèmes.
- Pourquoi ? S'étonna Ellie.
- Vous êtes la fille d'Aristote Zone non ? Les gens comme vous ne sont pas les bienvenus et cela est valable sur toutes les planètes de l'ancien Consortium. Des gens comme vous ne peuvent que nous créer des problèmes !
- Qu'est-ce que vous voulez dire par des gens comme moi ?
- Il ne peut rien venir de bons des proches des monstres du Consortium et d'ici peu, avec un peu de chance, on sera définitivement débarrassé de toute cette saleté qui entache notre galaxie.
Ces propos lui glacèrent le sang. Ainsi elle était perçue de cette manière méprisante et haineuse. Elle comprenait mieux la réaction de ses collègues. Il était clair qu'ils ne voulaient pas se retrouver à fréquenter quelqu'un que toute l'humanité méprisait.
Elle quitta les lieux après avoir récupéré les certificats de naissance que la secrétaire lança sur le comptoir qui séparait l'accueil des bureaux puis elle entreprit de faire les différentes crèches de la ville pour pouvoir faire garder ses enfants pendant ses heures de travail. Toutes les portes se refermèrent devant elle et elle dû se résigner à emmener ses enfants avec elle au travail le lendemain. D'un certain côté elle préférait, l'attitude de la population commençait à lui faire craindre pour la sécurité de ses jumeaux.
Après avoir tout archivé elle se concentra sur la préparation de la première salle. Pendant la pause elle rédigea une lettre à Harlock pour que celui-ci soit averti de la situation. Elle espérait qu'il ferait les démarches nécessaires pour reconnaître les enfants mais il n'en fut rien.
Sa missive resta lettre morte. Elle décida alors de le contacter et tomba à chaque fois sur le répondeur. Après avoir tenté de le joindre tous les jours pendant une dizaine de jours, elle apprit par le système automatique que le numéro n'existait plus. Elle fit des recherches et comprit qu'Harlock avait mis son numéro sur liste rouge. Elle savait qu'elle risquait de le mettre en colère mais elle avait peur pour ses enfants aussi décida-t-elle de se rendre à l'académie, elle se présenta à l'entrée qui était très bien gardée avec des caméras de surveillance à chaque angle de la pièce et demanda à être reçu par lui.
Le jeune officier contacta le bureau du capitaine puis il indiqua à Ellie qu'il ne souhaitait pas la voir et qu'elle ne devait plus le harceler sinon il serait contraint de déposer une plainte auprès de la police pour harcèlement. En apprenant cela, elle fut sous le choc. Apparemment leurs enfants ne devaient avoir aucune valeur à ses yeux pour qu'il laisse planer sur eux cette menace d'expulsion.
Elle repartit à pied et réfléchit à la situation. Il était vrai qu'il l'avait plaqué sur Amos et que c'était lui qui avait donné l'emplacement de la base de la Résistance à Sylvidra en mettant volontairement leurs jumeaux en danger. Alors pourquoi s'était-il montré si tendre au moment où elle était venue fouiller les appartements de Sylvidra. Etait-ce pour la manipuler et gagner sa confiance. Elle était perdue. Il était vrai qu'après cela elle lui avait laissé le champ libre et choisi de croire en lui, tout du moins de croire qu'il ne se retournerait pas contre la Résistance. Ce fut le cas il avait attaqué les troupes de Sylvidra et grâce à cela Gaia avait perdu Pour elle, il était clair qu'il n'avait agi ainsi que pour sauver Mark mais à présent elle n'était plus aussi sûre. Peut-être que finalement pour lui cette relation était une gêne. Elle se rappelait de la dureté de ses propos au moment de leur rupture. Il était vrai qu'elle était la fille d'un politicien corrompu sans honneur et qu'ils venaient tous deux de monde très différents. Peut-être que c'était vrai, ils n'auraient pas dû devenir amants. Pourtant pour Ellie cette relation l'avait sauvée alors que pour Harlock elle semblait lui entacher sa réputation. Elle l'aimait tant. C'était tellement douloureux d'imaginer que tout était vraiment fini. Elle dû prendre appuis pendant quelques minutes contre un mur. Sa tête lui tournait et un violent mal de crâne frappait à ses tempes. Elle resta ainsi pendant plusieurs minutes, un voile noir envahit sa vue. Elle sentait ses souvenirs s'échapper par moment. Elle pensait que c'était juste les conséquences du coma mais étrangement jour après jour elle subissait des céphalées de plus en plus fortes et sa mémoire semblait s'affecter d'avantage. Elle se redressa afin de reprendre sa route pour se rendre à son appartement. Puis, alors qu'elle commençait à avoir du mal à retrouver son chemin, elle passa devant le cabinet d'un médecin. Elle décida qu'il était temps de consulter pour ses problèmes de mémoire. Elle entra, donna son nom à la secrétaire qui en entendant celui-ci la regarda avec mépris. Elle ne fut pas autorisée à entrer dans la salle d'attente avec les autres patients. Elle dut attendre dans le couloir que le médecin se décide à la recevoir. Le praticien, en voyant cette jeune femme pâle au regard si triste, l'invita à entrer dans la salle de consultation lorsque son tour fut venu. Elle lui expliqua sa situation médicale, ses blessures, les pertes de mémoires et la tentative désespérée de Ryo pour la sauver. Le médecin fit un examen de sang puis elle passa un scanner complet. Ellie après les examens vit le regard inquiet du médecin.
- C'est mauvais à ce point-là ? S'angoissa-t-elle.
- Vous avez été grièvement blessée et les nanos n'ont pas fini de vous rétablir. Je ne savais pas que la Résistance disposait de cette technologie. Elle n'est même pas sur le marché médical.
- Je ne sais plus depuis combien de temps Ryo l'étudie, mes souvenirs semblent s'éteindre au fur et à mesure, avoua Ellie.
- Ce n'est sûrement que temporaire, affirma le médecin. Il faut juste laisser le temps aux nanos de terminer de vous soigner et les céphalées ainsi que les troubles de la mémoire devraient cesser.
- Combien de temps ?
- Plusieurs mois au vu des dégâts subis par votre organisme. Je ne peux rien vous donner contre ça hélas. Je vais vous prescrire de l'aspirine pour les maux de tête mais je ne peux guère faire plus. Pour l'instant on ne peut envisager de dialyse pour vous les extraire. Avez-vous encore le traitement antirejet préconisé par Kimura ?
- J'ai encore quelques cachets de Parénomyl…
- Je vais vous faire une ordonnance aussi pour cela. Ne manquez aucune prise car votre système immunitaire pourrait attaquer les nanos ce qui serait catastrophique étant donné votre état. Prévint le médecin, inquiet.
Ellie accepta. Elle quitta le cabinet avec ses deux ordonnances. Elle alla acheter son traitement puis repris tant bien que mal son chemin pour rentrer chez elle. Il lui fallut plusieurs dizaines de minutes avant de retrouver le musée. Arrivée chez elle, elle fit le bilan de la situation.
Ellie se retrouvait seule et elle comprit tristement que ses enfants allaient devoir grandir sans leur père. Elle s'informait peu et ce fut en entendant ses collègues discuter le lendemain qu'elle apprit pour la loi sur l'expulsion. Son cœur se serra. Cela représentait environ cent mille personnes qui vivaient avec cette épée de Damoclès au-dessus la tête. Elle s'informa sur le texte et comprit que ses bébés risquaient de faire partis du voyage eux aussi. Elle contacta Ryo et celui-ci lui assura qu'elle ne devait pas s'inquiéter, pour lui, cette loi ne passerait jamais. Ellie en était beaucoup moins sûre que son ami. D'autant plus que les discours virulents de certains représentants à l'assemblée recevaient l'assentiment d'une bonne partie de la population. La première salle fut achevée en quelques jours. Ellie, une fois sa tâche achevée, regarda la pièce reconstituée à la perfection. Elle regarda le lit. Sa main s'égara sur ses moulures tandis que ses larmes ne cessaient de couler alors qu'elle se remémorait par brides hésitantes, l'étreinte passionnée qu'elle avait connue sur ce lit dans les bras de Hans. En rentrant chez elle, le soir où la salle fut terminée, en ouvrant son courrier elle reçut l'invitation au mariage de Ryo et de Nynna qui aurait lieu un mois plus tard. Elle était heureuse pour eux. Nynna l'avait contacté auparavant pour qu'elle soit sa demoiselle d'honneur et elle avait accepté. Il fallait terminer l'organisation du mariage et Ellie passa le week-end avec Nynna à s'occuper de l'essayage de sa robe de mariée. Les deux jeunes femmes se donnèrent rendez-vous dans une boutique chic de la ville et elles regardèrent les différents modèles. Il y avait beaucoup de choix et Nynna eut le coup de foudre pour une robe en voile léger dont le bustier était entièrement cousu de perles et cristaux. Elle lui allait très bien et Nynna était resplendissante.
- Tu es magnifique, la félicita sincèrement Ellie.
- Tu ne trouves pas que cela fait trop chargé, s'inquiéta Nynna.
- Tu plaisantes ? Elle est superbe ! Ryo ne pourra plus te quitter des yeux de toute la soirée tant il sera sous le charme ! Soutint Ellie en souriant.
- Tu as des nouvelles d'Harlock ?
- Non, indiqua Ellie tristement.
- Il a au moins reconnu les jumeaux dis-moi ? Angoissa Nynna qui craignait de plus en plus que la loi ne passe.
- Non, il faut que je me fasse une raison, il ne veut pas entendre parler d'eux.
- Il faut que tu te battes ! Récupère-le ! Ordonna Nynna en colère.
- Il n'y a aucune chance pour qu'il revienne vers moi, c'est fini, affirma Ellie, vaincue.
- Je pensais que quand il avait choisi de partir avec toi c'était…
- Parce qu'il m'aimait, termina Ellie. Il a fait cela par respect, pour que je ne meure pas dans un hôpital, c'est tout, soutint Ellie dans un souffle.
- Tu l'aimes ?
- Oui mais cela n'est pas réciproque
Ellie réajusta la robe de son amie et admira son drapée.
- Elle est vraiment très jolie, fit-elle joyeusement
- Bas-toi Ellie ! Si tu restes comme cela tu vas souffrir ! Intima Nynna.
- L'amour c'est quelque chose que l'on donne, pas quelque chose que l'on exige et Harlock est un homme que l'on ne peut convaincre comme cela. Et puis il est possible qu'il fréquente quelqu'un d'autre, supposa Ellie en vérifiant le tour de taille.
La main de Nynna se plaqua soudain sur la sienne
-Tu crois que c'est possible ? S'enquit Nynna horrifiée à l'idée qu'il abandonne son amie comme cela.
- C'est un homme qui a beaucoup de charme et il pourrait facilement me remplacer. Pour lui je ne devais être qu'une passade. C'est moi qui me suis leurrée qui ai trop espéré, avoua Ellie calmement.
Nynna regarda Ellie à travers la glace qui se trouvait face à elle et la tristesse du regard de son amie lui serra le cœur comme jamais.
Ellie fut convoquée le lundi matin dans le bureau du directeur du musée. Il lui indiqua qu'à la demande de Ryo Kimura chef du gouvernement, des cours sur l'archéologie spatiale devaient être donnés à l'Académie Militaire, pour éviter la destruction de sites historiques au moment de l'exploration spatiale par les vaisseaux de l'armée, qui était la seule habilitée à ce genre d'aventures. Ryo pensait que si les soldats étaient sensibilisés à l'importance des sites archéologiques, ils seraient plus enclins à en prendre soin et s'ils étaient suffisamment formés, ils pourraient se charger de l'étude des monuments. Il avait demandé au directeur de désigner Eliza Zone pour cette tâche. Pour Ellie cela signifiait travailler dans les mêmes locaux que son ex-amant ce qui l'angoissa profondément. En allant donner son premier cours, deux jours plus tard, elle entra dans l'académie avec une boulle dans l'estomac.
Pour Harlock, les premiers jours en tant qu'enseignant ne furent pas une partie de plaisir. Il se conforma aux plans de Ryo et n'entra plus en contact avec Ellie. Cette situation le faisait horriblement souffrir, il ne cessait de penser à Ellie et aux enfants.
Il démarra comme les autres professeurs le jour de la rentrée scolaire. Il mit la tenue réglementaire qu'il trouvait un peu trop seyante à son goût. Chaque vêtement de la panoplie le mettait trop en valeur et cela l'embarrassait. Il commençait à soupçonner Ryo d'avoir choisi cette tenue exprès pour que les gens l'admirent pendant qu'il passait près d'eux. Il assista à la réunion de prérentrée. Il était chargé d'enseigner la stratégie en combat spatial, domaine dans lequel Ryo savait que le capitaine excellait. Le jour de la rentrée, les élèves étaient placés en rangs serrés dans la vaste cour de l'académie. Il y avait des cours d'enseignement généraux donnés par des enseignants en civil, majoritairement féminin, qui le regardèrent avec curiosité lorsqu'il s'assit avec les autres enseignants militaires lors de la réunion d'accueil des élèves. Le directeur de l'établissement donna ses dernières directives et indiqua à chaque professeur la classe dont il serait chargé d'accueillir ce premier jour. Les classes se composaient de vingt-cinq élèves. Harlock était chargé des premières années groupe A.
Il regarda les noms et l'un d'entre eux le fit tiquer. Il lut Friedrich Von Stadt, le même nom que son voisin de palier et ami à l'académie militaire. Il se dit que c'était une simple coïncidence et il alla dans la cour au moment de la sonnerie. Il dû passer devant tous les rangs avant d'arriver à sa classe. Les élèves le regardèrent passer bouche bée. Aucun d'entre eux ne s'attendait à ce que le capitaine de l'Arcadia, héros de la bataille contre Gaia vienne un jour enseigner à l'académie.
Il se plaça devant sa classe et leur ordonna de le suivre. Les élèves le regardant avec des yeux immenses. Il réitéra son ordre et ils commencèrent à bouger. Il les emmena jusqu'à la salle où les élèves, soucieux de ne pas provoquer le capitaine de l'Arcadia, s'installèrent en silence. Il y eut juste un accroc lorsqu'un élève après un croche-pied fait par un autre déjà assis tomba durement sur le sol. Harlock étant occupé à lire un dossier, n'avait pas vu quel imbécile avait fait ce tour idiot, aussi se contenta-t-il de s'assurer que l'élève allait bien et lui ordonna de s'asseoir. L'élève en question s'appelait Patrick Coste et les élèves avaient apparemment décidés d'en faire leur souffre-douleur. Il le regarda s'asseoir puis une fois le calme revenu il fit l'appel. Lorsqu'il arriva au nom du jeune homme il entendit murmurer :
- Fils de collabos ! Gosse de traître !
Il ordonna le silence d'une voix suffisamment intimidante pour que les gloussements et autre raillerie cessassent immédiatement. Il fit distribuer une fiche d'identification que les élèves durent remplir puis il leur expliqua comment allait se passer l'année scolaire et le programme d'enseignement pour la première année. Le jeune Patrick Coste ne releva pas la tête de toute l'heure. Harlock profita de cette matinée pour observer la classe qui lui était confié. En voyant les noms des professeurs et des élèves il avait constaté que Ryo avait bel et bien raison, l'aristocratie était présente en masse dans l'académie militaire. Les personnes n'appartenant pas à l'aristocratie étaient issues de la très haute bourgeoisie et de la finance. Ces gens avaient profité des largesses du Consortium mais avaient su se retirer à temps et se couvrir suffisamment pour ne pas être inquiétés. Patrick Coste était le fils d'un politicien du Consortium abattu pendant la révolte et pour respecter la volonté de son père, sa mère l'avait inscrit à l'académie pour qu'il devienne un gradé de l'armée en espérant aussi qu'il serait ainsi protégé de l'expulsion. Harlock constata aussi avec agacement que Friedrich Von Stadt qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à son ancêtre ne le quittait pas des yeux et son regard était insolent.
Le reste de la matinée se passa sans accroc et entre midi il rentra chez lui où il contacta Ryo pour lui faire un compte-rendu. Tout ce que l'informaticien espérait c'était que son ami ne craquerait pas face à des élèves qui risquaient à un moment donné de lui taper sur les nerfs.
Le jour suivant il vit le jeune Coste venir en cours avec un œil au beurre noir et lorsqu'il lui demanda ce qui c'était passé celui-ci affirma s'être cogné dans une porte. Harlock ne put que se désoler que sa classe se fût trouvé une tête de turc à malmener.
Jour après jour, le jeune homme arrivait avec une nouvelle blessure si bien que le capitaine le prit à part à la fin du cours et s'assura avant de lui parler que les couloirs étaient vides. Il ferma la porte de la salle et il regarda la joue tuméfiée de son élève.
- Ca ne peut plus durer ! Qui t'as fait cela ? S'enquit Harlock sur un ton qui ne permettait pas de refuser de répondre.
- Personne monsieur, balbutia le jeune homme en regardant ses chaussures. Je suis juste très maladroit.
- Bien sûr tu as heurté un poing par inadvertance ! Se moqua Harlock en durcissant le ton.
- Ecoutez, monsieur, ce n'est pas grave, assura Patrick au bord des larmes.
- Ecoute, cela n'ira qu'en empirant si tu n'en parles pas ! Affirma Harlock.
- Je ne veux pas vous impliquez la dedans. Je dois m'en sortir seul. Au revoir monsieur, salua-t-il.
Il partit sans laisser le temps à Harlock de répliquer et celui-ci soupira d'agacement. Il sentait que cela allait mal finir. Il rangea ses affaires et sortit de la classe. Pendant qu'il verrouillait la porte Friedrich s'adossa contre le mur en ricanant.
- Vous avez oublié les règles de l'académie capitaine, ricana-t-il. On ne dénonce jamais !
- Tu me surveilles ?
- Non, je surveille cette andouille de fils de collabo ! Soutint-il avec un sourire cruel sur les lèvres.
- Tu sais donc qui s'amuse à lui faire cela, comprit le capitaine en lui faisant face.
Il planta son regard sévère dans celui de l'élève qui ne se montra guère impressionné.
- Vous espérez me faire peur ? Croyez-moi capitaine, ne vous occupez pas de cet imbécile. Il ne tiendra pas l'année scolaire dans notre académie.
- Vous, vous acharnez sur lui à cause de son père ?
- Entre autre chose, il a aussi des goûts particuliers.
- Quels goûts ?
- Sur le plan sexuel, insinua Friedrich sur le ton de la confidence. Disons qu'il est plus attiré par quelqu'un comme vous que par une fille à la poitrine généreuse.
- Bizarre, il me semblait que les absurdités du Consortium avaient disparu avec lui, ricana le capitaine que ce gamin horripilait.
- Il faut savoir garder les trucs bons. En plus vous lui plaisez beaucoup à ce gars mais si ce genre de chose ne vous gêne pas… Après tout il est libre de faire ce qu'il veut la nuit dans sa chambre en pensant à vous !
Friedrich le salua et s'en alla en riant.
Les professeurs étaient chargés à tour de rôle de faire la surveillance de nuit pour éviter que des petits plaisantins ne s'amusent à redécorer les salles de classe. Harlock tomba de garde la semaine suivante avec un professeur de langue beaucoup trop bavard à son goût qui le noyait de parole. Il était intarissable sur la chasse à cours, la pêche et les valeurs aristocratiques. Ryo avait lui-même choisi le compagnon de corvée du capitaine. Celui-ci faisait partie de la haute noblesse et il était nécessaire qu'Harlock soit très apprécié par lui pour entrer en relation avec le duc de Péhant. Le capitaine était plus que fatigué de sans arrêt l'entendre déblatérer et il commençait à avoir mal à la tête. Depuis son arrivée, la totalité des professeurs du beau sexe lui avait fait du rentre dedans. Il les avait repoussées gentiment et il avait déjà participé à une dizaine de dîners mondains plus ennuyeux les uns que les autres afin de se faire apprécier des personnes de la haute société. Son compagnon de garde appréciait beaucoup cet homme silencieux qui savait écouter les avis des autres.
Ils arrivèrent au dortoir numéro cinq, lorsque Harlock entendit un gémissement de douleur provenant des toilettes au bout du couloir. Il pressa le pas et ouvrit la porte. Il trouva le jeune Patrick Coste, dénudé, dans une mare de sang.
- Oh ce n'est pas vrai ! S'exclama Harlock en se précipitant vers le jeune homme. Coste tu m'entends ?
Il s'accroupit et regarda le visage du blessé. Il était tuméfié et ses lèvres étaient éclatées.
- Appelez les secours ! Ordonna-t-il à son acolyte.
- Vous êtes sûrs ? On ne devrait pas appeler l'infirmerie ou le directeur avant ? Hésita-t-il
- Il est gravement blessé ! On n'a pas de temps à perdre ! Vous préviendrez le directeur plus tard !
L'homme appela les secours et Harlock observa la pièce. Il y avait des bouteilles ensanglantées au niveau du goulot, une batte de baseball dans le même état ainsi que différents manches dans la même situation. Le jeune Coste avait été victime d'un guet-apens et les sévices qu'il avait subis étaient évidents. Harlock enrageait, il n'avait pas réussi à convaincre le jeune homme de parler et désormais il était dans un état catastrophique. Il enrageait en silence pendant que les secours emmenaient le blessé.
La semaine suivante il alla à son rendez-vous au bar avec Ryo. Il mit une tenue discrète ainsi qu'un manteau. Il regarda pensivement l'enseigne pendant plusieurs minutes puis il entra. La salle était noire de monde. Il trouva Ryo déguisé en petit intello, jean à bretelle sur un tee-shirt blanc, grosse lunette à monture en plastique noire et les cheveux tenant en arrière grâce à du gel chargé de domestiquer son abondante chevelure noire. Hans sourit en s'installant en face de lui.
- Tu sais que tu es très mignon dans ton costume de petit intello, se moqua Harlock en souriant.
- Tu sais que tu es très sexy dans ton costume de vieux satyre, plaisanta à son tour Ryo.
- Comment va Ellie ? S'inquiéta Harlock.
- Pas terrible, avoua Ryo dans un souffle.
- Sa mémoire ? S'inquiéta Harlock.
- J'ai l'impression que cela empire de jour en jour, avoua Ryo. Qui plus est, elle n'est pas allée au rendez-vous fixé chez son médecin pour s'assurer de son état de santé et des éventuels dégâts au cerveau. Je ne sais si c'est parce qu'elle a oublié ou si c'est parce que sa santé ne la préoccupe guère.
Harlock soupira de désespoir et baissa la tête.
-Ne t'angoisse pas comme cela, Nynna veille sur elle. Alors ça se passe comment avec le comte de Moissy ?
- Ce mec est un bavard impénitent, se plaignit Harlock, il ne s'arrête jamais. J'ai passé une semaine atroce. En plus comme si cela ne suffisait pas, un de mes élèves a été grièvement blessé.
- Je sais. Il n'a donné aucun nom à la police et il me semble qu'il a donné sa lettre de démission à l'académie.
- Non, vraiment ? Ricana Harlock sombrement. En tout cas ne t'inquiètes pas il m'a à la bonne. Je suis invité à une soirée chez le duc de Péhant.
- Je savais que tu y arriverais, se réjouit Ryo. N'oublie pas il faut à tout prix que tu gagnes sa confiance.
- Je sais ce que j'ai à faire mais Ellie et les enfants me manquent sans compter mes membres d'équipage.
- Je sais que c'est dur mais il faut y arriver. Accroches-toi d'accord ? Il faut qu'on reprenne le contrôle des institutions si on ne veut pas se retrouver avec une nouvelle dictature sur les bras ! Insista Ryo en lui saisissant les mains.
Harlock à ce contact lui jeta un regard suspicieux puis se ressaisit en voyant le regard inquiet de son ami.
- Ne t'inquiètes pas je vais tenir bon, assura Harlock en souriant faiblement.
Les deux hommes se séparèrent et Harlock rentra chez lui.
Le lendemain soir le comte de Moissy vint le chercher à l'académie et tous ils allèrent à la soirée du duc de Péhant. Harlock était particulièrement élégant et, lorsque le comte le vit, il siffla d'admiration. Il devait reconnaître que même s'il n'avait pas de penchants pour les hommes, Harlock était particulièrement séduisant et sa mise mettait en valeur son allure sportive. La soirée se déroulait à l'extérieur de la ville dans la vaste propriété qui surplombait le quartier des gens fortunés. Ils furent annoncés par un majordome en livrée et les regards se tournèrent vers eux. La noblesse était curieuse de rencontrer le mythique capitaine de l'Arcadia qui était l'un des leurs.
Les regards des femmes s'attardèrent sur le capitaine puis le comte de Moissy le présenta au duc. Celui-ci était plus grand que le capitaine et un peu plus large d'épaule. Sa poignée de main était franche et son regard d'un bleu profond s'attarda dans celui du capitaine. Il avait de longs cheveux blonds ondulés qu'il avait attachés en queue de cheval basse et ses traits étaient fins et élégants. Il devait être la coqueluche de ces dames. Après un échange poli, Harlock fut présenté aux autres invités.
Deux heures après son arrivé, on annonça l'arrivée de la princesse russe Helena Svlotiania. Le capitaine fut surpris en voyant le sosie de son ancien amour Maya. Elle lui ressemblait en tout point. Le corps, la démarche tout la lui rappelait. La jeune femme le regard intensément et s'approcha de lui. Il lui fit un élégant baisemain et Helena le trouva tout à fait charmant. Le capitaine de l'Arcadia était à son goût et si le duc de Péhant voulait qu'elle le surveille et qu'elle vérifie ses intentions, ce serait avec plaisir. Ils passèrent la soirée ensemble et Helena obtint du capitaine qu'ils se revoient très prochainement.
