Chapitre 19 : Manipulation

L'examen pour Harlock fut assez éprouvant. Il comprenait, que parce que Ryo se trouvait impliqué, Ken Kimura refusait que l'affaire soit enterrée. Il voulait obtenir justice pour son enfant et faire payer à Oscar toutes les atrocités qu'il avait commise. Ce regrettable incident qui avait mis Harlock et Ryo dans le même lit forcerait le capitaine à tout révéler pendant le procès, ce qui l'angoissait énormément. Il s'inquiétait des réactions de son équipage lorsqu'il apprendrait les faits alors que le scientifique prenait des photos des marques laissées par Ryo. Tout comme pour le chef du gouvernement lorsqu'il fallut passer à la suite, le scientifique sortit. Ken à l'extérieur avait envisagé de rester auprès d'Harlock mais il savait qu'il avait en face de lui un homme fier qui risquait de lui exploser à la figure s'il lui proposait son aide. Le docteur Kimura s'en voulait. En tant que psy de la police il n'avait jamais forcé la main d'une victime mais à présent que son fils était impliqué, il ne voulait laisser aucune chance au duc de Péhant de s'en sortir. Il fallait libérer la galaxie de ce pervers. Ryo et Nynna rejoignirent le médecin dans l'entrée.

- Pourquoi est-ce si long ? S'inquiéta Ryo.

- Je ne sais pas, Avoua Ken.

- Je lui aurai fait du mal ? Trembla Ryo.

- Calmes-toi. Je ne pense pas. Les blessures que lui avait infligées le duc étaient guéries depuis longtemps, Assura-t-il. Je pense que Bob y va plus lentement car il sait que ce n'est pas la première fois qu'Harlock passe par là. Et tu avoueras que ton ami n'est pas toujours très coopératif.

- Je sais. Mais je l'apprécie comme il est. Soutint Ryo en souriant. Est-ce que je peux voir l'enregistrement ?

- Je ne sais pas si c'est souhaitable. Si tu le vois tout va te revenir et je ne sais pas si tu es prêt à supporter cela, Douta Ken.

- Ça ira papa. Je veux savoir si je peux m'en servir.

- Pardon ? Paniqua Ken.

- Ne poses pas de question et file-moi l'enregistrement ! Ordonna Ryo fermement.

Ken hésita et regarda son fils. En voyant son regard calme et déterminé, il céda et alla prendre la tablette posée sur le guéridon. Il la donna ensuite à son fils qui s'éloigna et commença la lecture. En regardant les images petit à petit le film de la soirée lui revint en mémoire. Les avances faites à Harlock et la totalité des actes. Il passa les rapports intimes en accéléré puis il rendit la tablette à son père.

- Hans ne doit pas voir cela, Décida-t-il fermement.

- Et pour lui rendre la mémoire je fais comment ? S'enquit Ken en souriant.

- Tu es psy non ? Tu peux utiliser des stimulateurs de mémoire mais ne lui montre pas cela. Je crois qu'il serait beaucoup trop choqué et qu'il ne supporterait pas de voir ce que nous avons fait ensemble.

- J'ai une petite question à te poser et je t'interdits de te défiler, Intima le médecin Dans ton for intérieur, est-ce que tu ne souhaitas pas effacer ce que le duc lui avait fait ?

- Tout comme toi, Soutint Ryo embarrassé.

- Je t'avais dit de ne pas te défiler, reprocha le psy en souriant.

- Oui, j'aurai été prêt à tout pour l'aider et j'ai regretté de ne pas être à voile et à vapeur pour pouvoir lui témoigner la tendresse nécessaire pour lui faire oublier ce que cette brute lui avait fait. T'es satisfait ? S'énerva-t-il Si j'avais pu me douter qu'avec de la Crazy Sex c'était faisable...

- Ne dis surtout pas cela au procès ! Le coupa Ken sèchement. Cela se retournerait contre vous deux !

- Tu crois peut-être que je ne le sais pas ? S'exclama durement Ryo. En tout cas, je vais pouvoir me servir de ce film pour faire enrager l'autre pervers !

Ryo eut un sourire cruel aux lèvres, ce qui inquiéta fortement son père.

- Qu'est-ce que tu comptes faire ? S'inquiéta Harlock qui sortait de son examen.

- Je suis invité au mariage d'Oscar de Péhant. Je pensais que l'invitation avait été faite pour la forme mais à présent j'ai des doutes. Avant qu'il n'aille s'occuper de sa jeune épouse, je compte aller lui parler de la petite nuit que nous avons passée ensemble et lui décrire tout ce dont il n'a pas eu droit de ta part, Ricana Ryo.

En entendant cela, le capitaine de l'Arcadia pâlit. Le père de Ryo était catastrophé, si son fils jouait avec les appétits d'un tel pervers cela pourrait bien se retourner contre lui.

- Je t'interdits de faire cela ! Il serait bien capable de s'en prendre à toi ! S'inquiéta Harlock.

- Je suis prêt à en prendre le risque et de toute manière il filera ensuite en voyage de noce. C'est sans danger. C'est juste histoire de lui faire mal car ce malade bien qu'il agisse comme un monstre envers toi est follement amoureux du capitaine de l'Arcadia. De savoir que tu as passé la nuit avec moi cela va lui faire tellement mal que j'espère bien le faire sortir de ses gonds ! Tu ne m'empêcheras pas de le faire Hans ! J'aurais même besoin de ta participation, Insista Ryo avec un sourire cruel aux lèvres.

Ken réfléchissait. L'idée de son fils se basait sur un risque calculé. Son fils était entouré de garde du corps faisant partie de la Résistance. Adrian Moore dirigeait même le service de sécurité. En tant que psy il savait que la jalousie pouvait faire faire aux suspects des erreurs, ou dire des choses qu'ils tairaient en temps normal. De plus Ryo n'avait pas tort sur la folie amoureuse d'Oscar. Elle pourrait facilement se retourner contre lui. Cela avait d'ailleurs déjà commencé car en utilisant de la Crazy Sex non coupée il avait révélé au policier chargé de réunir des preuves contre les malversations des aristocrates que c'étaient eux qui produisaient cette drogue et qui la mettaient sur le marché.

- On peut prendre le risque Hans, Assura Ken après plusieurs minutes de réflexion.

Harlock pâlit, horrifié.

- Qu'est-ce que tu en dis mon chou ? On rejoue la première scène de notre film porno ? Proposa Ryo en faisant un franc sourire à son ami.

Ken regarda du côté du capitaine qui ne répondait pas et fixait Nynna de son œil valide. Celle-ci sourit.

- Je suis d'accord avec mon mari, Affirma celle-ci. Et puis vous n'avez qu'à juste faire semblant de vous draguez un peu en vidant quelques verres de red bourbon. Ce n'est pas insurmontable.

- Ca ne te dérange pas que ce film puisse finir par se trouver en circulation ? Douta Harlock.

- Ne t'inquiètes pas Hans. Je suis informaticien. Je vais y mettre un virus qui l'effacera après sa première lecture, Indiqua Ryo. Oscar ne bénéficiera du spectacle qu'une seule fois.

- Ce qui à mon avis est déjà de trop ! S'énerva Harlock. De loin, je préfère les combats spatiaux ! Cette guerre feutrée ma tape sur les nerfs !

- Je suis bien d'accord, Avoua Ryo tristement. Moi aussi il me tarde que toute cette affaire se finisse pour que je puisse enfin quitter le gouvernement et reprendre une vie normale.

Harlock se radoucit. Il n'était pas le seul à souffrir et il savait que l'informaticien aussi était à bout et ce même si il s'efforçait de garder un visage souriant pour ne pas inquiéter son entourage.

- Très bien, Céda-t-il.

Le tout fut organisé et les caméras remisent en place. Nynna trouva une carafe propre identique à celle du film avec son assortiment de verres et la remplit d'une bouteille neuve de red bourbon. Elle l'installa à la place de l'autre qui avait été placée sous scellé avec les verres puis les deux hommes reprirent au moment où Ryo arrivait dans le salon. Pour Harlock qui savait pour les caméras, la chose était pratiquement impossible à faire ce dont Ryo se doutait. Ce fut pourquoi ils s'entraînèrent toute l'après-midi et firent le tournage de nuit. Le capitaine, une fois rodé joua son rôle sans problème. Cela commença à bloquer au moment du baiser et lorsqu'il fallut le faire, il resta figé, le regard dur, face à un Ryo qui éclata de rire.

- Si ça continue comme ça, on va y passer la nuit, Conclut-il en souriant.

Harlock tenta de se détendre en respirant profondément. Ce n'était pas la première fois que Ryo et lui jouaient ce genre de petite comédie mais auparavant ils n'avaient jamais fini dans le même lit. Et alors qu'il recommençait une nouvelle fois Ryo le prit de court et l'embrassa fougueusement sur les lèvres dans l'exacte position où il se trouvait dans la première vidéo au moment du premier baiser. Harlock surpris, se laissa faire et Ryo rompit le baiser en souriant et en lui faisant un clin d'œil.

- Ce n'était pas si difficile tu vois, le rassura Ryo.

Il vit la colère d'Harlock poindre le bout de son nez et sourit franchement en se disant que le processus était bel et bien en route, Harlock redevenait l'homme qu'il était avant les atrocités que lui avait fait subir le duc. Même s'il ne le montrait pas, l'informaticien était vraiment soulagé.

- Crois-moi, la curiosité du duc va nous aider car en modifiant les codecs vidéos je peux m'arranger pour qu'elle ne puisse être lisible que sur du matériel informatique et en y glissant un cheval de Troie je vais pouvoir pirater la tablette du duc ou son ordinateur et commencer à rassembler des données.

- Il ne risque pas de trouver cela étrange que la vidéo ait des problèmes ? S'inquiéta Harlock.

- Crois-moi, il sera tellement pressé de vérifier mes assertions qu'il ne réfléchira même pas ! Je vais le chauffer à fond et il sera en ébullition ! Avec un cerveau en surchauffe, il ne réfléchira même pas ! Soutint Ryo en riant.

Harlock sourit, Ryo avait peut-être raison, cela pourrait même être amusant de faire enrager le duc de Péhant. Ryo retourna dans la chambre et emmena le film. Il emprunta au capitaine son ordinateur et accéda au service des communications du siège du gouvernement par un système sécurisé.

Yattaran aidé de Kei passait des heures à surveiller la galaxie à la recherche des mystérieux vaisseaux qui attaquaient les transports stellaires. Ils se servaient de plusieurs satellites militaires débloqués par le général Martin. Ryo savait exactement quel logiciel espion il voulait mais celui-ci étant dans un accès réservé il ne pouvait l'atteindre par un ordinateur extérieur au service des communications. Il se mit en relation avec le premier lieutenant de l'Arcadia qui observait un astéroïde minier abandonné depuis longtemps.

- Yattaran, Annonça le lieutenant pour se présenter.

- Salut, c'est Ryo. Toujours rien concernant nos mystérieux vaisseaux ?

- Que dalle ! Je commence à croire qu'il va falloir attendre qu'ils passent à l'action.

- Avec un peu de chance, on réglera leur compte aux aristos avant qu'ils ne le fassent. J'ai besoin que tu m'envoies mon cheval de Troie qui est dans le fichier DLvingt-trois.

- Une minute, Indiqua Yattaran en fouillant les fichiers disponibles.

Il cliqua sur l'icône et prépara un mail en mettant le logiciel à l'intérieur.

- Je te l'envoie à quelle adresse

- Celle de Hans, Indiqua Ryo.

Un silence se fit entre les deux hommes.

- Harlock, Rectifia Ryo.

- Il s'appelle Hans ! S'étonna Yattaran en riant. Je ne savais même pas qu'il avait un prénom ! J'ai même cru un moment que son prénom c'était capitaine ! C'est bon c'est envoyé !

- Merci Yattaran.

La communication fut coupée et Ryo fit une copie du film qu'il enregistra sur un disque de données. Il modifia ensuite la vidéo d'origine et maquilla le time code ainsi que la date d'enregistrement. Le duc n'y verrait que du feu et comme il n'aurait droit qu'à une seule visualisation il ne pourrait même pas faire analyser le film. Ryo plaça l'enregistreur à l'endroit prévu et redescendit les escaliers en ayant au préalable purgé l'ordinateur d'Harlock de toutes les informations concernant les manipulations et le mail. Il redescendit en souriant aux personnes regroupées dans le salon.

- Tout est prêt, Annonça Ryo.

- Tu tiens vraiment à garder les preuves Ken ? S'enquit le chef de la police.

- Certain. Si elle finissait à la police, elle pourrait malencontreusement disparaître et je n'y tiens pas.

- La dessus je te comprends. J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de taupes, Révéla le chef Patrick. En plus je ne peux même pas savoir si elles travaillent pour les aristos ou pour les irréductibles.

- Ils ne sont toujours pas calmés ceux-là, s'inquiéta le docteur Kimura.

- Je les soupçonne même d'avoir fourni les photos sur Harlock et le duc de Péhant à Trash TV, Indiqua le chef de la police.

- Ça prouve que je joue très bien mon rôle, se félicita Harlock en souriant.

- T'as bien failli y laisser des plumes en tout cas, Remarqua Ryo. Une fois la procédure lancée, ils se calmeront d'eux-mêmes. Je trouve cela rassurant qu'il y en ait encore pour résister et se battre. Je crois qu'il est temps pour nous d'y aller. Par contre Hans, je pense qu'il serait bon que tu trouves un prétexte pour t'installer dès à présent à bord de l'Arcadia. Tu n'auras qu'à donner rendrez-vous à Helena là-bas.

- Ne t'inquiètes pas pour elle, depuis qu'elle se charge d'organiser le mariage, elle me fout une paix royale. D'autant plus que je lui ai donné carte blanche, Ironisa-t-il. C'était le seul moyen pour retrouver un peu de tranquillité. Mais pour ce qui est de rester à bord de l'Arcadia, je suis on ne peut plus d'accord.

L'ensemble des personnes se levèrent et se dirigea vers l'entrée. Nynna salua le capitaine en le serrant dans ses bras et lui sourit tristement puis elle descendit vers la voiture. Les policiers furent les premiers à repartir avec le médecin. Le docteur Kimura dans la cour, assis sur le capot de sa voiture observait les deux hommes qui discutaient loin de toute oreille indiscrète.

- J'ai replacé l'enregistrement dans l'appareil. Je t'interdits de le visualiser, Ordonna Ryo d'une voix douce. Ça te ferait trop de mal, d'accord ?

- Je n'ai aucune envie de voir ça, rassures-toi.

Il regarda Ryo dans les yeux et vit son inquiétude

- Ne t'inquiètes pas je ferai ce qu'il faut pour retrouver mes souvenirs mais je ne me servirai pas de l'enregistrement, le rassura-t-il.

- Parfait, Sourit Ryo. Par contre je veux que tu retournes à bord de l'Arcadia dès ce soir.

- Je ne risque rien, Soutint Harlock, Oscar est coincé avec sa super fiancée.

- Sa présence ne l'arrêtera pas, Affirma Ryo.

En voyant le regard suppliant de Ryo, Harlock soupira et céda.

- Très bien, j'y vais dès ce soir.

- Merci ! S'exclama Ryo en le prenant dans ses bras.

- Je crois qu'on devrait éviter ce genre de contact toi et moi.

Ryo avait senti Harlock se raidir mais ce n'était pas de la peur. Son attitude ressemblait en tout point à celle qu'il avait eue lorsque Ryo l'avait serré dans ses bras lorsque le capitaine fut de retour avec Ellie. Ryo sourit. Il était en train de récupérer son capitaine grincheux et il s'en réjouissait. Ce qui s'était passé entre eux était un petit prix à payer par rapport à la joie de voir Harlock reprendre du poil de la bête.

- C'est beaucoup trop tard pour ça, Soutint Ryo sur un ton enjôleur.

- Tu devrais faire gaffe, Ryo, je vais finir par t'en coller une ! Ça devient une manie chez toi les câlins ! Envoie-moi ta femme plutôt pour ça !

- Compte là-dessus vieux dragueur ! S'exclama Ryo en riant. Essaye de profiter de la situation pour te faire câliner par ma femme et tu verras ce qu'il t'arrivera ! Bonne soirée Hans.

- Bonne soirée, Ryo, le salua-t-il avec douceur.

Ryo descendit rapidement les escaliers et regarda du côté de son père.

- Il ne tremble plus, Murmura-t-il en passant à côté du docteur Kimura.

Le docteur Kimura sourit. Harlock ne s'en rendait pas compte mais il était sous étroite surveillance depuis que le duc lui avait forcé la main. Ses amis épiaient chacune de ses réactions pour s'assurer qu'il ne sombrait pas dans la dépression. Ce qu'Harlock ne savait pas c'était qu'à chaque fois que Nynna l'avait pris dans ses bras, elle l'avait senti quelque peu trembler contre elle. Il supportait les contacts avec ses amis mais avec difficulté et le fait qu'au contact de Ryo il ne tremblait plus avait confirmé les dires de Nynna qui s'était empressée de vérifier par elle-même les progrès du capitaine en le prenant dans ses bras avant de retourner dans la voiture. Le docteur avait compris depuis longtemps qu'Harlock ne prenait le traitement que lorsqu'il se trouvait face au duc tandis que face à ses amis il ne prenait rien justement parce qu'il était en toute confiance et qu'il ne ressentait pas d'angoisse mais son corps réagissait instinctivement car son âme avait été trop éprouvée par les sévices que lui avait fait subir le duc. Le capitaine n'en n'avait pas conscience mais le docteur savait qu'il aurait dû prendre son traitement constamment pour surmonter cette épreuve. Ken trouvait l'attitude d'Harlock admirable. Il savait que sous cette carapace froide se cachait un homme qui avait beaucoup de cœur et qui était naturellement généreux. Il s'en était aperçu dès leur premier entretien et il en avait eu confirmation au fur et à mesure des contacts qu'il avait eus avec lui. Harlock avait accepté d'aider Ryo par amitié et pour essayer de sauver l'humanité comme il l'avait toujours fait. Cette capacité de sacrifice était très rare. Le docteur Kimura sourit de soulagement et salua de la main le capitaine avant de partir. Harlock regarda sa montre et se dit qu'il pouvait partir dès à présent pour son vaisseau. Il éteignit toutes les lumières grâce au panneau de commandes de l'entrée, mit l'alarme puis il prit sa voiture et fila vers l'académie. Il téléphona à Oscar en utilisant le système de communication de la voiture et lui laissa un message vocal indiquant qu'il devait retourner à bord de l'Arcadia pour préparer les manœuvres de ses élèves. Même s'il avait des contacts quotidiens avec son ami, Toshiro fut soulagé de voir celui-ci se présenter à l'embarquement. Harlock alla dans la salle de l'ordinateur et lui expliqua la situation.

- Rassures moi, aucun des petits salopards que tu as formé ne montera à bord ? S'énerva Toshiro.

- Ne t'inquiète pas. Je récupère mon équipage pour ces manœuvres, Indiqua Harlock en souriant.

Harlock sortit le pendentif en forme de crâne qui était caché à l'intérieur de son sous pull et appuya dessus. Une matérialisation tridimensionnelle se fit et Frank et Marie apparurent. Ils jouaient sur leur tapis de jeu. L'Arcadia en voyant les enfants vibra de joie de toutes ses tôles et la totalité des lumières de l'ordinateur se mirent à clignoter.

- Pardon mon ami, j'ai tardé pour t'annoncer que j'avais récupérer mes petits mais les faits se sont enchaînés trop vite, s'excusa Harlock.

- En fouillant dans l'ordinateur de la police j'ai appris que les Stewart avaient été assassinés si tu ne m'avais pas rassuré immédiatement j'aurais paniqué car le dossier établi par le chef de la police mentionnait leur décès.

- Il a fait un faux pour les protéger en attendant la fin de ma mission, Révéla Harlock. Les tueurs ont fait une erreur. Ils ont assassiné les enfants d'Amy et de George.

Une larme roula sur la joue du capitaine. C'était la première fois depuis l'annonce de cette tragédie qu'il s'accordait le droit de pleurer sur la mort de ces six innocents, assassinés à cause d'une femme jalouse et possessive. Les tôles de l'Arcadia tremblèrent de colère.

- Si je n'avais pas courtisé Helena Svoltiania, ce ne serait pas arrivé, Culpabilisa-t-il.

- Ne fais pas cela ! Ordonna Toshiro. Tu n'y es pour rien ! Personne n'a le droit de faire ce qu'elle a fait et j'espère qu'elle payera pour cela !

- Je me suis porté volontaire et Ryo est d'accord pour lui faire payer cette abomination ! Ragea Harlock en serrant son pendentif dans sa main ce qui coupa l'image.

Harlock se tut et resta auprès de Toshiro jusqu'à ce que la fatigue ne finisse par l'emporter. Il alla se coucher en pensant à la cruelle absence de la mère de ses jumeaux et finit par s'endormir.

Nynna et Ryo étant chacun parti avec leur propre véhicule, se garèrent côte à côte au siège du gouvernement. Ils ne parlèrent pas jusqu'à ce qu'ils soient dans leur appartement. C'était un des rares endroits où ils pouvaient parler librement, le général Martin le vérifiant deux fois par jour pour s'assurer de l'absence de mouchard. Adrian Moore, le responsable de sa sécurité lui lança un regard sévère. Il trouvait que le chef du gouvernement se montrait vraiment trop imprudent. Filer comme il l'avait fait sans même prendre un garde du corps avec lui était une folie. Ryo s'excusa en lui serrant la main et Adrian fut surpris de voir une écharpe autour du cou de Ryo alors que la température nocturne était douce. Ryo ouvrit la porte et sa femme entra. Nynna retira son gilet et fila dans le salon. Ryo retira son écharpe et son blazer et la rejoignit. La jeune femme leur servit deux verres et elle en donna un à son mari. Elle prit le deuxième et alla s'asseoir dans le canapé. Elle sourit en le regardant.

- Une chance que l'amitié que tu as pour Harlock soit plus forte que tout, se réjouit-t-elle.

- Je te signale que c'est réciproque. Il avait toutes les raisons du monde d'être en colère après moi et cela n'a jamais été le cas.

- J'ai failli aller le voir ce soir-là, révéla-t-elle. J'ai pensé à lui, seul, dans ce grand château et je m'étais dit qu'un peu de compagnie lui aurait fait du bien.

En entendant cela le sang de Ryo se glaça dans ses veines.

- Heureusement que ce n'est pas arrivé car ça je n'aurai jamais pu l'accepter.

- Je ne vois pas en quoi c'eut été différent. Que ce soit toi ou moi le résultat était le même, sourit Nynna. Ne serais-tu pas un peu macho mon amour ?

- Non. Mais je peux t'assurer que cela aurait fait voler notre amitié en éclat, Soutint Ryo fermement.

- Pourtant moi aussi je pourrais me montrer jalouse et vous faire une scène à tous les deux mais comme vous étiez sous l'emprise de cette saloperie, je me tais.

- Sauf que la nuit que j'ai passée avec lui ne prête pas à conséquence, je n'ai pas l'intention de virer de bord. Mais si tu avais passé la nuit avec lui, il n'aurait peut-être pas utilisé de protection et imagine qu'il ait fait mouche alors que toi et moi nous essayons depuis des mois de faire un bébé. Je n'aurais pas eu le droit moral de te demander d'avorter et à partir de là comment poursuivre un mariage en faisant comme si rien ne s'était passé alors que la conséquence de cette nuit serait présente constamment, Révéla Ryo tristement.

Nynna n'avait pas réfléchi à cela une seconde et elle eut beaucoup de peine en voyant le visage triste de son mari. Elle posa son verre et alla prendre son époux dans ses bras. Ryo se blottit contre sa femme la serrant contre lui.

- Je t'aime tant ma Nynna, Murmura-t-il en l'embrassant dans le cou.

Harlock prépara pendant le week-end les différentes manœuvres pour ses élèves.

L'Amélie se posa avec douceur en aval de l'Arcadia le dimanche soir et Harlock alla saluer son capitaine. Il fut surpris en voyant le général Martin. Celui-ci le salua avec le cœur battant, lui sourit puis quitta les lieux. Il ne pouvait se permettre d'aller discuter avec Harlock sous peine d'éveiller la suspicion des aristocrates présents venus prendre livraison du vaisseau.

Le lundi matin, à sept heures tapantes, Harlock trouva son équipage en position de salut, sur le quai, le long du flanc de l'Arcadia. Harlock les salua et ils montèrent à bord préparer le vaisseau. La classe arriva un peu avant huit heures en rang serré, militairement parfaite. Harlock eut un sourire en coin en voyant les visages déçus de de Perrignac et de Perravy. Harlock avait presque envie de se moquer d'eux et de leur envoyer des piques bien lancées mais il se retint. Il avait passé l'âge de ces enfantillages même s'il était tenté pour une fois de se laisser aller. Il observa les élèves qui en le voyant ne bronchèrent pas. Ils n'eurent aucune allusion graveleuse et montèrent à bord de l'Amélie après avoir salué poliment leur professeur. Le comte de Moissy, salua son collègue en souriant puis monta à bord. Harlock retourna à sa cabine et envoya la liste des manœuvres au comte qui en prit connaissance. De Moissy siffla d'admiration en les consultant. La plupart étaient audacieuses et techniquement parlant élevées. Harlock n'avait pas froid aux yeux. Les deux vaisseaux décollèrent et quittèrent l'atmosphère d'Amos pour filer vers la mer d'astéroïdes. Pour Harlock les choses intéressantes allaient commencer. Les élèves n'avaient jamais navigué, tout avait été fait sur simulateur et il était curieux de voir ce que cela allait donner dans un milieu aussi difficile. Sous le regard inquisiteur d'Harlock, de Moissy lança la première manœuvre qui consistait à naviguer dans cette mer hostile en slalomant entre les astéroïdes. Les élèves perdraient des points pour chaque astéroïde qui goûterait au bouclier de l'Amélie. Le résultat fut des plus amusants et les personnes présentes dans la timonerie assistèrent hilares aux déboires des recrues qui par moment paniquaient complètement. De Moissy gardait une liaison par vidéoconférence régulière avec Harlock et à chaque communication il pouvait entendre les membres d'équipage rire. Harlock quant à lui observait cela calmement assis, sur son fauteuil de capitaine en sirotant du red bourbon verres sur verres. Le bilan de la première journée ne fut guère brillant et il fila à la cabine pour consulter les évaluations de Toshiro qui s'était amusé à compter les impacts. Une fois le bilan fait, Harlock relia son ordinateur à l'écran géant qui était implanté dans le mur et lança un logiciel de représentation schématique de plans de maison. Le capitaine savait exactement ce qu'il voulait et il passa une partie de la nuit à travailler sur les plans du château qu'il comptait bâtir. Il savait qu'Ellie se moquait de la richesse et du luxe mais Harlock tenait avant tout à la protéger avec leurs jumeaux ainsi que ceux qu'ils comptaient encore lui faire. Il ne voulait plus que quoi que ce soit ne puisse la lui arracher à nouveau. De plus, la vue du jardin d'hiver d'Oscar avait donné quelques idées à Harlock sur un jardin dans lequel il comptait bien pouvoir emmener la femme qu'il aimait pour y semer de nouvelles petites graines qui mettraient de l'ambiance dans leur domicile. En ayant fini le schéma du jardin d'hiver il alla observer la mer d'étoiles.

- Dis-moi Toshiro, il n'y a aucun vaisseau suspect qui approcherait d'Amos ?

- Comme le vaisseau-cité par exemple ? Comprit tristement Toshiro. Toujours rien mon ami.

- Je commence à désespérer, s'attrista Harlock en soupirant.

- Ais confiance dans le jugement de Ken. J'ai bien observé ta dulcinée tout le temps où elle a été à bord et j'en suis venu moi aussi à la même conclusion. Je continuerai à guetter l'espace.

- Mais l'espace est si vaste que tu as toutes les chances de passer à côté, Termina Harlock en finissant son verre. Après ma rupture avec Mimée je m'étais juré de ne plus jamais tomber amoureux et ce petit bout de femme a fait s'envoler mes bonnes résolutions.

- Ne me dis pas que tu le regrettes, s'inquiéta Toshiro.

- Dans un sens oui. Je l'ai mise en danger, je l'ai faites souffrir mais en même temps elle m'a donné tellement d'amour qu'elle a réussi à soigner mon cœur meurtri. Sans compter deux bambins magnifiques qu'elle a mis au monde. Dès que je l'aurai à nouveau près de moi je ne laisserai plus jamais qui que ce soit me la reprendre, Avoua Harlock fermement.

- Juste une petite question, Hésita Toshiro, qu'est-ce que tu feras si elle a cédé aux avances de Paléande ?

Le visage d'Harlock pâlit et se durcit. Son verre éclata dans la main et Toshiro comprit la gravité de la situation. Harlock ne renoncerait jamais à Ellie et si le chef Mazone venait à la toucher personne ne pourrait empêcher le capitaine de lui régler son compte. Cette passion qui unissait ces deux êtres était presque effrayante. Harlock passa le restant de la semaine en manœuvre puis il posa à nouveau le vaisseau dans l'académie. A sa grande surprise son équipage ne quitta pas l'appareil. Ordre de Ryo Kimura avait révélé Yattaran. En fait ils étaient tous bien contents de pouvoir s'offrir des petites vacances dans leur lieu de villégiature préféré. Harlock sourit. Il trouvait que Ryo avait tendance à être parfois surprotecteur, il était vraiment temps à ses yeux que le jeune informaticien devienne papa pour qu'il aille couver quelqu'un d'autre. Il descendît de son vaisseau et alla dans le cabinet d'architecte Mercer. Yattaran dès qu'il eut quitté l'appareil alla voir Toshiro et lui demanda de filer son ami pour être sûr que personne ne s'en prenne à lui. L'ordinateur détourna un satellite et suivit la petite balise du capitaine tout en utilisant les zooms optiques pour le suivre par la vidéo.

Mercer était un homme grand et maigre dont la masse de cheveux était complètement blanche. Il avait une haute opinion de lui-même et tenait à montrer qu'il n'était pas n'importe qui. Il était le genre de personne qu'Harlock exécrait. Celui-ci lui donna le disque de donnes contenant son début de château et l'architecte le mit dans son ordinateur.

- Tenez vous vraiment à ce grand jardin d'hiver ? S'enquit-t-il avec un rictus de mépris sur les lèvres.

- Oui, assura Harlock en souriant.

- Les plans ne sont pas mal mais je trouve que cela fait beaucoup de chambres. Prévoyez-vous d'avoir une descendance nombreuse ? Se moqua l'architecte.

- Ma future jeune épouse ayant de la famille, il faudra bien la loger, Affirma Harlock en se retenant de dire ce qu'il pensait de cet hurluberlu maniéré.

- Je vais travailler sur ce grand projet et je vous ferai une modélisation tridimensionnelle dès que possible.

- En combien de temps peut-il être bâti ?

- Avec les technologies actuelles, je dirai trois mois environ.

- Je suis en manœuvre avec mes élèves toute la semaine. Pourriez-vous m'envoyer la représentation à mon bureau de l'académie. Je la récupérerai en fin de semaine.

- Aucun souci capitaine.

- Merci.

Harlock le salua et quitta le bureau soulagé. Il alla ensuite dans une usine d'humanoïdes récente qui s'appelait Sexaroide industry. Harlock tenait à ce qu'une sécurité maximale entoure sa famille et au vu du comportement des domestiques qu'il avait eu à son service, il n'avait aucune envie de prendre le risque d'embaucher des personnes susceptibles de le trahir. Le hall d'accueil était très lumineux. Le sol était carrelé de blanc et les murs étaient couleur crème. Un haut bureau d'accueil de forme semi-circulaire argenté trônait dans l'entrée. Il vit une jolie femme blonde installée à celui-ci et demanda à parler à un commercial. Un homme en costume cravate gris clair aux cheveux impeccablement coupé se présenta à lui et l'emmena dans son bureau.

- Que puis-je faire pour vous, capitaine ? S'enquit cordialement le commercial.

- J'envisage de me construire un château et j'aurai besoin de personnels en qui je pourrai avoir confiance.

- Pour des raisons de sécurité je suppose, Affirma le représentant. Votre fortune personnelle a été révélée au grand jour par l'organisme chargé de répertorier les plus grosses fortunes de la galaxie et je fus très surpris en apprenant que le célèbre capitaine de l'Arcadia était actionnaire majoritaire du géant pharmaceutique Pyroll. Sachant que vous n'allez pas tarder à vous mariez vous vous inquiétez pour la sécurité de votre épouse et de votre future petite famille.

- En effet. Comment fonctionnent vos sexaroides ?

- Ils sont plus fiables que les humains et d'une fidélité absolue. Nous les programmons à partir de personnes qui ont déjà existé pour avoir une base de personnalité ensuite nous les modelons en fonction des besoins des clients. Et il peut même y avoir une programmation bonus avec toute la technologie nécessaire pour la réaliser, Insinua crûment le commercial.

- Je ne vous suis pas...

- Vous savez comment fonctionne les mariages arrangés, ils sont très rarement heureux. De plus certains hommes ont mariés des femmes plus riches qu'eux pour redorer leur blason alors qu'ils ne sont absolument pas attirés par elles et pour éviter de prendre le risque de les tromper et d'être découverts par leur femme ils prennent un modèle très particulier de sexaroides qui prennent soin d'eux jusqu'au lit.

- Pardon ? S'étonna Harlock estomaqué.

- Votre fiancée est très jeune et vous l'avez sûrement choisie pour avoir très rapidement une petite famille donc ce genre de modèle pourrait vous intéresser car une fois que la grossesse est trop avancée souvent pour les hommes cela signifie devoir renoncer à certains plaisirs pendant plusieurs mois et ça, c'est dans le meilleur des cas. Personnellement je m'en suis pris une avec cette option dès que ma femme est tombée enceinte et je n'ai jamais regretté car cela fait deux ans que je n'ai pas touché ma femme qui ne se remet pas de sa première grossesse.

Harlock éclata de rire

- Je ne pense pas que l'on puisse obtenir le même plaisir qu'avec une vraie femme, se moqua Harlock.

- Croyez-moi, elles répondent à tous les besoins et en prime on n'a pas besoin de leur procurer de plaisir et elles simulent très bien l'orgasme ! Insista le commercial.

- Ce genre d'option ne m'intéresse absolument pas, Assura Harlock fermement. Ce que je veux se sont des êtres capables de défendre les miens en cas d'intrusion pendant mon absence et qui ne puissent être corrompus de quelques manières que ce soit !

- Voulez-vous qu'elles sachent se battre ?

- Exactement.

- Hommes ou femmes ?

- Vous avez les deux ! S'étonna Harlock. Il me semblait que vous ne faisiez que des sexaroides féminins.

- Au début, mais à présent nous faisons des hommes plus vrais que nature ce qui enchante certaines de nos clientes, Révéla le commercial avec un sourire grivois sur les lèvres.

Harlock en apprenant cela eut quelques inquiétudes.

- Avec les mêmes options ? S'inquiéta-t-il.

Le commercial opina du chef.

- Rassurez-moi vous ne faites pas de copie de gens réels ?

- Non, c'est illégal et pourtant j'ai une foule de demandes pour certains modèles, dont vous capitaine. Mais on ne peut obtenir le même timbre de voix et la même personnalité. Nos connaissances ont des limites.

- Quelle genre de demandes avez-vous eu ? S'enquit Harlock soucieux en se demandant si la légalité arrêtait vraiment cette bande d'allumés.

- Vous, Oscar de Péhant, Ryo Kimura, Kurt Wilson, par exemple. J'ai une cliente qui m'avait demandé si je pouvais lui faire ces quatre-là, Révéla-t-il en riant. Je crois qu'elle voulait faire son petit harem personnel car elle les demandait avec les options spéciales.

- Options spéciales ? Demanda Harlock d'une voix blanche.

- Vous m'avez bien compris, la totale.

Harlock était catastrophé, il n'arrivait pas à croire qu'il y avait de gens assez fêlés pour avoir ce genre d'idées.

- Je vous ai choqué, je suis désolé capitaine, s'excusa le commercial. Les technologies avancent vite et il faut savoir que nous avons le droit de créer des sexaroides correspondants à des personnes ayant vécus il y a plus d'un siècle. Et aussi surprenant que cela puisse paraître, les personnages historiques ont la côte. J'ai même eu une demande très étrange venant d'une femme qui m'a commandé un sexaroide avec toutes les options qui est l'exacte copie de Feydar Zone. Et si vous étiez mort il y a cent-dix années comme tout le monde le supposait il y en aurait des modèles de vous en circulation. On serait presque obligé de créer une unité de production rien que pour les modèles à votre effigie.

Le commercial éclata de rire. Harlock ne trouvait pas cela amusant mais plutôt inquiétant. L'idée que des gens puissent envisager d'avoir des relations intimes avec des robots plutôt qu'avec d'autres humains le dépassait complètement. Il désirait plus que tout changer de sujet.

- Si tout se déroule comme prévu, Indiqua le capitaine pour couper court à cette conversation qui le mettait mal à l'aise, mon nouveau domicile devrait être prêt dans quatre mois environ. En combien de temps puis-je avoir les sexaroides.

- Si vous les voulez dans les temps, il faut passer commande dès maintenant. Combien vous en faudrait-il ?

- Je dirai au moins dix au vu des dimensions du château.

- Parfait. Hommes ou femmes ?

Harlock réfléchit. Les sexaroides serviraient de personnel domestique tout comme de service de sécurité.

- Trois hommes et sept femmes capables de gérer le château. Donc, cuisinier, majordome, palefrenier et femmes de ménages.

- Couleurs des yeux, des cheveux ? Quelle taille ?

- Je m'en fiche de tout cela ! Soutint Harlock fermement. J'ai besoin qu'ils correspondent à un service de sécurité dissimulé sous un déguisement d'employés de château ! Je vous laisse choisir !

- Pas d'option ? Insista le commercial.

- Aucune !

Harlock avait pris la décision d'utiliser ce type de personnel le temps que la guerre et les problèmes politiques se tassent dans le seul et unique but d'éviter que sa famille ne devienne la cible de revanchards. Le commercial s'inclina et les deux hommes se quittèrent. Pour Harlock, il serait temps une fois que l'affaire des aristos serait réglée de mettre un peu d'éthique et de déontologie dans le domaine de la robotique. Les chercheurs allaient beaucoup trop loin. Il retourna à l'académie et se gara sur le parking réservé aux professeurs. Il fila directement à son vaisseau et ne vit pas la limousine d'Oscar de Péhant se garer à bonne distance de l'Arcadia. Le duc descendit et se contenta de regarder Harlock de loin. Son père l'avait prévenu que le capitaine avait récupéré son poste à l'académie et qu'à sa demande il était chargé de faire des manœuvres aux recrues pour les préparer à l'examen. Oscar avait bien compris la manœuvre de son père. Pendant qu'Harlock était dans les étoiles, il était inaccessible pour son fils et Oscar qui espérait pouvoir le voir les week-ends vit que l'équipage ne quittait plus le vaisseau et que le capitaine s'y était installé le temps des manœuvres et des examens. Il comprit à regret que l'homme qui occupait ses pensées ne serait plus disponible pendant un bon moment. Son père voulait qu'il ne s'occupe que de sa fiancée et qu'il oublie cette passion dangereuse. Il regardait de loin pensivement le capitaine pendant que celui-ci discutait avec un homme rond à lunettes. Harlock portait à nouveau sa tenue de pirate qui lui seyait encore mieux que sa tenue de professeur de l'académie et cela enflammait les sens d'Oscar. Harlock suivit son lieutenant et les deux hommes retournèrent à bord. Oscar retourna dans sa limousine et quitta les lieux.

Ann-Lynn Chambers était une femme obstinée et ses deux lieutenants en avaient fait l'amère expérience. Ils s'étaient déjà retrouvés suspendus à cause de la première enquête sur Kurt Wilson et malgré le fait que le chef avait clôt le dossier Ann-Lynn poursuivait ses investigations à couvert avec la complicité d'Aoki et de Mitchell. Bien que ceux-ci craignaient pour leur poste eux aussi ne voulaient pas que l'affaire soit enterrée. Ann-Lynn avait fait surveiller les activités d'Harlock et constaté son enrichissement personnel. Cependant, celui-ci ne se faisait pas avec le soutien de l'aristocratie, Harlock se débrouillait seul et il était très doué pour investir dans les affaires juteuses. Elle savait qui avait tiré sur Kurt Wilson, la situation d'Harlock par rapport à son fils. Elle avait même obtenu une copie papier de l'autopsie effectué sur l'ancien souverain de Gaia. Elle n'ignorait rien de la tragédie qu'avait traversé le capitaine et pour elle, le comportement de celui-ci était une énigme. Elle ne comprenait pas qu'il ait pu se détacher de la Résistance aussi facilement pour aller s'allier avec l'aristocratie qui, elle en était certaine, préparait un mauvais coup. Etrangement la population ne semblait pas s'en apercevoir. Alors qu'elle avait essayé aidée par ses collègues à dresser un organigramme de fonctionnement pour le Consortium et les aristocrates, elle butait sur les liens qui devaient exister par le passé entre les deux groupes. Alfred Krieg demandait régulièrement où en était son enquête et elle avait été obligé de lui révéler que celle-ci était au point mort. De plus, obnubilée par cette affaire elle avait fini par se désintéresser du monde extérieur et ne faisait plus attention à la politique. Elle faisait son travail de commandant de la criminelle puis le soir elle se triturait les méninges à trouver une solution au casse-tête qui s'offrait à elle, inscrit sur un grand tableau blanc sur roulettes. Elle savait que les aristocrates avaient couverts leurs traces mais elle espérait toujours trouver un début de piste qui la mènerait au premier lien.

Alors que dans son salon avec Aoki et Mitchell, elle s'évertuait à trouver des hypothèses de fonctionnement, le procureur qui était devenu un habitué des lieux entra sans frapper avec un carton qu'il déposa sur la table. Les trois policiers quittèrent le tableau des yeux et regardèrent intrigués un carton de la police servant à ranger les affaires classées. Ann-Lynn l'ouvrit et commença à sortir les dossiers.

- Qu'est-ce que c'est ? S'enquit-elle en regardant les noms.

- Les dossiers sur la mort des irréductibles.

- Les quoi ? S'étonna Ann-Lynn.

- Je sais que vous avez un peu perdu le fil de la politique actuelle mais normalement vous devriez être au courant pour ce groupe de politiciens, reprocha le procureur.

- Ce sont ceux qui ont refusé de se plier aux directives des aristocrates, commandant, Indiqua Mitchell.

- Et ils sont tous morts, Sourit Ann-Lynn. Je le savais qu'ils préparaient un sale coup.

Elle feuilleta quelques dossiers et énuméra les conclusions des enquêtes.

- Accident, accident, comme par hasard encore un accident. Les irréductibles devaient être de sacrés poissards pour tous mourir d'accident, Ironisa-t-elle.

- Ils sont tous morts en quelques jours d'intervalles, Indiqua Aoki qui avait commencé à feuilleter les dossiers posés par Ann-Lynn.

- Le dernier est mort ce matin d'un accident, ricana Ann-Lynn. Qui peut avaler un tel tissu d'absurdités !

- J'aurais besoin que vous enquêtiez, ordonna le procureur.

- Vous pensez que les aristocrates ont des tueurs professionnels et qu'ils ont ordonné le grand nettoyage, Supposa-t-elle. Pourquoi les font-ils assassiner maintenant ?

- Est-ce que vous vous rappelez du scandale Harlock-Péhant ?

- Et pas qu'un peu, Rit Mitchell en se rappelant des détails croustillants de l'affaire.

- Ce sont les irréductibles qui avaient un contact à Trash TV qui ont lancé le photographe aux mollets d'Harlock pour qu'il trouve de quoi le discréditer.

- Toutes les photos ont été reconnues fausses lors du procès, Avança Mitchell.

- Elles ne l'étaient pas, je les ai vues, Soutint le procureur. Je travaillais avec les irréductibles et donc je sais que tout était vrai.

- Harlock n'est pas gay ! Vous avez oublié le paquet de journaux intimes qu'ils ont trouvé ! S'exclama Ann-Lynn en riant.

- Il peut très bien faire les deux, Soutint fermement le procureur. Tout ce que je sais c'est qu'une fois l'affaire étouffée les irréductibles ont commencé à tomber comme des mouches !

- Très bien. On va enquêter, Accepta-t-elle. De toute façon je suis d'accord avec vous toutes ces morts sont suspectes.

- Merci.

Le procureur rassuré quitta l'appartement et Ann-Lynn prit le premier dossier.

- Le représentant de Pyros, décédé dans l'incendie de sa maison avec toute sa famille. Le feu aurait été causé par une surcharge électrique.

- Les protections n'ont pas fonctionnées ? S'étonna Mitchell. Avec les nouvelles normes ce genre d'accident est impossible.

- D'après le rapport de l'assurance une des protections du tableau électrique était défectueuse.

Elle regarda les photos qu'elle passa ensuite à ses lieutenants.

- Le feu aurait démarré à cause d'un chauffage d'appoint dans la chambre des parents, Indiqua-t-elle.

- Un chauffage d'appoint alors qu'il fait doux c'est absurde ! S'insurgea Mitchell. Personne ne mettrait un chauffage par des nuits aussi agréables !

- Le départ de feu correspond à l'emplacement du chauffage, révéla Aoki mais ils n'ont pas vérifiés les gaines des câbles électriques, ils se sont contentés du chauffage et les preuves n'étaient guère probantes.

- Les personnes sont mortes d'une intoxication liée aux fumées, Indiqua-t-elle. Comme par hasard, l'incendie ayant démarré dans la chambre des parents il n'y avait plus grand chose à autopsier.

- Montrez-moi les photos des corps, Demanda Aoki.

Ann-Lynn lui passa la photo et le lieutenant mis ses lunettes de lecture pour voir plus attentivement les détails.

- Il y a un soucis. Les corps sont trop abîmés. Ils ont subi une chaleur excessive bien plus forte qu'un feu provoqué de manière accidentelle. Il y a eu un accélérant. Sûrement pour cacher les causes réelles du décès. Les corps des enfants étaient intacts et c'est sur leur autopsie qu'ils ont formulé l'hypothèse d'un empoisonnement par inhalation des fumées.

- Le cas est plus que suspect, étrange que les flics chargés de l'enquête n'aient pas cherchés plus loin.

En entendant cela Mitchell fouilla tous les dossiers et regarda les noms des inspecteurs chargés d'enquêter.

- On a trois binômes qui ont enquêté sur ces affaires, Indiqua-t-il. Ils font tous partis de la criminelle mais mutés récemment de Mars, madame. Pour moi, c'est très louche. Tout le monde sait que les aristos ont des taupes au sein de notre service et cela ne m'étonnerait pas du tout si ceux-là aient travaillés pour le Consortium au service de la répression des rebelles.

- ils n'ont pas tous été éliminé ? S'inquiéta Ann-Lynn.

- Beaucoup ont mystérieusement disparus et la totalité des fichiers des policiers qui travaillaient sur Mars ont été complètement effacé et sont impossibles à récupérer car les ordinateurs ont été victimes d'un virus informatique. Ce qui fait qu'on ne peut même plus savoir qui travaillait dans les différents services.

- Les policiers qui ont travaillé sur le dossier de l'incendie sont les inspecteurs Barnes et Brady, Annonça Aoki.

- On a un cas plus que suspect, passons au deuxième. La représentante de Flora, morte dans un accident de la route alors qu'elle descendait la côte des hauteurs de la capitale pour se rendre à l'assemblée. D'après le rapport c'est le flexible de frein, trop vieux et usé aurait fini par se percer...C'est possible ça ? S'étonna Ann-Lynn.

- C'est très rare, Douta Aoki. Il faut vraiment ne pas avoir de bol et que la voiture ne soit pas contrôlée régulièrement.

- A mon avis vu le petit bijou qu'elle conduisait, elle devait avoir un abonnement dans le meilleur garage de la capitale, commenta Mitchell.

- Donc là aussi, on a un meurtre maquillé, Comprit Ann-Lynn.

- A-t-elle utilisé le frein à main ? S'enquit Aoki.

- Non. Celui-ci était également hors service. Il n'y avait aucune trace de freinage sur la route.

- Qu'il y en ait un hors service d'accord mais pas les deux, c'est impossible Conclut Aoki.

- Deuxième cas douteux. Passons au troisième. Le représentant d'Aqua. Eh ben lui c'est original. Il se serait noyé dans sa piscine après avoir trop bu et s'être cogné la tête sur la margelle. Un taux d'alcoolémie à crever le plafond. Des bouteilles près de la piscine et sur la table flottante. Un verre d'alcool à moitié vide sur la table lui aussi. Les inspecteurs ont supposé qu'il voulait sortir de la piscine et qu'il aurait glissé en se hissant. Son front aurait violemment heurté la margelle en marbre.

- Où étaient la table flottante et le fauteuil gonflable ? S'enquit Mitchell.

Anne prit les photos et regarda la scène attentivement.

- Près des escaliers tous les deux ! S'exclama-t-elle en souriant.

- Pourquoi se serait-il emmerdé à nager pour rejoindre le coin opposé de la piscine pour sortir ça n'a pas de sens !

- C'est marrant, Sourit Ann-Lynn. A chaque fois on a des accidents domestiques ! Passons au cas suivant. Le représentant d'Amos. Celui-ci est plus original. Il aurait fait une crise cardiaque pendant une partie fine sado-masochiste alors qu'il était avec sa femme, invités chez des amis pour une soirée coquine.

- Il était le dominant ou le dominé ? S'enquit Aoki.

- Est-ce que ça a des influences sur le cœur ? S'étonna Ann-Lynn.

- Ca peut en effet.

- Il était le dominé. D'après le témoignage de sa femme, il serait mort alors qu'elle était partie aux toilettes. A son départ il allait bien, à son retour il avait été rappelé par son créateur. L'autopsie n'a rien révélé d'anormale.

- Il aurait suffi de l'injection d'une bulle d'air pour le tuer, remarqua Aoki. Aucune marque ? Aucune trace de strangulation liée à ce genre d'activité ?

- Il y a bien une trace de strangulation mais les vertèbres n'étaient pas brisées et il n'y avait aucune trace montrant une privation d'oxygène. Est-ce qu'un stress intense aurait pu provoquer une attaque cardiaque fulgurante ? S'enquit Ann-Lynn.

- Je doute que ce soit cela. A mon avis il faudrait faire exhumer le corps. A tous les coups il y a une trace de piqûre.

- Ca va être dur, il a été incinéré, se désola-t-elle. En prime ce n'est pas un de nos médecins légistes qui a fait l'autopsie mais par un de ses subalternes, Proxon.

- Il exerce encore celui-là ! S'insurgea Aoki. Il est complètement nul ! Il y a des tas d'affaires que notre médecin légiste habituel a été obligé de reprendre car il avait oublié de faire certaines analyses !

- Ce n'est peut-être pas pour rien qu'il a été choisi pour cette autopsie, sourit Mitchell. Je sens qu'on va bien s'amuser commandant. Je me demande à quel point nos services sont corrompus par les aristocrates.

- Sûrement plus que ce que le chef Patrick ne le soupçonne.

Les trois inspecteurs passèrent la nuit à éplucher les dossiers et leur conclusion fut sans appel. Les policiers chargés des enquêtes étaient soit complètement idiots soit à la merci des aristocrates. Ils penchèrent tous les trois pour la seconde solution. Pour Ann-Lynn, il était clair que les aristocrates avaient noyauté tous les services du gouvernement et qu'ils n'étaient pas loin de prendre le pourvoir. Il fallait à tout prix les arrêter et elle se dit que peut-être, avec le concours du procureur, il serait peut-être possible d'ouvrir une enquête pour haute trahison et tentative de coup d'état.