Chapitre 7 : Le jeu du chat et de la souris.
Harlock resta chez lui tout le temps de son arrêt maladie puis il retourna assurer ses cours. L'hématome que lui avait fait le duc commençait à se résorber. La blessure cicatrisait et les médicaments avaient eu raison de l'infection. Ce qui était blessé par contre c'était l'âme du capitaine. Il s'en voulait de ne pas s'être méfier du duc et il s'en voulait encore plus d'avoir manqué de vigilance. Il était sûr à présent que quelqu'un avait informé le duc et il allait faire tout ce qu'il fallait pour découvrir qui s'était chargé de cela. Ce n'était pas dû au hasard que le duc était venu précisément ce soir-là, Harlock en était convaincu, il avait été pris en filature.
Il passa l'accueil et se rendit directement dans la salle des professeurs où le comte de Moissy l'accueillit avec un grand sourire et à grand renfort de politesses. Harlock répondit aimablement. Brutalement un silence de plomb s'abattit dans la salle lorsque le duc de Péhant entra. Il regarda Harlock et lui sourit. Il fit un signe de tête et l'ensemble des professeurs fila à leur salle de classe. Harlock s'apprêtait à en faire de même mais le duc l'attrapa par la taille.
- Pas toi, murmura-t-il.
Harlock le regarda et vit le même regard que la veille au soir mais cette fois-ci, il était plus calme. Harlock alla se servir à café et le duc ferma la porte acoustique. Le capitaine se retrouvait seul face au duc et cette porte empêcherait quiconque d'entendre ce qui se passerait si le duc décidait de se jeter sur lui. Il fit face au jeune homme tout en regardant vers la sortie avec insistance.
- Rassures-toi je ne toucherai pas, lui promis le duc.
- Crois-tu vraiment que j'ai peur de toi ? Le nargua le capitaine. Mes cours commencent dans moins de cinq minutes et il serait temps pour moi de rejoindre ma salle.
- Tu seras un peu en retard c'est tout, décida Oscar sans le quitter des yeux.
Harlock but une gorgée de café, il fallait qu'il reprenne l'ascendant sur le duc sinon il craignait le pire. Celui-ci s'approcha de lui et lui caressa la joue au niveau de l'hématome.
- J'ai réfléchi à ce que tu m'as dit la dernière fois et je ne renoncerai pas à toi, décida-t-il.
Harlock faillit s'étrangler avec son café. Il sentait la panique le gagner. Certes, il avait proposé d'utiliser ses charmes pour appâter le duc mais il le sentait à l'idée que ce plan puisse aboutir son cerveau semblait vouloir en rejeter l'idée, faisant s'immiscer la peur dans son âme. Lui qui n'avait craint personne, qui avait bravé tous les dangers durant sa carrière de pirate de l'espace, il commençait à angoisser face à ce bellâtre arrogant de duc
- Je n'aurais pas dû te forcer la main, mais je veux malgré tout tenter ma chance avec toi.
- Attends une minute...Il me semblait avoir été clair, je refuse !
Harlock s'éloigna du duc et finit son café. Il jeta le gobelet à la poubelle et respira profondément. Il devait se ressaisir, se calmer. Il devait tenir, jouer le jeu coûte que coûte. Le duc était dans ses filets à présent, il allait le manipuler et détruire ce groupuscule de fous qui voulaient régenter l'Humanité sur la base d'un système inégalitaire qui interdirait à tous ceux qui ne sont pas de la haute noblesse ou de la finance d'avoir les mêmes droits qu'eux.
- Je sais que tu trouves que la différence d'âge entre toi et moi est trop grande mais je m'en moque, Hans.
- Tu oublies que je suis fiancé à Helena je ne vais pas m'amuser à courir deux lièvres à la fois, répliqua Harlock en souriant qui avait retrouvé son calme.
- Je t'en prie, Hans, se moqua le duc en riant, tu veux vraiment me faire croire que c'est un mariage d'amour ? Tu t'es servi d'Helena pour arriver jusqu'à moi, pour pouvoir grimper dans la hiérarchie aristocratique mais je ne te voie pas tomber amoureux de ce genre de femme.
- Rassures-moi sur un point tu es bien un homme ? Se moqua Harlock.
- Oui mais...
- Sérieusement tu ne voies pas où est le problème ? Je ne suis pas intéressé par les hommes !
- Tu oublies l'endroit où je t'ai trouvé ?
- Je te l'ai dit, je suis allé voir un ami qui venait d'être foutu dehors par la personne qu'il aimait et qui se trouvait en pleine rupture, soutint-il sans mentir.
- Et le baiser de la dernière fois ?
- Une petite vengeance personnelle après ce que tu m'avais fait subir !
- Tu mens Hans, insista le duc en s'approchant. Le baiser que tu m'as donné n'était pas un mensonge !
« Pauvre con ! Pensa Hans, si tu savais que pour pouvoir te rouler ce patin je m'imaginais en train d'embrasser Ellie peut-être que tu comprendrais. »
Le duc était vraiment très près de lui, beaucoup trop proche au goût du capitaine qui se recula mais le duc le ceintura et le serra contre lui.
- Laisse-moi une chance d'arriver à te séduire Hans, proposa le duc en déposant un léger baiser sur ses lèvres. Je te promets de ne plus jamais te forcer la main.
- Plus jamais ? S'enquit le capitaine en le regardant droit dans les yeux.
- Je te le promets, affirma le duc.
De Péhant semblait sincère mais même si Hans était encore angoissé, il décida de donner sa chance à Oscar tout en restant malgré tout prudent. Oscar sentit Harlock se détendre un peu et il l'embrassa fougueusement. Le capitaine, qui ne s'attendait pas à cela, en eu le souffle coupé. Il joua le jeu malgré tout et le duc s'arrêta au moment où la sonnerie de début des cours retentit.
- Je dois y aller, murmura Harlock en regardant le duc avec douceur.
Le duc relâcha son étreinte et Harlock se dirigeait vers la sortie lorsqu'Oscar présenta une nouvelle requête.
- Il y a un bal samedi soir. Accepterais-tu de venir avec Helena ?
- Très bien si tu me promets de ne rien lui dire de ce qui s'est passé, accepta Harlock.
- Je n'ai rien dit jusqu'à présent non ?
- C'est-ce qui me surprend d'ailleurs.
- Les Svlotiania dirigent un important groupe de banques et ils sont plusieurs fois milliardaires. Grâce à leur fond nous allons pouvoir mener notre projet à terme. Je trouve utile que tu l'épouses.
- Sauf si pour elle ce n'est qu'un petit jeu, insinua Harlock.
- Au début oui, mais ton charme a eu raison du jeu et elle te veut.
- J'en suis flatté car c'est quelqu'un de bien.
Harlock sortit de la pièce et referma la porte derrière lui. Il s'adossa contre le mur et respira à fond. Son rythme cardiaque était bien trop élevé et une envie de vomir lui montait à la gorge. Il avait du mal à reprendre son souffle. Il s'était peut-être montré présomptueux en affirmant à Ryo qu'il pourrait user de son charme sur le duc malgré ce que celui-ci lui avait fait endurer. Il le sentait à présent, il était beaucoup plus affecté que ce qu'il ne le pensait au début. Il s'en voulait, le grand capitaine de l'Arcadia démoli psychologiquement par un jeune blondinet qui avait abusé de lui sexuellement. Une larme d'amertume roula sur sa joue qu'il essuya rapidement. Il respira profondément et monta le vaste escalier en pierre qui menait à l'étage où se trouvait sa salle de classe. Il avait besoin d'aide et décida de se rendre après les cours au cabinet du docteur Kimura.
Les élèves du capitaine chahutaient un peu dans le couloir et le comte de Moissy sortit de sa salle pour les gronder. Ils étaient vraiment trop excités et Friedrich Von Stadt avait la mine réjouie du vainqueur. Il était sûr que le capitaine s'était fait coincer par le duc et qu'il serait probablement viré de l'académie. Les autres professeurs avaient été incapables de dire à quelle date revenait le capitaine ce qui le confortait dans son hypothèse. Les élèves entendirent des pas dans les escaliers et s'attendirent à ce que ce soit un des responsables du bureau de la vie scolaire qui venaient leur indiquer qu'ils pouvaient partir. Friedrich souriait de toutes ses dents et il se figea en voyant Harlock se diriger vers eux en préparant ses clefs. Le capitaine déverrouilla la porte et les élèves entrèrent en silence.
Harlock s'installa à son bureau et retira sa veste. Il remarqua alors le regard insistant du jeune Friedrich. Celui-ci essayait de comprendre pourquoi son plan avait échoué. Il était pourtant sûr des renseignements dont il disposait sur cet animal en rut alors pourquoi cela avait-il échoué ? Soudain, il remarqua sous la mèche un hématome en cours de guérison et il eut un sourire en coin en se disant que son plan n'avait peut-être pas échoué finalement. Harlock portait la trace d'un coup violent ce qui signifiait un règlement de comptes et donc il avait peut-être subi une sévère correction. Ce sourire en coin ne dura que deux secondes tout au plus mais le capitaine le remarqua et il commença à se demander si ce n'était pas cet élève qui avait renseigné le duc. Le seul problème c'était qu'il ne savait pas pourquoi. Dès le début de l'année Friedrich s'était montré assez irrespectueux et plus d'une fois il l'avait mis dehors ou envoyé chez le directeur et il ne comprenait pas d'où venait une telle hostilité. Il le soupçonnait en plus d'être l'instigateur de ce qu'avait enduré Patrick Coste. Il fit son cours sereinement tout en observant le petit insolent du coin de l'œil. Si c'était lui, il ne pouvait le coincer sur ce qu'il avait subi mais il n'était pas dit que justice ne pourrait être rendue. Patrick Coste était parti en exil et il ne pouvait plus avoir son témoignage mais il restait peut-être des preuves. Si c'était le cas Harlock comptait bien les trouver. Il sortit discrètement de sa poche un insecte espion de son sac scolaire et le programma sur sa tablette pour qu'il suive le jeune Friedrich dans les moindres de ses déplacements. L'appareil étant de la forme d'une coccinelle il passerait facilement inaperçu placé sur l'uniforme rouge des élèves.
La sonnerie retentit et le capitaine envoya son espion en mission. Il finit sa journée de cours et se promis d'aller voir Toshiro pour savoir ce que son insecte avait à raconter. Mais il devait auparavant faire le point et il se rendit au cabinet du docteur Kimura.
Il était tard et la salle d'attente était vide ce qui l'arrangeait. Le docteur sortit de son bureau en entendant la sonnette de la porte d'entrée. Le docteur regarda Harlock et lui sourit avec douceur. Il le trouvait très pâle et préoccupé. Il le fit entrer immédiatement et Harlock s'installa sur le canapé. Le médecin le rejoignit et s'assit en face de lui.
- Alors Hans, en quoi puis-je vous aidez ? S'inquiéta le médecin face à la pâleur de son patient.
- Vous savez ce qui m'est arrivé ?
- Oui le docteur Sanders m'en a parlé, ensuite mon fils a vidé son sac, ragea le docteur.
- Ne lui en veuillez pas, ce n'est pas de sa faute.
- Est-ce que le duc vous poursuit de ses assiduités ? S'inquiéta le docteur.
- Oui.
Harlock gardait la tête baissée ce qui inquiéta encore plus le docteur.
- Vous devez porter plainte car j'ai peur qu'il ne vienne à recommencer, affirma le médecin.
- Je ne peux pas et il a promis qu'il ne recommencerait pas.
- Vous croyez la parole d'un violeur ? Croyez-moi il ne s'arrêtera que lorsqu'il sera sous les verrous et qu'il suivra une bonne thérapie !
- J'ai besoin que cela ne s'ébruite pas et que le duc en pince pour moi est nécessaire pour le travail que j'ai à faire.
- Encore un plan de mon fils ? S'énerva le médecin. Oubliez cela !
- C'est ma décision docteur. Je peux obtenir les preuves par le duc. J'ai juste à l'émoustiller suffisamment et à lui faire croire que je pourrai éventuellement un jour lui céder pas plus.
- Croyez-vous vraiment qu'il va se contenter de cela ? Dès qu'il ne tiendra plus, il se jettera sur vous !
- Je l'ai vu aujourd'hui, je n'avais aucun moyen d'appeler à l'aide et il n'a rien tenté, indiqua Harlock.
- Bon sang, Hans ! Ragea le médecin en se frottant les yeux de fatigue. Vous êtes dans un état de grande vulnérabilité. Vous n'avez plus votre équipage à vos côtés et Ellie n'est plus là pour vous réconforter, vous ne tiendrez pas longtemps.
- Ça ira mieux dès que j'aurai retrouvé mes enfants et il faut que le duc m'apprécie pour que je puisse obtenir qu'il envoie une expédition pour retrouver Sylvidra.
- Ecoutez, je comprends votre désir de vengeance vis-à-vis de ce monstre mais je vous en prie ne prenez pas de risque, supplia le médecin.
- C'est vrai que j'aimerais bien régler son compte à Sylvidra mais je compte démarrer les recherches par la zone où est partie le vaisseau-cité, avoua Harlock.
- Hans cela équivaut à chercher un atome dans une meule de foin vu l'étendue d'espace à sillonner, vous n'avez…Tenta-t-il de le raisonner puis en voyant le regard désespéré d'Harlock, il se tut.
Cela lui faisait mal au cœur de voir Harlock dans cet état. Le docteur n'avait que soixante-deux ans mais il aimait Harlock comme s'il était son propre fils. Il était tellement content qu'il reprenne vie peu à peu avec Ellie et maintenant Hans se raccrochait à n'importe quel espoir même le plus insensé pour retrouver celle qu'il aimait.
- Très bien, je sais que je ne devrais pas vous encouragez dans cette voie mais bon, allez-y, accepta-t-il d'une voix triste.
- Je sais que c'est absurde mais je ne peux pas renoncer.
- Est-ce que votre organisme a bien récupéré ? S'enquit le médecin pour changer de sujet tant celui-ci l'inquiétait.
- Oui, je vais beaucoup mieux, assura Harlock
- Vous êtes pâle et vous avez les traits tirés. Est-ce que vous dormez bien ?
Un silence de quelques minutes se fit entre les deux hommes.
- Non, avoua Harlock. Je dors peu et je fais souvent des cauchemars.
- Je vais vous prescrire de quoi dormir et un traitement pour vous aidez à affronter ce que vous avez enduré et vous éviter ainsi des crises de panique. Je suppose qu'après votre confrontation d'aujourd'hui avec le duc vous n'avez pas dû être loin d'en faire une ?
- J'en ai fait une dans le couloir, reconnut Harlock embarrassé.
- Je vais vous prescrire ce qu'il faut. Voilà, indiqua-t-il en donnant l'ordonnance à Harlock.
- C'est risible n'est-ce pas, le capitaine de l'Arcadia victime de ce genre de truc,…
- Ne croyez pas cela. Personne ne peut faire comme si rien ne s'était passé après ce genre de sévices, c'est impossible, soutint le docteur.
Harlock se leva et leur regard se croisa, Harlock vit une sincère douleur dans les yeux du médecin. Il lui fit un pâle sourire pour le rassurer, le salua et sortit.
Il se rendit à l'Arcadia. Celui-ci était accosté au quai numéro trois de l'académie depuis que le capitaine avait pris ses fonctions de professeur. Pour l'instant il n'avait pas eu l'occasion d'entraîner ses recrues à bord de son bâtiment. De plus son équipage n'étant pas issu de l'aristocratie il était resté auprès de Ryo à le soutenir et à le conseiller.
Harlock se retrouvait seul avec son ami. Il se dirigea vers la salle de l'ordinateur et fut accueilli par un Toshiro qui faisait illuminer chaque étage de son système par ses douces lueurs multicolores. Le capitaine resta plusieurs minutes à se faire bercer par cette douce ambiance et finit par se détendre un peu. C'est tout ce que son vieil ami avait pu trouver pour lui exprimer son soutien et l'aider un peu. Toshiro avait assisté impuissant, le cœur brisé au départ d'Ellie et il se doutait que son ami n'allait pas tarder à atteindre son point de rupture s'il ne récupérait pas ceux qu'il aimait. Il avait réussi à suivre un peu le vol du vaisseau-cité puis il avait commencé à extrapoler des possibilités de destination possibles. Chaque jour était un supplice pour Harlock et la douce amitié de Toshiro lui permettait de retrouver espoir. Toshiro était au courant des derniers événements et avaient failli décoller sans demander l'autorisation à son ami pour massacrer le duc à coups de canons. Lorsque Ryo l'avait supplié de retrouver son calme il l'avait copieusement insulté et avait eu envie de fermer la porte de sécurité puis de vider l'oxygène de la salle pour faire taire celui qui avait mis son ami dans les filets du duc.
- Qu'a donné la surveillance de Friedrich Von Stadt ? S'enquit Harlock en ouvrant son œil valide.
- Tu es sûr de vouloir entendre cela ?
- Oui.
- J'envoie l'enregistrement.
Une animation en trois dimensions se matérialisa devant Harlock. Il vit le jeune Friedrich avec de Peravy cheminer à travers l'école, aller étudier, dîner puis se rendre au dortoir en parlant de tout et n'importe quoi, se vantant de leurs conquêtes féminines, de leurs exploits dans les différents jeux vidéo à la mode, le comportement de jeune typique. Par contre dans les dortoirs, la porte de leur chambre fermée l'ambiance s'assombrit et les deux amis en arrivèrent au sujet qui les préoccupait.
- Ton plan a foiré Friedrich, Harlock est toujours là ! Ragea de Peravy.
- Pourtant cela aurait dû marcher ! Je suis sûr que cet animal d'Harlock fait des trucs louches en dehors de l'école ! C'est une certitude !
- Ca ne devait pas être grave vu qu'il est de retour ! Tu t'es planté les mecs ne l'intéressent pas !
- Mon cul ! J'ai le journal de mon ancêtre pour le prouver ! Ce gars est un pervers qui a un appétit sexuel démesuré.
- Avoue qu'il te fait bander surtout !
- N'importe quoi ! Je n'ai pas ce genre de goût ! S'insurgea Friedrich avec une mine dégoûtée.
- Ouais c'est-cela et ce que tu as fait subir à Coste pendant qu'on le plaquait au sol avec de Perrignac t'appelles ça comment ?
- Le punir par où il a péché !
- Tu parles ! Ce gars n'avait fait que fantasmer un peu sur Harlock. Avant tu t'en foutais de ses tendances c'est lorsque tu as découvert celui qu'il convoitait que tu as explosé ! Parce qu'il voulait Harlock, insinua de Peravy salace. Tu sais plus ça va plus je trouve ton comportement étrange vis-à-vis de notre prof surtout ton regard parfois.
- Je te l'ai dit, je veux juste qu'il paye pour ce qu'il a fait à mon ancêtre c'est tout !
- Il n'est pas responsable ce qui lui est arrivé ! Ce n'est pas lui qui lui a mis la seringue dans sa main ni qui l'a encouragé à se droguer jusqu'à l'overdose !
- Il était marié depuis l'âge de seize ans, il avait un petit garçon lorsqu'il a rencontré Harlock. Celui-ci l'a perverti puis il l'a abandonné parce qu'il a finalement choisi Maya Von Paltz. Ma famille a été déshonorée et ruinée par sa faute.
- Je t'en prie, le père de ton ancêtre avait des amis hauts placés qui vous ont aidés à vous relevez !
- C'est pour cela que j'ai juré fidélité au duc de Péhant ! Sa famille et la mienne sont liées à jamais ! Et je ne veux pas voir Harlock tourner autour du duc tu entends !
- C'est le duc qui t'intéresse alors ! Cracha de Peravy.
Friedrich envoya un violent coup de poing qui frappa son ami en plein visage. De Peravy se retrouva au sol à cracher du sang.
- Si ça se trouve, c'est les deux ! Ricana de Peravy.
Le jeune homme se releva et prit un mouchoir pour essuyer le sang qui s'écoulait de sa lèvre fendue.
- Harlock n'est pas le genre de gars à laisser passer ce que l'on a fait à Coste. Il faut se débarrasser de lui car je sais qu'il continuera à enquêter comme par le passé. Il ne lâchera pas l'affaire !
- Qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Coste n'est plus là donc il ne peut pas porter plainte ! Pas de victime pas d'affaire, conclut Friedrich.
- Mais il reste l'enregistrement, si Harlock le trouve on est fichu !
- Je l'ai effacé !
- Tu as utilisé le logiciel de reformatage de ton ordinateur ?
- Bien sûr ! Tu crois que j'ai envie de me faire choper !
- Si Harlock te chope ce ne sera de la manière dont tu le souhaites ! Soutint de Peravy avec un sourire moqueur.
- Va te faire foutre !
Harlock était devenu encore plus pâle en entendant cela. C'était donc Friedrich qui avait fourni au duc des renseignements et c'est le duc lui-même qui l'avait probablement filé.
- Tu crois qu'il a détruit l'enregistrement Toshiro ?
- Je pense que tu devrais demander au docteur Kimura. Ce garçon m'a l'air très perturbé. Il faudrait que tu te reposes tu m'inquiètes mon ami.
- Je vais essayer de dormir un peu.
- Tu ne rentres pas chez toi ?
- Non, je vais aller dormir dans ma cabine.
- Comme tu veux… Par contre Harlock, pas d'alcool avec les médocs, rappela Toshiro.
- Ne t'inquiètes pas je n'ai pas l'intention de faire une bêtise.
- Bonne nuit, Hans, le salua Toshiro.
L'ordinateur suivit son ami par caméra interposée jusqu'à ce qu'il arrive à sa cabine puis il se contenta de pousser ses micros à fond pour surveiller la respiration de son ami pendant qu'il dormait. Harlock ne fit pas de cauchemar cette nuit-là, c'était là le grand avantage des calmants. Il s'écroula comme une masse et dormit d'une traite.
Au petit matin il fut réveillé par une voix douce.
- Debout Hans, l'appela le docteur Kimura en souriant.
- Qu'est-ce que vous faites là ? S'étonna Harlock.
- Votre ami, Toshiro, m'a appelé hier soir, il a dit que vous aviez besoin de me voir, s'inquiéta le docteur.
- Rassurez-vous ce n'est rien de grave. J'ai besoin de votre avis sur un de mes élèves.
- Il a des problèmes ?
- Disons que le duc s'est amusé avec moi grâce à lui, révéla Harlock tristement.
- Je vois, est-ce que cela veut dire que vous avez décidé de porter plainte ?
- Non mais ce gamin en a torturé un autre et je crois qu'il est très perturbé et dangereux, révéla Harlock.
- Montrez-moi !
Hans ne s'était pas déshabillé pour dormir, il avait même gardé ses armes sur lui. Même si le capitaine ne voulait l'admettre le traumatisme était grand. Il ne se sentait même plus en sécurité sur son propre vaisseau. Harlock emmena le docteur dans la salle de l'ordinateur et Toshiro repassa la séquence. Le docteur observa le comportement du jeune homme, demanda plusieurs arrêts sur image et prit quelques notes.
- Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Est-ce que son histoire est vraie ?
- Pardon ?
- Son ancêtre.
- Je ne vois pas en quoi cela à voir là-dedans
- Est-ce que sa haine à votre encontre est justifiée ?
- Ce qui justifierait ce qu'il a fait ! Railla le capitaine.
- Ce qu'il a fait est monstrueux mais si sa haine est justifiée, ou plutôt, qu'il pense qu'elle l'est, il a peut-être voulu faire justice lui-même.
- D'une manière bien perfide pour ce qui est de moi et très inhumaine vis-à-vis de Patrick Coste ! Soutint Harlock.
- Avez-vous eu une liaison avec son aïeul ?
- A l'époque j'étais un étudiant de vingt ans et mon voisin de pallier au dortoir, son ancêtre donc, était un ami…. J'ai passé la nuit avec lui une fois….
- C'est allé jusqu'où ?
- Plus loin que ça n'aurait dû, avoua Harlock gêné. Je lui ai dit dès le lendemain que c'était une erreur et que cela n'aurait jamais dû arriver parce que j'étais déjà avec Maya et il s'est un peu accroché.
- Est-ce qu'il en a parlé à votre petite amie ?
- Oui et disons que je me suis un peu emporté et cela a mal tourné.
- De quelle manière ?
- On a réglé cela à l'épée à l'époque.
- Votre balafre, comprit Ken.
- Après cela il a quitté l'académie et je n'ai plus entendu parler de lui.
- Le fameux camarade dont mon fils m'a parlé, indiqua le docteur dubitatif.
- J'ai peut-être un peu enjolivé les choses parce que ce gars ne méritait pas ce qui lui est arrivé. J'ai commis une horrible erreur et détruit la vie de ce gamin. A l'époque je pensais juste qu'il était rentré chez lui auprès des siens. Est-ce que c'est à cause de moi que ce gamin agit comme cela ?
- Non, j'en doute. Il vous en veut comme toute sa famille depuis…
- Ça remonte à loin quand même, reconnut le capitaine en comptant les années.
- Cela fait cent trente-quatre ans. C'est beaucoup trop lointain. Disons que cette famille a peut-être une dent contre les Harlock depuis mais je ne pense pas que cela soit ça la vraie justification
- Sauf si il est déséquilibré, supposa le capitaine.
- Il est déséquilibré mais je pense que le problème vient du fait que vous lui avez tapé dans l'œil comme son ancêtre et il ne veut pas ressentir cela.
- Et pour Patrick Coste ?
- Je pense que c'est parce qu'il refoule le fait qu'il préfère les personnes du même sexe que lui. Vous savez les lois Mazones appliquées par le Consortium faisaient la chasse aux gays parce que cela leur faisait des mâles en moins et elles ne pouvaient comprendre qu'un mâle humain puisse rester froid face aux charmes des Mazones. Pour elles c'était un affront !
- Et c'est resté dans les mentalités ! S'insurgea Harlock. J'ai trouvé Patrick Coste et croyez moi seul un monstre peut faire cela ! Est-ce que vous pensez qu'il a détruit l'enregistrement ?
- Non, il l'a gardé et à mon avis il doit se le repasser pour se remémorer ses exploits.
- Imaginez sa joie s'il avait pu assister à ce que le duc m'a fait !
- C'est probable mais en même temps il aurait peut-être été jaloux.
- Il aurait voulu être à la place du duc ou à la mienne ?
- Je miserai pour celle du duc avança le docteur mais je ne peux pas savoir par cette vidéo ce qu'il ressent pour le duc de Péhant. Je pense que ce gamin est très dangereux. Il lui faudrait des soins dans un centre spécialisé.
- Il risque de recommencer n'est-ce pas ?
- Il y a de fortes chances pour que cela se reproduise. Peut-être que Ryo peut pirater les différents ordinateurs familiaux pour voir ce qu'il trouve, proposa Ken.
- Toshiro s'en chargera, je ne vais pas embêter Ryo avec tout ça.
- Très bien. Au moindre souci appelez-moi d'accord ? Souhaita Ken en serrant la main au capitaine.
- Je vous le promets, jura Harlock en souriant avec douceur.
Le docteur quitta le vaisseau et Toshiro lança ses recherches.
Harlock assura ses cours et repassa le soir. Il trouva l'ordinateur complètement éteint.
- Toshiro ? Appela-t-il. Est-ce que ça va ?
- Pas terrible, avoua l'ordinateur qui alluma une rangée de lumières en répondant.
- Il s'est passé quelque chose quand tu as piraté les ordinateurs de Von Stadt ?
- Non, tout va bien. C'est juste que j'ai trouvé la fameuse vidéo dans l'ordinateur que le gamin garde au domicile familial.
- Je me doute de ce que tu as pu voir, se désola Harlock. Je n'aurais pas dû te demander cela.
- Il fallait que quelqu'un le fasse. Hans il faut que ce gamin soit interné de toute urgence !
- Montre-moi la vidéo.
- Franchement je ne préférerais pas, c'est vraiment trop monstrueux.
- Tout ira bien Toshiro, montre-moi , insista le capitaine d'une voix douce.
Toutes les lumières de l'ordinateur s'éteignirent et Toshiro lança la vidéo. Il coupa tous ses capteurs sensoriels pour ne plus assister à cette horreur. Harlock la regarda de bout en bout en serrant les poings de colère.
Lorsque la vidéo fut terminée, il la transféra sur sa tablette numérique et se rendit au bureau du directeur Lorsqu'il entra il vit le duc de Péhant installé dans un des luxueux fauteuils du bureau.
- Que vous arrive-t-il capitaine ? S'enquit le directeur en souriant.
- Je suis venu vous parler d'un problème monsieur.
- Allons bon. Qu'est-ce qui peut bien vous inquiéter comme cela ?
- Friedrich Von Stadt, lâcha le capitaine.
Le duc de Péhant pâlit brusquement, ce que le capitaine ne manqua pas de remarquer.
- Je sais que cet élève vous pose des petits soucis de discipline mais ce n'est pas très grave, soutint le directeur.
- Il ne s'agit pas de son attitude en classe.
Oscar regardait le capitaine intensément. Il commençait à craindre qu'il savait que le jeune homme avait fourni certains renseignements au duc et qu'il venait tout révéler au directeur.
- De quoi s'agit-il alors ? S'impatienta le directeur.
- Patrick Coste.
- Encore cette histoire ! S'énerva le directeur.
Oscar poussa un discret soupir de soulagement.
- Je sais qui a fait subir à ce gamin les sévices dont il a été victime et je pense qu'il serait temps que l'académie se débarrasse d'eux au plus vite et je pense que Von Stadt a besoin d'un traitement psychiatrique !
- Hans, ça suffit !
- Ecoutez-moi ! De Peravy, de Perrignac et Von Stadt ont emmené Patrick Coste dans les toilettes de leur dortoir et ils l'ont torturé ! J'ai la vidéo qui le prouve !
- On s'en fout, Hans ! Ce gosse a été exilé ! On n'a pas à s'occuper de ce problème !
- Qu'est-ce que vous ferez s'ils recommencent sur un autre gamin ? S'énerva Harlock.
- Cela n'arrivera pas ! Croyez-moi ! De plus le fait que Von Stadt ce soit chargé de Coste a arrangé tout le monde.
- Je vous demande pardon ? S'étonna Harlock.
- Von Stadt est venu me voir avant que tout cela n'arrive. Il s'inquiétait de l'attitude de Coste vis-à-vis de vous. Il avait remarqué qu'au moment où vous leur expliquiez le fonctionnement de certains vaisseaux de guerre en leur faisant la visite du Victoire, Coste avait tendance à se coller un peu trop près de vous et il l'a surpris une fois à respirer le parfum qui se dégageait de votre veste….
- Cela ne justifie pas…
- Je pense que vous ne comprenez pas la nature du problème parce que vous êtes un homme bon et vous ne voyez pas toujours le mal où il se trouve. Coste fantasmait un maximum sur vous. Imaginez deux secondes que sa mère ait pu l'apprendre, elle aurait porté plainte contre l'académie et contre vous pour abus d'autorité dans le but d'obtenir des faveurs sexuelles !
- Pardon ? S'indigna Harlock.
- Même si vous n'aviez rien fait, vous ne pouviez pas le prouver. D'autant plus que vous êtes resté seul avec lui dans votre salle de classe.
- Il avait été frappé et je voulais qu'il dise qui lui avait fait cela ! Ragea Harlock.
- Je sais mais la version du gamin pouvait être tout autre et les démocrates se seraient emparés de l'affaire. L'académie et l'aristocratie auraient été éclaboussées par le scandale et tout notre travail pour se débarrasser de ce système faiblard anéanti. Alors, certes, la méthode a été brutale, mais Coste a compris la leçon !
Harlock était estomaqué. Il pâlit brusquement et s'assit sur un des fauteuils.
- Je comprends que ce soit difficile pour vous et je vous remercie du fond du cœur de vous soucier autant de la sécurité de nos élèves. Vous êtes quelqu'un de bien et un bon professeur. Je me dois de vous protéger contre votre trop grande générosité, Hans.
- Vous n'allez rien faire, comprit Harlock.
- Rentrez chez vous, Hans et reposez-vous. Ne vous souciez plus de tout cela.
- Viens, Hans, je te raccompagne, proposa le duc en se levant.
Harlock en entendant ses mots tressaillit et il envisagea de refuser mais face au directeur, il n'osa pas et suivit le duc docilement.
Celui-ci le raccompagna à sa voiture et pendant le chemin ils passèrent devant de Peravy, de Perrignac et Von Stadt qui le regardèrent s'éloigner avec de la colère dans les yeux. Von Stadt avait une idée derrière la tête et il comptait bien la mettre en application la semaine suivante, histoire de se débarrasser du capitaine. Puisqu'il ne pouvait l'obtenir par le duc, il comptait bien obtenir le licenciement du capitaine grâce à l'influence de ses parents. Arrivé à sa voiture, Harlock sortit ses clefs et ouvrit la portière.
- Ca va aller Hans ? S'inquiéta le duc.
- Oui je crois que j'ai juste besoin d'oublier tout cela.
- Helena doit déjà être chez toi. N'oublie pas la soirée de ce soir, lui rappela le duc en s'éloignant.
Hans le salua et partit en trombe à son domicile. Helena l'attendait et l'embrassa fougueusement alors qu'il venait juste de franchir le seuil devant le majordome qui était venu chercher le manteau du capitaine pour le ranger.
Harlock se prépara pour la soirée et il accompagna Helena chez elle pour qu'elle en fasse de même. La jeune femme mit une robe des plus moulantes en espérant réveiller la libido du capitaine mais en voyant le regard triste de celui-ci elle comprit que ce ne serait pas encore pour cette fois qu'elle pourrait obtenir de lui qu'il se lâche un peu. Ils prirent la limousine et allèrent au château du duc.
Leur arrivée à la soirée fit sensation, le jeune couple étant particulièrement élégant. Harlock observa les gens et constata que l'organisateur de la soirée n'était pas présent. Il s'excusa auprès d'Helena et demanda au majordome où se trouvait son maître. Il lui Indiqua le bureau adjacent à la salle de bal et Harlock y alla. Il traversa la salle passa un petit couloir et frappa à la porte. Le duc l'autorisa à entrer et il obtempéra. Il trouva le duc assis dans un canapé en cuir. La pièce étant éclairée par une simple lampe installée près du canapé. Le capitane referma la porte derrière lui et s'approcha.
- Je pourrai savoir pourquoi l'organisateur de la soirée n'est pas avec ses invités ? S'enquit le capitaine en souriant.
- Je ne vais pas tarder à venir vous rejoindre il ne faut pas t'inquiéter, le rassura le duc en finissant son verre d'alcool.
Il reposa son verre sur la table et fixa Harlock intensément. Il était particulièrement élégant ce soir-là et le duc le trouvait beaucoup trop à son goût. Harlock prit le verre et lui proposa :
- Tu en veux un autre ?
- C'est toi que je veux mais je suppose que je dois me faire une raison et me contenter d'un verre servi par l'objet de mes désirs, grinça le duc.
Harlock prépara un autre verre et le lui donna. Il s'assit ensuite à côté de lui.
- Je pensais que tu lui dirais tout, révéla Oscar en buvant une gorgée du liquide ambrée.
- Je n'ai pas l'intention de te trahir ne t'inquiètes pas, le rassura Harlock avec douceur.
- Tu veux savoir comment j'ai su que …
- Non ! Soutint Harlock. Je le sais déjà.
- Si tu savais ce que je m'en veux, Hans ! S'exclama le duc en prenant sa tête entre ses mains. Je n'aurais pas dû agir comme cela ! Dire que si j'étais venu te parler les choses auraient pu être différentes entre nous !
- Calmes-toi, conseilla Harlock en lui caressant les cheveux. Tu es un gamin un peu impétueux c'est tout !
- Tu parles ! A tes yeux je ne dois guère valoir plus que Von Stadt !
- Ne dis pas ça voyons, Von Stadt est un pervers de première toi tu es juste un peu sanguin, plaisanta-t-il.
Oscar prit cette main qui lui caressait les cheveux et l'embrassa. Harlock ne broncha pas. Son plan semblait se dérouler à merveille. Pour l'instant le duc se contentait de se montrer affectueux et Harlock sentait qu'il ne risquait rien. Il devait juste faire attention que les instincts du duc ne se réveillent pas à son contact.
- Je t'aime Hans, avoua Oscar.
Le sang d'Harlock se glaça dans les veines. Il n'arrivait pas à croire que cela avait été si rapide d'arriver à conquérir cet homme.
- Cela doit t'arriver souvent de tomber amoureux non ? Se moqua Harlock gentiment. Vu le nombre de conquêtes féminines à ton actif sans compter les masculines que tu es obligé de cacher.
- Non. C'est la première fois. Je n'avais jamais désiré quelqu'un comme ça avant.
- Le désir ce n'est pas de l'amour. On peut désirer quelqu'un sans pour autant l'aimer car dans ce cas tu serais tombé amoureux des centaines de fois.
- Je crois que tu ne comprends pas, Hans. D'habitude je passe une nuit avec un homme ou une femme et le lendemain j'oublie jusqu'à son existence mais avec toi c'est différent et je le sens. A chaque fois que tu es face à moi je suis troublé et quand je ne te vois pas tu deviens une obsession. Je supporte de moins en moins l'idée que tu vas épouser Helena et l'idée qu'elle te touche me rend malade. Je te veux pour moi, Hans !
« Il ne manquait plus que ça, pensa Hans catastrophé. Il va falloir que je joue serré sur ce coup-là ».
- Laisse-moi le temps d'y réfléchir d'accord ? Proposa Harlock. Je ne veux pas renoncer à Helena donc il faut que tu comprennes que quoi qui se passera entre nous restera secret. Personne ne devra rien savoir et depuis ce qui s'est passé, je dois dire que ça me mets mal à l'aise d'envisager d'aller plus loin avec toi. Rien que déjà me retrouver seul dans une pièce avec toi me fait un peu me crisper donc il faut que tu me laisses un peu de temps d'accord ?
- Je comprends, Accepta le duc.
Le duc releva la tête. Harlock vit alors son visage triste et grave. Il ne fallait pas que les invités le voient dans cet état là et il décida de faire ce qu'il fallait pour remonter le moral du duc. Il approcha ses lèvres des siennes puis il l'embrassa doucement. Le duc surpris ne bougea pas profitant de ce délicieux contact. Hans fit glisser sa langue sur les lèvres du duc qui s'ouvrirent et il plongea dans la bouche du duc. Une fois leurs langues en contact, le baiser devint fougueux et passionné, le duc serrant Harlock contre lui. Après plusieurs minutes leurs lèvres se séparèrent et Harlock lui sourit avec douceur.
- Je vais rejoindre Helena, elle doit s'impatienter.
Harlock se releva et quitta la pièce. Il sortit juste au moment où la jeune femme entrait dans le couloir. Harlock surpris se dit qu'il s'était retrouvé à deux doigts de se faire pincer à jouer le joli cœur avec le duc. Il lui sourit et ils retournèrent dans la salle de bal. Le duc les rejoignit quelques minutes plus tard en ayant retrouvé son assurance habituelle.
Une semaine plus tard Harlock fut convoqué dans le bureau du directeur pour une réunion très importante. Il obéit et vint le jour du rendez-vous. Il vit le duc, le directeur ainsi qu'un homme et une femme élégamment vêtus installés autour de la table réservée pour ce genre d'occasion. Le directeur se leva.
- Monsieur et madame Von Stadt, je vous présente le capitaine de l'Arcadia, le duc Hans Ludwig Von Harlock. Veuillez vous asseoir mon ami, l'accueillit le directeur en lui désignant un siège.
Harlock sourit intérieurement en se disant que Friedrich avait sûrement ourdi un autre plan dans le but de se débarrasser de lui. Il retira sa veste qu'il posa sur la chaise et vit que la mère de l'élève le dévorait des yeux. Il s'assit et posa calmement sa tablette numérique sur la table.
- Le seigneur Von Stadt et son épouse sont venus me voir car ils nourrissent quelques inquiétudes concernant votre attitude vis-à-vis de leur fils, révéla le directeur.
- Lesquelles ? S'enquit Harlock faussement surpris attendant les accusations absurdes auxquelles il allait être confronté.
- Déjà les notes qu'il a dans votre matière sont plus que basses ce qui est étrange, indiqua la mère
- Ses résultats sont plus que médiocres dans beaucoup d'autres, madame, assura Harlock avec un sourire en coin. Mais si vous en doutez j'ai encore un de ses chefs d'œuvre dans mon bureau et vous pourrez le faire évaluer par un autre professeur de cet établissement.
- Mon fils m'a indiqué aussi que vous êtes plutôt dur avec lui ! Se plaignit le père.
- Je suis ici pour enseigner la stratégie militaire par pour pouponner, se moqua Harlock.
- Hans je vous en prie ! Faites preuve d'un peu de tact et de diplomatie ! Intima le directeur.
- Mon fils m'a assuré que vous étiez beaucoup moins sévère avec d'autres élèves.
- Il vous a menti. Je punis tous les fauteurs de troubles de la classe. Ils sont tous logés à la même enseigne et votre fils bat des records dans ce domaine !
- C'est faux ! Se récria la mère. Mon fils est un gentil garçon, bien élevé !
- Il m'a assuré que vous faisiez preuve de plus de clémence avec certains élèves, insista le père.
- Lesquels ?
- Patrick Coste par exemple !
« Nous y voilà, pensa Harlock. Quel petit con il vient de me tendre la corde pour le pendre »
- Je pense que votre fils vous mène en bateau et j'en ai la preuve.
- Hans, ne faites pas cela ! Ordonna le directeur.
- Pourquoi ? Cela ne sortira pas de cette pièce non ? Et puis ces parents ont le droit de savoir la vérité sur leur fils. S'il passe son temps à les abreuver de mensonges on aura constamment des problèmes et je ne vais pas me mettre à falsifier ses résultats scolaires, ce serait injuste vis-à-vis des autres élèves, soutint Harlock.
- Dans ce cas il serait préférable que madame Von Stadt sorte de cette pièce.
- Pourquoi ? Je pense qu'il serait bon qu'elle voie de quoi son adorable et si gentil garçon est capable, ricana Harlock.
- Est-ce que c'est mauvais à ce point-là Michel ? S'inquiéta le père en regardant le directeur.
- J'en ai peur mon ami.
Le baron Von Stadt serra la main de son épouse et le capitaine se servit de la connection sans fil pour envoyer le film de sa tablette vers le projecteur trois dimensions. Le silence se fit dans la salle dès qu'apparut la première image. Les personnes présentes purent voir le visage sanguinolent de Coste que Friedrich frappait sans s'arrêter. De Peravy et de Perrignac maintenaient la victime à genoux. Des gerbes de sang étaient projetées contre les murs et lorsqu'il éclata le nez de l'élève du sang jaillit de la cloison nasale et coula sur le bas du visage. Von Stadt s'arrêta et lui fit face. Il lui releva la tête en le tirant par les cheveux.
- J'espère que cette petite leçon te suffira, raclure ! Ne t'avise plus jamais de reluquer comme tu le fais le capitaine de l'Arcadia ! Ordonna-t-il avec un rictus cruel. Tu n'es même pas digne de lui cirer ses bottes !
Il lui montra la photo du capitaine que le jeune homme gardait précieusement dans sa chambre.
- Tu es un détraqué et un pervers ! Cracha-t-il en faisant rentrer de force la photo dans la bouche du malheureux.
Patrick recracha la photo et braqua son regard sur celui de Friedrich.
- Tu ne pourras pas m'empêcher de l'aimer tu entends ? Tu ne comprendras jamais ce que je ressens au fond de moi en le voyant.
- En te rinçant l'œil ouvertement tu veux dire ! Je vais te passer l'envie de vouloir coucher avec lui ! Déshabillez-le !
Ses complices arrachèrent la chemise et le pantalon du jeune homme et les sévices commencèrent. Pour Harlock, c'était plus qu'il ne pouvait en supporter et il baissa la tête pour ne pas revoir les actes de ce monstre.
- Jamais tu ne le sentiras t'aimer ! Hurla Friedrich en faisant entrer un outil de torture dans l'intimité de Coste qui hurla de douleur. Et après cela ton envie d'y goûter sera définitivement passée !
Les deux autres élèves, écœurés, s'éloignèrent. Coste, attaché au niveau des mains par sa chemise et au niveau des jambes par son pantalon, était incapable de se défendre. Le tortionnaire laboura les chairs puis lorsque sa victime s'effondra au sol il murmura :
- C'est moi qui me paierai ton précieux Harlock. Je vengerai l'honneur de mon ancêtre et Harlock me suppliera de l'achever, remarque, pervers comme il est il y prendrait peut-être du plaisir. Je te jure qu'au moment où je me le ferai je penserai à toi qui n'auras pas eu la chance de te payer ce délice !
Oscar n'y tenant plus coupa la vidéo. Harlock releva la tête surpris et vit le visage bouleversé du duc de Péhant.
- Virez moi ce détraqué de l'académie ! Ragea le duc en regardant le directeur.
Les parents horrifiés gardèrent la tête baissée.
- Monsieur le duc les Von Stadt sont des membres importants de l'aristocratie allemande, tenta le directeur.
- Vous n'avez pas entendu ce que je viens de dire ! Cracha Oscar menaçant. Si ce monstre approche de Hans je le tuerai moi-même c'est clair !
- Monsieur, il s'agit de mon fils aîné ! Protesta le baron.
- Et j'en suis désolé pour vous mais il est clair qu'il a de gros problèmes à résoudre. Je ne saurais trop vous conseillez de le faire interner de toute urgence !
- Nous n'en serions pas là si ce lubrique individu n'avait pas déshonoré ma famille il y a cent trente-quatre ans ! Cria le père.
- Ce n'est qu'un prétexte pour satisfaire sa perversité ! Je me dois de veiller à ce que notre mouvement puisse vaincre mais les agissements de votre fils sont une menace pour notre cause ! Il serait temps d'ouvrir les yeux !
Voyant que les parents n'avaient pas l'air de comprendre, il sortit son communicateur, se mit en relation avec l'accueil et demanda à contacter un centre spécialisé dans les troubles psychiatriques graves. Il demanda au centre que l'on envoie de toute urgence une ambulance et deux infirmiers bien charpentés. Il prit un disque de données et dupliqua le film. Les parents paniqués se levèrent.
- Mais qu'est-ce que vous faites ? S'écria le baron. Cela va jeter l'opprobre sur ma famille !
- Ne vous inquiétez pas, on va régler cela discrètement !
L'ambulance pénétra dans l'académie par l'entrée de service et se gara à l'arrière des cuisines, vides de personnel à cette heure de la journée. Deux infirmiers en descendirent ainsi qu'un docteur.
Hans, le duc, le directeur et les parents de Friedrich les retrouvèrent à l'intérieur du réfectoire. Le duc donna le disque contenant le film au médecin qui le regarda sur sa tablette. Il le visionna en entier puis sortit un formulaire de sa sacoche qu'il remplit devant les parents. Il demanda ensuite au directeur de faire venir l'élève dans le réfectoire. Le jeune homme arriva cinq minutes plus tard accompagné de ses deux acolytes.
- Il me semblait avoir spécifié dans mon message que vous deviez venir seul ! Rappela le directeur fermement.
- Je sais déjà ce que vous allez me dire, se réjouissait Friedrich. Mes parents ont réussi à vous faire entendre raison et vous allez virer Harlock.
- Sale petite merde ! Hurla le duc de Péhant en saisissant le gamin à la gorge et en le plaquant contre le mur.
- Lâche-le Oscar ! Conseilla le capitaine en essayant de faire lâcher prise au duc. Je t'en prie, calmes-toi !
Friedrich regarda les yeux de celui qui l'étranglait et y vit le trouble de la passion amoureuse. Il comprit à l'instant même ce que le duc éprouvait pour le capitaine. Mais terrorisé et se sentant manquer d'oxygène, il n'avait pas la possibilité de savourer l'information croustillante qui venait de lui être révélée. Le duc finit par écouter Harlock et libera la gorge de Friedrich qui s'écroula au sol. Le médecin fit signe aux infirmiers de récupérer le jeune homme et de lui passer la camisole. Ses acolytes étaient bouche bée.
- Signez les papiers, monsieur Von Stadt, exigea le médecin en donnant un stylo au baron.
- Mais père qu'est-ce que vous faites ? S'égosilla Friedrich après avoir repris son souffle. Vous n'allez pas croire ce que ce détraqué d'Harlock a pu vous dire!
- J'ai vu la vidéo de tes exploits mon garçon et je n'ai plus le choix, annonça le père du jeune homme en signant.
- C'est un coup monté par ce salopard ! Hurla le jeune homme en essayant de se jeter sur le capitaine.
Les infirmiers le ceinturèrent et le jeune Friedrich fut emmené dans l'ambulance qui quitta les lieux discrètement. Les parents partirent à leur tour et Oscar épuisé s'assit sur une table. Il prit sa tête entre ses mains et respira profondément. Le directeur s'excusa auprès du duc et sortit à son tour en emmenant les deux élèves restants.
- Je suis désolé Hans, j'aurais dû t'écouter lorsque tu étais venu voir le directeur la dernière fois, s'excusa le duc.
- Ce n'est pas grave. Friedrich a toujours su remarquablement bien cacher son jeu, le rassura Harlock en s'asseyant à côté de lui. J'ai une faveur à te demander.
- Laquelle ?
- Je veux la tête de Sylvidra. Je veux la coincer et lui faire payer ce qu'elle m'a fait endurer. Je sais que si c'est ce mou de Kimura qui la capture il voudra organiser un procès et personnellement je n'en veux pas ! Je n'ai aucune envie de témoigner sur ce qu'elle m'a fait subir ou sur la mort de mon fils. Je veux juste la faire souffrir comme j'ai souffert.
- Il y en a pour des mois de recherches. Je vais être séparé de toi pour un temps tellement long, protesta le duc en le regardant avec des yeux brûlants de désir.
- Je te contacterai régulièrement d'accord ? Promit Harlock en souriant.
- Très bien, je vais demander aux représentants de la noblesse dans l'assemblée de proposer cette requête. Après tout cela fera un danger en moins. On n'aura bien assez à faire avec les Illumidas.
- Merci.
Le duc le saisit par la taille et le colla contre lui. Harlock en voyant ce regard brûlant se raidit et le duc le sentit contracter ses muscles. Il plongea alors son visage dans les cheveux d'Harlock, se contentant de rester contre lui quelques minutes avant de partir à son tour. Il était prêt à se montrer patient.
Lorsqu'Harlock fut seul, il respira profondément et réprima une envie de vomir. Il avait vraiment eu peur que le duc se laisse aller à ses pulsions et il l'avait senti tout prêt d'y céder.
