Chapitre 43 : Guet-apens

Le lendemain, Harlock, après le petit-déjeuner, s'éclipsa avec Ryo loin des oreilles indiscrètes. Il ne voulait plus qu'Ellie ne sache quoi que ce soit de ce qu'il se passait. A ses yeux, elle ne devait plus être impliquée. Il alla avec Ryo dans son bureau dont il verrouilla la porte. Il chargea un sexaroïde d'en surveiller l'accès. Il prépara deux verres de red bourbon. Ryo prit le verre que lui tendit le capitaine en soupirant. Pour qu'Hans choisisse de servir de l'alcool de si bon matin, les nouvelles ne devaient pas être bonnes. Il s'assit sur un des fauteuils qui faisaient face au bureau pendant qu'Harlock prenait celui qui se trouvait juste à côté.

- Annonce la couleur, proposa Ryo en buvant une gorgée du liquide ambrée.

- La programmation des nanos correspond à celle utilisé sur mon fils, révéla Harlock tristement. Elles doivent être implantées via le vaccin annuel que la population prend obligatoirement.

- C'est le choix de Von Kiel ?

- Non, c'est Oscar qui a décidé de tout.

- C'est à cause de moi, se désola Ryo. Après l'autopsie non invasive de ton fils, on a fait quelques prélèvements de sang et j'ai étudié les résidus laissés par les nanos ainsi que la programmation que nous avons trouvée dans l'ordinateur du vaisseau de la reine. Je n'avais même plus de personnel fiable, je n'aurai jamais dû faire cette étude.

- Ryo, tu n'es pas responsable des appétits sanguinaires du duc. De toute manière, leur plan était prêt depuis longtemps, sans aucun doute dès que je suis sorti des limbes.

- Tu as le nom du médicament anti-rejet ?

- Oui et je peux produire par mon labo la quantité de traitement nécessaire pour annihiler le traitement anti-rejet.

- Ils vont sûrement le diffuser dans l'eau.

- Et même les alcooliques ne seront pas épargnés car le produit peut sûrement être absorbé par la peau lors des bains ou des douches, sourit Harlock.

Ryo eut un petit rire en regardant son vieux complice.

- Je pense qu'on va se passer du vaccin, plaisanta Ryo.

Son visage se fit grave lorsqu'il annonça :

- Je vais négocier avec Von Kiel pour obtenir un accord écrit où il offre la possibilité aux anciens membres de la Résistance de partir librement.

- Ca fera toujours cinquante pour cent des forces en moins à affronter au moment de l'exil, approuva Harlock. Il ne nous restera que ceux qu'Oscar ne manquera pas de nous envoyer.

- Je sais qu'Ellie veut que je fasse éliminer Sylvidra mais j'hésite, avoua Ryo.

- Depuis le temps que j'espère que justice sera rendu à mon fils, je pensais que le moment serait enfin venu mais apparemment tu n'es pas de cet avis.

- Je suis désolé, Hans, mais avec cette femme, je ne sais sur quel pied danser et même mon père, qui a étudié beaucoup de psychopathes, est quelque peu désarçonné face à elle.

- Tu penses qu'elle a la solution pour soigner la folie sanguinaire des hybrides ? s'étonna Harlock.

- Sylvidra est très rusée et très dangereuse. Elle nourrit une haine farouche pour l'humanité. Elle a peut être la solution ou peut-être pas. Mais d'un certain côté, si elle a bien une armée de planquée, cela ferait un quatrième adversaire dans la course car elle ne manquera pas de vouloir reconquérir ce qu'elle aura perdu. C'est une question d'honneur pour elle.

- Est ce que tu te rends compte des risques que cela ferait prendre à l'humanité ? s'inquiéta Harlock.

- Tu parles du virus ? Il n'y a plus de danger, affirma Ryo. A quoi penses-tu qu'était destiné le vaccin que j'ai fait prendre obligatoirement à la population pendant que tu recherchais Ellie ?

- Par quel labo as-tu obtenu ce vaccin ? s'étonna Harlock. Ils sont tous contrôlés par l'Aristocratie.

- Tous sauf un, qui est contrôlé par un de mes frères d'armes, affirma Ryo en souriant tout en faisant un clin d'œil à Harlock. Je savais que si tu avais choisi d'investir dans ce labo c'était parce que tu avais personnellement sondé tous ses membres. Je savais par conséquent qu'il était fiable.

- Ce n'était donc pas un traitement contre la fièvre de Huerton qu'ils ont mis au point, comprit Harlock en souriant.

- Et comme ils étaient tenus au secret défense, ils ont menti à leur principal actionnaire, confirma Ryo.

- Bien joué, Ryo, le félicita Hans en souriant. Le traitement anti-rejet est dangereux pour la population ou non ?

- En théorie, c'est sans danger, il sert juste pour les nanos. Sans elles, il n'a aucune utilité ni aucune influence sur l'organisme, soutint Ryo.

- J'ai la programmation utilisé par Oscar, Toshiro l'a en mémoire. Tu devrais aller travailler avec lui pour trouver un moyen de la contrer et de rendre les nanos totalement inoffensifs.

- Pas de soucis, accepta Ryo. Je commencerai mes recherches dès que je serai allé voir Von Kiel.

- C'est la dernière ligne droite, Ryo, espérons qu'il n'y aura pas d'imprévu, souhaita Harlock. Je vais à mon laboratoire ordonner que l'on prépare les doses de traitements nécessaires.

Harlock lui sourit en se levant. Ryo le regarda quitter la pièce, le visage fermé. Il avait fait son choix et il espérait que son ami ne lui en voudrait pas trop. Harlock alla saluer les nouvelles locataires de son château avant de s'en aller. Ellie, qui voulut le suivre jusqu'au garage, fut bloquée par Eliasis qui lui en interdit l'accès à la grande surprise d'Ann et de Sandy. Nynna leur sourit tristement. Elle avait bien compris que son amie était désormais sous clef, Hans tenant à s'assurer qu'elle ne se mettrait plus en danger. Elle expliqua la situation à Sandy et Ann qui ne purent que s'incliner tristement. Ellie resta plusieurs minutes à regarder la porte que son amour avait refermée derrière lui puis elle se résigna en allant s'installer sur le canapé. Elle regarda ses petits jouer avec des cubes où étaient peintes des lettres de l'alphabet. Elle replia ses jambes sous elle, anéantie, des larmes commençant à lui monter aux yeux. Nynna alluma la télévision en soupirant, mettant la chaîne des actualités en espérant obtenir plus d'informations sur l'état de santé du duc de Péhant. A la grande surprise des personnes présentes, Mélina Church apparut à l'écran.

- Bonjour, comme nous vous l'annoncions il y a quelques minutes, le duc de Péhant est complètement remis de ses blessures et s'apprête à quitter l'hôpital sous bonne escorte afin d'éviter toute nouvelle tentative d'assassinat orchestrée par Ryo Kimura ! indiqua-t-elle en souriant.

Ellie vit la caméra se tourner vers l'entrée de l'hôpital d'où sortit un duc de Péhant parfaitement remis. Il n'y avait même pas la moindre trace du coup de feu tiré entre les deux yeux du duc par Ellie. Les larmes de désespoir d'Ellie se mirent à couler. Nynna serra les poings de colère. Son amie avait pris des risques insensés pour éliminer l'être le plus dangereux de l'aristocratie et la cible se portait à merveille, répondant aux questions des journalistes avec assurance. Sa jeune épouse le suivait, fière et droite, mais les personnes installées dans le salon ne purent que constater sa pâleur et son regard inquiet. Isabelle Von Kiel était revenue auprès de son époux afin de savoir ce qu'il préparait et son angoisse ne faisait que croître.

- Je n'arrive pas à le croire ! s'exclama Nynna. Cette salope de Mélina Church a trouvé un poste dans la chaîne la plus réputée de la galaxie !

- Au moins les gens savent ainsi que le Consortium est de retour, affirma Ellie. Ils n'ont plus qu'à se préparer au pire. Ryo et Hans ne peuvent plus rien pour eux, c'est terminé.

Ses larmes redoublèrent, noyant son visage sous le regard triste de ses enfants. Sandy la rejoignit pour la prendre dans ses bras et tenter de calmer ses pleurs. Ellie se réfugia dans ses bras, cachant son visage. Nynna regarda son amie, inquiète. Elle aussi, craignait le pire pour son mari. Il n'avait pas encore exprimé sa décision mais la future maman craignait de déjà connaître la réponse. Au bout de plusieurs minutes, Ellie se ressaisit et s'éloigna de son amie en lui souriant tristement.

- Est ce que tu pourrais demander au docteur Sanders de venir s'il te plait, Nynna. Je doute d'être autorisée ne serait-ce qu'à passer un appel.

- Est ce que tu es souffrante, Ellie ? s'inquiéta Nynna.

- Non, balbutia Ellie en rougissant. C'est personnel, Nynna.

- Très bien, je l'appellerai aujourd'hui, accepta Nynna.

Nynna soupira. Ellie regarda vers son amie et ne put que constater son inquiétude.

- Qu'est ce qui te tracasse, Nynna ? s'enquit Ellie en terminant d'essuyer ses larmes.

- La proposition de Sylvidra. Est-ce que tu crois qu'elle était sérieuse ?

- Tu veux dire la solution aux problèmes psychiatriques des hybrides en échange de Ryo et de Hans ? ricana Ellie. Encore faudrait-il qu'elle ait vraiment des généticiens qui puissent trouver la solution.

- On pourrait accepter non ? proposa timidement Nynna.

Ellie fut secouée par cette idée. Nynna avait les traits tirés et semblait tellement inquiète.

- Tu n'es pas sérieuse, j'espère ! s'angoissa Ellie. Est-ce que tu as la moindre idée à quoi nous les condamnerions tous les deux ? De plus, tu peux me croire, elle ne les garderait pas en vie très longtemps ! Tout ce qu'elle veut, c'est pouvoir se débarrasser de ceux qui sont susceptibles de s'opposer à elle. Elle a sous-estimé Ryo et s'en mord les doigts à présent. Et je ne veux pas qu'Harlock subisse à nouveau tout ce qu'elle lui a fait endurer. Je ne peux même pas exclure qu'il n'y avait pas certaines choses de vraies dans ce qu'elle a affirmé avoir fait subir à Hans. Si le père de Ryo est inquiet, ce n'est sûrement pas sans raison. Crois-moi, Nynna, si nous acceptions un marché aussi ignoble nous ne vaudrions pas mieux qu'elle et je te le répète, elle les ferait exécuter très rapidement !

- C'est juste que j'ai peur de perdre Ryo, avoua Nynna en laissant couler ses larmes. Je le sens Ellie, il ne voudra jamais partir ! Il choisira de combattre aux côtés de Hans !

- Ce n'est pas une solution, Nynna. Je préfère que Hans et Ryo meurent en combattant plutôt que de les livrer à ce monstre. Ce serait pire pour eux un tel choix. Je comprends ta peine Nynna mais si c'est le choix de Ryo, tu vas être obligée de l'accepter tout comme je l'ai fait et ce, même si cela te déchire l'âme. Je suis désolée.

- On n'aurait peut-être le temps de les sauver avant qu'elle ne se débarrasse d'eux, supposa Nynna

- Aucune chance, Nynna ! la contredit Ellie. L'univers est si vaste qu'on ne la retrouverait jamais si elle décidait de fuir. Etrangement, elle s'est contentée de s'éloigner de la galaxie occupée par les humains, ce qui veut dire qu'elle attendait ou espérait quelque chose. Sylvidra n'a été capturée que par un énorme coup de chance ! A présent, j'en suis certaine !

Nynna dû se faire une raison. Le médecin vint dans la journée. Ellie le reçut dans la chambre qu'elle partageait avec Hans et lui exposa sa requête. Celui-ci fit un prélèvement sanguin qu'il plaça dans son analyseur pour faire un bilan hormonal complet puis il prescrivit un traitement qu'Ellie remit à Eliasis. Celle-ci envoya un sexaroïde le chercher à la pharmacie et Ellie commença à le prendre le soir même.

Harlock se rendit à son laboratoire. Il s'entretint avec le responsable de la fabrication afin de lui exposer sa requête. Celui-ci fut très surpris par la demande mais ne répliqua pas se contentant d'ordonner le lancement de la production. Hans remarqua la différence d'ambiance par rapport à sa première visite. Les gens étaient soucieux et l'observaient, inquiets. Le capitaine de l'Arcadia se doutait de ce qu'ils pouvaient penser de lui et il vit beaucoup de déception dans nombreux regards. Il quitta le laboratoire très rapidement, désireux d'échapper à l'ambiance générale. Il se rendit ensuite chez Von Kiel. Il fut introduit rapidement chez le roi. Celui-ci avait accordé à Ryo, un acte signé stipulant que les Résistants étaient libres de quitter la galaxie après le premier décembre. Harlock fut introduit chez le futur roi alors que la communication avec Oscar venait juste d'être établie. Le capitaine ne put que constater, via l'écran géant, l'excellente santé du duc de Péhant qui sourit en le voyant entrer.

- Bonjour, Hans, le salua-t-il le regard brillant de désir.

Harlock constata que les appétits du duc le concernant n'avaient pas diminués malgré la douche froide que lui avait imposée Ellie.

- Alors, est ce que ce que m'a rapporté Hans est exact, Oscar ? Tu travailles pour Aristote Zone ?

- Et qu'elle serait ta réaction ? ricana Oscar. Face à moi, tu ne pourras rien faire. Je dispose de l'armée du Consortium plus de la moitié de nos forces. C'est terminé pour toi !

- Ce que tu crois ! ironisa Von Kiel. Grâce aux indications d'Harlock j'ai fait purger mes vaisseaux de tous les traîtres et comme il se chargera de les commander, tu n'arriveras pas à vaincre mes forces.

- Est-ce vrai, Hans ? Tu tiens vraiment à t'associer avec cet homme arrogant et stupide ? se moqua Oscar. Il est encore temps de me rejoindre. Grâce à l'hybridation, tu pourrais retrouver la jeunesse de tes trente ans. Et ton visage cesserait d'être marqué par le temps.

- Ne me mets pas trop vite à l'hospice en évoquant mon âge, Oscar, répliqua Harlock. N'oublie pas que j'ai l'expérience. Toi en revanche, tu n'en as aucune, t'étant contenté d'étudier dans les livres. Et pour ce qui est de mes charmes, ils ne te concernent en rien !

- Nous pouvons peut être trouver un terrain d'entente, Von Kiel. Nous n'avons pas trop le choix. Il vaudrait mieux nous entendre avant de procéder à l'élimination des Illumidas.

- Que proposes-tu ? s'enquit Von Kiel, inquiet.

- Je veux que ce soit Hans qui vienne négocier ! ordonna Oscar.

Cette proposition fit éclater de rire le capitaine de l'Arcadia.

- Tu me crois si naïf ? ricana Hans. Tu penses vraiment que je vais venir pour que tu puisses m'injecter des nanos et me mette sous contrôle ? S'il y a négociations, ce ne sera que par écrans interposés.

- Comme tu voudras, c'est vraiment dommage, céda Oscar. Mais dis-toi que ce n'est que partie remise. Au fait, tu es au courant de ma petite mésaventure, je suppose. Cette folle d'Eliza Zone est toujours amoureuse de toi. Je ne saurai trop te conseiller d'être prudent. Elle pourrait avoir envie de s'en prendre à toi pour éviter qu'une autre femme qu'elle ne puisse te mettre dans son lit. Je me demande comment elle réagirait si elle apprenait ta liaison avec Kimura

- Ne t'inquiète pas pour ça, je suis assez grand pour gérer ce problème tout seul. Envisages-tu un pacte de non-agression en attendant que l'on soit débarrassé des Illumidas ? proposa Harlock.

- Je crois que nous n'avons pas trop le choix, non ?

- C'est parfait, accepta Harlock. Envoie tes émissaires au roi Von Kiel pour qu'un traité puisse être signé entre nos deux groupes.

- Ils sont déjà en route, Hans, révéla Oscar. A plus tard, mon amour.

Le duc coupa la communication. Harlock poussa un soupir d'exaspération. Il en avait plus qu'assez que le duc ne cesse de lui faire des avances en espérant qu'il lui cèderait. Il eut un ricanement. Oscar avait accepté bien facilement. Il sentait la patte d'Aristote Zone sous cet accord. Celui-ci avait dû également en réchapper. Von Kiel l'observait inquiet, ce qu'Harlock remarqua immédiatement

- Qu'est-ce qui vous tracasse ? l'interrogea-t-il.

- Isabelle a filé le rejoindre dès qu'elle a su que toute mon armée était infestée d'espions. J'ai peur qu'elle me trahisse au profit d'Oscar, Hans, avoua Von Kiel.

- J'en suis désolé, Votre Altesse, mais si tel est son choix, elle subira le même sort que son époux, décida Harlock en quittant la pièce.

Harlock retourna à l'académie où il assura ses cours. Le soir, il rentra directement chez lui. Même si Ellie s'efforçait de cacher ce qu'elle ressentait, elle ne pouvait tromper le capitaine qui la connaissait comme personne. Ce soir-là, Ellie fila directement dans la chambre juste après avoir couché ses enfants. Elle passa une chemise de nuit affriolante et attendit qu'Harlock vienne se coucher. Hans, après avoir exposé la situation à Ryo, la rejoignit. A peine eut-il passé le seuil de la chambre, qu'il fut enlacé par la jeune femme qui l'embrassa fougueusement. Ellie, malgré l'horreur qu'elle allait devoir affronter, tenait plus que tout à s'imprégner de cet homme qu'elle aimait passionnément. Harlock lui céda rapidement, lui offrant une nuit inoubliable qui fut suivi de beaucoup d'autres durant tout ce mois de novembre trois mille cent cinq. Ellie goûtât chaque instant partagé avec cet homme, oubliant toute retenue, laissant se révéler durant leurs étreintes tout l'amour qu'elle ressentait pour le capitaine de l'Arcadia. Celui-ci aussi n'était pas en reste. Ces quatre semaines qui seraient les dernières de sa vie, il tint à les donner à la femme qu'il aimait, s'offrant totalement à elle, mettant à nu son âme tout comme les sentiments qu'il nourrissait pour elle. Les deux amants ne manquaient pas d'imagination en matière de plaisirs et le mois fila sans qu'ils ne s'en rendent compte.

La transition avançait correctement. La plupart des institutions venaient de basculer sous l'autorité de Von Kiel. Le chef Patrick ainsi que l'équipe de Chambers reçurent leur lettre de licenciement des services de police signée de la main du nouveau ministre de l'intérieur. L'ensemble des personnes concernées reçurent les missives un sourire aux lèvres. Une semaine avant la date butoir, la totalité du gouvernement était composé de membres de l'aristocratie. Ryo gardait sa place de chef du gouvernement jusqu'à la date où prendrait fin le régime démocratique mais il n'avait plus aucun pouvoir. Le couronnement de Von Kiel serait célébré le deux décembre. Pendant ce long mois de tracasseries administratives liées au transfert des pouvoirs, il avait longuement réfléchi. Sa décision était prise et il comptait en aviser le capitaine de l'Arcadia en dernier après avoir averti son épouse ainsi que son père. Il savait le mal qu'il allait leur faire mais il n'envisageait guère de changer d'avis.

La nuit tombait rapidement sur la capitale d'Amos. Un fin manteau de neige recouvrait la ville. Et alors que le réveillon de Noël et la nouvelle année approchaient, les gens n'avaient guère le cœur à la fête. Les rues, qui l'année passée était emplie de monde, ne comptaient que quelques passants, pressés de rentrer chez eux. La nouvelle année ne s'annonçait pas sous les meilleurs auspices et Ryo ne pouvait qu'être d'accord avec eux. Machinalement, il fit tourner son anneau d'époux entre ses doigts. Nynna entamait son quatrième mois de grossesse et Ryo espérait que tout continuerait a aussi bien se passer pour la santé de son épouse que jusqu'à présent. Il savait qu'il ne devait pas anticiper autant l'arrivée de sa fille ou de son fils mais il décida d'arpenter les magasins afin d'acheter au nouveau-né un cadeau de Noël ainsi que tout ce qui serait nécessaire pour ses premiers mois car après tout, une fois en exil dans l'espace, Nynna n'aurait pas la possibilité d'acheter ce qu'il faudrait pour le nourrisson. Ayant eu par Harlock confirmation que la planète et l'armée de Von Kiel avaient été débarrassées des espions du duc, il décida de sortir sans garde du corps avec lui. Il se contenta de prévenir le chef Patrick qu'il allait avoir un peu de retard.

Il mit son épais manteau en laine noire puis il quitta le bâtiment. Il caressa de la semelle de sa botte le doux manteau de neige les yeux plongés dans le ciel étoilé qui brillaient de milliers diamants scintillants. Il regarda vers la grand-place qui suivait le siège de l'assemblée interstellaire, vide de monde en respirant profondément. L'air frais lui piqua le nez et lui rosit les joues. Etrangement, ses pensées se tournèrent vers Kurt Wilson. Il se demandait si le fils de celui-ci allait bien, entouré par des membres du Consortium. Il ne pouvait rien faire pour cet enfant et en était sincèrement désolé. Il espérait juste qu'il n'était pas malheureux. Il avança lentement dans la neige, écoutant son crissement sous ses pas.

La neige se remit à tomber, effaçant les traces de son passage. Il se dirigea vers l'avenue où les boutiques éclairaient le trottoir de leurs lumières criardes. Il vit alors une boutique spécialisée dans les articles pour nouveaux nés où il aperçut en vitrine des boules de noël destinées à célébrer le premier Noël des enfants. Il entra, s'attarda entre les rayons. Il acheta une boule rose ainsi qu'une boule bleue, ignorant si son enfant serait une fille ou un garçon. Il acheta ensuite un berceau en osier blanc sur roulette, une table à langer, une commode, un landau et un petit lit. Il paya en caisse et alla chercher son tout-terrain où l'ensemble des achats fut entassé dans le coffre. La vendeuse, surprise, supposa que le chef du gouvernement voulait faire un beau cadeau de Noël à un couple qui attendait un heureux événement. Ryo, pendant tout le temps qu'il faisait son choix avait bien vu que la vendeuse le courtisait sans vergogne. Elle lui souriait beaucoup et ses œillades aguicheuses ne permettaient aucun doute. Il lui sourit poliment une fois les emplettes chargées dans son véhicule puis il continua à déambuler à travers l'avenue. Il repéra un magasin de jouets où il acheta une dizaine de peluches qu'il chargea dans son tout-terrain. Il continua sa petite promenade, cherchant différents cadeaux pour les personnes qui comptaient pour lui. Au bout de deux heures, son véhicule était plein comme un œuf. Il finit par trouver une bijouterie où il comptait bien trouver un joli cadeau pour la femme de sa vie. Il repéra un très beau collier en or qui comportait un médaillon en forme de dragon dont l'œil et la langue étaient représentés par un rubis. Il acheta le bijou et le fit emballer dans un joli écrin rouge. Ryo reprit ensuite son tout-terrain pour se rendre au château d'Harlock.

Il roulait prudemment sur la neige en traversant la ville. Il sortit de la capitale pour emprunter la route des collines qui surplombaient la cité. Lorsqu'il quitta la montée pour avancer à travers la route sinueuse qui traversait la forêt, un véhicule dont les phares étaient éteints se glissa derrière lui. Le conducteur restait à bonne distance.

- Je suis derrière la cible, annonça le conducteur à travers son micro casque. Non, il ne s'est rendu compte de rien, son véhicule est beaucoup trop rempli pour qu'il ne s'aperçoive de quoi que ce soit. Quels sont vos ordres ?

Le conducteur écouta attentivement les directives.

- A vos ordres, Votre Altesse.

Il changea de fréquence.

- Ordre est donné de capturer la cible sans l'abîmer, indiqua l'homme. Que tout soit prêt au prochain croisement, la route étant à sens unique, il ne pourra s'échapper.

Ryo regarda sa montre. Il allait finalement rentrer plus tôt que prévu ce qui lui permettrait de profiter d'une agréable soirée au coin du feu avec Nynna. Il sourit de contentement. Sa joie fut de courte durée lorsqu'il vit deux véhicules barrant la route au prochain croisement. Les phares éclairèrent leurs armes. Ryo freina brusquement mais la voiture qui s'était glissée derrière lui ne l'entendait pas de cette oreille, il défonça le parechoc arrière et poussa le véhicule de Ryo qui emboutit les deux voitures qui faisaient barrage. L'un des hommes se précipita sur sa portière, l'ouvrant brusquement. Ryo défit prestement sa ceinture afin de décocher une belle droite à son agresseur. Celui-ci prit le coup dans la mâchoire, ce qui fit qu'il perdit deux dents et se retrouva à cracher du sang. Ryo en profita pour sortir de la voiture afin de s'échapper mais alors qu'il se dirigeait vers l'arrière du tout-terrain, il se retrouva face à un canon de mitraillette. Il leva les mains et l'homme fouilla ses poches pour sortir des menottes qu'il tendit au chef du gouvernement. Celui-ci les prit puis, brusquement, il les lâcha, saisit le canon de l'arme qu'il détourna, éclatant le nez de son ennemi avec son coude. Il assena plusieurs coups dans le ventre du mystérieux conducteur puis se précipita dans la forêt. Il slalomait entre les arbres en espérant semer ses poursuivants.

Le conducteur essuya le sang qui s'échappait de son nez tout en faisant signe aux autres de poursuivre la cible. Ryo courait aussi vite qu'il le pouvait mais ses bottes faites pour la ville ne se prêtaient guère à ce genre de rythme. Il arriva dans une clairière où il vit un véritable barrage de mitraillettes qui lui faisaient face. Il s'arrêta, regarda autour de lui et vit qu'un cercle s'était formé, l'entourant de toute part d'armes destructrices. Ryo se calma instantanément. Il se dit que sa dernière heure était probablement arrivée et attendit patiemment le premier tir. Le responsable de la mission observait l'homme qui se trouvait au centre du cercle, il était calme, serein, et en aucun cas terrifié. Pourtant, n'importe qui face à une telle puissance de feu aurait été pris de panique mais apparemment le chef du gouvernement était fait d'un tout autre bois que le commun des mortels. Le responsable s'avança à travers le cercle formé par ses hommes. Il lança les menottes près des pieds de Ryo.

- Mettez-les ! ordonna-t-il froidement.

- Hors de question ! refusa Ryo. Si vous choisissez de m'éliminer, je ne vais pas vous offrir la possibilité de m'humilier !

- Ordre nous a été donné de ne pas vous abîmer mais si vous vous obstinez, vous nous contraindrez à faire usage de la force !

La lune éclaira le responsable et Ryo put voir le tatouage qui se trouvait à l'intérieur de son poignet

- Vous êtes envoyé par le duc de Péhant, comprit Ryo.

- Vous êtes très observateur, Kimura, le félicita le responsable. Le duc nous a demandé de vous amener jusqu'à lui. Dîtes vous que, si vous inclinez, il vous accordera quelques jours de vie supplémentaire ce qui donnera la possibilité à vos amis de tenter quelque chose pour vous sauver.

- Et ainsi vous offrir la possibilité de les tuer ? ricana Ryo. Hors de question !

- Désolé, Kimura, mais vous allez devoir venir avec nous que cela vous plaise ou non ! Steischer ! hurla le responsable.

Ryo sentit une piqûre au niveau du cou puis sa vue commença à se troubler. Ses jambes cessèrent rapidement de le porter et il s'effondra dans la neige. Le dénommé Steischer s'approcha avec son fusil tranquillisant toujours en joue. Ryo sentit une vague de sommeil l'envahir qui le fit sombrer dans l'inconscience. Le tireur rengaina son arme afin de s'emparer de sa proie qu'il transporta jusqu'à un mini vaisseau chargé de l'emmener vers celui qui le porterait jusqu'au duc de Péhant sur Mars. Le vaisseau poussa ses moteurs au maximum afin de ramener le chef du gouvernement le plus rapidement à Oscar.

Ryo reprit connaissance quelques heures plus tard. Il sentit sous sa joue, le moelleux d'un coussin tout en constatant que ses mains étaient solidement attachées dans son dos. Il se releva doucement. Sa gorge était sèche et son cerveau le lançait quelque peu. Il fit face à ses agresseurs tout en cachant ce qu'il ressentait au plus profond de lui. Comme le duc disposait de la nanotechnologie il craignait qu'il n'en use sur lui. Steischer lui donna à boire grâce à une paille plantée dans un gobelet d'eau. Le vaisseau arriva sur Mars vingt-quatre heures plus tard. Le responsable continuait de l'observer. Le calme olympien de Ryo l'inquiétait au plus haut point aussi ne comptait il pas le perdre des yeux une seule minute. Une fois l'appareil posé, Ryo fut débarqué. Il vit sur le tarmac le duc de Péhant accompagné d'Aristote Zone qui le regardait avec un sourire cruel aux lèvres. Un canon poussa Ryo dans le dos et celui-ci dut avancer vers ceux qui avaient ordonné sa capture.

- Qu'est-ce que vous me voulez ? les interrogea Ryo dès qu'il fut en face d'eux.

- Vous faire payer votre insubordination, affirma Oscar en souriant. Avec un petit bonus en plus.

- Sans rire ? ironisa Ryo. Je pourrai savoir ce que vous avez prévu pour vous venger ?

- Une petite séance en tête à tête pour nous deux, ensuite, une fois que je me serai suffisamment amusé avec vous, une mise à mort publique.

- Qu'est-ce que vous voulez dire par « petite séance en tête à tête » ? s'inquiéta Ryo.

- D'après vous ? se moqua Oscar. Je compte bien découvrir ce qui a fait qu'Hans vous a préféré à moi.

Le cœur de Ryo s'emballa pour la première fois de sa vie, un frisson parcourut son dos. Il n'avait aucune envie de servir de passetemps au duc. Celui-ci vit un bref éclair de peur dans les yeux de sa proie ce qui le réjouit fortement. Le chauffeur ouvrit la portière de la limousine alors que le duc se dirigeait vers elle. Ryo fut poussé vers la voiture et dut accepter de monter après que le duc et qu'Aristote se soient installés. La voiture quitta ensuite le spatio-port pour traverser la ville.

- Tu comptes démarrer tes petites séances avec Kimura dès ce soir ? s'enquit Zone en regardant son complice en matière de parties fines et de complots politiques.

- Bien entendu, affirma Oscar en riant. Il faut battre le fer tant qu'il est chaud et je ne compte pas laisser respirer ce cher Kimura. Ce petit arrogant m'en a fait voir de belles pendant tout le temps de la mise en place de notre plan et je compte bien le lui faire payer.

- Tout ce que vous pourrez me faire ne pourra me faire oublier les douces étreintes de Hans, ricana Ryo. Vous, vous êtes juste une brute qui prend ce qu'il désire de force.

Le regard du duc s'emplie de colère.

- Amuse-toi bien avec lui, ironisa Aristote en regardant Oscar. Je te souhaite bien du plaisir à sauter un gars qui ne cessera de vanter les exploits au lit de l'homme que tu convoites tant.

- Ne t'inquiètes pas, une fois sous Crazy Sex, sa belle assurance s'envolera !

- Pour moi, ça me va, approuva Ryo avec un sourire en coin. Vu que le lendemain, je ne me rappellerai de rien de ce qui se sera passé, au moins je ne pourrai me ressasser les événements et ils ne pourront me ronger de l'intérieur.

- C'est ce que vous croyez, sourit Oscar. La drogue que je vous réserve n'effacera pas votre mémoire. Je tiens à ce que vous vous rappeliez de tout.

« Et tu te dis que je vais finir par te supplier, pensa Ryo. Tu rêves ! Tu ne me briseras pas, je tiendrai bon ! Tu auras mon corps pour t'amuser mais je ne te laisserai pas contrôler mes émotions. Je ne plierai pas, Oscar ! »

Oscar planta son regard dans celui du chef du gouvernement et comprit que celui ne serait pas facile à briser. Cependant, le duc adorait relever les défis et plus ceux-ci étaient corsés, plus ils lui plaisaient. La limousine traversa la campagne de Mars pour arriver dans la zone des montagnes où le désert dominait. Oscar avait fait bâtir une forteresse dans les pics acérés. Celle-ci, cachée grâce aux massifs rocheux, était passée inaperçue aux satellites du Consortium puis à ceux de la démocratie. La limousine passa le pont-levis qui se leva derrière elle, laissant la forteresse inaccessible car entourée par des ravins abruptes soulignées de pics de roche coupants comme des rasoirs.

Ryo descendit du véhicule, observant les lieux. Des hautes tours équipées de canons, des centaines de soldats armés jusqu'aux dents firent comprendre à Ryo qu'il ne pourrait fuir ce lieu maudit où il risquait de subir les pires sévices. Il fut emmené dans une salle vide de mobilier où il vit des chaînes pendre au plafond. Aristote Zone prit congé des deux hommes dès qu'ils parvinrent dans la pièce où les tortures de Ryo allaient commencer. Le duc assomma sa proie qui s'effondra sur le béton glacé. Il le dévêtit entièrement, lui plaça un collier en cuir serré raccordé à une chaîne au niveau de la nuque, il attacha ensuite ses deux mains jointes au-dessus de la tête à une chaîne. Les jambes de Ryo furent entravées pour empêcher tout mouvement ou tentative de défense de la part du nouveau jouet d'Oscar. Une fois sa victime solidement attachée, il se releva. Oscar ne put que constater que le chef du gouvernement n'avait pas qu'un joli minois, il avait des formes de toute beauté. Lui qui paraissait si fragile était en fait assez bien bâti et son ossature fine ne l'avait pas empêché de se muscler correctement ce qui lui donnait un corps des plus élégant. Il fut interrompu dans sa contemplation en entendant la lourde porte en fer s'ouvrir. Friedrich Von Stadt s'approcha doucement.

- A ce que je vois, tu as réussi à le capturer, constata Von Stadt. Tu penses vraiment qu'Harlock va venir pour le récupérer ?

- J'en suis certain, affirma Oscar. Ce vieux pirate l'aime, je le sais. Il ne supportera jamais que je m'amuse avec.

- Que comptes-tu faire une fois que tu l'auras entre tes mains ?

- La même chose que je fais avec toi ou que je vais faire avec son précieux Kimura, ricana Oscar. Il me tarde que mon pirate se pointe. Je vais patienter en m'amusant avec celui-là en attendant. Il est vraiment bien roulé. Son costume cravate l'amincissait beaucoup et le faisait passer pour un être fragile mais une fois déshabillé, il est magnifique.

- Est-ce qu'au moins tu me rejoindras de temps en temps ? s'inquiéta Friedrich.

- Ne t'angoisse pas pour cela, soutint Oscar en souriant. Une fois Hans entre mes mains, toi et moi, nous allons nous offrir des nuits torrides avec ces deux merveilles.

Oscar enlaça Friedrich afin de l'embrasser passionnément. Et alors que Ryo gisait inconscient, les deux amants se lancèrent dans des ébats passionnés et violents. Oscar, après avoir demandé l'avis d'un psychiatre en lui confiant le dossier de Von Stadt, avait vite comprit tout l'intérêt qu'il avait à devenir l'amant du jeune homme. Celui-ci lui était entièrement dévoué et le duc allait utiliser cette fidélité à bon escient. Il comptait l'envoyer sous peu en mission suicide éliminer le roi Von Kiel pour porter un coup fatal aux aristocrates qui s'opposaient à lui. Il n'allait pas tarder à régner sur la totalité des planètes occupées par les humains, il en était certain. Une fois sa domination installée, il s'occuperait de sa descendance tout en gardant le capitaine de l'Arcadia sous sa coupe en amant docile et dévoué. Tout en faisant atteindre l'extase à Von Stadt, il pensait aux victoires qui se profilaient à l'horizon avec l'élimination de tous les opposants au Consortium. Il s'abandonna en Von Stadt en pensant aux charmes du capitaine de l'Arcadia tout en mordant l'épaule de Friedrich jusqu'au sang. Von Stadt était aux anges, Oscar n'avait jamais été aussi fougueux auparavant.

Alors que Ryo était en route pour Mars entre les mains du commando venu le capturer, Harlock était très inquiet du retard pris par son ami, aussi appela-t-il Grant pour savoir vers quelle heure Ryo comptait rentrer. Lorsqu'il apprit par Elliot que le chef du gouvernement avait quitté le siège de l'assemblée interstellaire sans avertir personne, son sang ne fit qu'un tour.

- Il faudrait que tu localises la voiture de Ryo pour moi, Toshiro ! indiqua-t-il à son ami en utilisant la radio en forme de crâne pour le contacter.

- Attends une minute… Ce n'est pas bon, Hans, son véhicule est à deux kilomètres d'ici mais semble immobilisé… Il a peut-être eu une crevaison… Merde, oublie la crevaison, il a été victime d'une embuscade, les images que je reçois du satellite militaire sont sans ambiguïté.

Harlock sortit de son bureau pour se rendre dans le salon de l'aile ouest. Ellie, en voyant son air inquiet, comprit qu'il se passait quelque chose de grave. Harlock alla directement vers Eliasis.

- Tu vas faire venir les autres sexaroïdes ici et je t'ordonne d'empêcher Nynna, Ellie, Ann et Sandy de sortir de cette pièce ! Est-ce clair ?

- Oui, monsieur, affirma Eliasis qui lança le signal de ralliement à ses collègues qui arrivèrent rapidement.

- Ca concerne Ryo ? s'angoissa Nynna en bondissant de son siège. Hans, réponds moi je t'en supplie !

- Je ne peux rien te dire pour le moment, avoua celui-ci. Il faut que tu te détendes. Veilles sur elle, Ellie, étant donné son état, il faut qu'elle reste calme.

Ellie s'approcha de son amie et la prit dans ses bras. Nynna tremblait comme une feuille. Ellie tenta de la réconforter mais les larmes de Nynna se mirent à couler.

Harlock rejoignit les policiers qui étaient en train de travailler sur le dossier judiciaire des crimes de guerre avec le procureur. Celui-ci se leva en voyant le regard bouleversé du capitaine.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit le chef Patrick, inquiet.

- Ryo a disparu. Toshiro a trouvé son tout-terrain abandonné à deux kilomètres d'ici.

En apprenant cela, les policiers ainsi que le procureur se jetèrent sur leur manteau, les policiers complétant leur mise avec les armes de service qu'ils avaient volontairement oublié de rendre. Le petit groupe descendit au garage souterrain où ils prirent deux tout-terrains. Toshiro balaya la zone en essayant de retrouver le chef du gouvernement mais en vain. Il fut soulagé de ne pas trouver de corps. Les policiers ainsi que le capitaine ne purent que constater la disparition de leur ami. Les voitures chargées de piéger Ryo avaient été abandonnées par leurs occupants. Ils suivirent les traces de Ryo jusqu'à la clairière où, le cœur battant ils virent d'innombrables traces de bottes de militaires. Le cœur battant à tout rompre, Hans s'avança dans la clairière. Il n'y avait aucune trace de sang dans la neige ce qui laissait supposer que le chef du gouvernement était toujours vivant. Ryo avait été kidnappé. Il n'y avait que deux possibilités soit Von Kiel avait changé d'avis et avait décidé de se débarrasser du chef du gouvernement soit c'était Oscar de Péhant qui avait ordonné son kidnapping dans le but de se venger. Hans espérait de toute son âme que son ami ne se trouvait pas entre les mains du duc. Il connaissait la sauvagerie de cet homme et il savait qu'il prendrait plaisir à faire subir les pires sévices au chef du gouvernement.

- Toshiro, est-ce que les satellites ont relevé le départ imprévu de vaisseau ? s'enquit Harlock

- Je n'ai rien mais je peux essayer de relever les traces énergétiques en les comparant avec les vols prévus, proposa Toshiro calmement.

Harlock patienta sous le regard inquiet des policiers et du procureur qui l'avait rejoint au milieu de la clairière.

- J'ai bien une trace énergétique, Hans, l'informa Toshiro. En extrapolant, il semblerait que le vaisseau qui l'aurait laissé se dirigerait vers Mars

- Oh ce n'est pas vrai ! s'exclama Harlock, écœuré. Il est entre les mains du duc. Le vaisseau est parti il y a combien de temps ?

- Tu ne vas pas aimer, Hans, il y a trois heures environ. Vu les traces, ils sont partis à pleine vitesse et j'ai l'impression qu'il s'agit d'un vaisseau de dernière génération.

- Il faut que je parte à son secours, décida Harlock. Je ne peux pas le laisser entre les mains du duc, je sais exactement de quoi ce monstre est capable.

- Attendez Hans, s'opposa le chef Patrick. Je ne peux pas vous laissez prendre un tel risque. Si vous vous faites capturer vous aussi, on se retrouvera dans une situation catastrophique. Il est évident que le duc se sert de Ryo comme appât. Je ne peux pas vous laisser faire cela.

- Je vous souhaite bien du plaisir si vous voulez m'empêcher d'aller au secours de mon ami, menaça Harlock, le regard étincelant de colère.

Les policiers étaient bloqués. Ils ne pouvaient envisager d'utiliser la force contre lui. Ils ne feraient pas le poids, de plus le chef Patrick ne pouvait envisager de brutaliser quelqu'un qu'il respectait plus que tout.

- Dans ce cas, on vient avec vous pour vous prêter main forte, décida Chambers.

- Hors de question, si je me fais prendre, il faudra évacuer le château en vitesse et mettre ma famille et celle de Ryo en sécurité sur une base secrète en attendant l'exil. Une que je ne connais pas car si le duc m'implante les nanos je pourrai lui indiquer la base de retrait. Il faudra donc l'évacuer elle aussi.

- On a trois milles personnes là-bas, paniqua Mitchell. C'est infaisable, capitaine !

- Alors commencez à prier pour que tout se passe bien, affirma Harlock. Toshiro, décollage immédiat, viens me chercher, il faut gagner le duc de vitesse.

- Même en mettant les moteurs à fond, on n'y arrivera pas, Hans, soutint Toshiro tristement.

- Il faut libérer Ryo, je ne peux pas le laisser entre les mains du duc, je le condamnerai à une longue agonie !

L'Arcadia fit chauffer ses moteurs. N'ayant personne pour défaire les entraves, Toshiro décolla doucement, les arrachant proprement sous les yeux ébahis du personnel au sol, chargé de la maintenance des autres vaisseaux de l'académie. Il se leva élégamment vers le ciel étoilé puis il glissa doucement sur les zéphyrs de la capitale pour rejoindre son ami qui l'attendait impatiemment. Il atteignit la clairière une dizaine de minutes plus tard. Les personnes présentent levèrent la tête dès que la lumière de la lune disparut, remplacée par les spots qui se trouvaient sur le ventre de l'Arcadia. Toshiro fit descendre la nacelle afin que son ami puisse embarquer en toute sécurité. Les policiers et le procureur assistèrent impuissants au départ du capitaine. Ils n'avaient plus qu'à retourner au château, préparer ses habitantes à une évacuation rapide en cas d'échec d'Harlock. Le capitaine se rendit directement à la timonerie. Il alla au système de communication afin de prévenir Ellie de son absence. Une fois celle-ci informée de la situation, Hans put la voir s'effondrer psychologiquement. Ellie, tout le temps de son absence, allait être rongée par l'angoisse. Malgré la peur qui la gagnait, elle décida de faire bonne figure devant son amour pour ne pas l'inquiéter.

- Je comprends, Hans, soit très prudent d'accord ? souhaita-t-elle, les larmes lui montant aux yeux. Je veillerai sur Nynna, ne t'inquiète pas.

- Je suis désolé, ma chérie, s'excusa Harlock. Mais je ne sais que trop ce dont le duc est capable pour laisser Ryo entre ses mains. Si je ne peux le sauver, je l'éliminerai, privant le duc du plaisir de le faire souffrir pendant des jours.

- Bonne chance, mon ange, salua Ellie en coupant la communication.

Ellie, une fois la communication terminée, s'effondra en pleurs devant la console des communications, une douleur sourde au cœur et une boule d'angoisse dans l'estomac. Harlock passa ensuite ses ordres à Eliasis via un message directement envoyé au système de réception de la sexaroïde qui transmit les directives à l'ensemble des êtres mécaniques du château. Ellie vit alors Eliasis commencer à regrouper des vêtements pour les placer dans des valises. Un autre sexaroïde se chargea de formater les ordinateurs, effaçant grâce à un virus très puissant la totalité du contenu des disques durs. Ellie, en les voyant agir ainsi, comprit que l'homme de sa vie n'était absolument pas sûr de s'en sortir lui-même dans cette tentative désespérée pour sauver son ami, ce qui la fit souffrir encore plus. Harlock, une fois les différents ordres passés, se rendit à la salle de l'ordinateur.

- Où en est le programme crée par Ryo ? s'enquit-il d'une voix douce.

- Il est terminé. Il a abattu un sacré travail en si peu de temps. Il a modifié le programme d'origine pour bloquer l'autodestruction des nanos avec diffusion du poison. Bien sûr, c'est théorique mais j'ai vérifié le programme et je pense que cela fonctionnera. Cela risque d'être serré par contre. Comment comptes-tu donner le traitement qui annihilera le médicament anti-rejet ?

- En même temps qu'ils le diffuseront dans l'eau, affirma Harlock.

- Je ne suis pas médecin mais il ne risque pas d'y avoir interaction médicamenteuse ?

- C'est le but non ? sourit Harlock. Ne t'inquiète pas je me suis renseigné auprès du docteur Sanders, ce sera sans danger pour la population. Ce qui m'inquiète le plus c'est comment diffuser le nouveau programme à l'ensemble des personnes infestées.

- Ca, c'est dans mes cordes, j'ai ma petite idée.

- En même temps si tu as le moyen de le faire, les autres auront la possibilité d'utiliser la même méthode pour remettre leur propre programmation, s'inquiéta Hans.

- Ne t'inquiète pas, Ryo a aussi pensé à cela. En diffusant sa programmation, il va changer les codes qui permettent d'accéder aux nanos avec un verrouillage de sécurité au cas où les aristocrates découvraient notre plan. Ils ne pourront jamais y accéder, les nanos auront finis dans les excréments de la population avant qu'ils n'aient le temps de trouver le code. Une autre petite chose à laquelle Ryo a pensé, si notre plan n'est pas découvert, pour que la population, une fois libérée, ne se rebelle pas montrant ainsi qu'elle n'est plus sous l'influence des nanos. Un message lui sera transmis pendant l'arrêt de celles-ci afin qu'elle continue à agir docilement pour éviter qu'elle ne soit infestée à nouveau. Si tout se passe bien, les aristocrates ne se rendront même pas compte que la population n'est plus sous l'influence des nanos. Mais par précaution, il faudra trouver le labo d'Oscar et le détruire avec l'ensemble des programmeurs. On ne pourra pas faire dans la dentelle, mon ami !

- Ca me va. Je te fais confiance pour gérer cette crise, affirma Harlock.

- Par contre, ça m'arrangerait bien que tu me ramènes Ryo pour qu'on puisse tout mettre en place plus efficacement car tout seul je risque d'avoir du mal, avoua Toshiro dans un petit rire.

- Je ferai tout pour, je te le promets. Si jamais je me fais prendre, tu devras quitter Mars et te mettre au service de la Résistance. Yattaran prendra le commandement. Aidé par Kei, il devrait faire beaucoup de dégâts aux vaisseaux du duc.

- Comme tu voudras mais fais tout pour revenir d'accord ?

- Promis, mon ami, sourit Harlock.

L'Arcadia poussait ses moteurs au maximum mais l'autre vaisseau étant un petit appareil de transport et non un bâtiment de guerre puissamment armé, il était beaucoup plus rapide et le vaisseau d'Harlock n'arriva que vingt-quatre heures plus tard. Il s'installa au même endroit que lors de sa première venue sur cette planète. Toshiro, grâce à un satellite militaire tentait de trouver le signal du traceur cutané de Ryo. Il finit par le localiser dans une zone où, en théorie, il n'y avait rien à part une route slalomant à travers les montagnes escarpées du désert. L'ordinateur, intrigué, changea à plusieurs reprises l'angle de vue du satellite et finit par trouver la base secrète d'Oscar dont il envoya les images sur l'écran géant de la timonerie. Hans, en les voyant, comprit que ses chances de réussite venaient de réduire comme peau de chagrin. Il trouva bien un passage pour entrer mais il se faisait par l'arrivée d'eau qui partait de la rivière, ce qui allait le forcer à nager en apnée pendant plusieurs minutes. Il n'avait aucune idée des compétences de nageur de Ryo et il ignorait dans quel état il se trouvait. Ils auraient une petite chance de fuir si le duc n'avait pas eu le temps de le torturer ce dont il doutait fortement. Il allait malgré tout tenter le sauvetage.

Il retira sa cape, qu'il posa sur son fauteuil de capitaine. Sous le regard inquiet de Toshiro, qui n'ignorait rien des dangers qui guettaient son ami étant donné la configuration des lieux, Hans descendit à la piste d'envol où il prit un petit appareil furtif. Toshiro ouvrit les portes et le petit appareil fila à travers la nuit rougeoyante de Mars. Harlock, sous les indications de son ami, évita l'espace balayé par les caméras de surveillance. Il arriva dans la zone de pompage. Hans posa son appareil discrètement. Toshiro se chargea des systèmes de sécurité afin que le passage de son ami passe inaperçu le temps de l'opération. Harlock se glissa furtivement entre les conduits d'extraction d'eau chargés d'alimenter la forteresse. Il arriva près du bassin de stockage dans lequel il se glissa lentement pour ne pas éveiller l'attention du garde qui faisait sa tournée à travers la station. Il longea doucement le bassin en nageant puis plongea afin d'emprunter le tunnel qui menait au système d'approvisionnement en eau. La traversée en apnée dura plusieurs minutes. Il sortit de l'eau en se hissant sur le bord qui longeait tout le système. Toshiro, une fois son ami à l'intérieur du complexe, commença à espionner les systèmes de sécurité pour trouver l'endroit où était retenu Ryo Kimura. Lorsqu'il trouva enfin la pièce, il ne put réprimer un cri de dégoût que le capitaine entendit.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? s'enquit Harlock en murmurant.

- C'est le duc, il est avec Ryo et il lui fait des trucs… Enfin la même chose qu'il t'a fait je pense, je suis désolé Hans…

- Il n'est pas blessé au moins ? insista Harlock, écœuré par ce qu'il venait d'apprendre.

- Non, mais son visage en dit long. Il faut vraiment le sortir de là ! confirma Toshiro, atterré par ce qu'il voyait.

- Libère moi un passage jusqu'à lui !

Ryo, après avoir été assommé, se réveilla difficilement plusieurs heures plus tard. A sa grande surprise, il trouva le jeune Von Stadt face à lui avec un plateau repas qu'il posa au sol près de lui. Il défit l'entrave des mains de Ryo afin que celui-ci puisse manger. Ryo refusa toute nourriture se contentant de l'eau de la carafe. Les nanos étant invisibles dans la nourriture ou les boissons colorées, se contenter d'eau était la seule façon pour lui d'éviter d'en ingérer. Il vida la carafe d'un trait puis son geôlier l'attacha à nouveau de la même manière qu'Oscar l'avait fait. Ryo se retrouvait ainsi contraint à rester allongé. La matinée se déroula lentement tout comme l'après-midi.

Le soir arriva et la porte s'ouvrit pour laisser passer un duc goguenard qui referma la porte derrière lui. Ryo vit la seringue dans sa main. Il comprit que la séance de torture allait commencer. Il respira profondément. Oscar se dirigea vers une commande murale. Il appuya sur le bouton de levée des chaînes qui maintenaient ses poignets, le forçant à se lever, les bras tendus vers le plafond. Il se retrouvait debout, jambes écartées, complètement à la merci du duc. Celui-ci s'approcha, regardant avec attention le corps de sa proie. Ne pouvant résister, il caressa la taille du chef du gouvernement, s'attardant sur les abdominaux puis il caressa les pectoraux. Il planta la seringue dans le biceps droit, injectant la dose de Crazy Sex, destinée à rendre Ryo fou de désir. Sachant qu'un petit coup de pouce ne rendrait que la drogue plus efficace, il commença à déposer des baisers sur la gorge de Ryo dont le visage afficha un dégoût absolu. Le cœur du jeune homme s'emballa. La drogue, envahissant son organisme, fit naître des envies dont il n'avait aucun désir de faire profiter le duc. Des larmes de dépit roulèrent sur ses joues alors que la main du duc s'attardait sur son intimité. Ryo ferma les yeux afin de ne penser qu'à une seule chose, son épouse qui devait s'inquiéter et espérer son retour. Il savait ce qui l'attendait, aussi préféra-t-il penser qu'il était loin de là, dans un champ de fleurs entourées d'arbres, une douce brise caressant son visage. Son père lui avait expliqué que certaines personnes victimes de ces crimes se dissociaient de leur corps pour avoir l'impression que cela ne leur arrivait pas à eux mais à quelqu'un d'autre. Ryo pensait que c'était là, la meilleure solution pour limiter le traumatisme, aussi laissa-t-il son esprit vagabonder loin de son corps. Un violent cri de douleur s'échappa de sa gorge lorsqu' Oscar lui empoigna les cheveux avec force, le forçant à le regarder dans les yeux

- Tu crois vraiment que je vais te donner la possibilité de fuir mentalement ? ricana cruellement Oscar. Ton esprit va rester avec moi et subir tous mes désirs !

Les larmes de Ryo se mirent à couler sans s'arrêter alors qu'il sentait les lèvres du duc se refermer sur son intimité que la Crazy Sex avait préparée à l'acte. Oscar s'attarda longuement sur la verge du jeune homme jusqu'à ce que celui-ci ne puisse plus se retenir. Ryo pensa alors au capitaine de l'Arcadia. Il comprenait mieux que jamais ce dont il avait été victime.

- Hans, murmura-t-il sans s'en rendre compte.

Cet appel fit sortir Oscar de ses gonds qui frappa Ryo durement au niveau des abdominaux. Il se plaça derrière Ryo dont l'intimité, nullement apaisée, était à nouveau prête. Ryo en sentant la verge du duc qui tentait de s'immiscer en lui, résista de toutes ses forces. A ce moment-là, la porte s'ouvrit avec force, laissant passer Aristote Zone.

- Il va falloir mettre cela à plus tard Oscar, nous avons une intrusion, annonça Aristote. Quelqu'un est entré dans le système de sécurité en espérant passer inaperçu. Si tu veux mon avis, c'est Harlock qui doit essayer de parvenir jusqu'à lui.

- Mon Dieu non, sanglota Ryo. Sauve-toi Hans, ne viens pas !

- J'avais raison, sourit Oscar. Je savais qu'il viendrait pour lui !

- Termine rapidement, on a peu de temps devant nous si on veut mettre en place le plan, conseilla Aristote.

L'ancien responsable du Consortium sortit. Oscar, n'ayant plus le temps de se battre pour prendre l'intimité de Ryo de force, décida de se soulager en utilisant la superbe chute de rein de Ryo qui sentit les longs mouvements de va-et-vient du duc entre ses fesses. Il gémit de dégoût, impuissant à empêcher le duc d'utiliser ce subterfuge pour se satisfaire. Il sentit un liquide se répandre sur son dos alors que le duc, lui, s'était laissé tomber lourdement sur lui, haletant, satisfait par cette entrée en matière. Il mordit violemment l'épaule qui s'offrait à lui puis sortit laissant Ryo, humilié, l'intimité prête au combat, debout au milieu de la pièce pleurant de rage. Peu avant d'abandonner sa victime, il la bâillonna afin que celle-ci ne puisse prévenir son ami du piège tendu. Ryo ne voulait pas que son ami vienne à son secours ni qu'il le trouve dans ce triste état. Il faisait nuit dans la pièce où l'on ne pouvait entendre à travers le faible espace laissé par le bâillon que les sanglots du chef du gouvernement que celui-ci tentait de réprimer. Aristote Zone avait installé des caméras à vision nocturne qu'il alluma dès que son ami fut sorti. Oscar, un sourire aux lèvres, entra dans la pièce où se trouvaient les moniteurs de sécurité.

- Une fois Harlock dans la pièce, tu donneras l'assaut ? supposa Oscar en s'approchant de lui.

- Non, je veux m'assurer d'une certaine chose avant, affirma Aristote en souriant. Si j'ai raison, j'ai déjà une idée de la vengeance que l'on pourra s'offrir.

Les deux hommes patientèrent quelques minutes puis la porte en métal s'ouvrit sur un capitaine qui était encore humide de son bain forcé dans le réseau d'alimentation d'eau. Il referma la porte rapidement derrière lui. Il alluma la lumière et pâlit en voyant dans quel état était son ami. Il se servit de la console des chaînes pour que Ryo cessa de se retrouver exposé d'une manière aussi humiliante. Il se précipita ensuite vers lui, crocheta les serrures des chaînes pour le libérer. Ryo, écœuré, arracha son bâillon.

- Tu n'aurais pas dû venir, reprocha-t-il le visage ruisselant de larmes. Ils veulent te capturer et je sers d'appât ! Va-t-en, je t'en supplie !

- Tu crois que je ne m'en doutais pas en venant ici ? rétorqua Hans. Je ne pouvais pas te laisser avec ce monstre, je ne sais que trop ce dont il est capable !

Les larmes de Ryo se remirent à couler.

- Est-ce qu'il a eu le temps de te…

- En partie, avoua Ryo honteux. Je suis resté debout pendant trop longtemps, mes muscles sont ankylosés, je n'arriverai pas à te suivre ! Pars sans moi. Sans compter autre chose…

Hans, en voyant son ami rougir jusqu'aux oreilles, baissa les yeux et vit l'intimité de Ryo nullement apaisée.

- Je me doutais qu'il te ferait prendre cette merde, c'est pourquoi j'ai amené une dose d'antidote, indiqua Harlock en sortant une seringue de sa poche.

Il injecta le contenu dans le bras de Ryo. Il sortit ensuite un mouchoir de sa poche en voyant le liquide blanchâtre qui maculait le dos de son ami. Il commença à l'essuyer. Ryo, par réflexe, se raidit et s'éloigna brusquement en tremblant.

- Je voulais juste nettoyer les traces que ce salopard a laissé sur toi, le rassura-t-il. Tu as confiance en moi non ?

Ryo opina du chef en pleurant. Il n'avait jamais été aussi humilié. Hans s'approcha lentement pour ne pas l'effrayer. Ryo avait les nerfs à fleur de peau, ce qui était parfaitement normal après ce qu'il avait subi. Une fois que Ryo eut accepté sa présence près de lui, il lui essuya le dos en douceur. Une fois tout le liquide enlevé, il jeta le mouchoir au loin. Il retira sa veste de pirate et la passa autours des épaules de Ryo qui s'effondra totalement alors qu'il le serait dans ses bras pour tenter de le calmer. Le traitement tardait à agir et Ryo souffrait atrocement, son corps réclamant qu'il calme au plus vite le feu qui couvait en lui. Aristote et Oscar n'en perdaient pas une miette. Pour le responsable du Consortium, Kimura et Harlock avait joué la carte de l'homosexualité cachée pour embobiner Von Kiel et Oscar. L'attitude des deux hommes ne faisait que conforter son point de vue. Ryo était à bout. Son cœur s'emballait complètement et le sang battait dans ses tempes. Il jeta un regard suppliant à Harlock qui mit celui-ci dans un profond embarras.

- Ryo, je ne peux pas faire ça, avoua celui-ci, ni toi ni moi ne sommes de ce bord-là, il faut juste attendre que le traitement fonctionne.

- Je n'en peux plus, Hans, gémit Ryo.

Oscar, face à de tels propos, resta interdit, alors qu'Aristote eut un ricanement.

- Déployez les mitrailleuses et faites entrer nos troupes ! ordonna le responsable du Consortium d'une voix dure.

Ryo sentait enfin que le feu qui couvait en lui commençait à diminuer. Son rythme cardiaque baissait pour atteindre un nombre normal de pulsations. Son intimité avait repris sa taille d'origine. Il soupira en se détachant d'Harlock.

- Qu'est-ce qu'on va faire, Hans ? Ils ne vont pas tarder à nous tomber sur le poil. Je suis même surpris qu'ils ne l'aient pas déjà fait, se désola Ryo en regardant son ami.

Il regrettait sincèrement que celui-ci soit venu le chercher. Ils allaient se faire prendre tous les deux. Harlock lui sourit avec douceur pour tenter de le réconforter. Le capitaine savait qu'il avait toutes les chances d'être capturé mais ils avaient encore la possibilité de s'évader tous les deux. Alors que les deux hommes se relevaient, les mitrailleuses jaillirent des caches des murs. La porte s'ouvrit avec fracas, laissant passer des dizaines d'hommes qui les encerclèrent, suivi par un duc de Péhant dont le regard lançait des éclairs et un Aristote Zone qui souriait avec mépris.