Chapitre 6 : Sylvidra

Le vaisseau-cité après son décollage mit son bouclier de camouflage et prit la direction d'une zone inexplorée de l'univers. Il y avait beaucoup de nuages gazeux multicolores ainsi que des planètes en formation. Ellie fut installée dans un joli petit studio. Comme elle avait été ingénieur chez Gaia, elle était chargée de tous les côtés techniques du vol.

Elle travaillait avec une jeune Mazone qui s'appelait Sandy Brooks. Sandy était très grande et très fine. Elle formait toujours des couettes avec ses longs cheveux noirs. Elle n'avait que cinq années de vie en âge humain mais elle était déjà adulte et diplômée de l'école des Mazones sur Terre ce qui surprit Ellie. Sandy était une fille toujours souriante et joyeuse mais Ellie le sentait derrière cette joie qu'elle affichait sans arrêt se cachait une profonde blessure. Elle avait surpris plus d'une fois Sandy regarder la mer d'étoiles tristement à travers les vastes hublots du cockpit.

Sœur Marie Nicole s'était installée dans la chapelle et priait tous les jours pour les enfants qu'elle avait réussi à mettre en sécurité. Elle s'inquiétait beaucoup pour Ellie qu'elle voyait dépérir jour après jour. Elle le savait, la jeune maman n'avait plus goût à la vie. Elle avait accepté de monter à bord en espérant que comme le vaisseau devait se rendre dans des régions inhospitalières elle puisse en finir rapidement avec la vie. La religieuse venait la voir régulièrement et la forçait même à manger car Ellie avait tendance à perdre la notion du temps et à sauter les repas.

La sœur arriva à sept heures comme tous les matins depuis un mois. Ellie paraissait encore plus maigre et plus pâle.

- Bonjour ma sœur, la salua-t-elle.

- Bonjour, mon enfant, fit-elle en souriant. As-tu pensé à prendre ton petit déjeuner ?

- Je me suis levée un peu tard. Je dois prendre ma douche, s'excusa Ellie.

- Va prendre ta douche, je me charge de te préparer ton petit déjeuner ! Décida sœur Marie Nicole.

Ellie s'inclina et la sœur lui prépara un chocolat chaud avec deux tartines de pain beurré. Sœur Marie Nicole y glissa le cachet de Parenomyl qu'elle dissolvit lentement dans le lait chaud. Ellie, avant de confier ses enfants au Stewart avait abandonné ses cachets sur le rebord du lavabo de sa chambre. En agissant ainsi, elle avait scellé son destin, autorisant son système immunitaire à attaquer les nanos, interdisant à celle-ci de terminer de la soigner. La sœur en retournant la chambre après le départ de la jeune maman avait trouvé les boîtes de médicaments. Elle s'était renseignée sur le web et avait découvert qu'il s'agissait d'un médicament antirejet. Depuis, pensant qu'Ellie avait subi une greffe d'organe et qu'elle avait cessé de prendre le traitement pour abréger sa vie, car le rejet d'un organe la tuerait à coup sûr, la religieuse faisait prendre le traitement à l'insu d'Ellie, en espérant la sauver. Certes, elle se permettait d'intervenir dans la vie privée de la jeune maman mais elle ne pouvait accepter de la laisser mourir. Ellie fut accueillie dès la sortie de la douche par la sœur et le plateau-repas. La scène lui rappela tristement les fois où elle avait fait de même vis-à-vis d'Harlock pour qu'il se nourrisse correctement pendant le long voyage vers la planète des Mazones. Elle eut un pâle sourire. Il lui semblait tellement lointain le temps de ses prises de bec avec Hans.

- Qu'est-ce qui ne vas pas Eliza ? S'enquit-elle inquiète face à ce regard plus triste que d'habitude.

- Ce n'est rien, ma sœur, il ne faut pas vous inquiéter.

Elle s'approcha de la sœur et prit le plateau.

- Cela m'a l'air délicieux ! S'exclama-t-elle en simulant la joie.

Elle alla s'installer sur la petite table. La sœur n'était pas dupe. Ellie était au plus mal et ce n'était qu'une question de temps avant qu'elle ne s'éteigne.

- Eliza je suis là si tu veux parler, insinua la sœur. Je sais que tu passes par des moments très difficiles mais je refuse de baisser les bras. Je veux garder vivante la mère de Frank et Marie.

- A quoi bon ? Se désola Ellie. Ils sont dans une gentille famille à présent.

- les choses peuvent encore changer. Peut-être que Ryo Kimura finira par arriver à coincer ces monstres qui t'ont condamnée à l'exil.

- Dans combien de temps ma sœur ? Cinq ans ? Dix ans ? De quel droit irais-je ensuite réclamer ma progéniture ? Je ne peux pas les arracher à leurs parents ! S'exclama-t-elle en pleurant.

- J'ai longuement discuté avec les Stewart lorsque je leur ai proposé d'adopter tes enfants. Je leur ai expliqué ta situation et ils m'ont assuré qu'ils seraient d'accord, le moment venu, de leur dire la vérité et qu'ils puissent te voir.

- Non ! Refusa Ellie, Je veux qu'ils puissent grandir normalement, je ne veux pas les perturber et je ne veux pas qu'ils sachent qu'ils ont du sang d'Aristote Zone dans les veines !

- Ce n'est pas le sang d'Aristote Zone qu'ils ont dans les veines mais le tien ! S'indigna la sœur.

- C'est pareil. Je suis sa fille !

Ellie termina le petit déjeuner et se rendit dans le cockpit de l'appareil. Les nappes de gaz étaient de plus en plus importantes et les éclairs d'un orage magnétique ne cessaient de frapper le bouclier. Sandy regardait les instruments de mesure et lorsqu' Ellie arriva, elle lui montra un rapport des plus alarmants.

- Notre bouclier donne des signes de faiblesse, s'inquiéta Ellie.

- Le bouclier normal tient encore bon mais pas celui du camouflage et je n'aime pas l'idée de le perdre, révéla Sandy.

- Moi non plus. Je préfère que l'on navigue en toute discrétion jusqu'à ce que l'on trouve une planète où nous poser.

- Qu'est-ce qu'on fait ?

- On va réduire la vitesse et balancer toute l'énergie économisée dans le bouclier.

- Ça marchera ?

- Si on sort de cet orage magnétique oui. Sinon, c'est notre bouclier le plus précieux qui souffrira et si on perd celui-là…

Sandy acquiesça et obtempéra. La vitesse fut considérablement réduite. Ellie s'approcha des hublots pour observer. Un nuage de micrométéorites passa et se fracassa sur le bouclier. Décidément, l'expédition en ces régions exotiques était très hasardeuse. Malgré l'économie d'énergie et le transfert de puissance le bouclier faiblissait toujours et lorsque le vaisseau-cité quitta enfin la zone de l'orage magnétique, le bouclier de camouflage avait rendu l'âme et ils n'avaient pas à bord ce qu'il fallait pour le remplacer. Ellie et Sandy allèrent quand même voir si elles pouvaient récupérer les circuits mais ceux-ci avaient fondu à cause de la surcharge d'énergie provoquée par les impacts d'éclairs. Elles retournèrent au cockpit bredouilles et Ellie se mit à réfléchir à leur situation. Elle proposa à Sandy de vérifier ce qu'il y avait comme matériel disponible dans les hangars.

Ellie avait l'horrible sensation que les anciens esclaves de Sylvidra s'étaient fait gruger à plus d'un titre par les aristocrates. Elles trouvèrent de la nourriture à profusion, de l'eau que le vaisseau régénérait à chaque fois, des activités ludiques et du matériel. Mais le matériel en question ne pouvait servir que pour réparer les capacités secondaires du vaisseau. Il n'y avait aucun matériel pour les primaires qui étaient vitales pour l'appareil. En constatant cela Ellie fit la grimace et Sandy poussa un soupir d'exaspération.

- Il semblerait que les humains nous aient joué un sale tour, ricana Sandy.

- Ce ne sont pas tous les humains, juste ceux qui veulent le pouvoir et qui ont peur qu'une nouvelle colonie Mazone essaye de leur reprendre.

- Ton pote Kimura m'avait pourtant assuré qu'il fournirait tout le matériel nécessaire, se méfia Sandy.

- Ryo est un homme de parole, je suis sûre qu'il l'a fait. Mais les colis ont été interceptés, se désola Ellie.

- Qu'est-ce qu'on va faire ?

- Prier pour que l'on ne croise personne.

- On peut, peut-être se former au combat ? Proposa Sandy.

- Sandy cela fait un mois que je côtoie les anciens esclaves de Sylvidra. Ils sont adorables et non aucune agressivité. Soutint Ellie peinée par la situation.

- Ils peuvent apprendre j'en suis sûre ! On n'est pas des mauviettes ! Affirma-t-elle avec force.

- Je n'ai pas dit cela Sandy mais ils auront naturellement pitié de leurs ennemis. Je voudrai tellement pouvoir les protéger ! Ragea Ellie.

- Il y a des armes dans un des hangars je pense que l'on peut envisager l'entraînement au tir.

- Je sais tirer en théorie mais avec ma mémoire défaillante je ne suis pas certaine de pouvoir me rappeler comment on fait leur entretient ou leur montage, avoua Ellie peinée.

- Je sais tirer.

- C'est une blague ? Les esclaves Mazones ne savent pas se battre.

Ellie la regarda surprise et vit que Sandy détournait le regard.

- Tu n'es pas une esclave Mazone ! Comprit-elle paniquée.

- Non. Je suis l'enfant d'une officier Mazone et d'un humain j'ai rejoint l'équipe des rebelles Mazones qui ont aidé la Résistance quand j'ai découvert que mon père avait été assassiné sur ordre de Sylvidra et avec l'accord de ma mère ! Avoua-t-elle en pleurant. Ma mère a affirmé que mon père était sacrifiable alors les scientifiques Mazones ont testé le virus sur lui. Il a agonisé pendant des jours ! Il m'a protégé, élevé et aimé alors que ma mère lui avait forcé la main pour me faire et elle l'a assassiné ! Alors oui ! J'ai trahi les Mazones car je ne voulais plus être mêlée à ces monstres !

Sandy s'effondra contre le pupitre en pleurant. Elle s'assit et prit sa tête entre ses mains. Elle pleurait à chaudes larmes.

- Où était ton père ?

- Quand je suis devenue étudiante ma mère l'a remis à disposition des autres officiers Mazones pour qu'elles puissent s'amuser avec lui ! Il était pratiquement tout le temps sous Mirasu. Quand j'allais le voir il ne me reconnaissait même plus, révéla-t-elle en pleurant. Ma mère m'avait promis que dès que je serai devenue officier comme elle, elle me permettrait de l'installer dans l'immeuble où étaient gardés les anciens amants royaux. Sauf qu'ils lui ont injecté le virus le jour même de ma nomination au grade d'officier supérieur. Elle n'a même pas respecté sa parole. Elle m'a affirmé qu'une Mazone ne devait pas être faible face à un humain même si il s'agit de son père C'était six semaines avant l'attaque. Il est mort alors qu'il avait à peine trente ans ! Alors quand j'ai vu que le capitaine de l'Arcadia s'était rendu pour son fils et que celui-ci avait ordonné de l'éliminer j'ai envisagé de l'aider à s'échapper. Mais il était à l'infirmerie sous bonne garde et déjà sous nano alors j'ai attendu le moment opportun. Je l'ai vu qui se baladait le lendemain soir dans une zone non couverte par les caméras et je l'ai embarqué. Lorsqu'il a vu que je voulais l'emmener dans un mini copter il s'est rebellé et il m'a saisie à la gorge et c'est là que j'ai vu que les nanos, par je ne sais quel miracle, n'avaient plus d'emprise sur lui. J'en ai ri de joie. Il m'a demandé ce que je voulais et je lui ai dit. Il m'a alors expliqué qu'il ne voulait pas partir sans son fils. Je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour l'aider et il m'a demandé quel produit utilisait les Mazones pour rendre les mâles humains dociles.

- Tu lui as dit ?

- Oui, s'enthousiasma la Mazone, je lui ai même dit où en trouver et la dose à ne pas dépasser pour que le médicament n'agisse que le temps où il devait satisfaire les désirs de la reine. Le reste du temps il était parfaitement lui-même, d'ailleurs vous l'aviez remarqué n'est-ce pas ?

Sandy lui fit un clin d'œil.

- Tu faisais partie de la garde ? S'étonna Ellie.

- De la garde royale. Je savais que vous étiez là sûrement pour les mêmes raisons que votre homme alors j'ai saboté l'ordinateur central pour que vous puissiez vous voir et vous parlez mais je crois que cela n'a pas dû marcher car je n'ai pas vu d'amélioration dans vos relations et je savais qu'Harlock souffrait beaucoup à cause de cela.

- Sandy…Se désola Ellie.

La jeune Mazone posa la tête sur ses genoux. Ellie lui caressa les cheveux.

- On va essayer. Après tout, cela peut marcher, indiqua Ellie en souriant.

- Cela m'a fait du bien de vider mon sac. Je n'en n'avais jamais parlé à personne, avoua-t-elle tristement. Il me manque tellement !

Ellie comprenait que Sandy bien qu'adulte n'avait derrière elle que cinq années d'existence et elle avait été privée de son père bien trop tôt et bien trop brutalement. De plus elle manquait de maturité et, même si elle était très courageuse, il fallait que quelqu'un veille sur elle. Elle avait agi de manière impulsive.

- Tu veux le voir mon papa ? Demanda-t-elle en la tutoyant brusquement en relevant la tête.

Sandy essuya ses larmes et regardait Ellie avec un regard brillant de joie.

- Oui je veux bien, affirma Ellie en souriant.

Sandy retira son collier et ouvrit son pendentif en forme de cœur. Une matérialisation 3D se fit et Ellie put voir un très séduisant jeune homme à côté de Sandy. Il avait les cheveux noirs, les yeux bridés et le teint très clair.

- Il était très beau Sandy, soutint Ellie en la regardant.

Celle-ci avait le regard émerveillé en voyant son père.

- C'était le jour où je suis entrée à l'école d'officier. Et celle-là c'était quand j'ai fini ma formation secondaire, indiqua-t-elle en montrant une autre matérialisation, plongée dans ses souvenirs, remontant le temps, à l'époque où elle vivait heureuse auprès de son père.

Ellie regarda la totalité des photos. Sandy bien qu'adulte physiquement était encore une enfant. Elle remonta jusqu'au jour de sa naissance. Lorsque la dernière image disparut, le visage de la jeune Mazone s'assombrit et elle regarda le pendentif tristement.

- C'est tout ce qu'il me reste de lui.

Ellie la prit dans ses bras pour la consoler. La jeune Mazone était un étrange mélange d'adulte et d'enfant. Elle adorait taquiner les gens mais avait un cœur d'or. Elle avait grandi trop vite et en avait déjà bien trop vu.

- Comment faisais-tu pour voir ton père ?

- Comme j'étais une fille d'officier et que j'étais à l'académie militaire j'avais le droit de profiter du harem des officiers alors je faisais croire que j'étais venu m'amuser avec un mâle humain et je faisais mon choix. Il n'y avait personne pour surveiller alors j'emmenais mon père dans une des chambres et je restais avec lui. Comme il ne me reconnaissait pas il croyait que je venais pour….Indiqua-t-elle en se remettant à pleurer Et puis tout ce que j'avais à faire c'était à le repousser avec douceur et il se laissait faire. Il était d'une docilité effrayante, je ne le reconnaissais plus. Lui qui était si vif si brillant il ne ressemblait plus qu'à un jouet. Je pouvais rester des heures avec lui et lui épargner des heures dans les bras d'un de ces monstres.

Ellie se rappela le comportement d'Harlock lorsqu'elle était venue fouiller la chambre. Il était devenu lui aussi extrêmement docile au bout d'une dizaine de minutes ce qui ne lui correspondait pas à sa personnalité. Elle n'avait qu'à lui dire qu'elle devait s'en aller pour qu'il obéisse bien sagement. Son regard aussi était étrange. Le cœur d'Ellie se serra, elle imaginait très bien la douleur de Sandy en voyant son père dans cet état. Peut-être qu'en voyant la situation d'Harlock elle avait pensé à son père et elle avait voulu le sauver. Comme elle n'avait pu sauver son père elle a voulu sauver celui de Mark. Elle laissa la jeune Mazone et alla proposer l'idée au chef des Mazones.

Paléande se trouvait sur la grande place. Il assistait à la mise en place d'arbres dans les emplacements préparés à cet effet. Celui-ci ne semblait pas surpris par la proposition de la jeune Mazone. Ellie le regarda fixement et il lui sourit :

- Je sais pour Sandy. La pauvre gamine a beaucoup souffert. Elle a aidé le capitaine de l'Arcadia et elle a participé en six semaines à pas mal de missions de renseignements. Je crois qu'Harlock lui rappelait son père et en plus je crois qu'il lui plaisait aussi, affirma-t-il avec un sourire malicieux.

Ellie ne réagit pas et se contentait de le regarder gravement :

- Je sais que vous vous inquiétez pour nous mais je vous assure nous pouvons apprendre le maniement des armes je vous assure tout ira bien, Ellie.

Paléande lui fit un doux sourire en espérant la rassurer mais l'angoisse ne la quitta pas pour autant.

L'atelier fut mis en place dès le lendemain et les Mazones vinrent s'entraîner sous les conseils de Sandy.

Deux semaines plus tard, le télescope qui permettait l'observation de l'espace à partir du vaisseau détecta la présence d'une exo planète dont l'écosystème était proche de la Terre. Il y en avait pour deux mois de vol et Paléande ordonna que le vaisseau prenne la direction de cette nouvelle planète. Ils n'étaient pas très loin de celle-ci lorsqu'ils furent attaqués par une flottille de vaisseaux Mazones. Ellie fut appelée en urgence dans le cockpit par Sandy dès l'apparition des appareils.

- Est-ce que le bouclier pourra tenir le choc ? S'inquiéta la jeune Mazone.

- Qu'est-ce qu'elles font ici ? S'étonna Ellie abasourdie. Ce n'est pas possible d'avoir une poisse pareille ! L'univers est tellement vaste pourquoi faut-il qu'on tombe sur elles !

- Connaissant Sylvidra elle a dû se dire qu'elle pouvait se planquer avec le reste de son armée dans une zone inexplorée et derrière les millions de nuages de gaz qui se promènent ici on ne pouvait pas les voir. Le bouclier ?

- Il tiendra. Ce ne sont que des petits croiseurs. Vitesse maximale ! Ordonna Ellie. Il faut qu'on parte. Pas la peine de prendre le risque de tomber sur plus puissant ou sur des vaisseaux plus gros.

- Enclenchement de la vitesse maximale, chargement de la génératrice, transfert de puissance. Attention à l'accélération ! Prévint le pilote en appuyant sur la sirène qui retentit dans tout le vaisseau pour prévenir ses habitants.

Ellie s'accrocha fermement à la console et une fois l'accélération brutale passée, elle s'approcha du hublot. Elle regarda l'espace qui s'offrait à eux et une boule d'inquiétude se forma dans son estomac. Il y avait beaucoup d'astéroïdes et de mini-planètes où des vaisseaux pouvaient s'embusquer et les attaquer par surprise. Elle regarda du côté de Sandy et celle-ci acquiesça. Elle prit le micro et le connecta au système de communication générale du vaisseau.

- Nous venons de subir une attaque. Allez au hangar et récupérez les armes ! Ordonna-t-elle.

Le cœur battant, Ellie retourna observer l'extérieur. Son cœur se glaça d'horreur, lorsque derrière une série d'astéroïdes, elle découvrit des vaisseaux de guerre Mazone. Ceux-ci leur faisaient face et soudain l'immense vaisseau de Sylvidra se plaça derrière ceux-ci. Ellie pâlit et regarda Sandy. La première série de tirs frappa durement le bouclier à l'avant du vaisseau. Elle vit la console des canons où elle s'installa. Elle pria de toute son âme que les cours de tir dispensés par Harlock lors du voyage vers la planète des Mazones étaient encore ancrés dans sa mémoire défaillante. Elle arma les canons et répliqua à puissance maximale. Son tir se heurta au bouclier des vaisseaux adverses. Elle savait que leur appareil n'était pas assez maniable pour pouvoir faire des manœuvres d'évitement. Le bouclier allait devoir encaisser tous les tirs. Elle lança un diagnostic et elle lut sur l'écran que celui-ci était déjà très affaibli. Elle bascula toute l'énergie dans le bouclier. L'éclairage principal se coupa dans tout le vaisseau et il ne resta que celui de sécurité. Les vaisseaux Mazones envoyèrent un nouveau tir de barrage qui mit à mal le bouclier. Des gerbes électriques s'échappèrent des consoles et des panneaux d'alimentation. Sandy quitta le cockpit. Il fallait qu'elle aille aider les autres car ce n'était qu'une question de temps avant que les Mazones n'arrivent à pénétrer à l'intérieur du vaisseau-cité. Ellie lança un second tir qui perça les boucliers adverses et frappa les vaisseaux. Le canon principal du vaisseau de Sylvidra fut sorti de sa cache. Ellie ayant lu le livre de bord de l'Arcadia connaissait la puissance de cette arme. Le vaisseau-cité étant trop grand elle ne pouvait ordonner qu'il se colle au vaisseau de Sylvidra.

- Préparez une descente violente ! Ordonna Ellie. Il faut que passer sous eux et qu'on s'éloigne au plus vite !

Le pilote fit la manœuvre mais le premier tir de l'arme de Sylvidra détruisit complètement le bouclier du vaisseau et Ellie assista aux décollages de centaines de petits vaisseaux d'attaque destinés à forcer le blindage du vaisseau-cité et à monter à l'assaut.

- Je crois qu'on est fichu, mademoiselle ! Commenta le pilote.

Ils se trouvaient sous le vaisseau de Sylvidra et il fallait trouver le moyen de fuir.

- Accélérez au maximum ! Ordonna Ellie.

- Je ne peux pas les réserves de la génératrice sont à sec ! Indiqua le pilote !

Le vaisseau-cité commençait à être frappé au niveau de sa piste d'envol. La porte céda et les vaisseaux Mazone entrèrent en masse. La génératrice n'avait plus assez d'énergie pour les armes aussi il ne restait plus qu'une seule solution qui n'avait probablement aucune chance d'aboutir.

- Les Mazones ont réussi à entrer, indiqua-t-elle à travers le système de communication générale. Préparez-vous au corps à corps !

- Et à défendre chèrement votre peau, termina le pilote.

Il défit sa ceinture, prit son arme et quitta le cockpit. Le vaisseau était en vol stationnaire et Ellie se doutait que Sylvidra ne le détruirait pas. Les temps étaient durs pour la reine des Mazones et toute prise était précieuse. Elle bascula les caméras de sécurité sur l'écran principal d'où elle assista à l'assaut des Mazones. Celles-ci ne firent qu'une bouchée des premières lignes. Il y avait beaucoup d'anciens esclaves regroupés sur la grande place car il n'y avait pas assez d'armes pour tout le monde. Sandy avec son groupe mettait la progression des Mazones en difficulté. Paléande tentait de calmer les personnes présentes sur la place. Il y avait beaucoup trop de passages dans le vaisseau-cité et pas assez de personnes pour les défendre. La femme qui dirigeait l'assaut contourna le barrage de Sandy et arriva jusqu'à la place où elle prit les personnes désarmées en otage pour obtenir la reddition des rebelles encore armés. Ellie envoya l'image à Sandy qui comprit qu'ils avaient perdus. Elle ordonna le repli et se rendit à l'endroit où se trouvaient les autres Mazones. Elle s'avança avec les autres et regarda la place. Il y avait des soldats de Sylvidra partout autour de la place et sur les passages en hauteur. Il n'y avait rien à faire. Elle jeta ses armes et s'avança en mettant les mains au-dessus de sa tête. La responsable de l'assaut s'approcha et Sandy s'arrêta stupéfaite en reconnaissant sa mère. Celle-ci s'approcha de sa fille et la gifla durement.

Ellie quitta le cockpit et se rendit dans la place sous le regard abasourdi des soldats Mazones qui ne s'attendaient pas à la trouver dans un vaisseau emmenant les anciens esclaves de Sylvidra en exil. Elle s'approcha de la mère de Sandy qui la regarda longuement.

- Que fais donc la femelle du capitaine Harlock dans un vaisseau qui part en exil ? Ricana-t-elle.

Ellie ne répondit pas et la regarda durement. Sandy inquiète voulu s'approcher mais elle fut repoussée brutalement par les soldates Mazones. Ellie la regarda avec douceur en lui souriant, espérant ainsi la rassurer, que tout irait bien. Elle tentait de lui envoyer ce message mais la jeune Mazone ne fut pas rassurée pour autant.

- Misérable créature tu vas payer ton effronterie ! Hurla la responsable de l'assaut.

La mère de Sandy la frappa au visage avec la crosse de son arme mais Ellie ne baissa pas les yeux pour autant. Le sang coula sur sa joue et elle la regarda avec la même dureté. L'officier eut un ricanement et Ellie fut emmener menottée à Sylvidra. Celle-ci l'attendait assise sur son trône avec Venus à ses côtés. Etrangement la reine des Mazones semblait avoir perdu de son arrogance et Ellie fut assise sur une chaise devant elle. Les deux femmes se jaugèrent longuement. Sylvidra avait en face d'elle la responsable des sabotages organisés sur Terre mais elle n'en tirait aucune gloire.

- Que faites-vous à bord de ce vaisseau ? L'interrogea Sylvidra d'une voix glaciale.

- Je pars en exil, l'informa Ellie.

- C'est une plaisanterie ?

- Absolument pas, tous les enfants et autres personnes apparentées aux membres du Consortium ont été condamnés à l'exil. J'ai choisi de partir avec vos anciens esclaves.

- A bord d'un vaisseau sous-équipé ? S'étonna la reine des Mazones. Pourquoi Harlock vous a-t-il laissé partir ? Vous n'étiez pas ensemble ?

- Il m'a larguée avant de venir vous rejoindre votre altesse. Il n'avait pas de raison pour me garder près de lui donc j'ai été condamnée à partir. Etrangement vous n'avez même pas un rictus de vengeance ou de mépris face à celle qui s'est battue contre vous et qui en reconnaissance de ses actes à tout perdu et se retrouve en exil, se moqua Ellie.

- Les humains sont coutumiers de ce genre de méthode votre ex en a fait les frais !

Ellie regarda Vénus qui elle ne cachait pas sa haine. Si ses yeux avaient été des armes Ellie serait déjà morte.

- Si je comprends bien tous ceux qui ont collaboré avec nous ont été condamné à l'exil ? Insista Sylvidra en se disant que si elle pouvait les retrouver cela lui permettrait de se reconstituer une armée.

- Vous ne lâcherez jamais l'affaire, se désola Ellie comprenant les intentions de Sylvidra. Ils n'ont pas tous été condamnés à l'exil car certains ont réussi à retirer leurs billes à temps et à masquer les affaires et autres activités qu'ils avaient eues avec le Consortium. Donc, ce ne sont que les familles des politiciens du Consortium qui ont été exilées et donc par conséquent des personnes qui ne pourraient vous servir à rien.

- Où est votre père ?

- Aucune idée il est parti dès le début du conflit.

Une Mazone entra dans la salle et salua la reine.

- Votre altesse, le petit Thomas a terminé son apprentissage pour aujourd'hui, annonça-t-elle en restant inclinée

- Amène-le ici.

- A vos ordres.

La Mazone sortit et revint deux minutes plus tard en tenant un petit garçonnet qui ressemblait à un humain âgé de cinq ans qui s'inclina lorsqu'il fut face à la reine des Mazones.

- Bonjour votre altesse, salua-t-il la reine puis en se tournant vers Venus, bonjour mère.

Ce fut un choc pour Ellie. Elle regarda le garçonnet. Il était Mazone. Le petit regarda vers elle et Ellie reconnut le regard perçant des Harlock.

- C'est le fils de Mark, comprit-elle.

- Oui, Mark et moi avons engendré le futur souverain des Mazones, annonça fièrement Venus. Comme vous lui refusiez votre lit, il venait se réfugier dans le mien et le résultat est plus que réussit vous en conviendrez.

- Ca suffit, Venus ! Ordonna Sylvidra glaciale qui voulait que les persiflages de son ancienne servante cessent.

Ellie ne put s'empêcher de rire.

- Dites-moi Venus qu'est-ce que ça fait de se faire sauter par un gars qui s'occupe de vous en pensant en sauter une autre ? Se moqua Ellie en riant.

Venus bondit de son siège pour aller frapper Ellie mais la reine leva la main et des soldats se mirent devant la captive pour la protéger.

- Je t'ordonne de sortir, Venus !

- Mais votre altesse, protesta la Mazone.

- Je t'ai dit de sortir ! Insista la reine.

Les soldats attendirent que la mère de l'enfant soit sortie avant de s'éloigner d'Ellie.

- Quel dommage que vous n'ayez pas cédé à mon fils et quel dommage qu'il ne vous ait pas fait prendre de Mirasu. A l'heure qu'il est j'aurai auprès de moi une belle-fille digne de ce nom et pas cette petite idiote ! Ragea Sylvidra.

- Que voulez-vous, je suis quelqu'un de fidèle.

- Apparemment ce n'est pas le cas d'Harlock. Quelle imbécile de vous avoir laissé filer !

- Merci Sylvidra, c'est plutôt surprenant de votre part mais c'est agréable.

- Pour qui vous a-t-il largué ?

- Une poupée russe blonde à forte poitrine, très grande et qui a un joli minois ressemblant trait pour trait à Maya.

- Helena Svlotiania ?

- Vous la connaissez ? S'étonna Ellie.

- Oui. Elle côtoie le duc de Péhant, un drôle de zèbre celui-là, arriviste au possible et ivre de pouvoir. Très bel homme cela dit mais il a la beauté du diable. Dois-je comprendre qu'Harlock s'est mis du côté de ses origines ? Voilà qui est surprenant. Et pour vous aussi on dirait, comprit Sylvidra en voyant la mine sombre d'Ellie.

Ellie regarda l'enfant qui lui fit un grand sourire.

- Pourquoi avez-vous tué votre fils ?

- Je tenais à ce qu'Harlock paye pour s'être opposé à moi.

Ellie serra les poings de colère et une larme roula sur sa joue.

- Comment peut-on faire cela à son enfant ? S'indigna-t-elle. Vous êtes un monstre Sylvidra !

- Non ! Je suis une reine chargée de sauvegarder sa civilisation. Cela nécessite certains sacrifices !

- Vous ne regrettez pas que votre petit fils ait perdu son père ! Ragea Ellie. Vous trouvez bien qu'il soit élevé par cette conne de Vénus !

- Venus ne s'en occupe guère, elle a autant d'instinct maternel que moi. J'ai conscience de mes manquements en tant que mère et comme je n'ai gardé que de pures Mazones elles sont toutes dans la même situation. Ça tombe bien que je vous ai sous la main ! Affirma Sylvidra en souriant. Je vous confie le petit Thomas, il ressemble beaucoup à son père et contrairement à ce que croit Venus, il ne régnera pas. Lorsqu'il sera en âge d'avoir des enfants je lui trouverais une Mazone et je m'arrangerai pour qu'il lui fasse une fille et que mon peuple ait ainsi une nouvelle reine.

- Un simple reproducteur quoi ! S'énerva Ellie.

- Comme son père et son grand-père avant lui !

- Que comptez-vous faire des Mazones que vous avez capturés ?

- Ils exploiteront les mines de Carbodiamant nécessaires au blindage de nos vaisseaux.

- Mais c'est très dangereux ! Vous allez les tuer ! S'épouvanta Ellie.

- Mais j'y compte bien ! Soutint Sylvidra avec un sourire cruel. Ils comprendront vite ce qu'il en coûte de me trahir !

- Il y avait une religieuse avec moi, elle est âgée, elle ne supportera pas cela, je vous en prie, supplia Ellie en pleurant.

- Très bien, je vous cède sur ce point. La nonne vous rejoindra. Je vous confie mon petit-fils. Thomas voici ta nouvelle nourrice, indiqua-t-elle en regardant le garçonnet. Elle s'appelle Eliza, c'est l'ancienne maîtresse de ton père.

Ellie la regarda outrée par un tel mensonge. Le petit s'approcha d'elle et lui prit la main en souriant.

- Bonjour ! Moi c'est Thomas ! La salua-t-il avec un grand sourire.

Ellie se sentit fondre face à ce joli sourire. Elle prit le garçonnet dans ses bras qui lui fit un bisou de bienvenue. Elle le souleva et suivit une Mazone qui l'escorta jusqu'aux appartements de l'enfant.

Harlock et Ryo montèrent dans du véhicule. Le chef du gouvernement alluma le moteur et ils descendirent lentement l'allée.

- Je vais dire la vérité à Nynna, décida Ryo.

Harlock eut un petit ricanement.

- Tu comptes vraiment tout lui dire ? S'enquit Harlock narquois.

- Bien sûr !

- Tout ton plan plus le viol que j'ai subi ? Se moqua Harlock. Tu crois qu'elle va réagir comment ?

- Ce ne sera pas pire que la situation actuelle. Elle m'a foutu à la porte l'aurais-tu oublié ?

- Tu crois vraiment qu'elle va sauter de joie en apprenant que j'ai fait souffrir à Ellie le martyr pour infiltrer le groupe de pression des aristos à ta demande ? Tu crois qu'elle va être soulagée de savoir que je suis toujours raide dingue d'Ellie mais que je n'ai pas pu la sauver car le duc s'était amusé avec moi au point que je perde la notion du temps et que je me prenne une infection qui m'a cloué sur mon canapé car je n'avais plus la force de me relever ! Si tu fais cela tu peux tout de suite remplir et signer les papiers du divorce en mettant tous les torts de ton côté. Crois-moi, il vaut mieux attendre !

- Qu'est-ce que tu comptes faire ?

- Je te l'ai dit, je vais négocier avec le duc. Vu qu'il a ce genre de tendances je saurai exactement sur quels boutons appuyer.

- Tu n'envisages quand même pas de finir au lit avec lui !

- Pourquoi ? Tu es jaloux mon chéri ? Se moqua Harlock. Ne t'inquiètes pas cela n'ira pas aussi loin mais je pense qu'il faut que j'arrive à séduire le duc au point qu'il me mange dans la main.

- Il est dangereux Hans. C'est un violent et s'il te veut il recommencera.

- Il ne pourra pas, il ne bénéficiera plus de l'effet de surprise.

Harlock sortit sa tablette numérique et envoya un message à l'académie

- Qu'est-ce que tu fais ?

- J'envoie mon certificat d'arrêt maladie à l'académie, révéla Harlock

- Si tu fais cela le duc va fouiller ton dossier médical.

- Oui et il découvrira que les flics des crimes sexuels se sont pointés et que je ne leur ai rien dit. Il est temps que le duc craigne un peu pour sa réputation. La sienne est celle d'un coureur de jupons actuellement mais si tout le monde finissait par apprendre qu'il aime aussi les hommes et les prendre de force je ne crois pas que le roi le garderait dans ses bonnes grâces.

- Et il mettra un contrat sur ta tête !

- Non, car je ne veux surtout pas que tout le monde sache ce qu'il s'est passé entre nous, j'ai moi aussi une réputation à tenir. Je vais me contenter de le draguer un peu, c'est tout.

Ryo horrifié se gara sur le côté et regarda son ami.

- Avec ce qu'il t'a fait tu envisages vraiment de le séduire ! Cria Ryo affolé. Tu joues avec le feu Hans ! Je t'interdits de rester seul avec lui tu m'entends ?

- Contente toi de nous ramener et laisse-moi suivre ma stratégie, la tienne nous a mis dans une belle merde !

Harlock lui montra les commandes du véhicule et Ryo dû s'incliner. Il n'arrivait pas à croire que son ami envisageait de faire ce genre de chose.

- Tu sais que le draguer implique certaines choses, S'inquiéta Ryo.

- Je sais.

- Tu sais de quoi je parle au moins ?

- Oui, Assura Harlock en souriant. Mais ne t'inquiètes pas je connais les limites à ne pas franchir.

- Et si le duc se montre un peu trop entreprenant ?

- Ecoute je dois seulement lui faire croire que j'envisage de lui céder.

- Tu sais si ça se trouve c'était juste un petit coup comme ça juste pour s'amuser.

- Alors j'opterai pour une autre méthode mais quelque chose me dit que ce n'était pas un câlin violent juste comme ça, histoire de se soulager. Il veut beaucoup plus même si il ne le reconnaît pas encore.

- Pourtant on ne peut pas vraiment dire qu'il s'est montré tendre, commenta Ryo énervé en se rappelant les meurtrissures sur le corps d'Harlock.

- Moi non plus. Je crois que c'est le coup de genou dans les parties qui l'a fait exploser.

- Il en avait encore envie après ça ? S'étonna Ryo. Tu crois qu'il en pince pour toi ?

- C'est possible.

Ryo reconduisit Harlock jusqu'au centre-ville d'où le capitaine prit un taxi pour rentrer chez lui. Il trouva Helena dans le salon en train de l'attendre un verre à la main. Elle se leva et lui tendit le verre en souriant :

- Bonjour mon amour, pourquoi ne m'as-tu pas dis que tu étais souffrant ? Minauda-t-elle.

- Ce n'est rien de grave, assura-t-il en prenant le verre

Avant qu'il n'ait le temps de boire, Helena l'embrassa voluptueusement. Sa langue chercha celle du capitaine et une fois celle-ci trouvée, elles se mêlèrent longuement dans un baiser très sensuel.

- Ca a du bon que tu t'inquiètes pour moi, Affirma-t-il en souriant.

- Tu as été blessé mon amour ! S'épouvanta Helena en dégageant la mèche de cheveux pour voir l'hématome.

- Ce n'est rien, j'avais un peu de fièvre et j'ai quand même voulu faire de l'équitation. Résultat, j'ai fait une mauvaise chute c'est tout, la rassura Harlock en mentant de manière très convaincante.

- Le duc s'inquiète pour toi, tu sais. Il a demandé de tes nouvelles. Je vais pouvoir le rassurer.

- Serait-il possible que je le voie ?

- Je pense que oui. Il t'apprécie beaucoup. Il a même découvert chez toi une facette qu'il ne connaissait pas et il a refusé de me dire laquelle.

Elle se colla plus contre lui, lui caressa le torse et descendit jusqu'à la ceinture. Harlock mit la main sur la sienne puis il l'éloigna de la boucle.

- Je suis assez vieux jeu. Je préfère attendre que nous soyons mariés.

- Mais j'ai très envie de toi et tu ne t'es pas gêné avec l'autre boudin, se plaignit-elle.

- Mais toi tu es différente. Tu es une fille de l'aristocratie, une demoiselle bien née qui mérite qu'on la respecte. Tu ne vas tout de même pas me faire croire que tu as la cuisse légère comme n'importe qu'elle fille du peuple.

Helena hésita, le duc lui avait dit de se montrer prudente, elle devait le séduire et le surveiller. Le duc s'était toujours arrangé pour que l'honneur d'Helena soit sauf et il avait encouragé Harlock à l'épouser en affirmant qu'aucun homme ne l'avait encore touchée. Il espérait bien que l'idée de prendre sa virginité à une si jolie fille l'inciterait à franchir le pas. Leur relation était donc très chaste et jamais le capitaine ne lui avait fait de proposition indécente Au début cela ne la dérangeait pas mais à présent, elle avait vraiment envie de goûter à cet homme et elle s'inquiétait pour la nuit de noces bien qu'elle savait qu'une toute petite intervention remédierait au problème.

- Ecoute on n'est pas obligé d'attendre le mariage pour certaines choses, tu es très habile de tes mains et de ta langue donc…Proposa Helena.

- Donc quoi ? S'enquit Harlock faussement étonné.

Helena le regarda et se dit que cet homme ne comprenait vraiment rien aux femmes. Elle se ravisa et lui sourit :

- Tu as raison. Après tout je serai bientôt madame Von Harlock et je pourrais t'avoir complètement.

« Et je te ferai ta fête pendant la nuit de noces mon chéri, pensait-elle en lui souriant. »

Ses mains se placèrent autours de la taille d'Harlock et elle l'embrassa à nouveau. Elles glissèrent sur les hanches puis sur les fesses du capitaine qu'elles caressèrent avec convoitise. Celui-ci la laissa faire puis brusquement le visage d'Ellie le soir où la loi était passée lui revint en mémoire et il rompit le baiser.

- Excuse-moi, il faut que je prenne mon médicament.

Il sortit le traitement de la poche de sa veste et prit un comprimé. Il se retrouvait à trahir Ellie et il ne voulait pas franchir la ligne. Il fallait qu'il arrive à endormir la vigilance d'Helena et dans ce cas il fallait jouer la carte du duc. Celle-ci se montrait de plus en plus insistante concernant les relations intimes et cela le gênait. Helena était plutôt une gentille fille et il ne voulait pas lui faire de peine mais il fallait qu'elle croie qu'il était très vieux jeu pour qu'elle arrête de le poursuivre de ses assiduités. Alors que le duc lui avait loué haut et fort la vertu d'Helena, Harlock s'était rendu compte que c'était complètement faux dès leur premier baiser. Elle n'avait pu s'empêcher de faire glisser subrepticement sa main sur la partie intime d'Harlock pour en évaluer la taille. Il avait été surpris sur le coup et désormais il se méfiait des mains baladeuses de la princesse russe. Helena le regardait avec convoitise et Harlock s'en aperçut en regardant dans la glace qui se trouvait au-dessus de la commode qui portait la carafe et les verres. Il se retourna et lui sourit gentiment.

Helena reçut alors un message du duc et dû prendre congé. Elle obtint d'Harlock un dernier baiser puis elle prit son véhicule avec chauffeur pour se rendre chez le duc.

Celui-ci était assis à son bureau et Helena entra avec un grand sourire :

- Il va bien ne t'inquiètes pas, il m'a dit qu'il avait fait un peu de fièvre et une chute de cheval mais il va très bien.

- Il ne t'a rien dit d'autre ? Insista Oscar soupçonneux.

- Non, rien mais j'en ai marre d'attendre le mariage. J'ai ce mâle magnifique devant moi et je ne peux y toucher, tu imagines ma frustration ?

- Montre-toi patiente avec lui. Il veut juste te respecter c'est quelqu'un de bien, la rassura Oscar.

- Je lui ai proposé qu'on s'amuse un peu et j'ai l'impression qu'il ne comprenait pas. Pourtant je suis sûre qu'avec sa langue il doit savoir faire un tas de choses et avec ce dont la nature l'a pourvu, si il sait s'en servir correctement, il a dû rendre dingue de plaisirs cette petite traînée d'Eliza Zone.

Oscar ayant déjà goûté aux charmes du capitaine de l'Arcadia, comprenait très bien la frustration d'Helena. Rien qu'en repensant à la douceur de sa peau et à ses formes parfaites il sentait le désir monter en lui, c'était la première fois qu'un homme lui faisait un effet pareil. D'habitude il s'amusait avec un partenaire plus ou moins consentant et cela en restait là mais avec Harlock c'était différent il en avait encore envie. Il leva les yeux et vit le regard lubrique d'Helena.

- Tu veux que je calme ta frustration ? Je n'ai pas beaucoup de temps devant moi, proposa-t-il.

- Tu as bien un peu de temps pour jouer avec ta langue non ?

Oscar sourit et se recula du bureau. Il l'invita à s'approcher. Elle s'assit sur le bureau et s'appuya en arrière pour laisser le champ libre au duc. Il approcha sa chaise et commença à la caresser au niveau de son intimité avec une de ses mains expertes. Il la glissa sous la culotte et fit gémir la jeune femme de désir. Elle était déjà très excitée, le capitaine avait embrasé ses sens et il n'avait plus qu'à finir le travail. Helena le repoussa, retira sa culotte puis se replaça sur le bureau. Oscar joua de sa langue, il la fit pénétrer en profondeur dans la zone sensible d'Helena qui gémissait de plus en plus fort. Elle fermait les yeux et l'image d'Harlock envahit son esprit et dans son imagination c'était lui qui s'occupait d'elle. Elle sentait l'extase approcher et hurla son plaisir

- Oh Hans ! Hurla-t-elle en pleine extase.

Oscar sentit le plaisir chaud d'Helena couler sur sa langue et se retira.

« Ainsi donc tu mouilles à ce point pour lui », pensa Oscar énervé sans savoir pourquoi.

Elle approcha ses lèvres des siennes et l'embrassa passionnément.

- C'est moi que tu embrasses ou Harlock ? Grinça Oscar.

- Serais-tu jaloux ? Tu ne l'as jamais été auparavant, se moqua Helena en se rhabillant.

« C'est parce qu'avant je n'étais pas jaloux à l'idée qu'un de mes anciens jouets couche avec toi, pensa-t-il. Mais celui-là c'est différent. Pas question que tu y touches ma belle, celui-là il est à moi. Je n'en ais pas encore fini avec lui »

Il se leva et s'éloigna d'Helena.

- Contacte Harlock, dis-lui de venir demain, il y a une réunion politique ici et je veux qu'il y assiste.

- Très bien.

Ils échangèrent un dernier baiser et la jeune femme sortit.

Elle prévint le capitaine de l'Arcadia qui sourit à l'autre bout du fil en se disant que le duc voulait vraiment s'assurer de son silence.

Le lendemain, il mit son costume de l'académie le plus seyant et se rendit au château du duc. Il avait pris soin de bien cacher l'hématome sous sa mèche. Le comte de Moissy l'accueillit avec un grand sourire et il alla saluer le duc à qui il fit une légère œillade de défi. Harlock connaissait la méthode à employer pour obtenir du duc ce qu'il voulait. Celui-ci n'avait que vingt-huit ans et même s'il était rusé il n'avait pas encore l'expérience d'Harlock. Les invités allèrent dans le salon et prirent place dans les différents fauteuils. Harlock se plaça au milieu. Il vit avec satisfaction le regard du duc se diriger souvent vers lui et celui-ci ne laissait pas de place au doute concernant ses intentions.

- Très bien nous allons démarrer, proposa le duc. Qu'en est-il de l'assemblée démocratique ?

Quelques rirent se firent entendre.

- Les démocrates ont de moins en moins de pouvoir et nous avons réussi à mettre de notre côté beaucoup d'élus désireux de garder leur place. Bien sûr nous leur avons fait croire que ce serait le cas grâce à nous mais nous savons tous ce qui leur attend, révéla le comte de Moissy.

Quelques rires se firent entendre et Harlock sourit de manière complice. Il commençait à devenir un maître dans l'hypocrisie.

- Qu'en est-il des vaisseaux transportant les personnes envoyées en exil ?

- Je me suis renseigné auprès de Ryo qui est venu pleurer dans ma chambre à l'hôpital. Ils sont tous partis à son grand désarroi et ils s'inquiètent du pouvoir que nous sommes en train d'avoir, je crois qu'il a peur, indiqua Harlock avec un sourire cruel sur le visage.

- Vous êtes toujours en contact avec lui ? S'étonna le duc.

- Je pensais que cela pourrait être utile. Après tout il ne serait pas très bon pour nous qu'il découvre nos projets.

- Et ?

- Il ne sait rien ne vous inquiétez pas monsieur le duc. Comment va-t-on se débarrasser d'eux ?

- On n'en est pas encore là, Hans. Nous devons obtenir l'indépendance politique de nos territoires et pour cela nous allons sortir du système démocratique mis en place. Nous pourrons ainsi réarmer nos territoires librement sans passer par l'accord de leur ministère de la défense. Il est temps de nous placer derrière la bannière de notre roi et de mettre à genoux ce système ridicule et faible. Etes-vous des nôtres Hans ou choisissez-vous de rester sous les ordres d'un système qui se fera corrompre tôt ou tard ?

Il regarda Harlock avec insistance. Ses yeux étaient brûlants d'une passion qui semblait loin d'être assouvie.

- Ayant déjà connu plusieurs systèmes démocratiques je sais qu'il n'y a rien de bon à attendre d'eux. Donc, monsieur le duc, vous pouvez compter sur moi, affirma-t-il en souriant

- Je crois que nous sommes tous ravis de vous avoir parmi nous, conclut le duc.

Les aristocrates présents applaudirent et le duc leva la séance. Tout le monde partit sauf Harlock qui regarda le duc pensivement.

- Vous voulez qu'on parle de la dernière fois c'est-cela ? S'enquit le duc embarrassé.

- Cela vous arrive souvent de prendre de force ce que l'on vous refuse ?

- Ca dépend. Certaines choses sont sans importance mais certaines sont trop irrésistibles pour que j'y renonce.

- Vraiment ? Se moqua Harlock en croisant ses longues jambes.

Il vit que le duc ne perdait pas une miette de ses mouvements et qu'il le fixait intensément. Harlock savait très bien ce qu'il regardait comme cela. Le pantalon était volontairement moulant et la zone intime du capitaine y était en valeur. Leur regard se croisa et Harlock vit très nettement du désir dans celui du duc.

- C'est un comportement de gamin qui m'a valu la visite des flics, Oscar. Reprocha Harlock sur un ton moqueur.

- Je sais. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi vous avez atterri à l'hôpital ?

- Vous n'y êtes pas allé en douceur, j'espère que vous en êtes conscient ce qui m'a valu une blessure mal placée qui s'est infectée. Je faisais de la fièvre et j'ai fais venir le docteur Sanders. Le problème c'est qu'entre temps à cause de la fièvre j'ai fais un malaise et le docteur m'a fait transporté à sa clinique. C'est là qu'il a découvert ce qui m'était arrivé et qu'il a suivi la procédure en appelant les flics.

- Qu'est-ce que vous leur avez dit ? S'inquiéta le duc.

- Rien du tout. Je n'ai aucune envie que ce qui s'est passé entre nous ne soit étalé en place publique, je n'ose imaginer le choc pour Helena qui est une femme si douce et si innocente. Il serait grand temps que vous arriviez à contrôler vos pulsions.

- Je n'ai pas de leçon à recevoir de vous ! Après tout vous allez bien vous satisfaire avec votre petit informaticien ! Se vexa Oscar.

- Mais par rapport à vous, il est bien ennuyeux. Dommage que vous soyez si impétueux, je crois que l'on aurait pu bien s'entendre tous les deux mais avec des désirs aussi violents et la différence d'âge je crois que cela ne collerait pas, affirma Harlock en souriant.

Le capitaine se leva et commença à s'éloigner.

- Attendez Harlock ! Ordonna le duc.

Le capitaine se retourna et regarda le jeune duc dont les yeux montraient son âme consumée par la convoitise. Harlock fit demi-tour et s'approcha de lui. Arrivé à sa hauteur, il le plaqua contre le mur et l'embrassa fougueusement. Le duc répondit à ce long baiser qui l'inondait de plaisir. Au bout de plusieurs minutes où le duc put apprendre beaucoup de chose sur la technique du capitaine en matière de baiser, celui-ci cessa de l'embrasser et lui murmura en souriant :

- Bonne soirée Oscar.

Il s'éloigna et quitta la pièce. Le duc resta collé contre le mur à essayer de contrôler une pulsion qui devenait de plus en plus forte. Harlock avait réveillé un feu qui n'était pas prêt de s'éteindre et le duc décida d'aller passer la nuit avec Helena pour étouffer ce brasier qui le consumait de l'intérieur. Il voulait Harlock. Cette fois-ci, il en était sûr, ce n'était pas qu'une simple pulsion, cet homme l'obsédait.