Chapitre 9 : Survivre.
Après qu'elle fut emmenée aux appartements du garçonnet, Ellie resta avec Thomas. Dans la chambre de l'enfant, elle découvrit, un petit lit, un bureau et une petite commode tout dans le pur style Mazone. Des baies vitrées ovales permettaient de contempler la mer d'étoiles qui se déployait à perte de vue. Le petit garçon, à peine arrivé dans sa chambre prit un livre et le lit. Il ne parlait pas beaucoup et paraissait beaucoup trop sérieux aux yeux d'Ellie. Elle observa attentivement la pièce et ne vit aucun jeu d'aucune sorte.
- Dis-moi Thomas, où sont tes jouets ? S'enquit Ellie.
- C'est quoi un jouet ? S'étonna le petit en la regardant avec des yeux ronds.
Ellie n'en croyait pas ses oreilles. Ainsi c'était de cette manière dont avait probablement été élevé Mark, sans amour et sans distraction. Elle comprenait mieux pourquoi son regard pouvait être si triste.
- Un jouet permet de t'amuser lorsque tu as du temps libre, expliqua Ellie en se mettant à genoux pour se trouver à la hauteur du garçonnet assis sur un petit pouf.
- Je dois travailler, c'est la reine qui me l'a dit.
- Mais tu ne peux pas travailler tout le temps Thomas, il faut que tu te détendes.
- Je n'ai pas de jouets, Ellie, tu veux un livre ? Proposa le petit.
Ellie rit aux éclats, cela faisait longtemps que cela ne lui était plus arrivé. Ce petit garçon était vraiment adorable et il ne fallait surtout pas qu'il se transforme en machine à penser. Il fallait qu'il garde un brin de fantaisie.
- Est-ce que tu as des crayons de couleurs ?
- Ca j'en ai tout plein, affirma Thomas fièrement.
L'enfant se leva et alla à son bureau où il sortit d'un tiroir des crayons qu'il amena à Ellie.
- Tiens, prends ceux que tu veux !
- Tu as du papier aussi ?
- Oui dans mon bureau !
- Alors viens ! On va à ton bureau.
Thomas s'assit sur sa chaise et Ellie prit un tabouret bas qu'elle plaça très près de l'enfant. Il sortit des feuilles de papier qu'il installa soigneusement devant lui.
- Tu accepterais de me faire un beau dessin ? Proposa Ellie.
- Tu veux dire une représentation du système solaire Mazone ou une plante ?
Ellie fasse à cette réponse fut prise au dépourvu. Le petit était déjà beaucoup trop en avance sur son âge et elle se demanda si Harlock était comme lui jeune enfant. Elle se rappelait du QI faramineux indiqué dans son dossier militaire et elle se dit que peut-être ses jumeaux seraient comme leur père. Ellie n'était pas une surdouée, elle avait beaucoup étudié pour y arriver et respectait beaucoup ceux qui étaient nés avec ce don si étrange. Elle se doutait que contrairement à elle, leur vie devait être plus dure car on attendait beaucoup d'eux et la pression devait être énorme. Elle se demanda si Hans lorsqu'il était enfant s'amusait un peu. Elle n'avait même pas songé à lui poser la question en un an de vie commune. Une vague de tristesse envahit son cœur en repensant à l'homme qu'elle aimait et elle le chassa de son esprit en voyant le regard inquiet du petit.
- Si tu me dessinais un de tes rêves, choisit-elle en souriant.
- Euh…D'accord ! Accepta-t-il en lui rendant son sourire.
Sylvidra observait cette étrange scène depuis ses appartements.
- Ainsi c'est de cette manière dont les humains élèvent leurs enfants, commenta-t-elle surprise.
- Ce sont des êtres inférieurs votre altesse, la plupart de leurs enfants ont une intelligence faible et apparemment elle n'a pas l'air de comprendre que Thomas n'a rien à voir avec un humain normal, ricana Venus.
- Je pense qu'au contraire elle le sait très bien. Elle doit le trouver trop sérieux.
- Pensez-vous vraiment que cette créature peut être une meilleure mère que moi, votre altesse ? S'indigna Venus.
- Espérons-le. Je ne veux pas faire les mêmes erreurs qu'avec Mark. Alors si Ellie est la mère qu'il lui faut je suis prête à faire ce sacrifice. Brunela va chercher la nonne qui est en cellule ! Ordonna la reine.
- A vos ordres votre altesse, obéit la Mazone qui avait accompagné Thomas dans la salle du trône.
Sœur Marie Nicole avait été séparée des autres et elle s'inquiétait beaucoup du sort qui allait être réservé aux anciens esclaves de Sylvidra. Elle pria longuement le ciel de venir en aide à ces malheureux et fut très surprise de voir sa cellule s'ouvrir puis de voir une simple suivante entrer et non une Mazone soldat.
- Son altesse m'a demandé de vous emmener auprès de votre amie, Indiqua Brunela. Veuillez me suivre je vous prie.
La sœur se leva et suivit la Mazone à travers le gigantisme des couloirs du vaisseau. La hauteur des murs était vertigineuse et la religieuse ne comprenait pas pourquoi ils étaient d'une hauteur de cathédrale. La balade dura plusieurs minutes et la servante s'arrêta devant une porte qu'elle déverrouilla. Elle fit signe à la religieuse d'entrer et celle-ci obtempéra. Elle sourit de joie en voyant Ellie et elle la serra dans ses bras, soulagée de la retrouver vivante.
- Bonjour, madame, la salua l'enfant.
- Bonjour mon enfant comment t'appelles-tu ?
- Je m'appelle Thomas !
- C'est le petit-fils de Sylvidra, annonça Ellie.
- Harlock est grand-père ? S'étonna la sœur. Ce petit a l'air d'avoir cinq ans tout au plus.
- En fait il en parait cinq mais je pense qu'il doit avoir que un an de vie maximum, affirma Ellie.
- Je savais que les Mazones grandissaient vite mais je ne pensais pas que c'était à ce point-là.
- Sa croissance est beaucoup trop rapide, soutint Ellie. Sylvidra doit sûrement lui faire prendre un traitement pour accélérer sa croissance.
- Et intellectuellement ?
- Très en avance, je pense qu'il doit tenir ça de son grand-père et de son père.
En entendant ces mots la reine eut un ricanement.
- De combien est le QI du capitaine ?
- Il est à deux cent trente le plus haut au niveau des humains.
- Seigneur ! Deux cent trente ! S'exclama la sœur estomaquée.
En entendant ce chiffre le ricanement de la reine cessa.
- Je comprends mieux pourquoi personne ne pouvait le battre….
- Exactement. Son cerveau est beaucoup trop rapide. Il a toujours je ne sais combien de coups d'avance, expliqua Ellie. Le seul homme qui disposait du même QI était Toshiro. Ils sont tous les deux des surdouées mais qui n'ont pas étudiés dans le même domaine ce qui les rendaient parfaitement complémentaires et par conséquent redoutables. Face à un homme pareil le seul moyen de gagner c'est de très bien tricher et ce sans qu'il ne s'aperçoive de rien, ce qui est quasiment impossible.
- Et tu penses que ce petit bout de chou est lui aussi un surdoué ? S'enthousiasma La sœur.
- Oui et beaucoup trop sérieux. Il ne sait même pas ce que s'amuser veut dire.
- Je vais peut-être pouvoir lui enseigner le latin, se réjouit la sœur.
- Oh doucement ma sœur, la calma Ellie. Je veux que ce petit ait des heures de détente.
Elle retourna auprès de l'enfant et regarda au-dessus de son épaule. Son trait était précis et très rapide. Elle ne fut pas longue à reconnaître le visage que l'enfant dessinait.
- Thomas, je t'avais demandé de dessiner un de tes rêves, pas le portrait de ton papa, lui rappela Ellie.
- C'est mon papa ? S'étonna l'enfant. Le monsieur-la je le vois très souvent en rêve. Ça veut dire que mon papa vient me voir dans mes rêves ?
La sœur et Ellie se regardèrent tristement. Que répondre à une telle question ? La sœur lui sourit et Ellie comprit son message.
- Oui, il veille sur toi et il veillera toujours sur toi, lui assura Ellie en souriant tout en lui caressant la tête. Qu'est-ce que vous faites dans tes rêves ?
- Il me raconte des histoires. On se promène près d'une rivière et il me raconte des histoires de pirate.
La sœur et Ellie se regardèrent en souriant.
- Est-ce que tu aimes ce genre d'histoire Thomas ? S'enquit sœur Marie Nicole.
- J'adore. En plus, il en connaît plein !
- C'est vrai ? Lesquelles ? Demanda Ellie.
- Il m'a raconté qu'un grand pirate avait combattu les sorcières de l'espace pour protéger la Terre. Mais je ne connais pas la Terre…
Ellie et la sœur ne purent s'empêcher de rire en pensant à Sylvidra la harpie. Son fils ne manquait pas d'humour en tout cas. Sylvidra serra les poings de colère. L'esprit de son fils allait voir Thomas dans ses rêves et vantait les exploits de son grand-père, il ne manquait plus que ça ! Sylvidra éteignit l'écran et partit calmer sa colère par une longue baignade dans sa piscine.
Les jours passèrent et les deux femmes restèrent auprès de l'enfant. Elles n'avaient aucun moyen de savoir où le vaisseau de la reine se rendait. Ellie mesurait régulièrement Thomas qui grandissait à une vitesse folle. Elle se conforma au règlement et quelques semaines plus tard, elle fut libre de ses mouvements à travers le vaisseau. Elle rendit plusieurs fois visite à la reine des Mazones auprès de qui elle donnait des nouvelles de Thomas bien qu'elle se doutait que la chambre était équipée de caméras et de micros mais elle jouait le jeu. Le vaisseau de Sylvidra finit par s'arrêter dans une mer d'astéroïdes et il s'arrima fermement à l'un d'entre eux. Deux tunnels d'arrimage furent lancés reliant l'appareil à son point d'ancrage, ce qui semblait indiqué qu'ils étaient arrivés à la mine de carbo-diamant et que les Mazones allaient pouvoir envoyer leurs esclaves les exploiter. Ellie fit beaucoup de repérages car depuis leur capture elle n'avait qu'un seul but trouver le moyen de s'évader au plus vite avec les esclaves. Elle n'avait pas sa tablette numérique mais elle se doutait où celle-ci avait put atterrir. Heureusement pour elle ses photos souvenirs en trois dimensions ne se trouvaient pas à l'intérieur mais tout comme Sandy elle les portait autours de son cou dans son pendentif en forme de cœur. Elle observa la position des caméras et les mouvements des soldats. Elle surveilla les déplacements des servantes pour vérifier l'heure des repas ainsi que celles des différents plaisirs de la reine. Elle ne vit la présence d'aucun mâle et se dit que pour satisfaire ses besoins en ce domaine la reine avait dû opter pour une autre méthode. Ce qu'elle vérifia par précaution. Elle s'aperçut en promenant le petit Thomas à travers le vaisseau le soir pour l'emmener prendre son bain que tous les deux jours, à la même heure, le soir, Brunela se rendait aux appartements de la reine et les gardes interdisaient à quiconque d'entrer pendant plusieurs heures. Ellie se dit que ces soirs-là seraient sans doute le meilleur moment pour agir. Elle avait pris comme habitude, les soirs où Brunela rendait visite à la reine de se rendre au parc et de se placer sous les arbres pour lire un des livres du petit qui racontait l'histoire de la civilisation Mazone. Cette position se trouvait dans un angle mort des caméras. Les gardes au début la surveillaient puis elles ne firent plus attention à elle.
En quelques semaines Ellie était devenue comme un vieux meuble aux yeux des soldates, présente sans qu'on fasse attention à elle. Sœur Marie Nicole restait avec l'enfant et veillait sur son sommeil pour qu'il n'appelle pas sa nounou Ellie lorsqu'il avait du mal à s'endormir. La religieuse lui chantait alors une ancienne berceuse ce qui finissait par endormir le petit. Ellie connaissait les priorités de sa mission. Elle devait en premier localiser Sandy Brooks. En laissant traîner ses oreilles auprès des patrouilles, elle avait appris que la traîtresse avait été réduite au même traitement que les esclaves. Ellie regarda sa montre et observa le balayage de la première caméra. Dès que celle-ci changea de trajectoire, elle se glissa sous elle et se faufila jusqu'au couloir qui menait vers le sas qui permettait d'accéder aux tunnels d'arrimage. Devant le sas, elle tapa le code récupéré en douce dans la salle des gardes puis elle pénétra discrètement. La mine était pressurisée et les scaphandres inutiles ce qui facilitait l'exploitation de la mine et ce qui allait faciliter la tâche à la jeune femme qui n'aurait pu s'en procurer un. Le tunnel d'arrimage était assez haut. Des rails, où circulaient des wagonnets automatiques qui déposaient leur chargement sur le quai avant de repartir, sillonnaient rapidement le tunnel. Ellie observa les gardes en contrebas ainsi que la caméra. Elle descendit l'échelle qui menait au quai et resta dans l'ombre. Les caméras étaient orientées vers les zones sensibles et le déchargement du minerai n'en faisait pas partie. Ellie partit sur sa droite, elle longea la paroi métallique. Elle passa au-dessus de la zone de renfoncement au sol où filait à toute vitesse le tapis chargé d'emmener le minerai en zone de traitement et s'approcha des Wagonnets. Ils ralentissaient un peu avant d'arriver et elle disposait de suffisamment de temps pour s'accrocher derrière l'un d'eux car il y avait un délai de quelques secondes avant que l'appareil ne soit à vitesse maximum. Elle s'approcha doucement et dès que le wagonnet fut à sa portée elle sauta dessus et s'accrocha fermement à lui à l'arrière, accroupie, pour que les gardes ne la voient pas dans l'ambiance très sombre de la mine. L'accélération brutale la déstabilisa un peu mais elle se replaça et sentit l'air frais de la ventilation lui fouetter le visage. Lorsqu'elle vit les premières lumières, il ralentit. Ellie se jeta au sol où elle tomba et roula assez brutalement. Elle se releva et observa les gardes. Elle monta sur une plate-forme de roche puis elle emprunta un boyau étroit qui la fit arriver dans une zone très élevée où elle vit en contrebas les esclaves se tuer à la tâche. Elle serra les poings de colère puis elle se ressaisit. Elle devait garder son calme pour pouvoir sauver un maximum de gens. Elle repéra Sandy qui poussait un lourd wagonnet en passant devant différents gardes. La jeune Mazone s'enfonça ensuite dans un des boyaux. Ellie se demanda comment la rejoindre. Elle ne pouvait se permettre de circuler sans plan. Aussi décida-t-elle d'aller en voler un aux Mazones. Elles portaient toutes un petit appareil à la ceinture qu'elle consultait régulièrement. Cela semblait être l'équivalent Mazone de sa tablette numérique. Ellie n'avait jamais été pickpocket et elle ne voyait pas comment s'en sortir. En relevant la tête elle repéra un bâtiment qui semblait être une salle de douches. Les Mazones s'y rendaient régulièrement sûrement parce que l'ambiance de la mine n'était pas conseillée pour leur corps majoritairement végétal. Elle se dit qu'elle pourrait tenter le coup et se faufila jusqu'au bâtiment. Elle se cacha lorsqu'une Mazone entra et elle la suivi en toute discrétion dans la salle entièrement carrelée vert clair. Ellie se cacha dans une des douches pendant que la Mazone se déshabillait tout en l'espionnant pour voir où elle posait ses vêtements. Une fois celle-ci entrée sous la douche, Ellie se glissa jusqu'au précieux butin et vola l'appareil. Elle sortit en vérifiant que le passage était libre puis fila à son poste d'observation. Elle prit plusieurs minutes avant d'arriver à allumer l'appareil puis elle eut beaucoup de mal à trouver le plan de la mine. Elle découvrit un tunnel qui lui permettrait d'atteindre Sandy en toute discrétion. Ellie commença à se promener dans les boyaux abandonnés. Elle arriva au niveau d'un coude où elle entendit de grands coups de pioche. Elle se colla contre la paroi et se glissa sans faire de bruit. Elle reconnut Sandy qu'elle appela aussitôt. Sandy ne l'entendit pas immédiatement et Ellie dû insister avant que la jeune fille ne remarque sa présence. Celle-ci les mains ensanglantées et le visage recouvert de sueur ainsi que de crasse sourit de joie en voyant son amie. Elle regarda derrière elle puis elle la rejoignit.
- Ce que je suis contente de te voir Ellie ! S'enthousiasma Sandy.
- Et moi donc ! Assura la jeune femme en souriant.
- Tu ne devrais pas être ici, si les gardes t'attrapent elles vont te tuer ! S'angoissa la jeune Mazone.
- Ne t'inquiètes pas j'ai fait très attention. Comment vont les autres ?
- Pas très bien. Ils sont découragés et pour eux c'est une longue agonie qui se profile à l'horizon.
- Pas si je trouve le moyen de nous sortir de là !
- Comment va-t-on faire ? Il y a des gardes partout !
- Pour les gardes, il suffit de les occuper ailleurs pour les prendre par surprise. On pourra alors les tuer ce qui ne sera pas le plus dur. Il va falloir que je répare le vaisseau-cité et qu'on se sauve !
- Comment comptes-tu t'y prendre ? Il faut réparer les deux boucliers et les canons principaux, rappela Sandy catastrophée.
- Je vais voler des pièces à Sylvidra !
- Tu ne sais même pas si elle en a et en plus il te faudrait je ne sais combien de temps pour le réparer.
- Ça ira. Je vais travailler de nuit. Est-ce que tu sais où sont les hangars des pièces de rechange ? J'ai cet appareil mais je ne sais pas où est le plan du vaisseau de Sylvidra dedans, indiqua Ellie en montrant l'appareil Mazone.
- Attends, je vais te montrer, proposa Sandy en prenant l'appareil.
Elle l'alluma et fit défiler les icônes qu'Ellie repéra tout en suivant sa manœuvre. Deux zones brillèrent d'une lueur rouge.
- Tiens ce sont ces deux zones là, révéla Sandy. Mais je trouve que c'est trop dangereux. Tu vas être obligée de prendre trop de risques. Il faudrait envisager un autre plan.
- Il n'y en a pas d'autre, assura Ellie. Il faut que tu t'accroches et que nos amis tiennent bon, tu verras, on s'en sortira ! Où est-ce que vous dormez ?
- Elles nous ramènent à bord vers minuit et on reprend le service dès six heures du matin.
- Désormais, j'en suis certaine. On peut le faire !
- Pourvu que tu aies raison sinon nous sommes perdus.
- Courage. On va y arriver !
Ellie lui sourit et les deux amies se dirent au revoir. Ellie remonta de la même manière qu'elle était descendue et retourna dans le parc. Son absence avait duré moins d'une heure et demie et elle était assise lorsque Brunela essoufflée, un peu échevelée passa devant elle et la salua. Le câlin avec la reine avait dû être mouvementé. Ellie la salua à son tours et retourna à la chambre de Thomas comme si de rien n'était. La sœur lui sourit et lui fit un clin d'œil. Ellie s'approcha en silence et regarda en souriant le petit ange dormir. Elles allèrent ensuite se coucher toute les deux et la journée du lendemain se déroula comme d'habitude.
Ellie, pendant qu'elle attendait le retour de l'enfant de sa journée de cours intensifs, réfléchissait au meilleur moyen de procéder pour subtiliser les pièces à Sylvidra et les adapter au vaisseau qu'elle avait conçu. Elle n'avait pas d'endroit où stocker les pièces volées ce qui voulaient dire qu'une pièce récupérée dans le hangar devait être immédiatement installée. Etant donné l'étendue des dégâts et en admettant qu'il y avait les pièces qu'il fallait, il y en avait pour des semaines de travail. Ellie ne devait pas perdre un seul soir de galipettes de la reine pour accomplir sa mission.
Le lendemain soir, dès qu'elle eut donné son bain à Thomas, elle alla dans le parc et attendit que le système d'éclairage automatique se baisse pour simuler la nuit à bord du vaisseau. Ellie se faufila alors jusqu'au hangar et commença à fouiller le premier qu'elle trouva en s'arrangeant pour échapper aux caméras ainsi qu'aux gardes. Elle trouva un circuit intégré qui après modification pourrait s'adapter au bouclier de camouflage. Elle fouilla encore et n'en crut pas sa chance lorsqu'elle trouva toute une série de pièces pour réparer le bouclier normal qui devait être en très piteux état. Ne pouvant transporter que deux pièces à la fois, elle se décida pour une de chaque et fila jusqu'au vaisseau-cité. Celui-ci était relié par un tunnel d'arrimage. Il n'y avait personne pour le garder. Les Mazones qui l'avaient inspecté avaient jugé qu'il ne représentait plus une menace et avaient choisies de le laisser sans surveillance ce qui réjouit Ellie. Cependant cela l'inquiéta un peu aussi, après tout, un tel dédain pouvait aussi signifier que les dégâts étaient trop importants et que leur chance de s'en sortir était presque nulle. Elle décida de ne pas être défaitiste et entra dans le vaisseau. Elle fonça aussi vite que possible à l'échelle de secours qui menait aux machines et descendit à toute vitesse. Elle regarda sa montre, il ne lui restait plus que deux heures pour travailler. Elle fila jusqu'au système du bouclier de camouflage et ouvrit son armoire. Il avait subi beaucoup de dommages, il lui faudrait remplacer pratiquement l'intégralité du circuit électrique ainsi que des circuits imprimés. Elle compta les semaines de travail à faire dessus puis elle passa au bouclier. Il semblait avoir un peu moins souffert et serait plus rapide à réparer. Elle alla ensuite voir les circuits des canons puis ceux de la génératrice. Tout était réparable mais le travail à accomplir était très important. Cela n'aurait posé aucun problème en temps normal mais le temps où elle pouvait travailler était très faible. Pourtant il fallait y arriver. Il était hors de question de donner le plaisir à Sylvidra de pouvoir assister à la lente agonie des Mazones qu'elle jugeait défectueux. Ellie une fois les premières réparations faites rejoignit la sœur et dormit deux heures avant que le petit Thomas vienne se glisser dans son lit pour demander à sa nounou préférée de se lever. La reine s'étonna de ses longues promenades dans le parc et Ellie lui expliqua que c'était parce qu'elle souffrait d'insomnies. Elle savait que la reine s'empresserait de le faire vérifier par ses soldats et Ellie perdit deux semaines à conforter Sylvidra dans ses illusions. Elle fit croire qu'elle pouvait passer pratiquement toute la nuit à lire dans le parc artificiel du vaisseau. Une fois Sylvidra tranquillisée, elle put reprendre sa mission. Elle travailla d'arrache-pied, sans se reposer et le vaisseau fut enfin prêt à partir. Il lui restait à prévenir Sandy pour mettre au point un plan d'évasion.
Les réparations se déroulaient bien et Ellie avait pris sa décision. Elle partirait en emmenant le petit Thomas, elle ne pouvait envisager de laisser le garçonnet entre les mains de Sylvidra. Le petit s'était beaucoup attaché à elle au grand mécontentement de sa mère qui ne supportait pas de voir Ellie avec son fils. Alors qu'Ellie, la religieuse et le petit Thomas se promenaient dans le parc sous les yeux de Venus celle-ci nourrissait de sombres projets.
« Comme si ça ne lui suffisait pas que mon mari lui coure après, à présent elle accapare l'attention de mon fils ! » pensa-t-elle en serrant les poings de rage.
A chaque fois qu'elle avait eu des relations intimes avec Mark, celui-ci semblait absent et faire cela par devoir ce qui la faisait horriblement souffrir et dès qu'il sut qu'elle était enceinte il ne la toucha même plus en justifiant la chose en lui indiquant qu'il avait accompli sa part du contrat et que désormais, il était libre de rester auprès d'Ellie et de ne plus la toucher. Et comme Ellie se refusait toujours à lui, il se contentait d'aller dormir dans ses appartements. Cette situation l'avait fait enrager et sa haine à l'encontre de cette humaine n'avait fait que grandir. Elle voulait qu'elle disparaisse à tout jamais et pour cela elle était prête à tout. Pour parvenir à ses fins, elle séduisit Brunela avec qui elle passa plusieurs nuits de passions tumultueuses dans le seul but d'obtenir d'elle qu'elle l'aide dans son projet. Brunela accepta assez facilement et elle lui fournit du poison à mettre dans la boisson qu'Ellie prenait pendant son petit déjeuner.
Celle-ci avait pris l'habitude de le prendre avec Thomas et la religieuse dans une petite cuisine annexe. Ellie prépara le repas et servit du jus d'orange aux trois convives. A chaque fois l'ambiance était très joyeuse grâce à l'enfant qui remontait le moral aux deux femmes. Ellie prépara des assiettes de céréales et servit à Thomas un grand verre de lait en complément. Thomas comme à son habitude bu son verre de jus d'orange d'un trait puis il attaqua le verre de lait tout en piochant joyeusement dans ses céréales. Brunela entra et les salua. Elle fit mine de chercher un objet sans le trouver et les deux femmes se proposèrent de l'aider. Alors qu'elles cherchaient dans les éléments de la cuisine, Brunela versa dans le verre de jus d'orange d'Ellie le poison fourni par Venus. Elle s'excusa ensuite du dérangement et leur assura que ce n'était pas grave que l'objet devait sûrement être ailleurs puis elle prit congé. Ce fut à ce moment-là que Sylvidra fit son entrée. Brunela s'inclina devant sa reine et les deux invités en firent de même. Sylvidra sourit à son petit-fils et s'assit à côté de lui.
- Alors, tout se passe bien ? S'enquit-elle en souriant à son petit-fils.
- Oh oui votre altesse ! Ellie est la meilleure nounou de l'univers ! Assura l'enfant en souriant.
Ellie et la religieuse s'assirent à leur tour et commencèrent à manger. La reine discutait avec l'enfant et Ellie assistait à cela en se disant que peut être la reine avait finalement appris de ses erreurs avec Mark. En revanche elle était incapable de lui pardonner d'avoir assassiné son propre fils pour vouloir faire souffrir le père. C'était un acte immonde qui la dépassait. Thomas finit son verre de lait mais ayant encore soif, il prit le verre de jus d'orange d'Ellie qu'il s'apprêtait à approcher de ses lèvres lorsque Brunela paniqua et frappa le verre qui se fracassa au sol. L'enfant surpris regarda du côté de la servante et Ellie se leva pour ramasser les bouts de verre pour que l'enfant ne se blesse pas.
- Ne bougez pas Ellie ! Ordonna la reine en se levant. Laissez les éclats de verres où ils sont !
- Mais Thomas pourrait se blesser, protesta Ellie.
- Pourquoi avez-vous fait cela Brunela ? Interrogea la reine d'une voix dure.
- Je ne voulais pas que votre fils ne pose ses lèvres sur un verre souillée par celles d'une humaine votre altesse, se justifia-t-elle.
- Vous mentez ! Ragea la reine.
- Je vous jure votre altesse…
- Ça suffit !
Ellie avait elle aussi comprit les raisons probables que la servante avait eues pour empêcher le petit d'y toucher mais elle ne voyait pas pourquoi elle avait suscité une telle haine de la part de la servante. Elle s'était toujours montrée aimable et polie.
- Tu crois que je ne sais pas ce qui se passe entre Venus et toi, ricana Sylvidra. J'aurai dû me douter qu'il y avait anguille sous roche. Ma belle-fille tout comme moi à toujours préféré les hommes, tu n'étais qu'un palliatif à ce manque vu que tu es une des rares Mazones à être hermaphrodite.
La sœur en entendant ses propos plaqua ses mains sur les oreilles de l'enfant. Elle n'arrivait pas à croire que la reine puisse parler de chose aussi intime devant son petit-fils. Ellie tenta de réprimer son envie de rire en se retournant mais elle ne pût s'empêcher de pouffer.
- Pardon votre altesse, s'excusa Ellie en essayant de réprimer son rire.
- Elle s'est servie de toi, tout comme moi. Je ne pardonnerai jamais à cette idiote ni à toi ce que vous avez fait ! Gardes ! Hurla-t-elle en mettant en joue la servante.
En entendant cet appel deux Mazones soldats entrèrent et emmenèrent la suspecte.
- Placez aux arrêts ma belle-fille également.
Une fois les gardes parties, Ellie enjamba les éclats de verre et recula le siège de Thomas suffisamment loin. La sœur et l'enfant quittèrent la pièce. Ellie ramassa ensuite les bouts de verre en ayant mis au préalable des gants. Elle les jeta à la poubelle et nettoya le liquide au sol sous les yeux de Sylvidra. Ellie après le nettoyage s'aperçut que la reine était toujours dans la pièce et qu'elle n'avait cessé de l'observer.
- Je ne suis pas équipée pour vous satisfaire votre altesse, plaisanta Ellie en souriant.
- Si cela avait été le cas Harlock aurait pris ses jambes à son cou, plaisanta la reine à son tour.
- Vous êtes vraiment quelqu'un d'étrange, votre altesse.
- Vous aussi Eliza Zone. Vous êtes sûre de ne pas vouloir tenter l'expérience, proposa Sylvidra en s'approchant d'elle.
- Certaine votre altesse, mais je suis flattée, sourit Ellie en lui faisant un clin d'œil.
La reine le lui rendit puis sortit. Pour Ellie, à ses yeux, il était plus que temps de prendre le large bien qu'elle doutait un peu du sérieux de la proposition de Sylvidra.
Harlock étudia dans sa cabine pendant de longues journées la zone où était parti le vaisseau-cité. Il se rendit vite compte que le docteur Kimura avait raison, il n'avait pratiquement aucune chance de le retrouver ce qui le poignarda en plein cœur. Après son étude des cartes, il passa le plus de temps possible à la timonerie pour ne pas se retrouver seul avec Helena qui squattait dans sa cabine. Elle restait de plus en plus collée à lui. L'étude des cartes lui avait offert des moments de répit mais à présent il ne pouvait plus envisager de retourner dans sa cabine sous peine de se faire harceler par la princesse russe qui, incapable de se retenir, lui faisait des avances de plus en plus orientées, en le flattant sur l'élégance de ses mains, la longueur de ses doigts et la douceur de sa peau. Sans compter qu'elle flattait de plus en plus souvent de ses mains sa chute de reins. Kei le regardait se miner tristement assis dans son fauteuil de capitaine sur sa plate-forme de commandement. Helena s'ennuyant fermement, partit en expédition à travers le vaisseau et le visita entièrement en snobant royalement les membres d'équipage qui la regardaient s'éloigner avec dédain. Pour eux, cette femme n'était qu'une usurpatrice qui n'avait rien à faire là, accrochée au bras du capitaine. Celle-ci n'appréciait pas la cabine que lui avait fourni Harlock, elle le trouvait trop petite à son goût et elle repéra la pièce qui suivait celle du capitaine. Elle s'apprêtait à retourner dans la cabine d'Harlock lorsqu'elle se dit qu'elle aimerait bien savoir ce que renfermait cette pièce. Elle s'approcha et tenta d'ouvrir la porte mais la serrure magnétique étant mise, l'accès lui en fut interdit.
- Hors de question que tu t'approches du nid d'amour d'Ellie et d'Harlock toi ! Ragea Toshiro en voyant la jeune femme insister.
Constatant que la porte était verrouillée, elle décida d'aller user de ses charmes auprès du capitaine pour pouvoir obtenir qui lui fasse visiter les lieux. Elle se rendit donc à la timonerie, certaine que son fiancé cèderait à ses exigences. Arrivée dans la zone de commandement elle ne salua pas les membres d'équipage présents ce qui ne les surprit pas vu ce que les aristocrates pensaient des personnes de basse extraction. Elle monta jusqu'à la plate-forme au grand désarroi du capitaine qui espérait tant avoir trouvé un refuge loin de cette femme à la timonerie. Elle s'approcha de lui et s'assit sur ses genoux en passant ses bras autours de son cou sous le regard courroucé de pas mal de monde. Même Sabu qui appréciait tant les jolies femmes ne supportaient pas sa présence.
- Dis-moi, accepterais-tu de ma montrer la cabine qui est à côté de la tienne ? Minauda-t-elle en déposant des baisers sur le cou du capitaine.
Kei par réflexe mit la main sur son arme et Yattaran l'empêcha de dégainer même si comme elle, il n'avait qu'une seule envie balancer cette mante religieuse dans l'espace. Pour Harlock il était hors de question de donner à cette femme la cabine réservée à Ellie et à leurs bébés. Il allait devoir ruser.
- Il n'y a aucune cabine à côté de la mienne ma chérie, mentit Harlock en se levant et en posant Helena sur le sol.
- Mais, il y a une porte au niveau du mur du fond, insista la jeune femme.
- Tu te trompes il n'y a rien, soutint Harlock calmement.
- Il y en a une ! J'en suis certaine ! S'énerva Helena. Tu n'as qu'à venir avec moi et je te la montrerai !
- Très bien mais je suis sûr que tu fais une erreur. Avant de te suivre je vais devoir aller voir le contremaître pour un souci technique.
- Comme tu veux mon amour, accepta Helena en se collant à lui.
Il la repoussa doucement.
- Excuse-moi je dois aller vérifier quelque chose. Va m'attendre près de la porte.
Helena descendit, suivie par le capitaine qui s'approcha de la console où se trouvaient ses deux lieutenants.
- J'ai besoin d'un service, murmura le capitaine en faisant défiler des données sur l'écran de contrôle.
- Vous voulez qu'on fasse disparaître votre nid d'amour, comprit Yattaran en souriant.
- Je savais que vous comprendriez vite. Hors de question de donner la cabine d'Ellie à cette femme, soutint Harlock.
- Ne vous inquiétez pas capitaine, le rassura Yattaran. Elle ne s'en approchera pas.
- Merci.
Harlock retourna auprès d'Helena en lui faisant un sourire charmeur et ils prirent tous les deux la direction de la salle des machines. Le capitaine savait qu'il faudrait une heure pour enlever la porte et installer une cloison aussi, il comptait donner à ses deux lieutenants tout le temps nécessaire pour cette opération. Kei et Yattaran se rendirent au hangar des pièces détachées et repérèrent une cloison isophonique à la taille de la porte. Ils l'emmenèrent sous le regard attentif de Toshiro qui surveillait la camériste pour que celle-ci ne vienne pas fourrer son nez dans des choses qui ne la regardaient en aucune façon. Dès qu'ils furent face à la porte, celle-ci s'ouvrit et ils la démontèrent. Sabu apporta les outils de Yattaran et la peinture à séchage express pour masquer l'opération. Ils démontèrent le support de la porte puis placèrent la cloison qu'ils fixèrent solidement. Ils passèrent ensuite la peinture qui masqua l'opération en cinq minutes. Les trois amis sourirent de contentement et repartirent en emmenant la porte et son support. La poupée russe n'y verrait que du feu. Harlock arriva quelques minutes plus tard avec Helena et il sourit en voyant la jeune femme chercher la porte en frappant contre les cloisons.
- Je te l'avais dit ma chérie, il n'y a pas pièce ! Soutint-il en essayant de garder un air sérieux.
- Je sais ce que j'ai vu pourtant, contesta Helena.
- Ecoute, le vaisseau est vaste et toutes les coursives se ressemblent, tu t'es trompée c'est tout, la rassura-t-il en la serrant dans ses bras.
- Tu as raison, j'ai dû me tromper, accepta Helena en se blottissant contre lui. C'est juste que je trouve que c'est dommage que l'on ne puisse pas être l'un près de l'autre.
Harlock retint un soupir d'agacement.
- Cette égocentrique risque d'avoir raison de ma patience. Je ne pourrai jamais supporter une idiote pareille à longueur d'année ! Pensa le capitaine en la serrant contre lui.
Le soir, il dîna avec elle et dû supporter sa présence jusqu'à ce qu'elle aille se coucher. Vers onze heures, elle prit congé et il lui fit un baisemain puis il la regarda quitter la pièce avec le même sourire charmeur qui disparut pour faire place à un visage dur à peine la porte refermée. Cette femme l'agaçait de plus en plus. Il avait réussi à se débarrasser du duc mais cette créature avait réussi à s'infiltrer à bord ce qui l'exaspérait. Il se servit un verre et regarda à travers la baie vitrée le Victoire qui croisait à proximité. Le second problème qui l'agaçait était la présence de deux équipages entièrement composés d'aristocrates. Il ne leur faisait absolument pas confiance et il sentait que ceux-ci risquaient d'être une menace pour le vaisseau-cité. Avec leur présence ainsi que celle d'Helena, Harlock était de moins en moins sûr de pouvoir emmener Ellie sur l'îlot pour la mettre en sécurité. Il but son verre de red bourbon d'un trait et le posa sur la table basse. Il se retourna et regarda vers son lit qui lui parut bien froid brusquement. Ellie et leurs enfants lui manquaient à un point qu'il n'avait aucune envie de dormir dans son lit de pirate. Il fixa la cloison qui séparait sa chambre et celle d'Ellie puis sortit une télécommande de sa table de chevet. Un pan de la cloison glissa vers la gauche et la cabine d'Ellie apparut. Harlock alla verrouiller la porte de la sienne en bloquant la serrure avec la clef. Cela le fit sourire. Lorsqu' Ellie s'acharnait à le faire manger en forçant sa serrure l'idée ne lui avait même pas traversée l'esprit. Décidément ce petit bout de femme avait eu de l'emprise sur lui très tôt dans leur relation qui était amicale au début. Il alla ensuite dans la cabine d'Ellie et Toshiro referma la cloison. Tout y était resté comme lors de leur dernier voyage qu'il pensait sans retour. Il retira sa cape ainsi que ses armes qu'il posa sur la banquette qui permettait d'admirer la mer d'étoiles puis il alla s'allonger à la place qui lui était réservée. Il prit la photo d'Ellie avec leurs enfants qui se trouvaient sur la table de nuit et la regarda longuement. Elle fut prise juste après leur naissance. Harlock, embarrassé avait refusé de poser pour la photo en se disant que quel soit son sourire il aurait quand même l'air effrayant. Il la regarda longuement jusqu'à ce que le sourire apaisant d'Ellie calme son âme et que son œil se ferme de lui-même. Il rêva des instants passés avec sa petite famille et au petit matin, son œil encore brumeux, il eut l'impression de voir Ellie lui sourire avec tendresse. Il leva sa main pour la poser sur la joue de la jeune femme et l'illusion disparut. Harlock soupira de désespoir et enfouit son visage dans l'oreiller.
- Tu me manques tellement mon amour, murmura-t-il, reviens vers moi je t'en supplie.
- Euh Hans, désolé de te déranger mais si tu ne veux pas te faire pincer par la russe il faudrait que tu te lèves, lui rappela Toshiro à travers le crâne de la cape.
Harlock poussa un soupir d'exaspération puis se leva en donnant des noms d'oiseaux à sa fiancée de façade. Il était à sa cabine lorsque le signal d'alarme retentit. Il fila vers la timonerie où l'image du vaisseau de Sylvidra apparut au moment où il entrait. Harlock s'approcha et observa l'appareil.
- Il est seul ? Interrogea-t-il.
- Non capitaine, il y a plusieurs vaisseaux de guerre et un problème, indiqua Kei en changeant d'image.
Harlock vit avec Horreur le vaisseau-cité amarré au flanc du vaisseau de la reine des Mazones.
- Mon Dieu, Ellie, murmura-t-il alors que son visage manifestait de l'angoisse chose que ses membres d'équipage n'avaient jamais vue sur son visage auparavant.
- Que fait-on capitaine ? L'interrogea Yattaran qui hésitait sur la marche à suivre.
- Est-ce que vous avez d'autres renseignements ? S'enquit le capitaine qui fixait l'écran intensément.
- Il y a deux tunnels d'arrimage qui relient le vaisseau de Sylvidra à cet astéroïde, révéla Kei. Grâce à l'appareil espion télécommandé que nous avons envoyé nous avons pu capter des sons que l'ordinateur a analysés. Il semblerait que ces deux tunnels soient parcourus par des wagonnets. Apparemment cet astéroïde est une mine capitaine.
- Faites entrer l'appareil dans la mine et qu'il nous ramène des images ! Ordonna le capitaine.
- J'ai un appel du Victoire capitaine, indiqua Yattaran.
- Mettez-le sur l'écran central.
Le visage du baron de Busson apparut. Il était à peu près du même âge qu'Harlock, était vêtu élégamment, imbu de lui-même il avait constamment un air hautain qui exaspérait Harlock.
- Il semblerait que nous ayons trouvé la créature que nous cherchions capitaine. Passons à l'attaque, proposa-t-il un sourire cruel aux lèvres.
- Je préfère attendre et observer encore un peu. Je ne tiens pas à avoir droit à une mauvaise surprise de la part de Sylvidra, elle m'en a déjà fait plusieurs dans ce goût-là.
- A vos ordres capitaine, le salua le baron avant de couper la communication.
Yattaran, après cette communication passa la caméra du module d'espionnage sur l'écran principal et il commença le guidage en manuel. Les boyaux étaient étroits et il ne fallait pas qu'il heurte les parois. Il progressait lentement en utilisant sa petite lampe pour éclairer la roche. Yattaran observait aussi la position du module par rapport au scanner que l'ordinateur avait fait de l'astéroïde. Il y avait un espace assez vaste que l'ingénieur souhaitait atteindre car il soupçonnait fort que c'était le départ de l'exploitation minière. Au bout d'une heure d'avancée laborieuse, ils virent de la lumière au bout du tunnel de roche et, alors qu'il s'approchait, Yattaran reconnut la fine couche de plastique très mince qu'ils avaient déjà observée au fond de l'océan. La lumière qui en venait était douce et en se plaçant assez près, la caméra pourrait voir ce qui se passait à l'intérieur. Yattaran colla la caméra contre la couche de plastique qui prit la forme de l'objectif et il orienta celle-ci vers le bas. Ils virent alors des Mazones soldats qui maltraitaient les anciens esclaves de Sylvidra qui exploitaient la mine. Il brancha le capteur sonar et ils entendirent des cris de douleur ainsi que des gémissements plaintifs alors que des soldats s'acharnaient sur un homme à terre. Yattaran savait ce qu'Harlock cherchait et l'appareil resta en position pendant plusieurs heures. Lorsque la dure journée de labeur fut finie, les esclaves repartirent vers leur lieu de repos et Harlock scruta pour essayer de trouver la femme qu'il aimait. Ses compagnons en firent de même et aucun ne vit la jeune femme ce qui laissait craindre le pire. Le choc fut rude pour Harlock. Il refit passer l'enregistrement pour être sûr qu'Ellie ne se trouvait pas parmi eux puis, anéanti, il alla s'asseoir dans son fauteuil de capitaine. Il ferma l'œil et fit le point. Il savait qu'il y avait très peu de chance pour que Sylvidra ait choisi d'épargner sa vie même s'il espérait que c'était le cas, il ne devait pas se bercer d'illusion. Il devait prendre en compte pour l'attaque la présence des esclaves Mazones. Il se devait de les protéger. Apparemment ils devaient dormir dans une salle à bord du vaisseau de Sylvidra. Il fallait détruire d'abord les vaisseaux de combat puis détruire les moteurs du vaisseau de la reine mais surtout ne pas le détruire et épargner au maximum le vaisseau-cité. Il donna ses ordres et ordonna le début de l'assaut. Chaque vaisseau humain se partagea le travail d'élimination des derniers vaisseaux de guerre de Sylvidra et Harlock se lança à l'assaut de la forteresse. Il fit une descente brutale à quatre-vingt-dix degrés pour se placer sous le ventre du vaisseau et détruire ses moteurs. Les deux autres vaisseaux détruisirent le canon principal du vaisseau de Sylvidra et celui-ci se retrouva désarmé, immobilisé à la merci de ses assaillants.
Au moment de l'attaque Ellie et la religieuse attendaient le retour du petit qui était allé dans les appartements de sa grand-mère. Pour Ellie cette visite était beaucoup trop tardive pour un enfant de cet âge mais on ne devait pas contredire les ordres de la reine. Ellie la soupçonnait de lui donner à nouveau un traitement de choc pour accélérer sa croissance ce qui l'énervait profondément. Le signal d'alarme retentit et les deux femmes virent un des vaisseaux de guerre de Sylvidra exploser assez près de leur hublot. Ellie comprit que c'était là, leur seule chance de fuite. Elle sortit avec la sœur et vit des dizaines de soldats traverser le couloir en courant.
- Qu'est-ce qui se passe ? Hurla Ellie à une Mazone gradée qui passait en courant devant elle.
- On est attaqués par les Illumidas, indiqua celle-ci avant de disparaître dans le couloir suivant.
- Il faut qu'on mette en place notre plan. Si les Illumidas nous tombent dessus ils vont nous massacrer, assura Ellie.
Malgré son âge sœur Marie Nicole réussit à accompagner Ellie dans sa course pour rejoindre les esclaves de Sylvidra. Tous les postes de garde étaient désertés. Une violente explosion secoua le sol du vaisseau et fit tomber les deux femmes qui attendirent la fin des suivantes pour se relever. Les agresseurs venaient de détruire les moteurs du vaisseau. Tant qu'ils ne touchaient pas au vaisseau-cité, la fuite était encore possible. Ellie et la religieuse finirent par atteindre les cellules où les esclaves paniqués regardaient apeurés à travers les rayons lasers bleutés qui leur barraient la sortie. Ellie repéra la plaque de commande générale des cellules et démonta les vis avec l'angle droit de sa pince à cheveux. Elle observa les commandes puis elle prit la petite paire de ciseaux pour enfant qu'elle avait emprunté au petit Thomas. Elle sectionna deux fils de commande et les lasers des cellules cessèrent de fonctionner. Les esclaves sortirent précipitamment tandis que Sandy s'arrêta à sa hauteur.
- Où sont les soldats ? S'enquit Sandy.
- Occupés à contrer une attaque ! Emmène sœur Marie Nicole avec toi et filez au vaisseau-cité, il est prêt à repartir, ordonna-t-elle en donnant à la jeune Mazone la tablette numérique Mazone contenant les plans du vaisseau. Dès que vous êtes à bord, tu fermes les sas et tu allumes le bouclier.
- Et toi ? S'inquiéta la jeune Mazone.
- Je dois aller récupérer Thomas ! Je vous retrouve à bord après !
- Je viens avec toi ! Décida Sandy.
- Hors de question ! S'exclama Ellie fermement. Tu es la seule à savoir te battre correctement et à bien connaître le vaisseau. L'une de nous doit s'en sortir pour emmener les esclaves Mazones en sécurité. Donc tu y vas, c'est un ordre !
Sandy hésita mais elle respectait beaucoup trop Ellie pour contester ses décisions et, la mort dans l'âme, elle obéit. Elle emmena à contrecœur les esclaves à leur vaisseau.
Face à la soudaineté de l'attaque les Mazones avaient été prises de court. Sylvidra qui pensait au départ que c'était les Illumidas, avait demandé à deux soldats d'emmener son petit-fils en sécurité. Elle alla au poste de commandement et vit l'Arcadia plonger pour atteindre ses moteurs. Elle fut sous le choc, Harlock l'avait finalement retrouvée et il était venu pour régler des comptes. Elle assista impuissante à la destruction de ses vaisseaux de guerre et à leur évacuation en catastrophe de leur équipage Mazone. Elle eut un ricanement. Elle se doutait que ce vieux pirate ne lâcherait pas prise mais elle espérait pouvoir avoir un peu de temps pour se relever et l'affronter dignement.
Elle retourna à ses appartements pour attendre l'entrée triomphante de l'homme qu'elle soupçonnait d'être venu pour l'exécuter. Elle se demanda alors qu'elle s'asseyait sur son trône, entourée de plusieurs servantes si son petit-fils pourrait survivre et elle pensa à Ellie en ayant le fol espoir que celle-ci choisirait de sauver l'enfant de Mark, le petit-fils d'Harlock.
Le petit Thomas ne voulait pas rester avec les soldates chargés de sa sécurité. Il les avait suppliés d'aller chercher ses nourrices pour qu'elles aussi soient protégées mais en guise de réponse, elles s'étaient contentées de le gifler durement. Ils étaient arrivés dans la zone des caissons de survie et les soldates le relâchèrent pour les programmer. Thomas voyant qu'elles ne s'occupaient plus de lui, décida de partir au secours de ses nourrices et fila à toute vitesse à travers le vaisseau. Lorsque les soldates le virent s'enfuir, elles le poursuivirent mais perdirent sa trace. Paniquées, elles ne virent pas la silhouette noire qui se dressait derrière elles et qui les abattit sans sommation. Le garçonnet en entendant ces tirs prit peur et fila vers la chambre de ses nourrices. Ellie en fit de même et trouva l'enfant devant la porte.
- Thomas ? Appela-t-elle.
Le petit en la voyant se jeta dans ses bras en pleurant de joie et de peur. Ellie le serra très fort contre elle puis elle lui prit la main pour l'emmener dans la vaisseau-cité. Alors qu'ils approchaient de la coursive, elle entendit plusieurs tirs venant de cette direction et Ellie emmena le petit dans un local de stockage en attendant que les assaillants traversent le couloir pour atteindre le parc artificiel. Le cœur battant, elle alla se cacher avec le petit derrière des caisses et le serra contre son cœur lorsque la porte s'ouvrit dans un chuintement. Ellie tremblait et le garçonnet s'en rendant compte se serra un peu plus contre elle pour la rassurer. Peu importe qui venait, il la protègerait.
