Chapitre 29 Déclaration de guerre
Les deux adversaires se jaugèrent un long moment. Ainsi c'était donc vrai, Ryo Kimura espérait les bloquer. Oscar eut un ricanement mais cette attitude ne valut pas une seule réaction de la part du chef du gouvernement. Au contraire, celui-ci sourit de manière cruelle. Un violent brouhaha cacophonique s'empara de la salle. Les journalistes étaient abasourdis et ne savaient comment commenter cette nouvelle.
" Cette accusation est grotesque ! Hurla Von Stadt."
L'homme se leva en serrant les poings de colère. Ryo ne lui adressa même pas un regard. Son attitude était claire. Il défiait ouvertement le duc de Péhant et s'il ne pouvait l'empêcher de prendre le pouvoir il s'évertuerait à prévenir la population pour que celle-ci ait le temps de se préparer au pire. Il savait que Hans avait d'autres inquiétudes mais comme il n'avait pas eu confirmation de ses craintes, il s'était bien garder d'en faire part à l'informaticien. Pour de Péhant, tuer Ryo ne serait pas suffisant. Il allait s'évertuer à le détruire. Et puis s'amuser un peu avec lui serait très divertissant. Hans risquait d'être quelque peu contrarié qu'il se soit amusé avec son petit informaticien chéri mais qu'importe. Il finirait par se calmer une fois celui-ci éliminé et la monarchie instaurée. Ryo, ayant conscience que le temps était compté, avait décidé d'un commun accord avec le procureur de commencer à travailler sur le dossier d'accusation dès le week-end. Il avait accepté qu'Ann-Lynn et son équipe soient chargées de mener l'enquête officielle. Le premier lot de preuves allait être apporté au bureau du procureur. Il concernait le financement des armées aristocratiques ce qui le mettait horriblement mal à l'aise car il allait devoir se plier aux questions extrêmement privées que le procureur allait lui poser officiellement sur la fameuse nuit passée avec le capitaine de l'Arcadia. Il se demandait combien de temps les aristocrates allaient patienter avant de montrer leur vrai visage. Ryo, après cette courte intervention, avait quitté l'assemblée et était retourné au siège du gouvernement. Il ne s'était même pas plié à la traditionnelle conférence de presse ce qui laissa les journalistes pantois. Ceux-ci analysèrent les déclarations du chef du gouvernement mais le plus important leur échappait. Les attitudes parlaient plus que les mots et ils n'avaient pas fait attention aux regards lancés entre le duc et Ryo. Hans dans sa chambre, avait soigneusement observé l'attitude des deux protagonistes et avait comprit que la lutte était ouverte. Il s'inquiétait fortement pour Ryo. Il connaissait l'homme, il savait qu'il était courageux et intelligent mais le duc de Péhant était le mal incarné aussi fourbe et dangereux que son mentor Aristote Zone. Ryo en arrivant au bureau trouva Nynna qui l'attendait patiemment. Elle ne voulait pas le laisser face à une épreuve qui risquait d'être très usante pour lui. Elle savait que son cher époux s'épuisait lentement et elle tenait à lui remonter un peu le moral. Les deux amoureux s'enlacèrent longuement et Ryo se ressourçait grâce à la chaleur ainsi que la douceur de son épouse. Il avait décidé d'étudier un nouveau dossier et s'installa au bureau.
" Voici la liste des responsables de la Résistance qu'il faudrait mettre en priorité en sécurité, indiqua-t-il en donnant le dossier à son épouse.
- Pourquoi est-ce que ton nom n'est pas dessus ? Se moqua-t-elle gentiment après l'avoir parcouru.
- J'évacuerai les lieux moi aussi, assura-t-il tristement. De toute manière Hans ne me laissera pas rester à ses côtés.
- Je sais, cette guerre va nous coûter un prix exorbitant, accorda-t-elle sur le même ton. Et si on l'embarquait de force avec tout son équipage ?
- On fait comment ?
- On les drogue et on les installe à l'infirmerie. Ils se réveilleront gentiment une fois que nous serons suffisamment éloignés ! Proposa-t-elle.
- En gros tu veux qu'on sacrifie la confiance qu'il a mise en nous, comprit Ryo.
- Si cela permet de garder Mister Freeze en vie pour qu'il puisse voir grandir ses bébés je suis prête à tout sacrifier pour cela ! Insista-t-elle.
En voyant le regard triste de Ryo elle réalisa qu'il devait y avoir un problème bien plus grave
- Si je pouvais le faire ma chérie, je le ferai mais on n'a pas le choix, affirma-t-il anéanti. Je me suis engagé à respecter sa décision, Nynna. Je ne peux pas revenir sur ma parole. Qui plus est je suis obligé d'admettre qu'il a raison. Si les vaisseaux des aristocrates nous prennent en chasse nous nous ferons massacrer. Crois-moi, je suis certain que s'il y avait une autre solution il l'aurait choisi sans hésiter.
- Mais les aristocrates n'ont sûrement pas un génie militaire comme lui dans leur rang, contredit-elle les larmes aux yeux.
- Non mais ils ont le nombre, justifia Ryo
Il avait volontairement omis certains détails à son épouse pour ne pas l'affoler mais il ne pouvait lui mentir effrontément lorsqu'elle lui posait ce genre de questions.
- Combien ? S'inquiéta-t-elle.
- Huit cent trente bâtiments bâtiments de guerre mon amour, indiqua-t-il en baissant les yeux. On serait submergé en moins de deux si Hans et deux autres vaisseaux ne restaient pas en arrière pour couvrir notre...Fuite.
Ce mot lui faisait mal à l'estomac. Il avait refusé cette éventualité lorsque Harlock la lui avait proposé dès son retour. Mais comme l'avait affirmé le capitaine de l'Arcadia, il s'agissait d'un repli stratégique pour voir ce qu'allait donner la lutte Aristocrates-Illumidas puis les aristocrates entre eux. Ryo de plus en plus penchait pour la réussite du plan d'Oscar de Péhant surtout si celui-ci bénéficiait de l'appui d'Aristote Zone et des anciennes troupes du Consortium qui avait fui. Enfin de compte même s'ils avaient vaincu Gaia le retour du Consortium était inévitable. Il se demandait comment les gens allaient réagir. Allaient-ils sagement courber l'échine par couardise ou bien est ce qu'ils se rebelleraient et se soulèveraient pour refuser la dictature. Il n'allait certainement plus tarder à en avoir la réponse. Nynna savait que son mari lui cachait des choses et elle espérait qu'il finirait par se confier à elle plutôt que de tout garder pour lui ou d'aller se faire remonter le moral par le capitaine de l'Arcadia.
- Dis-moi toute la vérité mon amour, intima-t-elle. Je sais que tu as fait tout ce que tu as pu et j'ai le droit de savoir à quoi nous allons être confrontés !
Ryo la regarda avec tristesse. Nynna, assise en face de lui attendait patiemment qu'il se décide à lui dire toute la vérité. Le jeune informaticien informa son épouse sur l'intégralité du problème et lui fit un compte rendu détaillé de la longue réunion qu'il avait eu avec le capitaine de l'Arcadia, le procureur, le chef Patrick ainsi qu'Ann-Lynn et son équipe. Au fur et à mesure de ses explications il vit la joie de vivre qui habitait d'habitude son épouse s'envoler. Nynna lorsque son mari se tû poussa un long soupir de désespoir puis elle le regarda avec tristesse et douceur. Tout le travail de son mari ainsi que tout ce pour quoi ils avaient lutté allaient finir à la poubelle.
- Je suppose que l'expulsion des membres des familles des politiciens du Consortium était destinée à rassurer l'opinion, affirma-t-elle.
- Pas que l'opinion, cela devait aussi rassurer les aristocrates qui sont du côté de Von Kiel, affirma Ryo.
- Dommage qu'on ne puisse envisager de les faire s'entretuer dès maintenant, râla-t-elle. Il suffirait de pas grand-chose pour mettre le feu aux poudres.
- D'après ce que ma dit Hans, il suffirait de faire assassiner Oscar de Péhant. Mais ce n'est pas souhaitable.
- C'est certain, ragea-t-elle. Tant que l'on a la menace Illumidas au-dessus de nos têtes one ne peut rien faire ! Je me demande pourquoi tu prends la peine de lancer une procédure judiciaire.
- Pour que les gens sachent à quoi s'attendre. Lorsqu'ils feront scission, ils mettront la population en coupe réglée et une fois au pouvoir, ils vont vouloir étendre leur territoire et la guerre entre les deux groupes est inévitable, toi, moi et Hans nous savons très bien ce que cela va donner. Pour affaiblir son ennemi, il suffit de détruire son outil de production et son agriculture ce qui signifie la politique de la terre brûlée et le massacre des populations. Les habitants de la galaxie n'ont pas intérêt à compter sur leurs nouveaux dirigeants pour assurer leur protection car cela ne posera aucun problème à ceux-ci de les sacrifier. D'autant plus que grâce aux productions de sexaroïdes ils peuvent même envisager de se passer d'une population faite de chair et de sang. Ils vont sûrement opter pour une population faite d'humanoïdes programmés très dociles !
- Ils vont probablement se servir des nanos contre la population, suggéra Nynna.
- Je sais, sourit Ryo. Mais je peux faire merder leur plan. J'ai connaissance pour le faire et je ne vais pas me gêner ! Tout ce qu'il me faut c'est quelques exemplaires des nanos fabriquées par ces salopards et je pourrai en contrer les effets.
- Comment ? S'étonna Nynna
- Pour que celles-ci soient efficaces, il faut une prise régulièrement d'un médicament anti-rejet. Tout ce qu'il faut c'est répandre dans l'eau un médicament qui annule celui qui est anti-rejet.
- Et s'ils font comme Sylvidra et qu'ils piègent leur nanos pour qu'ils tuent la population ? S'angoissa Nynna
- Ils ne le feront pas, soutint Ryo. Ils ont encore besoin d'eux pour le moment.
La secrétaire de Ryo frappa timidement à la porte et celui-ci l'autorisa à entrer.
- Que se passe-t-il May ?
- Un envoyé du bureau du procureur demande à vous voir monsieur, indiqua celle-ci.
- Faites-le entrer, ordonna Ryo.
Le lieutenant Mitchell pénétra dans la pièce. Il tenait un bloc dans sa main ainsi qu'une enveloppe bleue.
- Bonjour madame, monsieur, je suis chargé de vous remettre une convocation officielle du bureau du procureur, indiqua-t-il gêné.
Nynna vit son mari pâlir en se levant pour aller signer sur le bloc du policier. Il le remercia et celui-ci s'en alla toujours aussi gêné.
- Pourquoi est-il aussi embarrassé ? S'étonna Nynna.
Ryo décacheta l'enveloppe et sortit la convocation.
- Je dois être entendu dans le bureau du procureur dans une heure sur l'affaire de la Crazy Sex, indiqua Ryo d'une voix blanche.
- Ton père a déjà remis toutes les preuves au procureur ! S'étonna-t-elle.
- Ce matin, affirma-t-il. Krieg a dû avoir le temps de les étudier avec les policiers à son service.
- D'où la gêne de Mitchell ! Pouffa-t-elle. Ça va être folklorique cette audition. Entendre le chef du gouvernement raconter dans les moindres détails sa nuit très câline avec le capitaine de l'Arcadia… Dire que je pensais que cette fameuse nuit resterait ton petit jardin secret…
Ryo regardait sa femme qui avait un sourire plein de malice sur les lèvres.
- C'est vrai même à moi tu n'as pas voulu dire ce que tu as ressenti, se moqua-t-elle sans cesser de sourire. J'espère que ce n'était pas meilleur qu'avec moi.
- En fait, je ne peux pas comparer car c'était totalement différent, avoua-t-il en rougissant.
- Mais ce n'était pas désagréable, insista-t-elle.
En voyant son mari rougir encore plus, elle ne put s'empêcher de rire. Elle se leva et le prit dans ses bras.
- Je te taquine, mon amour, reconnut-elle en riant. Je me doute que sous Crazy Sex ça a dû être torride entre vous !
Elle se mit à repenser à l'enregistrement et regretta de ne pas avoir eu le courage de regarder jusqu'au bout. En voyant sa femme pensive, il rougit encore plus.
- C'est vrai que vous feriez un couple très chaud tous les deux, rit-elle.
- Nynna ! S'indigna Ryo en se dégageant de son étreinte. Ni lui ni moi sommes de ce bord-là ! C'était juste un incident de parcours !
- Mais qui ne t'as pas laissé un mauvais souvenir, gloussa-t-elle. Files donc à ta convocation mon bel étalon !
- J'irai voir Hans avant de revenir, indiqua celui-ci en mettant son manteau. Il faut qu'il se prépare lui aussi à répondre aux questions de Krieg.
- Que je ne sente pas son parfum sur toi d'accord ? Se moqua-t-elle. »
Ryo poussa un soupir d'exaspération. Il était vrai que cette fameuse nuit n'avait pas perturbée Nynna mais elle l'avait troublé. Il était vrai qu'il n'éprouvait aucune attirance sexuelle pour Harlock mais lorsqu'il repensait à cette fameuse nuit il rougissait jusqu'aux oreilles tant il n'arrivait pas à croire que ç'était allé aussi loin. Qui plus est, c'était lui qui avait fait du rentre dedans au capitaine de l'Arcadia et celui-ci s'était contenté de céder à ses avances. Il savait parfaitement jouer les allumeurs et cela l'inquiétait un peu. Il monta au centre de communications où il trouva le général Martin. Celui-ci une fois mise au courant prépara trois modes de transports différents pour être certains que les aristocrates ne pourraient tenter le moindre sabotage qu'il fit partir à l'heure prévu puis il se contenta d'emmener Ryo à son rendez-vous dans la voiture de la secrétaire de celui-ci sans l'en avertir. Les tueurs positionnés observèrent le petit vaisseau de transport décoller puis ils virent partir le véhicule blindé avec une lourde escorte puis la voiture de Ryo finalement quitta la cour. Chaque véhicule prenant une direction différente ils se retrouvèrent dans l'incapacité de savoir dans lequel se trouvait Ryo Kimura. Ils se répartirent en trois groupes, chacun prenant en chasse un des supposés véhicules transportant le chef du gouvernement. Le général Martin, attendit une demi-heure puis quitta le garage avec Ryo. Il roula prudemment scrutant dans son rétroviseur régulièrement pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivis. Le procureur connaissant la menace qui planait au-dessus d'un de ses principaux témoins avait envoyé une voiture de police chargée d'escorter le véhicule transportant Ryo jusqu'au parking souterrain du tribunal. Le général se rendit au lieu de rendez-vous qui était le parking d'une petite boutique de cosmétique et attendit les policiers. Ann-Lynn accompagnée par Mitchell arriva deux minutes plus tard et Ryo fut invité à monter dans la voiture banalisée des policiers. Ryo ne dit pas un mot et à part un timide bonjour d'Ann-Lynn les policiers n'en prononcèrent pas un eux non plus. L'embarras régnait entre les trois occupants de la voiture et Ryo s'inquiétait de la réaction de ceux-ci au moment où il demanderait à être déposé à l'hôpital pour aller prendre des nouvelles d'Harlock et de discuter avec lui de certains problèmes.
« Est-ce qu'il serait possible, après cette audition que vous m'emmeniez à l'hôpital de West Cost ? S'enquit-il timidement.
Cette simple question provoqua une quinte de toux à Mitchell.
- Bien sûr, affirma Ann-Lynn en souriant «
La voiture s'engouffra dans le parking souterrain et glissa silencieusement grâce au moteur électrique dans la zone la plus sombre de celui-ci.
Le procureur Alfred Krieg venait de lire une énième fois le rapport du chef Patrick et n'arrivait pas à y croire encore. Il comprenait mieux les raisons qui faisaient rechigner Harlock et Kimura à ébruiter l'affaire. Même s'ils étaient tous les deux sous l'emprise d'une drogue ils avaient quand même couché ensemble et ce plusieurs fois dans une même nuit. Le scandale risquait d'être énorme. Qui plus est, il ne voyait pas comment se servir de ce qu'il avait appris contre les aristocrates sans anéantir la couverture du capitaine de l'Arcadia au sein de l'aristocratie. S'agissant d'une audition officielle, tout ce qui serait dit dans le bureau servirait en cas de procès mais comme il était fort peu probable qu'ils aient le temps d'en faire un il ne comprenait pas pourquoi Ryo tenait tant à lancer une procédure judiciaire. On frappa à la porte et sa secrétaire entra. Elle s'effaça et laissa passer Ryo. Celui-ci retira son manteau ainsi que son écharpe et vint s'asseoir devant le procureur face au micro qui allait transmettre à l'enregistreur les moindres de ses propos.
« Bonjour monsieur Kimura, le salua le procureur.
- Bonjour, répondit timidement Ryo.
- Avant que nous commencions j'aimerai que vous m'éclairiez sur un point, indiqua-t-il. Pourquoi voulez-vous lancer cette procédure sachant qu'on n'aura probablement pas le temps de faire un procès. ?
- Rien ne nous empêchera de reprendre cette même procédure plus tard, assura Ryo fermement. Dans la Constitution que j'ai fait voter il n'y a pas de prescription pour la trahison et les crimes de guerre. Tôt ou tard, je compte bien les avoir. Peu importe le temps que cela prendra, on les aura.
- Très bien nous allons commencer, ensuite nous discuterons de la marche à suivre pour éviter de griller la couverture d'Harlock, proposa-t-il.
Il lança l'enregistrement déclina son identité, donna la date, le numéro de dossier pour lequel le témoignage était enregistré et l'identité de Ryo Kimura.
- Quel âge avez-vous monsieur Kimura.
- Trente-six ans, indiqua celui-ci.
- Pourriez-vous me dire ce qu'il s'est passé la nuit du vingt-huit Juin trois mille cent cinq ? L'interrogea-t-il d'une voix douce.
- Je me suis rendu chez le capitaine de l'Arcadia pour discuter.
- Pour parler de quoi ?
- Harlock étant en infiltration chez les aristocrates, indiqua Ryo. Il avait des informations susceptibles de nous aider à arrêter leur progression.
- Pourriez-vous indiquer précisément de quoi vous avez parlé ! Insista le procureur d'une voix qui s'endurcit brutalement.
- Hans m'avait indiqué que les aristocrates fournissaient des femmes en âge de procréer aux Illumidas en échange de la production de vaisseaux de guerre et nous nous sommes demandé comment ils avaient pu se fournir en munition et avoir des copies conformes des vaisseaux des exilés pour pouvoir attaquer les vaisseaux de transport et kidnapper des femmes, affirma Ryo d'une voix ferme.
- Avez-vous bu ce soir-là ? S'enquit le procureur d'une voix dure.
Ryo avait la désagréable impression de passer sur le grill et il n'appréciait pas particulièrement cela.
- Du red Bourbon
- L'aviez-vous amené ?
- Non ! Soutint Ryo. Hans en a toujours chez lui dans une carafe en cristal au salon.
- Vous avez donc bu du red bourbon provenant de la carafe numéro de scellé vingt-sept ? Insista le procureur. Je pose devant le témoin une copie papier de la photo de l'objet en question. Pouvez-vous formellement identifier cette carafe ?
- Oui, c'est bien la carafe de Hans, affirma Ryo surpris.
C'était la première fois qu'il répondait à un interrogatoire et il trouvait cela très perturbant. Krieg se montrait désagréable et glacial au possible. Son ton donnait presque l'impression qu'il doutait des affirmations de Ryo.
- Avez-vous réussi à découvrir comment les aristocrates avaient pu obtenir les vaisseaux et les armes ?
- Par recoupement, nous avons découvert que les aristocrates étaient actionnaires majoritaires chez Stanford Technical, principal fournisseur de l'armée. Celui-ci leur a fourni les vaisseaux et les munitions.
- Avez-vous trouvé le financement ?
- Oui.
- Ce soir-là ? Appuya le procureur avec agressivité.
- Non, assura Ryo. Le lendemain.
- Pour ce qui s'est passé le lendemain nous verrons plus tard. Passons au reste de la nuit. Est-ce que vous avez trouvé que la boisson avait un goût étrange ?
- Non. La saveur correspondait tout à fait à celle du red bourbon
- Rien au niveau de l'odeur ?
- Non.
- Combien en avez-vous bu ?
- Quatre verres.
- Et le capitaine ?
- Pareil, soutint Ryo d'une voix dure.
- A partir de combien de verre avez-vous ressenti les effets de la boisson ?
- Environ au troisième verre mais bien plus fortement au quatrième.
- Est ce que cela correspondait à un état d'ébriété ?
- Non, avoua Ryo gêné.
- C'était comment ?
- J'étais troublé et je me sentais bizarre et encore plus lorsque je me suis retrouvé au contact de Hans.
- Précisez s'il vous plait.
- Je ressentais une attirance de plus en plus forte pour lui, comme une pulsion incontrôlable.
- Quel genre de pulsions ?
Ryo était de plus en plus embarrassé et se retrouvait à rougir comme une jeune fille.
- Sexuelle, reconnut-il dans un souffle.
- Vous aviez envie de lui donc. Avez-vous déjà eu ce genre d'attirance pour d'autres hommes ?
- Non, jamais ! Soutint Ryo avec conviction.
- Qui a fait des avances à l'autre ?
- C'est moi, affirma Ryo d'une voix blanche.
- Que s'est-il passé ensuite ?
- Nous sommes allé dans sa chambre et nous avons...
Il y eut un blanc. Ryo avait du mal à reconnaître ce qu'il s'était passé. Il pensait pouvoir boucler un dossier solide contre les aristos sans devoir utiliser la vidéo mais son père l'avait prévenu que cela ne marcherait pas car l'ordinateur du duc ne pouvait certainement pas être piraté de l'extérieur. Il fallait une intrusion directe. Il allait falloir utiliser toutes les preuves au procès et ne pas envisager d'en camoufler certaines. Comme il n'avait plus le choix, il avait accordé à son père le droit de donner l'intégralité des preuves sur la Crazy Sex au procureur. Ryo espérait juste obtenir que le viol subit par Harlock par le duc de Péhant ne serait pas étalé en place publique.
- Que s'est-il passé monsieur Kimura, insista le procureur glacial.
- Nous avons fait l'amour, avoua-t-il anéanti.
C'était bel et bien ce qu'il s'était passé. Il n'y avait pas à tergiverser. Beaucoup de témoignages faisaient part de sexe violent et sans tendresse entre deux personnes sous Crazy Sex mais la vidéo de leurs ébats était sans appel. Cela était beaucoup trop tendre et passionné. Tôt ou tard, il allait devoir mettre les choses à plat avec le capitaine. Pourtant il en était certain, il n'était pas amoureux de lui. il l'aimait certes mais comme un ami, comme un frère et non comme un amant.
- Combien de fois ?
- Croyez-vous vraiment que je me suis amusé à compter ? Ça a duré jusque tard dans la nuit. Pour ce qui du nombre de fois vous n'avez qu'à regarder la vidéo ! Répliqua Ryo sèchement.
- Que s'est-il passé ensuite ?
- J'étais toujours sous l'emprise de cette saloperie lorsque ma femme aidée de mon père m'a sortie du lit de Hans et m'a emmené au salon où je me suis à nouveau endormi. Je me suis réveillé bien plus tard et j'ai subi un examen fait par le docteur Sanders.
- Avez-vous eu d'autres relations sexuelles avec le capitaine de l'Arcadia ?
- Pas une seule fois ! Assura-t-il.
- Aviez-vous déjà pris de la Crazy Sex avant ?
- Non jamais, soutint Ryo.
- Comment avez-vous pu découvrir le mode de financement des aristocrates ?
- Oscar de Péhant après avoir drogué la carafe de red bourbon, avait placé des caméras en espérant pouvoir filmer ses ébats avec Harlock. Mon épouse, sous les conseils de mon père a fouillé le château de Hans et a fini par trouver l'enregistrement. Je l'ai modifié avec l'aide de Hans et nous avons replacé l'enregistrement dans l'appareil. J'avais glissé dans le film un cheval de Troie qui m'a donné accès à l'ordinateur du duc et j'ai pu obtenir tous les renseignements dont nous avions besoin. De plus l'échantillon qui se trouvait dans la carafe était de la substance pure non coupé, elle ne pouvait venir que du fournisseur. Le scientifique chargé de relever les empreintes a trouvé celle du duc de Péhant sur le bouchon et seulement sur celui-ci. Il est évident que c'est lui qui a placé le produit à l'intérieur en espérant obtenir les faveurs sexuelles du capitaine de l'Arcadia.
- Reconnaissez-vous cet appareil ? S'enquit le procureur. Je viens de déposer devant le témoin la preuve sous scellé cinquante-deux.
- C'est la tablette numérique avec laquelle j'ai téléchargé les données, indiqua Ryo. Je l'ai prêté à Harlock pour qu'il étudie leur fonctionnement.
- Merci monsieur le chef du gouvernement. Je mets fin à l'interrogatoire du témoin Ryo Kimura, celui-ci ayant pleinement collaboré. Enregistrement clôt le six Septembre trois mille cent cinq à seize heures quarante-deux.
Le procureur coupa l'enregistrement et poussa un profond soupir de lassitude.
- Je suis désolé monsieur Kimura mais il fallait que je me montre dur car lors du contre-interrogatoire la partie adversaire utilisera la moindre faille et ce même si le procès a lieu dans dix ans.
- J'espère que ce ne sera pas si long, souhaita Ryo
- Je comprends en tout cas pourquoi vous ne vouliez pas parler de ce film. Je sais ce que le duc de Péhant a fait au capitane de l'Arcadia et je dois dire que je ne sais pas comment il fait pour supporter la présence de ce salopard.
- Hans n'est pas un homme que l'on brise comme cela. Je dois d'ailleurs aller le voir au sujet d'un petit problème, révéla-t-il. En plus je vais devoir l'avertir que vous allez vouloir l'interroger. Où conservez-vous les enregistrements ?
- Tout est remis à votre père. Il est le gardien de cette procédure. Le commandant Chambers lui a même remis toutes les pièces à conviction qu'elle a pu trouver et d'après ce que j'ai compris votre père ne les conserves pas sur Amos. Il a tout emmené dans la base secrète du capitaine de l'Arcadia. Il semblerait que les deux principaux lieutenants d'Harlock lui aient donné les codes d'accès.
- C'est de loin, la meilleure planque qui soit, confirma Ryo. D'autant plus qu'elle est entièrement mobile et peut être envoyée n'importe où dans l'univers.
- Nous avons un gros problème. Je ne vois pas comment faire pour ne pas griller la couverture d'Harlock avec cette affaire, douta le procureur
- C'est pourtant simple, vous n'avez qu'à indiquer à Oscar de Péhant qu'il était sous surveillance et que j'ai su de cette façon qu'il était allé en cachette chez Hans alors que le château était vide. Vous n'aurez qu'à lui confirmer que j'ai profité du fait qu'il avait drogué la carafe de Hans pour coucher avec lui et que nous reprenions ensemble avant que le duc ne s'immisce entre nous. Et que c'est le lendemain en récupérant la carafe et la remplaçant par une autre que j'ai découvert la vérité et toutes les preuves pour accuser l'aristocratie de trafic de drogue. Croyez-moi ça marchera.
- C'est sérieux ? S'enquit le procureur abasourdi. Lorsque le commandant Chambers m'en a parlé j'ai eu du mal à croire que vous ayez tous les deux pris un risque pareil pour essayer de contrer les aristos. C'est de la folie !
- Mais ça marche. Le nombre de tentatives de meurtre que je subis depuis quelques temps en sont la preuve.
Le procureur se leva ainsi que Ryo. Les deux hommes se dirigèrent vers la porte de la salle de réunions et se firent face. Krieg observa les yeux de Ryo. Le regard de celui-ci était pénétrant et vif. Il y avait aussi une fermeté qui le surprit. Ryo n'avait plus rien du jeune révolutionnaire idéaliste. Il avait fait du chemin en trois ans et il était un parfait homme d'Etat dont la galaxie allait se retrouver privée à cause de la naïveté de la population et de la bêtise des aristocrates ainsi que des politiciens démocrates qui s'étaient laissés corrompre par couardise.
- Je vous prie encore de m'excuser pour la rudesse de l'interrogatoire Ryo, s'excusa-t-il en tendant la main vers lui.
- Vous n'avez fait que votre travail, l'excusa Ryo en la lui serrant. Au revoir monsieur le procureur.
- Au revoir monsieur le chef du gouvernement."
Il sortit de la salle et trouva les lieutenants Mitchell et Aoki qui l'attendaient bien sagement. Mitchell était toujours aussi gêné mais Aoki plus âgé et ayant plus l'habitude que son jeune collègue d'être confronté à ce genre de situation sourit au chef du gouvernement avec douceur. Ils redescendirent dans le parking souterrain et l'escortèrent jusqu'à l'hôpital de West Cost. Ryo tenait à se montrer discret et ils passèrent par la lingerie. Ils se faufilèrent dans les couloirs réservés au personnel d'entretien. Arrivés à l'étage où se trouvaient les appartements d'Harlock ils furent surpris de voir deux miliciens des aristocrates garder la porte.
Harlock avait du mal à dormir et il avait pris l'habitude de s'offrir une ou eux heures de repos dès que son cerveau se décidait enfin à lui accorder ce droit. Depuis des jours il essayait de trouver une issue plus favorable à la situation dans laquelle les anciens Résistants se trouvaient. Cela faisait deux semaines qu'il ne dormait presque plus à analyser les données et à réfléchir à une solution. Après le déjeuner, il s'endormit en douceur ce qui le surprit. Il n'entendit pas, une invitée imprévue se glisser dans son appartement. Isabelle Von Kiel s'était faufilée furtivement dans le petit logement. Elle aussi était parvenue à l'étage du capitaine par des moyens détournés pour qu'aucun des espions au service de son mari ne mette celui-ci au courant de sa petite visite. Harlock allait bientôt quitter son appartement et reprendre ses cours à l'académie militaire et elle tenait à le voir avant sa sortie de l'hôpital. Elle le vit allongé sur le canapé en train de dormir. Elle s'approcha s'en faire de bruit et se pencha vers lui. Son souffle était doux et régulier. Elle le regardait, les yeux emplis de convoitise. Cet homme la troublait tellement qu'elle ne pouvait résister à la tentation de déposer un baiser sur ses lèvres si douces. Elle se pencha lentement et ses lèvres effleurèrent celles du capitaine
"Ainsi, c'est ce que l'on vous a appris au couvent Isabelle ? Se moqua Harlock sans ouvrir l'œil. A voler un baiser à un homme endormi.
Isabelle recula effrayée. Elle le croyait profondément endormi. Alors qu'elle essayait de s'échapper, Harlock la saisit par le poignet et l'attira vers lui.
- Lorsque l'on commence ce genre de chose on va jusqu'au bout Madame de Péhant ! Soutint-il en l'enlaçant contre lui puis en l'embrassant fougueusement.
Pour Isabelle c'était la première fois qu'un homme l'embrassait de cette façon. Les baisers de son époux étaient bien fades par rapport à celui qu'Harlock était en train de lui donner. Il avait glissé sa langue entre les lèvres de la jeune femme et entraînait la langue de celle-ci dans une danse voluptueuse qui lui fit perdre son souffle. Après ce baiser, le capitane la regarda en souriant et relâcha son étreinte. Isabelle gênée s'éloigna et alla s'asseoir sur le canapé d'en face. Elle retrouvait son calme pendant qu'Harlock s'asseyait en face d'elle. Il croisa ses longues et élégantes jambes ce qui la fit rougir. Elle était venue dans un but précis mais l'attirance qu'elle ressentait la mettait mal à l'aise et lui embrouillait l'esprit. Elle prit une longue inspiration en fermant les yeux puis une fois son cœur calmé elle les rouvrit. Celui-ci s'emballa à nouveau dès que son regard croisa celui d'Harlock.
" Est ce que c'est ce que ressentait Eliza Zone en croisant le regard de cet homme ? S'interrogea-t-elle"
Elle ne savait pas pourquoi elle se posait cette question mais l'ancienne amante du capitaine de l'Arcadia l'avait impressionné. Son père lui avait appris qu'elle avait réussi à porter un sérieux coup aux membres de l'aristocratie au point qu'ils allaient devoir accélérer la mise en place de leur plan. Elle savait aussi que c'était elle, aidées de ses amies qui avaient massacrés six tueurs à gage chevronnés envoyés pour éliminer Ryo Kimura. Cette femme n'avait peur de rien et avait une volonté sans faille. D'un certain côté, elle admirait et espérait bien avoir un jour la même force et le même courage. Il devait en falloir de toute manière pour oser s'opposer au Consortium, à Gaia et pour vouloir s'unir à un homme rejeté par l'ensemble de l'humanité. Elle était ravie de constater que l'aristocratie avait su voir comme les Résistants l'énorme potentiel du capitaine de l'Arcadia. Hans attendait que la jeune femme se décide enfin à parler. Il se doutait de la raison de sa venue et il attendait juste qu'elle ait enfin le courage de déclarer sa flamme.
- Avez-vous parlé à mon père capitaine ? S'enquit-elle en souriant.
- Je parle régulièrement avec lui madame la duchesse
- Ne m'appelez pas comme cela je vous en prie ! S'agaça-t-elle. Je souhaite que vous utilisiez mon prénom Hans.
Le capitaine sourit. La jeune Isabelle s'enhardissait pour oser appeler un homme de quarante-cinq ans directement par son prénom.
- Comme vous vous voudrez Isabelle.
- Vous a-t-il parlé de moi ?
- Oui.
- Et ?
- Je pense que vous connaissez déjà la réponse sans quoi vous ne seriez pas là, se défila-t-il.
- Je veux l'entendre de votre bouche Hans ! Soutint-elle en le regardant directement dans son œil valide.
- J'ai accepté, une fois que la monarchie sera installée de devenir votre époux, affirma-t-il en se demandant à quoi jouait cette gamine.
- J'espère être digne de cela et je me doute que ce ne sera pas évident étant donné celle qui m'a précédé
- Helena...
- Je ne parle pas d'Helena ! Le coupa-t-elle. Je parle d'Eliza Zone.
- Je pensais que vous auriez des visées beaucoup plus hautes, bien plus dignes de votre rang que de vouloir égaler une fille de politicien corrompu facile à berner, ricana-t-il.
- Trèves de balivernes Hans ! Répliqua-t-elle sèchement.
Le cœur du capitaine marqua un temps d'arrêt. Il commençait à se demander s'il n'avait pas parlé dans son sommeil. A chaque fois qu'il s'endormait, il pensait à Ellie et il rêvait très souvent d'elle.
- Je l'ai vu Hans, avoua-t-elle
- Pardon ? S'étonna Harlock dont le cœur s'emballa.
- Je n'en ai pas parlé à mon père, indiqua-t-elle. Elle est venue au château pendant une des nombreuses absences de mon époux pour venir pirater son ordinateur et récupérer des renseignements. Elle aurait pu me faire du mal mais elle s'est contentée de me neutraliser. Je crois qu'elle n'a pas voulu s'en prendre à moi à cause de mon âge.
Harlock serra les poings.
- Pourquoi n'avez-vous rien dit à votre père ? S'inquiéta-t-il. A cause de cela elle a réussi à éliminer des membres importants de notre organisation !
- Elle et moi nous avons plusieurs choses en commun, assura-t-elle.
Cette affirmation fit ricaner Harlock involontairement.
- Je sais que cela prête à sourire mais c'est le cas. Nos pères respectifs se sont servis de nous. Nous avons grandi sans amour. Zone se servait de sa fille en politique et l'a livré à votre fils pour rester dans les bonnes grâces de Sylvidra, mon père quant à lui m'a livré à son rival pour calmer son arrivisme. De plus nous sommes toutes les deux amoureuses du même homme. Et tout comme elle je compte bien choisir celui qui me donnera des enfants. Ce sera vous Hans.
- De quoi avez-vous parlé avec elle ? S'angoissa-t-il.
- De vous. Je lui ai demandé de vous épargnez et d'accepter que je vous prenne comme époux, révéla-t-elle.
- Qu'a-t-elle dit ? S'enquit-il avec un sourire cruel aux lèvres destiné à cacher ce qu'il ressentait vraiment et le cœur battant la chamade.
- Qu'elle allait y réfléchir et si vous voulez mon avis, elle a dû accéder à ma requête car elle s'est désintéressée de vous pour s'occuper des autres têtes de notre organisation. Elle aurait pu facilement vous atteindre dans cet hôpital et ce malgré une présence policière importante mais elle n'en a rien fait. Cette institution est une vraie passoire on peut arriver jusqu'à vous par des dizaines de chemin différents sans être inquiété par la police. Je pense qu'elle est d'accord pour que je prenne soin de vous et qu'elle s'est ralliée à mon point de vue. De toute manière, je l'ai bien observée tout le temps de notre entretien et lorsque j'ai mentionné votre nom elle a juste rit en affirmant que je faisais un complexe du père. Il n'y avait aucune émotion dans sa voie ni dans son regard. Elle ne vous aime plus Hans, la mort de ses enfants a détruit l'amour qu'elle nourrissait pour vous. Je sais que vous n'êtes pour rien dans l'assassinat de vos enfants. C'est Helena Svlotiania qui s'est laissé aveuglée par la jalousie et qui a commis une énorme erreur de jugement. Vous saviez comment réagirait Eliza Zone en faisant tuer les enfants que vous lui aviez donné et jamais vous n'auriez commis une telle imprudence. Je ferai tout pour vous combler Hans, affirma-t-elle en souriant. Vous êtes un homme unique, bien plus intéressant que mon époux.
Le sang du capitaine se glaça dans ses veines. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il venait d'entendre. Ellie serait prête à le donner à cette gamine sans hésiter une seconde. Il détourna le regard de peur que son œil ne le trahisse et qu'Isabelle puisse voir la détresse de son regard sans compter la tristesse qui inondait son cœur. Cela signifiait dans ce cas qu'elle ne ressentait plus rien pour lui. Lui qui avait espéré qu'ils pourraient à nouveau s'aimer avant la bataille qui allait probablement lui coûter la vie, réalisait que tout était terminé entre eux. Dès lors il devrait se contenter une fois qu'il l'aurait récupéré de veiller sur elle et d'ensuite la mettre en sécurité. Après tout il était le seul responsable de tout ce gâchis. Il ne vit pas Isabelle se lever et s'agenouiller devant lui. Il ne se rendit compte de sa présence qu'en sentant le contact de la main de la jeune fille sur sa cuisse.
- Hans, vous et moi, nous règnerons ensemble et protègerons la galaxie. Une fois la monarchie installée, Oscar éliminé nous pourrons nous marier. Et une fois cela fait, la mort de mon père nous donnera la couronne.
Les derniers propos d'Isabelle n'étaient même pas parvenus jusqu'à son cerveau. Il avait bien entendu un bruit lointain, mais perdu dans ses pensées il se passait en boucle ce qu'il venait d'apprendre et il n'avait absolument pas prêté attention aux derniers propos tenus par la jeune femme. Celle-ci pensant qu'Harlock était d'accord, s'assit à côté de lui et posa sa main sur son torse qu'elle caressa langoureusement. Elle commença à déboutonner la chemise et finit par faire glisser sa main sous celle-ci pour caresser la peau de l'homme qu'elle convoitait. Elle était douce et chaude. Elle pouvait sentir les battements du cœur du capitaine sous la paume de sa main et elle se colla à lui. Elle déposa des baisers sur la joue d'Harlock et le poussa doucement contre le dossier du canapé. Elle caressa de ses lèvres la gorge du capitaine et celui-ci finit par sortir de sa torpeur. Il y a une chose qui différenciait très nettement Ellie de cette gamine prétentieuse c'était que la mère de ses jumeaux n'auraient jamais profité de la détresse morale de quelqu'un pour parvenir à ses fins. Lorsqu'il avait rompu avec Mimée pour que celle-ci puisse mener une vie normale et avoir la chance de fonder un foyer il était tellement anéanti par sa décision que lorsqu'il se rendait sur Gun Frontier n'importe qu'elle femme qui le courtisait un tant soit peu bénéficiait de ses faveurs. C'était comme s'il avait perdu ses repères moraux, il cédait très facilement et le capitaine avait fini par passer pour un homme aux mœurs légères, très doué au lit facile à séduire, le moyen pour n'importe quelle femme de passer une soirée agréable. Il ne voulait pas retomber dans cette spirale infernale. Isabelle ne s'était pas gênée en constatant son absence de réaction pour avoir les mains baladeuses même si elle ne pouvait pas se douter de ce qu'il ressentait, les caresses de cette gamine lui faisaient horreur Il savait qu'il pouvait obtenir les renseignements dont il avait besoin par Isabelle mais être en contact avec elle commençait à lui donner envie de vomir. Le téléphone de l'appartement sonna et Harlock se dégagea de l'étreinte de la jeune femme pour aller répondre.
" Bonjour votre altesse, salua-t-il son correspondant. Oui Isabelle est ici...Je vous la passe..."
Il posa le récepteur et se tourna vers la jeune femme
- Votre père demande à vous parler, indiqua-t-il en allant s'asseoir.
Elle soupira et se leva pour aller répondre
- Oui père...Une réunion de crise ? A cause de l'annonce de Kimura ! Ricana-t-elle. Ne me dîtes pas que ce petit informaticien vous fait peur ?...Très bien j'arrive."
Elle raccrocha et retourna près d'Harlock. Celui-ci avait d'ores et déjà préparé le manteau d'Isabelle. Elle lui sourit et le passa avec son aide. Elle lui fit face et Harlock décida de confirmer les espoirs de la fille du roi en l'embrassant à nouveau avec la même passion. Après ce baiser elle le salua en souriant et quitta les lieux. En sortant elle respira profondément. Elle était aux anges elle repartit avec ses gardes du corps heureuse de savoir que le capitaine était probablement en train de succomber à ses charmes.
Ryo la regarda s'éloigner. Il trouvait que l'entretien était bien trop long et en voyant le visage épanouie de la jeune femme il craignit le pire en se disant que Hans avait peut être donné à cette idiote plus que ce qu'il n'aurait dû. Il serra les poings de colère et une fois qu'il n'y eut plus personne dans le couloir, il fila à la porte de l'appartement, tapa le code et se glissa à l'intérieur. Il n'avertit pas son ami de sa présence, choisissant de le surprendre pour pouvoir confirmer ou non ses craintes. En entrant dans le salon, il vit le capitaine se servir un verre d'alcool. Il était habillé et poussa un soupir de soulagement. Harlock se retourna et l'observa, surpris. En voyant la chemise déboutonnée le sang de Ryo ne fit qu'un tour et il serra les poings de colère. Il s'approcha rapidement et arracha les derniers boutons de la chemise pour observer le torse et la gorge de Hans qui le repoussa et referma prestement son vêtement
" Tu peux me dire ce qu'il te prend ? S'énerva Hans en reculant avec son verre pour s'éloigner de Ryo.
- Je veille aux intérêts d'Ellie, ricana-t-il. Hors de question que tu la trompes avec cette gamine !
Le visage de Hans s'assombrit et une larme roula sur sa joue ce qui inquiéta Ryo. Harlock se détourna et essuya ce moment de faiblesse.
- Qu'est-ce que tu as ? S'enquit Ryo.
- Ellie a été en contact avec Isabelle et d'après ce que celle-ci m'a dit elle a accepté de me laisser en vie pour que la « petite princesse » puisse m'épouser.
- Tu te fiches de moi ! S'exclama Ryo abasourdi. Tu ne vas tout de même pas prendre au sérieux les élucubrations d'une gamine !
- Je l'ai bien observé Ryo et elle ne mentait pas, soutint Hans. Je sais repérer les menteurs et elle m'a dit la vérité. Ellie ne ressent plus rien pour moi, c'est une certitude. En même temps c'est normal après tout ce qu'elle a enduré à cause de moi.
- Je n'en crois rien ! Affirma Ryo avec force. Tu oublis l'influence des nanos ! Ce qu'elle a pu dire à cette gamine ne reflète en rien ce qu'elle ressent pour toi !
- J'aimerai avoir tes certitudes, avoua Hans en gardant l'œil fermé
Ryo s'approcha et le saisit fermement au niveau des avant-bras.
- C'est moi l'informaticien et si tu doutes de mon avis, demande à Toshiro. Je suis certain qu'il aura la même opinion. Ne renonces pas Ellie ! Intima Ryo en forçant Harlock à le regarder dans les yeux. Vous finirez par vous retrouver j'en suis certain. Maintenant qu'elle n'a plus à assurer ma sécurité, elle va reprendre sa mission et crois-moi, tu es sûrement en tête de liste !
- Pourvu que ce soit vrai. J'en suis à souhaiter que la femme que j'aime veuille me tuer par amour, c'est pathétique ! Se désola Harlock écœuré.
Il alla s'asseoir sur le canapé et Ryo s'installa sur la table basse en face de lui.
- Le procureur va commencer les interrogatoires et tu risques de devoir toi aussi en passer par là, indiqua Ryo en se raclant la gorge.
- Par quoi commence-t-il ?
- La Crazy Sex, mon père lui a remis toutes les preuves, avoua Ryo embarrassé.
- Toutes les preuves ? Insista Hans angoissé
- Oui, y compris la vidéo de la fameuse nuit que l'on a passé ensemble. Je suis désolé, il n'y avait pas moyen de faire autrement, s'excusa Ryo
- Heureusement que je ne serai plus en vie au moment du procès ! S'exclama Hans en se laissant tomber contre le dossier du canapé les yeux rivés au plafond.
En entendant ces propos le sang de Ryo se glaça dans les veines. Il enrageait. Il n'avait aucun moyen de sauver le capitaine de l'Arcadia et cela le rongeait de plus en plus. Il respira profondément et se ressaisit. Hans avait raison, il y avait beaucoup à faire et penser aux douleurs à venir ne ferait que le ralentir dans sa tâche.
- Il y a une petite chose dont je voudrai qu'on parle toi et moi, commença Ryo en rougissant
Hans baissa le regard et vit l'informaticien rougir comme une jeune fille en gardant la tête baissée.
- Je suppose que ça à voir avec la fameuse nuit, compris Hans
- La manière dont ça s'est passé ne correspond pas aux relations sexuelles habituelles lorsque des personnes sont sous l'emprise de cette drogue, reconnut-il en rougissant un peu plus.
- Sans doute parce que ni toi ni moi ne sommes des brutes pendant l'acte et que nous sommes des amis. Il ne faut pas te mettre de fausses idées en tête Ryo mais si tu veux j'ai le moyen de te rassurer.
Il se pencha vers Ryo et lui fit relever la tête. Il planta son regard dans le sien et approcha son visage du sien
- Tout ce que tu as à faire c'est à répondre franchement à quelques questions. Est-ce que tu as envie de moi Ryo ? S'enquit-il d'une voix douce
- Non, affirma Ryo honnêtement.
- Et si je fais ça ? Insista-t-il en effleurant la gorge de Ryo de ses lèvres. Tu en as envie ou pas ?
- Non, j'ai plutôt envie de rigoler, indiqua Ryo en souriant.
Harlock releva la tête et l'embrassa fougueusement par surprise. Après le baiser il l'interrogea du regard.
- Encore moins je dois dire, soutint Ryo calmement.
- Alors ne cherche pas plus loin. Tu l'as dit toi-même, ce qui s'est passé est un accident et ton père lui-même t'a confirmé que c'est juste notre amitié qui a fait que c'était tendre et non violent. Tout ce qu'il faut c'est interroger des personnes qui ont pris cette merde et savoir quels effets ça a eu sur elles pour pouvoir comparer. Le procureur n'a qu'à faire son boulot ! Insista Hans.
- Tu as probablement raison, accepta Ryo. De toute manière je me fous de ce que les gens penseront. Qu'ils pensent que toi et moi nous avons été les amants d'une nuit n'a pas la moindre importance. Je suis tout à fait prêt à assumer.
- Est ce qu'il y a autre chose ?
- Oui. Oscar de Péhant a bien dit que mon laboratoire était victime d'espionnage n'est-ce pas ?
- En effet et depuis pas mal de temps si je considère le fait qu'ils sont prêts d'aboutir à créer des nanos destinées à manipuler l'opinion publique. As-tu une idée d'où pourrait provenir la fuite ?
- A dire vrai je m'en moque. Je veux faire foirer leur plan et je sais que pour que des nanos restent efficaces il faut la prise régulière d'un médicament sans quoi le corps les rejette et elle cesse de fonctionner
- Pourquoi celles d'Ellie ne se sont-elles pas arrêtées alors ?
- Je n'en sais rien, avoua Ryo. Normalement à cette heure elle doit être entièrement remise de ses blessures et elle a probablement cessé la prise du traitement. Peut-être que son système immunitaire est trop faible pour régler le problème. J'ai dû faire une mauvaise manipulation pendant leur conception. Ellie agonisait et j'ai dû parer au plus pressé, reconnut-il tristement. Normalement s'il s'agit juste d'un problème lié aux nanos et je prie de toutes mes forces pour que ce ne soit que cela, en lui injectant un traitement et en lui faisant une dialyse elle devrait retrouver sa mémoire en intégralité.
- Le problème c'est comment capturer Ellie, s'inquiéta Hans.
- Si elle n'était pas aussi maligne ce serait déjà fait mais elle est prudente et rusée, ce qui ne m'étonne pas d'elle ! Sourit Ryo avec douleur. Je ferai tout pour la sauver Hans et je vais tout faire pour empêcher les aristocrates de se servir des nanos.
- De quoi as-tu besoin ? L'interrogea Hans.
- Est ce que tu penses qu'Isabelle connaît tout des magouilles de son père ?
- J'en ai bien l'impression, assura Harlock. La gentille petite oie blanche tout juste sortie du couvent a bien changé tu peux me croire. Elle complote même dans le dos de son père.
- Vraiment ? S'enthousiasma Ryo. Ça peut, peut-être nous servir. En tout cas malgré la différence d'âge tu lui plais à cette gamine !
Il fit un sourire complice à Hans qui le lui rendit.
- Je vois où tu veux en venir, affirma Hans. Tu veux que par Isabelle, j'arrive à subtiliser des informations sur les nanos crées par les aristocrates.
- C'est faisable non ?
- Très. Je me mets à la tache dès lundi. Par contre je vais avoir besoin que tu me prêtes ta femme pour vérifier une théorie, proposa Hans.
- Quelle genre de théorie ? Soupçonna Ryo.
- Ne t'inquiètes pas je ne cherche pas à te la piquer, sourit Harlock. D'après ce que m'a dit Ellie, ta tendre moitié est généticienne n'est-ce pas ?
- Oui, elle est chercheuse en génétique à la base, confirma Ryo
- Je vais organiser un dîner dès ma sortie de l'hôpital pour inaugurer le château que j'ai fait construire
- Tu t'es fait construire un château ? S'étonna Ryo.
- Oui, à l'époque j'espérais pouvoir m'y installer avec Ellie et nos enfants, dès que l'affaire des aristos aurait été réglée. Pour ce dîner je vais inviter la totalité des membres de la haute noblesse et j'aurai besoin de ta femme pour qu'elle analyse l'ADN.
- Qu'est-ce que tu veux vérifier ? S'étonna Ryo. La consanguinité ?
- Non, ça il y en a sûrement, plaisanta Hans. C'est autre chose et si mes inquiétudes se confirment, je t'en ferai part et il faudra qu'on prenne une décision en conséquence de cela.
- Tu ne me diras rien pour le moment si je comprends bien, supposa Ryo.
- Désolé mais je préfère attendre confirmation.
- Tu sais si c'est pour savoir à quel point on est dans la merde il ne faut pas t'inquiéter pour ça, on y est probablement jusqu'au cou voir plus, plaisanta Ryo.
Cette remarque les fit rire tous les deux et ils n'entendirent pas le lieutenant Aoki entrer.
- Désolé de vous déranger messieurs mais le médecin approche et je pense qu'il vaudrait mieux qu'on s'en aille avant qu'il avertisse les tueurs de notre présence, révéla Aoki en souriant.
- J'arrive, obéit Ryo. J'espère que tout ira bien pour ta sortie
Il se leva et salua le capitaine de la main qui lui rendit son geste en souriant. Hans une fois son ami sorti se leva et alla prendre dans la cache de sa veste la photo de sa petite famille. Il caressa le visage d'Ellie tristement en espérant que Ryo avait vu juste et que celle-ci l'aimait toujours. Il n'espérait pas qu'elle lui pardonne mais qu'au moins il y ait encore de l'amour entre eux et qu'elle ne ressente pas une haine sans limite à son égard une fois que les nanos lui seraient enlevées car Ellie aurait toutes les raisons possibles de lui en vouloir et cela l'inquiétait beaucoup. Il voulait mourir le cœur tranquille et l'âme en paix. Il espérait bien pouvoir s'excuser auprès d'elle, c'était tout ce qu'il espérait.
