Chapitre 12 : Psychologie
Ellie repéra une planète utilisable non loin de l'endroit où ils avaient abandonnés l'Arcadia. Cette planète ressemblait beaucoup à la Terre. Son sol n'était formé que d'une seule Pangée qui partait du pôle nord de la planète pour s'achever au pôle sud. Elle disposait des mêmes climats que ceux de la Terre sauf qu'il n'y avait aucun désert aride. Les seuls présents étant ceux de glace situés aux extrémités de la planète. Tout comme sur la Terre les acides aminés étaient lévogyres et le règne animal ressemblait au début de celui des mammifères.
La planète à part quelques carnivores marins et félins était tout ce qu'il y avait de plus tranquille aussi, les anciens esclaves de Sylvidra commencèrent à s'aménager une cité qui au fur et à mesure que les robots la fabriquaient ressemblait de plus en plus à la capitale Mazone de l'ancienne planète. Ils construisirent même l'ancien palais de Sylvidra. Ellie s'occupa de programmer les robots à la demande de Paléande et assembla ceux restés dans les caisses afin que l'assemblage de la cité puisse se faire plus rapidement. Celle-ci se monta en un mois ce qui permit aux Mazones de s'installer sur leur nouvelle planète.
Après un vote à mains levées, Thomas, le fils de Mark, devint le nouveau roi des Mazones. Ellie présente lors du vote fut soulagée de savoir que les Mazones aient fait ce choix. Paléande, leur chef, devait garder ses fonctions jusqu'à ce que Thomas soit arrivé à maturité et à la vitesse à laquelle il grandissait cela allait se faire très vite. Le traitement que lui avait fait prendre Sylvidra avant l'attaque des humains accélérait considérablement sa croissance. Il ressemblait à présent à un garçon de douze ans et ses traits ressemblaient de plus en plus à ceux de son grand-père tandis que sa chevelure ainsi que ses yeux gardaient leur couleur de jais typique du peuple Mazone. La couleur de sa peau était aussi pâle que celle de sa grand-mère. Il commençait à avoir beaucoup de charme et Ellie commençait à s'inquiéter que des Mazones femelles s'intéressaient d'un peu trop près à cet enfant. Elle savait qu'elle devait relativiser car d'en moins d'un an il serait adulte. Il serait probablement plus grand et plus costaud que son grand-père. Mais pour elle il restait le petit garçon sur lequel elle avait veillé et la situation lui semblait étrange. Thomas avait voulu que ses nourrices s'installent au château et Ellie commençait à réfléchir sur la meilleure chose à faire pour Thomas. Paléande aussi constatait que l'enfant serait bientôt un homme ce qui le réjouissait. Il comptait sur les capacités de son futur roi pour créer une grande civilisation ouverte sur l'univers et non plus dominatrice et destructrice. L'intelligence de Thomas était phénoménale, il absorbait les connaissances encyclopédiques Mazones avec une facilité déconcertante et ce même pour ses professeurs qui se sentaient un peu dépassés par cet enfant.
Comme il grandissait vite, il fallait prendre une décision importante pour son avenir et Paléande convoqua Ellie à son bureau pour en discuter. La jeune maman quitta son jeune protégé afin de se rendre auprès du chef Mazone qui la salua fort aimablement se montrant même séducteur. Elle avait vite compris qu'il ne renoncerait jamais à ses projets alors qu'elle était de plus en plus lasse de cette vie qui la maintenait loin de ses enfants. Il l'invita à s'asseoir sur le canapé puis il s'installa en face d'elle. Il lui servit un café, en fit de même pour lui, observant la jeune femme à la dérobée. Ellie but un peu du doux breuvage et attendit que le chef Mazone se décide à dire ce qu'il avait sur le cœur.
- Thomas grandit vite, constata le chef Mazone et il devient très beau tout comme son père et son grand-père, avant, bien entendu, que celui-ci ne soit défiguré comme il est.
- Venez-en au fait Paléande, sourit Ellie qui avait senti une pointe de jalousie dans la voix du chef lorsqu'il évoqua le capitaine de l'Arcadia.
- Il faut songer à lui trouver une épouse, affirma le chef.
- Je vous en prie, je sais bien que sa croissance est rapide mais la durée de vie des Mazones est tellement longue qu'il n'y a rien qui presse, tempéra Ellie en souriant.
- Dans ce cas il faudrait choisir celle qui le déniaisera ! Décida-t-il.
- Ecoutez ! S'énerva Ellie. Ce n'est qu'un enfant ! Il a le temps !
- En âge humain c'est un bébé mais en croissance Mazone il devient adulte et tôt ou tard, il s'intéressera aux femmes ! Insista Paléande.
- On n'en est pas encore là ! Ragea Ellie
- Je sais que vous êtes très protectrice avec lui Ellie, mais vous êtes la seule proche parente qui lui reste, rappela le chef Mazone
- Je vous demande pardon ? S'étonna la jeune maman.
- Vous avez eu une liaison avec son grand-père qui vous a donné des jumeaux, il est en quelque sorte votre petit-fils, avança Paléande.
- Je fais si vieille que ça ? Grinça Ellie.
- Non, vous êtes magnifique ! S'empressa de corriger le chef Mazone. Mais c'est à vous qu'il incombe de lui choisir son épouse et celle qui lui apprendra l'amour. Car vous vous doutez bien que Sylvidra a personnellement choisi la femme ou Mazone, ça nous ne savons pas, qui a déniaisé Mark.
- Et à quel âge c'est arrivé ? L'interrogea Ellie.
- A l'âge de développement physique de quinze ans je crois, révéla Paléande.
Ellie s'étouffa avec sa gorgée de café.
- Ca fait tôt ! S'exclama-t-elle.
- Mark était très porté sur la chose comme son père, piqua Paléande. Je veux dire que tout le monde savait comment se passaient ses nuits avec Sylvidra. Ils n'étaient pas discrets ni l'un ni l'autre.
- Je sais que vous n'aimez pas Hans mais pourriez-vous arrêter de me torturer en me rappelant ses nuits passées dans le lit de votre reine ! Ordonna Ellie sèchement.
- Je suis désolé, s'excusa piteusement Paléande, il oubliait à chaque fois les sentiments toujours forts de la jeune femme pour le capitaine de l'Arcadia.
- Je pense qu'on va attendre que son développement soit à dix-huit ans, est-ce que c'est d'accord ? Souhaita Ellie.
- Très bien, je lui expliquerai que c'était votre décision et avec qui la première fois alors ? Ajouta Paléande nullement gêné par la conversation.
- Non mais c'est une blague ? S'indigna Ellie. Il n'aura qu'à choisir la femme ou Mazone qu'il aimera ! Ce n'est pas à nous de décider pour lui !
- Fort bien mais on ne peut pas vraiment dire qu'il y est à l'heure actuelle l'embarras du choix, se justifia Paléande.
- Eh bien, commencez à faire des enfants. Vous n'avez plus besoin d'attendre, vous êtes installés, commencez à vivre ! Suggéra Ellie quelque peu excédée par cette conversation déplacée.
- Ellie, commença Paléande.
- Non, le coupa la jeune femme. Je sais ce que vous allez me dire et c'est non.
- Vous ne pourriez pas envisager d'y réfléchir. Je vous aime et je saurai vous comblez. Ne désirez-vous plus avoir d'enfants ? S'attrista Paléande.
Ellie qui buvait une autre gorgée l'avala de travers et se leva pour aller tousser loin de son hôte. Elle aurait volontiers fait une dizaine d'enfants mais avec Harlock. A l'heure actuelle, le cœur brisé et l'âme en miettes comment pourrait-elle envisager d'en faire alors que les premiers lui manquaient si cruellement.
- Je viens de réfléchir à une chose Ellie, vous êtes partie en laissant vos enfants sur Amos car le voyage n'était pas sans risques mais à présent que nous avons trouvé une terre agréable vous pourriez aller les récupérer et ils vivraient ici avec vous, proposa Paléande. Je sais qu'Harlock ne voulait pas d'eux mais je les adopterai avec plaisir. Ainsi vous ne souffririez plus et nous pourrions être heureux ensemble.
- Non, ce n'est pas une bonne idée, vous n'êtes pas assez nombreux, il y aurait des risques de consanguinité, refusa la jeune maman.
- Mais nous sommes un millier, ce serait sans risque je vous assure, soutint Paléande en la rejoignant.
Il l'enlaça et sentit son effrayante maigreur
- Et cela vous évitera de dépérir. Je vous propose de remettre le vaisseau-cité correctement en état et de vous en servir pour aller chercher vos enfants, insista le chef Mazone.
Paléande souriait plein d'espoir. Pour Ellie le choix était cruel. Elle voulait avoir ses enfants près d'elle mais la durée de vie des Mazones n'avait rien à voir avec celui des humains et rien ne garantissait que ses enfants, une fois adultes, seraient heureux et qu'ils aient eux-mêmes des enfants.
- On a fait le plus dur Ellie, insista Paléande, trouver une planète accueillante. Le reste sera facile et je ne veux pas vous perdre parce que je sais que c'est-ce qui arrivera si vous restez loin de vos petits. Je vous ai vu dépérir jour après jour et je ne veux pas rester sans rien faire. Réfléchissez-y à tête reposée d'accord ?
Il lui saisit la main et embrassa celle-ci fougueusement. Il la regarda ensuite, ses yeux brillaient d'un tel feu qu'Ellie jugea préférable de s'éloigner un peu. Elle retourna s'asseoir puis elle reprit une gorgée de café. Paléande la rejoignit. Il le sentait, il avait semé le doute dans l'esprit d'Ellie. Elle allait peut-être réfléchir à sa proposition.
- Pour ce qui est de la future épouse de Thomas. Je pense qu'il faut y réfléchir dès à présent, insista Paléande.
- Non. Je ne veux pas qu'on la lui impose, je veux qu'il la choisisse le moment venu. Je préfère qu'il se mari par amour, son père a assez souffert comme cela sans que je fasse subir la même souffrance à son fils, refusa Ellie d'une voix ferme.
- Très bien, céda le chef Mazone.
Ellie après cet entretien alla voir la nouvelle garde royale et trouva Sandy en train de former la dizaine de Mazones triées sur le volet pour ce poste. Ellie s'assit sur un banc situé dans la cour de la caserne d'où elle observa l'entraînement des recrues. Elle ne cessait de penser à la proposition du chef Mazone et la trouvait de plus en plus réaliste. Après tout elle connaissait le nom des parents adoptifs et les localiser ne serait pas difficile. De plus le comportement d'Helena l'inquiétait. Cette femme lui faisait peur. A présent qu'elle savait que les enfants d'Ellie n'étaient pas partis en exil avec leur mère, il existait un risque qu'elle choisisse de les éliminer et ce même si Ellie lui avait assuré qu'Harlock se moquait de leur existence. Une fois l'entraînement des recrues terminées Sandy la rejoignit et s'assit à son tour à côté de son amie.
- Alors comment se passe l'entraînement ? S'enquit Ellie en souriant.
- A merveille. Est-ce que ça va ? On dirait que quelque chose de travaille, s'inquiéta la jeune Mazone.
- Je viens de discuter avec Paléande et il m'a fait une proposition intéressante, révéla la jeune femme en gardant les yeux baissés.
- Il t'a encore fait des avances ? S'agaça Sandy qui trouvait que ce Mazone était trop entreprenant avec une femme blessée et vulnérable comme Ellie.
- Il m'a proposé d'aller récupérer mes enfants et qu'ils s'installent ici avec moi, indiqua son amie.
- C'est vrai que ce serait mieux pour toi mais est-ce que ce serait bien pour eux ? Hésita Sandy.
- C'est là le problème. En théorie maintenant il n'y a plus de danger, on a trouvé une planète accueillante, remarqua la jeune femme.
- Oui mais sans bouclier pour protéger notre capitale et de canons de défense on sera à la merci de la première attaque venue, rappela sagement Sandy.
- Ce n'est pas faux, déprima Ellie.
- Je sais que tu n'es pas Mazone et que nos technologies sont différentes mais tu pourrais mettre tout cela au point et ensuite aller récupérer tes enfants, avança la responsable de la nouvelle garde royale.
- Je vais peut-être le faire et accepter la proposition de Paléande, avoua Ellie tristement.
- Pardon ? Quelle proposition ? S'étonna la jeune Mazone interdite.
- Il veut les élever avec moi, révéla Ellie embarrassée.
- Tu sais ce qu'il attend en retour rassure-moi ? Souhaita Sandy estomaquée.
- Oui, affirma Ellie d'une voix faible.
- Et es-tu prête à l'accepter ? Parce que quand il te fera l'amour, tu ne seras pas sous Mirasu ou autre. Il va falloir que tu acceptes d'avoir des relations intimes avec lui. Ce ne seront pas les bras d'Harlock qui te serreront ou ses mains qui te caresseront ce seront les siennes, rappela Sandy désireuse qu'Ellie réfléchisse bien avant de mettre à la poubelle tous ses sentiments pour le capitaine de l'Arcadia.
- Je sais mais je dois avant tout penser à mes enfants et je n'arrive pas à vivre sans eux. Je pense que je peux bien accepter un mariage arrangé puisque le mariage d'amour est impossible, décida Ellie en essuyant une larme qui roulait sur sa joue.
- Putain ! Si c'était pour que cela finisse comme ça tu aurais mieux fait de te faire sauter par Mark ! Explosa Sandy.
Ellie ne répondit pas et se contenta de baisser les yeux à nouveau.
- Ne me dis pas que tu regrettes de l'avoir repoussé ? S'enquit Sandy d'une voix blanche.
- J'aurai dû accepter sa proposition lorsqu'il est venu me voir lorsque j'étais prisonnière il n'y aurait pas eu tout ce gâchis et il serait peut-être encore en vie, réalisa Ellie tristement.
- Ellie, tu n'étais pas amoureuse de lui ! Insista Sandy quelque peu en colère face à une telle passivité d'une femme qui était si forte auparavant.
- Certes, mais il faut regarder les choses en face j'ai couché avec l'homme que j'aimais et voilà le résultat ! Ragea Ellie en larmes
- Tu le regrettes vraiment ? Douta Sandy d'une voix douce.
- Non, j'adore les deux bouts de chou qu'il m'a donné. Ils sont toute ma vie et je n'arriverai pas à vivre sans eux, reconnut Ellie.
- Très bien ! D'un certain côté on peut très bien faire ce choix-là. Je n'ai aucune envie de te perdre à cause de l'éloignement de tes bébés donc on va aller chercher tes enfants ! Soutint Sandy. Il faut juste que tu fasses ce qu'il faut pour que l'on puisse se protéger et tes petits seront biens ici !
Ellie la regarda et Sandy vit un peu de flamme renaître dans le regard de son amie. Il lui fallait ses enfants et elle reprendrait du poil de la bête.
Le lendemain Ellie avertit Paléande qu'elle acceptait sa proposition et celui-ci n'en crut pas ses oreilles. L'ensemble des Mazones furent réunis dans la grande salle royale dans laquelle Thomas qui poussait comme un champignon prit place sur son trône. Il portait les mêmes vêtements royaux que ceux de son père et pour Ellie c'était la première fois qu'il représentait l'espoir et non plus un ennemi à abattre. Paléande fit la proposition et le débat fut ouvert présidé par le jeune roi. Une Mazone se leva afin de prendre la parole :
- Je comprends la souffrance d'Eliza et mon cœur me dit de tout mettre en œuvre pour l'aider mais le vaisseau-cité est notre seule ligne de défense pour l'instant, objecta-t-elle.
- Ellie a accepté de créer pour nous un système de défense efficace, révéla Paléande.
- Avec quels matériaux ? Nous ne connaissons même pas les minerais que contient cette planète, argumenta un Mazone.
- Nous avons scanné la planète, révéla Sandy et elle dispose de tous les minerais nécessaires y compris les diamants pour les lasers.
- De plus Ellie a déjà commencé à travailler sur un système de défense, ajouta Paléande.
- Un système de défense crée par une humaine c'est risqué ! Argua un autre Mazone. Qu'est-ce qu'on fera si elle décide de nous trahir et qu'elle révèle les points faibles de notre système aux humains ? Après tout elle l'a déjà fait.
- Pour nous protéger ! Explosa Sandy. Elle a réparé le vaisseau pour nous, elle a risqué sa vie pour nous sauver et vous avez vu les autres humains face à elle, que voulez-vous qu'elle fasse avec des gens pareils ? Elle est des nôtres à présent !
- Je pense que la décision appartient à son altesse, affirma Paléande en s'inclinant devant l'enfant.
- Je suis d'avis de faire confiance à Ellie, décida Thomas.
- Le roi a décidé. Que sa résolution soit notée sur l'ordre du jour, annonça Paléande.
La réunion se poursuivit et il fut décidé le début de l'exploitation des mines pour récolter le minerai nécessaire pour la création du système de défense. Une fois la réunion terminée tout le monde quitta la salle et Thomas resta seul avec Ellie. Il envoya valser au loin couronne et manteau royal pour se jeter dans les bras de sa nourrice. Il poussait tellement vite qu'il était déjà plus grand qu'elle.
- Tu feras bien attention à toi promis ? Souhaita Thomas en la serrant contre lui.
- Je serais très prudente, je te le promets, jura la jeune femme en lui faisant un doux sourire.
- Une chose importante encore, ne reste pas pour régler des comptes avec Harlock. Je l'ai vu à l'œuvre et il est très dangereux, ordonna le jeune souverain tout en espérant que sa nourrice ne prendrait pas mal une telle directive.
- Tant que je peux ramener mes petits, tout ira bien, assura Ellie.
- Avoue-le, tu ne pensais pas qu'on trouverait une planète, plaisanta Thomas un peu taquin.
- En fait, je pensais être morte avant et nos chances de réussite étaient proches de zéro, reconnut Ellie.
- Tu dois vivre. Si jamais il y a le moindre souci préviens nous d'accord ? S'inquiéta Thomas.
- Pas de problème, accepta la jeune femme sans se départir de son sourire.
- Je ne veux pas que tu partes seule, annonça-t-il en relâchant son étreinte tout en la regardant droit dans les yeux. Tu vas emmener Sandy avec toi. Paléande m'a expliqué ta décision concernant mon évolution physique et j'attendrai l'âge que tu as choisi.
Ellie horriblement embarrassée rougi comme une pivoine.
- Par contre je crois que je vais faire les deux en même temps, acheva Thomas en souriant.
- Pardon ? S'enquit Ellie horriblement gênée par le sujet de la conversation.
- Je crois que je suis tombé amoureux, avoua le préadolescent tout heureux.
- En évolution tu n'as que douze ans, tu ne peux pas déjà...Douta Ellie.
Elle regarda Thomas et comprit que l'enfant était très sérieux. Elle vit le même regard que son grand père, calme, sûr de lui. Décidément ce gamin grandissait beaucoup trop vite et Ellie qui lui servait de maman de substitution regrettait déjà le temps où il courait dans le vaisseau-cité en jouant à la course. Elle prit ses mains dans les siennes, émue, souriant avec tendresse.
- Qui ? S'enquit-elle en lui souriant avec douceur.
- Sandy, avoua-t-il en rougissant.
- C'est un excellent choix s'enthousiasma-t-elle. Elle est gentille, courageuse et très intelligente.
En entendant cela, Thomas rougit un peu plus.
- Et très jolie aussi, comprit-elle sans cesser de sourire.
- Tu crois que j'aurai mes chances avec elle ? S'inquiéta Thomas.
- Crois-moi, tu as hérité du charme de ton père et de ton grand-père donc tout ce qu'il faut c'est que tu restes toi-même et tout ira bien. Je suis certaine que tu feras un excellent roi et un époux modèle. Je l'espère en tout cas car la durée de vie des Mazones est très longue, souhaita la jeune femme
- Je sais et je sais aussi que Paléande ne réalise pas que la vie des humains est très courte, indiqua Thomas tristement, lorsque tu t'éteindras, il lui restera encore des centaines d'années à vivre et je crois que cela sera dur pour lui. Mais si tu lui donnes des enfants alors une part de toi restera toujours à ses côtés.
Ellie ne répondit pas, embarrassée, ce petit discutait déjà de choses réservées aux adultes et elle savait que c'était lié à ses capacités intellectuelles très importantes. Thomas grillait les étapes et cela l'inquiétait un peu.
Elle s'attela à préparer les plans à la demande de Sandy. Elle y passa deux semaines de dur labeur mais elle savait que cela en valait la peine. Paléande fit contrôler le vaisseau-cité et prépara le départ de son aimée avec son escorte. Tout ce qu'il espérait c'était que la mission réussisse pour qu'Ellie lui revienne le plus vite possible. Au moment du départ, les plans étaient prêts placés dans le bureau d'étude et de réalisation, le vaisseau-cité quant à lui était prêt à partir. Elle dut se plier à un examen de santé à la demande de Paléande qui s'inquiétait de sa faiblesse. Le scanner révéla que les nanos avaient accompli leur mission et qu'elle pouvait à présent cesser la prise du médicament anti-rejet. Ellie regarda vers sœur Marie Nicole qui était présente comme tous les proches de la jeune femme qui avait voyagé avec elle dans le vaisseau-cité. La nonne sourit, gênée. Ce fut par l'examen sanguin qu'Ellie sut que son amie l'avait grugée en lui faisant prendre le traitement à son insu. Elle sourit avec douceur à la religieuse comprenant son choix, elle aussi aurait probablement agit de même si elle soupçonnait une de ses amies d'être en danger de mort en arrêtant la prise d'un traitement. La religieuse fut soulagée que la jeune maman ne lui en tienne pas rigueur. Le médecin la mit malgré tout en garde, son organisme était très faible et elle devait commencer dès à présent à s'alimenter correctement. Les Mazones ne disposant pas du matériel de dialyse, le praticien ne put enlever les nanos. Il espéra que le système immunitaire d'Ellie ferait le travail en éliminant ces corps étrangers qui n'avaient plus leur utilité. Au moment du départ, sur la piste d'envol, Ellie embrassa chaleureusement le petit Thomas puis elle s'éloigna avec Paléande qui désirait lui dire au revoir loin des oreilles des autres Mazones. Il la serra contre lui, il semblait ne plus vouloir la relâcher.
- Faites très attention à vous Ellie, recommanda Paléande ému. Je vous aime.
- Paléande...Tempéra la jeune femme tristement.
- Je sais mais avec le temps ça viendra.
Il s'éloigna d'elle et elle lui sourit faiblement. Paléande approcha son visage du sien et embrassa Ellie qui se laissa faire. Elle se dit qu'après tout, il serait temps qu'elle essaye d'oublier le capitaine de l'Arcadia. Il l'embrassait avec douceur de peur de la brusquer et Ellie savait qu'il faisait cela par respect mais ce baiser lui provoquait une telle douleur au fond du cœur que les larmes lui montaient aux yeux. Paléande était pourtant un homme bien qui mériterait qu'elle lui accorde sa chance mais rien n'y faisait, elle n'arrivait pas à oublier les baisers d'Harlock. Peut-être qu'il était encore trop tôt, après tout Hans était le premier homme qu'elle avait connu, aimé, c'était peut-être pour cela qu'elle n'arrivait pas encore à se défaire de son emprise. Elle contrôla ses larmes et ne pleura pas devant lui lorsqu'ils cessèrent de s'embrasser. Elle détourna le regard, embarrassée puis elle le salua. Elle monta au vaisseau, suivie par Sandy, sœur Marie-Nicole ayant choisi de rester auprès du petit Thomas pour que celui-ci ne se retrouve pas sans maman de substitution. L'appareil décolla quelques minutes plus tard. Le trajet allait durer au moins un mois ce qui allait être un long voyage.
Le lourd convoi qui transportait le vaisseau de Sylvidra arriva enfin sur Amos. L'appareil royal fut emmené dans une base militaire tenue par la Résistance construite exprès pour l'accueillir. Les deux vaisseaux de secours se décrochèrent et ce fut Harlock qui fit poser le vaisseau au centimètre près. Celui-ci atterrit en douceur tandis que l'Arcadia se posait sur le quai. Le duc de Péhant avait été obligé d'accorder cela pour obtenir les vaisseaux de secours et il enrageait d'être mis à l'écart. Il comptait cependant sur son nouvel allié pour pouvoir surveiller les propos de la reine des Mazones.
Ryo prévenu par son épouse de l'arrivée de l'Arcadia fonça à la base et se gara en catastrophe avant de bondir du véhicule puis de filer vers le quai où l'Arcadia amorçait sa descente. Le général Martin était déjà présent et attendait avec des fourgons blindés pour transporter les prisonnières. A peine l'Arcadia fut-il posé qu'une passerelle fut déployée. Ryo s'empressa de la traverser afin de rejoindre son ami à la timonerie. En le voyant près de la console de ses lieutenants il se précipita vers lui, souriant et, Harlock s'attendant à une embrassade embarrassante devant son équipage, décida de couper court à toute effusion déplacée.
- Si tu me fais un bisou je te colle une beigne, tu es prévenu ! Je ne suis pas d'humeur pour les câlins, l'avertit le capitaine.
Ryo se figea et Hans s'approcha de lui.
- Les prisonnières sont dans le hangar, je t'emmène les voir, décida-t-il en passant devant.
Ryo se retourna et pensa qu'il était temps de lâcher sa bombe.
- Je les ai localisés, indiqua Ryo.
Harlock en entendant ces mots stoppa net et se retourna surpris.
- Je sais où sont tes enfants, Hans ! Affirma-t-il en souriant.
A la grande surprise de tout le monde, ce fut Harlock qui serra Ryo à l'étouffer. Il dû réprimer des larmes de joie et soupira de soulagement. Son équipage ému détourna le regard par respect et Ryo lui rendit son embrassade. Harlock se reprit en se détachant de l'informaticien.
- Où sont-ils ? Ils vont bien ? S'angoissa-t-il.
- Ils ne sont pas loin de la capitale. La famille a déménagé plusieurs fois avant de s'installer, annonça Ryo
- Je peux récupérer mes bébés alors ? S'enquit Hans plein d'espoir.
- Il va falloir y aller prudemment et il faut que tu prennes un avocat pour faire valoir tes droits, révéla Ryo.
- Je ne comprends pas, ce sont mes gosses ! S'insurgea Harlock. Tu es en train de me dire que je ne vais peut-être ne pas pouvoir les récupérer.
- Arnold et Emily Stewart sont de bons parents. J'ai fait des recherches sur eux et ils adorent tes gamins. Bien sûr tu es leur père et ton ADN le prouvera mais au niveau de la justice, le juge va te demander pourquoi tu as refusé de reconnaître tes enfants.
Harlock le cœur lourd, s'adossa sur la paroi de la plate-forme de commandement.
- Si je lui dis que j'ai changé d'avis, que je veux mes petits tu crois que cela ira ? L'interrogea-t-il la voix sourde.
- Tu vas devoir montrer patte blanche, ils vont te demander des détails sur tes relations avec Ellie, où et quand, par exemple. Ensuite je pense qu'Ellie s'est probablement parjurée pour pouvoir obtenir qu'ils soient reconnus comme étant de père inconnu. Et il y a le problème de ta fiancée...Le prévint Ryo conscient du parcours du combattant que son ami allait devoir faire pour retrouver ses enfants.
- La procédure peut-elle se faire en douce ? S'inquiéta Hans étant donné que toute sa mission reposait sur sa brouille avec Ellie et son rejet du régime démocratique.
- Je dirai que oui mais une fois que tu auras tes gamins, est-ce que ta super fiancée va les accepter...S'inquiéta Ryo anéanti.
Harlock réfléchis plusieurs minutes puis il eut un sourire en coin.
- Je récupère mes gamins en douce et je romps les fiançailles, affirma Harlock. De toute façon, j'ai d'autres moyens pour obtenir les renseignements que je veux.
- Le duc, comprit Ryo qui commençait à s'énerver.
- Exactement. Je sais que tu n'approuves pas mais mes bébés sont tout ce qu'il me reste d'Ellie, je ne renoncerai jamais à eux. De plus je compte bien retrouver leur maman. Donc, maintenant que tu as Sylvidra et son vaisseau, il serait temps de commencer le grand nettoyage ! Soutint Harlock avec un sourire de contentement.
Harlock sortit dans la timonerie devant un Yattaran qui s'était approché accompagné par Kei. Le premier lieutenant regarda Ryo avec un sourire jusqu'aux oreilles.
- C'est terrible, l'instinct paternel pas vrai ? Plaisanta Yattaran.
- Je suis bien d'accord, soutint Ryo. En prime je suis certain que votre capitaine qui parait si glacial est un papa poule.
- Fallait le voir avec ses jumeaux. Il était trop chou, affirma Kei en souriant.
Ryo se précipita derrière le capitaine et le suivit jusqu'aux cellules des Mazones. Le chef du gouvernement fut surpris de les voir entassées dans deux cellules. Lorsqu'il fut face à la reine des Mazones celle-ci semblait être prise de terreur face à Harlock.
- On dirait que tu lui fais peur, remarqua Ryo.
- Vraiment ? Ricana le capitaine.
- Qui êtes-vous ? S'enquit la reine sur la défensive.
- Je m'appelle Ryo Kimura je suis le leader de la Résistance, indiqua celui-ci.
- Vous allez m'emmener loin de ce monstre ? S'inquiéta la reine.
- Qu'est-ce qu'il vous a fait ? S'étonna Ryo surpris, à ses yeux c'était la reine des Mazones le monstre étant donné les souffrances qu'elle avait fait endurer à son meilleur ami
- Il m'a frappée ! Révéla Sylvidra en criant.
Ryo regarda choqué du côté d'Harlock.
- Vu ton gabarit tu as osé la malmener ! S'indigna Ryo
- Il fallait qu'elle comprenne certaines choses et elle est toujours en vie après tout. Je te conseille de te méfier de cette vipère et de ses sujettes, sourit Hans nullement gêné par cette révélation.
- Ca je m'en doute, confirma Ryo qui avait déjà pris certaines précautions.
- Qu'est-ce que tu as prévu pour la garder ? L'interrogea le capitaine de l'Arcadia.
- Des femmes qui préfèrent les hommes ne t'inquiète pas, plaisanta Ryo en voyant le visage sombre du capitaine, ainsi que des hommes qui préfèrent les hommes.
- Pas de bi dans le lot, rassure-moi ? Insista Hans.
- Aucun, ils ont tous été contrôlés par mon père, soutint Ryo qui avait envie de rire.
La reine ricana.
- Aucun mâle ne peut résister aux charmes d'une Mazone ! Assura-t-elle.
- Tant qu'il ne te poussera pas une queue Sylvidra tu n'arriveras jamais à convaincre un gay de coucher avec toi ! Ricana Harlock. En prime je ne suis pas gay et tu ne m'excites absolument pas, tu me donnerais plutôt envie de vomir.
- Espèce de mufle ! Insulta Sylvidra.
- Sale garce ! Renvoya Harlock rageur.
- Bon c'est fini vos mots d'amour tous les deux ! S'impatienta Ryo. Vous êtes prête à collaborer avec nous ?
- Oui, céda la reine avec franchise.
- Vraiment ? S'étonna Ryo incrédule.
- J'ai appris beaucoup de choses pendant ma captivité et j'ai un maximum de renseignements sur votre copain ! Si j'ai bien compris les aristocrates qui étaient en cheville avec le Consortium vous créent des problèmes ? S'enorgueillit la reine.
- En effet, reconnut Ryo
- Eh bien j'en sais un maximum sur Monsieur le duc ici présent, ironisa Sylvidra
- Sans rire ? Se moqua Harlock.
- Les murs ont des oreilles et les jeunes militaires qui nous ont emprisonnées étaient très bavards face à des paires de seins ! Le nargua la reine. Emmenez-moi et je vous dirai tout ce que je sais sur votre ami.
Elle eut un rictus de mépris en regardant Harlock.
- Quelles informations ? S'enquit Ryo.
- Vous voulez que je parle devant lui ? S'étonna la reine.
- Oui.
- Dans ce cas vous n'êtes pas Ryo Kimura, douta-t-elle.
- Vous voulez voir mes papiers ? Proposa Ryo en lui tendant son permis de conduire.
La reine regarda le papier, il paraissait authentique. Elle leva les yeux et vit Ryo attendre patiemment qu'elle se décide à parler. Ses yeux se posèrent ensuite sur d'Harlock. Elle ne vit pas le regard glacial habituel mais un regard méprisant. Il eut un sourire moqueur et la reine eut la sensation de s'être fait rouler. Sa colère explosa. Elle voulut se jeter sur le capitaine, sa rage était si grande qu'elle en oublia les lasers. Elle reçut une violente décharge électrique et s'écroula au sol sous le regard amusé de l'un tandis que celui de l'autre était horrifié.
- Oh bordel ! Ce n'est pas vrai ! Cria Ryo très inquiet.
- Ce n'est rien, assura Harlock calmement, elle est juste sonnée c'est tout.
- Tape le code pour que je puisse aller l'aide ! Ordonna Ryo très inquiet.
- Je n'ai pas le code. Kei n'a pas voulu me donner le nouveau, avoua Hans faussement penaud
- Parce qu'elle avait peur que tu ailles passer la reine à tabac, ricana Ryo.
- Si je me contentais de ça ce qui n'est pas sûr du tout, plaisanta Harlock.
Ils entendirent un gémissement dans la cellule et Sylvidra commença à bouger.
- Tu vois, elle va bien ! Soutint Harlock. Ca ne lui a même fait se dresser les cheveux sur la tête.
- Tu es un bel enfoiré Harlock ! L'insulta la reine.
- Pourquoi ? S'enquit Harlock en souriant. Parce que j'ai si bien joué la comédie que tu n'y as vu que du feu ?
Sylvidra se laissa tomber sur son lit et prit sa tête entre ses mains.
- Ca va aller ? S'enquit Ryo.
- Ellie, l'avait dit, tu t'arranges toujours pour avoir on ne sait combien de coups d'avance, se rappela-t-elle en regardant Harlock. Pourquoi as-tu maltraité Eliza Zone comme tu l'as fait ?
- Je n'avais pas le choix, je me suis retrouvé entouré d'aristos, avoua Harlock. Je devais continuer à jouer le rôle et toi il fallait à tout prix que j'arrive à te faire taire devant Helena.
- Est-ce que tu l'aimes ? L'interrogea la reine
- Sylvidra, tu devrais déjà connaître la réponse. Je vais te révéler une chose, je prenais du Mirasu pour t'honorer. Dans cet état la, personne ne peut mentir. Donc tu sais vers qui va mon cœur, reconnut Harlock.
- Vers cette petite garce d'Elisa Zone ! Comprit Sylvidra avec un sourire cruel aux lèvres. Et tu as si bien joué la comédie que la femme que tu aimes est mourante et ne sera probablement plus de ce monde avant que tu ne la retrouves. En tout cas elle est facilement manipulable et je suis sûre qu'avec plus de temps j'aurais pu la mettre de mon côté. Tout ce que j'ai eu à faire c'était à me montrer un peu gentille. En même temps dans l'état émotionnel dans lequel elle était, elle était facilement influençable. Elle a même sauvé mon petit-fils qui est parti avec elle. La civilisation Mazone renaîtra même si c'est dans plusieurs siècles et la vôtre périra !
- De quoi tu parles ? S'étonna Hans inquiet.
- Réfléchis ! Mon petit-fils n'est pas un Mazone défaillant et pour moitié son sang est celui de Venus qui bien que stupide est au moins aussi destructrice et ivre de pouvoir que moi. Tôt ou tard ce besoin le poussera à se créer une armée et à conquérir des terres. Eliza Zone a tout sacrifié pour sauver l'humanité et elle a finalement sauvé celui qui la détruira. Et si ce n'est pas Thomas, ce sera son héritière.
- Tu oublies Ellie, douta Hans.
- Elle ne sera pas toujours là et vu son état je ne lui donne que quelques mois d'espérance de vie. Crois-moi, j'ai gagné, affirma la reine avec un sourire cruel sur les lèvres.
- Ellie a été grièvement blessé par une explosion pendant la bataille tu y es pour quelque chose ? L'interrogea Hans qui sentait la colère monter en lui.
- J'étais partie mais je suppose que quelques soldats lui sont tombés dessus et lui ont fait sa fête ! Ricana la reine.
Harlock ivre de rage, dégaina son cosmodragoon et visa la reine des Mazones. Ryo se plaça devant pour le forcer à ranger son arme.
- Ne fais pas cela. Elle cherche à se faire descendre pour pouvoir emporter tout ce qu'elle sait dans la tombe ! Hans, range ton arme ! Intima Ryo pâle comme un linge.
Harlock n'avait qu'une seule envie c'était de descendre ce monstre mais il savait que Ryo ne bougerait pas. Il pourrait le repousser et régler son compte à cette sorcière mais il savait que l'informaticien avait raison. Sylvidra devait disposer de beaucoup de renseignements et s'il fallait les lui arracher, il se porterait volontaire. Il rengaina son arme au grand soulagement de Ryo qui poussa un profond soupir.
- Qu'est-ce que tu dirais de fouiller un peu l'ordinateur central du vaisseau de Sylvidra ? On pourrait transférer les prisonnières plus tard, proposa Ryo.
Les deux hommes quittèrent l'Arcadia et se rendirent au vaisseau de Sylvidra. Sur le chemin ils croisèrent le docteur Kimura qui tenait lui aussi à en apprendre un peu plus sur la reine des Mazones. L'ordinateur central se trouvait au sommet du vaisseau de Sylvidra. Il était haut de plusieurs étages et le visionnage des fichiers se faisait par une matérialisation en trois dimensions. Ryo brancha sa tablette et commença à le pirater. Les icônes s'affichèrent en trois dimensions, face aux trois hommes qui les regardèrent attentivement. Ryo les fit défiler. Harlock en voyant un fichier portant le nom de son fils le fit s'arrêter. Il s'approcha de l'icône et la toucha du doigt. Le système afficha la vidéo et les trois hommes assistèrent à l'intervention effectuée sur Mark comme si ils étaient présents au moment des faits. La reine était présente ainsi qu'une Mazone vêtue d'une tenue religieuse couronnée d'or. Son front était orné d'un diamant, elle avait le regard dur glacial aussi froid que celui de la souveraine des Mazones.
- Commencez l'opération ! Ordonna la reine.
Les pensées et les souvenirs de Mark commencèrent à s'afficher sur l'écran. Harlock sentit un malaise en lui. Il fouillait dans les pensées les plus intimes de son fils par écran interposé et en sentait une honte qui lui fit détourner le regard. Les souvenirs de Mark commencèrent à défiler et l'un d'entre eux attira l'attention de la prêtresse. Il montrait Mark en train de parler à Kurt Wilson avant le concert et la prêtresse après avoir assisté à la totalité de la conversation ordonna un arrêt sur image.
- Saviez-vous que vos fils se connaissaient ? Interrogea la prêtresse avec inquiétude la reine des Mazones.
- Non. Kurt était tenu de rester dans l'ombre il n'avait pas le droit de révéler son existence, affirma la reine.
- C'est lui qui a amené votre fils à douter de vous et je me demande bien pourquoi ? S'interrogea à haute voix la prêtresse soupçonneuse.
- Je n'en sais rien ! S'énerva la reine et est-ce bien important ? Recherchez ses pensées les plus intimes, nous devons le contrôler !
La doctoresse se remit à fouiller à l'intérieur de l'esprit de Mark et arriva au moment où le souverain avait rejoint son frère à l'hôpital. La prêtresse semblait horrifiée d'apprendre que les deux frères pouvaient ressentir les émotions de l'autre.
- C'est impossible cela n'existe pas ce genre de lien ! Objecta le capitaine.
Ryo mis l'enregistrement sur pause et se tourna vers Harlock.
- Adrian m'en a parlé. Kurt ressentait toutes les souffrances de son frère et il pensait être le seul à avoir hérité de ce don, révéla Ryo avec conviction.
Harlock regarda Ryo surpris. Il n'avait jamais vu ce genre de phénomène et pourtant en plus de vingt ans de bourlingage dans l'espace, il en avait croisé des choses étranges mais pas de ce type. La lecture repris et la prêtresse commença à invectiver la reine.
- Etiez-vous au courant de ce don ? Tempêta la prêtresse oubliant son rang et celui de la souveraine.
- Bien sûr que non ! Vous n'allez tout de même pas croire que cela existe ! La méprisa la reine.
- Docteur ? Interrogea la prêtresse.
- Voyez-vous votre altesse les pics sur son encéphalogramme ? Ce sont ses émotions et elles sont très violentes mais comme vous pouvez le constater nous avons deux courbes. La première doit être les émotions ressenties par Kurt Wilson et la deuxième celle de votre fils qui a dû comprendre à ce moment-là qu'ils avaient tous les deux la même mère.
- Et alors ? Ricana la reine.
- Ne vous rappelez-vous pas la prophétie que nous ont laissée les anciens ? Ce don ne peut apparaître que chez les enfants royaux et dans des circonstances bien particulières, rappela la prêtresse avec mépris.
- Je vous en prie, terminons la procédure, insista Sylvidra embarrassée
- Ce don ne peut se manifester que chez des enfants royaux enfantés par amour, affirma la prêtresse.
- C'est absurde ! S'indigna la reine. Je n'ai couché avec Harlock que parce que c'était un reproducteur parfait et que j'étais attirée sexuellement par lui. Pour ce qui est de Peter Wilson c'était un très gentil garçon, très drôle et très séduisant.
- Vous le savez, les reines Mazones n'ont pas le droit de tomber amoureuse, gronda la prêtresse.
- Je n'ai aimé aucun d'entre eux ! Menaça la reine.
- Mentez-vous autant que vous voulez mais la prophétie est claire. Si un seul héritier royal est enfanté par amour alors cela signifiera la fin de la civilisation Mazone ! Rappela la prêtresse en colère
- C'est ridicule ! S'exclama Sylvidra agacée par la tournure que prenait les événements.
- Notre déchéance a déjà commencée ! Votre fils cadet nous a trahi et a donné à la Résistance des renseignements top secrets ! Soutint la religieuse en colère.
- Il est mort. Nous ne risquons donc plus rien ! Affirma la reine qui avait de plus en plus envie de mettre la prêtresse dans un cachot.
- Mais vous n'avez pas ordonné sa mise à mort mais seulement sa capture, douta la prêtresse.
- Je n'ai été amoureuse d'aucun de ces deux hommes, affirma la reine sur un ton menaçant.
- Dans ce cas vous ne verrez aucune objection à ce que nous prenions certaines précautions n'est-ce pas ? Ricana la prêtresse.
- Lesquelles ? Grinça la reine.
- Nous allons modifier les nanos qui vont être implantés dans votre fils pour qu'ils le tuent si quelqu'un essaye de les lui enlever, décida la prêtresse.
- C'est une très bonne idée. Comme cela si son vieux pirate de géniteur essaye de le récupérer, il ne pourra qu'assister à son agonie. Mark est à moi. Harlock n'a été qu'un simple reproducteur ! Il serait temps qu'il comprenne ce qu'a été son rôle dans la conception de cet enfant ! Soutint la reine avec colère.
Le médecin se chargea de la programmation et des buts à atteindre. Sylvidra avait fait programmer les nanos de son fils pour qu'il se transforme en machine de guerre impitoyable. Le cœur du capitaine se serra et il tourna la tête pour ne pas laisser voir la larme qui roulait sur sa joue. Une fois l'opération terminée, la reine sortit de la salle d'intervention. Durant toute l'opération la prêtresse ne quitta pas la reine du regard. Une fois celle-ci partie elle se tourna vers le médecin.
- J'aimerai que vous mettiez au point un poison pour moi, souhaita la religieuse.
- Pourquoi ? S'étonna la praticienne.
- Il est temps pour notre civilisation de changer de reine. Sylvidra est un danger pour nous. Ses sentiments vis à vis d'Harlock nous mettent en péril. Venus une fois enceinte deviendra notre nouvelle reine, décida la prêtresse.
Ryo arrêta l'enregistrement. Il détenait une information importante. La reine des Mazones allait se faire assassiner pour que sa belle-fille prenne le pouvoir. Harlock ricanait dans son coin. Pour lui cette prêtresse était une idiote finie, complètement aveugle. Il avait vu la jalousie et les pulsions de Venus vis à vis de son fils et elle s'était sérieusement amourachée du souverain de Gaia mais tout comme Sylvidra, elle s'efforçait de sauvegarder les apparences.
- Elle voulait faire de cette idiote de Venus la nouvelle reine des Mazones ! S'exclama Harlock en ricanant. Une femme qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez et qui suit ses appétits. Parce qu'elle pensait que les sentiments que nourrissait Sylvidra à mon égard mettaient en danger la civilisation Mazone !
- En tout cas Sylvidra a de gros problèmes, commença le docteur. Depuis le début de son existence on lui a interdit de tomber amoureuse en prétextant que l'amour était une faiblesse et un danger. Je pense que Sylvidra a refoulé au plus profond de son subconscient ce qu'elle ressentait pour vous. En fait la cruauté dont elle a fait preuve envers vous était la manifestation de ses sentiments refoulés.
- Elle souffre de sadisme ? S'inquiéta Harlock.
- Je pense que oui. Elle vous fait souffrir et se repaît de cette souffrance qui lui procure un plaisir sexuel. Comme elle ne peut vous avoir, elle cherche à vous détruire, diagnostiqua le médecin.
- Donc elle n'est pas amoureuse de moi, affirma Harlock. C'est juste un jeu de domination pour elle.
- Disons qu'au niveau de son comportement j'ai quelques questions à vous poser, avoua Ken.
- Embarrassantes ? S'inquiéta Harlock.
- Tu veux bien sortir s'il te plait Ryo, souhaita Ken en faisant un sourire à son fils.
Ryo obéit à son père se doutant que Hans serait plus à même de parler s'il était seul avec le médecin et laissa les deux hommes seuls. Harlock se racla la gorge.
- Est-ce qu'elle s'est montrée violente ou dominatrice pendant vos relations intimes ? L'interrogea le médecin en plantant son regard dans le sien.
- Ah carrément ! S'exclama Harlock en pâlissant face à une question aussi privée.
Il hésita quelques secondes, il connaissait le docteur Kimura, il ne lâcherait rien, trop désireux de l'aider et de le protéger
- J'étais sous Mirasu et je ne suis pas sûr de me rappeler totalement de ce qui s'est passé, tenta Harlock pour se dérober.
- Est-ce que le lendemain vous avez remarqué sur votre corps des traces de morsures profondes ou des griffures ou tout autre acte violent à votre encontre ? Insista Ken guère rassuré par cette réponse trop évasive à son goût.
- Il n'y a jamais eu de violence ni d'humiliation. Enfin pas pour moi, avoua Hans en pâlissant un peu.
- Pour qui ? Insista le médecin.
- Ellie. Elle s'est arrangée pour qu'elle nous trouve en train de nous envoyer en l'air à son arrivée au palais. Ensuite elle s'est arrangée pour qu'elle nous voit ensemble le plus souvent possible et qu'elle comprenne bien que j'appartenais à la reine des Mazones.
- Donc là, on a la domination et la jalousie, indiqua Ken très inquiet.
- La jalousie ? S'étonna Harlock
- La seule et unique raison qui l'aurait poussé à faire cela c'était qu'au moment de l'acte c'était le nom d'Ellie qui s'échappait de votre gorge, affirma le praticien.
Harlock, de plus en plus embarrassé regardait la sortie avec insistance.
- Je me trompe ? S'enquit Ken qui trouvait la gêne du capitaine plutôt mignonne.
- Je ne me rappelle pas. Je ne peux pas être sûr de ce qui s'est passé ou dit pendant ces moments-la. Et franchement, c'est vraiment très gênant. Déjà que je suis assez écœuré d'avoir fait cela à Ellie vous pourriez comprendre que je n'ai pas envie d'en parler, avoua Hans honteux.
- Sylvidra vous aime et si, après avoir capturé Ellie avait mis la main sur vos jumeaux, elle les aurait sûrement enlevés à leur mère et tuer. Je pense qu'Ellie a eu le bon réflexe, en choisissant de sacrifier ses droits parentaux pour les sauver, confirma Ken les craintes du père de Franck et Marie.
- Pourquoi vous...S'angoissa le capitaine.
- Il me parait clair à présent qu'elle a sacrifié Mark pour vous atteindre vous et prouver qu'elle ne vous aimait pas et ainsi endormir la méfiance de la prêtresse pour conserver son trône. Sylvidra vous aime et ne peut vous avoir alors elle a cherché à vous faire souffrir jusqu'à ce que cela vous détruise pour qu'aucune autre ne vous ait. En gros, mort, vous étiez à elle à jamais. C'est une forme de domination, révéla le médecin. …
- Pourquoi dans ce cas-là ne m'abat-elle pas tout simplement d'une balle dans la tête ? Douta Hans qui ne comprenait pas pourquoi la reine des Mazones semblait vouloir se compliquer la vie avec ce genre de considération.
- Car votre souffrance lui procure du plaisir, rappela le médecin comprenant que pour Hans une telle attitude était difficile à imaginer. Elle est comme Médée de la mythologie grecque, elle a tué son fils pour atteindre le père et le faire souffrir, une vengeance immonde qu'elle a mise en place pour vous broyer.
- En gros, elle a tué mon fils et en cas de procès elle sera déclarée folle et enfermée ! S'exclama Harlock ivre de colère et de chagrin. Laissez-moi régler cela à ma manière ! Une balle dans la tête et on n'en parle plus !
- Sylvidra ne se considèrera jamais comme folle. Et en cas de procès elle fera tout pour défendre son point de vue ce qui la condamnera à mort c'est certain. Pour ce qui est de votre fils elle souffre d'une forme particulière de psychopathie, c'est une mère vampire. La mère vampire parce qu'elle donne la vie se croit supérieure au père et ce même si celui-ci participe à la naissance de cet enfant. Elle estime qu'il n'a aucun droit sur l'enfant. Elle est incapable d'éduquer celui-ci et projette sur lui ses désirs inassouvis, fantasmes, frustrations, envies. Elle estime que comme elle a donné lui a vie, elle a le droit de la lui reprendre. Et c'est-ce qui s'est passé pour votre fils, diagnostiqua Ken Kimura en prenant des notes.
- Tout en sachant ce que cela me ferait, souligna Harlock d'une voix blanche.
- Ce qui pour elle était un bonus. Hans, je sais que vous avez le corps de votre fils. Il faut qu'une autopsie soit faite pour que l'on sache ce qui s'est passé, Indiqua le docteur.
- Non ! Je ne vous laisserai pas charcuter mon fils ! Cria Harlock.
Ce cri viscéral frappa Kimura en plein cœur. Il savait que Hans souffrait atrocement et qu'il ne pouvait envisager cette solution pour savoir la vérité sur la mort de son fils mais cet examen était nécessaire.
- Hans, il le faut, le raisonna le docteur. Nous avons besoin de preuves pour l'enquête et nous devons comprendre comment fonctionne ce procédé d'assassinat.
- Vous ne diriez pas cela s'il s'agissait de Ryo, ragea Hans pâle comme un linge.
- C'est on ne peut plus vrai, confirma le thérapeute très près de pleurer tant la détresse du capitaine lui poignardait le cœur. Si j'étais à votre place je serai incapable de prendre cette décision et je compterais sur le soutien d'un ami pour la prendre à ma place.
Les larmes d'Harlock se mirent à couler et le docteur s'approcha de lui.
- La procédure ne sera pas invasive je vous le promets, affirma le praticien. Un simple scanner, sans même ouvrir le caisson.
- Je voulais l'enterrer auprès de son frère, s'effondra Harlock en s'adossant sur l'ordinateur.
- Ce sera fait Hans, je vous le jure. Vous pourrez enterrer Mark aux côtés de son frère dans l'endroit que vous choisirez. Ils ne seront plus séparés, promis Ken en s'approchant d'Harlock.
Hans se força à retrouver son calme. Il devait tenir et récupérer ses enfants ainsi que leur maman. En repensant à l'état catastrophique de leur mère l'inquiétude le gagna.
- Ellie est dans un état...Commença-t-il douloureusement.
- Je sais, Nynna m'en a parlé. Elle ne pourra pas tenir sans ses enfants, confirma Ken lui aussi très inquiet.
- Quelles sont mes chances de la sauver ? S'angoissa le capitaine.
- Peut-être plus grandes que vous ne le pensez. Si le vaisseau cité a trouvé une planète accueillante et que la population y est en sécurité, je pense qu'Ellie viendra récupérer ses enfants. Surtout que Sylvidra est hors circuit et les Illumidas sont à l'opposé de la direction qu'a prise le vaisseau, supposa Ken en souriant avec douceur.
- Ellie pourrait revenir ! S'exclama Harlock dont l'espoir renaissait.
- Il y a de fortes chances. Elle les a laissés car elle ne voulait pas pour eux d'une vie d'errance avec tous les dangers que cela représente mais si le vaisseau s'est posé, il est possible qu'elle vienne les récupérer. Elle adore ses gamins et c'est une excellente maman remplie d'amour, soutint le thérapeute.
- Donc je pourrai la récupérer, espéra Hans.
- Hans, avec ce qu'il s'est passé vous n'arriverez pas à la convaincre de vos bonnes intentions, douta Ken.
- Ce n'est pas grave. Je la kidnapperai c'est tout. Vu que nous voulons tous les deux la même chose, j'espère bien récupérer nos jumeaux avant elle et lorsqu'elle voudra les reprendre, je l'attraperai, révéla Harlock redevenu confiant prêt à se battre pour récupérer sa famille.
- Hans, je sais que vous l'aimez à la folie mais cette méthode n'est pas la bonne, affirma le médecin en riant.
- Vous savez que lorsque je me suis trouvé face à elle, à bord du vaisseau cité elle a essayé de m'agresser avec un couteau et qu'ensuite elle a tenté de me tuer en bombardant l'Arcadia, annonça Harlock admiratif.
- Et cela ne vous rend que plus fou d'elle, ce qui est dangereux Hans. Je ne saurai trop vous conseillez de modérer vos ardeurs lorsque vous l'attraperez, conseilla le thérapeute en souriant.
- Ne vous inquiétez pas. Tout ce que je veux c'est pouvoir la serrer contre moi et veillez sur elle. Si elle ne peut me pardonner je comprendrai et me contenterai de cela, avoua Harlock tristement.
Harlock lui fit un faible sourire et quitta la pièce. Le docteur le regarda s'éloigner en se demandant comment Ellie allait réagir en découvrant la vérité surtout si elle apprenait tout ce qu'Harlock avait traversé.
« Elle serait bien capable de capturer le duc de Péhant et de le torturer à mort, s'inquiéta le docteur »
Décidément ce couple d'amoureux n'avait pas fini de lui provoquer des inquiétudes.
