Chapitre 24 : La fouille merde en action
Ann-Lynn tenait à battre le fer tant qu'il était encore chaud. Les trois policiers grâce à la conduite sportive de Mitchell qui avait décidé d'utiliser la vitesse comme exutoire à sa colère, arrivèrent rapidement. Ils se présentèrent à l'accueil et exigèrent de parler au directeur. Le gardien fit quelques réticences mais face à l'Insistance du commandant ainsi qu'aux visages passablement énervés des deux lieutenants, il céda et les fit entrer. Il prévint ensuite le directeur et Ann-Lynn présenta le mandat.
- J'exige que vous me donniez le dossier psychiatrique de Friedrich Von Stadt ! Ordonna-t-elle sèchement. J'exige aussi de parler au psy qui est chargé de le soigner.
- Je risque d'avoir de gros ennuis si j'accepte, Protesta le directeur.
- Je risque surtout de vous arrêter pour obstruction au cours d'une enquête criminelle ! Le menaça-t-elle. Je veux son dossier et parler à son psy ! C'est compris ?
Ann-Lynn le regardait durement. Elle ne comptait pas plier et obtenir ce pour quoi elle était venue. Le directeur se leva et les invita à les suivre. Les dossiers n'étaient pas conservés sur ordinateur par crainte du piratage, beaucoup de données étaient sensibles. Il les amena à la salle des archives où se trouvaient l'ensemble des dossiers des patients et lui fournit celui de Von Stadt en échange du mandat qu'il signa. Il amena ensuite les policiers au bureau du médecin qui avait fait interner Von Stadt et les laissa seuls avec lui. Ann-Lynn alluma discrètement l'enregistreur qu'elle avait dans le sac et commença l'interrogatoire.
- Je suis le commandant Ann-Lynn Chambers et voici les lieutenants Aoki et Mitchell. Est-ce que c'est vous docteur Ferstein qui avez fait interner monsieur Von Stadt ?
- Oui, avec l'accord de ses parents.
- Pourquoi aviez-vous besoin de leur autorisation ? Il était majeur à l'époque.
- Certes, mais il s'agit d'un internement fait à la demande de la famille.
- Pour quel motif ?
- Trouble de la personnalité et paranoïa.
- Veuillez préciser s'il vous plait ! Ordonna-t-elle froidement.
- Friedrich Von Stadt est sexuellement troublé et a des pulsions morbides.
- Est-ce qu'il a tué quelqu'un ?
- Non. Il a participé au massacre d'un élève de sa classe Patrick Coste il y a un an de cela.
- Qu'est-ce qu'il a subi ?
- Il a été tabassé et Von Stadt la violé avec un objet.
- Est-ce qu'il vous a expliqué pourquoi il a fait cela ?
- Pas directement mais je pense qu'il s'agit d'une rivalité amoureuse.
- Le nom de la demoiselle ? Exigea Mitchell.
- Il s'agit d'un homme Hans Ludwig Von Harlock
Un long silence embarrassé suivit Les trois policiers étaient quelque peu surpris.
- Est-ce Von Stadt a agi seul ?
- Non, il y avait deux autres camarades de sa classe mais comme ils ne sont pas nommés dans votre mandat je me réserve le droit de vous cacher leur nom.
- Ne serait-ce pas de Perravy et de Perrignac ? Ricana Ann-Lynn.
Le visage du médecin se figea.
- Comment le savez-vous ? S'étonna-t-il.
- Vous n'êtes pas au courant pour la grande exposition de ce matin ?
- Si mais…
- Vous avez bien dû reconnaître votre patient, eh bien il y était avec ses deux complices exposés de manière la plus humiliante possible et au vu des renseignements que vous venez de me donner, je comprends mieux certains détails du dossier. Je vous remercie pour votre aide. Bonne soirée docteur.
Elle sortit et une fois dans la voiture de police elle éplucha le dossier alors qu'Aoki se mit à son tour au volant. Il prit la route qui menait au centre-ville. Ann-Lynn était écœurée en lisant le dossier. Von Stadt était un dangereux détraqué qui fantasmait sur le capitaine de l'Arcadia.
- Que fait-on commandant ? S'enquit Aoki.
- Est-ce que cela vous gênerait de passer une nuit blanche ? Les interrogea-t-elle en souriant.
- Tant qu'il y a du café, cela ne me gêne pas de faire des heures sup, Accepta Aoki.
- Pareil pour moi commandant, Approuva Mitchell. Quel est votre plan ?
- Prendre nos adversaires de vitesse, Révéla-t-elle. On va chez les Von Stadt faire notre seconde perquisition. Ces salopards ont couvert le crime de leur fils et je tiens à récolter le plus de preuves possibles. A l'heure qu'il est ils sont sûrement déjà commencés à les faire disparaître.
- On ne va pas leur laisser le temps de poursuivre commandant, Assura Aoki.
Le lieutenant mit la sirène en marche et appuya sur l'accélérateur. L'orage éclata, bruyant et violent, balayant la route d'une pluie battante.
Ils arrivèrent chez les Von Stadt, une vingtaine de minutes plus tard. Ils durent insister sur la sonnette pour qu'un majordome se décide enfin à leur ouvrir. Elle présenta son insigne et il les fit entrer. Monsieur Von Stadt père descendit le grand escalier pour les rejoindre dans le hall et les regarda de manière hautaine ce qui ne les impressionna guère.
- Monsieur Von Stadt, voici un mandat de perquisition qui couvre la totalité de votre propriété. Veuillez prévenir l'ensemble des personnes habitant cette maison ainsi que la domesticité de se tenir à notre disposition pour d'éventuelles questions ! Ordonna-t-elle.
- Ceci est scandaleux ! S'indigna Von Stadt père. Ce n'est guère une heure pour effectuer ce genre de chose !
- Veuillez installer tout ce petit monde dans le salon, monsieur, Insista Mitchell.
- Je vais immédiatement contacter votre chef ! Ragea-t-il. Nestor faites selon les désirs de cette vermine !
Ann-Lynn retint Mitchell que cette insulte avait fait sortir de ses gonds. Elle n'allait pas offrir ce plaisir aux aristocrates. Ils devaient garder leur calme et s'occuper de leur enquête. Ils mirent des gants en latex et se répartirent la tâche. Aoki prit les jardins, Mitchell le rez-de-chaussée et Ann-Lynn s'occupa de l'étage. Elle finit par trouver la chambre de Friedrich et ricana en constatant que l'ordinateur avait mystérieusement disparu du bureau laissant apparaître une trace plus claire vestige de son emplacement. Aoki fouilla les poubelles et trouva au fond de celle réservée au papier, des centaines de photos. La plupart concernaient le capitaine de l'Arcadia ainsi que son domicile, les autres avaient été prises à l'insu du duc de Péhant. Aoki les plaça sous scellé et poursuivit sa fouille. Ann-Lynn ne se découragea pas et se dit que Friedrich avait sûrement des emplacements secrets inconnus de ses parents et elle fouilla l'intégralité de la chambre. Elle finit par trouver dans le double fond de la commode, une tablette numérique comportant des dizaines de fichiers vidéo. Elle regarda par ordre chronologique les dossiers et lança le premier fichier du premier dossier. Il s'agissait de la deuxième semaine de cours et Von Stadt avait filmé l'intégralité du cours d'Harlock. Elle cessa la lecture et passa au suivant, là aussi il s'agissait d'un cours donné par le capitaine de l'Arcadia. Elle arriva une vingtaine de cours plus tard et assista à la visite du Liberté par la classe de Friedrich guidé par Harlock. Elle remarqua la présence d'un jeune homme brun aux traits fins et réguliers qui étaient très nettement à l'écart des autres. Il semblait plus intéressé par Harlock que par le vaisseau de guerre et alors que le capitane passait près de lui, elle eut la très nette impression qu'il sentait le parfum que dégageait le capitaine de l'Arcadia. Celui-ci n'y prêtait pas attention et pourtant elle avait bien vu que Harlock jetait par moment un œil derrière son épaule pour s'assurer que le jeune homme les suivait et qu'il ne s'égarait pas dans les coursives. Il devait se douter depuis un moment des inclinations de cet élève mais il n'en montrait rien. Ann-Lynn le savait, elle voyait le jeune Patrick Coste et personne assistant à ce petit manège ne pouvait s'y tromper, il était tombé amoureux fou d'Harlock Elle passa au dossier suivant et tomba sur la vidéo des tortures infligées à Patrick Coste. Elle coupa au bout de quelques minutes tant son envie de vomir en voyant cela était grande. Elle respira profondément puis elle plaça la tablette sous scellé et descendit au rez-de-chaussée où l'attendait ses deux lieutenants. Mitchell n'avait rien trouvé et Aoki lui montra le sac rempli de photos. Elle alla dans le salon et regarda Von Stadt père avec mépris. Celui-ci en voyant la tablette numérique pâlit et Ann-Lynn eut un rictus de dégoût.
- Comme vous pouvez le constater vous avez oublié quelques preuves.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parlez, Soutint-il avec dédain.
- La perquisition est terminée. Merci pour votre charmant accueil.
Les trois policiers quittèrent les lieux et retournèrent au commissariat sous une pluie battante. Ils restèrent silencieux tout le temps du trajet et lorsqu'ils arrivèrent dans leur salle, ils trouvèrent le chef Patrick qui les attendait.
- Comment se passe votre enquête ? S'enquit-il avec douceur.
- Très bien. On progresse plus rapidement que prévu, Assura-t-elle.
- Avez-vous identifié les complices d'Eliza Zone ?
- Non. Pour l'instant on travaille sur le mobile, Indiqua-t-elle.
Le chef les regarda avec douceur ce qui les surpris encore plus.
- Je sais, j'en ai eu quelques échos, Sourit-il.
- Roger je...
- Quoi qu'il advienne garde ton cap et ne dévie pas de ta route, Assura-t-il. Tu trouveras la vérité et peut-être que tu arriveras à sauver Eliza Zone. Lieutenant Aoki, lieutenant Mitchell, les salua-t-il en souriant.
- Bonsoir chef, le saluèrent-ils à leur tour.
Aoki alla préparer du café et amena les tasses et la verseuse sur un plateau. Il fit le service et distribua les tasses.
- D'après les photos que j'ai trouvées Von Stadt fait une fixation dangereuse sur Harlock et sur le duc de Péhant, Révéla-t-il en jetant le sac de preuves sur son bureau
- Et vous commandant qu'avez-vous trouvé ? S'enquit Mitchell qui s'inquiétait de voir sa responsable aussi pâle.
Elle sortit la tablette de son sac à main.
- J'ai la preuve que Von Stadt est un dangereux détraqué, un pervers et le mobile de l'agression.
Elle donna la tablette à Mitchell qui une fois arrivé sur la vidéo de l'agression subie par Coste coupa le film au bout de deux minutes.
- Je trouve la punition bien douce par rapport au crime, Ragea Aoki.
- Le but était d'humilier, de faire éclater le scandale par une enquête de police et de faire enrager les aristocrates. C'était brillant, ça a parfaitement réussi. Le problème c'est que les aristos sont encore plus enragés contre Eliza Zone.
- On la retrouvera, chef, et on la mettra à l'abri. En plus, je pense que son déguisement doit être très efficace car malgré les avis de recherches on n'a pas réussi à la localiser, Avança Aoki.
- J'aimerai en être aussi sûre, s'inquiéta Ann-Lynn.
Elle vida sa tasse et se leva pur regarder par la fenêtre. Les élections approchaient et elle savait ce que celles-ci allaient donner.
Il ne leur restait plus que deux heures à attendre avant l'ouverture quotidienne de l'académie. Elle savait qu'elle allait se heurter à un mur mais elle était prête à jouer les bulldozers pour le faire tomber. Le jour se levait à peine lorsqu'ils descendirent au parking prendre leur véhicule. Ann-Lynn avait par précaution emmené les preuves avec elle et demanda à Aoki de faire un arrêt dans une banque du centre-ville où elle disposait d'un coffre de dépôt. Elle y cacha les preuves sous clef. Elle ne pouvait les laisser ni au commissariat, ni chez elle ni dans la voiture. Il ne lui restait que cette solution. Les comptes n'étaient que de simples numéros que l'on louait en ligne sous couvert de l'anonymat. Personne ne pouvait savoir lequel était le sien. Ils filèrent ensuite à l'académie. Rien qu'en se présentant à l'entrée l'accueil fut des plus glacials et l'officier chargé de gérer les admissions avertit le directeur de l'académie qui contesta la validité du mandat et contacta son avocat. Les policiers furent dans l'obligation d'attendre l'arrivée de l'avocat qui étudia le mandat et ne put que le déclarer valide au grand désarroi du directeur qui décida de laisser l'académie portes closes. Les élèves coincés sur les lieux pour préparer leur examen de rattrapage pour septembre furent obligés de rester dans leur chambre. Ann-Lynn face aux réticences du directeur n'hésita pas une seconde et le mit aux arrêts devant le regard choqué des officiers présents. Elle fit venir une voiture de patrouille supplémentaire et fut surprise d'en voir arriver des dizaines commandées par le chef de la police lui-même. Le chef Patrick lissa son veston et entra, il salua les policiers présents puis le directeur de l'académie.
- Que se passe-t-il commandant Chambers ? S'enquit-il d'une voix calme.
- J'ai un mandat en bonne et due forme et monsieur fait de l'obstruction. Il a ordonné de faire verrouiller toutes les portes de l'académie, Révéla-t-elle anxieuse de la réaction du chef après l'arrêt du directeur.
- Je vous ordonne de faire déverrouiller les portes, monsieur le directeur ! Intima-t-il d'une voix dure.
- Je refuse ! Décréta celui-ci.
- Comme vous voudrez. Officier, veuillez emmener le directeur et le mettre sous mandat de dépôt au commissariat ! Ordonna-t-il en désignant un des nouveaux policiers fraîchement débarqués du commissariat. Procédez à une fouille préventive !
Le directeur scandalisé fut contraint de s'appuyer contre le mur. Le policier procéda à la fouille et sortit les clefs magnétiques qu'il donna au chef de la police. Ann-Lynn ne s'attendait pas à un tel soutien. Elle le regarda surprise. Une fois le le directeur sorti le chef se tourna vers elle en souriant et mit les clefs dans les mains du commandant.
- Fais-en bonne usage, Conseilla-t-il en souriant. Tu as toutes les unités qu'il te faut pour maintenir le calme et je reste pour les soucis juridiques.
- Merci Chef ! S'enthousiasma-t-elle émue.
Les deux autres policiers n'arrivaient pas à croire à une telle chance. Le soutien du chef de la police était inespéré. Ils le saluèrent et filèrent à travers la cour pour aller directement au service administratif de l'académie. La secrétaire assista scandalisée au débarquement des forces de police dans le bureau du directeur et fut évacuée des lieux par Aoki qui la confia à un jeune policier pour que celui-ci la surveille. Aoki s'installa au bureau et fouilla l'ordinateur de la direction, pendant qu'Ann-Lynn et Mitchell fouillaient les tiroirs et les dossiers papiers. Aoki arriva sur les bulletins semestriels et les évaluations d'examens.
- Que vous a dit Harlock sur les performances de ces trois élèves ?
- Rien du tout ! Il m'a dit que si je voulais des réponses il me fallait un mandat !
- Il vous a gentiment envoyé promener, conclut Mitchell en souriant.
- C'est un sacré trio d'incapables en tout cas, Révéla Aoki. Les notes qu'ils ont sont catastrophiques y compris celles de l'examen. Et apparemment, Harlock les a sanctionnés très souvent pour manque de disciplines, irrespect, retards et absences à répétitions.
- Pour de Perravy et de Perrignac les absences je suis d'accord mais je suis certaine que Von Stadt n'a jamais loupé un cours du capitaine, Assura-t-elle.
- Bien vu, il était beaucoup absent dans les autres matières mais pas dans celle d'Harlock. C'est sûrement comme ça qu'il a pu prendre des centaines de photos de l'objet de ses fantasmes.
Ann-Lynn s'arrêta surprise sur le dossier de Patrick Coste qu'elle mit sous scellé après avoir lu les notes de cet élève. Il était reconnu par ses professeurs pour être un élève prometteur, sérieux et intelligent ce qui se confirmait par les quelques évaluations qu'il avait subies le temps de sa présence à l'académie. Il y avait aussi beaucoup de rapports de l'infirmerie où il avait été soigné pour des blessures aux jambes, au torse et au visage, soi-disant occasionnées par des chutes. Elle poussa un soupir d'exaspération et mit le dossier sous scellé. Elle finit par trouver les dossiers des trois agresseurs de Coste et parcourut celui de Von Stadt où elle trouva une lettre, qu'elle relut une dizaine de fois tant cela la surprenait. Ses lieutenants la voyant interloquée par ce qu'elle lisait voulurent savoir ce que leur commandant avait trouvé.
- Qu'est-ce que c'est commandant ? S'enquit Mitchell surpris.
- Une lettre écrite par Harlock, Révéla-t-elle en déglutissant difficilement. Je dois dire que c'est vraiment très surprenant de sa part.
- Pourquoi ? S'étonna Aoki. Avec tous les rapports disciplinaires qu'il a rédigés sur ses trois oiseaux cela n'a rien d'anormal.
- Il a demandé au directeur de l'académie d'exclure Von Stadt définitivement car il le soupçonnait d'être mêlé aux tortures qu'a subies Patrick Coste.
- Harlock a eu les couilles de faire ça ! S'étonna Mitchell. Il risquait sa place pour ça !
- Il dit que Von Stadt, Poursuivit-elle émue, pourrait bien recommencer sur d'autres élèves et qu'il a besoin d'un soutien psychiatrique de toute urgence.
Aoki sortit sa tablette numérique et se connecta au réseau de la police, il entra dans le domaine des crimes sexuels et fit une recherche sur Patrick Coste. Il lut le rapport des deux policiers et celui des médecins.
- Coste n'a jamais donné le nom de ses agresseurs et n'a jamais porté plainte commandant, Indiqua-t-il.
- Pourtant Harlock savait qui avait fait le coup et avait tenté d'intervenir, Commenta Mitchell. Comment pouvait-il le savoir ?
- Harlock est tout sauf un idiot Soutint-elle. A force de les côtoyer et de les voir agir il avait dû bien cerner leur psychologie. Ce qui me surprend c'est pourquoi il a pris le risque de s'impliquer alors que la victime était le fils d'un politicien du Consortium. Je ne comprends pas, il est du côté des aristocrates alors qu'est-ce que ça pouvait lui faire que trois aristos s'acharnent sur un fils de collabo comme ils les appellent ?
- Ce que je trouve très déplacé de leur part comme dénomination car eux aussi ne sont pas gênés pour collaborer et s'enrichir sur le dos de la population, Affirma Aoki.
Mitchell tout en écoutant la discussion poursuivit sa fouille et trouva deux lettres écrites par Oscar et destinées au directeur. Il les lut puis les tendit à Ann-Lynn.
- Je crois que vous devriez consulter cela commandant, Proposa-t-il d'une voix blanche.
Ann-Lynn la parcourut.
- Oscar a demandé au directeur de mandater quelqu'un pour régler le problème Coste car il craignait que son attitude vis à vis du capitaine de l'Arcadia n'entache la réputation de l'académie ! S'énerva-t-elle.
Elle posa la première lettre puis elle lut la seconde qui la fit trembler de rage
- Les salopards ! Il est regrettable que Von Stadt ait effectué sa mission en faisant autant de zèle mais au moins la question embarrassante est réglée, lut-elle à haute voix. Il dit même qu'il faut calmer les inquiétudes d'Harlock car tout ceci n'était destiné qu'à protéger son honneur et celui de l'académie !
Elle était pâle de rage. Elle mit les différents documents sous scellé Elle était au bord de l'explosion et elle devait à tout prix se calmer. Ils récupèrent les différentes pièces à conviction et retournèrent à l'accueil où elle les présenta au chef Patrick qui lut les trois lettres et sourit tristement en lisant celle rédigée par Harlock. Même si ce sourire fut bref et presque imperceptible il n'échappa pas à Ann-Lynn qui se posait de plus en plus de questions sur le comportement du capitane de l'Arcadia.
- C'est du beau boulot, commandant Chambres, la félicita-t-il. Mettez tout ceci en lieu sûr je vous prie, Ordonna-t-il avec douceur.
Il les salua et sortit. Le sang du commandant ne fit qu'un tour. Il était clair à présent que l'attitude d'Harlock, celle de Ryo Kimura et celle du chef de la police cachait quelque chose et elle comptait bien le découvrir, en toute discrétion afin d'éviter d'éveiller les soupçons de l'Aristocratie. Ils reprirent la voiture et mirent les preuves au coffre avant de retourner au commissariat de police. Comme on était dimanche, le commissariat était presque désert et seul le service des urgences policières disposait de quelques hommes de garde. Ann-Lynn une fois dans leur salle, s'assit à son bureau et prit sa tête entre ses mains.
- Est-ce qu'il n'y a que moi qui trouve l'attitude d'Harlock étrange ou vous aussi ? Les interrogea-t-elle calmement.
- Je crois qu'il faudrait qu'on fasse le point sur la situation, Proposa Mitchell en approchant son siège près du bureau de sa responsable, imité par Aoki.
- Très bien, allons-y, Accepta Ann-lynn.
- Personnellement j'ai une question chef, commença Mitchell. Lorsque vous l'avez interrogé, trois jours après le meurtre de sa fiancée est-ce qu'il était bouleversé ?
Elle se remémora l'entretien.
- Il était calme, plutôt aimable. Pourquoi ?
- C'est vrai que je ne suis pas de l'aristocratie et je n'ai sûrement pas le sang froid de ce mec la, mais il aurait au moins dû être un tant soit peu ému ? Est-ce qu'il a demandé où était le corps de sa fiancée ?
- Rien du tout, Se rappela Ann-Lynn. Il était calme et sans aucune agressivité.
- Je ne suis pas psy mais c'est normal comme comportement ? S'étonna Mitchell. Même s'il voulait cacher ce qu'il ressentait, il aurait dû à un moment se trahir surtout avec son cœur sous surveillance. Est-ce que l'activité cardiaque a bougé ?
- Rien du tout, Répondit Ann-Lynn en se mordant les lèvres. Il n'a réagi qu'en voyant Eliza Zone. Sur le coup j'ai pensé que c'était lié à la surprise et à l'inquiétude mais maintenant...
- Rappelez-vous quand vous êtes allé le voir, se souvint Aoki en souriant, vous vous souvenez comme son cœur s'est emballé lorsqu'il l'a vue se faire draguer et peloter par de Perravy et par de Perrignac ?
Ann-Lynn ne répondit pas. Elle se rappelait la question qu'elle avait posée au procureur et elle avait peur de connaître la réponse.
- Il s'est emporté lorsque je l'ai accusé d'avoir fait assassiné les Stewart, se remémora-t-elle en pâlissant.
- Quels ont été ses mots ? S'enquit Aoki.
- Une petite minute.
Elle sortit ses disques de données qui contenaient tous les entretiens qu'elle faisait avec les témoins les victimes et les suspects qu'elle enregistrait à leur insu et retrouva celui du premier entretien après l'assassinat d'Helena Svlotiania. En le réécoutant les choses s'éclaircirent d'elle-même et la vérité leur apparut grâce à une simple réaction viscérale du capitane de l'Arcadia.
- Je n'ai pas fait assassiner mes enfants, Répéta Aoki. Ce n'est pas la réaction d'un homme qui se fout de sa progéniture comme on le pensait au début. C'est la réaction d'un père.
- Qui n'était pas surpris lorsque je lui ai dit que ses enfants avaient été assassinés sur Amos ! S'exclama Ann-Lynn. Il savait qu'ils n'étaient pas en exil mais sur Amos ! Lieutenant Aoki, fouillez le passé des Stewart du côté des affaires familiales.
- Qu'est-ce que vous soupçonnez commandant ? S'enquit Mitchell abasourdi.
- Qu'il n'a pas pu rester sans voir ses petits ! Affirma-t-elle en souriant.
Le lieutenant roula sur sa chaise jusqu'à son bureau et commença à fouiller le passé des parents adoptifs de Franck et Marie. Il envoya une requête aux affaires familiales en leur indiquant que le dossier était nécessaire pour les besoins d'une enquête criminelle et fournit ses codes d'identification. Ils attendirent fébrilement plusieurs minutes et la réponse leur parvint. Aoki en la lisant sourit jusqu'aux oreilles.
- Les Stewart ont été convoqués au tribunal à la demande d'un certain monsieur X qui affirmait être le père des jumeaux et qui réclamait le droit de garde exclusif. Il a passé les tests de paternité et obtenu grâce à son témoin de moralité monsieur le duc de P****, un droit de visite de deux heures le samedi. Les parents adoptifs ont d'ailleurs signalé que le père venait régulièrement et n'a jamais manqué une seule visite, Annonça-t-il sans cesser de sourire.
- Ce que je suis soulagée, soupira Mitchell. Je savais qu'un père digne de ce nom ne ferait pas assassiner ses gosses !
- Maintenant je sais jusqu'où Harlock est capable d'aller par amitié, Affirma Ann-Lynn.
- Vous pensez qu'il s'est infiltré pour aider la Résistance. ?
- Mais comme Eliza Zone ne le sait pas, elle a essayé de l'abattre en pensant qu'il était lui aussi responsable de la mort de leurs enfants.
- Qui a fait abattre les Stewart ? Les aristocrates ou Helena Svlotiania ? Interrogea Aoki.
- Pas les aristocrates car je pense que son témoin de moralité était Oscar de Péhant donc il ne reste qu'Helena Svlotiania, Sourit Ann-Lynn.
- Et Harlock le savait, c'est pour ça qu'il ne montre aucun intérêt pour la mort de la femme qui a fait assassiner ses petits, Comprit Mitchell
- Pourquoi a-t-il maintenu le mariage ? S'étonna Aoki scandalisé.
- Car il devait sauvegarder les apparences pour sa mission mais je suis certaine qu'il l'aurait tuée d'une manière ou d'une autre si Eliza Zone n'avait pas fait le travail à sa place, Soutint elle.
Pour le commandant, il était temps de pousser Harlock dans ses derniers retranchements et d'obtenir qu'il dise enfin la vérité. Elle leva la main et proposa à l'unisson :
- Qui est d'accord avec moi pour aller asticoter le capitaine de l'Arcadia en toute discrétion ?
Chaque lieutenant leva la main en souriant et ils quittèrent leur salle pour se rendre au parking où ils empruntèrent un véhicule pour se rendre à l'hôpital. Ann-Lynn, ne tenait pas à ce que le capitaine soit prévenu de sa visite aussi, ils contournèrent l'hôpital pour passer par la buanderie où elle tapa sur le clavier le code de la serrure magnétique. Ils traversèrent la zone en toute discrétion et montèrent vers la zone des appartements médicalisés. Harlock avait été transféré dans un des appartements luxueux de l'hôpital où les soins médicaux nécessaires à son rétablissement lui étaient prodigués. La zone était très bien gardée et Ann-Lynn présenta sa plaque à chaque entrée de couloirs qui menaient au logement occupé par Harlock. Ils arrivèrent devant celui-ci et comme elle ne disposait pas du code d'accès, Aoki pirata le clavier grâce à sa tablette et débloqua la serrure. Ils entrèrent en toute discrétion et alors qu'ils étaient dans l'entrée ils entendirent des rires joyeux de plusieurs personnes.
Deux hommes et une femme. Son cœur se serra lorsqu'elle entendit des fous rire d'enfants et la main tremblante elle tourna la poignée de la porte du salon. Harlock était aux anges, Ryo et Nynna avaient réussi à lui amener en toute discrétion grâce au chef de la police ses petits et il allait pouvoir passer une bonne partie de l'après-midi ensemble car l'infirmière ne devait repasser le voir que vers vingt heures. Les petits avaient fini par l'appeler papa grâce au docteur Kimura qui l'avait aidé à leur faire comprendre qu'il était leur vrai papa et comme Ellie ne pouvait être présente, Harlock se servait des photos dont il disposait pour leur montrer leur vraie maman qu'il espérait pouvoir leur ramener le plus vite possible. Il était installé sur un canapé, Ryo et Nynna sur celui d'en face et ils regardaient attendris les petits dessiner sur la table basse tout en discutant joyeusement. Les trois policiers assistèrent ébahis à ce spectacle et virent la petite Marie se jeter dans les bras de son père pour lui montrer son dessin dont elle était très fière.
- C'est très joli ma chérie, Assura son père en la serrant contre lui et en lui faisant sur la joue un gros bisou sonore.
Marie vit les policiers et leur sourit gentiment. Ils lui rendirent son sourire. Ann-Lynn sentit une larme glisser sur sa joue et l'essuya rapidement.
- Papa, Appela la petite en lui montrant les nouveaux venus.
Le sourire joyeux d'Harlock disparut en découvrant les nouveaux arrivants. En les voyant, Ryo ne put s'empêcher de lâcher un juron sous le regard scandalisé d'Harlock.
- Pardon, s'excusa-t-il. Mais tu sais ils en apprendront tôt ou tard !
- Le plus tard possible serait le mieux, je te signale qu'ils n'ont que vingt-deux mois !
- Excuse-moi papa poule s'est sorti tout seul ! Se justifia Ryo.
- Papa poule, répéta Franck en riant.
Ryo et Nynna ne purent s'empêcher de rire en voyant le regard quelque peu agacé d'Harlock qui n'avait aucune envie que ses enfants lui collent un tel surnom. Il détourna son regard et décida de s'occuper des policiers.
- Qu'est-ce que vous faites là ? Gronda-t-il.
- D'après vous, capitaine, je mène une enquête de police, lui Rappela Ann-Lynn en souriant.
Franck en entendant le ton de son père fut quelque peu surpris et l'observa inquiet.
- Papa, pas content, s'inquiéta-t-il en étant sur le point de pleurer.
- Pas à cause de toi mon trésor, Sourit-il à son fils en le prenant dans ses bras pour qu'il rejoigne sa sœur.
Il déposa un bisou sur la joue de son fils qui rassuré se blottit dans ses bras. Les policiers étaient au moins rassurés pour une chose même s'il était en colère après eux il ne les agresserait pas devant ses enfants. Les deux petits étaient installés chacun sur une cuisse du capitaine, entourés d'un bras protecteur. Par contre elle se doutait qu'elle n'avait pas intérêt à s'approcher, Harlock semblait être assez surprotecteur avec sa progéniture. Elle le regarda droit dans son œil valide et sourit face à la dureté de ce regard.
- Pour des morts, ils se portent bien, capitaine, Commenta Mitchell.
- Peut-on espérer que la famille Stewart a eu la même chance ? Ironisa-t-elle.
- Hélas non, se désola-t-il. Ils m'avaient confié les petits pour l'après-midi et je les avais emmenés au parc pour que Nynna et Ryo puissent les voir sans qu'on soit dérangés et le chef Patrick est venu nous récupérer pour que mes enfants soient emmenés en sécurité et il m'a alors dit ce qu'il s'était passé.
- Je vais éviter les mots grossiers devant vos enfants, Râla Ann-Lynn, mais vous vous êtes bien payé ma tête à chaque fois que je suis venue vous interroger et le chef Patrick avec ! J'aurai dû me poser des questions, à chaque fois que je suis venu vous interroger il était là pour mettre fin à l'interrogatoire ou pour le surveiller !
Elle était au bord de l'explosion et sa colère ne faisait qu'augmenter.
- Est-ce que vous imaginez ce qu'endure leur mère ? Craqua-t-elle. Elle croit qu'ils sont morts et elle est prête à mourir pour se venger !
- Et vous, vous croyez que le chef vous a mis sur cette enquête pourquoi ! Cria Ryo. Vous êtes les seuls membres de la police à vouloir récupérer Ellie vivante alors faites votre boulot ! Vous êtes peut être la seule chance que l'on a d'y parvenir !
Ryo aussi était à bout de nerfs. L'après-midi promettait d'être si agréable et Chambers venait la leur gâcher avec ses reproches douloureux et blessants. Il était prêt à faire rempart pour protéger son ami et ses petits. En le voyant si bouleversé, Ann-Lynn baissa d'un ton.
- Est-ce qu'un jour j'aurai le droit de savoir la vérité ? Le questionna-t-elle.
- Plus tôt que vous ne le pensez, Indiqua Harlock calmement. Vous travaillez pour Alfred Krieg n'est-ce pas ?
- Et alors ?
- Je veux que vous veniez avec lui, dimanche prochain, Oscar doit se rendre à une autre réunion importante pour préparer leur plan d'action, on ne sera donc pas dérangés. Je pourrai tout vous révéler à ce moment-là. Si vous arrivez à localiser mon Ellie pendant ce laps de temps, j'espère que vous me l'indiquerez, Proposa-t-il tristement.
- Vous n'avez jamais cessé de l'aimer, Commenta-t-elle.
- Comme si vous ne vous en doutiez pas ! J'ai bien vu comment vous regardiez mon rythme cardiaque pendant que vous me mettiez la vidéo avec ces deux pervers qui la draguaient, Reprocha-t-il amer.
- Je ne faisais que mon travail, se défendit Ann-Lynn.
- Je sais, mais c'était quand même éprouvant pour moi. Il s'agit de la femme que j'aime, de la mère de mes petits.
- J'ai du mal à comprendre pourquoi vous l'avez laissée partir en exil si vous l'aimiez tant que ça, Douta-t-elle écœurée.
- C'est de ma faute, avoua Ryo pour qu'Harlock ne révèle rien de ce qui lui était arrivé. Je devais la récupérer mais Ellie a disparu avec ses enfants le soir même où la loi est passée.
- Très bien, Accepta Ann-Lynn. Est-ce que comme vous êtes en contact avec Oscar il vous a donné des renseignements sur les trois femmes qui ont fait le coup ?
- Bien entendu.
Harlock posa ses petits sur le canapé et alla vers le porte manteau où était accrochée sa veste de militaire de l'académie. Il sortit d'une poche secrète un petit projecteur d'images tridimensionnelles et l'alluma. Le visage de Sandy apparut.
- Voici Sandy Brooks, une Mazone hybride qui a aidé la Résistance et qui est partie en exil sur le même vaisseau qu'Ellie. Une jeune fille honnête et très gentille. Cela ne me surprend pas qu'elle soit restée avec elle pour l'aider dans sa vengeance, Révéla-t-il.
Une nouvelle image apparut.
- Voici Ann Cutler, Poursuivit-il, Ryo s'est chargé de l'identifier en utilisant un logiciel de reconnaissance faciale. Elle aussi condamnée à l'exil avec toute sa famille. Si elle est avec Ellie, c'est que sa famille s'est sûrement fait massacrée et que elle aussi désire se venger.
- A-t-elle un lien avec Patrick Coste ? Interrogea Ann-Lynn.
- Vous êtes déjà au courant de cette affaire ! S'étonna Harlock. Vous êtes rapide.
- Merci. Alors ? Insista-t-elle.
- Je me suis chargé des recherches sur cette femme, Révéla Ryo. J'ai trouvé son lien avec Ellie en premier. Ellie l'avait embauchée comme nourrice. Ensuite pour le lien avec Patrick Coste c'est en fouillant son passé à lui que j'ai trouvé. Patrick est un ami d'enfance d'un neveu d'Ann Cutler. Ils étaient toujours amis au moment où Coste s'est fait agresser car il est venu le voir à l'hôpital, il a signé le registre des visites.
- Ca me parait bizarre que Coste ait révélé ce qu'il avait subi à un ami d'enfance, Douta Harlock.
- Ouais, je sais c'est pourquoi j'ai continué à fouiller et j'ai suivi la piste des données bancaires, Coste prenait une semaine sur deux une chambre dans un hôtel-restaurant, au temps où il finissait ses études secondaires et le neveu d'Ann Cutler payait des dîners et des petits déjeuners pour deux personnes dans ce même hôtel les jours où Coste y était et lui n'avait pas de chambre. D'après les réservations, Coste demandait toujours une chambre avec un lit à deux places car il était accompagné. Ce qu'il a subi, il n'en aurait pas parlé à un ami mais à un petit-ami sûrement car vu les dégâts...J'espère que ça va vous aider.
Harlock lança l'appareil à Ann-Lynn et retourna auprès de ses petits.
- Je vais faire tout ce que je peux pour vous aider, capitaine. A dimanche prochain.
Les policiers prirent congé et Ryo retourna s'asseoir en soupirant. Il regarda les petits jouer avec leur papa et se demandait quand ce serait son tour de faire pareil avec les petits que lui donnerait Nynna.
La surveillance au niveau de l'hôpital ne se relâchait guère. Ellie qui observait du toit d'un immeuble vit même des officiers de police supplémentaires arriver.
"Même un roi n'est pas aussi bien gardé, Pensa-t-elle en regardant le déploiement des policiers grâce à la jumelle de son fusil"
Elle remit celle-ci dans sa poche puis retourna à leur planque. Après la grande exposition, les grands pontes de l'aristocratie avaient embauché des gardes du corps ce qui rendait leur élimination plus compliquée. Il allait leur falloir beaucoup plus de renseignements pour trouver les moments parfaits pour passer à l'offensive. Et pour cela il fallait connaître leurs activités clandestines. Ellie trouva Sandy occupée à se faire une nouvelle tenue et Ann s'occupait de ses bonsaïs dans la petite véranda qui se trouvait à l'arrière de la maison. Elle sourit à Sandy et alla voir Ann qui terminait la coupe délicate d'un arbre.
- Alors qu'est-ce que ça a donné ? S'enquit celle-ci en la voyant arriver.
- Il y a encore plus d'hommes pour le protéger, on verra à sa sortie.
- On retourne à notre cible : le PDG de Stanford Technical.
- Oui, mais cela risque d'être plus difficile, les aristos sont très énervés et ont embauchés des gardes du corps. On manque de renseignements sur eux et leur organisation.
- Il suffit d'aller les chercher à la source, Proposa Ann en plaçant son bonsaï fraîchement taillé à sa place habituelle.
- Chez qui ? Les maisons de ces salopards sont bien gardées, Râla Ellie.
- Ce sont des châteaux, ma chérie, la rattrapa Ann en souriant. Si ce n'étaient que des maisons ce serait facile. Mais dis-toi bien une chose, si pour nous, il est difficile de pouvoir entrer chez eux, pour eux il leur est difficile de rendre leurs propriétés parfaitement sûres. En plus rien ne garantit qu'ils connaissent de fond en combles leurs vieilles demeures.
- Tu penses à des passages secrets oubliés c'est ça ? L'interrogea Ellie.
- Exactement. Par contre d'après toi, il faut qu'on soit renseignées à quel point ?
- Au maximum ! La moindre erreur serait fatale pour notre plan et si on pouvait découvrir la totalité de leur manigance on pourrait les balancer sur le web.
- Ca ne servirait pas à grand-chose, Douta Ann en respirant le parfum enivrant d'une de ses roses les plus parfumées.
- C'est sûrement trop tard. On est très près des élections et ils seront bientôt au pouvoir.
- Je doute fort qu'ils se soucient des élections pour gagner, Affirma-t-elle en souriant.
- Tu ne me dis pas tout ce que tu sais toi, Plaisanta Ellie en riant.
- Disons que tu ne me poses pas les bonnes questions, Répliqua Ann en lui souriant.
- Que trafiquent les Illumidas avec les aristocrates ?
- Ils leur fournissent des vaisseaux de guerre en échange de femmes fertiles.
- J'ai du mal à croire qu'Oscar de Péhant puisse être aussi naïf.
- Je suis bien d'accord avec toi.
- Oscar est le bras droit du roi Von Kiel et son gendre à présent. Il a travaillé sous les ordres de mon père. Il servait de lien avec Helen Westerfield entre le Consortium et les aristocrates. Il était chargé de faire circuler de grosses mallettes d'argent destiné aux aristocrates en échange de leur collaboration. Et au moment de la chute du Consortium, ils avaient anticipé le désastre et retiré leurs billes tout en restant extrêmement riches et en devenant très influents en entrant dans la politique. Je ne le vois pas faire confiance une seule seconde aux Illumidas ils ont sûrement un autre moyen pour obtenir des vaisseaux de guerre.
- Si de Péhant mène toujours la danse, alors c'est lui qui a les infos. Est-ce qu'il a des gardes du corps ?
- Comme tous les autres, sans compter qu'il doit vouloir protéger sa jeune épouse qui fait de lui l'héritier du trône, Affirma Ellie avec un rictus de mépris.
- On pourrait buter la fille du roi Von Kiel, Proposa Ann.
- C'est une gamine de dix-huit ans et je refuse de m'en prendre aux familles. Je veux juste la tête des dirigeants.
- Pourtant eux, ne se sont guère gênés avec nous. Tu es bien trop généreuse Ellie. Quand désires-tu que nous nous mettions au travail ?
- Dès ce soir. Il serait bon d'aller observer la demeure du duc de Péhant pour connaître ses habitudes. Les de Péhant font partie de la très ancienne noblesse, ils sont arrivés sur Amos il y a cinq siècles dès l'installation des premières colonies humaines. Leur château doit bien dater de cette époque et il est plus que probable qu'ils ont oublié l'existence de certains passages ou qu'ils pensent que personne ne les connaît. Qui plus est avec une sonde, on pourrait scanner la propriété.
- Le problème c'est qu'on n'en a pas à disposition.
- Ce n'est pas grave, je vais en faire une et cette nuit on la fera voler au-dessus de sa propriété, Proposa Ellie.
Elle laissa son amie à ses fleurs et descendit au sous-sol qui avait été transformé en atelier pour les hautes technologies. Ellie avait fait le plein côté matériel. Elle avait même choisi des modèles réduits à moteur électrique pour qu'ils puissent glisser silencieusement dans les airs. Elle sortit un modèle réduit qui représentait un vieil avion datant de la guerre de mille neuf cent quatorze/mille neuf cent dix-huit. Il était très grand et très maniable. Il y avait suffisamment de place pour y greffer le matériel et il était suffisamment puissant pour que le poids de celui-ci n'affecte pas son vol. Elle prit une bombe de peinture et le recouvrit entièrement. Il passa d'un blanc éclatant à un bleu nuit des plus sombres. Elle greffa un détecteur de chaleur et un scanner qui servait aux voiries pour l'installation des routes pour s'assurer qu'il n'y avait pas de grottes en dessous qui ne supporteraient pas le poids du trafic routier. Elle les relia à un dispositif de commande qui fut greffé à l'antenne destinée à recevoir les ordres venant du sol quant à l'altitude, la vitesse et les mouvements. Son petit espion fini, elle remonta pour le dîner et dès que la nuit noire ce fut abattu sur la ville, elles prirent le tout terrain et partirent vers les hautes collines où l'aristocratie s'était installée pour dominer la capitale d'Amos.
Elles s'arrêtèrent dans un bois, cachées par de hautes fougères typiques de la planète d'Amos et Ellie fit décoller son modèle réduit. Sandy, par la tablette numérique prit le contrôle du matériel d'espionnage. Ellie fit survoler plusieurs fois de suite la propriété pour que le scanner puisse repérer le moindre souterrain ainsi que la rotation des gardes du corps. Elles assistèrent cachées derrière les plantes au départ d'Oscar en limousine encadré par cinq gardes du corps. D'après le nombre personnes comptées grâce au détecteur de chaleur il devait rester une dizaine d'êtres humains dans la propriété. Ellie espérait que le duc n'avait pas pensé à s'acheter des sexaroides. La technologie de ces robots était toute récente mais elle attirait de plus en plus d'adeptes. Sandy à sa demande poussa le détecteur de chaleur au maximum et celui-ci n'indiqua pas de personnes supplémentaires. Ellie étudia le scanner de la propriété pendant qu'Ann se chargeait de ramener leur espion volant qui se posa en douceur sur la route en contrebas. Il y avait plusieurs passages possibles et Ellie espérait bien choisir celui qui les mènerait directement au bureau d'Oscar de Péhant.
Minuit approchait et la jeune épouse d'Oscar n'était pas couchée. Elle finit par éteindre les lumières une heure plus tard et la limousine du duc se gara dans la cour peu de temps après. Elles allaient devoir rester en observation plusieurs soirs de suite pour connaître les rythmes de la maison ce qui leur fit pousser un soupir de lassitude.
Trois jours durant, le château du duc fut sous surveillance. Il partait toujours à la même heure et revenait environ à la même à quelques minutes près. Elles comprirent vite étant donné les circonstances la problématique qui se présentait à elles. Il leur fallait se débarrasser des gardes du corps et de la jeune épouse pour pouvoir fouiller tranquillement.
Le quatrième jour elles préparèrent le matériel et prirent la direction d'un chemin qui passait derrière la propriété et menait à une petite rivière. Le passage secret partait d'une porte en bois qui se trouvait dans une petite grotte sous la cascade qui était grande de plusieurs mètres. Elles portaient leur tenue de camouflage thermique et des chaussures souples qui n'émettaient aucun son. Armes aux poing elles se glissèrent dans la petite grotte et Ellie crocheta l'ancienne serrure. Le passage avait été oublié depuis longtemps et les poutres de soutien du tunnel commençaient à donner des signes de fatigue qui témoignait de l'usure du temps et de l'abandon des lieux. Elles traversèrent rapidement le tunnel qui menait au château en utilisant des lunettes à vision nocturne et se retrouvèrent face à une porte en bois très lourde. Ellie soupçonna celle-ci d'être dissimulée au niveau de la pièce par une lourde bibliothèque en chêne qui n'avait pas été manœuvrée depuis longtemps. Elle prit une micro caméra et la glissa dans l'interstice qui se trouvait entre la porte et le mur. A leur grande surprise, le passage menait à la chambre d'Isabelle qui lisait tranquillement dans un fauteuil sur le balcon. Elle adorait profiter des douces nuits de début d'été pour lire à la belle étoile. Ellie récupéra la caméra et indiqua à ses amies qu'il y avait une personne. Ellie repéra les gonds et sortit de son sac de l'huile et les noya de cette substance grasse pour faciliter la manœuvre et limiter le bruit. Elles poussèrent toutes les trois et la porte pivota en douceur. L'espace libéré permettait à une personne de passer de côté et Ellie se glissa la première suivie par ses amies. Elles s'accroupirent et regardèrent du côté d'Isabelle. Ann, se préparait à l'agresser grâce à son arme paralysante mais Ellie lui fit comprendre qu'elle refusait toute violence. Elle fit signe à Sandy de capturer la jeune femme en silence. La jeune Mazone se glissa furtivement jusqu'à la future reine et l'attrapa par surprise en couvrant sa bouche de sa main pour l'empêcher de crier puis elle la rentra à l'intérieur sans un bruit. Ellie referma la fenêtre et observa la jeune fille qui était terrorisée. Isabelle fut ensuite solidement attachée et bâillonnée puis allongée sur son lit. Les trois femmes allèrent ensuite s'occuper des gardes en toute discrétion. Elles se partagèrent la tâche chacune ayant la responsabilité d'éliminer un des gardes de l'étage puis elles en firent de même au rez-de-chaussée. Elles retournèrent à l'étage et emmenèrent Isabelle dans le bureau de son mari. Sandy s'attela à pirater l'ordinateur du duc et Ellie fit installée Isabelle dans un fauteuil.
- Ecoutez-moi bien, on ne vous veut aucun mal, la rassura-t-elle. On va vous retirer votre bâillon et je vous conseille de vous tenir tranquille et de ne pas hurler si vous ne voulez pas vous prendre une décharge d'arme paralysante. M'avez-vous comprise ?
Isabelle approuva vigoureusement de la tête et Ellie lui retira son bâillon. Elle sourit en constatant que bien que terrorisée, Isabelle ne paniquait pas et ne hurlait pas.
- Qui êtes-vous ? S'enquit-elle.
Ellie pour toute réponse retira ses lunettes et le haut de sa tenue qui lui recouvrait sa tête.
- Eliza Zone, Réalisa Isabelle en pâlissant.
Ellie se contenta de sourire et regarda du côté de Sandy.
- Qu'est-ce que ça donne ? Demanda Ellie à la jeune Mazone.
- Je crois que tu vas avoir le temps de faire connaissance avec la jeune épouse du duc car ça va me prendre un peu de temps, indiqua Sandy en tapant des dizaines de ligne de codes à une vitesse phénoménale.
- Pourquoi avez-vous tenté de tuer le capitaine de l'Arcadia ? L'interrogea Isabelle alors qu'une larme roulait sur sa joue.
- C'est personnel, Répliqua Ellie.
- Je sais pour vos enfants mais ce n'est pas lui qui a ordonné leur assassinat c'était Helena Svlotiania.
- Qui vous l'a dit ? S'énerva Ellie.
- Mon époux. Hans est innocent ! S'insurgea-t-elle. Vous n'avez pas le droit de vous en prendre à lui !
Ellie eut un rire d'incrédulité. Ainsi donc cette gamine avait un petit faible pour le capitaine de l'Arcadia
- C'est pourtant parce qu'il s'est fiancé à cette salope qu'ils ont été assassinés ! Et il est resté fiancé avec elle alors qu'il le savait ! En gros ça l'a arrangé qu'elle fasse le sale travail ! Ricana Ellie.
Cette éventualité n'avait pas traversé l'esprit d'Isabelle qui décida de persister à plaider pour la cause de l'homme qu'elle convoitait.
- Epargnez-le je vous en prie, Supplia-t-elle. Je l'aime !
Le choc pour Ellie fut rude. Elle s'attendait à un petit faible pas à une passion quelconque.
- Il a le même âge que votre père, lui Rappela-t-elle. Il a vingt-sept ans de plus que vous !
Elle éclata de rire suivie par Ann qui elle aussi trouvait cela carrément fou.
- Cela ne m'effraie pas ! Soutint-elle. Je veux l'épouser !
- Vous savez que la polyandrie tout comme la polygamie est illégale dans cette galaxie j'espère, se moqua Ellie. Vous avez grandi dans un couvent c'est ça ? Comme vous n'avez pas vu souvent votre papa vous faites un complexe et vous fantasmez sur les vieux.
- Hans n'est pas vieux ! S'énerva Isabelle.
- Non, il est d'âge mûr, la railla Ann.
- Mais plus sérieusement qu'est-ce qu'il vous prend de vouloir épouser un homme de son âge ? S'inquiéta Ellie Il y a quelque chose qui cloche au niveau d'Oscar de Péhant.
Isabelle rougit en repensant au capitaine.
- Il est beau, avoua-t-elle en rougissant. C'est un homme, un vrai ! Comme il y en a peu !
Ellie vit le regard de la jeune femme s'enflammer
- Il vous a draguée ou quoi ? Pourtant les gamines ce n'est pas son truc normalement ! S'étonna Ellie.
- Il n'a rien fait, reconnut-elle. Je suis juste tombée sous son charme.
Ellie lui sourit tristement.
- Bienvenu au club ! Ecoutez-moi, Harlock s'est servie de moi pour combler le vide de ses nuits et ça a duré juste le temps de la guerre. Une fois celle-ci terminée, il m'a larguée définitivement pour aller séduire une femme du monde d'où il provenait afin de grimper les échelons et si vous lui offrez cette opportunité il se servira de vous pour arriver jusqu'au sommet ! Se désola Ellie.
- Il vaut mieux lui que mon pervers de mari ! Je suis d'accord pour l'aider ! Je veux faire de lui le prochain roi et je régnerai à ses côtés ! Vous et moi savons très bien qu'il saurait prendre les décisions qui s'imposent pour la galaxie ! Epargnez-le et laissez le moi ! Je comprends que vous ayez voulu venger vos enfants, c'est tout à fait normal et je vous donne raison, Helena n'avait pas le droit de prendre leur vie ! Une fois reine, je vous accorderai l'immunité pour vos crimes et vous serez libres ! Je ferai de vous des membres à part entière de l'aristocratie mais en échange je veux que vous épargniez Hans !
- Vous oubliez que vous êtes mariée, lui Rappela Ellie incrédule face à une telle obstination.
- Cela ne durera pas, Soutint-elle. Je me suis mise d'accord avec mon père, dès que la royauté sera au pouvoir et mon père sur le trône, Oscar subira un tragique accident !
- Vous pourriez vous contenter de faire annuler le mariage, Insista Ellie vraiment étonnée par ces révélations.
- Et permettre à ce pervers de continuer à vivre après m'avoir humiliée ainsi ! Jamais !
- Qu'est-ce qu'il vous a fait ? S'inquiéta Ann face à tant de colère.
- Il m'a trompée dès notre voyage de noces et il aime autant les hommes que les femmes ! Cracha-t-elle avec dégoût.
Les deux femmes se regardèrent tristement. Elles étaient désolées pour Isabelle, se doutant que la jeune femme avait été sûrement manipulée pour épouser un individu qui ne l'aimait pas.
- Quoi qu'il advienne, Harlock ne sera jamais roi ! Affirma Ellie. Il a l'âge de votre père !
- Vous croyez vraiment que je vais épargner la vie de mon père après qu'il se soit servi de moi comme ça ! Eructa Isabelle. Il régnera juste le temps pour moi de mettre en place mon plan et ensuite il retournera voir son créateur !
Ellie pâlit et regarda du côté de Sandy qui l'observait embarrassée.
- As-tu réussi à entrer ? Demanda Ellie d'une voix blanche.
- C'est fait, les données sont téléchargées, Indiqua-t-elle.
La jeune Mazone se leva et fit un signe à Ellie pour qu'elle lui suive. Elles s'éloignèrent d'Isabelle la laissant sous la surveillance d'Ann.
- Je suis tombée sur un truc bizarre, Murmura Sandy une fois qu'elles furent suffisamment éloignées.
- Quoi donc ? S'étonna Ellie
- Un logiciel espion qui a envoyé des données à une tablette numérique dont j'ai repéré l'adresse IP. J'ai effacé le logiciel par précaution car le gars à qui appartient l'adresse c'est Ryo Kimura le chef du gouvernement
- Sacré Ryo ! Ça ne m'étonne pas de lui ! Sourit Ellie. Le petit chéri de Nynna, génie en informatique, a réussi à rouler Oscar de Péhant et à entrer dans son ordinateur ! Je me demande comment il a réussi à faire ça !
- Il est comment physiquement ?
- Tu te rappelles lors de la grande inauguration, il y avait un très bel homme, un japonais, â côté d'une blonde aux cheveux ondulés, eh bien c'est lui, Révéla-t-elle.
- Oh oui, il était trop mignon ce mec avec un sourire à tomber ! S'enthousiasma Sandy.
- Eh du calme ! C'est le mari de mon amie alors on n'y touche pas ! Tu as juste le droit de te rincer l'œil en le regardant et c'est tout !
- Quel dommage, car il est vraiment craquant ! Qu'est-ce qu'on fait ?
- On va emmener Isabelle dans sa chambre, on la bâillonne et on s'en va ! Décida-t-elle.
Elle retourna vers la fille du roi Von Kiel et s'apprêtait à remettre le bâillon mais celle-ci se recula.
- Votre décision pour Hans ? S'enquit-elle froidement.
- Je vais y réfléchir, Céda Ellie.
Isabelle se laissa faire et Ellie la ramena à sa chambre et l'installa confortablement dans un fauteuil. Elle regarda la jeune femme et se dit qu'en sortant du couvent elle devait être si pure et si innocente alors que désormais elle était comme elle, déterminée à se venger et espérait avoir Harlock en guise de récompense en échange de tous ses efforts et de tous ses sacrifices. Ellie sourit tristement en refermant la porte derrière elle. Elle suivit ses amies dans le tunnel et elles retournèrent rapidement à leur tout terrain pour pouvoir retourner à leur planque et dormir du sommeil du juste. Ellie qui allait encore passer une nuit d'insomnies à pleurer en pensant à ses petits regardait tristement défiler le paysage pendant que Sandy conduisait.
