Chapitre 39 : L'assaut
Toshiro, après avoir posé l'Arcadia dans sa cachette naturelle, poussa ses capteurs au maximum de leur capacité afin de s'assurer qu'aucune visite impromptue ne viendrait les déranger. Harlock, assis dans son fauteuil de capitaine avec ses petits jouant à ses pieds, regardait la vidéo montrant le parcours d'Ellie et de ses amies vers la capitale. Elliot Grant observait les mouvements des trois femmes et s'intéressa beaucoup à la jeune Mazone.
- Est ce que vous avez plus d'infos sur cette Sandy Brooks ? s'enquit Elliot.
- Pourquoi ? Tu la trouves à ton goût, Elliot ? se moqua gentiment le capitaine qui connaissait parfaitement l'inclination sexuelle du jeune gradé.
- Les femmes ne m'intéressent pas, vous le savez bien, capitaine, sourit le jeune homme. C'est juste que les mouvements de cette femme me font penser à ceux des recrues rodées aux missions secrètes.
- Sandy faisait partie des troupes d'élite de Sylvidra. Elle a choisi de trahir sa reine après l'assassinat de son père, indiqua Harlock d'une voix grave. Je l'ai croisé dans le palais de la reine des Mazones. Cette gentille gamine, pensant que j'étais sous nanos, a essayé de me kidnapper pour m'aider à m'évader du palais de Sylvidra.
Harlock sourit en voyant les policiers le regarder, bouche bée.
- Je sais, ça peut paraître étrange qu'une Mazone veuille sauver un humain de la captivité, mais tout comme Kurt Wilson, elle était très liée à son père qui s'était très bien occupé d'elle, lui donnant toute l'affection et l'attention dont elle avait besoin.
- Elle n'est pas une Mazone défaillante ? s'étonna Ann-Lynn.
- Non, affirma Harlock. Elle a choisi consciemment de trahir sa reine après que celle-ci ait trahi sa promesse et fait tuer la seule famille qu'elle avait. Dis-moi Elliot, la formation d'Ellie par le général Martin allait jusqu'où ?
- Pas aussi loin que ce qu'elle sait faire à l'heure actuelle. Je pense que sa copine Mazone a dû la former, que ce soit au combat ou aux explosifs. Au tir, par contre, votre nana était très douée, surtout pour atteindre les cibles en pleine tête. Le général tenait à éviter que Ryo et Ellie ne se fassent surprendre par une cible qu'ils n'auraient que blessée alors il leur a conseillé de tirer pour tuer.
- Pardon ? s'étonna Ann-Lynn.
- Je sais c'est étrange d'imaginer Ryo avec sa gueule d'ange en tueur, mais croyez-moi, il en est parfaitement capable, soutint le militaire. Il a fait un choix quand le capitaine est parti et sous les conseils d'Ellie, ils ont mis toutes les chances de notre côté. Dire qu'on pensait avoir gagné !
- On fout le Consortium dehors par la grande porte et il entre par la fenêtre, plaisanta Hans. C'était couru. Ryo savait qu'il y avait un risque mais on ne pouvait pas courir deux lièvres à la fois, on aurait fini droit dans le mur. Dommage que les gens aient été si naïfs.
Toshiro, ayant perdu les filles une fois qu'elles furent en ville, montra une représentation holographique de la cité où était indiqué l'endroit où se trouvaient les différentes cibles.
- Connaissant les filles, elles vont commencer par le repérage, affirma le chef de la police. On va donc les suivre et les laisser faire.
- Pardon ? s'énerva Harlock.
- Capitaine, le raisonna Elliot. Elles sont là pour combattre tout comme nous. Faites-moi confiance, elles sont tout à fait capables de s'en sortir.
- Je ne mets pas en doute leur capacité, c'est juste que je ne veux pas qu'elles le fassent, gronda Harlock.
- Hans, on a besoin de leur aide, insista le chef de la police. Je sais que l'idée ne vous plait pas mais vous devez faire confiance à Ellie, elle saura le faire.
- La dernière fois où je l'ai laissé agir à sa guise, elle a failli mourir à cause d'une explosion ! ragea Harlock sans hausser la voix pour ne pas inquiéter ses jumeaux.
- Je sais que c'est une décision difficile à prendre et qui vous déchire les entrailles, capitaine, mais dites-vous que là, elles ne sont pas seules. Nous sommes là pour couvrir leurs arrières, affirma le chef. On ne peut pas se passer de trois combattantes de leur envergure.
- C'est de la mère de mes jumeaux dont on parle ! gronda à nouveau le capitaine. Tu en penses quoi, Nynna ?
La jeune femme, prise au dépourvu, ne savait que répondre. Son cœur lui sommait de récupérer son amie sans la laisser prendre le moindre risque mais son cerveau lui rappelait que l'idée du chef de la police était loin d'être mauvaise.
- Je ne sais pas, balbutia-t-elle, en regardant vers Harlock et les jumeaux, angoissée. Si on choisit de la laisser faire, est-ce que tu penses que tu arriveras à la récupérer ? Car cela équivaudra à te battre contre elle…
- Je n'en sais rien, avoua Harlock. Je n'ai jamais eu à l'affronter.
- Voilà ce que je propose. Vu que l'on sait à qui elles vont s'en prendre, on espionne les espionnes, soumit Elliot en souriant. Ensuite, on suit leur intervention. Si on sent que cela tourne au vinaigre, on les capture.
- C'est vraiment risqué, se désola Harlock en regardant ses jumeaux qui lui faisaient de grands sourires. Je n'ai aucune envie que les mains d'Ellie continuent de se couvrir de sang. Toshiro devra les suivre au maximum, bien que je pense qu'elles ont probablement des appareils destinés à brouiller leurs traces. Nynna, tu te chargeras des communications. Vous venez avec nous, Nann. Vous vous chargerez du micro de Ryo qui permet d'écouter tout ce qu'il se dit à des kilomètres à la ronde. Je me demande comment Ryo a pu mettre ça au point, d'ailleurs.
- Il n'a jamais voulu me dire comment il avait fait, affirma Nynna. Tout ce que je sais, c'est que ça marche du tonnerre. On n'a plus qu'à attendre la nuit. Ne t'inquiète pas, Hans, je m'occuperai de tes bouts de chou pendant l'intervention.
Harlock se prépara en mettant une tenue près du corps complètement noire en cuir. Il n'y avait pas dessus le signe distinctif des pirates. Elle montait très haut sur sa gorge. L'ensemble le rendait très impressionnant que ce soit au niveau de son physique ou de son charisme, renforcé par cette tenue. De leur côté, Ann-Lynn et les autres policiers optèrent pour des pantalons et des sous pull noirs complétés par des gants en cuir de la même couleur. Ann-Lynn, pour éviter d'être repérée à cause de la blondeur de ses cheveux, les cacha sous un bonnet en laine noire. Harlock pilota le petit vaisseau qu'il mit sous bouclier occultant et se posa dans un des parcs de la ville. Celui-là même où son fils avait caché le matériel pour s'échapper. Nann mit immédiatement le micro en marche. Nynna commença à isoler les sons, à les enregistrer sur une vingtaine de pistes séparées qu'elle étudiait avec l'aide de Toshiro pour parer à toute éventualité. Le petit groupe explora les environs pendant que Toshiro espionnait le building où se trouvait le quartier général d'Oscar de Péhant. Il fouillait chaque toit avoisinant et chaque ruelle à la recherche des trois fugitives. Il repéra des tueurs placés sur les toits chargés de protéger la zone. Harlock décida d'aller faire un petit tour sur les toits. Ils se faufilèrent jusqu'au premier immeuble qui se trouvait face au salon de la suite occupée par Oscar. Ils descendirent vers le parking souterrain. La grille de fermeture était baissée. Nann sortit la tablette qu'elle relia au clavier numérique. Le logiciel ne tarda pas à décoder le système. Nann fit se lever les grilles le moins possible juste de quoi passer accroupi. Le système étant très bruyant, il valait mieux limiter ses mouvements. La grille fut baissée tout de suite après leur passage. Nann repéra les caméras de vidéo surveillance. Elle entra dans le système de sécurité mais, n'étant pas au faite de toutes les nouvelles technologies, elle contacta Nynna.
- J'ai un problème, est ce que tu pourrais m'aider à contrôler les caméras ?
- Attends une minute, j'entre dans ta tablette numérique. Ryo a créé un logiciel très sympa qui devrait nous permettre de passer totalement inaperçu, annonça Nynna en pianotant furieusement. Ellie s'y connaît dans ce genre de truc ! Avec moi, ça va prendre un peu de temps….Ca y est !
Nann vit le film des caméras arriver sur sa tablette. Le système recevait une minute d'images en boucle montrant une zone déserte. Le groupe pressa le pas. Les policiers sortirent leurs armes équipées de silencieux et passèrent devant. Ann-Lynn fit signe à ses collègues qu'il y avait trois hommes qui montaient la garde. L'équipe du commandant Chambers se partagèrent les cibles et fit feu, abattant les trois hommes dans une coordination parfaite. Harlock vit alors un autre garde surgir de l'ombre et tenter de prendre à revers le commandant Chambers. Il se faufilait entre les voitures. Harlock le contourna. Une fois qu'il fut à sa portée, d'un geste rapide, il lui brisa les cervicales. Le gardien s'effondra sur le sol, les yeux grands ouverts juste derrière Ann-Lynn Chambers qui se retourna, surprise, l'arme au poing. Harlock se pencha sur le cadavre, releva les manches pour trouver le fameux tatouage. Il sortit alors une seringue de sa poche et préleva un peu de sang qu'il donna à Nann pour qu'elle le rentre dans l'analyseur. Le résultat arriva quelques secondes plus tard.
- C'en est un, capitaine, indiqua Nann.
Harlock fit le même prélèvement sur les trois autres tueurs et obtint le même résultat. Il fit signe à Nann, qui fouilla les corps pour récupérer les papiers d'identité.
- Pourquoi prenez-vous les papiers ? s'étonna Ann-Lyn en murmurant.
- Pour pouvoir faire des recherches sur eux. On a besoin d'un maximum de renseignements et Ryo, en entrant leur nom dans les bases de données interstellaires, pourrait trouver des trucs intéressants.
- A quoi pensez-vous exactement ? insista Ann-Lynn.
- Que ces gars ont surgit de nulle part. Je pense qu'ils n'ont jamais quitté les anciens territoires du Consortium, attendant sagement un ordre. Il n'est pas impossible que beaucoup de meurtres soient liés à ces gens, notamment certains particulièrement sanglants. Même si on n'a pas tous les noms, on pourra peut-être tous les identifier en remontant les pistes. Si on fournit tous les noms à Von Kiel, il pourra peut-être les faire éliminer pour diminuer les forces disponibles du côté de de Péhant et Zone.
- Sauf si on arrive à se débarrasser de ces deux salopards nous-même, s'impatienta le chef de la police. Et de toute manière, cela doit représenter des milliers de personnes.
- Misez plutôt sur des centaines de milliers de personnes, chef Patrick ! sourit Harlock. Il faut tout tenter, on s'était mis d'accord, non ? Qui plus est, je suis certain qu'il y en a de planqués sur les territoires encore sous régime démocratique et au sein même des soldats au service de Von Kiel et de ses alliés, histoire de créer un début de mutinerie incontrôlable une fois qu'Oscar aura décidé d'éliminer son rival et de prendre le pouvoir. C'est ce que me laisse à penser l'enregistrement que nous a donné Ellie. Les vaisseaux et les troupes de Von Kiel sont d'ores et déjà parasités et seront à la merci d'Oscar dès que celui-ci en donnera l'ordre.
Les policiers regardaient le capitaine de l'Arcadia, bouche bée. Cet homme pensait à tout. Nynna qui écoutait toute la conversation, sourit de satisfaction. Harlock était une perle, un atout majeur pour la liberté et la démocratie. Le plan d'Ellie permettrait peut-être de le sauver.
- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression que vous avez déjà connu ça ? s'étonna le chef Patrick.
- Lorsque je me suis battu contre les Mazones, il y a très longtemps de cela, elles avaient usé de cette méthode et avaient bien failli gagner. Le gouvernement de l'époque complètement abruti n'avait jamais fait le lien entre les Mazones et le meurtre de centaines de personnes, préférant me mettre ces crimes sur le dos. L'atout que l'on a aujourd'hui, contrairement à cette époque, ce sont les Résistants et leurs leaders comme Ryo Kimura qui ont pris le pouvoir. On n'arrivera peut-être pas à sauver la démocratie dans la galaxie mais peut être l'humanité. Pour la démocratie, ce ne sera que partie remise. Est-ce que le micro donne quelque chose, Nynna ?
- Pour l'instant, à part votre petit groupe et les tueurs, je n'ai rien enregistré.
- Dis-moi, il peut bien passer à travers les murs ?
- En théorie oui, Ryo l'a déjà testé dans ce sens mais il ne garantit rien car il dit que cela peut varier selon la constitution de la cloison.
Ils se dirigèrent ensuite vers les ascenseurs. Nann brancha sa tablette sur le clavier pour permettre à Nynna de pirater la programmation de l'appareil et ainsi amener tout le monde au dernier étage de la tour sans aucun arrêt à un étage quelconque. Une fois l'ascenseur au sommet, elle le bloqua quelques minutes pour laisser le temps au groupe de passer par les conduits de ventilation et d'évacuation d'air. Comme tous les appareils de contrôle de la tour étaient en réseau, elle coupa la ventilation pour que l'équipe puisse avancer tranquillement. Les policiers démontèrent la grille. Harlock sortit son cosmodragoon. Il le régla en mode silencieux puis descendit le premier sans faire de bruit. Toute l'opération devait se faire en totale discrétion pour limiter le risque de se faire repérer. Il y avait huit gardes sur le toit, alignés en rang d'oignon le long du muret de sécurité. Du fait qu'il était passé en mode silencieux, l'arme du capitaine perdait en puissance. Il pourrait facilement transpercer trois hommes mais guère plus. Il fit signe au reste du groupe qui se répartit les cibles à abattre. Les policiers et Nann se glissèrent discrètement derrière cinq gardes à bonne distance tandis qu'Harlock les contournait par leur gauche en se cachant derrière une bouche d'aération. Il visa la tête du premier tueur et espéra qu'aucun d'eux n'aurait la mauvaise idée de tourner la tête. En visant les tempes, il était certain de pouvoir de pouvoir transpercer trois crânes. Nann envoya à Nynna un message écrit par sa tablette lui demandant de se charger du décompte pour le tir.
- Très bien, accepta Nynna. Est-ce que tout le monde est prêt ? Taper une fois sur vos micro-casques pour me dire oui et deux fois pour non. Nann…Okay, Chef Patrick…Okay, Lieutenant Mitchell …Okay, lieutenant Aoki...Okay, commandant Chambers…Okay et enfin Hans...Okay. Vous tirez à un. Trois, deux, un !
Nynna entendit six balles partir. Harlock soupira de soulagement en constatant qu'il avait fait mouche sur les trois cibles puis il vit que l'un des tueurs allait basculer dans le vide. Il quitta sa cachette et se jeta sur lui, le rattrapant juste au niveau de la ceinture. Il le tira vers le toit et le corps tomba lourdement sur le sol. Il jura copieusement. Tout le petit monde s'accroupit alors sur le toit regardant avec anxiété vers le salon du duc. Les tentures étaient tirées. Nann déploya le micro et ce qu'ils entendirent à travers leur casque les embarrassa quelque peu.
- C'est une sacrée chienne, celle-là ! s'exclama Aristote Zone.
- Et comment ! Un membre dans ces deux trous à plaisir et madame en redemande ! se réjouit Oscar. Je suis obligé de lui donner un doigt à sucer pour la calmer ! On aurait dû prendre un troisième partenaire !
- Crois-moi, une fois qu'on en aura fini avec elle, elle sera calmée ! N'est-ce pas, docteur Baudouin ?
- Trêve de bavardages ! Allez-y plus fort, gémit la mystérieuse femme.
Nynna rougit comme une tomate en entendant l'intégralité des jeux pervers de ces deux libertins. Harlock, se doutant qu'il y en avait encore pour un bon moment, prit des lunettes à vision nocturne et commença à observer les toits environnants. Il vit d'autres tueurs mais en aucune façon la présence d'Ellie et de ses amies.
- Où est ce que tu te caches, Ellie ? murmura-t-il.
- Elle a peut-être déjà fait son repérage, s'inquiéta le lieutenant Mitchell.
- Faut espérer que non, souhaita Harlock. Nynna, entre le nom du docteur Baudouin dans l'ordinateur. Ryo m'a donné tous les fichiers dont il disposait sur le Consortium.
- J'y vais, accepta-t-elle en entrant le nom. Nadège Baudouin, quarante-deux ans, chercheur en génétique comme moi, diplômée de la plus grande université du Consortium, entrée au service du gouvernement dès son diplôme obtenu dans le service des maladies virales, infectieuses et génétiques. Elle a disparu lors de la chute du Consortium.
- Quelque chose me dit que Zone est en train de s'amuser avec un des chercheurs qui a mis au point l'hybridation partielle, en conclut Hans.
- Il prendrait le risque de coucher avec ? s'étonna Nynna. J'ai autre chose, Hans. Elle était mariée à un professeur de Mathématiques qui enseignait à l'académie militaire, Pierre Baudouin, contraint à l'exil avec son fils et sa fille. Cette salope a abandonné son mari et ses gosses pour devenir une hybride génétique et entrer au service d'Aristote Zone. Ca me dégoûte ! Comment peut-on faire cela ?
- Tu oublies les problèmes psychologiques occasionnés par l'hybridation, sans compter l'appétit sexuel décuplé, rappela Hans. Je commence à me dire qu'ils ne se sont rendus compte des problèmes liés à cette hybridation que bien trop tard.
Deux heures plus tard, le trio rassasié, Nadège Baudouin, comblée, prit congé des deux hommes. Les tentures furent ouvertes brusquement. Oscar s'approcha de la baie vitrée. Il était vêtu d'un simple peignoir. Aristote le rejoignit avec deux verres d'alcool. Il donna l'un des deux à son compagnon de soirée.
- Cela faisait longtemps que l'on n'avait pas fait cela, Oscar, cela me manquait ! sourit Aristote.
- Est-ce que Nadège a avancé dans ses recherches ?
- Pas vraiment. Est-ce que tu sais ce que la Résistance a fait de Sylvidra et de son vaisseau ?
- Les prisonnières sont dans une base militaire d'Amos. Les soldats infiltrés dans les troupes démocratiques n'ont pas réussi à parvenir jusqu'à elle. Pour ce qui est de son vaisseau, les codes ont été changés par Kimura lui-même.
- La mort de sa femme ne l'a pas fragilisé ? s'inquiéta Aristote.
- En fait, j'ai l'impression que ça a renforcé sa détermination, ragea Oscar. Tôt ou tard, je vais l'avoir, ce misérable cafard, n'en déplaise à Hans.
- C'est bizarre, notre maître ne m'a jamais dit qu'Harlock et Kimura auraient ce type de lien et que cela contrarierait autant nos plans.
- Je les ai vu, Aristote, sur une vidéo qui n'était en aucun cas truquée. Hans se tapait Kimura comme un malade et je te garanti que celui-ci, sous ses airs de petit ange, est un sacré obsédé !
- Tu es vraiment certain de…
- Aristote, ils étaient les fesses à l'air ! Et je t'assure que j'ai vu les capotes voler à travers la pièce ! Ils semblaient insatiables, ces deux-là ! Je commence à me dire que j'y goûterai bien au jouet d'Harlock, juste pour savoir quelle saveur il a !
- Très bien, après tout c'est peut être possible que Kimura et Harlock aient une liaison soigneusement cachée. Dommage qu'il ne t'ait pas choisi à sa place ! A l'heure qu'il est, on serait certain de notre victoire.
« Et en tant que compagnon de parties fines je n'ose imaginer », pensa Aristote en buvant une gorgée d'alcool.
- N'as-tu pas confiance dans mes compétences ou dans celles du prince de Turenne ? s'indigna Oscar.
- Bien sûr que si mais je me dis que Von Kiel en l'ayant, dispose d'un sacré atout et pas des moindres !
- Ne t'inquiète pas, je me chargerai de l'atout et si on doit le refiler à Sylvidra pour régler le petit problème qui nous préoccupe, je me contenterai de ta fille.
- Bientôt, nous serons au pouvoir et plus rien ne pourra nous arrêter. Ta dynastie règnera sur la galaxie, Oscar. Je suppose que Von Kiel ne sait pas que tu es de descendance royale et que tes origines sont plus pures que les siennes ?
- Il ne se doute de rien, ce vieil imbécile, et je lui prendrai Harlock. Par contre, j'espère que tu me laisseras m'amuser un peu avec mon beau pirate avant de le refiler à Sylvidra ?
- Parole d'honneur. Tu pourras tester son endurance et te satisfaire un maximum. De plus, nous poursuivrons les recherches. Il n'est pas dit que nous aurons obligatoirement besoin de Sylvidra pour soigner ce mal qui ronge la plupart d'entre nous.
- Comment va Mélina Church ? s'enquit Oscar.
- Elle va bien, rassure-toi. Son fils aussi d'ailleurs. Plus ça va, plus le petit ressemble à son père, affirma Aristote.
- Le fils de Kurt Wilson, murmura Oscar. Il faut espérer que cela ne se retournera pas contre nous.
- Ne t'inquiète pas, sa mémoire d'avant son agression est bloquée. De plus, elle a une haine sans limite pour la Résistance qui a fait assassiner l'homme qu'elle aimait.
Les policiers se regardèrent. Mélina Church était bien vivante et son fils aussi. Pour Ann-Lynn, il devenait urgent de récupérer l'enfant pour que celui-ci ne subisse pas la mauvaise influence de ces deux pervers. Harlock était horriblement inquiet. Si Ellie était là en repérage et pour espionner, elle risquait d'être très choquée par cette révélation concernant la fameuse nuit qu'il avait passé avec Ryo. Il se racla la gorge. Nynna était elle aussi très embarrassée. Entendre parler des tendres moments passés entre Ryo et Harlock d'une manière aussi crue la révulsait. Elle avait finalement regardé le film en entier et cela n'avait rien d'aussi vulgaire. Une larme roula sur sa joue. De quel droit se permettaient-ils de salir un acte qui était empreint de tendresse et de douceur pour en parler comme d'un acte bestial et sans âme ? Elle savait que cela devait être la jalousie du duc qui s'exprimait mais cela lui fit mal.
- Je n'ai pas eu le plaisir de voir ta jeune épouse, reprit Zone.
- Elle m'a dit qu'elle était fatiguée et est partie se coucher, affirma Oscar en riant.
- Tu n'as toujours pas réussi à faire son éducation ? se moqua Aristote.
- J'y travaille, mais mademoiselle est un peu coincée, insinua Oscar.
Cette remarque fit rire les policiers qui regardèrent vers le capitaine avec un sourire goguenard sur les lèvres. Harlock soupira, lassé qu'on lui rappelle sans arrêt cette erreur de parcours. Il regarda au niveau du toit du gratte-ciel où se trouvaient les deux conspirateurs et remarqua du mouvement. Il zooma et reconnut la silhouette d'Ellie.
- Nann, oriente le micro vers le toit ! ordonna-t-il
Celle-ci obtempéra et releva le micro vers la zone indiquée. Les voix leur parvinrent distinctement
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? s'étonna Sandy. Ton mec a couché avec celui de ta copine ?
- Je n'y comprends rien, moi non plus, avoua Ellie. Je ne pensais pas qu'il avait ce genre de tendance.
- Mais pendant la nuit super coquine que vous avez passée ensemble, tu n'as rien remarqué d'anormal ? s'enquit Sandy.
- Rien, je t'assure ! soutint Ellie.
- Il ne s'est pas trompé de trou ? l'interrogea Ann.
- Bien sûr que non ! En plus, vu la taille de son engin, il vaudrait mieux pour moi qu'il évite ce genre de passage !
- De toute façon, ça ne concerne en rien notre mission, affirma Sandy. N'empêche, tu crois que ta copine est au courant ?
- Comment je pourrai le savoir ? s'énerva Ellie.
- Et si c'était pour ça qu'elle voulait que tu rentres ? supposa Ann. Pour que son mari cesse de servir de femme à ton mec ?
- Typique du mâle dominant qui a jeté son dévolu sur un mâle plus faible par manque de femelle, se moqua Sandy en riant.
- Bon, ça suffit maintenant ! intima Ellie en s'esclaffant. Si ça se trouve, ils étaient juste bourrés tous les deux et se seront peut-être un peu amusés. De toute façon, on ne sait pas de quoi il retourne. Occupons-nous de nos oignons, on verra après si je les tue tous les deux ou pas ! Pour ce que j'en ai vu avec Hans, il n'a pas ce genre de tendance et, vu ce que Nynna m'a confié sur son mari, lui non plus. Ces deux messieurs sont des chauds mais pas dans ce sens-là !
- Tu sais ce que l'on dit, il ne faut jamais dire jamais, rappela Ann en riant.
- Ca suffit, Ann ! On ne va pas épiloguer des heures sur une prétendue nuit câline entre Hans et Ryo. On a ce qu'il nous faut donc on s'en va ! intima Ellie. De toute manière, même si la chose l'intéressait, après ce que lui a fait le duc de Péhant, il ne pourrait pas et ce, malgré toute la douceur dont pourrait faire preuve Ryo. Ce genre d'expérience est très traumatisant pour ne pas dire destructeur et je ne vois pas Hans supporter le contact d'un autre homme après un truc pareil. C'est impossible !
Les trois femmes regroupèrent le matériel. Nynna n'avait pu s'empêcher de rire jusqu'à ce qu'elle entende Ellie parler des sévices que le duc avait fait subir à Hans. Les affaires rangées, Ellie avait mis son sac sur l'épaule et s'apprêtait à partir lorsqu'elle vit la silhouette de la jeune Isabelle s'approcher d'elle.
- Eliza ? appela Isabelle.
- Oh non, pas ça, murmura Harlock, horrifié.
- Je suis là, Isabelle, répondit Ellie en murmurant tout en s'approchant d'elle. Qu'est-ce qui vous amène ?
- Je suis venue aux nouvelles, je savais bien que vous seriez là, sourit Isabelle. Je m'inquiète un peu. Ce type que mon mari fréquente…
- Mon père ? Il ne fait pas que le fréquenter, il prépare un sale coup, Isabelle !
- C'est bien ce que je craignais. Hans le craint aussi, il en a parlé à mon père. Il lui a proposé de venir ici pour voir ce qui se prépare.
- Hans est ici ! s'étonna Ellie.
- Oh ce n'est pas vrai ! ragea Sandy. Comment est-ce qu'on va faire avec Harlock dans les pattes ?
- Vous en êtes certaine, Isabelle ? insista Ellie.
- Oui, il a proposé à mon père de venir vous éliminer lui-même.
- Ben voyons ! ricana Sandy.
- Il va falloir faire avec, tant pis ! décida Ellie.
- Que comptez-vous faire, Eliza ? s'inquiéta Isabelle.
- Buter mon père, votre mari et détruire le plus de vaisseaux possible ! décida Ellie.
- Est-ce que les craintes de Hans sont fondées ? l'interrogea Isabelle, angoissée.
- Plus que fondées. C'est une certitude et il faut à tout prix les arrêter ! Je n'ai pas le choix, Isabelle, face à la menace Illumidas, je suis obligée de faire un choix ! Votre père ne renoncera pas au pouvoir, j'imagine ? ricana Ellie.
- Certainement pas, reconnut Isabelle.
- Et vous voulez régner avec Hans à vos côtés ? Donc, il faut éliminer toutes personnes susceptibles d'attaquer votre père et mettre notre galaxie à feu et à sang, laissant aux Illumidas la possibilité de nous envahir.
- Vous allez donc intervenir dans le même sens que Hans ? Il faut le prévenir pour qu'il ne vous attaque pas ! Allez le voir !
- Vous avez perdu l'esprit ? Il fera tout pour m'arrêter !
- Ce n'est pas certain, s'il sait que vous vous rangez du côté de mon père il ne vous attaquera plus.
Sandy poussa un soupir d'exaspération.
- Tu comptes perdre beaucoup de temps avec cette gamine inexpérimentée ? se moqua Sandy.
- Laisse-moi lui parler cinq minutes, d'accord ? proposa Ellie.
- Comme tu veux ! céda Sandy, excédée.
Ann et Sandy s'éloignèrent. Des larmes roulèrent sur les joues d'Isabelle, ce qui inquiéta Ellie.
- Ne pleurez pas, Isabelle. Sandy n'est pas méchante, elle est juste très inquiète de ce qu'Harlock pourrait faire.
- Je ne lui en veux pas, elle a raison, avoua Isabelle. Je ne suis qu'une gamine et Hans ne me considère pas vraiment comme une femme.
- Pourquoi dites-vous cela ? s'enquit Ellie d'une voix douce.
- La nuit de l'inauguration de son château, il m'a emmené discrètement dans une chambre et il m'a fait l'amour. C'était si exceptionnel ! Tellement différent des rapports que j'avais avec mon mari. J'ai pensé qu'il m'acceptait vraiment et qu'il m'aimait peut être un peu et puis j'ai appris par mon mari que, pendant la soirée d'Halloween, il a fait l'amour toute la nuit à une créature sulfureuse, s'attrista Isabelle. Depuis, il ne m'a plus jamais touchée. Je pensais qu'il me rejoindrait, vu que je lui ai dit que je m'en allais que le soir mais il est parti immédiatement après avoir eu les autorisations de vol en poche. Quand je repense au parfum de sa peau après l'acte, c'est incroyable, on dirait que la sueur coulée pendant l'amour renforce son parfum habituel et le rend divin.
Harlock, horrifié, s'effondra sur le sol, le dos appuyé au muret, la tête entre ses mains. Ellie se réjouit de la nuit environnante car la petite Isabelle ne pouvait voir ainsi ses larmes couler. Elle se demanda s'il avait cédé à Isabelle pour sa mission ou si c'était parce qu'il en avait envie. Elle ressentit une violente douleur lui empoigner le cœur. Son Hans s'était donné à cette fille. Elle devrait se réjouir, si elle faisait suffisamment de dégâts aux hybrides, Von Kiel aurait le pouvoir et Harlock pourrait rester infiltré en épousant Isabelle. Les résistants pourraient partir librement sans être inquiétés par un fou furieux comme Oscar et Harlock, ainsi que ses enfants, resteraient en sécurité sur Amos. De toute manière, tout était fini entre eux depuis un an et demi, ce n'était pas comme s'ils avaient repris ensemble. Cette nuit magnifique passée dans ses bras n'avaient été pour elle que le moyen de se conforter dans sa décision et aussi la possibilité de mourir en ayant eu la possibilité de dire adieu à l'homme qu'elle aimait. Alors pourquoi avait-elle si mal ? Elle respira profondément. Elle devait prendre son courage à deux mains et tenter de rassurer la jeune femme qui était en face d'elle. Elle essuya ses larmes et le cœur battant, d'une voix douce, elle tenta de temporiser les craintes de la jeune Isabelle.
- Est-ce qu'il est en contact avec elle ?
- Il m'a assuré que non. La femme est partie sans lui laisser un nom ou une adresse. Il m'a dit que c'était juste un coup d'un soir.
- Faites-lui confiance, elle ne reviendra pas, assura Ellie sincèrement. Il ne faut pas vous inquiéter et si Hans s'est donné à vous c'est plutôt bon signe. C'est sûrement parce qu'il a su voir la femme en vous, Isabelle, et qu'elle lui plait. S'il a accepté de vous épouser, c'est qu'il tient à vous. Il est normal, qu'en tant que célibataire, il s'éparpille un peu. Vous êtes la future reine, Isabelle, il veillera sur vous comme mari et chevalier loyal, comme l'ont toujours fait les Von Harlock depuis le Moyen Age.
Chaque mot prononcé lui faisait tellement mal. Elle aurait voulu fuir pour trouver un endroit loin du monde et pouvoir évacuer toute cette peine mais Ellie tint bon. Elle s'en voulait. Isabelle aimait sincèrement Hans et, parce qu'elle n'avait pas su résister à la pulsion de goûter une dernière fois aux charmes du père de ses jumeaux, cette jeune fille un peu naïve et très romantique souffrait. Isabelle se réfugia dans ses bras pour y puiser un peu de force. Ellie se sentait comme une abominable traîtresse. Harlock se releva péniblement. Il avait compris le petit jeu d'Ellie mais il le refusait. Il avait fait une énorme erreur de jugement en se donnant à Isabelle Von Kiel et il avait peur pour la première fois de sa vie. La femme qu'il aimait allait se battre jusqu'à la mort pour faire échouer les plans de son père et d'Oscar de Péhant. Il écouta les pleurs d'Isabelle et se maudit en se disant qu'Ellie était obligée de les supporter et, le pire de tout, d'essayer de la consoler. Isabelle finit par se calmer. Elle s'éloigna d'Ellie en souriant.
- Je suis désolée, s'excusa-t-elle.
- Ne vous en faites pas tout sera bientôt terminé, Isabelle, et vous serez très heureuse avec Hans à vos côtés.
Ses simples mots révulsèrent Harlock qui sentit une violente envie de vomir lui monter à la gorge. Il alla vider son estomac au-dessus du vide pour ne pas laisser de traces de son passage sur le toit. La gorge en feu, il respira profondément. Les policiers regardaient vers lui tristement. Nynna, à bord de l'Arcadia, pleurait en silence. Isabelle finit par s'en aller. Ellie vidée de toutes forces s'approcha du bord du toit et contempla la ville qui s'étendait devant elle. Le cœur battant et les yeux rouges, elle prenait de longues bouffées d'air pour essayer de se calmer un peu. Ses mains tremblaient. Ses nerfs étaient mis à rude épreuve. Elle rejoignit finalement ses amies et elles quittèrent la zone. L'équipe d'Harlock en fit de même, quelques minutes plus tard. Toshiro suivit les filles mais les perdit à nouveau dès qu'elles arrivèrent dans une vaste étendue boisée. Ellie avait installé son quartier général dans un entrepôt désaffecté datant de l'époque du Consortium. Les filles y avaient entreposé tout le matériel nécessaire à leur dernière opération. Le mini copter sélectionné par Ellie chez un revendeur fut modifié afin qu'il puisse bénéficier d'un bouclier d'invisibilité. Elles vérifièrent la totalité de leurs armes. Harlock, quant à lui, avait opté pour un espionnage complet de la zone où résidait Zone et de Péhant. Avant de quitter les toits il avait demandé à Nann d'envoyer grâce à un lance-grappin toute une série de micros hypersensibles très discrets qui se fichèrent dans la structure métallique de la tour. Il en fit placer aussi sur tous les toits alentours, au nez à la barde des tueurs placés sur les autres toits puis ils quittèrent les lieux. Toshiro passa en surveillance constante de la zone grâce aux caméras d'un satellite militaire. L'assaut des filles était imminent. Comme il ne pouvait savoir ni l'heure ni le jour, il fallait surveiller et attendre. Il envoya Ann-Lynn et ses hommes acheter sous une fausse identité un tout-terrain, une camionnette ainsi que du matériel d'espionnage illégal dans les quartiers chauds de la ville. Les revendeurs trouvèrent étranges que des policiers viennent faire ce genre d'achat mais ils encaissèrent l'argent sans faire d'histoires. De retour à bord de l'Arcadia, Harlock resta avec ses petits en permanence, jusqu'à ce que Toshiro lui signale des mouvements suspects. Tout le monde était déjà prêt, aucun d'entre eux ne s'étant changé par crainte que l'assaut ne fût donné dès leur première nuit sur Mars.
Ellie avait demandé à ses amies de rester en retrait par précaution. Elle allait tout faire pour avoir le duc du premier coup mais si cela échouait, il faudrait envisager un second assaut. Elle tenait plus que tout à créer chez ses adversaires une bonne panique qui ferait tourner les choses à son avantage et le meilleur moyen pour y parvenir était de leur faire comprendre qu'ils avaient en face d'eux une femme prête à tout pour vaincre, quitte à y rester elle-même. Elle s'était longuement entraînée au sabre japonais dont elle admirait la puissance et l'élégance. Sandy l'entraînait depuis deux mois à présent et pour la jeune Mazone, son élève était fin prête. Ellie était alors partie avec un pistolet, son sabre et plusieurs explosifs. Les filles étaient montées à bord du mini copter et avaient volé jusqu'aux abords du gratte-ciel en toute discrétion. Elles furent surprises de voir que la sécurité avait été renforcée de manière significative. Elles ne pouvaient plus suivre le plan prévu. Il y avait plusieurs mini copters qui survolaient les rues autour du gratte-ciel et le nombre de garde avait doublé. Ellie allait devoir improviser. Elle réfléchit quelques secondes.
- Je vais essayer de les avoir quand même, décida Ellie. Si j'échoue, vous prendrez le relais. Si tout se passe comme prévu, on se retrouve au bord de mer.
- Où est ce qu'on t'attend ? s'enquit Sandy, inquiète.
- Je ne sais pas, près du quai abandonné numéro sept, proposa-t-elle.
- Bon sang, Ellie ! jura Ann. Ils sont tellement nombreux ! Ta petite protégée a dû parler.
- Je ne pense pas, douta Ellie. Je miserai plutôt sur Hans. Pour nous surveiller et guetter une opportunité, il a dû buter quelques-uns de ces clowns et maintenant, on paye la note ! De toute manière, je mise le tout pour le tout ! Allez-y maintenant ! Par contre, je prends le grappin.
- Que comptes-tu faire avec ça ? s'angoissa Sandy en le lui confiant
- Les impressionner un maximum ! On va voir si tes leçons m'ont été profitables, Sandy ! sourit Ellie.
Elle descendit précipitamment, se rua vers l'immeuble où Harlock était entré en douceur avec son équipe. Contrairement à son amour, Ellie ne comptait pas faire dans la dentelle. Elle alla directement vers l'entrée et tira quelques balles dans la porte vitrée qui vola en éclats. Une alarme assourdissante retentit. Ellie fonça dans l'entrée en abattant les quelques tueurs surpris qui surgirent devant elle. Ils ne s'attendaient pas un assaut de ce genre, sans compter que l'agresseur était seul. Ellie vit un des gardes du corps avertir ses collègues, ce qui était exactement ce qu'elle voulait. Elle abattit l'homme puis prit l'ascenseur jusqu'au dernier étage en ayant au préalable branché sa tablette numérique pour court-circuiter les sécurités et contrôler l'appareil. Elle plaça des explosifs en haut des cloisons munis de détecteurs de chaleur. Elle se glissa à travers le toit de la cabine pour atteindre la zone des câbles. Elle savait qu'elle allait avoir droit à un beau comité d'accueil et elle comptait bien leur rendre la pareille. La cabine arriva enfin et Ellie se mit à l'abri. Lorsque la porte s'ouvrit, les tueurs arrosèrent l'intérieur de l'ascenseur d'une pluie de balles puis s'approchèrent. Ellie patienta, le sourire aux lèvres. Deux gardes entrèrent. L'explosif s'activa et déchiqueta les deux assassins ainsi que tous ceux qui s'étaient approchés d'un peu trop près de la cabine. Ellie revint près de l'ascenseur. Il ne restait que le vide, le reste de la cage ayant fini sa course plusieurs dizaines de mètres plus bas. Elle entendait des gémissements de douleur. Certains en avaient réchappés apparemment. Ellie saisit les câbles d'ascenseur grâce à ses gants renforcés d'un maillage en carbodiamant qui les rendait plus dur que l'acier, se laissa glisser, se balança d'avant en arrière avant de se jeter dans l'espace dégagé par la destruction de la double porte de l'ascenseur. Elle sortit son sabre en avançant lentement. Le circuit électrique de l'étage avait sauté. Un des tueurs de l'organisation se traînait sur le sol, ses deux jambes sectionnées. En temps normal, Ellie aurait fait preuve de pitié mais en sachant la vérité, elle ne pouvait laisser aucun de ces fous sanguinaires en liberté. Elle sortit son pistolet et l'acheva. Elle entendit le crachotement d'une radio qui venait du fond du couloir. Elle se colla au mur et se glissa le long de la paroi.
- Ici Mathias, envoyez moi des renforts ! Cette folle de Zone est au dernier étage de la tour Nord ! Elle a massacré une dizaine de nos gars ! Je sais que les ascenseurs sont foutus, elle en fait sauter un, ce qui a fait dérailler les autres ! Je vais essayer de l'avoir !
Ellie sourit, la panique commençait à s'installer. L'homme rangea sa radio en tremblant. Il se demanda quelles étaient ses chances de vaincre. Alors qu'il s'apprêtait à surgir de sa cachette, l'arme au poing, Ellie fut plus rapide et le décapita d'un coup de sabre. Le tueur comprit que trop tard qu'il était touché. Ellie récupéra la mitraillette de l'homme qui lui serait certainement fort utile en cas d'assaut de plusieurs dizaines d'hommes. Elle fila vers les escaliers qui menaient au toit. Elle ouvrit la porte brutalement et se rabattit pour éviter d'éventuels tirs.
- Ils me prennent vraiment pour une nana née de la dernière pluie, ricana-t-elle. Ils m'attendent sagement à la sortie qui donne sur le toit.
Elle sortit une grenade tout en grimpant les escaliers sans faire le moindre bruit. Arrivée à mi-hauteur, elle retira la goupille et lança la grenade qui explosa trente secondes plus tard envoyant voler au loin portes et gardiens armés jusqu'aux dents. Elle grimpa les escaliers quatre à quatre pour surgir comme un diable hors de sa boîte sur le toit. Toshiro, en la voyant, contacta immédiatement son ami. Nynna, horrifiée, vit Ellie face à une dizaine de mini-copters pilotés par des tueurs armés de mitraillettes qui arrosaient joyeusement le toit.
- Hans, Ellie est sur le toit de l'immeuble Nord, informa Toshiro. Fais vite, il y a trop de tueurs, elle risque de se faire massacrer.
Harlock et son équipe était dans l'ascenseur de l'immeuble qui se trouvait à gauche de celui où se trouvait Ellie. Lorsqu'il arriva au dernier étage, le groupe se précipita à l'extérieur, tirant à tout va sur les tueurs qui, en les voyant sortir, paniquèrent complètement.
- On a une deuxième attaque ! hurla le chef de section dans sa radio. Ce sont les flics ! Je répète ce sont…
Il n'eut pas le temps de finir son annonce car le capitaine venait de lui mettre une balle en pleine tête. Le groupe fonça vers les escaliers. Ellie se rua à l'extérieur, slalomant sur le toit tout en arrosant soigneusement les mini-copters, détruisant les circuits, provoquant ainsi leur crash ou en abattant d'une balle en pleine tête leurs occupants. Il n'en restait plus qu'un. Qui se trouvait entre le salon du duc et elle. Ellie respira profondément. L'action avait fait crever le plafond à son taux d'adrénaline. Elle réfléchit. Elle avait une possibilité. Elle allait devoir faire preuve d'un certain culot. Elle rangea la mitraillette et prépara son grappin. Vu que le mini copter lui barrait le passage, elle allait s'en servir comme d'un pont qui la mènerait directement chez le duc. Elle se releva, se prépara mentalement puis jaillit de sa cachette pour prendre du recul. Le tueur, la voyant lui faire face, eut un ricanement et la mit en joue. Ellie fonça, prit appui sur le muret puis se jeta dans le vide sous le regard horrifié du capitaine de l'Arcadia. Elle lança le grappin qui se ficha sous le mini copter. Sous l'effet du balancement, Ellie se trouvait à portée du gratte-ciel où se trouvait le duc. Elle dégaina et fit feu, faisant voler en éclat la vitre. Le mini copter, sous l'effet de la chute, et du balancement devint incontrôlable. Elle sauta juste à temps, se rattrapant au rebord. L'appareil fit une chute vertigineuse et s'écrasa au sol en provoquant une explosion éparpillant son passager et sa structure aux quatre coins de la rue. Harlock, penché au-dessus du muret de sécurité, était au bord de la crise cardiaque. Il vit la femme qu'il aimait se relever puis foncer à travers les bureaux inoccupés. Grâce à sa petite diversion, la plupart des gardes avaient filé dans l'immeuble Nord. Sa mitraillette était vide et il ne lui restait que peu de chargeurs. Elle dégaina son sabre et fonça à travers les couloirs. Les gardes ne s'attendaient pas à devoir faire face à une furie atteinte de folie sanguinaire. Ellie, en voyant une dizaine de tueurs se ruer vers elle, lança une grenade qui explosa sans faire de victimes mais en éparpillant ses adversaires. Elle fonça alors avec son sabre et s'occupa d'eux un par un, les touchant mortellement. Elle progressait vite et aucun garde ne semblait pouvoir l'arrêter. Elle savait qu'en agissant vite, elle ne leur laisserait pas le temps de réfléchir, ce qui lui permettrait d'arriver jusqu'à ses cibles sans être bloquée indéfiniment. Elle utilisa les escaliers pour arriver jusqu'à l'appartement du duc. En arrivant, elle ralentit, aux aguets, avançant silencieusement. Elle ne savait pas s'il restait encore des gardes ou pas. Devant la porte, elle prêta l'oreille. Tout était silencieux, bien trop calme. Ellie sourit, se doutant qu'il y avait un piège. Elle fit glisser une micro caméra sous la porte et observa. Elle vit clairement des bottes de militaires et son père réfugié au fond du salon, un verre d'alcool à la main, quelque peu tremblant. Elle retira sa caméra et posa une grenade sur la porte fixée grâce à une bande adhésive. Elle retira la goupille et s'éloigna tranquillement. La porte explosa et ses gardiens aussi, faisant surgir les derniers gardes du corps d'Aristote désireux d'en découdre avec cette femme qui massacrait leurs rangs. Ellie jaillit de sa cachette et les abattit chacun d'une balle en pleine tête. Elle fonça ensuite dans l'appartement, mis son père en joue et lui tira quatre balles dans la poitrine. Elle entendit ensuite une arme être armée à sa gauche et sourit en se disant qu'elle allait se faire abattre mais contrairement à cela, ce fut un ordre qu'elle entendit
- Jetez votre arme, mademoiselle Zone ! ordonna Oscar.
- Bizarre, je ne vous avais pas vu, monsieur le duc ! ricana Ellie. Pourtant j'ai vérifié la pièce.
Elle leva les bras et se tourna vers le duc de Péhant qui la regardait, le regard luisant. Elle lui sourit d'une manière qui ne pouvait qu'enflammer le duc. Ellie avait très vite compris ce qui faisait démarrer les désirs sexuels du duc au quart de tour. Il voulait une femme qui lui tiendrait tête.
- Jetez votre arme, Ellie ! intima Oscar tout en la déshabillant du regard.
Elle lança son revolver vers lui, la mitraillette puis son sabre. Des gardes du corps en sueur, essoufflés ayant courus du dernier étage de la tour Nord pour ensuite remonter vers le gratte-ciel où se trouvait le duc la mirent en joue, eux aussi.
- Je m'en occupe, chargez-vous d'Aristote ! gronda-t-il.
Ellie eut un ricanement.
- Il est dans un sale état, monsieur, indiqua l'un des gardes.
Il appela des secours. Oscar fit signe à Ellie de passer devant. Elle obtempéra et constata qu'une cloison secrète coulissait pour montrer le passage qui menait à une deuxième suite. Au moins, Ellie su où s'était caché le duc. Elle entra docilement et se trouva face à Isabelle qui la regardait, horrifiée.
- Mon Dieu, Oscar qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit la jeune fille paniquée.
- Cette femme vient d'essayer de me tuer et pour cela, elle a mis trois immeubles à feu et à sang, affirma Oscar avec un sourire cruel aux lèvres. Tu as perdu, Ellie. Mes hommes vont trouver tes complices et tes copains les flics pour leur faire leur fête.
- Je n'ai aucun lien avec les flics, soutint Ellie.
- Bien sûr, c'est pour ça que Chambers, Aoki, Mitchell et Patrick ont attaqué un autre immeuble ! Ils devaient te couvrir, manque de pot, ça à rater ! Je te tiens, ma belle ! Va vers la fenêtre ! ordonna-t-il en la poussant dans le dos avec le canon de son arme.
Ellie fit un clin d'œil à Isabelle et avança vers la baie vitrée. Elle savait à présent qu'Harlock n'était pas venu seul.
- Ouvre les tentures, Isabelle, je veux que ces fils de pute la voient ! intima-t-il sèchement.
Harlock, horrifié, vit la mère de des jumeaux tenue en joue par Oscar de Péhant. Nynna poussa un cri de désespoir en voyant cela. Toshiro balaya la zone. Il y avait des milliers de soldats qui entouraient le gratte-ciel. Harlock devait partir. Il ne pourrait pas la sauver dans de telles conditions.
- Hans, tu dois quitter les lieux, conseilla Toshiro.
- Pas sans Ellie ! Elle est entre les pattes de ce pervers de duc ! paniqua le capitaine de l'Arcadia.
- Elle s'est mise d'elle-même dans cette situation, on ne peut plus rien pour elle ! affirma Toshiro.
- Je ne partirai pas sans elle ! hurla Harlock.
Ann-Lynn prépara le pistolet de produit tranquillisant et le braqua vers le capitaine en tremblant. Ils devaient partir et il n'était pas nécessaire qu'Harlock entende le duc s'amuser avec Ellie. Les yeux emplis de larmes, elle fit feu alors que le capitaine se dirigeait vers les escaliers. Celui-ci ne pensait pas que les policiers auraient le culot de trahir sa confiance. Le produit étant à action rapide, il mit un genou à terre, ses forces l'abandonnant rapidement. Groggy, il vit Ann-Lynn s'approcher en larmes tout en s'excusant. Mitchell avait repéré la nacelle qui permettait de nettoyer les vitres qui était la meilleure chance de s'en sortir. Aoki fit exploser la cage d'escalier pour la rendre inutilisable puis il aida le chef Patrick à transporter le capitaine vers leur sortie de secours. L'équipe s'accroupit pendant que Mitchell allumait la nacelle. Il appuya sur le bouton de descente et s'accroupit à son tour. Une fois au sol, ils filèrent vers leurs véhicules et s'éloignèrent des lieux. Harlock fut allongé sur la banquette arrière.
- Comment va-t-on récupérer Eliza Zone maintenant ? paniqua Ann-Lynn.
- De Péhant la veut vivante, on va attendre qu'il décide de l'emmener dans une planque. On la récupérera à ce moment-là ! Toshiro, est ce que vous pouvez continuer à surveiller l'immeuble et surtout les sorties de véhicule ? s'enquit le chef de la police stressé qui filait à vive allure vers l'autoroute.
- Sans problème, affirma l'ordinateur. Par contre, j'espère qu'Harlock n'explosera pas à son réveil, il risque de faire un véritable massacre !
- Le tranquillisant va agir combien de temps ?
- Pas assez longtemps, étant donné le métabolisme de Hans, annonça l'ordinateur.
- Il faudrait l'attacher, conseilla le chef Patrick en regardant vers Ann-Lynn
- Je refuse de faire cela ! s'indigna Ann-Lynn. Ce n'est pas un criminel !
- Mais il va en devenir un si on ne le fait pas ! hurla le chef.
- Fermez vos gueules devant ! intima Harlock, vaseux.
- Bordel, il est déjà réveillé ! jura le chef de la police, paniqué.
- Je surveille la zone, Hans, on va la récupérer ! soutint Toshiro
- Et dans quel état ? s'enquit Harlock au bord des larmes. Une fois que cette pourriture de duc lui sera passée dessus, tu crois qu'elle sera dans quel état ?
- Il faut espérer qu'il attendra d'être seul avec Ellie et qu'il ne le fera pas avec Isabelle dans les parages, souhaita l'ordinateur.
- S'il la touche, personne ne pourra me retenir de le massacrer, lui et tous les pourris qui sont sous ses ordres ! menaça Harlock.
Toshiro savait très bien que ce n'était pas une menace en l'air. Si le duc osait la prendre, Harlock serait atteint de folie meurtrière.
