Chapitre 33 Un violent règlement de compte

Ellie et ses amies observaient les lieux et patientaient calmement. Le vaisseau de commerce destiné au transport du prince Svlotiania était désert et aucun éclairage n'émanait de lui, que ce soit au niveau du cockpit ou du reste des hublots de l'appareil. Normalement les pilotes arrivaient sur place trois heures avant le départ d'un vaisseau mais, par crainte d'être repérés, ordre leur avait été donné de ne venir préparer les moteurs qu'à la dernière minute. Sandy observait la zone des quais d'envol, tout était calme. Aucun autre vaisseau n'était présent et elle craignait de s'être trompée de jour lorsqu'elle vit une voiture avancer tous feux éteints vers elle puis filer droit vers le vaisseau.

- Je crois qu'on a de la visite, les filles, indiqua-t-elle dans son micro casque.

Ann et Ellie virent la voiture se garer devant un hangar puis deux hommes en tenue de pilote en descendirent, il était vingt-deux heures trente. Les trois femmes les regardèrent ouvrir la porte de l'appareil puis monter à bord.

Elles ne virent pas plusieurs camionnettes s'installer à bonne distance de la zone.

Harlock n'arrivait pas à croire qu'il s'était laissé embarquer dans une histoire pareille. Ryo, qui conduisait l'un des véhicules, avait réussi à le convaincre qu'il y avait de fortes probabilités pour qu'Ellie soit présente dans le but d'éliminer le prince Svlotiania. Il poussa un soupir de lassitude puis descendit se dégourdir les jambes. Le chef Patrick et l'équipe d'Ann-Lynn descendirent des deux autres camionnettes et vinrent le rejoindre. Ryo passa à l'arrière et déploya son nouveau jouet, un micro longue portée capable de couvrir une zone de plusieurs kilomètres, tellement performant qu'il pouvait entendre une mouche voler. Il espérait bien grâce à cela parvenir à écouter les moindres conversations. Il sourit en entendant les portes du vaisseau s'ouvrir à travers son casque comme s'il se trouvait à deux mètres d'elles. Il récupéra plusieurs micros casques ainsi que des radios à clipser sur les chemises ou les vestes puis sortit de la camionnette. Il effectua la distribution et fixa lui-même la radio sur le col de chemise du capitaine de l'Arcadia. Ils étaient tous armés par précaution et Harlock avait glissé son cosmodragoon entre sa ceinture et son dos.

- Tu ne penses pas que tu devrais prévenir Nynna que tu risques de rentrer tard, lui rappela-t-il en lui jetant un regard désapprobateur alors que le jeune informaticien rajustait son col après avoir accroché la radio sur celui-ci, ce qu'il trouvait des plus étranges. Après tout, le capitaine était bien capable de se réajuster lui-même.

- Ne râle pas, plaisanta-t-il. Il faut bien que tu sois élégant lorsque tu retrouveras Ellie. Tu ne veux pas être débraillé ? Ton charisme en prendrait un coup, tu ne crois pas ?

Il lui sourit et s'éloigna en sortant son téléphone portable. Il contacta celui de Nynna qui sonna à plusieurs reprises avant de se mettre sur messagerie. Il lui indiqua son retard puis raccrocha.

- Tu n'as pas réussi à l'avoir ? s'étonna Hans.

- Elle doit déjà être couchée, supposa Ryo. Elle est très fatiguée depuis quelques temps.

Alors qu'ils attendaient à l'abri des regards, une caravane de véhicules pénétra sur le tarmac et fila jusqu'au vaisseau. Ils portaient tous le sigle de la milice des aristocrates. Ils les regardèrent passer de loin et les filles, au sommet des immeubles, les virent se garer à proximité des conteneurs. Elles commencèrent à compter le nombre de miliciens présents. Elles en dénombrèrent pas loin d'une centaine. Ellie se réjouit d'avoir réussi à mettre au point des mini vaisseaux de combat avec les moyens de fortune dont elle disposait.

- Combien en as-tu compté Ann ? s'enquit Ellie.

- Quatre-vingt-quinze, indiqua Ann.

- Pareil pour moi, confirma Sandy.

- Svlotiania ne va certainement plus tarder, supposa Ellie.

A l'autre bout du tarmac, les mouvements des six personnes présentes se figèrent. Hans regarda du côté de Ryo qui lui sourit. L'informaticien avait vu juste, Ellie et son équipe étaient présentes. Le cœur du capitaine de l'Arcadia avait fait un bond dans sa poitrine en entendant la voix de la mère de ses jumeaux.

- Est-ce que tu peux les localiser ? s'enquit Hans.

- Non, mais elles doivent être près du vaisseau, avança celui-ci.

- Je miserai fortement pour une zone en hauteur ! proposa Ann-Lynn. C'est leur tactique préférée.

- Quels sont les immeubles à proximité ? l'interrogea le chef Patrick.

Aoki sortit sa tablette numérique et regarda les plans.

- Ils sont assez éloignés de la zone du vaisseau et les conteneurs doivent bloquer une bonne partie de la vue.

- Ce n'est pas un très bon endroit pour tirer ! commenta Hans en voyant les plans. Ellie doit avoir prévu une autre méthode pour atteindre Svlotiania.

- Et la connaissant, elle ne fera sûrement pas dans la dentelle, commenta Mitchell. On ne peut pas intervenir sans savoir ce qu'elle a prévu. En plus, je ne vois pas comment on pourrait s'approcher sans être repérés par la milice.

- Il a raison, accorda Ann-Lynn. Je sais que c'est contrariant mais on va devoir attendre qu'elles donnent l'assaut.

- Ça me parait risqué, s'inquiéta Harlock. Elle pourrait bien se faire tuer !

- Je ne sais pas pourquoi mais je pense qu'elle leur réserve une bonne surprise, sourit Ann-Lynn.

Ellie sortit sa tablette numérique et fit décoller les mini vaisseaux. Ceux-ci s'élevèrent lentement dans le ciel étoilé d'Amos et commencèrent leur progression vers le spatio-port. Elle devait les guider sans aucun éclairage mais parvint à les faire arriver sur zone grâce à la balise GPS de la tablette numérique. Elle les cacha à l'arrière des bâtiments qu'elles occupaient et les mit en vol stationnaire. Une fois ceux-ci installés, elle rangea la tablette et se leva. Elle fut très surprise en se tournant vers la porte qui menait à l'étage du dessous de voir Isabelle Von Kiel s'approcher d'elle.

Isabelle avait longtemps hésité sur la marche à suivre. Elle savait que son époux utilisait toutes les méthodes possibles pour gagner mais elle n'aurait jamais pensé qu'il agirait de manière aussi lâche. Elle avait attendu qu'il quitte la propriété puis avait demandé à son chauffeur de l'emmener au spatio-port d'Amos. Elle ne connaissait pas très bien l'endroit. Elle n'avait jamais voyagé seule ce qui faisait qu'à chaque fois, elle s'était contentée de suivre la personne qui l'escortait. A présent qu'elle aurait eu un grand besoin de connaître les lieux, elle regretta amèrement de ne pas avoir fait plus attention au chemin emprunté par son escorte dans ce dédale de quais, de salles d'attente, de zones de commerces et de zones de transit. Elle se rendit à un guichet et demanda où se trouvaient les quais réservés aux vaisseaux de commerce. L'employée lui indiqua comment s'y rendre et elle avança le plus vite possible. Elle traversa l'intégralité des bâtiments puis descendit vers le tarmac principal. Elle regarda autour d'elle et vit les trois anciens bâtiments qui servaient auparavant au transit de marchandises mais qui, depuis la chute de Gaia, étaient laissés à l'abandon car plus aucun produit ne partait vers la Terre. Il lui restait encore beaucoup de chemin à parcourir et ses escarpins n'étaient en aucun cas destinés pour de longues marches. Isabelle prit son courage à deux mains et commença à marcher le plus vite qu'elle le pouvait. En entendant un nombre important de bruits de moteurs elle regarda sur sa droite et aperçut des dizaines de véhicules de la milice foncer vers un immense appareil qui se trouvait en bout de piste. Elle s'arrêta et se mit à réfléchir. Elle ne tenait pas à ce qu'Eliza Zone se fasse capturer aussi, il lui fallait trouver un moyen pour parvenir jusqu'à elle sans être repérée par les miliciens. Elle regarda les bâtiments et se dit qu'elle allait devoir les contourner. Elle partit sur sa gauche jusqu'à la pelouse. Une fois qu'elle fut dans l'herbe fraîche, elle enleva ses escarpins et se mit à courir. Le sol était glacé mais cela ne l'arrêta pas pour autant. Elle devait faire vite pour prévenir Ellie que Nynna Summer était l'otage du prince Svlotiania. Elle courut à en perdre haleine. Son cœur cognait dans sa poitrine et le froid lui donnait un goût métallique dans la gorge. Elle qui n'aimait pas le sport, se retrouvait servie dans cette course effrénée pour arriver auprès de l'ex-amante du capitaine de l'Arcadia. Lorsqu'elle arriva aux pieds du premier bâtiment, elle poussa un soupir de soulagement. Elle se glissa dans le faible espace qui se trouvait entre l'arrière de l'immeuble et le grillage puis elle avança prudemment. Elle n'avait aucune idée sur quel bâtiment pouvait bien se trouver Eliza Zone et alors qu'elle hésitait, elle remarqua au niveau de l'immeuble qui se trouvait au centre, un homme qui ressemblait comme deux gouttes d'eau au capitaine de l'Arcadia mais en beaucoup plus jeune et sans marque sur le visage. Il portait la tenue des militaires de Gaia et elle fit le lien immédiatement avec une série de documents qu'elle avait lus sur la guerre entre la Résistance et Gaia.

- Mark, murmura-t-elle, abasourdie.

Elle avança un peu plus. Celui-ci ne bougeait pas et regardait dans sa direction. Elle pressa le pas et arrivée au bout du premier bâtiment, elle regarda sur sa droite pour s'assurer qu'aucun milicien ne regardait dans sa direction. Constatant que ceux-ci ne se préoccupaient que du vaisseau, elle fila à toutes jambes et alors qu'elle approchait de l'angle du bâtiment, elle vit l'ancien souverain de Gaia entrer dans celui-ci en traversant le mur. Elle crut avoir eu une hallucination puis rit d'incrédulité en voyant une porte. Elle tourna la poignée et se réjouit en constatant que celle-ci n'était pas verrouillée. Elle entra et commença à grimper les étages aussi vite qu'elle le pouvait. Arrivée au sommet, elle était à bout de souffle et respirait bruyamment. Elle ouvrit la porte qui menait au toit puis s'avança sur celui-ci. Les gravillons lui firent mal à la plante des pieds et elle remit ses chaussures. Elle observa Ellie alors que celle-ci pianotait sur sa tablette numérique comme si de rien n'était. Elle portait une tenue en cuir noire moulante qui mettait ses formes en valeur ainsi que des cuissardes à talons aiguille. Ses longs cheveux châtains étaient attachés en une haute queue de cheval qui flottait au vent. Elle termina sa manipulation puis se leva calmement. Elle regarda finalement du côté d'Isabelle et lui sourit.

- Quelle surprise de vous voir, Isabelle ! la salua Ellie.

- Vous n'êtes pas plus surprise que cela de me voir ! s'étonna Isabelle. J'aurai très bien pu être un gars de la milice et être là pour vous tuer.

- Un milicien aurait été beaucoup plus discret, indiqua Ellie. Cela fait un petit moment que j'entendais quelqu'un courir dans les escaliers.

Elle se pencha et sortit de son sac une petite bouteille d'eau qu'elle lui lança. Isabelle la rattrapa et la but d'un trait

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? s'énerva Sandy. Que fait la fille du roi Von Kiel ici ? On a du boulot, nous !

- Ne t'inquiètes pas, je vais lui demander, la rassura Ellie en parlant dans le micro casque.

- Me demander quoi ? s'enquit Isabelle après avoir poussé un soupir de soulagement.

La bouteille d'eau lui avait fait beaucoup de bien. Ellie l'observa. Isabelle Von Kiel était débraillée, sa longue chevelure blonde était décoiffée et il y avait des traces d'herbe sur ses pieds et sur ses chevilles

- Qu'est-ce qu'il vous arrive, Isabelle ? Pourquoi avoir pris la peine de courir jusqu'ici ?

Celle-ci, face à cette question, rougit brusquement puis s'approcha en boitant un peu à cause de la fatigue. Ses muscles se refroidissaient et ils étaient endoloris.

- Plusieurs choses, en fait, avoua-t-elle. Vous êtes ici pour le prince Svlotiania, je suppose.

- En effet, mais vous n'avez pas l'air de vouloir vous y opposer sans quoi vous auriez prévenu la milice de notre présence.

- Je n'étais pas certaine que vous seriez là mais comme le prince semblait le craindre, j'ai décidé d'aller m'en assurer par moi-même.

Isabelle, gênée, n'osait pas la regarder en face.

- Je suis allée voir Hans à l'hôpital, reconnut-elle en rougissant.

- Hans ? s'étonna Ellie. Dois-je en conclure que vous vous entendez bien avec le capitaine de l'Arcadia pour utiliser son prénom ?

- Je pense que oui. Il a accepté de m'épouser une fois que la monarchie serait installée.

Harlock, Ryo et les policiers n'en perdaient pas une miette dans leur coin et Hans dû faire face au regard désapprobateur de l'ensemble des personnes présentes.

- Eh bien, bravo ! se moqua Ryo. Vas essayer de récupérer Ellie, après cela !

- Tu as bien besoin d'infos sur les nanos, non ? se défendit Harlock. Alors je fais ce qu'il faut pour que tu les aies !

Isabelle se décida à regarder Ellie en face. Celle-ci, en entendant ces mots, ressentit une douleur lui envahir le cœur mais n'en montra rien. Harlock était en infiltration chez les aristocrates et pour mener sa mission à bien, il devait leur faire croire qu'il leur appartenait totalement. Elle se demanda si Isabelle avait déjà bénéficié des faveurs intimes du duc Von Harlock. Ses amies, qui entendaient toute la conversation, osaient à peine imaginer la peine que devait ressentir Ellie. Celle-ci respira profondément pour pouvoir garder son calme et interpréter son rôle de mère venue venger ses enfants.

- Je vois, votre décision est prise, je vous avais pourtant mise en garde contre son côté manipulateur mais apparemment vous êtes fermement décidée, désapprouva-t-elle.

- Je suis certaine qu'il fera un roi parfait, soutint-elle.

- Je suppose, glissa-t-elle.

- Est-ce que cela veut dire que vous ne tenterez plus rien contre lui ? s'enthousiasma Isabelle.

- Non, je le laisse vivre, êtes-vous satisfaite ?

A la grande surprise d'Ellie, celle-ci se jeta sur elle et la serra dans ses bras à l'étouffer.

- Merci, Eliza ! Je saurai prendre soin de lui, je vous le promets.

- Que vous en preniez soin ou pas, je n'en ai cure ! Amusez-vous bien avec lui si cela vous chante. Tôt ou tard, cela vous passera ! affirma Ellie. Par contre, ne m'empêchez pas de finir la mission que je me suis fixée !

- Je n'en ai nulle intention, je vous assure, la rassura Isabelle en s'éloignant. Mais je peux vous affirmer une chose, je ne changerai pas d'avis le concernant.

Ellie ne put s'empêcher de rire et Isabelle rougit à nouveau.

- Pourquoi ? Parce qu'il est beau ? Parce qu'il est séduisant ? Parce qu'il est un dieu au lit ? ironisa Ellie. Qu'est-ce que vous lui trouvez ?

- Il est honnête, droit et fidèle ! s'insurgea Isabelle.

Elle rougit à nouveau.

- Pour ce qui est de ses capacités au lit, je n'ai pas encore...

-...Goûté à ses charmes ? se moqua Ellie. Il est vraiment fidèle en la parole donnée mais en aucun cas en amour ! Ensuite, pour ce qui est de l'honnêteté, n'en parlons même pas !

- De quoi voulez-vous parler ?

- Je veux parler du fait qu'il m'a cocufiée avec Sylvidra pour récupérer le fils que celle-ci lui avait donné et, de plus, il lui a donné la localisation de notre base d'Amos alors que j'y avais trouvé refuge avec nos enfants. Dites-moi quel père digne de ce nom mettrait en danger la vie de sa progéniture ? Cela dit, je comprends son point de vue, les enfants qu'il avait donnés à la fille d'un politicien corrompu du Consortium valaient sans aucun doute beaucoup moins qu'un rejeton royal, fut-il mazone. Ensuite, pour ce qui est de son manque de fidélité en amour, je ne suis pas la seule à avoir porté des cornes, il ne s'en est guère gêné du temps où il était avec Mimée. J'ai appris sur un site internet que monsieur est au moins passé dans le lit de trois cent vingt-deux femmes et beaucoup d'entre elles ont eu des relations intimes avec lui alors que soi-disant il était éperdument amoureux de Mimée. Il m'a bien roulée sur ce coup-là. J'ai vraiment eu pitié de lui en le voyant soi-disant anéanti devant le cercueil de Mimée ! Croyez-moi, il ne vous sera jamais fidèle !

- Vous n'en savez rien ! s'insurgea Isabelle. Vous ne pouvez pas savoir comment il se comportera avec moi !

- Vous avez peut-être raison, accepta Ellie. Après tout, vous êtes de sang royal vous aussi, du même milieu que lui. Il est vrai que Mimée ou moi n'étions que de basse extraction. Juste bonnes à le satisfaire et à remplir le vide de son lit avant qu'il ne se trouve une épouse digne de ce nom ! J'espère que vous vous amuserez bien !

- Je ferai tout pour qu'il m'aime et qu'il me soit fidèle.

- Ce n'est pas une bonne idée. Moi aussi j'étais prête à tout pour cela et voyez où cela m'a menée.

Elle poussa un soupir d'agacement et regarda vers la fille du roi Von Kiel. Elle était aux bords des larmes et Ellie se dit qu'elle y était peut-être allée un peu fort. Le premier amour est généralement le plus précieux, celui que l'on garde en mémoire toute sa vie. Pour Ellie, son premier amour était le capitaine de l'Arcadia et il serait le seul. Le charme de Hans faisait décidément des ravages même chez les gamines de dix-huit ans. Elle sourit avec douceur.

- Je suis désolée, Isabelle, j'y suis allée un peu fort mais je tenais à être franche avec vous, s'excusa-t-elle.

- Ce n'est pas grave, je vous comprends. Moi aussi, si j'avais enduré tout ce que vous avez souffert je serai beaucoup plus dure, sourit Isabelle tristement. J'espère un jour arriver à avoir votre force et votre courage.

- Je ne vous le souhaite pas. Ce serait mieux pour vous si vous pouviez garder votre pureté, opposa Ellie en faisant une dénégation de la tête. Cela dit, pour une femme qui envisage de régner, vous ne vous inquiétez pas que je massacre autant de grands bonnets aristocrates.

- Je vous l'ai dit, je comprends votre situation et c'est de bonne guerre toutes ces têtes qui tombent mais vous ne gagnerez pas, Ellie, assura Isabelle. Cela dit, je suis surprise que vous ne me tuiez pas.

- Sans aucun doute parce que je vous apprécie et que vous êtes bien jeune, Isabelle, avoua Ellie. Les gens changent avec le temps. Et ce que vous êtes à présent n'est pas ce que vous serez demain. Avec la maturité, vous verrez les choses autrement.

- Je ne suis pas votre ennemie, Ellie, avoua Isabelle en laissant couler ses larmes. Je trouve même que tout ceci est du gâchis. J'aimerais juste une chose de votre part, une fois que vous serez certaine de votre défaite, que vous réfléchissiez à ma proposition ?

- De devenir moi aussi une aristocrate et de vous aider ? se rappela Ellie avec un sourire en coin.

- Je sais que vous ne voulez pas trahir ce pourquoi vous vous battez mais une fois cette lutte terminée, promettez-moi d'y réfléchir ! souhaita Isabelle en la regardant droit dans les yeux.

Ellie fut surprise d'y voir tant d'émotion mêlée à autant d'espoir.

- Très bien, je ne vous promets pas d'accepter mais je vais y réfléchir ! céda Ellie. Est ce qu'il y autre chose, Isabelle, car le prince Svlotiania ne va certainement plus tarder et j'aimerais pouvoir lui régler son compte !

Isabelle hésitait, la nouvelle qu'elle avait encore à annoncer n'était guère bonne et la possible réaction d'Eliza Zone l'inquiétait un peu.

A l'autre bout du tarmac, Harlock en entendant les propos d'Ellie s'était effondré sur le sol à l'arrière de la camionnette dont les deux portes arrière étaient ouvertes. Ses larmes se mirent à couler. Il avait tellement mal qu'il avait l'impression que son cœur allait éclater. Ellie, comme il le craignait, le détestait vraiment. En fait, cela était tellement fort que cela s'apparentait plus à de la haine. Il respira profondément pour essayer de retrouver son calme. Il devait recouvrer son sang-froid pour arriver à récupérer Ellie saine et sauve.

- Le prince Svlotiania, reprit Isabelle, est allé voir mon époux aujourd'hui. Il a très peur de vous et je pense que mon mari souhaite vraiment faire payer à Kimura son obstination et il a ordonné...

- Il a ordonné quoi ? s'inquiéta Ellie.

- Il a ordonné l'assaut du siège du gouvernement et la capture de Nynna Summer Kimura pour qu'elle leur serve d'otage, termina Isabelle.

- Vous êtes certaine de cela ? paniqua Ellie.

- Oui, l'assaut a eu lieu ce soir. Je ne savais pas comment vous prévenir pour que vous puissiez empêcher cela mais comme je sais que le prince Svlotiania a décidé de l'emmener ce soir avec lui, vous pourrez la lui reprendre, supposa Isabelle.

- Merci, Isabelle. Vous devriez partir, il est près de minuit, il ne va pas tarder ! ordonna Ellie d'une voix blanche.

- Je suis sincèrement désolée, Eliza, je vous assure, s'excusa Isabelle.

- Vous n'y êtes pour rien, partez maintenant ! Merci d'être venu me prévenir !

Isabelle la salua en essuyant ses larmes et fila vers les escaliers sans se retourner.

Le sang de Ryo en entendant cela ne fit qu'un tour. Il prit son téléphone portable et tenta de contacter sa femme. Harlock s'approcha de lui et Ryo mit le téléphone sur haut-parleur.

- Elle ne répond pas ! paniqua Ryo lorsqu'il atterrit à nouveau sur la messagerie.

- Réessaye ! ordonna Harlock.

Ryo relança l'appel et soupira lorsqu'il entendit décrocher.

- Bonsoir, mon amour ! s'enthousiasma-t-il.

- Que c'est mignon ! Bonsoir, mon petit cœur, le salua le prince Svlotiania.

- Comment se fait-il que vous répondiez à la place de ma femme ? gronda Ryo. Où est-elle ?

- Avec moi, affirma le prince à Ryo. Votre précieuse épouse est entre mes mains et vous avez intérêt à être bien sage tout comme cette salope d'Eliza Zone sinon vous pourrez dire adieu à votre tendre moitié.

- Espèce de salopard ! hurla Ryo. Vous n'êtes qu'un lâche ! Pourquoi ne vous en êtes-vous pas pris à moi ?

- Avec toute la sécurité qui vous entoure, à quoi bon ! De plus, nous avons besoin que vous jouiez votre rôle de chef de gouvernement fantoche jusqu'à ce que nous prenions le pouvoir. Autre chose, ne tentez rien, Ryo. Ce serait bête que nous nous retrouvions dans l'obligation de faire payer à votre femme vos minables tentatives pour la sauver. Ce serait tout de même idiot qu'elle finisse par perdre la petite graine que vous venez tout juste de semer après avoir passé près de trois ans à essayer en vain. Je vous invite donc à la prudence ! ricana le prince.

Il raccrocha et Ryo pâlit comme un linge.

- Ce salopard a ma Nynna, réalisa Ryo d'une voix blanche.

- Je sais et on va la lui reprendre ! affirma Harlock fermement.

- Tu es dingue ! s'insurgea Ryo. Il va la tuer !

- Il la tuera de toute façon dès qu'ils auront fait scission ! De plus, si on les laisse l'emmener dans une de leur cache, on ne la retrouvera jamais ! soutint Harlock. Fais-moi confiance ! Je te ramènerai Nynna saine et sauve !

- Sans compter que rien ne garantit qu'Eliza Zone ne choisira pas de sacrifier Nynna en espérant buter le prince, suggéra le chef de la police.

- Elle ne ferait jamais cela ! s'insurgea Ryo.

- C'est là où tu te trompes Ryo, tu es indispensable pour mener à bien la lutte contre les aristocrates car tu es le chef du gouvernement démocrate. Nynna n'entre pas en ligne de compte. C'est ta vie qui est prioritaire pas la sienne. Si Eliza Zone en vient à la même conclusion, elle tirera sans hésiter. Elle sacrifiera Nynna pour tuer l'un des principaux alliés de Von Kiel, insista le chef de la police.

- C'est impossible, refusa Ryo d'une voix blanche. Elle ne ferait jamais cela, n'est-ce pas Hans ?

Il se tourna vers le capitaine de l'Arcadia qui le regarda tristement ce qui fit paniquer Ryo.

- Je suis désolé, Ryo mais je suis du même avis que le chef Patrick, affirma Harlock. Tu oublies l'influence des nanos sur sa personnalité. Il faut que l'on aille tenter notre chance pour récupérer Nynna. Je vais contourner les conteneurs et dès qu'Ellie donnera l'assaut je tenterai de récupérer ton épouse.

- On va vous aider ! décida le chef Patrick.

- Et tu vas faire comment pour Ellie ? s'inquiéta Ryo.

- Ce sera pour une autre fois, s'attrista Hans. J'espère qu'elle ne se fera pas tuer, c'est tout.

Pendant que Ryo tentait de joindre son épouse, Ellie réfléchissait à la situation dans laquelle se trouvait son équipe. Elle s'avança vers le muret de sécurité et observa la zone des conteneurs. Il y avait beaucoup de miliciens. Les pilotes avaient commencé à faire chauffer les moteurs. Sandy et Ann n'arrivaient pas à croire à ce qu'elles venaient d'entendre.

- Tu crois que ce qu'elle t'a annoncé est vrai ? s'inquiéta Ann.

- Je le pense, oui ! assura Ellie.

- Elle pourrait très bien t'avoir menti pour que tu laisses partir le prince sans rien tenter contre lui ! douta Sandy.

- Je sais, accorda Ellie. Mais on ne devrait plus tarder à être fixées.

- Ils arrivent, les filles ! indiqua Ann.

Elles virent une longue colonne de voitures approcher. Il y allait avoir encore plus de miliciens. Au centre du groupe, elles aperçurent une limousine noire ornée des drapeaux des Svlotiania.

- Le voilà, ce salopard ! ragea Ellie. Bon, il faut trouver un moyen d'abattre ce fils de pute mais sans que Nynna ne soit blessée, ensuite il faudra que l'une d'entre nous aille la récupérer !

Harlock, en voyant passer au loin la caravane du prince, fila à toutes jambes vers la zone des conteneurs en les contournant par l'arrière. Il arriva au niveau du bâtiment où se trouvait Sandy au moment où la limousine se garait. Les autres policiers peinaient à le suivre. Ils se cachèrent à leur tour avec Ryo, derrière les deux autres bâtiments.

Le prince descendit de la limousine et extirpa de la voiture avec l'aide de Miller une Nynna qui se débattait.

- Tu vas te calmer, salope ! ordonna Miller en la ceinturant. Ou je te garantis que ton sale moutard ne verra jamais le jour !

Nynna, face à cette menace, se calma instantanément et ce fut le prince qui prit le relais en sortant une arme qu'il pointa sur la tempe de Nynna en la ceinturant à son tour. et Il se servit alors d'elle comme d'un bouclier en se dirigeant vers les portes du vaisseau.

- J'ai votre copine, Zone ! hurla-t-il. Tentez quoi que ce soit et je la descends !

Ellie et ses amies avaient pris position et chacune tentait de viser la tête du prince mais celui-ci était placé d'une telle manière que l'on ne pouvait l'atteindre sans toucher Nynna. Il fallait vite trouver une solution avant qu'ils ne l'emmènent. Harlock avait sorti son cosmodragoon et tentait lui aussi de trouver une ouverture. Il n'avait pas beaucoup de marge de manœuvre. Pour pouvoir sauver Nynna, il faudrait détourner l'attention mais il faudrait que cela soit suffisamment important pour perturber tous les miliciens présents sans pour autant mettre en danger la vie de Nynna. Il pointa son arme et visa la tête de Miller.

- Est ce que l'un d'entre vous a une ouverture ? interrogea-t-il à travers sa mini radio.

- Je peux avoir un milicien à l'aise, indiqua Ann-Lynn.

- Pareil pour moi, assurèrent Ryo, le chef Patrick, Aoki et Mitchell en chœur.

- Espérons que cela suffira, souhaita Harlock.

Ellie, au sommet de son immeuble, en était arrivée à la même conclusion que Hans. Il fallait déboussoler leurs adversaires, les faire paniquer et pour cela elle allait devoir bluffer. Elle prit sa tablette numérique et programma quatre mini vaisseaux pour qu'ils attaquent la zone extérieure des conteneurs en lançant quelques bombes. L'effet de surprise serait total. Elle en prépara deux autres pour qu'ils attaquent le vaisseau du prince avant que celui-ci n'ait le temps de se réfugier à l'intérieur. Elle devait forcer le prince à paniquer et à s'éloigner avec Nynna en espérant arriver à se cacher. Elle synchronisa les vaisseaux et lança l'assaut.

- Attention les filles, cela va chauffer, prévint-elle. Il faut buter le plus de miliciens possibles !

- Il faut espérer que le bluff marchera, souhaita Ann. Sans quoi ton amie est perdue.

Ellie fit une petite prière et reprit position avec son fusil de sniper. Les mini vaisseaux se placèrent et s'élancèrent à l'assaut au moment où Harlock abattait Miller d'une balle en pleine tête. Les vaisseaux pilonnèrent les côtés de la formation des miliciens ainsi que le vaisseau. Svlotiania sursauta en voyant Miller s'effondrer au sol et il se précipita vers le côté en voyant deux mini vaisseaux attaquer son appareil. Alors qu'il se déportait, Ellie vit une ouverture et tira dans la main qui tenait l'arme qui menaçait Nynna. Celle-ci lui mit un violent coup de coude dans le flanc pour se dégager mais il tint bon et l'entraîna à sa suite à travers le dédale des conteneurs alors que les miliciens faisaient barrage. Harlock, constatant la panique abattit le plus de miliciens possible aidé par Ryo et les policiers. Il vit le prince emmener Nynna et fila à sa poursuite en contournant les bâtiments. Il se retrouvait près du bâtiment d'Ann et commença à avancer prudemment dans le labyrinthe de conteneurs. L'assaut des mini vaisseaux n'avait duré que quelques secondes, juste de quoi provoquer l'effet souhaité. Harlock savait que le prince ne gâcherait pas un otage aussi précieux que Nynna. Il ferma son œil valide et se concentra sur les bruits environnants. Entre les claquements des tirs et les hurlements, il pouvait entendre le prince gémir tout en maudissant Eliza Zone. Il avançait en étranglant Nynna pour être certain que celle-ci ne se débatte plus car, plus elle se dégageait, plus il serrait sa prise ce qui fit que Nynna, manquant d'air, cessa de se débattre et le suivit docilement.

" Il est tout près, pensa Hans. Il ne faut pas qu'il me voit, l'effet de surprise doit être parfait pour qu'il soit mort avant de dire à qui que ce soit que je suis présent. "'

En haut, Ann vit clairement un homme armé d'un pistolet étrange se glisser entre les conteneurs. L'homme leva légèrement la tête et elle reconnut le capitaine de l'Arcadia.

- Ellie, ton chéri est là, indiqua-t-elle.

- Hans ? s'étonna celle-ci. Où est-il ?

- Il est en train de se glisser entre les conteneurs, révéla celle-ci en l'observant avec sa lunette de visée.

- Il doit vouloir récupérer Nynna, assura Ellie. Il faut le couvrir !

- Pas de problème ! acceptèrent Sandy et Ann.

Ann se concentra sur les miliciens qui se trouvaient sur le chemin du capitaine et les abattait au fur et à mesure de sa progression. Alors qu'il approchait du prince Svlotiania, un homme du duc de Péhant, abattu par Ann, tomba du haut du conteneur juste devant lui. Il s'arrêta net et prêta l'oreille. Svlotiania continuait de reculer entre deux rangées de conteneurs perpendiculairement à celui derrière lequel le capitaine de l'Arcadia était caché, en se servant de Nynna comme bouclier. Harlock pointa son cosmodragoon et la tempe gauche du prince fut à sa portée lorsque celui-ci recula en longeant le côté du conteneur qui servait d'abri à Hans. Celui-ci fit feu dès que Svlotiania fut dans son angle de tir. Le prince s'effondra sur Nynna qui s'écroula sous le poids de son ravisseur. Harlock se précipita vers elle et l'aida à se dégager du corps. Il ne lui laissa pas le temps de reprendre son souffle et l'entraîna prestement à l'abri. Une fois en sécurité, il la laissa retrouver son calme en la serrant contre lui.

- Ça va aller, Nynna, respire à fond ! conseilla-t-il.

- Ça y est, il a récupéré ta copine, annonça Ann avec le sourire.

Cette bonne nouvelle réjouit Ellie et Sandy qui continuaient à tirer sur ce qui restait de miliciens. Nynna, dont le cœur s'était complètement emballé à cause du manque d'air, avait du mal à se calmer. Elle ne comprenait pas, l'homme qui l'avait extirpé de sous le corps du prince ne devait pas être un milicien car il ne la maltraitait pas. Elle n'avait pas eu le temps de voir son visage. En l'entendant parler, par contre, elle le reconnut immédiatement, des larmes lui montèrent aux yeux. Elle releva la tête et vit le capitaine de l'Arcadia lui sourire avec douceur. Ses larmes se mirent à couler, c'était bien Mister Freeze qui était venu la sauver.

- Tu te sens prête à me suivre ? s'inquiéta Hans. Il va falloir vite partir d'ici, il y a encore beaucoup de miliciens.

- Je te suivrai au bout du monde, sourit Nynna.

- Ne dis pas cela devant Ryo car il pourrait être jaloux, plaisanta Harlock en lui faisant un clin d'œil.

Il appuya sur le bouton de contact radio et annonça à Ryo :

- J'ai Nynna avec moi, elle va bien. Evacuez les lieux et vite ! Inutile de s'attarder !

En entendant ces mots, le cœur de Ryo marqua un temps d'arrêt puis des larmes de gratitude embuèrent sa vue. Il reprit les tirs et l'ensemble de son équipe commença à se replier.

Ellie les vit s'éloigner en filant vers la droite en slalomant entre les conteneurs, tout en mitraillant pour éviter de laisser une chance aux miliciens de les atteindre. Elle regarda ensuite du côté de Hans et Nynna et, en voyant que celui-ci avait réussi à suffisamment s'éloigner avec la jeune femme, elle lança l'assaut final. Les mini vaisseaux scannèrent la zone et repérèrent l'ensemble des appareils de communication utilisés par les miliciens. Ils commencèrent ensuite le pilonnage.

Harlock ralentit puis s'arrêta pour laisser le temps à Nynna de reprendre un peu son souffle. Il observa les mini vaisseaux.

- Comment peuvent-ils viser avec une telle précision ? s'étonna-t-il. Ils sont automatisés, comment peuvent-ils repérer les personnes ?

Il réalisa soudain qu'ils devaient probablement repérer les émetteurs radios. Il arracha celui qui était au col de sa chemise et lança un appel à Ryo.

- Débarrassez-vous des mini radios, les mini vaisseaux doivent repérer leur cible grâce à eux ! ordonna-t-il.

Une fois cet appel fait, il jeta l'émetteur le plus loin qu'il le pouvait. Il regarda vers Nynna. Elle était très pâle et à bout de force. Il y avait un grand contournement à faire pour rejoindre l'endroit où étaient garées les camionnettes et Nynna n'était visiblement plus en état de marcher.

- Tu vas monter sur mon dos, Nynna, proposa-t-il. Je vais te ramener jusqu'à Ryo.

- On est loin de Ryo ? s'inquiéta-t-elle.

- Assez, oui, affirma-t-il.

- Je ne peux pas faire ça. Si tu me portes sur une longue distance, tu vas avoir le dos cassé, objecta-t-elle.

- Je ne t'ai pas demandé ton avis, Nynna, insista Harlock. Tu n'es plus en état de marcher !

Il s'approcha d'elle et la força à s'installer sur son dos. Il lui soutint les jambes et commença à avancer. Nynna en sentant la chaleur rassurante émaner du corps du capitaine de l'Arcadia sentit une vague de tristesse l'envahir. Elle se rappela du doux sourire d'Adrian Moore et de sa mort tragique. Ses larmes se mirent à couler en abondance et Harlock pouvait les sentir lui glisser dans le cou.

Une fois l'ultime assaut lancé, Ann, Ellie et Sandy quittèrent chacune leur poste puis escaladèrent le grillage. Sandy repéra un accès au système de transport d'énergie souterrain et souleva la plaque. Les trois femmes se glissèrent à l'intérieur puis la refermèrent. Grâce au plan détaillé de la ville récupéré en piratant le service de l'urbanisme, elles retournèrent à leur point de départ et repartirent chez elles. Lorsque tous les miliciens furent abattus, les appareils s'autodétruisirent sous le regard horrifié des deux pilotes du prince Svlotiania. Ils virent arriver au loin de nouvelles équipes de miliciens dépêchées de toute urgence après leur appel au quartier général des aristocrates mais ceux-ci arrivaient trop tard.

Harlock en voyant d'autres véhicules approcher, pressa le pas et arriva en vue des camionnettes. Ryo, en le voyant arriver, poussa un soupir de soulagement et prépara une couverture pour sa femme. Harlock, lorsqu'il fut près du véhicule, posa Nynna qui se réfugia en pleurant dans les bras de son amour, en larmes lui aussi, qui l'embrassait tout en la recouvrant de la couverture.

- J'ai bien cru t'avoir perdue, ma chérie ! s'exclama-t-il.

Nynna mit sa tête dans le creux de l'épaule de son mari et se laissa bercer par lui. Ryo regarda du côté du capitaine de l'Arcadia et celui-ci vit son regard noyé de reconnaissance.

- Merci infiniment, Hans ! s'exclama-t-il en pleurant.

- Je t'en prie. Je pense qu'il faudrait l'emmener à l'hôpital, elle a reçu un choc émotionnel très fort, conseilla-t-il. Et il faudrait aussi s'assurer que le bébé va bien.

- Sans compter qu'il faudrait qu'on parte très vite d'ici, affirma le chef Patrick. Il y a des troupes supplémentaires qui se sont pointées.

Ryo fit monter sa femme à l'arrière de la camionnette et s'installa à ses côtés. Hans prit le volant et ils filèrent vers l'hôpital de West Cost pour que Nynna puisse y être examinée de toute urgence. Harlock décida de prendre un raccourci et força les légères grilles qui séparaient le tarmac du parc adjacent. Il traversa les allées piétonnes désertes à cette heure avancée de la nuit puis il atterrit sur l'avenue principale. Il prit la direction de l'hôpital. Arrivé à proximité, il se dirigea vers le parking souterrain dont il fracassa les barrières puis il se gara dans une zone non couverte par les caméras de vidéosurveillance. Il descendit du véhicule et alla ouvrir la double porte arrière.

- Il faut qu'on passe par l'issue de secours. Il y a juste un étage à monter jusqu'aux urgences, proposa-t-il. Ça va aller, Nynna ?

- Ne t'inquiètes pas, ça ira, affirma celle-ci avec un pâle sourire.

- Je vais rester avec elle ainsi que les policiers jusqu'à ce qu'elle soit examinée. Est-ce que tu pourras rester avec elle, après cela ? l'interrogea Ryo. Il faudrait que j'aille voir ce qu'il s'est passé au siège du gouvernement.

- Sans problème, accepta Hans.

Nynna en entendant parler du siège du gouvernement pâlit un peu plus ce que remarquèrent les deux hommes.

« Ce qui a dû s'y passer doit être horrible pour qu'elle soit choquée à ce point-là », pensa Hans.

Ils allèrent à la sortie de secours qui avait été déverrouillée par le chef Patrick. Harlock ne devant pas être vu en leur compagnie, il resta en retrait en attendant un appel de Ryo lui demandant de les rejoindre. La tristesse l'envahit à nouveau en pensant aux propos tenus par Ellie. Il était vrai qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de parler de ce qu'il s'était passé alors qu'il était prisonnier de Sylvidra. Il n'y avait rien de surprenant à ce qu'Ellie le prenne pour un traître. Son visage s'assombrit puis une vague de tristesse envahit son âme. Il respira profondément. Il devait garder son sang-froid. Il allait récupérer Ellie et ils allaient enfin pouvoir avoir une véritable discussion sur toute cette affaire.

Hans attendit plus de deux heures, dissimulé dans un coin d'ombre. Il reçut un message de Ryo qui lui demandait de le rejoindre dans la chambre B cent trente-cinq au troisième étage. Il s'engouffra dans la sortie de secours et gravit les escaliers rapidement. Il se glissa furtivement à l'intérieur de l'hôpital en évitant les caméras de sécurité. Il arriva près de la chambre et entra après avoir vérifié que personne ne se trouvait dans le couloir. Il vit les trois policiers adossés au mur et Ryo assis près du lit de sa femme. Nynna était assise sur le lit, les jambes repliées qu'elle entourait de ses bras. Elle était très pâle et son regard d'une infinie tristesse. Il s'approcha et alla s'installer près du radiateur.

- Est-ce qu'elle va bien ? s'inquiéta-t-il.

- Physiquement oui, affirma Ryo.

- Et le bébé ? s'enquit Hans, guère rassuré par le ton de son ami.

- L'échographie est bonne, il va bien, soutint Ryo d'une voix triste. C'est juste qu'elle n'arrive pas à parler de ce qu'il s'est passé.

- As-tu prévenu ton père car ce genre de chose, c'est plus dans son domaine, rappela Harlock.

- Oui, mais elle ne veut pas lui parler, indiqua Ryo, tristement. Il faut que j'aille voir ce qu'il s'est passé au siège du gouvernement.

- Vas-y, je prends le relais, assura Hans en souriant.

- Merci.

Ryo se leva et Harlock prit sa place et décida d'essayer de faire parler Nynna. Il savait qu'elle était choquée mais il fallait qu'elle arrive à parler de ce qu'il s'était passé pour pouvoir s'en libérer et aller de l'avant. Comme elle était enceinte, elle n'aurait droit à aucun traitement car il mettrait en danger la vie du bébé.

- Qu'est-ce que tu as fait aujourd'hui Nynna ? l'interrogea-t-il d'une voix douce.

Nynna regarda vers lui avec des yeux tristes et apeurés.

- Tu ne risques plus rien ici, tu es en sécurité, soutint Harlock.

Ryo décida d'attendre pour voir si Hans arrivait à débloquer les souvenirs de sa femme. Harlock savait qu'elle risquait d'avoir du mal. La peur transpirait par tous les pores de la peau de Nynna. Elle était terrorisée et ce, même si elle était entourée de ses proches. Il se dit que si il pouvait l'orienter sur les choses datant d'avant son traumatisme, elle finirait par parler. Il fallait qu'elle sorte de sa torpeur.

- Cet après-midi, Ryo m'a demandé de venir pour qu'on mette au point une stratégie pour protéger les cibles de l'aristocratie. J'ai décidé d'envoyer mon équipage avertir les différentes cibles qu'on évacuera dès que les aristocrates feront scission. Comme cela, ils seront prêts. Ensuite, il a réussi à me convaincre que le prince Svlotiania serait certainement la prochaine cible d'Ellie, et il ne s'est pas trompé, raconta-t-il avec la même douceur dans la voix.

Nynna regardait le capitaine de l'Arcadia avec des larmes aux yeux. Elle savait qu'il essayait de la mettre à l'aise et de la rassurer. Il y a trois ans, elle n'aurait jamais cru que le bloc de glace qu'elle avait en face d'elle cachait une telle douceur et une telle générosité. Elle l'avait pris pour un homme dur, froid et égoïste alors qu'en fait, il était tout le contraire. Il avait subi beaucoup d'épreuves et vu beaucoup d'horreurs dans sa vie, avec lui, elle pouvait envisager de parler de ce qu'elle avait vu, de la mort de tous ces gens.

- Je suis allée acheter un test de grossesse, annonça-t-elle en laissant couler ses larmes.

Depuis trois heures qu'elle était libérée, elle desserrait enfin les lèvres. Ryo poussa un soupir de soulagement et s'éloigna pour laisser à sa femme un peu d'intimité. Les policiers le rejoignirent. Ils ne comprenaient pas pourquoi Nynna avait choisi de se confier au capitaine de l'Arcadia, quant à Ann-Lynn, elle se dit qu'il devait y avoir une bonne raison. Il fallait juste patienter et la réponse viendrait d'elle-même.

- Tu y es allée seule ?

- Non, avec Adrian Moore, révéla-t-elle.

Ses larmes se mirent à couler en abondance. Pour Hans, sa réaction était claire, Moore devait faire partie des victimes tuées pendant l'assaut des hommes des aristocrates sur le siège du gouvernement.

- Tu es restée toute la journée avec lui ?

- Non, je voulais aller à la pharmacie toute seule mais il n'a pas voulu alors il m'a accompagné. A la maison, j'ai fait le test et il est revenu me voir le soir, révéla-t-elle.

- Pourquoi n'as-tu pas appelé tout de suite Ryo après le test ? s'étonna Hans.

- Parce que j'ai été lâche, avoua celle-ci en pleurant. J'ai fait le test mais j'ai été incapable de regarder le résultat de toute la journée. Je ne l'ai regardé que quand il est venu me voir vers vingt heures. Il l'a même regardé en premier et m'a ensuite encouragée à en faire de même. Peut-être que si j'avais regardé plus tôt, j'aurais rejoint Ryo et il serait peut-être encore en vie ! C'est de ma faute !

Ses sanglots devinrent très violents. Hans vint s'asseoir sur le lit et prit Nynna dans ses bras. Elle s'agrippa à lui de toutes ses forces.

- Ils les ont massacrés, Hans, poursuivit-elle après quelques minutes. Ce sont des barbares ! Ils les ont criblés de balles et ensuite, ils les achevaient d'un tir en pleine tête. J'ai fait évacuer tous ceux que je pouvais par le tunnel de secours du bureau de Ryo ! J'ai attendu Adrian mais il n'est jamais arrivé ! A la place, c'est ce monstre de chef de la milice qui s'est pointé ! Ils ont achevés Adrian sous mes yeux ! Il y avait du sang partout, Hans ! J'en avais sur moi et ce salopard de Svlotiania a exigé que je me change avant que je monte dans sa limousine pour éviter que je n'en mette sur les banquettes de sa précieuse voiture ! Merci d'avoir buté ces monstres, Hans !

Elle se réfugia au creux de l'épaule du capitaine de l'Arcadia. Celui-ci regarda du côté de Ryo tristement.

- Je ne sais pas ce que tu vas trouver là-bas mais cela ne va pas être joli à voir, commenta-t-il avec de la peine dans la voix.

- Ne t'inquiètes pas, Hans, ça ira, affirma Ryo. Veille bien sur Nynna. Je vais faire venir des hommes provenant du bataillon de la Résistance. Ceux-là même qui ont combattu avec toi pendant la guerre contre Gaia.

- Ne me dis pas que tu vas faire venir Elliott Grant ? s'inquiéta Hans en repensant à ce gamin qui s'était sérieusement amouraché de lui.

- C'est de loin le meilleur homme que l'on ait ! soutint Ryo. Il n'a jamais quitté l'uniforme de la Résistance et il a été formé par le général Martin en personne ! Qui plus est, il sait que tu es infiltré.

- Tu lui as dit ? s'étonna Harlock.

- Je n'ai fait que confirmer ses soupçons. Il ne te voyait pas trahir la liberté pour te mettre du côté des aristocrates. Je t'assure qu'il a un jugement très sûr, ce gamin !

- Tant qu'il ne sait pas que toi et moi, on a batifolé ensemble cela ira, sinon dis-toi bien qu'il va revenir à la charge ! se moqua Hans en riant.

- Pas faux ! Motus et bouche cousue sur ce qui s'est passé entre moi et le capitaine de l'Arcadia ! ordonna Ryo en regardant le chef Patrick

- Ne t'inquiète pas pour ça ! assura le chef. De toute manière, on t'accompagne !

- Pourquoi ? s'étonna Ryo.

- Il y a eu crime, lui rappela Ann-Lynn. Nous devons enquêter et avertir le procureur ! C'est la procédure et le siège du gouvernement ne fait pas exception à la règle ! On y va, messieurs !

Aoki et Mitchell saluèrent le capitaine de l'Arcadia puis sortirent avec leur commandant sous le regard amusé du chef Patrick.

- Le bulldozer, hein ? ricana Ryo. Rien ne l'arrête !

- Je te l'ai dit, c'est de loin sa plus grande qualité avec son intégrité totale ! sourit le chef de la police. Capitaine, Nynna !

Il les salua et sortit suivit d'un Ryo très inquiet qui jeta un dernier coup d'œil. Le capitaine lui fit un sourire rassurant et le chef du gouvernement ferma enfin la porte. Lorsqu'il se retourna, il se retrouva face à Elliott Grant qui le regardait en souriant ce qui le fit sursauter et se plaquer involontairement contre la porte. Elliott était très près de lui et cela l'inquiétait un peu. Le jeune gradé ne comprenait pas une telle réaction du chef du gouvernement, il n'avait jamais eu peur de lui auparavant. Son attitude avait véritablement changée il y a quelques semaines après être allé passer une soirée chez le capitaine de l'Arcadia.

- Monsieur le chef du gouvernement, le salua-t-il en lui souriant avec douceur.

- Bonsoir, Elliott, je suppose que le général Martin t'a expliqué la situation.

- Oui. J'ai fait venir les meilleurs hommes avec moi et j'ai placé des tireurs d'élite au sommet des immeubles. Ils sont tous des Résistants de la première heure. Votre femme ne risque plus rien. assura-t-il tristement. Je suis allé au siège du gouvernement et je pense que vous devriez laisser la police y aller seule. C'est vraiment horrible à voir.

- Je ne peux pas faire ça, refusa Ryo. Adrian Moore était un de mes amis. Je lui dois bien cela et en tant que chef du gouvernement c'est là-bas qu'est ma place à identifier les victimes et à m'occuper des survivants !

Ryo se dirigea vers l'ascenseur et Elliott le regarda jusqu'à ce qu'il fut à l'intérieur de celui-ci. Il plaça ensuite deux gardes et commença sa tournée de l'hôpital pour s'assurer qu'aucun tueur n'était présent.

Elliott, après avoir été mis au courant des plans du capitaine de l'Arcadia pour l'évacuation des milliers de cibles de l'aristocratie, s'était porté volontaire pour combattre à ses côtés et ainsi offrir une chance aux vaisseaux de transports de s'en sortir. Etrangement, les volontaires n'avaient pas manqué pour cette mission. Beaucoup voulaient en découdre avec les aristocrates et il avait été choisi pour commander le troisième vaisseau qui serait sacrifié avec l'Arcadia pour combattre la lâcheté et la bêtise humaine. Mais peu lui importait si cela permettait à la justice et à la liberté de triompher même si cela était des dizaines d'années plus tard. Il savait que les Résistants ne lâcheraient jamais et finiraient par libérer l'humanité des chaînes de la dictature imposée par le Consortium et les aristocrates.