Chapitre 13 : Début du plan d'Harlock

Depuis qu'il avait commencé d'enseigner, Harlock avait regardé et étudié l'évolution économique du système stellaire. Etrangement malgré la guerre et le fait que la Terre soit laissée à l'abandon, le tissu économique avait résisté et les affaires devenaient même florissantes. Harlock à l'académie était très bien payé tandis que ses besoins étaient faibles. Sa mission occupant pratiquement tout son temps, il n'avait guère besoin de beaucoup d'argent car il ne s'accordait aucun loisir. Il avait donc commencé à investir en suivant les cours de la bourse. Il semblait avoir une capacité à anticiper les montées ainsi que les baisses. Grâce à cela, son argent placé sur plusieurs comptes rémunérés lui rapportait de plus en plus au point qu'avant son départ pour la traque de Sylvidra, ses trois comptes étaient crédités d'un million chacun.

Le capitaine, une semaine avant son départ repéra la création d'une entreprise pharmaceutique du nom de Pyroll. Il étudia les différents projets, le profil des chercheurs et décida d'investir, après avoir rencontré les scientifiques, suffisamment d'argent pour devenir actionnaire majoritaire. Pour lui, il était évident que pour pouvoir récupérer ses enfants et les mettre à l'abri, il devenait nécessaire d'emmagasiner suffisamment d'argent pour pouvoir rompre ses fiançailles et être indispensable à la communauté aristocrate. L'argent représentait le pouvoir et il savait que si cette entreprise arrivait bel et bien à déposer les brevets sur lesquels elle travaillait la fortune était assurée.

Une fois revenu, il reçut un appel de sa banque qui lui demandait de venir de toute urgence. Harlock n'eut même pas le temps de souffler un peu et fila à la capitale pour voir ce qui se passait. Cependant, avant d'aller voir son conseiller financier, il passa au siège de Pyroll. Il fit des recherches sur le Web et tapa l'adresse dans son GPS. Il traversa la capitale, sortit par le sud pour se retrouver face à plusieurs bâtiments ultra moderne et très luxueux. Il ne pensait pas que le million de crédits investit lui rapporterait aussi vite. Il était vrai que les chercheurs embauchés étaient les meilleurs universitaires connus et leur travail très prometteur mais il ne s'attendait pas à cela. Il pénétra dans le vaste hall et vit la femme responsable de l'accueil aller au-devant de lui avec un grand sourire. Elle l'escorta à travers le bâtiment jusqu'au siège de la direction où le jeune cadre surdiplômé qui avait été embauché par ses soins pour faire prospérer le laboratoire l'accueillit avec le sourire.

- Bonjour capitaine, le salua John Maller.

- Bonjour, le salua à son tour le capitaine en s'asseyant dans la chaise des invités. J'ai reçu un message de mon banquier alors que je venais à peine de poser le pied sur le sol d'Amos. Je ne comprends pas son inquiétude. Tout à l'air de très bien se passer.

- Et comment ! Nous sommes devenus numéro un dans les médicaments ! Se réjouit John. A mon avis ce qui l'inquiète c'est que vos livrets de placements ont sûrement dépassés leur plafond et qu'il est obligé de mettre vos profits sur votre compte courant.

- Vraiment ? Douta le capitaine en souriant. Les plafonds de mes trois livrets étaient à cent millions de crédits chacun.

- Si peu ! Vous auriez dû voir plus grand capitaine. Voici la part de bénéfices qui vous revient, annonça fièrement le jeune homme en lui donnant un dossier.

Harlock lut le rapport et n'en cru pas son œil valide.

- Cinq cent millions de crédits ! S'étonna-t-il. Combien avez-vous vendu de médicaments ?

- C'est surtout un qui a rapporté en fait. Vous vous rappelez qu'il y avait de plus en plus de fièvre de Huerton à cause des insectes. Un de nos chercheurs a trouvé un traitement qui soigne sans laisser de séquelle au système nerveux et au cerveau. Résultat on a touché le Jackpot ! Et sauvé beaucoup de vies bien sûr ! S'enthousiasma John.

- C'est une bonne nouvelle pour ceux qui souffraient de cette maladie, se réjouit fièrement Harlock.

- Bon sang capitaine, je n'arrive pas à comprendre comment vous faites pour garder un flegme pareil. Votre fortune personnelle grâce à cela s'élève au double de celui du père de votre fiancée ! S'extasia le jeune cadre.

- Ce qui est parfait, reconnut Harlock.

Le démarrage de son plan s'annonçait excellent. Il n'avait aucunement l'intention d'épouser Helena Svlotiania et il comptait bien rompre ses fiançailles dès que possible. Il savourait déjà le moment où il pourrait enfin récupérer ses enfants et les avoir près de lui. Il ne lui resterait plus qu'ensuite à récupérer leur maman. Il était temps pour lui de contacter un très bon avocat. Il fit donc des recherches sur Internet et trouva le nom d'un vrai ténor du barreau chez lequel il prit rendez-vous pour l'après-midi même.

Il se présenta au bureau de l'avocat à l'heure indiquée. Maître Stone fut très surpris de voir cet homme franchir le seuil de sa porte. Arthur Stone était spécialisé dans les affaires d'homicides et en voyant le capitaine de l 'Arcadia franchir sa porte, il se demanda ce que ce membre important de l'aristocratie avait bien pu faire pour avoir besoin de venir le voir. Harlock n'était pas un spécialiste du droit et pour lui un avocat était un avocat. Le juriste en se retrouvant face un homme qui le dépassait d'une demi tête et qui devait avoir plus de deux fois sa carrure se dit que peu importait ce que cet homme voulait, il accepterait sans discuter de craintes de représailles éventuelles. La secrétaire s'approcha du capitaine et lui demanda s'il voulait prendre rendez-vous mais la réponse la cloua sur place :

- J'ai déjà rendez-vous sous le nom de Philippe Stanfield, assura Harlock calmement.

- Mon mystérieux rendez-vous de quatorze heures, l'accueillit l'avocat en les rejoignant dans le hall. Veuillez me suivre monsieur Stanfield.

L'avocat s'effaça devant lui et Hans entra dans le bureau. Arthur referma la porte et invita son mystérieux rendez-vous à s'asseoir dans un confortable fauteuil en face du bureau. Arthur s'assit à son tour derrière son plan de travail et regarda Harlock avec le sourire.

- En quoi puis-je vous aider ? S'enquit-il.

- J'aimerai récupérer mes enfants, révéla Harlock.

- Vos enfants ? S'étonna l'avocat. Je suis spécialisé dans le droit criminel monsieur le duc.

- Vous êtes bien avocat non ? S'impatienta Hans.

- Oui mais mon domaine n'est pas le droit parental, confirma Arthur calmement.

- Je me suis renseigné sur vous et vous êtes un vrai requin. Ce dont j'ai besoin, décida Harlock.

Le regard qu'il lança à l'avocat était sans appel et celui-ci dû s'incliner.

- Très bien. Que se passe-t-il avec vos enfants ? C'est votre ex qui a la garde ? L'interrogea Arthur comprenant que le capitaine ne renoncerait pas à son idée.

- Vous êtes bien tenu au secret professionnel n'est-ce pas ? S'enquit Hans.

- Dans la mesure où vous devenez un de mes clients, affirma Arthur.

- Vos honoraires ?

- Trois cents crédits de l'heure. Je sais que ce n'est pas donné mais je les vaux, se justifia Arthur qui ayant conscience de son palmarès faisait payer chèrement ses services.

Harlock sortit une liasse de billets de sa poche et paya la première heure sous le regard effaré de l'avocat.

- Euh très bien, accepta l'avocat en récupérant les billets jetés négligemment sur le bureau. Je vous écoute capitaine.

- La mère de mes jumeaux les a abandonnés et ils ont été adoptés. Je souhaite les récupérer, annonça Hans.

- Je ne comprends pas là. Vous ne les aviez pas reconnus ? Douta Arthur.

- Non. Leur mère était soumise à la loi cent quarante-cinq C et elle a été expulsée. J'ai appris très récemment qu'elle était partie sans eux et je souhaite les récupérer.

- Les petits portaient son nom, comment a-t-elle fait pour les abandonner ? L'interrogea l'avocat très surpris par cette affaire.

- Elle est passée par un système d'adoption clandestine avec l'aide d'un couvent qui se chargeait de trouver les parents et de faire les papiers, révéla Hans.

- Donc on peut attaquer le couvent pour rapt d'enfants. La mère a refusé qu'ils portent votre nom ? Ou vous ne saviez pas qu'elle était enceinte et vous l'avez appris récemment ? Supposa l'avocat.

Le silence éloquent d'Harlock face à cette question intrigua l'avocat.

- Vous avez refusé de les reconnaître ? Réalisa-t-il.

- Oui.

- Alors qu'ils risquaient l'expulsion ! Ecoutez, aucun juge ne vous rendra vos enfants sous prétexte que vous avez changé d'avis ! Sauf si les parents sont de mauvais parents et encore ce n'est pas garanti ! Affirma Arthur.

- C'est compliqué, hésita Harlock.

- Dites-moi tout sinon je ne vois pas comment je peux vous aider ! Intima Arthur fermement.

- Je suis en mission d'infiltration à la demande de Ryo Kimura. J'avais une relation suivie avec Eliza Zone, nous avons eu des jumeaux Frank et Marie. Pour pouvoir réussir ma mission j'ai dû rompre avec elle et ne pas lui dire la vérité. Donc j'ai refusé de reconnaître mes enfants et ce même après que la loi soit passée. Je pensais pouvoir emmener Ellie et nos enfants en sécurité en attendant de finir ma mission mais les choses ont mal tourné et Ellie est partie en exil en abandonnant nos enfants pour qu'ils soient en sécurité. Je ne veux pas porter plainte contre le couvent qui s'est contenté d'aider une mère désespérée. Je veux juste récupérer mes gosses, révéla Harlock.

L'avocat eut un hoquet de surprise et resta figée quelques minutes. C'était la première fois qu'Arthur se retrouvait sans voix face à un client.

- D'accord. Là je dois dire que c'est une grande première pour moi, avoua-t-il en soupirant d'inquiétude. Je ne vois pas comment faire sans tout révéler au juge et si on révèle tout au juge votre mission tombe à l'eau. Honnêtement il serait préférable de laisser les choses telles qu'elles sont jusqu'à la fin de votre mission.

- Hors de question. Ce sont mes enfants et je veux les récupérer, insista Harlock.

- Avez-vous des amis hauts placés autres que du côté des démocrates ? L'interrogea Arthur qui envisageait une seule solution à ce problème.

- Oui. Je suis assez élevé dans l'aristocratie pourquoi ? S'enquit Hans pour la forme.

- Il faudrait que vous en parliez à eux pour qu'ils vous aident. Ils pourraient influencer le juge et celui-ci n'aurait pas besoin de savoir la vérité, conseilla Arthur.

- Pensez-vous que ce genre d'affaire peut se régler en secret ? Souhaita Hans.

- Pourquoi ? S'étonna l'avocat.

- Je suis fiancé et Helena ne les acceptera pas, avoua Hans embarrassé.

- Que je comprenne bien, vous voulez récupérez vos gamins mais sans que votre fiancée le sache ? Et une fois marié vous ferez comment ? Rit d'incrédulité l'avocat.

Harlock se tut à nouveau.

- Rupture de fiançailles dès que vous avez vos petits, comprit Arthur. Est-ce que les aristos savent avec qui vous les avez fait ?

- Oui.

- Est-ce qu'ils ont suffisamment confiance en vous pour ne pas croire que vous faites machine arrière ?

- J'ai tout fait pour.

- Dans ce cas. On peut tenter le coup. Je veux bien me charger de votre affaire mais il va falloir faire cela en douceur sans braquer les parents adoptifs suis-je clair ? Prévint l'avocat.

Il n'eut aucune réponse du capitaine.

- Ce qui veut dire aucune intimidation, aucune menace et aucune violence. On va d'abord essayer d'obtenir du juge un droit de visite. Mais d'abord avant toute chose sonder le terrain du côté des aristocrates car cela risque d'être très dangereux pour vous et vos enfants. Si les aristocrates s'opposent à ce que vous reconnaissiez vos petits, ils pourraient bien faire assassiner vos enfants. Donc, je vous invite à la prudence.

- Et si la manière légale ne fonctionne pas est ce que je pourrai envisager d'autres méthodes ? Proposa Hans.

Stone eut un rire d'incrédulité.

- Capitaine, le rapt d'enfants est sévèrement puni par la loi. N'envisagez même pas cette solution surtout que c'est leur mère qui a pris la décision qui s'imposait et aux affaires familiales ils ne vont pas vous loupez si vous optez pour cette méthode, conseilla l'avocat en souriant.

- Quelles sont mes chances de récupérer mes enfants ? S'inquiéta Hans.

- Je ne peux pas vous répondre. Tout dépendra je pense de l'influence de vos amis.

Harlock sourit tristement. Il savait exactement quel ami il devait voir et ce qui allait lui en coûter. Peu lui importait, il était prêt à tout pour récupérer ses enfants et les mettre en sécurité. Et si pour cela, il fallait un peu câliner le duc de Péhant, il le ferait. L'enlèvement n'était pas envisageable car Ryo ne pourrait étouffer l'affaire et la mission d'Harlock serait fortement compromise aussi il allait devoir user de ses charmes et des petites faiblesses du duc.

Il prit son véhicule et se rendit chez le duc. Le majordome l'installa dans le salon disposé dans le jardin d'hiver puis il prit congé. Harlock s'installa sur le canapé. Oscar en apprenant sa venue, le rejoignit directement et, en voyant Hans, au milieu des plantes tropicales ses désirs se ravivèrent.

- Bonjour Hans, le salua-t-il en s'approchant.

Harlock se leva et le salua à son tour. Oscar ne pouvant résister à ses pulsions, l'enlaça tendrement. Hans qui commençait à être habitué par cette manière de faire regarda au-dessus de l'épaule du duc pour s'assurer que les domestiques ne les surprennent pas. Le duc, ne pouvant résister plus longtemps, le serra contre lui et plongea son visage dans la masse de cheveux du capitaine.

- Tu devrais faire attention, on pourrait nous surprendre, conseilla Harlock en lui faisant face en souriant.

Ce sourire irrésistible fit oublier au duc toute prudence et il embrassa fougueusement le capitaine de l'Arcadia. Celui-ci se laissa faire et attendit patiemment que le duc savoure cet instant. Oscar s'éloigna après ce baiser et alla s'asseoir dans un fauteuil en fer forgé blanc. Harlock s'assit dans celui placé à côté du duc et les deux hommes commencèrent à discuter.

- Que dit Sylvidra ? S'inquiéta le duc.

- Pour l'instant elle est bien sage. Est-ce que tu crains vraiment qu'elle ait des noms d'aristocrates en cheville avec le Consortium ? Douta Hans avec un sourire ironique visant à conforter le duc dans ses illusions.

- Il y avait de Busson, avança Oscar, inquiet malgré tout.

- Celui-là ce n'est plus la peine d'en parler, sourit le capitaine.

- Ensuite il y a Von Stadt, de Peravy, de Perrignac aussi, poursuivit le duc.

- Les brebis galeuses si je comprends bien ! S'exclama Hans

- Ma famille est amie avec les Von Stadt depuis cent cinquante ans, insista le duc.

- Je t'en prie, se moqua Harlock en souriant. Est-ce que par eux les démocrates pourraient obtenir des renseignements et des preuves sur notre projet?

- Normalement non. Ils ne sont pas assez importants pour cela, supposa Oscar.

- Dans ce cas, assure-toi qu'il n'y aura que des liens d'amitié à trouver et rien d'autre, conseilla Hans. Après tout, on ne sait pas tout sur ses amis. Surtout quand ceux-ci se tapent votre fiancée.

- Je suis désolé, s'excusa le duc contrit.

- Oublions cela.

Le duc plongea dans le regard d'Harlock et celui-ci y vit tout le feu du désir qui couvait dans le jeune homme. Oscar posa sa main sur la cuisse d'Harlock qui le repoussa doucement.

- Pourquoi est-ce que tu ne veux pas ! Tu n'as pas repoussé Helena lorsqu'elle est venue s'envoyer en l'air avec toi ! Ragea Oscar ivre de jalousie.

- Avec elle, je contrôlais la situation tandis qu'avec toi je ne la contrôlerais pas longtemps, plaisanta le capitaine.

- Je te laisse le contrôle si tu veux, proposa Oscar.

- Avec le feu qui couve en toi ? Sourit le capitaine. Je ne pense pas que cela te contenterait.

- En tout cas pour un homme qui se méfie de moi tu ne sembles pas plus inquiet que cela de te retrouver seul ici, ricana le duc qui avait du mal à résister à l'envie de se jeter sur cet homme et de l'aimer jusqu'à l'épuisement.

- Mais je suis armé, lui rappela Harlock en posant sa main sur la crosse de son cosmodragoon et tu m'avais assuré que tu saurais te montrer patient. Manquerais-tu à ta parole ?

- Non. Je t'aime Hans, affirma Oscar. Je veux juste savoir une chose, est-ce que tu maintiens ton mariage avec Helena ?

- Oui. Et ce même avec ce qui s'est passé entre nous. De toute façon même si une loi venait à passer sur le droit des hommes à se marier entre eux, ce ne serait pas souhaitable que toi et moi nous nous laissions aller à ce genre de débordements et de toute manière mes goûts vont plus vers les femmes que vers les hommes. Tout comme toi. Ce n'est pas parce que tu as eu des moments de faiblesses avec moi que les femmes ne t'intéressent pas. J'ai vu ton palmarès, le complimenta Hans avec un sourire complice.

- Ça te dirait un plan cul à trois avec Helena ? Proposa Oscar sur un ton canaille.

- Et me retrouver pris entre deux feux, obligés de vous satisfaire tous les deux ? Plaisanta Harlock. Tu présumes de mes forces.

- Arrêtes tes conneries. J'ai vu ta vidéo avec Sylvidra et tu es largement à la hauteur, affirma Oscar en le dévorant des yeux.

- Avec une partenaire, pas avec deux. Je préfère les duos de toute façon, refusa Hans en souriant.

Harlock, lassé d'être assis, se leva, Oscar en faisant de même.

- Je te fais visiter les lieux ? Proposa Oscar en passant son bras autours de la taille du capitaine.

- Pour que la visite se finisse dans ta chambre ? Non merci, refusa le capitaine en souriant.

- Pour ce que j'ai envie de faire avec toi il n'est pas nécessaire d'allier si loin, susurra-t-il. Il y a une zone assez dense un peu plus et une partie du sol est couverte d'un épais matelas de mousse naturelle très douce qui vient de Pyros. Il serait parfait pour la délicatesse de ta peau.

Harlock avait envie de rire. Oscar ne renoncerait jamais à le mettre dans son lit. Puis il se rappela les conseils de l'avocat. Si Oscar intervenait pour lui, il lui serait plus facile de récupérer ses enfants. Tout ce qu'il espérait c'était qu'Ellie ne sache rien de ses moments avec le duc. Il s'avança vers l'intérieur de la zone indiquée, le duc sur ses talons, le regard luisant de passion contenue. Harlock s'en doutait, Oscar était une poudrière, il commençait à avoir du mal à se contenir. Hans regarda les plantes. Il en venait de toutes les planètes connues. Il y avait des arbres lianes de Pyros, des arbres géants de Mars dont les troncs étaient couverts de fleurs roses immenses et toutes sortes de fleurs plus belles les unes que les autres, un vrai petit paradis. Ils arrivèrent enfin en traversant une cascade de lianes fleuries d'Amos, dans la zone indiquée. Celle-ci, était entourée d'arbres, le seul passage existant était la cascade qui masquait la sortie. La mousse était piquetée de petites fleurs violettes que sa couleur verte tendre faisait ressortir. Harlock la toucha et fut forcé de constater que le duc n'avait pas menti, elle était d'une douceur incroyable comme la peau d'Ellie. Son cœur se remit à saigner en repensant à elle même si en se retournant vers le duc, son visage n'affichait rien d'autre qu'un doux sourire. Oscar s'approcha de lui, l'enlaça et l'embrassa à nouveau. Il retira la veste d'Harlock, la laissa tomber sur le sol, le serra contre lui sans cesser de l'embrasser. Le capitaine avait décidé de satisfaire un peu le duc mais dans une certaine limite. Oscar le poussa vers le matelas de mousse et le fit s'allonger sans cesser de l'embrasser. Il fit ensuite retirer à Harlock son sous pull noir et resta en admiration face à la plastique du capitaine. Il caressa longuement le torse, les abdominaux, il l'embrassa à nouveau avec une telle fougue qu'Harlock en eut le souffle coupé. Après ce long baiser, Oscar commença à embrasser avec insistance le torse du capitaine qui se contentait de regarder tristement le sommet des arbres qui se rejoignaient pour former un toit, tout en caressant la tête du jeune homme qui brûlait de désir pour lui.

Cela lui rappela cette fameuse nuit, il y avait cent trente-cinq ans à présent, dans la chambre d'étudiant du premier Friedrich Von Stadt. Ce soir-là, Harlock avait bu plus que de raison et les deux hommes s'étaient retrouvés au lit avant qu'ils aient eu le temps de réaliser ce qu'ils faisaient. Harlock, malgré son état d'ébriété, avait mené la danse jusqu'au bout. Friedrich, au bar, trop saoul pour contrôler ses propos, avait fini par lui avouer ses sentiments une demi-heure plus tôt et lui avait proposé d'essayer avec un homme au moins une fois pour savoir si ça lui plaisait. Harlock trop ivre pour réaliser la dangerosité de cette proposition, avait accepté et cette décision avait brisé la vie du jeune homme à jamais. Après cette nuit-là Harlock, sut que les hommes n'étaient pas vraiment son truc. C'était une expérience intéressante mais sans plus. Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il ressentait lorsqu'il faisait l'amour avec Maya et cela faisait carrément pâle figure avec ses nuits passées avec Ellie. Alors qu'Oscar s'approchait dangereusement de la ceinture d'Harlock que sa main entreprit d'ouvrir, le portable du jeune homme se mit à sonner et il grogna de désapprobation. Il décida d'ignorer l'appel et de poursuivre ses caresses.

- Tu devrais peut être répondre, suggéra Harlock en entendant les sonneries insistantes.

- Je n'ai pas envie de gâcher ce moment avec ça, oublions ce maudit téléphone ! Décida Oscar en le retirant de sa poche puis en le lançant sur le matelas de mousse.

Il s'apprêtait à embrasser à nouveau Harlock sur les lèvres lorsqu'il vit celui répondre à sa place. Il eut un soupir d'agacement et déposa des baisers sur la gorge de cet homme qui le rendait fou de désir.

- Capitaine Harlock à l'appareil... Monsieur le duc est très occupé en ce moment...Je dirai qu'il est en agréable compagnie...Indiqua Hans en souriant.

- Et c'est peu de le dire, murmura Oscar à son oreille.

Harlock sourit.

- Tiens, c'est le duc Von Schwarzwald, il dit que c'est urgent, annonça-t-il en lui tendant le téléphone.

Oscar eut un nouveau soupir et prit l'appareil. Il s'installa confortablement pour répondre en posant sa tête sur les abdominaux du capitaine de l'Arcadia.

- Qu'est-ce qu'il se passe Heinrich ?... Très bien, j'arrive, céda Oscar en se relevant.

- Il y a un problème ? S'enquit Harlock.

- Oui, avec une des phases de notre plan. D'ailleurs ça m'arrangerait que tu viennes, reconnut Oscar

- Si c'est pour obtenir un câlin à l'arrière de ta limousine pendant qu'on se rendra là-bas, c'est non ! Sourit le capitaine en se levant à son tour.

- Il n'y a pas de mal à mêler l'utile à l'agréable. J'ai besoin de ton avis pour quelque chose d'important, révéla Oscar en souriant.

- Très bien, accepta Harlock en se rhabillant.

- Dire que j'étais à deux doigts de goûter à un câlin parfait, râla Oscar en souriant. Enfin il y a cinquante kilomètres à faire ce qui nous laisse le temps de nous amuser un peu avant d'arriver.

- S'il s'agit d'une réunion importante, il serait du plus mauvais effet d'arriver en sueur donc je te suggère de rester sage pendant le voyage, conseilla-t-il.

Oscar le saisit par la taille et l'embrassa à nouveau, sa langue allant le plus profondément possible dans la bouche du capitaine, titillant celle d'Harlock voluptueusement.

- Faudrait que j'apprenne à te dire non, plaisanta Harlock après ce baiser.

- Ne dis pas ça, tu avais promis de me laisser une chance de te séduire, murmura Oscar en mettant son visage tout prêt du sien.

Il posa sa main sur la joue d'Harlock et la caressa avec douceur tout en gardant son regard embrasé dans celui du capitaine qui s'efforçait de garder un regard doux et de masquer son envie de partir le plus loin possible.

Les deux hommes après cela se rendirent au sous-sol où ils montèrent à bord de la limousine qui les emmena au lieu de rendez-vous.

Pendant le trajet, Oscar fit relever la vitre de séparation et reprit ses caresses avec le capitaine qui se doutait que le duc avait décidé de mettre à profit ce voyage pour tenter de l'exciter et d'obtenir de lui que les choses aillent beaucoup plus loin. Harlock réussit malgré tout à repousser les assauts du duc et à obtenir qu'il garde ses ardeurs pour plus tard. La limousine finit par entrer dans une zone montagneuse. Elle s'enfonça dans un tunnel creusé à même la roche qui débouchait sur un vaste espace entouré de montagnes. En apprenant qu'ils étaient presque arrivés, Harlock baissa la vitre et il vit qu'ils arrivaient à proximité d'un camp composé de plusieurs baraquements entourés de hautes barrières électrifiées. Le lourd et long portail s'ouvrit et la limousine entra. Il se referma derrière elle tandis qu'elle poursuivait sa route à petite vitesse. Hans remarqua qu'il y avait beaucoup de membres de la milice et qu'ils étaient fortement armés.

- Qu'est-ce que c'est que cet endroit ? S'enquit Harlock surpris.

- Un ancien camp qui servait à garder les mères de familles mariées dont l'époux avait fui lors de la chute du Consortium, les mères dont on devait confirmer le géniteur des enfants, toutes celles qui devaient être expulsées avec leurs enfants car visées par loi cent quarante-cinq C. En gros, toutes celles qui affirmaient que leurs enfants étaient issus d'une relation saine, qui juraient haut et fort que leur progéniture n'était pas le fruit de liaisons avec des membres du Consortium ou des collabos. Elles étaient placées là en attendant la comparaison de l'ADN de leurs rejetons avec ceux des criminels de guerre répertoriés. Mais tu te doutes que les résultats ne sont jamais arrivés. Elles ont été exilées avec leur encombrante marmaille. De toute façon qu'aurions-nous fait d'autant d'orphelins à s'occuper. Cela aurait représenté des coûts supplémentaires inutiles pour la société, affirma Oscar avec un sourire cruel aux lèvres. C'est ici d'ailleurs qu'aurait dû atterrir Eliza Zone si elle n'avait pas affirmé en passant devant la commission qu'elle n'avait aucune idée de l'identité du père de ses rejetons. Elle a suivi scrupuleusement toutes les procédures à faire en vue de l'expulsion sans même essayer d'acheter des faux papiers au marché noir.

- Tu as fait des recherches sur elle, comprit Harlock.

- Et sur toi aussi. Je sais par Helena que ses gosses n'étaient pas à bord du vaisseau-cité. Ils sont donc sur Amos. Est-ce que tu veux que l'on t'aide à te débarrasser de ce problème ? Proposa Oscar.

- Pourquoi faire ? S'ils ont été adoptés ou confiés à un orphelinat, les papiers ont dû être falsifiés et son nom ne doit sûrement pas apparaître dessus. Il n'y a aucun moyen de remonter jusqu'à moi, affirma Hans avec un sourire moqueur

- Ce sont donc biens les tiens, sourit Oscar.

Harlock pâlit. Il avait répondu bien trop vite, mais il se ressaisit.

- Bien sûr que ce sont les miens. Pourquoi ? S'énerva-t-il

- Vu ce qu'elle a balancé à la commission, il n'y avait aucune certitude qu'ils soient de toi. Elle a donc menti. Prudente, la garce ! Elle n'avait aucune envie d'atterrir ici et d'être expulsée avec ses mômes. Est-ce que tu envisages de les récupérer ?

- Je suis fiancé et Helena refuse d'entendre parler d'eux. De plus, ils sont d'Eliza Zone, tu imagines la réputation que cela me collerait au sein de notre groupe, ricana Harlock.

- Il n'est pas nécessaire qu'il le sache, avança Oscar. Il suffit de faire croire qu'ils ont été faits par mère porteuse.

- Helena n'acceptera jamais, réitéra Hans se doutant dans quelle direction Oscar voulait le mener.

- Moi j'accepterais, murmura Oscar. Renonce à tes fiançailles et récupère tes enfants. Tu as fait tes preuves au sein de notre groupe. Tu n'as plus besoin des Svlotiania.

- Mais comment risque de le prendre le prince russe ? Ironisa Hans.

- Il suffira de révéler au prince la vérité sur le comportement de sa fille, proposa Oscar en passant sa main dans la masse de cheveux du capitaine.

Harlock sourit. La rivalité qu'il avait créée allait lui permettre de récupérer ses enfants. C'était inespéré.

- Admettons que j'accepte. Il faudrait tout faire en cachette sans qu'Helena ne soupçonne rien, indiqua Harlock. Elle m'a très clairement menacée de révéler ce qu'il s'est passé entre nous.

- Ne t'inquiète pas. On fera les tests ADN en secret et on consultera le juge à huis clos, suggéra Oscar tout sourire.

- S'il y a une action en justice, Helena le saura et elle pourrait bien faire éclater le scandale, s'inquiéta Harlock.

- Il suffira d'expliquer au juge que pour des raisons de sécurité cela doit se faire sous un faux nom. Restes fiancé jusqu'à ce que tu aies tes enfants ensuite toi et moi nous régnerons en maître sur la galaxie et grâce à nous, l'humanité ne sera plus jamais menacée par qui que ce soit. On pourra même se débarrasser des Illumidas, suggéra Oscar un sourire gourmand sur les lèvres

- Il faut l'espérer, souhaita Hans faussement enjoué.

A la grande surprise d'Oscar ce fut le capitaine qui l'embrassa fougueusement après avoir relevé sa vitre ce qui le fit chavirer de plaisir. Harlock tenait à lui faire comprendre en agissant de la sorte qu'il acceptait la proposition. Oscar le serra contre lui en répondant à ce baiser. La limousine finit par s'arrêter devant un baraquement plus grand que les autres et les deux amants se séparèrent. Oscar était ravi. Il allait pouvoir gagner contre Helena et Harlock serait bientôt à lui. Il restait quelques points de détails à régler mais une fois son plan achevé il envisageait sérieusement de s'unir à cet homme. La portière s'ouvrit et Harlock descendit en premier suivi du duc.

Le duc Von Schwarzwald les attendait au bas des escaliers menant à l'imposant bâtiment en pierres qui comportait bureaux et salles de réunion. Ils échangèrent des salutations et le duc chargé de la mission invita les deux hommes à le suivre. Il les mena jusqu'à une zone entourée de clôtures où se trouvaient parqués des dizaines de jeunes filles sous le regard horrifié du capitaine. Elles semblaient à peine avoir dix-huit ans et certaines peut-être moins.

- Alors que se passe-t-il ? S'enquit le duc de Péhant.

- Les Illumidas se montrent de plus en plus exigeants. Ils veulent plus de femmes, annonça le responsable des transactions avec colère.

- Ils ne manquent pas d'air ceux-là ! On n'a pas un stock illimité ou alors il va falloir qu'ils acceptent d'en prendre des plus âgées, indiqua Oscar.

En entendant cela le sang du capitaine se glaça dans les veines. Il pensa à sa petite Marie, qui lui manquait cruellement et il n'osait imaginer la souffrance des familles de ses jeunes filles kidnappées pour assouvir les désirs bestiaux des Illumidas. Cela lui rappelait les heures sombres de l'occupation de la Terre par ces monstres. A l'époque ils ne se gênaient guère pour imposer à n'importe quelle femme qu'ils trouvaient à leur goût de finir dans leur lit.

- Quelque chose ne va pas Hans ? S'inquiéta Oscar face au visage préoccupé du capitaine.

- Cela fait longtemps que ça dure ? S'inquiéta le capitaine.

- Pourquoi ? L'interrogea Oscar sur la défensive.

- Car elles ne sont pas là de leur plein gré ce qui veut dire qu'elles ont été enlevées. Ce qui tu t'en doutes provoque des enquêtes de police et si celle-ci finit par apprendre ce petit négoce, elle remontera jusqu'à nous ! Affirma Hans avec colère.

- Toujours aussi prudent et méfiant, sourit Oscar rassuré. Ton inquiétude est légitime mais je t'assure, tu n'as pas à t'en faire.

- Elles ont forcément des familles qui ont déposés plainte après leur disparition, supposa Hans inquiet.

- Oh tu sais les apparences sont si facilement trompeuses, commença Oscar.

- Je ne te suis pas...

- Depuis que beaucoup de personnes ont été envoyées en exil, étrangement les voies spatiales ne sont plus très sûres et beaucoup de vaisseaux de croisière ou autres sont attaqués par des appareils ressemblant à s'y méprendre à ceux partis en exil mais ils sont puissamment armés. Sûrement que les exilés songent à leur protection et qu'ils se vengent en attaquant, pillant, massacrant les vaisseaux de tourisme puis grâce à leur bouclier de camouflage, ils disparaissent dans les mers d'étoiles. Bien sûr, ils attaquent aussi les voyages organisés, principalement scolaires où il y a pas mal de chair fraîche, ricana le duc.

- Chair fraîche de quel âge ? S'inquiéta Harlock tout en gardant une voix calme et posée.

- A partir de seize ans, révéla Oscar.

Harlock eut une violente envie de vomir qu'il parvint à réprimer puis il détourna le regard et fit le tour de la zone. Les dires d'Oscar confirmaient ses impressions. Les captives semblaient être âgées entre seize et vingt-cinq ans. Les Illumidas avaient dû faire cette demande car dans cette tranche d'âge le taux de fertilité est très élevé et les risques de fausses couches plus faibles. Il retourna auprès du duc et entendit Von Schwarzwald faire une proposition indélicate à Oscar qui ne sembla pas offusquer le duc :

- Vous voulez vous amuser un peu avant que les Illumidas n'arrivent ? Elles sont de toute beauté, affirma-t-il avec un sourire salace.

Oscar regarda du côté de Hans. Il savait que le capitaine n'aimait pas les trios mais face à une jeune femme superbe il se laisserait peut être tenter.

- Qu'est-ce que tu en penses Hans ? Suggéra-t-il avec un sourire coquin sur les lèvres.

- Que je saute des femmes, pas des gamines. Sans façon ! Soutint-il en souriant.

Oscar s'approcha de lui et murmura :

- Qu'est-ce que tu penses de la jolie blonde. Elle en a facile plus de vingt.

- Je n'ai aucune envie de faire cela avec Von Schwarzwald qui se rince l'œil ! Il me semble souffrir de voyeurisme, refusa Hans en souriant.

- C'est normal, il a été victime d'un cruel accident, sa femme la trouvé au lit avec une jeunette et elle lui a tiré dans les valseuses. Il ne peut plus rien faire à part regarder. Je sais que tu n'aimes pas les trios Sauf que moi, j'ai bien envie de m'amuser un peu, révéla Oscar avec un sourire obscène sur les lèvres.

- Tu ne penses pas qu'il serait préférable que tu t'amuses une autre fois et que tu m'expliques plutôt pourquoi tu as besoin de moi ? Proposa Harlock.

Oscar en entendant ces mots posa pour plaisanter discrètement une de ses mains sur les fesses du capitaine en passant discrètement sous le manteau. Harlock, agacé, frappa cette main baladeuse.

- Pas pour ça j'espère ? S'énerva-t-il.

- Ne t'inquiètes pas c'était juste une plaisanterie, le rassura Oscar. J'aurai besoin que tu jettes un œil sur les plans des vaisseaux que fabriquent pour nous les Illumidas.

- En échange de ces belles plantes ? Comprit Harlock.

- Exactement. Ils sont dans le bureau tu veux bien y jeter un œil ? Proposa Oscar.

- Très bien. Tu veux bien m'y emmener ?

Oscar sourit et invita le capitaine à le suivre. Ils entrèrent dans le bâtiment principal puis dans une des salles de réunion. Von Schwarzwald ayant compris qu'il n'y aurait pas de partie de plaisir alla chercher les plans au coffre. Harlock retira son manteau qu'il posa sur une chaise. Oscar s'assit sur la table et le dévorait des yeux ce que le capitaine ne pouvait ignorer. Bien que cela l'agaçait de jouer les allumeurs, il s'arrangea pour retirer son vêtement sensuellement afin de captiver l'attention d'Oscar, il valait mieux détourner le regard du duc des jeunes captives. S'il passait son temps à le regarder lui, il ne songerait pas à aller abuser d'une des victimes de cet odieux trafic. Von Schwarzwald entra à son tour avec une pochette entre les mains qu'il donna au capitaine. Hans sortit les plans. Il commença à les étudier consciencieusement. Il s'agissait de vaisseaux de guerre et il paraissait évident aux yeux d'Harlock que les aristocrates n'avaient pas l'intention d'attendre la scission avant de réarmer. Il commença l'étude des plans sous le regard attentif d'Oscar et entoura aux stylos rouges les anomalies se doutant qu'il s'agissait probablement là d'un test visant à vérifier sa fiabilité.

Ann Cutler, à bord du vaisseau Illumidas qui emmenait son maître rendre visite à ses nouveaux amis terriens, prépara un thé glacé pour celui-ci. Elle savait pour quelles raisons il avait pris un vaisseau de taille importante avec des chambres équipées de plusieurs lits. Les Illumidas allaient récupérer une livraison de femmes pour la reproduction. Elle n'oublierait jamais le jour maudit où ceux-ci avaient attaqué le vaisseau d'exilés où elle se trouvait avec ses enfants. Chaque détails étaient à jamais gravés dans sa mémoire. Le vaisseau dont les exilés disposaient était très faiblement armé et leur bouclier de camouflage avait rapidement lâché ce qui avait permis aux Illumidas de les localiser très facilement. Le deuxième bouclier avait cédé face à des tirs nourris et celui qui allait devenir son maître avait dirigé les exécutions ne gardant que les femmes en âge de procréer. Ils avaient séparés les femmes et les enfants qui avaient probablement été tous abattus sauf les ainés qu'ils avaient emmenés comme esclaves pour travailler dans une mine. Ensuite comme si cela ne suffisait pas, elle avait été mise de force dans le lit de ce monstre qui avait essayé de la fertiliser pendant des mois sans succès. Il avait fini par se désintéresser d'elle. Lorsque la première livraison de femmes arriva il la garda comme esclave et pour le plaisir lorsque sa nouvelle victime était dans de mauvaises dispositions.

Atlas avala son thé sans même jeter un œil sur Ann. Cela faisait des mois qu'il la tenait avec la supposée survie de son fils aîné. Il lui assurait que si elle se montrait docile la vie de son dernier fils serait épargnée, ce dont elle doutait de plus en plus. Il lui arrivait par moment de se demander si Eliza Zone avait réussi à sauver ses jumeaux, si elle avait trouvé une planète accueillante ou si elle était morte ou comme elle captive de ces monstres qui ne reculaient devant rien pour satisfaire leurs appétits. Lorsqu'ils étaient un peu pressés ils droguaient leur victime et celle-ci ne se rendait compte de rien ce qui n'était peut-être pas plus mal mais s'ils avaient envie de s'amuser, ils utilisaient la violence et la pauvre fille avait beau se débattre, ils gagnaient toujours. Le vaisseau amorça sa descente et se posa sur la place du camp. Ann vit à travers les hublots les dizaines de victimes innocentes qui allaient être souillées par ces brutes. Une fois l'appareil posé elle suivit son maître et attendit son retour aux pieds de la passerelle.

Atlas entra dans la salle de réunion. En voyant le capitaine de l'Arcadia, le représentant des Illumidas fit une moue de désapprobation et Harlock eut un ricanement. Tout le monde s'installa malgré tout afin que la réunion puisse commencer.

- Comme convenu, nous avons fait la dernière livraison de femmes destinée à payer la fabrication des vaisseaux que vous faites pour nous, commença Oscar.

- Notre souverain, estime que le paiement est insuffisant ! Cracha l'Illumidas.

- Nous vous avons fourni cinquante mille femmes, j'estime que c'est bien assez ! Affirma Oscar avec fermeté.

Harlock fut écœuré en entendant un chiffre aussi énorme.

- La plupart d'entre elles ne sont guère coopératives et, de plus, beaucoup ont choisi de s'autodétruire pour ne pas nous donner de descendants ! Révéla Atlas en colère.

Harlock avait une envie folle de massacrer le représentant Illumidas qui se trouvait à deux mètres de lui en entendant ces mots. Ils s'attendaient à quoi ces imbéciles ? Qu'elles soient ravies de finir dans leur lit peut être ?

- Que penses-tu des plans des vaisseaux, Hans ? S'enquit Oscar en se tournant vers lui.

- Ils sont plus que médiocres. Je ne suis pas ingénieur et j'ai pourtant déjà repéré pas moins d'une dizaine de failles. Il semblerait que tu te sois fait arnaquer, Oscar, indiqua le capitaine en lançant le plan qui atterrit devant l'Illumidas.

Beaucoup de zones avaient été entourées en rouge par le capitaine. Chacune de ces marques montraient une faiblesse des vaisseaux. Harlock n'avait même pas eu à en inventer. Elles étaient plus que visibles.

- Vous n'allez pas croire les propos d'un pirate ! S'indigna l'Illumidas.

- J'ai plus confiance en lui qu'en vous, affirma Oscar. J'ai présenté les plans à un ingénieur qui en est venu aux mêmes conclusions. Je me doute des raisons qui vous ont poussé à fournir ce type de plan mais je ne suis pas né de la dernière pluie. Vous voulez plus de femmes.

- Nous ne vous fournirons aucun autre plan tant que nos exigences n'auront pas été satisfaites ! Assura l'Illumidas.

- Dans ce cas voilà ce que je vous propose, faites de nouveaux plans que je soumettrai au capitaine de l'Arcadia et s'ils sont conformes à nos exigences nous vous fournirons cinquante mille femmes supplémentaires.

- Il y en a pour au moins six mois de travail ! Ragea l'Illumidas.

- Alors ne traînez pas, conseilla Oscar avec mépris.

Le duc se leva suivit par Harlock. Les deux hommes quittèrent la salle accompagnés par les Illumidas. Harlock s'approcha et assista à l'embarquement des prisonnières. Il en souffrait en silence. Il ne pouvait rien faire pas même avertir Ryo. Son émetteur ne couvrait pas une distance assez grande pour arriver jusqu'à la radio du chef du gouvernement dans son bureau et Toshiro lui aussi était beaucoup trop loin. Il se contenta de les regarder monter, impuissant. Ann regardait elle aussi les victimes monter à bord. Certaines hurlaient, d'autres pleuraient. Elle aussi était passée par là et son cœur pleurait de compassion pour elles. Elle regarda vers les miliciens et aperçu trois hommes regarder ce navrant spectacle. Deux souriants et un au visage fermé. Les deux que ce spectacle amusait, elle les connaissait, l'un était le responsable du camp et l'autre le responsable de ce trafic. Son regard s'attarda sur l'homme dont le visage était fermé et le regard glacial. Elle le reconnut, le fameux capitaine de l'Arcadia. Ainsi donc s'était vrai, il travaillait avec les aristocrates et participait à toutes leurs magouilles. Quelle déception de voir un héros de la Résistance agir ainsi. Leur regard se croisa et Harlock aperçu dans celui de cette femme qu'il ne connaissait même pas, tout le mépris du monde puis elle détourna le regard. Lorsque toutes les femmes eurent embarquées, les Illumidas prirent congé. Harlock et Oscar retournèrent à la limousine, escortés par Von Schwarzwald. Les deux hommes retournèrent chez le duc puis Harlock prit congé d'Oscar qui le regarda s'en aller dans sa voiture.

Le lendemain, Stone contacta Harlock pour l'avertir qu'il avait réussi à obtenir aune audience auprès du juge aux affaires familiales et que celui-ci avait accepté que le dossier sensible du capitaine soit traité en toute discrétion. Harlock entra en contact avec le duc de Péhant pour l'informer de la situation. Celui-ci lui proposa de l'accompagner pour son audience en tant que témoin de moralité. Pour Harlock c'était inespéré. Il n'avait pas vraiment pris au sérieux Oscar lorsque celui-ci lui avait proposé son aide et le remercia de son geste.

Les deux hommes se donnèrent rendez-vous devant le tribunal et Stone fut estomaqué en voyant le capitaine de l'Arcadia arriver avec le duc de Péhant. Il fut abasourdi en apprenant que le duc se proposait comme témoin de moralité. Pour l'avocat, le témoignage et l'appui du duc seraient la meilleure chance pour son client de récupérer ses enfants. Il ne pensait pas qu'Harlock avait carrément le bras droit du roi Von Kiel dans sa manche. Les trois hommes entrèrent. Une fois dans le hall d'accueil, Harlock aperçu un couple en train de patienter sur un banc. L'homme et la femme regardèrent vers eux et ils se figèrent. Emily et Arnold Stewart avait été estomaqués en recevant un courrier les convoquant au tribunal pour une question de droit de garde de leurs enfants et furent encore plus surpris en apprenant le nom du requérant. Emily se leva prête à aller supplier le capitaine de l'Arcadia de lui laisser les enfants mais son avocat la voyant se lever la retint. Stone comprit en voyant le regard de cette femme qu'il s'agissait des Stewart et il éloigna les deux hommes pour éviter tout contact direct qui conduirait à un drame. Alors que l'heure de l'audience approchait, Harlock était de plus en plus inquiet ce qu'Oscar remarqua.

- Calme-toi ça va aller, le rassura-t-il.

- Je ne suis pas inquiet, mentit le capitaine avec conviction.

- Mens à qui tu veux mais pas à moi. Je sais que tu as peur de ne pas pouvoir récupérer tes gosses ! Sourit le duc.

- Pourquoi est-ce que cela ne te surprend pas ? S'étonna Harlock sincèrement.

- Hans, ce sont tes gosses, c'est si tu n'avais pas voulu les reprendre que j'aurai été surpris. Même si tu les as faits avec cette idiote d'Eliza Zone, ce sont tes enfants et il n'y a que cette cruche d'Helena pour ne pas accepter cela. Tu te sens coupable. Tu as couché, ils sont arrivés et tu estimes normal de t'occuper d'eux. C'est biologique, affirma le duc.

- Et toi ? Avec toutes tes conquêtes tu ne penses pas avoir semé des petits Oscar un peu partout ? Plaisanta Harlock.

- Je suis plus malin que toi, sourit Oscar en sortant de sa poche une boîte de pilules contraceptive pour homme. Je suis sûr qu'il n'y en a nulle part !

Une employée du tribunal ouvrit la porte et les appela. Les Stewart entrèrent en premier puis ce fut au tour d'Harlock et de son soutien. Avant de franchir la porte Harlock prit une profonde inspiration pour se calmer. Oscar s'installa sur un banc du public et Harlock se plaça à côté de son avocat.

- Veuillez vous levez pour la cour présidé par le juge Maria Gomez, annonça l'officier.

Une dame aux cheveux noirs bouclés âgée d'une cinquantaine d'années entra puis s'assit. Elle invita ensuite les autres à en faire de même.

- Nous sommes donc réunis dans cette audience à huis clos à la demande du requérant Hans Ludwig Von Harlock qui pense que vous avez adopté illégalement les enfants d'Eliza Zone dont il revendique la paternité, annonça la juge.

- Arthur Stone votre honneur, je représente le capitaine Harlock, se présenta l'avocat.

- Maître Léon Parks pour les Stewart votre honneur.

- Capitaine Harlock, vous revendiquez la paternité de Frank et Marie Stewart c'est bien cela ? L'interrogea la juge

- Oui votre honneur.

- Votre honneur j'émets des réserves sur cette affirmation, indiqua maître Parks. Mademoiselle Zone a remis au moment de l'adoption des papiers provenant de la commission d'enquête qui indiquent que Frank et Marie sont de père inconnu. J'ai aussi une copie papier du témoignage de mademoiselle Zone auprès de cette commission votre honneur.

Maître Parks apporta le dossier au juge qui prit connaissance des documents.

- Capitaine Harlock, maintenez-vous votre affirmation ? S'enquit la juge après lecture des preuves fournies par l'avocat des Stewart.

- Oui votre honneur.

- Pourtant mademoiselle Zone indique que le soir où ils ont été conçus elle était trop ivre pour se rappeler avec qui elle avait couché, douta la juge.

Harlock resta interdit devant cette affirmation et se demanda ce qu'Ellie avait bien pu dire à cette commission.

- Est-ce que vous reconnaissez avoir abusé d'une femme ivre morte ? Et n'oubliez pas que vous êtes sous serment, rappela la juge.

- Elle n'était pas ivre morte, protesta Harlock.

- Sérieusement éméchée si vous préférez, suggéra la juge.

Harlock réfléchit quelques secondes, il allait devoir bluffer. Il se demanda à point Ellie avait pu mentir et saisit la perche tendue par le juge.

- Je l'étais moi aussi, mentit Harlock. J'avais pas mal bu et on s'est retrouvés au lit.

- Où ?

- Je ne sais plus. Vous me demander quelques choses qui remontent à plus de deux ans, se défendit le capitaine en riant, il ne savait pas si Ellie avait dit la vérité à ce sujet ou pas.

- D'après son témoignage, mademoiselle Zone a avoué avoir eu un rapport dans une des soutes de l'Arcadia. Est-ce que c'était votre idée d'avoir un rapport sexuel sur le lit de Sylvidra ?

Oscar pouffa de rire en entendant cette question.

- Ce soir-là ça a dû me paraître une bonne idée avec tout ce que cette garce m'avait fait subir, je pouvais bien faire des galipettes sur son lit avec une autre qu'elle, affirma Hans en souriant.

- Veuillez surveiller votre langage vous êtes dans un tribunal, menaça la juge.

- Excusez-moi votre honneur.

Stone se doutait qu'Harlock était en train de mentir. Ce n'était pas un coup d'un soir comme il le prétendait mais une histoire d'amour aussi décida-t-il de lui filer un coup de main.

- Votre honneur, mon client, est de bonne foi. Il est prêt à subir un test de paternité pour prouver qu'il dit la vérité.

- Certes mais je voudrais qu'il m'explique pour quelles raisons il ne les a pas reconnus immédiatement ? Douta la juge.

Harlock se retrouvait coincé et le secours inespéré vint du duc de Péhant :

- Votre honneur puis-je intervenir ? S'enquit-il poliment.

- Je vous en prie.

- C'est de ma faute votre honneur, je lui ai déconseillé de le faire à cause de ce que cela risquait de faire à sa réputation. A l'époque tous ceux qui avaient des liens d'amitié ou d'amour avec des membres du Consortium ou de leur famille étaient traînés dans la boue et je ne voulais pas que l'opprobre ne s'abatte sur lui car il est un membre très estimé et très honorable de l'aristocratie. Et il n'y a pas un seul jour où il ne m'a pas parlé d'eux parce qu'ils lui manquaient. C'est lorsqu'il a découvert qu'Eliza Zone ne les avait pas emmenés avec elle en exil qu'il a entamé les démarches pour les récupérer. Votre honneur, ses enfants lui manquent. C'est un héros de la Résistance, un homme bien, un modèle et je suis sûr qu'en tant que père il saura prendre soin de ses enfants.

Oscar se rassit et la juge réfléchit en regardant Harlock dans son œil valide et ce qu'elle vit la troubla. Son regard était limite suppliant ce qui contrastait avec la dureté du personnage. Elle se dit qu'après tout les enfants avaient le droit de connaître leur père.

- Vous allez au-devant d'une procédure longue, capitaine, l'avertit la juge. Vous allez effectuer le test de paternité s'il est positif, je vous donnerai un droit de visite. Je ne peux vous accorder la garde totale de vos enfants, les Stewart s'occupent d'eux depuis des mois qui plus est vous êtes célibataire.

- Votre honneur pour la bonne santé psychologique...Commença maître Parks.

- Je vous en prie, ils ont vingt mois, cela ne les perturbera pas de voir leur père deux heures par semaine. C'est pourquoi j'autorise cette visite parentale si le test est positif bien sûr !

La juge abattit son marteau sur son pupitre, la séance était levée. Harlock en entendant cela s'effondra sur la table. Maître Stone le saisit par les épaules.

- Ressaisissez-vous, conseilla-t-il.

- Je ne vais être autorisé à voir mes bébés que deux heures par semaine, murmura horrifié le capitaine.

- Je comprends vos inquiétudes mais ce n'est que le début. Vu votre statu sociale et vos fiançailles vous pourrez obtenir la garde pleine et entière.

- Helena ne veut pas d'eux, rappela Harlock.

- Trouvez-vous une fiancée plus docile, conseilla l'avocat. Croyez moi c'est déjà bien d'avoir pu obtenir cela étant donné les circonstances. Je dois dire que le soutient du duc de Péhant a été efficace.

Harlock finit par se calmer et sortit du tribunal escorté par son avocat ainsi que le duc de Péhant. Emily Stewart regarda cet homme pâle et au regard si triste qui descendait les escaliers du tribunal. Elle sortit une photo de son sac. Elle regarda les jumeaux et surtout les yeux de Frank. Ils étaient de la même couleur que l'œil valide du capitaine. La couleur de cheveux aussi correspondait. Franck allait probablement hérité des principales caractéristiques physiques de son père. Elle alla alors vers lui et lui donna la photo des jumeaux en souriant tristement puis rejoignit son mari. Harlock regarda la photo et son cœur se serra. Ses enfants avaient beaucoup grandi et il les trouvait magnifique, souriant, heureux, parfaitement épanouis. Les Stewart avaient pris soin d'eux avec amour. La sœur avait bien choisi les parents d'adoption et même si cela faisait mal au cœur d'Harlock de leur faire une telle souffrance, il voulait avoir ses enfants près de lui. Il rangea prestement la photo. L'avocat était resté sans arrêt devant lui pour que le duc de Péhant ne voie pas son trouble. Par chance celui-ci semblait plus intéressé par la consultation de ses mails que par le capitaine. Harlock sourit à son avocat qui le lui rendit puis ils descendirent rejoindre Oscar qui écoutait sa messagerie.