Chapitre 34 Chocs

Ryo et la police arrivèrent au niveau du siège du gouvernement, et, alors qu'ils traversaient la longue route boisée qui menait à la propriété, ils virent des dizaines de personnes qui attendaient sur le côté de la route. En voyant le véhicule de police, le ministre des Finances se plaça en travers de la route et le chef Patrick pila sèchement. Ils descendirent des voitures et Eric Brodwick ainsi que Mat s'approchèrent. L'ancien reporter photographe de la Résistance, chargé du ministère de l'Intérieur était très pâle. Il avait refusé de partir et l'ensemble des personnes présentes au moment de l'assaut avaient décidé de rester avec lui en attendant que les secours arrivent. Ils étaient restés cachés dans la forêt en attendant que les véhicules de la milice partent puis ils avaient commencé à remonter vers le siège du gouvernement. Ryo le serra dans ses bras dans une franche accolade destinée à le réconforter un peu.

- Je crois qu'ils ont eu Adrian, supposa Mat d'une voix blanche.

- Je sais, Nynna me l'a annoncé, indiqua Ryo.

- Elle va bien ! s'exclama Mat, abasourdi. Je l'ai cherchée un bon moment dans la forêt et je ne la trouvais pas ! Elle est avec toi ?

Il commença à regarder dans les différentes voitures.

- Mat, elle est à l'hôpital, annonça Ryo. Elle a été enlevée pour servir d'otage et on a réussi à la libérer.

- J'aurais dû rester avec elle ! ragea Mat.

- A quoi bon ? Ils t'auraient abattu ! Ils voulaient juste s'emparer de Nynna pour me faire chanter ! soutint Ryo en mettant son bras autour des épaules de Mat tout en l'entraînant avec lui.

- Qu'est-ce qu'on va faire Ryo ? s'inquiéta Mat. Il est clair que les aristos n'ont plus peur de nous pour user de telles méthodes !

- Je sais, Mat. Pour l'instant, on va aller voir les dégâts au siège du gouvernement et la police aura sûrement des questions à poser à tout le monde.

- Tu es sûr que tu veux voir ça, Ryo ? s'inquiéta l'ancien professeur d'économie Eric Brodwick.

L'homme était un ancien camarade d'école du docteur Kimura. Ils étaient restés très liés et ce, même si ils avaient choisi deux voies professionnelles radicalement différentes.

- Il faut bien que quelqu'un identifie les corps ! rappela Ryo. On y va ?

Ryo ne remonta pas dans la voiture et décida de faire le reste du trajet avec Mat. Le chef Patrick soupira. Il leur restait encore facilement un bon kilomètre de route à faire. Il fit signe à l'équipe d'Ann-Lynn de se répartir dans les voitures et de reprendre la route vers le siège du gouvernement. Ryo marcha accompagné par tous les survivants de l'assaut pendant près d'une demi-heure et, en arrivant devant la propriété, la première chose qu'il constata ce fut la grille explosée. Instinctivement, les personnes présentes au moment de l'assaut s'arrêtèrent. Aucune d'entre elles n'avaient envie de voir la boucherie qui devait régner à l'intérieur. Même Mat s'arrêta et Ryo lui sourit en lui tapant sur l'épaule. Ryo alla seul vers les policiers. Ceux-ci avaient déjà jeté un coup d'œil et devant l'amplitude de la tâche, le chef de la police avait convoqué des dizaines de voitures de police pour boucler la zone et l'envoi d'un vaisseau du bureau du coroner. Alors qu'il s'apprêtait à franchir la grille, Ann-Lynn se plaça devant Ryo.

- Je ne pense pas que vous devriez voir cela, Ryo. Il vaut mieux que vous les identifiez à la morgue, suggéra-t-elle.

- Hors de question, commandant Chambers, décida Ryo. Il y a le corps d'un de mes amis sans compter les corps des personnes du service de sécurité plus peut-être quelques-uns de mes collaborateurs. Je dois y aller ! Vous ne m'en empêcherez pas.

- Très bien, céda-t-elle à contrecœur. Lieutenant Aoki, donnez-lui une tenue destinée à préserver les indices.

Celui-ci sortit du coffre de la voiture des protèges chaussures, des gants, une coiffe et un bonnet chirurgicaux puis une blouse en papier bleu. Les autres policiers étaient déjà équipés. Ryo mit les équipements, aidé par le lieutenant Aoki. Son visage était fermé. Il était impossible pour les policiers de savoir ce que le chef du gouvernement ressentait face à cette tragédie. Aoki sortit en toute discrétion un sac en papier pour le cas où Ryo aurait besoin de vomir en voyant le massacre à l'intérieur. Ryo soupira puis ferma les yeux pour se calmer. Son cœur le faisait horriblement souffrir. Il passa ce qui restait des grilles de l'entrée et vit les premiers cadavres criblés de balles dans la cour. Ils avaient commencés par abattre les vigiles puis il vit les canons antiaériens ainsi que ce qui restait de ceux chargés de les contrôler. Il lui serait impossible de les identifier, les corps étaient détruits et répandus en partie sur les murs, les gravillons et la zone où étaient les canons. Il pâlit d'horreur et marqua un temps d'arrêt. Ann-Lynn avait raison, c'était un véritable carnage. Les miliciens s'en étaient donnés à cœur joie. Il reconnaissait bien là la barbarie des anciennes troupes d'élite du Consortium, des monstres assoiffés de sang. Il y avait aussi des corps sur les escaliers. Ryo s'approcha du premier corps dans la cour et donna son nom. Ryo avait mis un point d'honneur à connaître le nom de toutes les personnes qui travaillaient au siège du gouvernement ou qui assuraient sa sécurité. Pour lui, c'était une question de respect. Aoki fut bluffé par le sang froid de Ryo Kimura. Il fit un croquis de la cour rapide et marqua l'emplacement des corps. Il suivit Ryo qui allait d'un corps à l'autre sous le regard peiné des trois autres policiers présents. Il égrenait les noms avec tristesse. A présent, il savait que pas un n'en avait réchappé. Il monta ensuite les escaliers et identifia ceux qui se trouvaient allongés dessus. Il passa le seuil du siège du gouvernement et vit les cadavres d'une bonne dizaine de miliciens. Il leva les yeux et remarqua les impacts de balles dans la rambarde en bois massive de l'escalier principal, là où le service de sécurité avait arrosé le rez-de-chaussée en espérant arrêter la progression de leurs adversaires. Il monta les escaliers en faisant attention de ne pas marcher sur d'éventuels indices et donna l'identité des gardes tombés sous les tirs des deux groupes de miliciens. Aoki refit des schémas et nota les noms. Ryo se dirigea vers son bureau et indiqua le nom de chaque agent pendant sa lente progression. Il finit par trouver le corps d'Adrian Moore. Il s'accroupit près de lui et ses larmes se mirent à couler. Il s'empressa de les essuyer puis se releva. Il entra dans la zone de travail qui lui était réservé et trouva le corps de May criblé de balles au sol entre son bureau et la porte qui menait au sien. Il entra dans la pièce suivante et vit que l'accès au souterrain était refermé. Il n'y avait aucun corps dans cette pièce. Ryo alla à son bureau et regarda la commande de la porte. Celle-ci avait été verrouillée en utilisant le code d'urgence. Seuls Nynna et lui le connaissaient. Ryo comprit que sa femme avait juste eu le temps de l'enclencher, empêchant ainsi la milice de poursuivre les rescapés. La porte étant blindée, il aurait fallu pas mal de temps à la milice pour en venir à bout. De toute manière, cela ne leur était pas nécessaire, ils avaient tenu leur objectif, Nynna était entre leurs mains. Ryo quitta les lieux, suivi par Aoki.

Arrivé dans la cour, il retira le masque et respira profondément en regardant vers le ciel étoilé. Il voulait nettoyer cette odeur de sang qui imprégnait son nez et ne plus penser à cette vision de cauchemar. Après plusieurs minutes, il regarda vers le chef Patrick. Le médecin légiste était déjà à l'œuvre avec plusieurs de ses assistants. Il y avait beaucoup de policiers en uniforme qui regardaient vers lui de manière intriguée. Ryo retira les protections qu'il tendit au lieutenant Mitchell qui les mit dans un sac pour pièces à conviction qu'il plaça ensuite sous scellé. Le chef s'approcha de lui en lui souriant tristement.

- Que comptes-tu faire ?

- Je pense qu'Ann-Lynn a raison, il faut enquêter et tout balancer sur la chaîne nationale. Tu sais, la dernière chaîne qui n'est pas encore contrôlée par ces salopards ! ordonna Ryo.

- Tu veux qu'il y ait des fuites dans l'enquête ? s'étonna le chef.

- Est-ce que tu as vu dans quelle situation nous sommes ? s'énerva Ryo. Il n'y a plus rien à cacher ! Ils n'ont plus peur de nous ! Il est temps d'avertir la population !

- Très bien, je vais contacter Cathy Malone, la reporter d'Amos One. Jusqu'où les fuites ?

- Evite la nuit que j'ai passé avec Hans et ce que lui a fait subir le duc de Péhant ! Tu peux donner tout le reste !

- Est-ce que Hans reste sous couverture ?

- Il l'a décidé, en tout cas et je ne pense pas qu'il changera d'avis ! Tu le connais !

- Oh oui ! J'ai appris à le connaître, ce vieux pirate ! sourit le chef.

Alors qu'il s'apprêtait à aller vers sa voiture, le chef de la police vit Cathy Malone à proximité du cordon de sécurité de la police.

- Chef Patrick ! héla-t-elle en lui faisant de grands signes avec les bras.

- Comment a-t-elle su ce qu'il se passait ici ? s'exclama-t-il abasourdi.

Cathy Malone était une démocrate convaincue qui passait son temps à faire des compte-rendus détaillés sur la politique du gouvernement de Ryo Kimura qu'elle admirait beaucoup. Elle fut la première à se mettre du côté du chef du gouvernement quand celui-ci fit sa fameuse déclaration à l'assemblée interstellaire. Elle était certaine que celui-ci ne poserait pas une telle accusation s'il n'était pas sûr de celle-ci. Elle avait immédiatement commencé à fureter et remarqué des liens étranges entre différentes personnes. Elle en avait exploité certains dans son journal télévisé mais d'autres lui paraissaient tellement fous qu'elle ne pouvait envisager une seule seconde les exposer au public sous peine de passer pour une femme ayant de grands problèmes psychologiques. Elle demanda à son caméraman attitré, Will Peterson, de filmer les cadavres de la cour. Elle fit un grand sourire au chef Patrick lorsque celui-ci leva le bras pour faire signe au policier présent de la laisser passer. Elle n'arrivait pas à croire à une telle chance. C'était la première fois que des policiers acceptaient que des journalistes pénètrent sur une scène de crime. Elle s'approcha rapidement et observa le chef du gouvernement. Celui-ci était pâle et avait les traits tirés.

- Bonsoir, monsieur le chef du gouvernement, chef Patrick, les salua-t-elle en souriant.

- Vous pourriez éviter de filmer s'il vous plait, demanda le chef de la police en désignant le caméraman. Je ferai une déclaration officielle plus tard.

- Comme vous voudrez, accepta-t-elle en faisant signe à son cameraman de couper.

- Je pense qu'elle peut filmer l'intégralité de la cour et l'intérieur du siège du gouvernement, suggéra Ryo avec un rictus de colère. Qu'elle zoome bien sur les cadavres et les visages des miliciens !

Ryo après cela s'éloigna et alla s'installer à l'intérieur d'une des voitures de police. En voyant une telle attitude, la journaliste commença à s'inquiéter.

- Qu'est-ce qu'il se passe, chef Patrick ? s'enquit-elle d'une voix blanche.

- Venez avec moi, l'invita le chef.

Il l'emmena à l'intérieur où le médecin légiste observait le tatouage d'un des miliciens. Le chef invita le caméraman à filmer toute la pièce ainsi que les tatouages portés par les miliciens. Une fois que cela fut fait, le caméraman s'arrêta d'enregistrer et revint vers eux pâle comme un linge avec une forte envie de vomir qu'il réprima tant bien que mal.

- Le siège du gouvernement a été victime d'une attaque hier soir, ordonné par le duc de Péhant à la demande du prince Svlotiania. Vous êtes au courant que, depuis quelques temps, Eliza Zone leur crée des problèmes.

- Oui, elle a décidé de faire un grand ménage.

- Elle n'est pas la seule. Ryo en lançant sa commission d'enquête les emmerde prodigieusement et le prince Svlotiania, craignant pour sa vie a dû aller voir le duc de Péhant pour lui demander de l'aide.

- Comment pouvez-vous être sûr qu'il soit allé voir le duc de Péhant. Les ordres peuvent très bien venir de Von Kiel.

- Je ne pense pas que celui-ci aurait autorisé une telle entreprise mais comme les tueurs sont aux ordres du duc, il n'est nul besoin de passer par le roi pour obtenir une intervention. Le seul à avoir pu ordonner une intervention de cette envergure est le duc de Péhant.

- Mais pourquoi ? Pour tuer Ryo Kimura ?

- Le système de sécurité qui entoure Ryo est bien trop important, ils ne peuvent plus l'atteindre directement mais par contre ils peuvent l'atteindre par sa femme.

- Vous voulez dire que madame Kimura est...

- Non, la coupa le chef Patrick. Ils l'ont prise comme otage pour obtenir de Ryo qu'il cesse la commission d'enquête et pour obtenir qu'Eliza Zone leur lâche la grappe.

- Mais si je l'annonce au journal, ils vont la tuer ? supposa Cathy.

- Aucun risque ! Elle n'est plus entre leur main ! Elle est en sécurité à présent. Par contre, comme elle va passer pour morte pour sa sécurité, vous allez annoncer son assassinat et je vous autorise à tout étaler dans le journal ! En plus, j'ai une petite information supplémentaire : les tatouages que je vous aie ordonné de filmer sont très particuliers. Ce sont des troupes d'élite du Consortium. Les aristocrates ont pris à leur service les anciens tueurs d'Aristote Zone !

- Alors c'était vrai ! gronda Cathy en serrant les poings. Voilà donc dans quel traquenard s'est fourrée la population en votant pour eux ! Est-ce que vous avez l'autorisation de me donner d'autres renseignements ?

- Oui, mais comme je sais que vous avez fait votre petite enquête personnelle, je suis certain que vous avez déjà beaucoup d'informations.

- Si elles ne sont pas confirmées, je ne peux pas les balancer à l'antenne !

- Dans ce cas, vous m'exposerez vos idées et je vous dirai si elles sont justes ou fausses, proposa le chef de la police, mais chaque chose en son temps. Vous allez déjà mettre cela dans votre journal de vingt heures. On verra déjà comment réagiront les aristocrates. Qui plus est, je peux vous assurer qu'avec un coup comme celui-là, le duc de Péhant ne pourra plus échapper à une convocation chez le bureau du procureur. Il va devoir s'expliquer !

- Et l'annonce officielle ?

- Je vous en offre la primeur pour votre journal, indiqua le chef en souriant. Ça vous va ?

- Je suppose que si vous lâchez du lest comme ça, c'est qu'on court à la catastrophe et qu'il faut dès à présent se préparer au pire, supposa Cathy.

- Je suis désolé !

Le chef Patrick s'éloigna la laissant perdue dans ses pensées. Cathy sentit une douleur sourde lui envahir le cœur. Les choses s'annonçaient très mal si le chef du gouvernement perdait espoir. Cela ne pouvait signifier que la fin de la démocratie au sein de la galaxie. Elle repensa à toutes ses découvertes et se demanda si tout ce qu'elle avait pu trouver était vrai ou si quelques-unes de ses théories les plus folles étaient possibles. L'assassinat des irréductibles, les attaques des vaisseaux de transports, le capitaine de l'Arcadia. Elle avait tant de questions à poser qu'elle ne savait par laquelle commencer.

Aussi étrange que cela pouvait paraître, Nynna Kimura se sentait incapable de se séparer des bras du capitaine de l'Arcadia. Leur chaleur la rassurait et les battements de son cœur la calmaient. Elle finit par s'endormir dans ses bras et Harlock tenta de l'allonger sur le lit et de lui mettre une couverture pour qu'elle puisse se reposer confortablement. A peine avait-il tenté de s'éloigner qu'elle s'était mise à gémir de terreur et il dû rester allongé à côté d'elle en la serrant dans ses bras. La situation était des plus embarrassantes. Il sortit son téléphone portable et contacta Ryo.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit celui-ci après avoir décroché en voyant le nom d'Harlock s'afficher.

- Tu me manques, mon chéri, tu ne voudrais pas me rejoindre à l'hôpital ? plaisanta celui-ci.

Ryo ne put s'empêcher de sourire.

- Désolé, mon amour, mais tu vas devoir rester seul encore un petit moment, sourit Ryo. Nynna te fait des misères ?

- Non, elle s'est endormie mais disons qu'elle est devenue très collante et si le médecin entre dans la chambre, j'ai peur qu'il se méprenne sur la situation et si c'est un toubib qui est en cheville avec les aristocrates, je peux dire adieu à mon infiltration.

- Comment ça ? s'étonna Ryo.

- Nynna a tellement peur que je suis obligé de la garder dans mes bras sinon elle gémit de terreur. Je pense qu'il faudrait que tu viennes prendre le relais.

- Mais rien ne garantit que cela marchera avec moi, lui rappela Ryo. C'est peut-être tes bras qu'elle veut après tout !

- Tu ne vas pas me faire une crise de jalousie, j'espère ? s'agaça Hans.

- Non, je plaisantais, ne t'inquiètes pas mais pour le moment je suis bloqué ici, le rassura Ryo. La situation est belle et bien catastrophique. Ils ont fait un vrai massacre, j'ai autorisé la presse à filmer. Il va falloir empêcher Nynna de regarder la télévision sauf si tu veux qu'elle refasse le bébé koala collé à sa mère avec toi.

- Méfies-toi, je pourrais y prendre goût à ta gentille petite femme, se moqua Hans.

- Je ne crois pas que cela marcherait entre vous, le railla Ryo. Vous avez tous les deux le même sale caractère.

En entendant cela, le capitaine ne put s'empêcher d'avoir un petit rire.

- Pas de soucis, je ne lui montrerai pas la télévision. Par contre, j'aimerais aller récupérer mes enfants, c'est aujourd'hui que je les fais emménager dans mon château avec Nann dans une aile qui leur sera réservée.

- Je serai là à temps, ne t'inquiètes pas, affirma Ryo en souriant. A plus tard, mon poussin !

Il raccrocha en riant franchement en imaginant la tête de son ami après ce petit sobriquet. Harlock rit à nouveau et posa la tête contre le montant du lit. Il était lui aussi assez fatigué et il finit par s'endormir.

Il sommeilla durant plusieurs heures et lorsqu'il ouvrit les yeux, il vit Elliott Grant qui le regardait, les yeux luisant de passion contenue, assis sur le fauteuil. Celui-ci, après avoir fini sa tournée d'inspection, était venu aux nouvelles et était resté à regarder le capitaine dormir. Cet homme le fascinait et il enviait la femme qui avait le droit de dormir en écoutant son cœur battre. Harlock se redressa quelque peu et regarda du côté de Nynna. Elle avait repris des couleurs et souriait dans son sommeil ce qui indiquait que les horreurs qu'elle avait vu n'étaient pas venues la hanter.

- On dirait qu'elle va mieux, commenta Harlock.

Il tenta de se dégager mais Nynna était toujours fermement cramponnée à lui.

- Je crois que vous allez devoir attendre, Hans, conseilla le docteur Kimura.

Harlock regarda en face de lui et vit le docteur Kimura adossé au mur qui le regardait en souriant.

- Depuis quand vous êtes là tous les deux ? s'inquiéta-t-il.

- Cela doit bien faire trois heures que je veille sur votre sommeil, capitaine, indiqua Elliott en souriant.

- Je suis arrivé il y a une demi-heure, révéla le docteur.

- Est-ce que cela risque de durer encore longtemps, cette tendance bébé koala ? s'inquiéta Harlock en désignant Nynna.

- Il va falloir vous armer de patience. Vous êtes son sauveur. Elle est rassurée en étant près de vous, assura le docteur Kimura.

- Je n'étais pas tout seul pour la sauver, son mari aussi était là.

- Mais c'est vous qui êtes parvenu jusqu'à elle. Son esprit fait certainement très bien la part des choses mais son inconscient, c'est une autre affaire, soutint celui-ci en souriant.

- Je commence à avoir mal aux fesses, docteur, je suis très mal installé, avoua Harlock.

Il fit une grimace en bougeant un peu, son fessier endolori le rappelant à l'ordre.

- Vraiment ? s'inquiéta Elliott en se levant. Je peux peut-être vous aider ?

- Non, ça ira ! affirma Harlock pour couper le jeune officier dans son élan.

- Je voulais juste vous proposer de mettre un coussin sous votre fessier, se vexa Elliott.

- Et le peloter un peu au passage, ironisa Harlock.

- Comme vous y allez, râla Elliott. Je n'ai nullement l'intention de vous harceler sexuellement. Ce que vous êtes devenu méfiants, Kimura et vous depuis quelques temps ! J'ai beaucoup mûri depuis le temps où je bénéficiais de votre enseignement, capitaine.

Cette remarque fit détourner le regard de Hans et le docteur se mit franchement à rire. Tout ce bruit fini par réveiller Nynna qui se mit à bouger dans son sommeil. Elle se lova un peu plus dans les bras d'Harlock, ce qui fit sourire celui-ci.

- Bonjour, mon Ryochou, gloussa-t-elle.

- Ce n'est pas Ryochou, désolé, c'est Mister Freeze, lui rappela Hans en riant.

En entendant la voix du capitaine, elle s'éloigna rapidement et celui-ci la rattrapa par le bras avant qu'elle ne finisse par tomber du lit car elle s'était beaucoup trop approchée du bord.

- Qu'est-ce que tu fais là ? paniqua-t-elle.

Elle regarda autour d'elle et son cœur s'emballa lorsqu'elle comprit qu'elle était dans un hôpital.

- Où est-ce qu'on est ? s'enquit-elle en pâlissant.

- Tu ne te rappelles de rien, Nynna ? s'inquiéta le docteur Kimura.

- Me rappeler de quoi, beau-papa ? l'interrogea-t-elle d'une voix blanche.

- L'attaque du siège du gouvernement, Nynna, lui rappela Hans, très inquiet de cette perte de mémoire.

Nynna ferma les yeux et les images du carnage lui revinrent à l'esprit. Quelques larmes roulèrent sur ses joues.

- Ça y est, je me souviens, affirma-t-elle d'une voix triste. Où est Ryo ?

- Au siège du gouvernement avec la police. Comment te sens-tu Nynna ? s'inquiéta son beau-père.

- Ça va, je vais mieux, assura celle-ci. Est-ce que je peux sortir de l'hôpital ?

- Je pense que oui, supposa le docteur. Le médecin t'avait placée en observation. Je vais faire préparer ta sortie et ensuite je te ramènerai au siège du gouvernement avec les militaires chargés de ta protection.

En entendant cela, Nynna pâlit et se mit à trembler.

- Est-ce que l'on ne pourrait pas aller ailleurs ? proposa-t-elle.

- De toute manière, c'est une scène de crime, indiqua Hans, je ne pense pas que vous puissiez y retourner.

Il se leva du lit et se dégourdit les jambes.

- Le seul problème, c'est que je ne vois pas où mon fils et ma belle-fille vont pouvoir être en sécurité, douta Ken. Il ne reste que nos bases spatiales, qui sont restées secrètes.

- Le chef du gouvernement ne peut pas quitter Amos, ce serait la panique, affirma Hans. Déjà que ce qui va être annoncé aux infos risque de beaucoup effrayer les gens.

- Tu as fait bâtir un nouveau château, n'est-ce pas ? l'interrogea Nynna en le regardant tristement.

- Tu veux habiter chez moi ? comprit Hans.

- C'est faisable ? s'enquit le docteur.

- Disons que cela demandera une certaine organisation pour qu'on ne se fasse pas griller mais on peut le faire, accepta Hans.

- Tu te sentirais en sécurité avec lui, Nynna ? l'interrogea le docteur d'une voix douce.

Elle opina du chef sans répondre.

- Et pour votre fils ? s'enquit Hans en regardant le médecin.

- Je ne sais pas, avoua celui-ci.

- Le château que j'ai fait bâtir est immense, il y a une aile réservée pour mes jumeaux où il y a ma chambre avec plusieurs autres. Elle est constamment surveillée par des sexaroïdes de sécurité. Je peux facilement prendre Nynna et Ryo sous mon toit avec quelques soldats pour un complément de sécurité, proposa Hans.

- Vous êtes sûr que les aristocrates ne tomberont pas sur eux ?

- Certain. Je vais dissimuler l'accès derrière une cloison isophonique. Tout le monde pensera qu'il s'agit d'un mur normal. Ensuite pour ce qui est de se rendre à l'assemblée interstellaire, il y a pas mal de passages secrets qui mènent à l'extérieur de la propriété. Ils pourront sortir sans problème.

- Merci, Hans, cela risque de vous faire des inquiétudes supplémentaires.

- Ne vous en faites pas pour ça, ça ira, soutint Harlock en souriant. Vous faites les papiers pour sa sortie ?

- J'y vais de ce pas, décida le docteur Kimura.

Il sortit et Nynna poussa un soupir de soulagement.

- Merci, Hans, je me sentirai plus en sécurité chez toi, avoua-t-elle avec lassitude.

Elle se leva et alla dans la salle de bain se faire un brin de toilette. Le docteur revint dix minutes plus tard alors que sa belle-fille était sous la douche. Il montra à Harlock le papier en souriant.

- Où sont garés les tout-terrains militaires ? s'enquit Hans auprès d'Elliott.

- Dans le parking souterrain. Ils sont équipés de vitres teintées, personne ne verra qui nous transportons. De plus, ils portent des plaques civiles et ils sont noirs. Personne ne peut savoir qu'ils sont en fait blindés. On les a repeints en urgence avant de venir, indiqua Elliott.

- Très bonne idée, le félicita Harlock.

- Je vous l'ai dit, j'ai fait du chemin depuis le temps où j'étais votre élève, capitaine, assura fièrement Elliott en lançant les clefs au capitaine. Passez par où vous êtes venu et montez directement dans le premier véhicule à gauche. Je vous rejoins avec Nynna et son beau-père.

Harlock lui sourit puis sortit discrètement dans le couloir après s'être assuré que celui-ci était désert. Il descendit rapidement et trouva les tout-terrains à proximité de la camionnette endommagée par les barrières du parking. Il entra côté passager et patienta quelques minutes. Il fut rejoint par le petit groupe. Nynna ainsi que son beau-père s'installèrent à l'arrière et Elliott prit le volant. Harlock entra les coordonnées GPS qui menait au passage qui permettait d'accéder discrètement à la propriété.

L'intégralité des terres du capitaine était entourée par une épaisse forêt et la propriété elle-même était entourée d'un haut mur d'enceinte sécurisé par des détecteurs de chaleur et de mouvements dissimulés dans le revêtement du mur. Ils n'étaient pas plus grands qu'une puce et étaient indétectables à l'œil nu. Lorsqu'ils furent à proximité, Harlock appuya sur le crâne agrafé à son col et la paroi glissa. Cette porte était invisible en temps normal et Elliott fut très surpris de voir le mur s'ouvrir en deux puis se refermer derrière eux lorsqu'ils s'engouffrèrent à l'intérieur. Ils continuèrent leur trajet à l'abri des regards indiscrets grâce à l'épaisse forêt. Nynna observait le paysage tristement. Elle repensait à l'assaut et toutes ces victimes innocentes massacrées. La fourberie des aristocrates étaient sans bornes ce qui l'écœurait profondément. Harlock l'observait grâce au rétroviseur. Nynna était très pale et semblait préoccupée. Il espérait sincèrement que d'être loin du siège du gouvernement l'aiderait à se remettre de cette terrible expérience. Ils arrivaient en vue de la propriété et Harlock appuya à nouveau sur le petit crâne. Un pan du mur d'une des ailes de la propriété s'ouvrit et ils arrivèrent directement dans le garage qui se trouvait sous l'aile ouest où ils seraient tous logés. Nynna descendit, aidée par son beau-père. Malgré son long sommeil, elle semblait épuisée. Harlock fit venir Eliasis qui identifia les nouveaux venus.

- Inclus aussi Elliott Grant dans les personnes autorisées, indiqua-t-il. Mon amie Nynna Kimura est souffrante, tu veilleras bien sur elle !

- A vos ordres, monsieur !

Il regarda du côté de Nynna qui lui fit un pâle sourire pour le rassurer. Harlock s'inquiétait vraiment pour le début de grossesse de la jeune femme. Elle devait à tout prix se détendre et ne plus penser à ce qu'elle avait vu. Il craignait fortement que tout ce stress ne finisse par provoquer une fausse-couche. Il les guida à travers le labyrinthe du château et les amena aux appartements où il comptait installer son couple d'amis. Il compta les chambres disponibles et se tourna vers le docteur Kimura.

- Où sont vos autres enfants à l'heure actuelle ? s'enquit-il, inquiet.

- En sécurité, Hans, assura le médecin. Ils ont quitté les planètes de la galaxie et sont dans une des bases secrètes.

- Parfait. Je pense qu'il serait mieux, docteur, que vous vous installiez aussi dans ma propriété. Ce serait mieux pour Nynna. Les aristocrates pourraient bien s'en prendre à vous aussi. De plus vous pourrez veiller sur elle, proposa Harlock.

- D'accord, accepta le médecin.

Il était touché que le capitaine prenne autant à cœur l'état de santé de Nynna et la sécurité de ses amis. Il entra dans la chambre avec Nynna. Celle-ci était spacieuse et confortable. Un élégant lit à baldaquin à l'ancienne trônait dans la pièce. Le décor était dans une très belle harmonie verte. Nynna regarda la chambre, admirant la luxueuse tapisserie moirée ainsi que le vaste lit qui semblait l'appeler. Elle alla s'allonger et s'endormit presque immédiatement. Harlock sourit, rassuré. Si Nynna parvenait à dormir ici sereinement, alors elle finirait par récupérer.

- Veillez bien sur elle, docteur, invita-t-il au médecin. Vous n'aurez qu'à prendre la chambre qui se trouve en face.

Il sourit avec douceur au médecin et sortit. Il prit son téléphone portable pour contacter Ryo. Celui-ci répondit presque immédiatement.

- Est-ce que tu en as encore pour longtemps ? l'interrogea-t-il.

- Je dirais environ une heure, je vous rejoins à l'hôpital très bientôt, affirma Ryo.

- On n'est plus là-bas. Nynna n'allait pas très bien moralement et elle a demandé à s'installer chez moi. Elliott Grant va venir te chercher et te mener auprès d'elle.

- Hans, c'est vraiment très gentil de ta part mais je ne sais pas si c'est une bonne idée, les aristocrates...douta Ryo.

- On s'en fiche ! soutint Harlock. Vous serez beaucoup plus en sécurité dans un endroit où ils ne penseront pas vous chercher et j'ai suffisamment de chambres pour loger ton escorte, ne t'inquiètes pas. Où est-ce que tu es ?

- Au commissariat, je réponds à un interrogatoire, indiqua-t-il, gêné.

- Chambers, hein ? se moqua Harlock. Elle était pourtant avec nous !

- Tu la connais ! sourit Ryo.

- Et comment ! s'exclama Harlock en riant.

- Tu ne voudrais pas la loger chez toi, elle aussi ainsi que ses amis ?

- Chiche ! plaisanta Harlock.

- C'est vraiment très gentil, capitaine, j'accepte avec plaisir ! se réjouit Chambers.

Harlock eut un hoquet de surprise.

- Oh zut, je suis désolé, s'excusa Ryo en ricanant. Comme j'étais en plein interrogatoire, j'ai mis le téléphone sur haut-parleur.

- Tu es un bel...

- ...Homme, le coupa Ryo en riant.

- Très bien, de toute manière, c'est juste le temps d'évacuer les cibles prioritaires et qu'ensuite les vaisseaux de la Résistance quittent la galaxie. Je pense par contre que je vais les installer dans une autre aile. J'ai assez subi d'interrogatoire de la part du commandant Chambers, sourit-il

- Ce fut un vrai plaisir, capitaine, affirma celle-ci en souriant.

- Non réciproque, commandant mais j'admire votre ténacité ! concéda-t-il en souriant.

Il raccrocha et regarda du côté d'Elliott qui lui fit un signe positif de la tête. Il acceptait d'aller récupérer Ryo et de le ramener en toute discrétion. Harlock décrocha sa mini radio en forme de crâne et la donna au jeune officier. Celui-ci la prit en souriant et s'en alla, escorté par Eliasis. Harlock poussa un soupir de soulagement. Il n'avait plus qu'à attendre le retour de Ryo.

Finalement l'absence de Ryo allait durer plus longtemps que prévu. Il y avait une réunion d'urgence à l'assemblée interstellaire et Chambers enregistra tous les témoignages. Elliott prévint le capitaine que Ryo ne serait de retour qu'à la nuit tombée et peut-être même plus tard.

Nynna se réveilla vers midi et il déjeuna avec Ken Kimura et sa belle-fille. Celle-ci n'avait pas beaucoup d'appétit mais le thérapeute assura qu'après un tel choc, c'était normal. Nynna se contenta d'une salade et de fruits accompagnés d'un grand verre de lait. Hans sachant qu'il ne risquait pas d'avoir de visite imprévue proposa à Nynna d'aller se détendre dans le jardin d'hiver. Celle-ci regarda, admirative, le lagon et ricana en voyant la grotte, se doutant de la raison de ce luxe. Elle se tourna vers Harlock.

- Vieille canaille ! se moqua-t-elle. Charmant, ton petit nid d'amour !

Harlock tourna la tête, embarrassé, et le docteur Kimura ne put s'empêcher de rire. Nynna finit par s'asseoir aux bords du lagon en regardant pensivement l'eau claire tout en se laissant bercer par le bruit de la cascade qui surplombait la grotte. Le docteur fit un signe de tête au capitaine et ils s'éloignèrent pour laisser Nynna se détendre tranquillement près de l'eau. Eliasis s'installa à proximité pour veiller sur la jeune femme. Nynna respirait profondément en essayant de faire le point. Elle tentait de se remémorer l'intégralité de cette tragique soirée et ce, même si les images violentes qu'elle revoyait dans son esprit lui faisaient mal au cœur.

Elle y passa la totalité de son après-midi. Elle ne pouvait faire le point complètement, les émotions beaucoup trop fortes l'empêchaient de réfléchir rationnellement. Elle retourna dans le salon et se décida à aller poser une question qui la perturbait. Elle trouva Hans et le docteur Kimura dans le salon. Les deux hommes faisaient eux aussi le point. Ils regardèrent vers elle et constatèrent qu'elle était beaucoup plus calme. Elle alla s'asseoir dans le canapé puis poussa un long soupir.

- Qui a tiré en premier ? s'enquit-elle s'inquiéta-t-elle. Toi ou Ellie ?

- C'est Ellie qui a lancé l'assaut mais en détournant l'attention des miliciens et de Svlotiania, indiqua Harlock.

- Donc elle a choisi de donner l'assaut sachant que ma vie était menacée, comprit-elle en se mordant la lèvre inférieure.

Nynna avait envie de pleurer.

- De toute manière, c'était la seule chose à faire, soutint Hans. Si Svlotiania avait pu t'emmener dans une de leurs caches, on ne t'aurait jamais retrouvée et il ne t'aurait jamais libérée en échange de la démission de Ryo. Je ne pense pas que l'idée soit de Svlotiania. Je pense qu'elle vient du duc de Péhant qui a pensé que cela lui permettrait de se venger de Ryo.

- Je comprends mais c'est quand même dur d'imaginer Ellie capable de sacrifier ses amis pour réussir sa mission, avoua Nynna en laissant couler ses larmes.

- Je suis vraiment désolé, Nynna, s'excusa Harlock tristement.

En constatant que les larmes de Nynna ne se calmaient pas, il décida qu'il était temps pour celle-ci de penser à autre chose qu'aux évènements de la nuit passée.

- Je dois aller récupérer mes jumeaux et les installer dans le château ce soir, est-ce que tu veux m'accompagner ? proposa-t-il en souriant avec douceur.

- J'en serai ravie, affirma-t-elle en essuyant ses larmes qui continuaient à couler.

- Vu que je dois faire une soirée d'inauguration officielle avec des gens qui commencent de plus en plus à me taper sur les nerfs, je pense qu'il serait bon d'en organiser une pour ceux qui comptent vraiment pour moi. De manière officieuse, bien sûr. Une sorte de réunion de famille qui nous permettrait l'espace d'une soirée d'oublier tout ce merdier, qu'est-ce que tu en dis ? suggéra-t-il en souriant.

- Je ne suis on ne peut plus d'accord avec vous, capitaine ! approuva le docteur se doutant de ce que le capitaine espérait en agissant ainsi.

Il fallait faire remonter la pente à Nynna pour qu'elle puisse se préparer à la suite des événements. Elle devait reprendre courage.

- C'est d'accord, accepta-t-elle. Tu veux l'organiser pour quand cette soirée ?

- Pourquoi pas pour dans trois jours ? sourit Harlock. Mes sexaroïdes peuvent tout à fait organiser un dîner d'ici là et on aura le temps d'inviter tout le monde.

Un sexaroïde en tenue de majordome entra.

- Le dîner est prêt, monsieur, annonça celui-ci en s'inclinant.

Nynna soupira. Elle n'avait pas faim et ressentait plutôt une envie de vomir lui monter à la gorge.

- Viens, Nynna, il faut que tu manges un peu, affirma le docteur Kimura en aidant sa belle-fille à se lever.

Il la soutint par la taille et ils allèrent tous les trois dans la salle à manger. Il était près de vingt et une heure lorsqu'Elliott Grant arriva enfin avec Ryo. Nynna en voyant son mari se leva du canapé et se jeta dans ses bras en pleurant. Le jeune informaticien la serra de toutes ses forces contre lui pour la réconforter. Les sanglots de Nynna étaient forts et violents. Ryo déposait des baisers sur sa joue et sur son cou en espérant les calmer mais ce fut long avant qu'elle ne puisse se ressaisir. Chambers, son équipe et le chef Patrick attendaient sagement en retrait. Ann-Lynn savait qu'elle aurait à enregistrer le témoignage de Nynna mais cela ne pressait pas, celle-ci n'était guère en état de répondre à la moindre question. Lorsque Nynna se calma enfin, elle s'éloigna de son mari et celui-ci essuya ses larmes avec un mouchoir en lui souriant avec douceur. Elle se sentait bien. La douceur et la chaleur des mains de son mari la réconfortaient. Les deux époux se regardèrent et le regard doux et profond de son mari rasséréna Nynna qui lui sourit tristement. Ryo se doutait du cauchemar que sa femme avait vécu et il espérait que d'être dans ce nouveau milieu lui ferait du bien. Il savait qu'il pouvait confier Nynna à Hans, qu'avec lui elle serait en sécurité. Elliott observait tout cela en serrant les poings. Il était en colère après les aristocrates dont les méthodes écœurantes lui donnaient envie de rendre œil pour œil et dent pour dent. Nynna qui avait toujours été si forte était complètement anéantie. Elle était devenue si fragile qu'elle ne pourrait plus offrir le soutien sans faille qu'elle offrait à son mari depuis que celui-ci avait choisi de se battre pour installer la démocratie.

- Je vais aller ce soir avec Hans, récupérer ses jumeaux pour les installer au château, annonça-t-elle.

- Es-tu certaine d'être en état de…,douta Ryo.

- J'en ai besoin, mon amour ! affirma celle-ci. Je veux aller chercher les enfants d'Ellie pour qu'ils soient en sécurité avec nous ! Je vais me préparer !

Nynna quitta le salon pour se rendre dans sa chambre afin de se rafraîchir le visage. Une fois son épouse sortie, le visage de Ryo pâlit brusquement et devint grave. Ken s'approcha de son fils et le serra dans ses bras. Il fit poser la tête de son fils sur son épaule en lui murmurant.

- Ça va aller, mon fils…

Les larmes de Ryo se mirent à couler. Ce qu'il avait vu l'avait bouleversé et le soutien de son père lui faisait du bien. Ses pleurs étaient silencieux mais sa souffrance pouvait être ressentie par toutes les personnes présentes. Ryo respira profondément. Son père lui caressait la tête pour le réconforter et il se dit qu'il avait de la chance de l'avoir encore à ses côtés pour supporter tout cela, ce qui n'était pas le cas d'Harlock qui, depuis l'âge de sept ans, devait se débrouiller seul. Il se calma et releva la tête. Il essuya ses pleurs en s'éloignant de son père. Il alla vers le capitaine qui le regardait avec inquiétude.

- Oh non, pitié ! Pas ça ! se lamenta Hans en plaisantant.

Ryo fit fi de cette remarque et serra le capitaine dans ses bras.

- Merci d'avoir récupéré Nynna et d'avoir veillé sur elle ! s'exclama-t-il.

- C'est vraiment une manie chez toi, le câlin ! râla Harlock faussement gêné. Je t'ai déjà dit que pour ce genre de chose, je préférais que ce soit ton épouse qui vienne m'en faire…

Ryo rit légèrement et s'éloigna du capitaine qui lui souriait avec douceur. Alors qu'il se reculait, il vit Nynna qui le regardait, soupçonneuse, en faisant la moue.

- Il me semblait t'avoir dit que je ne voulais plus sentir son parfum sur toi, se plaignit-elle en faisant un clin d'œil à son mari.

- Pardon, j'ai encore oublié, s'excusa Ryo en souriant.

- Ce ménage à trois cela ne va pas le faire, mon amour, plaisanta Nynna. Tu viens, Hans, on va récupérer tes gamins !

Etrangement, Nynna avait réussi à reprendre un peu du poil de la bête, ce qui fit sourire les deux hommes. Hans rejoignit Nynna, la prit par la taille et fit un clin d'œil à Ryo en regardant par-dessus son épaule. Nynna le suivait en toute confiance et fut très surprise de voir qu'il l'emmenait dans sa chambre. Nynna eut un moment d'hésitation en se retrouvant dans le lieu de repos du capitaine et commença à s'inquiéter en voyant Eliasis. Harlock appuya sur sa mini radio en forme de crâne et un pan du mur coulissa pour permettre l'accès au souterrain qui menait au garage. Nynna poussa un soupir de soulagement, ce qui fit rire Harlock.

- Tu as vraiment cru que je pousserai la plaisanterie aussi loin ? se moqua Harlock en riant.

- Sait-on jamais avec toi ! se vexa Nynna.

Eliasis passa la première et Harlock fit signe à Nynna de passer. Ils arrivèrent rapidement en descendant un escalier en colimaçon à l'endroit où étaient entreposées les voitures. Harlock choisit une voiture toute simple qui n'attirerait pas l'attention et ils filèrent à travers la propriété puis les collines qui dominaient la ville où se trouvaient toutes les luxueuses propriétés aristocratiques. Harlock prit ensuite la direction de la ville qu'ils traversèrent rapidement pour filer vers le sud. Toshiro, grâce au satellite militaire, suivait leur périple et s'assurait qu'ils n'étaient pas suivis. Ils arrivèrent à la ferme de Nann et Harlock coupa les feux avant de remonter le chemin de terre qui menait au corps de ferme. La lumière de la grande cuisine était allumée. Nann avait préparé les affaires des enfants ainsi que leurs jouets. Elle s'était ensuite installée près de la table tout en buvant un chocolat chaud et alors qu'elle suivait les informations d'Amos One présentées par Cathy Malone, ses mains se mirent à trembler en apprenant les tristes évènements de la veille. Lorsque Nynna passa le pas de la porte de la cuisine, Nann se leva précipitamment pour la serrer dans ses bras. Hans alla éteindre la télévision où les informations passaient en boucle. Il ne tenait pas à ce que Nynna revoit le carnage à la télévision.

- Je suis tellement soulagée de te voir ! s'exclama Nann, émue. J'ai eu tellement peur ! Je n'ose imaginer la réaction de Ryo s'il t'avait perdue !

- Je vais bien, Nann, rassures-toi ! affirma Nynna. Je ne vais pas laisser ces salopards m'abattre si facilement. Je vais tenir pour Adrian et tous ceux qui sont tombés ! Où sont les petits de Hans ?

- Je les ai installé dans le salon, ils ont dû s'endormir, cela fait tard pour eux ! indiqua Nann en souriant.

Nynna lui rendit son sourire et alla rejoindre Hans qui avait déjà filé rejoindre ses enfants. Ils étaient endormis sur le canapé, habillés chaudement. Hans avait déjà commencé à emmener les affaires de ses enfants qu'il plaça dans le coffre avec les valises de Nann. Les deux femmes prirent chacune un enfant en faisant attention de ne pas les réveiller et elles allèrent à la voiture. Alors qu'elles s'apprêtaient à monter, Nann regarda une dernière fois l'ancienne demeure familiale. Elle ne savait pas si elle la reverrait un jour et cela lui faisait mal au cœur. Hans ferma le coffre et s'approcha de la nourrice de ses enfants.

- Tu as pris tout ce qu'il te fallait, Nann ? s'enquit il en murmurant tout en caressant le front de son fils qui dormait paisiblement au creux des bras de la jeune femme.

- Oui, capitaine, affirma-t-elle en lui souriant tristement.

Elle alla rejoindre Nynna à l'arrière de la voiture. Hans prit le volant. Ils descendirent lentement l'allée puis Harlock fila vers la ville. Nann regardait le petit Franck qui dormait en souriant comme un ange. Elle soupira de tristesse. Tous les anciens membres de la Résistance allaient se retrouver contraints à l'exil avec leurs enfants. Elle espérait fortement qu'ils auraient plus de chance que les familles des politiciens du Consortium et que le capitaine disposait bel et bien de plans susceptibles de les aider à trouver une planète accueillante.

Arrivés au château, les petits furent installés dans la nurserie. Nann, épuisée, alla se coucher tandis qu'Harlock resta un long moment à regarder ses enfants dormir, observé par Nynna qui le vit mettre en route le baby phone avant d'aller se coucher. Même s'il y avait Nann pour veiller sur eux, Hans tenait à être là si ses enfants se réveillaient en pleine nuit à cause d'un mauvais rêve. Il avait été privé si longtemps d'être présent pour ses enfants qu'il tenait vraiment à pouvoir s'occuper d'eux à présent qu'il les avait enfin sous son toit. Il déposa un baiser sur le front de ses enfants puis sortit.

Non loin de là, Ellie et ses amies avaient regardé la télévision et appris ainsi le lien existant entre les aristocrates et le Consortium. La journaliste ne l'évoqua pas, indiquant juste que chaque tueur portait un bien étrange tatouage qu'Ellie reconnut immédiatement. Elle apprit aussi le décès de son amie alors qu'elle savait que celle-ci avait été récupérée par Hans et qu'elle devait être en sécurité. Ellie se doutait que le but était d'assurer la protection de Nynna de manière efficace et d'empêcher toutes nouvelles tentatives de meurtres. La journaliste affirma que celle-ci avait été tuée lors de la mystérieuse attaque du siège du gouvernement. En réfléchissant au lien entre le Consortium et les aristocrates, Ellie n'arrivait pas à croire que son père avait été capable d'avoir autant de coups d'avance. En théorie, les troupes d'élite du Consortium étaient certes chargées des assassinats politiques mais surtout d'assurer la sécurité des hauts fonctionnaires de l'Etat et donc d'Aristote Zone lui-même. Le fait que ses troupes soient brusquement réapparues alors qu'elles avaient quitté la galaxie avec les autres militaires ainsi que les responsables politiques laissaient à penser que les aristocrates collaboraient avec le Consortium ou tout du moins une partie d'entre eux. Ellie, qui avait à nouveau la possibilité d'accéder à chacun de ses souvenirs, réunit toutes les informations dont elle disposait sur Von Kiel. Il avait toujours gardé ses distances. Il avait accepté de collaborer avec le Consortium mais dans le seul but de récupérer des fonds pour mettre en place son grand projet qui avait dû être mis en chantier dès que la Résistance avait commencée à créer des problèmes au Consortium et Gaia. Ce qui expliquerait l'abondance de vaisseaux ainsi que les appareils fournis aux exilés. Cela faisait des années que Von Kiel attendait son heure et il n'avait certainement pas envie de partager le pouvoir avec les anciens collaborateurs de Gaia. Le souverain ne devait donc pas savoir que ses assassins étaient en fait des hommes du Consortium. Quelqu'un avait donc embauché ces gens à son insu.

Les trois femmes regardaient les informations en boucle et se doutaient de la raison qui poussait Ryo à tout balancer à la presse.

- Il faut croire que tout est perdu, comprit Ann en soupirant.

- On savait très bien qu'on avait très peu de chance de les arrêter, rappela Ellie. J'espérais juste que Ryo avait plus de munitions que nous pour les détruire mais avec la flotte dont il dispose, le compte est vite fait. Maintenant, il faut trouver qui est susceptible de diriger leur flotte à part Svlotiania.

- D'après les dossiers que j'ai, aucun des élèves qui se trouvent actuellement en fin d'étude à l'académie militaire n'a les capacités. Alors j'ai fouillé dans les anciens. Il y avait bien un élève brillant voire même exceptionnel à l'académie fut un temps. Celui-ci n'a jamais mené la moindre troupe du Consortium alors que celui-ci lui aurait fait un pont d'or. Il ne pouvait pas car toute sa communauté était contre, indiqua Sandy.

- Un aristo donc, comprit Ellie. Qui ?

- Oscar de Péhant, affirma Sandy.

- Notre cible. Décidément ce gars est plein de surprises, ricana Ellie. Si on arrive à l'éliminer qui reste-t-il ?

- Sûrement plusieurs autres soigneusement planqués, soutint Sandy avec un sourire crispé sur le visage.

- Je ne comprends pas les réticences de Hans à éliminer ce salopard, râla Ellie.

- Et si tu lui téléphonais pour lui demander ? ironisa Ann. Maintenant que tu sais qu'il est innocent, vous pourriez faire la paix.

- Et le mettre en danger ? s'indigna Ellie. Hors de question !

- Tu es sûr que ce n'est pas parce qu'autre chose te tracasse, douta Ann. J'ai entendu ce que tu as dit à Isabelle Von Kiel sur l'infidélité du capitaine de l'Arcadia. Je te connais assez pour savoir que tu as dû mentir un minimum pour que ton histoire soit convaincante. Ce ne serait pas plutôt la colère qui te tiendrait éloignée de lui ?

- Qu'est-ce que tu veux savoir au juste ? l'interrogea Ellie.

- Qu'est-ce qui est vrai dans ce que tu as dit à Isabelle Von Kiel ?

- Tout, affirma Ellie glaciale. Lorsque j'ai découvert la vérité sur Hans, j'ai commencé à faire mes recherches et découvert beaucoup trop de choses. Je sais que comme le duc de Péhant en avait après ses fesses, Hans est devenu trop proche de lui et ce, malgré ce que ce salopard lui avait fait, dans le but de pouvoir infiltrer plus facilement l'aristocratie. Je sais aussi qu'il a été grillé par Trash TV et que, pour pouvoir prouver à toute la galaxie qu'il n'avait pas ce genre de tendance, ils ont étalés en place publique toute sa vie sexuelle. J'ai ainsi découvert qu'alors qu'il était en couple avec Mimée, monsieur allait voir ailleurs…

- Tu ne penses pas que tu devrais relativiser, conseilla Sandy. Je veux dire que je comprends ta déception mais tu m'as bien dit que cette Mimée était une descendante de Jura, non ? Donc sa morphologie fait qu'elle n'aurait jamais pu faire l'amour avec lui. Un homme a des besoins et c'est peut-être pour cela qu'il est allé voir ailleurs….

- Il ne pouvait pas se contenter de sa main droite ? grinça Ellie.

- Je crois que le contact avec une femme avait dû lui manquer, supposa Sandy. En plus, il en a sauté combien pendant cette période ?

Ellie donna sa tablette numérique à Sandy. Celle-ci fit le décompte.

- Franchement, ce n'est pas énorme, commenta Sandy. Au mieux, il devait s'envoyer en l'air une fois par mois !

- Il y a trois cent vingt-deux journaux, Sandy ! cracha Ellie.

- Certes, mais très peu correspondent aux dates que tu m'as données, affirma celle-ci en lui rendant la tablette.

Ellie regarda à nouveau la liste et remarqua que c'étaient très souvent les mêmes femmes, ce qui, au final, ne représentait qu'un nombre très restreint d'élues, toutes triées sur le volet. Il y avait une chasseuse de prime, Sylviana Forrest et une dizaine d'autres.

- Ça alors, c'est étrange, nota Ellie.

Elle regarda les dates des autres journaux et pâlit en comprenant la situation. Les trois cent autres journaux dataient d'après sa rupture avec Mimée. Ellie, jusqu'à présent avait refusé de les lire, car elle ne voulait pas entacher ses tendres souvenirs avec les appétits lubriques d'autres femmes qui avaient bénéficié des faveurs de Hans. Elle ouvrit un journal datant d'un mois après sa rupture avec Mimée et les commentaires allaient bon train. Harlock, auparavant avait toujours repoussé celles qui lui faisaient des avances puis, brusquement, il se laissait séduire très facilement et accordait ses faveurs à la première venue. Le journal de Nuriana Finn était clair, Ellie put y lire :

- Je n'arrive pas à croire à ce qu'il s'est passé, la nuit dernière. Le fier et arrogant capitaine de l'Arcadia a du plomb dans l'aile depuis que Mimée l'a largué. Un homme comme lui ne m'aurait jamais prêté la moindre attention auparavant. J'étais à ses yeux une fille facile aux mœurs légères mais monsieur a dû comprendre son erreur. Il était au bar de Westland, hier soir, à vider verre sur verre. Je ne l'avais jamais vu picoler autant. En tout cas, ça a du bon, cela m'a été très facile de le séduire et de le mettre dans mon lit. Franchement, quelle nuit ! Cet homme est chaud comme la braise. C'est un vrai volcan en éruption au lit, très doué et insatiable. J'ai grimpé aux rideaux une bonne partie de la nuit…

Ellie arrêta sa lecture et passa à la soirée du lendemain.

- Dommage, je suis arrivée trop tard, hier soir, et mon bel étalon borgne a filé avec Oxana Banks ! Il devait être particulièrement bourré car il l'a suivi bien docilement et pourtant celle-ci ne casse vraiment pas des briques. »

Ellie arrêta sa lecture et passa au journal suivant. Toutes donnaient la même image du capitaine de l'Arcadia. Un homme déboussolé depuis sa rupture avec Mimée. Des larmes se mirent à couler sur ses joues. De quel droit ces monstres le salissaient ainsi ? C'étaient elles qui avaient eu le toupet de profiter de la situation. Ellie était écœurée. Elle aurait tant voulu être là pour l'empêcher de se fourvoyer comme cela et le ramener sagement à bord pour éviter que ces êtres se servent de lui de cette façon. Elle comprenait mieux les inquiétudes de Kei lorsque celle-ci avait appris que beaucoup de femmes s'amusaient à le draguer lorsqu'il allait récupérer Ellie en discothèque ou lorsqu'il avait été rencontrer les responsables de la Résistance. Kei devait être au courant de toutes ces coucheries et devait certainement s'inquiéter pour lui. Ses amies comprirent qu'il devait y avoir un grave problème pour qu'Ellie se mette à pleurer de cette façon. Ann soupira. Elle espérait vraiment qu'Ellie arrive à se réconcilier avec l'homme de sa vie et puisse un jour reprendre une vie normale. Mais cela ressemblait plus à un doux rêve qui n'arriverait jamais. Elle était certaine pourtant qu'il serait bon pour les deux amants de mettre carte sur table et de faire la paix.

« Qui sait ? Peut-être qu'un jour, cela arrivera, pensa Ann. Après tout, tout est perdu, les Résistants vont être soit massacrés soit condamnés à l'exil. Ce serait bien si Ellie finissait par pouvoir rejoindre ceux qu'elle aime. »