Chapitre 16 : Contre-attaque médiatique
Le roi Von Kiel, reçu le rapport du conseiller conjugal pendant la nuit, apprenant ainsi que le couple de Ryo Kimura avait failli exploser à cause de la liaison sulfureuse qu'il entretenait avec le capitaine de l'Arcadia. Il prit connaissance des différentes pratiques sexuelles et se dit que même si c'était très chaud cela restait très tendre. Cela ressemblait plus à une histoire d'amour passionnée qu'à une vulgaire affaire de sexe. Il se doutait que tôt ou tard il faudrait qu'il interroge le capitaine sur la vraie nature de ses sentiments pour le chef du gouvernement. Il avait obtenu pour le lendemain une interview dans la plus célèbre émission de débat de la chaîne interstellaire Mars and Com et il espérait bien battre toute cette attaque en brèche avec les révélations fracassantes dont il disposait. Il devait se rendre sur le plateau accompagné par le duc de Péhant père et Helena Svlotiania. Il contempla le disque de données contenant les frasques du capitaine de l'Arcadia et soupira. Harlock était un militaire de génie, glacial et distant qui faisait fantasmer beaucoup de monde et les révélations qu'il s'apprêtait à faire allaient donner du grain à moudre à toutes les personnes auxquelles il plaisait. La limousine le déposa à l'arrière du studio de télévision et une escorte le guida jusqu'au plateau où l'attendait déjà les deux autres invités. L'interview allait se faire en directe devant des milliards de téléspectateurs, les trois complices ne pouvaient se permettre le moindre faux pas. Ils furent installés et la présentatrice vedette Karina Paul vêtue de son éternel tailleur rouge s'installa en face d'eux. Le sujet promettait d'être brûlant et le taux d'audience allait crever le plafond. Le scandale occasionné par les découvertes de Trash TV était tellement énorme que les gens s'étaient jetés sur le Web pour en savoir plus provoquant la saturation du réseau était.
« Bonjour à toutes et à tous, bienvenu dans notre émission débat The Truth. Aujourd'hui j'ai l'immense honneur d'accueillir sa majesté le roi Von Kiel, Helena Svlotiania la fiancée du capitaine de l'Arcadia et le duc Hubert de Péhant. Messieurs, mademoiselle, bienvenu et merci d'avoir accepté de venir dans cette émission. Vous vous doutez du thème d'aujourd'hui. Il s'agit d'un scandale généré par deux personnes très influentes dans le monde politique, le duc Hans Ludwig Von Harlock et Oscar de Péhant. Je suppose que pour vous toutes ces révélations chocs ont dû être terribles.
- Je les qualifierai surtout d'absurdes c'est d'ailleurs pour cette raison qu'Oscar a été déposé plainte contre Trash TV et son directeur le jour même de la diffusion de leur soi-disant scoop, assura le roi calmement.
- Pourtant, la chaîne semble disposer de documents authentiques, rappela la journaliste.
- Des documents authentiques ? Ricana le duc de Péhant. Un journal intime écrit par un drogué et des photos probablement trafiquées, je n'appelle pas cela des preuves. Oscar et Hans sont amis et non amants.
- Pourtant toute la famille Von Stadt soutient bel et bien que l'histoire est vraie. J'ai moi-même lu le journal et je suis à même de vous dire que la période correspondant à l'académie militaire n'a pas été rédigée par un drogué. Il est donc plus que probable que le capitaine de l'Arcadia ait couché avec Friedrich Von Stadt.
Un long silence se fit au niveau des invités.
- Cela ne prouve rien. Admettons qu'à l'âge de vingt ans, Hans ait passé la nuit avec un homme, cela ne s'est jamais reproduit, soutint Helena.
- Il n'a jamais couché avec Oscar de Péhant ? Douta la journaliste.
- J'en suis certaine, confirma Helena.
- Et ces photos alors ? Attaqua la journaliste en faisant s'afficher une sur l'écran géant.
- Je les ai faites analyser par des spécialistes qui m'ont assuré qu'il s'agissait de tirages falsifiés grâce à des logiciels de retouche d'image, affirma le roi Von Kiel.
- Pourtant le directeur de Trash TV soutient qu'il n'y a eu aucune retouche, insista la journaliste.
- Je vous en prie, est-ce qu'il faut vraiment prendre en compte les affirmations venant d'un homme ayant collaboré avec le Consortium ? Se moqua le roi. Oscar est un garçon honnête en qui j'ai une confiance absolue et Harlock est un homme bon, généreux, profondément honnête. Il n'est en aucun cas intéressé par les hommes, il ne m'aurait jamais menti sur ce sujet et j'en ai la preuve.
- Vraiment ? S'étonna la journaliste.
- J'ai engagé un détective privé pour qu'il fasse de recherches sur le web et il a trouvé certaines choses très intéressantes qui ont un peu choqués notre douce et pure Helena mais qui sont sans équivoques, affirma le roi.
- Lesquelles ? S'enthousiasma la journaliste.
- Vous savez que la population a été encouragée de mettre dans une bibliothèque virtuelle les journaux intimes de leurs ancêtres, eh bien ceux-ci révèlent les inclinations sexuelles du capitaine de l'Arcadia dans leur version les plus crues, révéla le roi.
- Que voulez-vous dire ? S'étonna la présentatrice.
- Je veux dire que nous avons référencés trois cent vingt-deux journaux de femmes, datant de l'époque d'avant la disparition de l'Arcadia dans les Limbes, qui présentent les mêmes similarités. Toutes ces femmes reconnaissent avoir eu des rapports sexuels avec le capitaine de l'Arcadia et toutes ont fait la même description de son intimité ainsi que de l'art avec lequel il s'en sert. Tenez chère amie, annonça-t-il en donnant le disque de données à la journaliste, i l'intérieur la totalité des journaux concernés et la liste des pages à consulter. Mettez-le à la disposition des gens sur votre site web. C'est très instructif. Dîtes-vous bien que nous n'en avons trouvé que trois cent vingt-deux et Hans s'est bien gardé de me préciser s'il y en avait plus.
Le duc de Péhant père ainsi que le roi eurent un rire canaille et Helena rougit jusqu'aux oreilles en tournant la tête, gênée. Leur petite scène était réglée au millimètre.
- Je soupçonne d'ailleurs ce vieux pirate d'en avoir connu beaucoup plus, plaisanta le duc de Péhant.
La journaliste lança le disque à un de ses assistants qui s'empressa de le mettre dans le lecteur, la liste des fichiers apparut alors sur l'écran géant. La journaliste sélectionna un journal datant de un an avant la disparition de l'Arcadia dans les Limbes et la voix du lecteur automatique lut le passage à l'antenne. Il s'agissait du récit d'une petite serveuse de bar à Gun Frontier qui donnait tous les détails de sa nuit avec le capitaine de l'Arcadia. Les spectateurs n'en crurent pas leurs oreilles et beaucoup de femmes furent émoustillées par ses confidences d'outre-tombe.
- Je trouve cela très surprenant, avoua la journaliste.
- Vous oubliez la fameuse vidéo de sa nuit avec Sylvidra, rappela grivoisement le duc de Péhant. Cette vieille canaille est assez portée sur la chose et son côté mâle alpha mystérieux attise les désirs de plus d'une, affirma le duc.
Helena fit semblant d'être outrée par de tels propos et le duc s'excusa.
- Pardon princesse Svlotiania, il s'agit de votre fiancé.
- Je trouve cela plus que déplacé. Devoir exposer la vie privée de mon fiancé pour prouver que le directeur de Trash TV est un menteur est un véritable scandale ! Nous nous aimons lui et moi et je ne laisserai rien nous séparer ! Soutint-elle fermement. En plus tout ceci est ridicule, le soir où cet imbécile a affirmé que les photos ont été prises, Hans était avec moi.
- Aussi tard le soir ! S'exclama la journaliste en souriant. Dois-je en conclure que vous et le capitaine n'avez pas attendu le mariage pour devenir intime ?
Harlock était venu assister à l'interview dans le bureau de Ryo. Les trois amis étaient installés sur le canapé et regardaient la télévision. Nynna eut une toux de surprise en entendant le nombre de femmes avec qui le capitaine avait eu des relations intimes. Ryo quand à lui eut un sifflement admiratif. Harlock se contentait de regarder catastrophé l'étalage de son passé intime, lui qui espérait que celui-ci resterait à jamais enterré grâce au siècle qu'il avait passé dans les Limbes se retrouvait face à lui et plus que gêné. Il ne comprenait pas la manie de certaines femmes de mettre ce qu'il leur arrivait dans la journée dans un journal. Ce qui le surprenait encore plus c'était les commentaires des plus crus de toutes ces femmes. Certes il était un bon amant mais de là à le qualifier de « coup du siècle » comme l'une des femmes l'avaient fait lui semblait quelque peu exagéré. Il y avait bien un journal de bord pour l'Arcadia mais il ne servait que pour tout ce qui était relatif à l'appareil, le capitaine se gardait bien d'y mettre ses états d'âme.
- Vieille canaille, commenta Nynna. Comment elle va s'en sortir coconne avec une question pareille ?
Harlock eut un franc sourire.
- Le pire c'est que je n'ai jamais couché avec elle et maintenant tout le monde va se dire que la pure Helena a pris de l'avance par rapport à sa nuit de noce, ironisa le capitaine.
Helena prit un air outré et pâlit de colère. Elle s'était faite piégée bêtement par cette journaliste et elle s'en mordait les doigts.
- Voyons, intervint le roi, croyez-vous vraiment que je laisserai le capitaine de l'Arcadia seul avec une de mes protégées s'il était incapable d'être un gentilhomme. Il ne l'a pas touché. Dans notre groupe nous sommes très à cheval sur les traditions et Harlock s'est toujours montré, courtois, poli et respectueux de celles-ci. De tels propos sont dégradants, mademoiselle. Helena n'a rien à voir avec une quelconque fille du peuple qui a la cuisse légère.
Harlock éclata de rire.
- C'est bien connu que les femmes de la haute société sont les pires, ricana-t-il.
- Je suis désolée votre altesse, s'excusa la journaliste qui était soucieuse de ne pas se mettre à dos le futur maître de la galaxie.
- Qui plus est, croyez-vous que j'accorderai la main de ma fille Isabelle à Oscar s'il n'était pas un honnête homme ! S'indigna le roi.
- C'est étrange que brusquement vous annonciez ce mariage, soupçonna le journaliste.
- Détrompez-vous mademoiselle, Hubert et moi avions depuis longtemps le projet d'unir nos deux lignées et Isabelle est d'accord pour rencontrer Oscar. Il faut bien sûr que les deux jeunes gens se parlent, qu'ils fassent connaissance et bien sûr, il nous faut nous assurer qu'ils se plaisent avant d'envisager cette union mais je connais les goûts de ma fille et elle ne résistera pas au charme ravageur d'Oscar, assura le roi en souriant.
- Ainsi donc le duc de Péhant ne sera plus un cœur à prendre. Je connais des millions de femmes qui vont être déçues, flatta-t-elle en souriant.
- Je sais, s'excusa le roi. Mais je n'ai pas d'héritier mâle et j'aime Oscar comme mon propre fils, en épousant ma fille il le deviendra officiellement.
Ryo éteignit la télévision et regarda du côté d'Harlock.
- Comptes-tu aller voir tes enfants samedi prochain ? S'inquiéta Ryo
- J'ai contacté Emily et Arnold ce matin, ils me les amèneront au parc et je pourrai rester avec eux tout l'après-midi.
- Ils sont drôlement généreux et compréhensifs ! S'étonna Nynna.
- Ce sont des gens vraiment très bien que la religieuse a choisi comme parents. Je ne comprends pas pourquoi ils ne pouvaient pas adopter par les filières classiques. Je trouve cela très injuste, se désola Harlock. Tu n'envisages pas une loi pour faciliter l'adoption ?
- Pas pour l'instant, j'ai trop travail avec ces pourris, regretta Ryo.
- On se voit samedi alors mon chéri ? Plaisanta Harlock
- Sans problème mon amour, sourit Ryo.
- Vous êtes dingues tous les deux, se moqua Nynna en riant. En tout cas votre simulation de câlin était très troublante. Je vais finir par avoir des doutes...
Les deux hommes tournèrent la tête, gênés. Ils n'avaient aucune envie de fanfaronner après avoir joué une comédie pareille. Harlock prit congé et rentra chez lui où il passa le restant de la semaine, bien sagement installé à son château à attendre que l'affaire se tasse un peu. Ce qui le surprit ce fut les courriers d'admiratrices qui affluèrent dès le lendemain. A la fin de la guerre, il en avait aussi reçu énormément puis cela s'était arrêté à son grand soulagement. Et voilà qu'il se faisait submerger par une vague de lettres parfumées qui lui proposaient des soirées coquines inoubliables. Pour Hans, la meilleure soirée coquine ne pouvait se passer qu'avec Ellie et il ne prit même pas la peine de les ouvrir. Samedi arriva enfin et Harlock partit très tôt dans l'après-midi en prenant soin de mettre des vêtements civils. Il mit un pantalon noir, des chaussures de ville et une chemise blanche qui retombait au-dessus du pantalon. Il emprunta la voiture de son majordome car il savait que les journalistes disposaient des plaques minéralogiques de son coupé sport et fila au parc qui se trouvait près des Stewart. Il se gara au niveau du parking, près de la forêt qui servait aux randonnées pédestres et attendit. Vers quatorze heures, les Stewart arrivèrent et installèrent les petits dans leur poussette. Emily avait pris soin d'emmener le dauphin bleu qu'elle confia à Frank qui fut heureux de récupérer sa peluche favorite. Harlock salua les Stewart puis il embrassa ses bébés.
- Je vous remercie Emily d'être aussi compréhensive, sourit-il.
- Je vous en prie capitaine. Vous pouvez rester avec eux jusqu'à dix-huit heures, proposa-t-elle en souriant.
- C'est beaucoup plus que les deux heures auxquelles j'ai droit, si le juge l'apprend, protesta Harlock.
- Il trouvera juste que cela se passe mieux que prévu, le rassura-t-elle. La première fois où je vous ai vu les prendre dans vos bras j'ai compris que vous les aimiez profondément. Je ne vais pas vous interdire d'être avec eux ce serait injuste.
- Je vous les ramènerai à dix-huit heures pile, je vous le promets. Qu'est-ce que vous allez faire cet après-midi, seuls tous les deux ? S'inquiéta-t-il.
- Ne vous en faîtes pas pour ça, on a de la visite. Ma belle-sœur Amy et son mari viennent d'arriver avec leur fils de trois ans et leur petite fille de deux ans, annonça joyeusement Arnold. Passez une agréable après-midi avec nos bouts de chou !
Il les embrassa à son tour et les deux parents s'en allèrent. Harlock emmena ses petits jusqu'à sa voiture où il récupéra dans le coffre une grande sacoche pourvue de tout le matériel nécessaire pour ses enfants. Il prit ensuite le circuit randonnée en avançant tranquillement sous la fraîcheur des arbres. Les petits n'en perdaient pas une miette. Ils regardaient admiratifs, ce drôle de plafond mouvant vert foncé qui dansait au gré du vent. Le capitaine trouva une aire de pique-nique, éloignée du chemin, très tranquille où il s'installa avec Frank et Marie. Il déplia la grande couverture, y posa le tapis de jeu, sortit des jouets du sac et installa ses enfants. Il contacta Ryo pour leur indiquer où il se trouvait. Les jeunes mariés arrivèrent dix minutes plus tard et trouvèrent un capitaine de l'Arcadia en train de préparer les biberons de jus de fruit tout en surveillant ses enfants. Nynna en voyant les bébés oublia complètement la présence de leur père et alla les prendre dans ses bras sous le regard amusé d'Harlock
- Oh mon Dieu qu'est-ce qu'ils sont beaux, s'enthousiasma Nynna admirative. Et très souriants pas comme Mister Freeze !
- Ils doivent tenir d'Ellie de ce côté-là, sourit Hans.
Nynna se releva et Harlock leur donna les biberons. L'été approchait à grand pas et il commençait à faire chaud. La fraîcheur des arbres était idéale pour des enfants en bas âge mais Harlock savait qu'il devait faire attention à leur hydratation.
Les trois amis s'installèrent sur les bancs et Harlock sortit les thermos de boissons fraîches avec des gobelets. A la grande surprise de Nynna, il n'y avait pas d'alcool et elle sourit en buvant son verre de jus de pomme.
- Qu'est ce qui te réjouit comme ça ? S'enquit le capitaine intrigué.
- Toi, on dirait que tu as fait cela toute ta vie.
- Pourtant la dernière fois que je me suis occupé d'enfants de cet âge-là remonte à loin, indiqua Harlock tristement.
- Tu t'es déjà occupé d'enfants ? S'étonna Nynna
- Pas de plusieurs enfants mais une petite fille, Mayu, la fille de Toshiro. Je l'ai gardé avec moi jusqu'à ce qu'elle soit en âge d'aller à l'école puis je l'ai emmené sur Terre pour respecter la volonté de son père, révéla-t-il avec du regret dans la voix.
- Tu te doutes bien qu'un vaisseau pirate n'est pas l'endroit rêvé pour élever un enfant. Tu as même choisi de te poser pour t'occuper des tiens, enfin s'il n'y avait pas eu autant d'imprévus, ragea Ryo.
- Je sais, mais j'étais devenu comme son père et quand on devient parent on a envie de garder ses petits près de soi mais vu que j'étais un paria et que le gouvernement de l'époque m'avait interdit de m'installer sur Terre, j'ai dû la confier à une institution privée et la pauvre enfant en a vue de belles. C'est pour ça que te ne remercierai jamais assez de faire fi de mon passé, sourit Harlock en regardant Ryo.
- Quelqu'un comme toi, si on est malin, on ne le laisse pas filer et on profite de ses connaissances en matière de guerre, affirma Ryo en lui faisant un clin d'œil.
- C'est pour cela que tu voulais que je reste mon poussin ? Plaisanta Harlock.
- Ca et d'autres choses, susurra Ryo en riant.
- Vous avez fini de draguer tous les deux, sourit Nynna. En fait il n'aura jamais le courage de t'avouer que c'est parce qu'il te considère comme un ami.
- Il en va de même pour moi, sans quoi j'aurai refusé de l'aider, révéla Harlock en souriant.
Harlock regarda sa montre
- C'est l'heure de leur petit goûter.
Il sortit des yaourts et des compotes. A la grande surprise de Nynna, il prit Marie qu'il plaça sur les genoux de la jeune femme puis il prit Franck qu'il installa sur les siens.
- On s'arrangeait comme ça avec Ellie, car très souvent ils demandaient leur biberon en même temps. Vu que leur maman n'est pas là tu veux bien la remplacer ? Proposa Harlock
- Avec plaisir, accepta Nynna émue.
- Je veux bien qu'elle remplace Ellie jusqu'à une certaine limite, badina Ryo. Pour les câlins tu attendras son retour.
Harlock sourit tristement en ouvrant les laitages et les deux bébés commencèrent à manger Nynna semblait vraiment très heureuse de s'occuper de Marie ce qu'Harlock remarqua immédiatement.
- Vous ne vous êtes toujours pas décidé à faire des enfants tous les deux ? S'étonna-t-il.
- Disons qu'on a un peu mal, reconnut lugubrement Ryo.
La mine d'Harlock s'assombrit, il compatissait sincèrement pour eux. Ryo et Nynna s'aimaient profondément et le fait qu'ils n'arrivaient pas avoir d'enfants lui paraissait vraiment cruel.
- On consulte un spécialiste, ne t'inquiètes pas, le rassura Nynna.
- Est-ce qu'il a fait un diagnostic ? S'angoissa-t-il.
- En ce moment, ils sont en train de compter mes petits soldats et de vérifier leur motivation, avoua Ryo embarrassé. Pour Nynna, on attend les résultats du bilan hormonal.
- Avec la médecine actuelle, il y a sûrement un moyen pour vous aider non ? S'inquiéta Harlock.
- Oui, si cela vient de mes ovaires, ma sœur est d'accord pour me faire un don d'ovocytes et si cela vient de Ryo, il y a ses frères, le rassura Nynna en lui faisant un pâle sourire.
- Vous êtes combien dans ta fratrie ? Demanda-t-il à Ryo
- On est dix en tout, annonça Ryo embarrassé.
- Le veinard de docteur Kimura ! S'exclama Harlock en riant. Si je pouvais faire pareil, je ne me gênerai pas !
- Tu es sérieux ? S'étonna Nynna. On dirait qu'Ellie et toi vous vous êtes bien trouvé. Je crois qu'elle serait ravie d'avoir une famille nombreuse.
- Si on finit par se retrouver et qu'elle me pardonne, je serai ravi d'exaucer son vœu ! Avoua Hans.
Le visage d'Harlock devint triste et il embrassa son fils sur le front alors que le petit souriait en avalant sa cuillerée de laitage.
- C'est moi qui endosserais toute la responsabilité, assura Ryo avec conviction. Tu as juste voulu m'aider, tu n'as pas à payer pour mes erreurs !
- Je connais Ellie, elle va te filer une bonne correction, ensuite ce sera au tour de Ryo de s'en prendre une bonne et tout rentrera dans l'ordre ! Et à mon avis tu ne seras pas puni côté sexe car elle est raide dingue de toi. Par contre il faudra assurer mon coco car maintenant qu'elle a vu le loup, elle ne te lâchera pas jusqu'à ce qu'elle soit rassasiée et avec un an d'abstinence tu vas souffrir. Je suis certaine que tu seras tellement crevé que tu sortiras du lit en rampant en espérant t'échapper, sourit Nynna.
- Je ne demande que ça ! Soutint Harlock avec un sourire canaille.
Il ouvrit les compotes et approcha une cuillère à Frank qui l'avala en souriant.
- Eh bien qu'est-ce qu'ils croquent ! S'exclama Ryo admiratif.
- Ils sont en pleine croissance, c'est normal, soutint Harlock en souriant.
- Ils sont déjà très grands pour leur âge, s'inquiéta Ryo
- Le papa est très grand aussi, affirma Nynna, normal qu'ils grandissent bien. Tu faisais quelle taille à leur âge ?
- Aucune idée !
- Ta mère ne faisait pas un relevé régulier de te croissance ? S'étonna Nynna.
- On ne peut pas vraiment dire qu'elle était très maternelle, révéla Harlock embarrassé.
- Tes parents s'entendaient comment ? S'inquiéta Ryo.
- Très mal. A chaque fois que mon père rentrait de mission les retrouvailles tournaient à l'engueulade et il est mort quand j'avais sept ans donc on ne peut pas vraiment dire que je le connaissais. Pour ce qui est de ma mère, elle était gentille mais un peu naïve. Elle croyait qu'avec mon père ce serait le grand amour et ce ne fut pas le cas.
- Ca explique bien des choses à ton niveau, conclut Ryo. Tu es tombé amoureux d'une battante plutôt que d'une romantique et au lieu d'aller vadrouiller dans l'espace tu as choisi de rester auprès de tes gamins. Le fait que ton père ait été si nul t'a montré exactement les choses à ne pas faire, ce qui fait de toi, le père parfait qui veut une flopée de petits !
- En espérant que ce rêve devienne un jour une réalité, soupira Harlock.
- Qu'en pense mon père ? S'enquit Ryo qui compatissait à la détresse de son ami.
- Il pense que si les Mazones « défaillants » ont trouvé une planète tranquille pour s'installer Ellie pourrait revenir chercher les gamins mais j'en doute.
- Pourquoi ? S'étonna Nynna. Elle ne tiendra jamais sans ses petits !
- Elle a signé un papier qui indiquait qu'elle renonçait à ses droits parentaux, révéla Harlock alors qu'une larme roulait sur sa joue. Elle a renoncé à eux pour les protéger.
Nynna ne répondit pas. Elle imaginait sans peine la douleur atroce d'Ellie en signant les papiers. Elle comprenait mieux pourquoi son amie était dans un tel état. Ce voyage représentait pour elle une longue et cruelle agonie. Les petits ayant fini leur compote, Nynna et le capitaine les replacèrent sur leur tapis de jeu. Nynna décida de changer de sujet de conversation pour remonter le moral d'Harlock qui descendait en flèche avec l'inquiétude qui était en train de le submerger.
A deux kilomètres de là, Emily et Arnold discutaient joyeusement avec Amy ainsi que son époux George pendant que leur neveu et leur nièce jouaient sur le sol du salon. On sonna à la porte et Emily alla ouvrir. Elle vit en ouvrant celle-ci, un prêtre accompagné par une religieuse qui proposaient à la vente des barres chocolatés dont les bénéfices devaient aller à une œuvre de charité. Emily, confiante, les fit entrer et les amena jusqu'au salon où ils saluèrent tout le monde avant de sortir des armes semi-automatiques. Ils visèrent en premier les maris qu'ils abattirent d'une balle dans la tête puis alors que les deux femmes se précipitaient sur les enfants pour les protéger, ils les abattirent de plusieurs tirs dans le dos au niveau du cœur. Les petits hurlaient et ils les tuèrent eux aussi de la même manière que George et Arnold. Ils quittèrent ensuite les lieux en cachant leurs armes équipées de silencieux sans laisser de trace. Les tueurs embauchés par Helena contactèrent ensuite leur commanditaire pour leur signifier que les enfants d'Eliza Zone étaient morts. Helena en apprenant cette nouvelle sourit cruellement de contentement. Désormais elle était sûre d'avoir le capitaine de l'Arcadia.
Nelly Watson, la voisine des Stewart était une gentille vieille dame qui vivait seul avec son chat depuis le décès de son époux. Elle allait régulièrement discuter avec sa voisine qui l'aidait beaucoup. Nelly à cause de son âge ne pouvait plus faire certaines choses elle-même et, alors qu'elle voulait lancer sa tondeuse automatique, elle s'aperçut que les pâles en acier de celle-ci étaient bloquées par un bout de métal qu'elle essayât vainement d'enlever. Bien embêtée, elle décida d'aller demander de l'aide à Arnold. Elle traversa son jardinet et alla sonner à la porte de ses voisins. Elle fut surprise que personne ne vienne lui ouvrir car les Stewart devaient être là, elle voyait leur voiture garée dans l'allée du garage. Elle se dit qu'il devait peut être se trouver dans le jardin et elle contourna la maison. A sa grande surprise elle ne trouva personne. Elle traversa la petite terrasse puis elle regarda par la bai vitrée. Ce qu'elle vit lui glaça le sang d'horreur. Elle resta plusieurs secondes choquée, incapable du moindre mouvement puis elle sortit son portable de sa poche et contacta la police.
Ryo sachant où habitaient les parents adoptifs de Frank et Marie avait demandé au chef Patrick de veiller sur eux. Celui-ci programma le service des messages d'urgence pour qu'au cas où ils leur arrivaient quelque chose, il en soit averti de jour comme de nuit. En recevant le message, indiquant qu'il y avait eu un massacre à cette adresse, il pâlit et décrocha en tremblant le communicateur pour parler au service des urgences.
-Est ce qu'une unité est déjà partie ? Non, ne l'envoyez pas je vais me rendre sur place avec le légiste et un gars de la scientifique. Est ce qu'il y a des survivants ? Aucun. Je vais partir de suite, annonça-t-il d'une voix blanche.
Il mit sa veste de policier puis sa casquette. Pâle comme un linge, il traversa les couloirs du commissariat puis il alla chercher le médecin légiste ainsi qu'un officier de la police scientifique. Ils prirent un vaisseau de transport de la morgue qu'il pilota jusque chez devant les Stewart. Il vit, alors que son vaisseau était tout près des lieux du crime, les urgentistes occupés à réconforter une vieille dame en état de choc qu'ils avaient placé dans l'ambulance. Le chef posa le vaisseau et les trois hommes descendirent. Roger s'approcha des ambulanciers d'un pas rapide, très inquiet de ce qu'il allait apprendre.
- Comment va-t-elle ? S'enquit-il angoissé.
- Très mal, on va devoir l'emmener aux urgences, elle pourrait bien faire une attaque, indiqua l'ambulancier.
- Emmenez-la, je l'interrogerai plus tard, autorisa-t-il.
Le médecin légiste et le policier de la scientifique étaient déjà entrés. Le cœur battant, il se dirigea vers la maison. Il entra lentement. Il marcha doucement vers le salon où il vit les corps au sol dans une mare de sang, il regarda les deux hommes dans le canapé les yeux grands ouverts reflétant l'horreur de leur fin. Le médecin légiste vérifiait la température des corps pendant que le scientifique prenait des photos et commençait à effectuer des prélèvements. Le médecin légiste dont le regard montrait l'horreur absolue observa le chef de la police, attendant qu'il demande enfin ses premiers résultats d'examen. En le voyant, pâle, près de défaillir il décida de donner ses impressions sans attendre.
- Nous avons six victimes, deux couples au vu de leurs alliances et deux enfants en très bas âge, un petit garçon ainsi qu'une petite fille. Les hommes ont probablement été abattus en premier, ensuite les femmes qui ont dû vouloir protéger les enfants. J'ai trouvé des gouttes de sang gravitationnelles qui montrent qu'elles les ont protégés de leurs corps alors que les tireurs faisaient feu. Ils ont ensuite enlevé les corps des femmes et abattu les enfants qui étaient en dessous, annonça-t-il d'une voix blanche.
Le chef Patrick regarda les photos sur les murs et s'approcha des corps.
- N'avancez pas plus monsieur, ils ont tiré dans la tête des enfants, ils sont méconnaissables, révéla le médecin en essuyant les larmes qui commençaient malgré lui à couler.
Le chef après cela sortit de la maison et alla vomir le plus loin possible de la scène du crime. Il regarda à nouveau vers le domicile des Stewart, il ne se sentait plus le courage d'y entrer. Pour lui c'était vraiment trop monstrueux. Il se demandait comment il allait pouvoir révéler à Harlock que ses enfants avaient été assassinés. Il respira profondément, son rythme cardiaque s'emballait sous le coup de l'angoisse. Il savait qu'il devait y retourner pour inspecter les lieux mais il avait peur que la douleur qu'il ressentait ne l'empêchât de faire son travail correctement. Il laissa quelques larmes couler pour que la pression émotionnelle qu'il ressentait s'échappe un peu puis il retourna vers la maison. Il entra à nouveau dans le salon et observa la scène du crime. Tout était en ordre, rien n'avait été déplacé ni aucun meuble fouillé.
- Tueurs à gage, conclut-il froidement.
- J'ai l'identité de quatre des victimes, pour les enfants il faudra que je fasse un test ADN. Nous avons Arnold et Emily Stewart puis Amy et George Prisanes. J'ai pu les identifier grâce à leur papier d'identité. Amy est la sœur d'Emily je viens de contacter le central pour leur demander des précisions. Je peux emmener les corps ? Demanda le médecin écœuré.
- Oui. Faites les autopsie le plus vite possible, ordonna-t-il, mais en secret.
- Pourquoi ? S'étonna le médecin.
- C'est un dossier sensible et je ne veux pas que quoi que ce soit ne s'ébruite dans la presse jusqu'à ce que je donne mon accord est-ce clair ?
- A vos ordres.
Le chef Patrick sortit de la maison. Il retira ses gants ainsi que ses recouvres chaussure. Il descendit l'allée puis il regarda la rue. Il se demandait si les tireurs étaient encore présents. La petite rue était très coquette. Il y avait beaucoup de maisons espacées avec des jardins. Certains tourniquets étaient en route et arrosaient les pelouses. Il s'avança vers la maison qui se trouvait en face. Il trouva un adolescent en train de réparer sa bicyclette. Il semblait avoir treize ou quatorze ans tout au plus.
- Bonjour jeune homme, le salua le chef en lui faisant un gros sourire.
- Bonjour monsieur, le salua le jeune en s'essuyant les mains sur un chiffon.
- Tu as des problèmes avec ton vélo ? L'interrogea-t-il pour entamer la conversation en douceur.
- La chaîne ne fait que dérailler. Vous voulez voir mes parents ? S'inquiéta le jeune.
- Non, sourit-il. Tu travailles dessus depuis longtemps ?
- Depuis le début de l'après-midi, indiqua-t-il rassuré.
- Tu es resté tout le temps devant la maison ?
- Pratiquement. Qu'est-ce qui se passe chez les Stewart ?
- Ils ont été assassinés, révéla le chef gravement. Est-ce que tu as vu quelqu'un s'approcher de la maison ?
- J'ai vu un prêtre et une religieuse aller vers la maison et madame Stewart les a fait entrer.
- Est ce que tu as vu leur visage ?
- Non monsieur, ils étaient de dos et je suis allé chercher des outils au garage, je suis désolé de ne pouvoir vous aider plus que cela. Monsieur et madame Stewart étaient des gens si gentils.
- Tu m'as bien aidé, je te remercie mon garçon.
Le chef s'éloigna et l'adolescent le salua de la main. Le piège des tueurs était parfait. Qui peut soupçonner un prêtre et une religieuse ? Des policiers sûrement mais pas des gens qui vivent simplement. Il prit le téléphone et contacta Ryo Kimura mais celui-ci ayant laissé son portable dans la voiture ne répondit pas. Il contacta alors le central.
- Ici le chef Patrick numéro de matricule un deux cinq huit sept neuf deux, j'aurai besoin que vous me géolocalisiez Ryo Kimura, je vous envoie son numéro de portable. Activer le traceur GPS et transférer les données sur mon portable ! Merci.
Il attendit quelques minutes puis le signal GPS et les relevés cartographiques arrivèrent. A sa grande surprise, il vit que Ryo n'était pas très loin de là. Il se trouvait près des bois du parc Miros. Le chef ne savait comment il allait annoncer la terrible nouvelle de l'informaticien. Celui-ci était un ami très proche du capitaine de l'Arcadia, cela risquait de l'anéantir. Qui plus est, il ne savait pas du tout comment allait réagir le capitaine aussi contacta-t-il le docteur Kimura pour que celui-ci le rejoigne au commissariat. Il appela une compagnie de taxi et attendit devant la maison. Il regarda le médecin légiste aidé du scientifique emmener les corps dans le vaisseau. Le plus dur pour lui fut de voir les deux petits sacs emmenant les deux enfants. Le taxi arriva et le chef lui donna les données GPS sont il disposait. Alors qu'il quittait les lieux, il vit le vaisseau de la police partir pour la morgue. Il arriva rapidement et paya la course. Il s'avança dans le parking et reconnu la voiture de Ryo. Il comprit que le portable était resté à l'intérieur. Il prit le chemin de randonnée en pensant que le chef du gouvernement était venu faire du sport dans cette forêt, incognito. Il marcha un long moment et les gens qui se promenaient se demandaient ce qu'un officier haut gradé de la police, qui plus est en tenue, pouvait bien faire dans cet endroit. En entendant des rires, il prit un petit chemin qui le mena près d'une aire de pique-nique et ce qu'il vit le cloua sur place. Le capitaine de l'Arcadia avait ses deux bambins sur les genoux et discutait calmement avec Ryo et Nynna comme ferait n'importe quel groupe d'amis. Il s'approcha, très pâle et les cinq visages se tournèrent vers lui.
- Qu'est ce qui ne va pas Roger ? S'inquiéta Ryo en voyant le chef abasourdi.
- Je ne m'attendais pas à cela. Je viens de chez les Stewart, bégaya-t-il.
- Qui est ce ? S'enquit Harlock auprès de Nynna.
- C'est Roger Patrick, le chef de la police, un ami de Ryo et un des premiers résistants, annonça-t-elle fièrement.
- De quoi tu parles Roger ? Qu'est-ce qui se passe ? S'angoissa Ryo.
- Vous êtes là depuis longtemps ? Interrogea Patrick qui reprenait ses esprits.
- Depuis le début de l'après-midi, indiqua Ryo.
- Personne ne vous a vu ? Aucun randonneur ? Insista le chef de la police.
- Je n'ai croisé personne, révéla Harlock, je suis arrivé le premier.
- On a bien croisé quelques randonneurs Nynna et moi mais ensuite on est resté tout le temps avec Hans et ses jumeaux.
- Vous allez faire ce que je vous dis, ordonna le chef de la police, vous récupérez vos affaires et vous allez tous prendre la même voiture. Je n'ai pas vu votre coupé sport capitaine, vous êtes venu avec une voiture d'emprunt ?
- Celle de mon majordome pourquoi ?
- C'est parfait. Ryo tu conduis et Nynna se placera devant avec toi. Capitaine, vous allez prendre vos enfants et vous placez à l'arrière avec eux. Vous allez les cacher avec une couverture. Personne ne doit les voir !
- Par cette chaleur ! Il n'en est pas question ! Se révolta Harlock.
- Ryo mettra la clim à fond et je ne vous demanderai pas cela si ce n'était pas une question de vie ou de mort.
Harlock regarda le chef de la police dans les yeux et ce qu'il vit l'inquiéta. Il devait y avoir un grave problème. Nynna et Ryo prirent les jumeaux et Harlock rangea les affaires. Il s'apprêtait à préparer la poussette lorsque le chef l'interrompit.
- Vous ne pouvez pas l'utiliser ! On va la planquer dans un bosquet ! Il va falloir que vous portiez les petits jusqu'à la voiture en passant à travers bois. Hors de question de prendre le risque qu'un randonneur les voit ! Intima-t-il froidement.
Ryo comprenant la gravité de la situation plaça Marie dans les bras de son père et plia la poussette. Il la cacha derrière un bosquet d'arbre, sans être vu et la recouvrit de feuilles mortes ainsi que de mousse. Il revint ensuite rapidement et mis le sac de voyage d'Harlock contenant les affaires des enfants sur l'épaule. Il donna à Frank son dauphin en peluche que le petit recueillit comme un précieux trésor puis il fit un signe de la tête à Harlock pour que celui-ci se décide à passer à travers bois. Le capitaine regarda Nynna qui lui fit un signe positif de la tête en installant confortablement Frank dans ses bras puis Harlock commença à avancer.
- Je passe en premier, indiqua le chef. Je ne tiens surtout pas à ce que l'on se fasse surprendre sur le parking.
Ils ne pouvaient pas avancer très vite car le terrain était en pente et les branches demandaient une attention constante. Ils arrivèrent aux abords du parking vingt minutes plus tard et le chef leur fit signe de se placer derrière un bosquet. Il atteignit le bitume puis il inspecta les lieux. Il n'y avait aucune caméra de vidéosurveillance et la zone était déserte. Il fit signe à Ryo qui demanda ses clefs à Harlock. Ryo le rejoignit et appuya sur le bouton d'ouverture automatique des portes. Il ouvrit le coffre et plaça le sac à l'intérieur qu'il referma prestement en voyant un groupe de randonneurs passer. Le cœur battant, il fit semblant de discuter avec le chef de la police puis une fois que ceux-ci eurent quitté le parking, il alla chercher Nynna et Harlock. Le capitaine installa les petits sur la banquette en râlant de ne pas avoir pris de siège auto de peur que ses domestiques ne les voient et ne finissent par informer Helena qu'il était en contact avec ses enfants. Il se plaça à leur droite et le chef de la police à leur gauche. Ryo s'installa eu volant, Nynna à ses côtés. Le chef de la police plaça une couverture sur les petits et Ryo démarra puis quitta rapidement le parking en ayant au préalable poussé la clim au maximum.
- Pourriez-vous me dire ce qui se passe ? S'impatienta Harlock
- Pas ici, décida le chef de la police. Je préfère vous parlez au calme, croyez-moi capitaine cela vaudra mieux.
- Où est ce qu'on va Roger ? S'enquit Ryo en le regardant dans le rétroviseur.
Le chef regarda sa montre. Les heures de travail d'Ann-Lynn Chambers et de son équipe étaient terminées et vu que les autres inspecteurs étaient en vacances l'étage où ils étaient installés serait désert.
- On va au commissariat. Tu vas te garer au parking souterrain, on prendra les escaliers de secours pour être tranquille, j'ai le code pour couper les alarmes. Fais gaffe aux limitations de vitesse. Il ne faut surtout pas qu'on se fasse arrêter par les flics. Prends mon portable et sers-toi du logiciel qui permet de voir l'évolution des bouchons en temps réel, hors de question d'être coincé dans l'un d'entre eux en pleine heure de pointe.
Nynna prit le téléphone et fit les réglages. Elle plaça ensuite sur le tableau de bord et guida son mari. Ils arrivèrent en une demi-heure, Ryo respectant scrupuleusement les feux rouges et les limitations. Le chef donna son code d'accès et le portail du parking souterrain s'ouvrit. Ryo se gara près de la porte qui menait aux escaliers de secours. Le chef empêcha le capitaine de retirer la couverture. Il descendit du véhicule pour observer les lieux. Il savait qu'il n'y avait aucune caméra de surveillance à cet endroit et il s'assura qu'il n'y avait personne. Il entra ensuite le code sur le clavier situé à droite de la porte puis il ouvrit celle-ci en grand. Il fit signe aux personnes présentes de descendre et Harlock put enfin retirer la couverture qui se trouvait au-dessus de ses petits avec soulagement. Il vérifia leur température puis il sortit d'abord Marie, ensuite Frank que Nynna se chargea de surveiller le temps qu'il sorte le sac du coffre. Il mit le sac sur son épaule et ses deux enfants dans ses bras. Le chef ouvrit la marche et Ryo ferma la porte une fois que tout le monde fut dans les escaliers. Le chef emmena tout ce petit monde dans la salle de repos des inspecteurs où Harlock posa ses enfants sur le canapé. Les deux petits nullement inquiets étaient tout sourire et ne semblaient pas se préoccuper des inquiétudes de toutes les grandes personnes qui les entouraient. Le capitaine prépara deux biberons de boisson fraîche qu'il donna à ses enfants qui ne se firent pas prier pour boire.
- Ils ont dû mourir de chaud sous la couverture, s'inquiéta Harlock.
Il prit un thermomètre électronique qu'il plaça dans l'oreille de chacun de ses enfants.
- Ils ont de la fièvre ? S'enquit Nynna
- Non, ça va.
- Tu peux nous expliquer ce qu'il se passe Roger ? Ragea Ryo.
Le policier regarda les deux enfants et leur père.
- Je crois que vous devriez vous asseoir capitaine, conseilla-t-il.
Alors qu'il prononçait ces mots le docteur Kimura entra dans la salle. Il sourit en voyant les deux bébés d'Harlock puis il alla embrasser son fils ainsi que sa belle-fille.
Harlock s'assit et surveilla ses enfants qui s'amusaient avec le dauphin tout en vidant leur biberon.
- Comment se fait-il que vous fussiez au parc ? Interrogea le policier.
- Emily et Arnold m'ont accordé le droit de passer l'après-midi avec mes enfants, révéla Harlock agacé par toutes ces questions.
- C'est vraiment très gentil de leur part, affirma le chef tristement.
« Et ce qui leur a probablement sauvé la vie, pensa le chef de la police »
- D'ailleurs je dois les ramener dans une heure donc si cela ne vous dérange pas on pourrait faire vite, râla Harlock.
- Je suis au regret de vous annoncer le décès d'Arnold et Emily Stewart ainsi que d'Amy et George Prisanes. Ils ont été assassinés cet après-midi.
- Quoi ? S'exclama Harlock horrifié. Vous devez vous trompez !
- Non capitaine, j'ai vu les corps et l'identification ne fait aucun doute.
- Les enfants ! Se rappela Harlock, pâlissant brusquement. Les enfants d'Amy et de George vont bien ? Ils ont deux enfants, un petit garçon et une petite fille !
En voyant le silence obstiné du chef de la police qui venait d'apprendre l'identité des deux petites victimes, il se leva brusquement et lui fit face.
- Je suis désolé capitaine.
Le cœur d'Harlock s'emballa. Il regarda ses deux bouts de chou puis il se rappela les précautions prises par le chef Patrick.
- Oh non ! S'exclama-t-il en pâlissant.
- Hans, calmez-vous ! Ordonna le médecin en le saisissant par le bras. Respirez à fond. Pensez à vos enfants, il faut que vous vous ressaisissiez !
Il fit s'asseoir Harlock et le chef reprit.
- Le travail a été fait par des professionnels. Il n'y a pas eu d'objets volés ou détruits et personne n'a entendu les tirs pas même la voisine la plus proche. Qui savait pour vos enfants à par Nynna, Ryo et moi ?
- Oscar de Péhant mais cela ne peut pas être lui, il m'a aidé à obtenir le droit de visite, révéla Harlock d'une voix blanche. Ensuite...
Il réfléchit que quelques secondes et fit le lien directement avec Helena. Il ne comprenait pas pourquoi celle-ci aurait ordonné l'assassinat de ses enfants sauf si elle craignait que le capitaine ne lui échappe et renonce au mariage.
- Helena Svlotiania, lâcha-t-il en serrant les poings de colère.
- Vous en êtes sûr ? Insista le chef de la police.
- Elle est l'un des seconds du roi Von Kiel. L'organisation dispose d'une équipe de tueurs à gage. Elle a très bien pu faire appel à leurs services, expliqua Harlock au bord de l'explosion. J'ai dû emmener les tueurs jusque chez les Stewart. J'ai pourtant vérifié à chaque fois que je n'étais pas suivi.
Harlock se leva brusquement et se dirigea vers la sortie. Ryo ayant anticipé son geste se plaça en travers de la porte.
- Dégage de là Ryo ! Ordonna-t-il menaçant.
- Hors de question ! S'exclama Ryo fermement. Tu dois te calmer d'abord.
- Elle a fait assassiner six personnes pour s'assurer que je finisse dans son lit ! Explosa Harlock. Je vais juste l'interroger.
- Avec quelle méthode ? Pour Helena on peut régler cela plus tard ! Il faut d'abord mettre tes petits en sécurité ! Ensuite je pense qu'il vaudrait mieux te relever de cette mission, décida Ryo.
- J'ai commencé je vais jusqu'au bout ! S'obstina Hans.
- Alors dans ce cas tu ne dois pas montrer ce que tu ressens, lui conseilla Ryo. Elle doit croire qu'elle a gagné et je te promets une chose, il n'y aura pas de procès pour elle. Le moment venu je te laisserai libre de te débarrasser d'elle ! Je ne laisserai pas une tueuse d'enfants s'en sortir en toute impunité !
Les deux hommes se regardèrent dans les yeux et Harlock vit que Ryo jouait franc jeu. Le chef du gouvernement était en colère et il ressentait de la haine pour cette femme. C'était la première fois que le capitaine voyait chez l'informaticien un regard pareil.
- Très bien, je serai le plus parfaits des bonimenteurs, accepta Harlock vu que j'ai ta parole et je sais que tu es un homme d'honneur. J'accepte d'attendre.
- Il faut une planque pour les bébés, indiqua Nynna.
Ryo respira profondément et réfléchis quelques minutes.
- Je sais où on peut les cacher. Ils y seront en sécurité. Nann, qui a travaillé avec moi au sein de la Résistance a repris la petite ferme bio de ses parents, elle pourra accueillir et cacher tes enfants le temps qu'on boucle cette affaire, assura Ryo.
- Parfait. Il me reste plus qu'à faire un rapport bidon. Je vais faire croire que vos enfants ont bien été tués eux aussi et que les enfants d'Amy et George ont atterri à l'orphelinat. Je vais m'arranger avec le légiste. Je ferai ensuite un nouveau rapport indiquant que les enfants ont disparu probablement victime d'un prédateur sexuel.
- Tu risques gros Roger en faisant cela, s'inquiéta Ryo.
- Je sais mais c'est bien toi le chef du gouvernement non ? Sourit le chef de la police. Tu me couvriras si l'affaire finit par s'ébruiter. On va attendre que la nuit tombe ensuite on emmènera les enfants à l'abri.
Harlock retourna s'asseoir près de ses enfants et des larmes s'échappèrent de son œil valide. Pour lui ce crime était une abomination impardonnable et il allait faire payer chèrement à l'aristocratie son arrogance. La nuit arriva enfin et ils retournèrent à la voiture. Ryo prit la direction de la ferme de Nann. Ils traversèrent la ville en silence, Harlock à l'arrière de sa voiture, veillant sur ses enfants. Ryo avait contacté Nann pour lui indiquer qu'il était confronté à un problème grave et celle-ci avait ouvert les portes du garage jouxtant le corps de ferme pour que Ryo s'y gare directement. Elle fut très surprise en voyant le capitaine de l'Arcadia et deux petits qui devaient avoir une vingtaine de mois. Elle ferma les portes du garage et les fit entrer par la porte qui permettait d'accéder directement à l'entrée de la ferme. Elle les emmena à la cuisine et Ryo lui exposa la situation.
- Je sais que c'est dangereux mais tu acceptes de les garder ? S'enquit Ryo embarrassé de devoir lui demander de prendre un tel risque.
- Sans problème Ryo. J'ai plusieurs chambres de libre mais je n'ai pas de lit d'enfants. Ils vont devoir dormir dans un grand lit pour cette nuit, accepta Nann en souriant.
- Je vais rester avec eux ce soir, proposa Harlock.
- C'est impossible, assura Ryo. Il faut que tu rentres chez toi, les aristos pourraient trouver ton absence prolongée très louche.
- Je vais rester avec eux Hans, décida Nynna. Rentre chez toi prendre un peu de repos. Tout ira bien.
- Quand est ce que je pourrai revenir les voir ? S'enquit Harlock tristement.
- On va s'organiser pour que tu puisses les voir régulièrement. Ils vont avoir besoin de toi ! Affirma Ryo. Rentre chez toi. Nynna a raison, il faut que tu te reposes un peu.
Ryo serra Harlock dans ses bras puis Nynna vint embrasser l'ancien pirate. Harlock alla embrasser ses enfants puis il partit le cœur serré. Il savait qu'il pouvait confier ses enfants à Ryo et Nynna sans problème mais il supportait de moins en moins d'être séparé d'eux. Ryo sortit dans la cour et regarda la voiture de son ami s'éloigner tous feux éteints. Ryo savait que le capitaine souffrait et il ferait tout ce qu'il pourrait pour l'aider. Il retourna à l'intérieur où il trouva Nynna en train de préparer les petits pour les mettre au lit. Elle était si souriante en s'occupant des enfants que Ryo se jura de tout faire pour lui en donner.
