Chapitre 14 : Tout fini par se savoir

Harlock se rendit dès le lendemain dans le laboratoire mandaté par le tribunal pour effectuer le test. Celui-ci fut placé en tant que dossier sensible puis enregistré sous un numéro et non avec l'identité de la personne prélevée,notée sur l'emballage du test. Le numéro fut transmis au tribunal tout comme au capitaine. Le laboratoire ayant beaucoup de travail, le résultat ne parviendrait au tribunal que trois jours plus tard. Pour Harlock, cette attente était une torture. Son avocat lui conseilla de se détendre et de se montrer patient. Harlock fit ses cours normalement et, le vendredi, il reçut enfin par courrier la décision du tribunal. Le test étant positif les parents adoptifs devaient se plier à la décision du juge qui autorisait le capitaine à voir ses enfants le samedi pendant deux heures. Harlock reçut un appel de son avocat lui indiquant que les Stewart l'attendaient pour samedi après-midi vers quinze heures, après la sieste des jumeaux. Même si pour eux cette situation était un déchirement, ils se plièrent à cette décision, leur avocat leur ayant conseillé de ne pas faire d'esclandre avec un membre haut placé de l'aristocratie.

Helena, une fois rentrée chez elle, déposée par le duc de Péhant après l'atterrissage des vaisseaux partis en soutient pour l'Arcadia, contacta un des tueurs utilisés par le duc pour se débarrasser des gens gênants. C'était ce qu'étaient pour elle les jumeaux d'Eliza Zone. Elle le sentait, Oscar voulait la coiffer au poteau et lui ravir Harlock. Ce fut pourquoi dès son retour elle reprit son entreprise de séduction. Ils allèrent dîner, elle s'invita chez lui après les cours et elle se retrouva à le draguer ouvertement. Harlock souriait gentiment et l'embrassait mais elle le sentait, il y avait une réticence de sa part. Il lui échappait. L'idée d'Oscar de rompre les fiançailles devait faire son chemin dans l'esprit d'Harlock. Si tel était le cas, elle allait miser le tout pour le tout et, si malgré tout, il rompait les fiançailles, elle se délecterait de sa souffrance au moment du décès de ses enfants. Pendant la procédure pour récupérer la garde de ses jumeaux, Harlock se montrait plus que prudent et vérifiait régulièrement qu'il n'était pas suivi lorsqu'il se rendait au tribunal ou chez son avocat. Il avait même demandé à Toshiro de scanner les abords du tribunal pour s'assurer qu'il n'y avait personne de suspect.

Le jour de la visite, il en fit de même et demanda à Toshiro en piratant les satellites d'Amos de s'assurer qu'il n'était pas suivi. Toshiro ne vit rien et pourtant un groupe d'espions bien organisés avaient pris Harlock en filature. En tout, une dizaine de voitures le suivaient grâce à une mouche espionne qui s'était posée sous le balai de l'essuie-glace arrière. Une première voiture le suivait puis au bout de quelques kilomètres en arrivant à un croisement, elle changeait de direction et comme par hasard une autre voiture se plaçait dans la file prenant la suite. Pour le conducteur comme pour son ami, il y avait l'impression que tout était normal. Ce fut ainsi qu'Harlock amena le tueur engagé par Helena jusqu'au domicile des Stewart. Lui, qui pensait que la jeune femme se contenterait de faire un scandale, ne se doutait pas jusqu'où elle était prête à aller afin de l'avoir pour elle. Harlock se gara assez loin de chez les Stewart, sous un arbre, derrière une haie pour que personne ne puisse la reconnaître mais ce luxe de précautions était inutile, le tueur s'était arrêté plus loin et regardait Harlock se diriger vers la maison grâce à son rétroviseur. Hans fut très surpris en voyant son avocat l'attendre devant la maison des Stewart. Les deux hommes se saluèrent avec un peu de gêne et beaucoup d'appréhension de la part du capitaine de l'Arcadia.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? Il y a un souci ? S'inquiéta Harlock.

- Non, mais comme vous vous êtes parjuré au tribunal, je pense qu'il vaut mieux que je sois là pour m'assurer que vous ne parliez pas de trop, révéla l'avocat en souriant.

- Je ne suis pas assez bête pour cela rassurez-vous, se vexa Harlock.

- Mais je le sais, mais sur le coup de l'émotion, certaines choses peuvent déraper, le raisonna l'avocat.

Harlock ne répliqua pas car une précaution supplémentaire ne serait peut-être pas un luxe. Il sonna à la porte et ce fut Arnold qui ouvrit le visage grave. Il fit entrer le capitaine escorté par son avocat et les accueillit du mieux qu'il put. Ils passèrent tous au salon où il les invita à s'asseoir.

- Ma femme est en train de les habiller, indiqua-t-il d'une voix sourde, le regard baissé et les mains jointes, serrées par l'angoisse.

- Je comprends que la situation soit difficile...Commença l'avocat.

- Vraiment ? Ironisa Arnold. Ma femme et moi avons essayé pendant des années d'avoir des enfants mais il n'y a pas eu moyen et un gars comme lui, il suffit qu'il couche avec une femme une fois pour taper dans le mille !

Harlock baissa le regard, gêné. L'avocat jeta un œil vers lui. C'était certain que les parents allaient essayer de faire culpabiliser son client c'est pourquoi il voulait être là, pour ne pas le laisser seul face à des parents désespérés.

- Vous n'avez pas essayé le don de sperme ? S'étonna l'avocat.

- On l'a fait, Emily est restée enceinte pendant six mois, puis il y a eu un problème et le bébé est mort en elle. L'intervention s'est mal passée et son utérus n'arrêtait pas de saigner, les médecins savaient que cette hémorragie ne cesserait pas alors ils lui ont tout enlevé, indiqua Arnold en pleurant.

- Et je suppose que l'adoption...Comprit l'avocat attristé.

- On n'était pas assez riche. Je travaille comme chauffeur et je fais beaucoup d'heures résultat pour l'adoption les assistantes sociales ont dit non car j'étais trop souvent absent, révéla-t-il.

Harlock gardait le regard baissé. Il compatissait sincèrement mais sa douleur à lui aussi était grande. Peut-être que s'il avait la possibilité de leur dire la vérité ils pourraient comprendre mais cela était impossible.

- La religieuse qui nous a contactés nous a dit que la mère était désespérée, qu'elle ne voulait pas emmener ses enfants avec elle car elle ne voulait pas risquer leur vie. On a demandé à la rencontrer pour la remercier de nous les confier mais la sœur nous a dit que ce serait trop dur pour la mère, indiqua Arnold avec des sanglots dans la voix.

- Vous ne connaissiez pas son nom peut-être ? L'interrogea brusquement Harlock assez sèchement, sur la défensive, sérieusement affecté par les attaques incessantes d'Arnold.

- Hans, du calme, conseilla l'avocat.

- Je suis sûr que la nonne vous a tout dit ! S'énerva Harlock en se levant. Vous saviez que j'étais leur père !

- Ca suffit capitaine ! Ordonna l'avocat qui avait bien compris où il voulait en venir.

Tout le monde s'était parjuré au tribunal, Harlock tout comme les parents adoptifs en affirmant découvrir l'identité du père. Arnold observa l'homme en face de lui et vit une douleur infinie dans son regard. Il ne comprenait plus, lui qui avait refusé de les reconnaître pourquoi les voulait-il à présent ?

- Asseyez-vous capitaine ! Gronda maître Stone.

Harlock se calma. Ce fut à ce moment qu'il vit ses deux bébés. Ils marchaient comme des grands à côté d'Emily. Ils étaient souriants et à la grande surprise des personnes présentes, ils allèrent directement vers leur père. Harlock se pencha et les prit dans ses bras puis les souleva de terre en les serrant contre lui.

- Vous m'avez manqué mes petits chéris, avoua Harlock en les couvrant de baisers sous le regard abasourdi d'Arnold et de l'avocat.

- Hans, prévint l'avocat.

Mais celui-ci n'entendait plus rien, il écoutait les babillements de ses enfants et pleurait de joie. Stone regarda Arnold puis Emily. Celle-ci au bord des larmes, ne semblait pas surprise ce qui étonna l'avocat. En tout cas, toute l'affaire avait sérieusement dérapée. Déjà le fait que les petits aillent directement vers leur père n'était pas bon signe.

- Arnold, tu veux bien aller préparer du café pour nos invités ? Proposa Emily.

Elle avait eu confirmation de ce qu'elle soupçonnait depuis le tribunal. Elle s'approcha et sourit tristement.

- Ils avaient quel âge la dernière fois que vous les avez serrés dans vos bras ? S'enquit-elle d'une voix douce.

- Hans, ne répondez pas à cette question ! Avertit l'avocat sèchement.

- Six mois, avoua Harlock.

Stone poussa un soupir d'exaspération, c'était bien la peine qu'il le mette en garde. Emily voyant son inquiétude sourit tristement.

- Ne vous inquiétez pas, la religieuse nous avait expliqué que la situation était un peu compliquée. D'ailleurs elle nous a remis ceci en montrant le papier de renoncement d'Ellie à ses droits parentaux.

De voir cela, le cœur d'Harlock fut broyé. Elle avait été obligée d'aller jusque-là pour pouvoir mettre leurs enfants en sécurité. Il garda malgré tout son calme, essayant de retenir la violente émotion qui le submergeait et embrassa ses petits.

- J'aimerais comprendre mais je sais que vous ne me direz rien. Et je ne vais pas vous faire chanter non plus, assura-t-elle. Je veux juste que vous compreniez une chose, je ne renoncerai pas à eux donc...

- Je suis prévenu, comprit Harlock en souriant à son tour de la même manière.

Harlock put passer deux heures avec ses jumeaux. Son cœur saigna lorsqu'ils appelèrent Arnold papa et Emily maman mais étant donné les circonstances, il devait l'accepter pour le moment et se taire. Après tout c'étaient eux leurs parents depuis cinq mois. La visite se passa assez bien étant donné les circonstances et Harlock s'en alla sagement même si son cœur lui ordonnait d'emmener immédiatement ses petits. Le tueur posté assez loin, sous un arbre, à l'abri des regards, appela son commanditaire pour lui dire que les cibles étaient localisées.

L'inquiétude commençait à augmenter dans le camp des démocrates. Pour eux il était clair que la situation échappait complètement à Ryo Kimura et au reste du gouvernement. Certains représentants s'étaient déjà détournés du système démocratique pour se mettre du côté des aristocrates. Les représentants qui croyaient encore à la démocratie décidèrent de se retrouver. Ils n'étaient plus nombreux, au maximum une vingtaine d'irréductibles qui refusaient de plier face aux nouveaux maîtres de la galaxie. Soucieux de faire annuler certaines lois, ils avaient consultés plusieurs juristes mais ils n'avaient trouvé aucune faille et la loi cent quarante-cinq -C- était passée avant que le grand nettoyage ne puisse commencer. Alfred Krieg fut un des juristes consultés et il participa à toutes les réunions organisées par ceux que l'assemblée appelait les irréductibles faisant référence à une très ancienne affaire de trafic d'alcool dans l'Amérique des années trente. Cela ne les dérangeait pas, au contraire, même si les autres les raillaient, eux y voyaient dans cette appellation un compliment, la preuve que quoi qu'il advienne, ils ne plieraient pas. Ils se doutaient des raisons qui avaient poussés les aristocrates à envoyer tant de monde en exil. Même s'il n'existait aucune preuve, ni aucun lien directe, la mémoire des familles des politiciens ou des collabos devait être une mine de renseignements qui aurait permis de débusquer les traîtres qui avaient coupés les ponts avec l'ancien système juste avant que celui-ci ne s'écroule.

Ce soir-là, ils se rendirent tous, discrètement, dans la vaste demeure du procureur et descendirent au sous-sol pour discuter de la situation qui devenait de plus en plus préoccupante. Alfred Krieg servit les verres puis les représentants s'installèrent autours de la table. Ce fut un des représentants de Pyros qui commença :

- Il me parait évident qu'à l'heure actuelle, les aristocrates préparent une scission. J'ai vu le dernier projet de loi qu'ils ont déposé pour les territoires qui dépendent d'eux. Ils demandent ni plus ni moins d'être libres de constituer des armées comme ils le souhaitent, révéla-t-il.

- Quand doit-elle être passée devant l'assemblée ? S'enquit Krieg.

- Demain et elle passera. Il y a tellement de lâches de notre côté qu'ils ont tous baissé leur pantalon en espérant garder leur place, ragea le représentant de Pyros.

- C'est très mauvais tout cela, assura le représentant de Mars. Harlock travaille pour eux, si les aristocrates décident d'attaquer les planètes restées sous système démocratique et que c'est lui qui dirige l'attaque nous serons foutus.

- C'est quand même fou de se dire qu'un héros de la Résistance comme lui puisse agir de la sorte, douta le représentant d'Amos.

- Pourtant c'est bien le cas et de toute manière c'est un aristo lui aussi. Ryo Kimura aurait dû se douter qu'il se rangerait du côté de sa communauté, soutint la représentante de Flora. La situation lui échappe totalement. Dans moins de quatre mois, il va y avoir des élections et nous savons tous que cela sonnera le glas du système démocratique.

- Qui plus est, ils ne vont sûrement pas tarder à mettre en place les assassinats politiques, affirma le représentant d'Amos et nous savons tous par qui ils vont commencer.

- Je m'en fiche ! Assura la représentante de Flora. Je refuse de plier devant eux et si les habitantes de Flora doivent se transformer en Amazones, elles le feront !

- Pourtant vous en êtes déjà, insinua le représentant de Mars.

- Ça suffit ! Ordonna Krieg qui ne voulait pas de débordement de ce genre. On ne va pas commencer à se diviser maintenant !

- C'est certain. Il faut qu'on s'occupe d'Harlock, Affirma le représentant de Pyros.

- Envisagez-vous le meurtre ? S'étonna la représentante de Flora

- C'est une possibilité, répliqua le représentant d'Amos.

Les participants se regardèrent surpris. Ils n'envisageaient absolument pas d'éliminer un ancien héros de la Résistance. Krieg ne répondit rien et baissa les yeux. Il ne voulait pas en venir à cette extrémité. Il pensait que Harlock avait été très éprouvé par la guerre et qu'il était possible que, lassé par un système démocratique qui finissait toujours par être corrompu, il ait choisi un pouvoir fort qui se rapprochait de la dictature mais qui ne perdait pas de temps en discussion avec toutes les répercussions que cela impliquaient.

- Hors de question de l'assassiner, je refuse, décida Krieg. Il faut trouver un autre moyen.

- Dans ce cas, il faut le discréditer et pour cela nous allons devoir fouiller son passé, proposa la représentante de Flora. Il serait peut-être temps que nous demandions à notre vieil ami de Trash TV de fouiller dans la vie privée de ce cher capitaine Harlock !

- Notre fouille merde, comprit le représentant de Mars. William Johnson ?

- Entrez en contact avec lui et essayez de voir ce qu'il peut dénicher, décida Krieg.

- Qui s'en charge ? S'inquiéta le représentant de Mars

- Moi, décida la représentante de Flora. Il doit venir sur ma planète pour une enquête, je vais pouvoir le voir en toute discrétion.

La réunion se termina et les participants partirent dans la nuit laissant le procureur ruminer en pensant au capitaine de l'Arcadia. Il regarda la une du journal sur sa tablette numérique et le vit photographié auprès de sa fiancée à un gala. Il avait même rejeté Eliza Zone.

« Qu'est ce qui peut bien lui arriver ? S'inquiéta le procureur en éteignant sa tablette ».

William Johnson, une semaine après l'entretien qu'il avait eu avec la messagère des irréductibles campait à bonne distance du domicile du capitaine de l'Arcadia. William était un vieux photographe spécialisé dans les scandales. Il avait une importante masse de cheveux noirs grisonnants et un début d'embonpoint. Son allure et ses manières qui le faisaient un peu passer pour un simplet lui avaient permis de débusquer pas mal de scoops car les gens le sous-estimaient ce qui lui facilitait grandement la tâche. Les services de sécurité le méprisaient royalement, pensant que ce vieil homme aux vêtements pauvres ne devait pas débusquer souvent de quoi alimenter les magazines à scandales. Or la réalité était tout autre, c'était volontairement qu'il avait choisi ce style trompeur, les gens se contentant de le regarder soit avec mépris soit avec pitié. Vif d'esprit, il se servait de ce stratagème pour piéger ses adversaires. Son nom n'était jamais mentionné dans les articles en tant que source, c'était à chaque fois un journaliste de l'entreprise qui posait son nom sur le reportage, les patrons de ce genre de magazines voyaient le grand intérêt d'avoir à leur service, ce reporter passe-partout qui leur apportait les scoops les plus croustillants sur toutes les personnes en vue et tenaient plus que tout à ce qu'il conserve son anonymat qui était la clef pour obtenir les affaires les meilleurs. Il portait toujours un costume trois pièces débraillé, acheté à bas prix. Il avait équipé sa camionnette de différentes mini-caméras très performantes, reliées à un pupitre de contrôles et il zoomait régulièrement sur la maison. Il avait remarqué qu'il n'y avait aucun garde. Le personnel du château se résumait à un majordome et une femme de ménage. Le capitaine vivait simplement. Il allait à ses cours puis rentrait chez lui. William commençait sérieusement à se demander s'il allait pouvoir trouver des preuves qui discréditeraient le capitaine. Celui-ci semblait avoir une vie si bien rangée que cela devenait ennuyeux. Le vieux photographe, en désespoir de cause, avait essayé d'entrer dans l'académie militaire mais il avait été refoulé à l'accueil par un sous-officier très imbu de sa personne.

Lorsque la nuit tomba et que la lumière s'éteignit dans le salon du capitaine, William leva le camp et se rendit chez son fournisseur habituel d'appareils non autorisés à la vente aux civils. Celui-ci tenait son dépôt vente dans un hangar à poissons du port et présentait ses nouveautés entre deux caisses de prises fraîchement pêchées de la journée. Il gara sa camionnette à l'arrière du dépôt puis il alla frapper à la porte, le code réglementaire. Mastoc, le garde du corps du fournisseur qui était une vraie armoire à glace le laissa entrer et l'amena jusqu'à Jerry qui l'attendait patiemment assis sur son fauteuil d'homme d'affaire.

- Salut Jerry ! Fit William avec un grand salut.

- Salut pépé ! Ça roule ma poule ? L'accueillit joyeusement son fournisseur.

- Bof, pas terrible ! J'ai un client à filer et je le trouve bien trop sage ! Se plaignit le vieux photographe tout en souriant.

- C'est quel genre de client ? S'enquit Jerry intrigué tout sourire lui aussi.

- A affoler les minettes ! Révéla William avec un clin d'œil canaille.

- Rock star hein ? Entouré de jolies filles, supposa Jerry sur un ton grivois.

- Non, mais il en fait fantasmer plus d'une, annonça le vieil homme.

- Il est important ? S'étonna Jerry.

- Très !

- Alors qu'est-ce que je peux faire pour toi ? S'enquit Jerry redevenu professionnel.

- J'ai essayé de me rendre sur son lieu de travail mais on n'a pas voulu me laisser entrer.

- Ça t'étonne ? T'as vu ta dégaine ? Lui fit remarquer Jerry en lui montrant son costume.

- Ben quoi ? Mon costume a à peine deux ans ! Il est en parfait état ! S'indigna William en le regardant sa chemise.

En découvrant une trace de chili sur sa cravate, il tenta d'effacer avec son mouchoir en vain.

- Et avec ce mec tu vas te renflouer ? Douta Jerry.

- Pas vraiment. Je fais cela pour rendre services à des amis, avoua William contrit.

- Tu sais c'est quoi ton problème pépé ! S'énerva Jerry. T'es trop gentil et les gentils ils se font toujours baiser !

- Dis-moi Jerry, tu n'aurais pas un petit truc qui me permettrait d'espionner un peu sur son lieu de travail…Une sorte de micro longue distance qui permet d'écouter grâce aux vibrations sur les vitres ? S'enquit William.

- T'as envie de t'amuser pépé ! S'exclama Jerry en souriant. J'ai peut-être un truc pour toi mais c'est top secret ! Tu n'en parles à personne d'accord ?

- Promis ! S'exclama William en fermant sa bouche de sa main avec une fermeture éclair invisible.

- Regarde-moi ces merveilles, invita Jerry en ouvrant une boîte devant lui.

William vit à l'intérieur, une abeille, une coccinelle et une mouche. Jerry regarda son ami et constata que celui-ci n'était guère enthousiasmé par la chose.

- Je sais que ça ressemble à des bestioles, expliqua Jerry, mais ce sont des micros caméras volantes très sophistiquées que tu programmes pour aller où tu veux. Tu as le son et l'image en haute définition avec une portée de cinq cent mètres et ce, même à travers des murs épais.

- Ca marche vraiment ces trucs ? S'étonna William

- Et comment ! Assura Jerry. Ces trucs comme tu les appelles font fureur auprès de la ribambelle de cocus qui viennent dans mon magasin. Ces petites choses leur permettent d'obtenir des preuves audio et vidéo de leur malheur et devant un tribunal c'est sans appel !

- Et c'est facile à programmer ? S'inquiéta William

- Mon neveu de cinq ans pourrait le faire ! Assura Jerry. Tout ce que tu as à faire c'est de le programmer sur ton ordinateur grâce au logiciel fournit par le fabricant et ensuite tu sauras tout ce que tu voudras…

- D'accord...Euh…je vais prendre la petite coccinelle. Elle est jolie, décida William avec le sourire.

Jerry prépara le paquet avec le logiciel et le donna à William qui paya en liquide. Il salua Jerry avec un franc sourire et repartit à sa camionnette.

Le lendemain, il suivit le capitaine de l'Arcadia et se gara non loin de l'académie. Il programma la coccinelle puis la lâcha. Celle-ci vola en suivant le capitaine de l'Arcadia et lorsque celui-ci arriva à sa salle de classe, William eut la mauvaise surprise de voir son petit insecte échapper à son contrôle et se poser sur la veste d'un des élèves qui attendaient que le capitaine ouvrît la salle de classe.

- Oh mais qu'est ce qui se passe ? S'inquiéta William en essayant de reprendre le contrôle.

Aucune des manipulations ne fonctionna et l'insecte resta collé sur la veste de l'élève. William écouta tout le cours pendant lequel il ne comprit pratiquement rien mais il en profita pour observer le capitaine de l'Arcadia. C'était un homme calme, posé sûr de lui et strict. Les élèves ne bronchaient pas et ne pouvaient même pas se permettre la moindre inattention car Harlock en prenait régulièrement un au hasard pour lui poser des questions. A la fin du cours il vit Harlock s'éloigner mais il ne put le suivre, sa coccinelle récalcitrante refusant toujours d'obéir, restait obstinément collée à l'élève. William se dit que faute de pouvoir suivre sa proie, il apprendrait quelque chose de la part de ceux qui le supportait au travail.

De Perravy ne vit pas la coccinelle accrochée à sa veste et il alla aux toilettes avec de Perrignac sans se douter que quelqu'un les observait. Les deux jeunes gens vérifièrent qu'ils étaient seuls puis commencèrent à discuter.

- Tu as des nouvelles de Von Stadt ? S'enquit de Perravy

- Il est toujours chez les dingues à cause de ce salopard d'Harlock ! Ragea de Perrignac.

- Tiens, tiens…Commenta William dans sa camionnette.

- Je te signale que Von Stadt est vraiment cinglé ! S'exclama de Perravy très inquiet.

- C'est à cause d'Harlock tout ça ! S'il n'avait pas ce qu'il avait fait à son ancêtre ce ne serait jamais arrivé ! Rappela de Perrignac.

- Tu parles ! Tout ce que je sais c'est qu'à cause de cette affaire on est dans une belle merde ! Harlock ne nous lâche pas et j'ai vraiment peur de me planter aux examens de fin d'années ! Paniqua de Perravy.

- Tout ira bien ! De toute façon ce ne sera pas ce salopard d'Harlock qui nous notera ! Le rassura de Perrignac.

Soudain son regard fut attiré par la coccinelle et il vira celle-ci de l'épaule de son ami. L'insecte atterri sur le sol et le jeune homme lui régla son compte en l'écrasant avec le pied. William resta plusieurs minutes à réfléchir devant la neige de son écran. Il avait enfin une piste sur le passé du capitaine. Il se connecta sur le Web et rechercha le domicile des Von Stadt. William savait que ce qu'il s'apprêtait à faire n'était guère légal mais en faisant du repérage au niveau de la maison, il savait que c'était la seule manière pour obtenir les informations nécessaires. De sa longue vue, il repéra le clavier de la serrure magnétique puis en changeant d'angle, il regarda le code tapé par le baron Von Stadt lorsque celui-ci rentra dans sa demeure tard ce soir-là. Il n'y avait pas de chiens, ce qui arrangeait le photographe qui avait passé l'âge de prendre la fuite, coursé par un molosse attiré par ses mollets. Il attendit que le baron dîne, regarde un peu la télévision puis qu'il aille se coucher avant de passer ses gants et mettre ses chaussures à semelle souple et silencieuse. Il descendit de son véhicule et se faufila jusqu'à la porte du château. Il tapa le premier code puis entra sans faire le moindre bruit. Il entra le second pour l'alarme et fit le tour des pièces. Il trouva le bureau à l'étage qu'il commença à fouiller. Il fut très surpris en ouvrant les tiroirs de trouver un journal manuscrit. En ouvrant à la première page il lut le nom de Friedrich Von Stadt. Il le mit dans sa poche puis termina de fouiller le bureau sans trouver d'autres objets intéressants. Il referma la porte puis fila jusqu'à sa camionnette. Il roula ensuite à toute allure jusque chez lui. Sa femme étant déjà couchée, tout comme ses enfants, il s'installa dans le salon.

Il ouvrit de nouveau le journal et trouva une photo d'Harlock à côté d'un jeune homme tout blond aux traits fins et élégants. Il commença alors la lecture de ce témoignage centenaire. Le jeune homme démarrait son journal par son arrivée à l'académie puis avec sa rencontre avec le futur capitaine de l'Arcadia. William apprit que le jeune homme était fou amoureux d'Harlock et qu'il fut très malheureux en apprenant qu'il sortait avec sa cousine Maya Von Paltz qu'il avait rencontré dans un bar fréquenté par des étudiants. Harlock ne connaissait pas le lien de parenté entre Friedrich et Maya. A la journée du vingt-trois Mars, il révéla avoir avoué ses sentiments au jeune Harlock et que tous les deux étaient allé dans sa chambre où ils avaient fait l'amour. Il y avait tous les détails y compris les plus intimes sur Harlock ce qui embarrassa le photographe. Etrangement au fur et à mesure que les mois passaient l'écriture se fit plus tremblante et difficile. Le jeune homme indiquait avoir quitté l'académie et vivre une torride histoire d'amour avec Harlock. Mais face à certaines incohérences William soupçonna fort que l'auteur du journal fut sous stupéfiant. Le manuscrit prit fin un an plus tard. William fit des recherches sur le Web et découvrit un secret bien gardé par les Von Stadt. Le fameux Friedrich était décédé d'une overdose alors que son fils avait cinq ans. William accéda à une biographie complète et se demanda s'il était possible qu'Harlock ait eu une liaison ou une simple nuit amoureuse avec cet homme. William savait que tout ce que voulait les irréductibles c'était de quoi discréditer le capitaine et rien qu'avec ce journal il y avait de quoi faire des dégâts mais pas suffisamment. Il serait facile à Harlock de nier surtout avec un récit écrit par un homme mort d'overdose. Il fallait confirmation des tendances sexuelles du capitaine de l'Arcadia. Il soupira de lassitude. Il en avait peut-être pour des semaines de filature à guetter le moindre faux pas d'Harlock si ce n'était pas plus. Il se doucha puis se coucha.

Le lendemain il poursuivit sa mission, l'objectif de son appareil photo longue portée, braqué sur le château du capitaine. Il vit Helena Svlotiania venir régulièrement et photographia le couple en train de s'embrasser fougueusement à plusieurs reprises. Harlock aimait donc les femmes et le journal pouvait être un faux. Il en était arrivé à souhaiter que le capitaine fasse venir chez lui une call girl de luxe ou un escort boy mais il n'y eut rien de tout cela.

Il patienta des jours durant et, un soir, le capitaine quitta son domicile à bord de son coupé sport. William le suivit et le vit se garer près du chemin piétonnier qui longeait le fleuve. Ce passage était délimité par un long parc boisé. En pleine nuit l'espionnage n'allait être que plus aisé. Il prit son appareil photo destiné aux prises nocturnes et suivit Harlock en se cachant derrière les arbres. Ils marchèrent ainsi pendant plus de deux kilomètres et William crut qu'Harlock était juste victime d'insomnie puis il finit par voir au loin un homme au cheveu long ondulé blond, très élégant, très beau qui sourit en voyant le capitaine arriver. William s'installa dans une zone fortement arborée et s'assura d'avoir une vue bien dégagée puis il commença le mitraillage. Il appuya sur le déclencheur toutes les secondes et il prit ainsi ce qu'il se passait entre les deux hommes pendant près de dix minutes comme une machine puis cessa et se releva pâle comme un linge. Il avait sa preuve et des plus surprenantes de surcroît. Il repartit vers sa camionnette comme un robot. Il n'arrivait pas à croire à ce qu'il avait vu et pourtant son appareil avait tout en mémoire. Il prit un disque de données vierge et enregistra les photos dessus puis après avoir erré plusieurs minutes au volant de son véhicule, il se gara sur un parking près d'un bar où il alla prendre un bol de chili comme dîner accompagné pour la première fois d'un verre d'alcool. Il but celui-ci d'un trait et ne savoura même pas son plat, trop préoccupé par ce qu'il avait vu. Il était assez tard et il appela finalement le procureur pour lui demander s'il pouvait venir. Il y avait encore une réunion ce soir-là et Krieg lui proposa de venir montrer ses découvertes ce qu'il accepta. Il paya son repas puis il quitta le restaurant pour filer dans les quartiers chics.

La mère du procureur l'accueillit et le fit entrer. William retira son éternel chapeau en la saluant respectueusement. Il descendit à la cave où il trouva le groupe installé autour du procureur.

- Messieurs, madame, salua-t-il très poliment.

- Avez-vous quelque chose pour nous ? S'enquit le procureur.

- Oui, m'sieur.

- C'est bon ou pas ? S'inquiéta Krieg.

- Bon pour vous moins pour Harlock lorsque le scandale éclatera, révéla-t-il en souriant.

- De quoi s'agit-il ? S'enquit le procureur intrigué

- Le capitaine de l'Arcadia pendant ses études a eu une relation homosexuelle avec un de ses amis, Friedrich Von Stadt, lâcha William.

Le procureur eut un rire d'incrédulité comme toutes les autres personnes présentes. William quant à lui rit jaune et s'approcha du procureur en lui remettant le journal accompagné de la biographie du fameux Friedrich. Le procureur prit connaissance du dossier, ce qui lui prit quelques minutes pendant lesquelles les autres membres de la réunion plaisantaient entre eux.

- Bien. Il a peut-être couché avec cet homme une fois. Combien d'entre nous ont eu une fois ce genre d'expériences ? Quand on est jeune on goûte à tout et on se pose, commenta le procureur. On peut arriver à l'embarrasser avec cette affaire mais ce ne sera pas suffisant.

- Je le savais c'est pourquoi j'ai poursuivi mon enquête et ce que j'ai là, révéla-t-il en montrant le disque de données, vaut si vous me laissez vendre ces photos à la presse, au moins dix millions de crédits !

- Vous avez Harlock en train de s'envoyer en l'air avec sa fiancée ? Plaisanta la représentante de Flora

- Non m'dame, sourit William.

Il donna le disque de données que le procureur plaça dans le lecteur tridimensionnel et lança le diaporama. William ayant mitraillé toute la scène c'était comme regarder un film au ralenti. Ils virent Harlock s'approcher du duc De Péhant qui lui souriait puis ils le regardèrent avec des yeux ronds l'enlacer en passant ses bras autours de la taille d'Harlock puis approcher son visage près du sien et l'embrasser fougueusement. Lorsque les lèvres des deux hommes se rejoignirent, le procureur qui avait eu la mauvaise idée de prendre une gorgée d'alcool juste avant s'étrangla avec celle-ci et toussa bruyamment. Le breuvage lui brûla la gorge, un peu les bronches et il avait du mal à reprendre son souffle. William mit sur pause sur une image où on voyait très clairement les langues des deux supposées amants se titiller. Un silence de mort se fit dans la salle. Face au silence pesant, William décida de présenter sa requête :

- J'aimerais beaucoup pouvoir vendre ces clichés, indiqua William. Cela me permettrait de prendre ma retraite.

- Si vous faites cela ils vous retrouveront et…, Commença le procureur.

- Croyez-moi ils auront d'autres chats à fouetter que de s'occuper de moi, assura William.

- Si on fait publier ces photos et qu'on fournisse le journal on pourra mettre un bon coup dans la fourmilière, avança le représentant de Mars.

- Surtout si les journalistes vont interroger le jeune Friedrich Von Stadt qui est à l'asile à l'heure actuelle, indiqua William. Croyez-moi ces gens ont beaucoup de choses à cacher et si vous mettez juste cela au jour le reste suivra.

Le procureur n'arrivait pas à le croire. Il avait rencontré Harlock une fois et il lui avait honnête et non pas cachottier. Il ne comprenait plus. Il était vrai qu'avec une seule et brève rencontre on ne pouvait s'assurer de la personnalité des gens mais là tout de même, c'était vraiment très surprenant de sa part.

- Vendez les photos avec le journal, approuva le procureur. Tant pis pour Harlock. Je n'aime pas l'idée mais s'il nous a trahis pour le duc de Péhant, il faudra qu'il assume les conséquences de ses actes.

William acquiesça et sortit en saluant à nouveau les invités. Pour le procureur c'était un déchirement. Il avait tant espéré se tromper sur Harlock mais en voyant ces photos le doute n'était plus permis. Harlock les avait trahi parce qu'il était tombé amoureux du duc de Péhant avec lequel il entretenait une liaison passionnée. Cette découverte avait laissé le procureur sur le cul ne sachant plus que croire ni que penser d'une telle situation. Il ne pouvait étouffer l'affaire, ils avaient enfin de quoi porter atteinte au bras droit du roi Von Kiel, au responsable du groupe des aristocrates dans l'assemblée et même si cela lui faisait de la peine de sacrifier le capitaine de l'Arcadia, il n'avait plus le choix. La démocratie était en danger et il ne voulait pas qu'une nouvelle dictature prenne le pouvoir. Après tout, Oscar de Péhant et les aristocrates étaient de farouches opposants à l'abolition des lois établies par les Mazones concernant les relations intimes entre hommes, ils allaient devoir affronter leurs mensonges et faire face à l'humiliation provoquée par la découverte de leur hypocrisie.

William Johnson entra en contact avec le responsable de Trash TV le soir même pour lui révéler l'existence de certaines photos croustillantes susceptibles de faire grimper en flèche l'audimat de la chaîne. Le directeur crut que le photographe avait trouvé une petite affaire de mœurs sur une des stars du moment aussi lorsqu'il ouvrit le fichier joint il s'étrangla avec son morceau de donut et faillit s'étouffer. La photo montrait le duc de Péhant enlaçant tendrement le capitaine de l'Arcadia près du fleuve. Le scandale promettait d'être énorme. Il comptait déjà les millions de crédits en recette publicitaires que cette révélation représentait et il contacta William pour lui demander combien il voulait pour le reste des documents Le photographe indiqua son prix et le directeur fit le virement sur le compte indiqué. William passa au bureau dans la journée afin de lui remettre l'enveloppe contenant la totalité de ses découvertes. Le directeur l'ouvrit fébrilement et trouva à l'intérieur le journal de Friedrich Von Stadt ainsi que le disque de données contenant les preuves photographiques.

- Ce sont les originaux ? S'enquit le directeur fébrilement.

- Oui m'sieur, l'assura William avec un franc sourire.

Le directeur fit défiler les photos.

- Oh bon sang c'est énorme ! S'enthousiasma le directeur. Quand je pense que le duc de Péhant passe pour un farouche opposant de la communauté gay. C'était sûrement pour lui le meilleur moyen de cacher ses penchants dans un milieu aussi étriqué que les aristocrates ! Ça vaut largement tes dix millions mon ami ! Mais je ne saurais trop de conseiller de mettre les voiles avec ta petite famille car une fois que ces salopards vont savoir pour ses photos, ils vont en chercher le responsable.

- Ne t'inquiète pas pour moi Chris, j'ai déjà pris mes dispositions. Je savais que cela t'enchanterait, affirma le vieux photographe en souriant.

- Et comment ! Ces salopards ont trahi le Consortium, j'ai même failli finir en taule à cause du témoignage de l'un d'eux. Il est temps qu'ils payent ! Ragea le directeur haineux.

« Et moi je suis ravi de vous faire vous entretuez, pensa William en gardant le sourire »

- Tu enverras ça à l'antenne à quelle heure ? L'interrogea William.

- A la première édition de sept heures puis en continu toute la journée ! Ils vont en chier dans leur froc ! S'exclama le directeur de la chaîne ivre de joie. Ils passent tous pour des personnes honnêtes sans secret et voilà que j'apprends que le duc de Péhant est à voile et à vapeur comme moi. Dommage que ce petit con m'ait snobé pendant les petites parties fines organisées par Aristote, je me serai régalé avec celui-là ! En tout cas il a du goût, le capitaine de l'Arcadia rien que cela ! Je comprends mieux que celui-ci se soit débarrassé d'une nana aussi insipide qu'Eliza Zone s'il pouvait se taper cette merveille ! Lui aussi je ne vais pas le louper ! En plus je suis certain qu'au lit Harlock doit être un vrai volcan !

Le regard du directeur luisait d'une joie malsaine et lubrique. Aux yeux de William, il devait déjà imaginer les deux hommes au lit en train de s'envoyer en l'air. Le directeur fit entrer le disque de données dans son ordinateur et les images défilèrent par le système en trois dimensions. Arrivé au bout du diaporama celui-ci se figea sur la dernière photo.

- Pourquoi n'as-tu pas continué à mitrailler ? S'énerva le directeur. Tu as tout arrêté alors qu'ils étaient en pleine action !

- J'avais suffisamment de photos et j'en avais assez vu comme ça, reconnut William embarrassé.

- T'es toujours aussi vieux jeux Will ! J'aurai pu te payer le double si tu les avais surpris en train de tirer leur coup ! Regretta le directeur en souriant.

- Ce n'est pas grave, j'ai suffisamment d'argent désormais ! Sourit William

William Johnson le salua et s'en alla quittant définitivement les studios de Trash TV à son grand soulagement. Le directeur fit venir en pleine nuit son responsable de la rédaction et ensemble ils préparèrent l'édition spéciale de sept heures.

Cette nuit-là, Helena Svlotiania prise d'une crise d'insomnie téléphona à Oscar pour avoir une petite discussion avec lui. Le duc dû prendre congé à regret de l'homme de ses rêves et repartit à son château. Harlock, soulagé, le regarda s'en aller, n'ayant aucune envie de satisfaire quelque peu les désirs du duc. Il avait déjà fourni le maximum à Oscar dans le réduit de sa salle de classe et il n'avait aucune envie de remettre cela de sitôt. Le duc en arrivant trouva Helena assise dans le salon et alla s'asseoir dans un fauteuil un sourire ironique aux lèvres.

- Qu'est-ce que tu veux ? S'enquit-il.

- Je veux m'assurer que notre marché est toujours valable. Harlock se montre beaucoup plus distant avec moi et je m'inquiète un peu, avoua Helena.

- Vraiment ? Ironisa le duc. Avec moi il ne l'est pas en tout cas.

- Tu couches avec lui ? S'enquit Helena alors qu'une larme roulait sur sa joue.

Oscar la regarda surpris. Il pensait que ce qui faisait agir Helena ainsi c'était son orgueil de femme séductrice à laquelle aucun homme appréciant les femmes ne résistait.

- En quelque sorte, avoua Oscar.

Les larmes d'Helena se mirent franchement à couler.

- Je l'aime Oscar, alors s'il te plait laisse-le moi ! Reconnut-elle.

- Le problème c'est que l'on est deux sur ce coup Helena. Je l'aime moi aussi. Je sais que tu veux qu'après ton mariage avec Harlock on ne se fréquente plus mais nos relations ont beaucoup évoluées et je ne pense pas que nous pourrons rompre, se justifia Oscar.

- Je suis prête à partager s'il le faut, mais ne me déshonore pas en lui faisant rompre nos fiançailles pour le garder pour toi, je t'en prie. Laisse-moi l'épouser, supplia-t-elle.

- C'est donc pour ta réputation que tu t'inquiètes ? Ricana Oscar.

- Non. Je ne pensais pas lorsque tu m'as demandé de le surveiller que je tomberai amoureuse de lui. Au début je le trouvais juste séduisant et j'avais envie de lui mais petit à petit cela s'est transformé en amour.

Elle se leva et s'approcha de lui. Elle s'assit sur ses genoux puis le regarda dans les yeux

- Et puis, tu sais très bien que les parties à trois ne me dérangent pas, susurra-t-elle.

- Même pour ta nuit de noces ? Sourit Oscar.

- Bien sûr, tant que la semence d'Harlock est pour moi, roucoula-t-elle.

Oscar glissa sa main sous sa jupe et caressa ses cuisses. Les deux amants s'embrassèrent fougueusement. Pour Helena la première phase de son plan était un succès. Elle avait choisi d'endormir la vigilance du duc pour que celui-ci ne remonte pas jusqu'à elle lorsqu'elle ferait assassiner les enfants du capitaine de l'Arcadia. Elle se doutait de la manœuvre que préparait Oscar et elle avait décidé que s'il poursuivait dans cette voie elle se chargerait de fournir à la presse des photos de ses amours avec le capitaine. Une fois la réputation du duc détruite Harlock serait tout à elle car jamais le père du duc n'accepterait que son fils entretienne une relation de ce genre. Oscar l'emmena dans sa chambre et les deux complices firent l'amour le restant de la nuit sans savoir la surprise qui les attendait au saut du lit.

Le lendemain, Monsieur le duc de Péhant père, se leva comme à son habitude à six heures trente du matin. Il s'installa sur la terrasse éclairée où il prit son petit déjeuner en mettant la chaîne des informations. Ce qu'il vit ce matin-là faillit lui provoquer une crise cardiaque. En effet, il avait mis la mauvaise chaîne par erreur et se trouvait sur Trash TV avec une présentatrice surexcitée avec en arrière-plan une photo de son fils enlaçant tendrement le capitaine de l'Arcadia. Leurs lèvres étaient si proches que cela ne laissait aucun doute à ce qui allait se passer.

- Bonjour mes amis ! Bienvenu sur Trash TV la chaîne spécialisée sur les affaires croustillantes des stars et de la politique. Grâce à un de nos reporters nous avons une nouvelle des plus excitantes à vous raconter ! Le duc Oscar de Péhant entretiendrait une relation intime avec le duc Hans Ludwig Von Harlock, capitaine de l'Arcadia. Quand on y regarde de plus près, cela fait le couple gay le plus glamour qui m'ait été donné de voir ! Imaginer ces deux-là ensemble me rend toute chose ! Nous allons vous montrer en exclusivité des photos de cette relation cachée. Nous avons découvert qu'en fait ce n'est pas la première relation homosexuelle d'Harlock. Lorsqu'il était étudiant à l'académie militaire il a eu une liaison avec Friedrich Von Stadt tout en se tapant la cousine de celui-ci Maya Von Paltz. Il a rompu avec lui et choisit Maya ce qui a poussé le jeune homme au désespoir et il est mort des suites d'une overdose ! Apparemment le capitaine aurait succombé aux charmes du jeune Oscar de Péhant qui est pourtant reconnu pour courir les femmes bien que depuis quelques temps nous avions trouvé étrange l'attitude du duc. En effet, d'après des sources non officielles certaines personnes trouvaient que le duc de Péhant et Harlock devenaient beaucoup trop proches et qu'ils passaient de plus en plus de temps ensemble. Après tout, les fiançailles du capitaine de l'Arcadia sont à rallonges et le duc de Péhant malgré ses multiples conquêtes est resté obstinément célibataire. Mais regardons les images qui seront plus explicites que des mots ! S'enthousiasma la présentatrice.

Il y eut un fondu noir puis un encart indiquant qu'il s'agissait d'un scoop sponsorisé par une firme d'accessoires coquins puis les photos défilèrent. La colère du duc de Péhant père explosa. Il fracassa la vaisselle au sol en la balayant du revers de la main puis souleva la table qu'il lança sur la télévision. Il entra en trombe dans son château, monta à la chambre de son fils dont il ouvrit la porte avec fracas. Le jeune couple réveillé en sursaut vit alors le père du duc rouge de colère qui n'arrivait pas à croire à ce qu'il voyait.

- Parce qu'en plus tu sautes sa fiancée ! Hurla-t-il.

Helena ne s'était jamais fait grillée auparavant mais cette fois-ci le duc les avait surpris au lit et savait que sa virginité n'était qu'un mythe. Le duc descendit au salon pour se servir un verre d'alcool qu'il but d'un trait puis il en reprit un deuxième qui subit le même sort. Oscar arriva alors que son père se servait un troisième verre. Lorsqu'il vit son fils le duc s'approcha et lui colla une droite qui allait engendrer un magnifique œil au beurre noir. Oscar ne répliqua pas mais il ne comprenait pas la rage de son père.

- Tu peux me dire ce qu'il te prend ? Se défendit-il.

- Vous faites ménage à trois si je comprends bien ! Tu baises avec Harlock ensuite tu baises sa fiancée ensuite elle doit sûrement baiser avec lui puis avec toi ! Vous faites aussi des parties fines à trois c'est ça ? Harlock te saute pendant que tu baises sa pure Helena, sa douce fiancée ! Eructa le duc en se vidant son verre et en se servant un quatrième dans la foulée.

Le cœur d'Oscar s'emballa. Il ne comprenait pas comment son père pouvait être au courant. C'était beaucoup trop tôt. Lui qui espérait avoir le temps de tout mettre en place pour pouvoir ensuite assumer cette relation, son plan s'écroulait.

- De quoi tu parles ? S'enquit-il écœuré à l'idée de ce qui l'attendait.

- De ça ! Cria le duc en allumant la télévision et en la mettant sur Trash TV.

Oscar regarda catastrophé, les révélations sur sa relation avec le capitaine de l'Arcadia. Le duc observa son fils et le vit pâlir. Il n'y avait aucune réaction de colère ou d'indignation. Le père comprit que tout était vrai. Il but son quatrième verre pour se donner le courage de supporter ce qu'il allait entendre.

- Tout est vrai alors ? Insista-t-il.

- Je l'aime père, je suis désolé, avoua-t-il attristé.

Le quatrième verre n'eut pas l'effet escompté et Oscar se prit un nouveau coup au visage sous le regard d'Helena. Le duc regarda vers elle.

- Toi ! Espèce de traînée je te conseille de rentrer chez toi et de tenir ta langue ! Menaça-t-il.

Elle partit aussitôt sans demander son reste. Le duc prit le téléphone et demanda l'ouverture d'une réunion de crise de toute urgence.

Harlock partit ce matin-là comme d'habitude vers les sept heures puis fila vers l'académie militaire. Il passa par la salle des professeurs chercher du courrier et ne prêta pas attention aux regards interdits des autres enseignants. Il but son café en lisant ses messages puis partit à son cours. Il y avait beaucoup d'agitation au sein de sa classe ce qui le surprit. Beaucoup le regardèrent avec insistance. Harlock regarda sa montre, il n'était pourtant pas en retard alors qu'est-ce qui pouvait bien surexciter les élèves comme ça ? Il ouvrit la porte et les fit entrer. Ils s'assirent et Harlock entendit beaucoup de ricanements. Il demanda le silence mais bizarrement il eut du mal à l'obtenir.

- Je pourrai savoir ce qu'il vous prend ? S'énerva-t-il.

Un élève enhardit par la nouvelle toute fraîche du matin posa une question des plus crues.

- Vous aimez le vélo sans selle monsieur ?

Ce qui fit éclater la salle de rire. Ce fut à ce moment-là que le directeur de l'établissement entra sans frapper et les élèves se levèrent en silence.

- Vous voulez bien venir Hans ? Emmenez vos affaires avec vous, cela risque d'être long. Le conseiller d'éducation restera à votre place.

Harlock surpris le suivit et le directeur au lieu de l'emmener au bureau l'emmena chez le duc de Péhant où il se contenta de le déposer. Harlock comprenait de moins en moins ce qu'il se passait et encore plus difficilement le silence obstiné du directeur pendant le trajet. Hans sonna à la porte et le majordome le guida jusque dans la salle où l'attendait, à sa grande surprise, un Oscar quelque peu abîmé, le roi Von Kiel ainsi que le père du duc de Péhant.

- Pourriez-vous me dire ce qui se passe ? S'inquiéta Harlock.

- Avez-vous allumé la télé ce matin ? L'interrogea Le roi.

- Non. Généralement je lis un peu le journal avant de partir pourquoi ? Insista Hans excédé par cet interrogatoire.

Le duc alluma la télévision et Harlock comprit brusquement l'allusion au vélo sans selle. Il eut un sourire en coin.

- Sachant que l'info vient de Trash TV vous êtes sûr qu'elle vaut quelque chose car déjà du temps du Consortium il me faisait passer pour un drogué du sexe qui se servait d'Eliza Zone pour satisfaire ses pulsions, ricana le capitaine.

- Oscar m'a tout avoué, indiqua le père d'Oscar.

Harlock soupira et regarda du côté du jeune homme dont le visage était pâle et meurtri.

- C'est pour cela que vous l'avez frappé ? S'enquit Harlock froidement.

- Je l'ai surpris au lit ce matin avec votre fiancée, révéla le duc de Péhant père avec dégoût.

- Tiens ? C'est fini la guerre entre vous deux ? Ricana Harlock. Vous avez fini par trouver un terrain d'entente me concernant ?

- Hans, je suis désolé, elle est venue me voir hier soir...S'excusa le jeune homme.

Harlock fit un geste lui intimant le silence.

- De quel droit Trash TV a-t-elle mis cela à l'antenne ? S'enquit-il glacial.

- Ils ont enquêté sur vous et ont découvert cette histoire. C'est leur métier de trouver des détails croustillants sur les célébrités, indiqua le roi.

- Mais je n'en suis pas une, protesta Harlock.

- Oscar est un personnage public ! Cria le père. Le représentant de notre communauté ! Le chef de notre mouvement ! Le bras droit du roi Von Kiel, que vous avez perverti espèce d'animal lubrique !

- Calmez-vous mon ami, intima le roi. Je pense que nous allons devoir contre attaquer et étouffer l'affaire. En attendant vous comprendrez que vous ne pouvez plus enseigner à l'académie pour le moment.

Harlock sourit.

- Je ne veux plus que cet individu s'approche de mon fils, gronda le père d'Oscar.

- Du calme. Je pense que vous vous énervez beaucoup trop. Oscar m'avait avoué ses sentiments et je ne lui ai pas interdit de le fréquenter. Cette affaire va servir les démocrates et nous couler si nous ne réagissons pas très vite. Comment vont vos finances capitaine ? S'inquiéta le roi.

- On ne peut mieux votre altesse, affirma Harlock en souriant.

- Sans sa paye de prof je ne vois pas de quoi il va pouvoir vivre ! Ricana le père d'Oscar.

- Détrompez-vous mon ami. Harlock a très bien su investir ses salaires et en affaire c'est un vrai requin. En un an d'enseignement à l'académie il a réussi à se bâtir une fortune colossale, indiqua le roi admiratif.

- Pardon ? S'étonna le père d'Oscar.

- Il dispose d'un compte crédité de cinq cent millions de crédits et la société Pyroll dans laquelle il a investi vaut facilement le double. Je suppose que vous n'avez même plus besoin de l'appui du prince Svlotiania ?

Le père d'Oscar eut un hoquet de surprise en entendant ces chiffres.

- Comment a-t-il fait ? S'étonna-t-il

- La bourse, révéla Harlock et certaines transactions faites le weekend comme l'investissement chez Pyroll.

- Cela représente un bon parti n'est-ce pas ? Sourit le roi en regardant le duc.

- Il faut étouffer l'affaire dans l'œuf, exigea Harlock. Si on laisse cette rumeur apparaître comme une réalité les gens vont commencer à se détourner de nous. On risque de passer pour des fourbes qui n'assument pas ce qu'ils sont et nous perdrons la confiance de la populace. À partir de là, pour achever notre plan cela prendra plus de temps que prévu. Si on laisse cela passer d'autres journalistes pourraient avoir la mauvaise idée de fouiller et de découvrir ce que nous préparons et là tout sera perdu.

- Je sais. C'est pourquoi vous épouserez Helena Svlotiania à la date prévue Harlock et vous Oscar. Je vous accorde la main de ma fille aînée Isabelle. Elle a grandi dans un couvent, protégée du monde extérieur. C'est une beauté de dix-huit ans et comme je n'ai pas de fils cela fera de vous mon hériter au trône. Pour ce qui est de votre relation elle pourra continuer si vous vous efforcez de rester discrets. Je vais dès à présent contacter mon vieil ami le juge Pierson et lui signifier que je dépose plainte pour diffamation contre Trash TV. Leur directeur a joué aux imbéciles et j'aurai sa tête, affirma Von Kiel.

- Je suis désolé votre altesse, s'excusa Harlock.

- Ce n'est pas grave mon ami. Nous allons régler cela et nous débarrasser de ceux qui ont fourni cela à Trash TV, l'excusa Von Kiel en souriant.

- Vous allez faire éliminer le photographe ? S'étonna Harlock.

- Non ses commanditaires. Je me suis renseigné c'est un vieux photographe freelance qui a donné ses clichés et je suis certain qu'il agit sur ordre.

- A qui pensez-vous ?

- Je ne suis pas encore sûr et je ne veux pas que vous soyez mêlé à tout cela. Je vais faire laver votre nom et celui d'Oscar pour notre bien à tous.

Ils saluèrent le roi qui prit congé et Oscar écœuré s'effondra. Il enrageait à l'idée que son plan s'écroulait. Le capitaine s'approcha de lui et lui caressa doucement les cheveux. Oscar enlaça sa taille, posa sa tête sur les abdominaux d'Harlock sous le regard courroucé de son père.

Il était temps pour Hans de faire son rapport à Ryo Kimura sur les derniers évènements et d'étudier avec lui la marche à suivre.