Chapitre 45 : La fin d'une époque, le début d'une nouvelle ère.

Le roi Von Kiel, en apprenant l'arrestation de Hans Ludwig Von Harlock, fut anéanti. Son plan s'effondrait. Il n'avait plus personne pour diriger son armée et se retrouvait à espérer qu'Oscar respecterait le traité de non agression. Il assista au procès et son sang bouilla dans ses veines lorsque sa fille témoigna. Oscar avait toutes les cartes en main. Von Kiel, en voyant Harlock dans le box des accusés, se demanda comment le duc avait réussi à mettre la main sur le capitaine de l'Arcadia. Il ne fut pas long à faire le lien avec la mystérieuse disparition du chef du gouvernement, une semaine avant le transfert de pouvoir. Il ne comprenait pas pourquoi Harlock avait pris le risque de tenter de récupérer cet homme surtout qu'il devait bien se douter que le duc souhaitait plus que tout lui mettre la main dessus. Von Kiel se doutait que la fuite était sa dernière planche de salut tout comme Aristote Zone, il y avait presque deux ans. Il ne pouvait qu'admirer l'intelligence d'Oscar, faire accuser sa victime de son propre crime en s'étant assuré que ce procès serait la seule chose qui resterait de toute cette affaire.

Sur Amos, un autre groupe de personnes se trouvait bien embêté par cette situation. Le laboratoire chargé de créer le médicament destiné à annihiler le traitement anti-rejet des nanos ne savait comment livrer sa production. Celle-ci était fin prête et pouvait être livrée au client. Et à présent que leur principal actionnaire était aux arrêts, les chercheurs avaient une vague idée à qui était destinée cette production. Ils réalisèrent que le capitaine travaillait main dans la main avec la Résistance et que son brusque revirement pour se lier d'amitié avec les aristocrates n'en était pas un. Le responsable de la production, au début du procès, se rendit au bureau de la direction pour trouver une solution à cet épineux problème.

- Que faisons-nous monsieur ? s'enquit-il. Le capitaine devait venir récupérer lui-même cette production et je ne sais pas à qui on doit la livrer.

- A la Résistance, pardi ! s'exclama le directeur. Ce vieux pirate nous a mis dans une belle galère ! On n'a aucun moyen de localiser les Résistants qui, en ce moment, se planquent loin d'Amos en attendant le grand départ !

- On ne peut pas garder ce produit ici, monsieur, nous ne sommes pas à l'abri d'une inspection étant donné le nom de notre grand patron, insista le responsable de production.

- Je le sais bien, mais je ne vois pas à qui le livrer.

- On devrait peut-être le détruire, proposa le chef de production.

- Vous êtes devenu fou ! Si Harlock nous l'a fait produire, c'était qu'il y avait une raison, vitale, je dirai. Il n'aurait pas investi autant de deniers de sa poche et de temps pour un truc inutile ! Il faut qu'on le remette à la Résistance. Envoyez un message d'alerte sur le WEB parallèle, en utilisant nos codes internes de cryptage. Avec un peu de chance, la Résistance le reconnaîtra et viendra chercher la production, décida le directeur du laboratoire.

Le chef obtempéra et le signal fut envoyé. Alors que l'Arcadia quittait la base secrète, escorté par cinq autres appareils de la Résistance, le service de communications des dissidents décrypta un étrange message qui utilisait l'ancien codage des rebelles. Nynna fut avertie et, en découvrant que le signal provenait du laboratoire de Hans, elle décida d'aller voir, confiant les enfants d'Ellie à Nann. Nynna et Mat prirent un petit vaisseau de transport discret puis filèrent sous bouclier occultant vers Amos. Nynna se moquait de sa couverture. Pour elle, à présent qu'Harlock était démasqué, il n'était plus nécessaire à ses yeux qu'elle restât cachée. Mat se posa sur le toit du laboratoire en pleine nuit. Les deux amis descendirent, escortés par plusieurs soldats de la Résistance armés destinés à assurer leur sécurité. Nynna, une fois le toit sécurisé, pirata grâce à sa tablette numérique, la porte qui menait à l'étage inférieure ainsi que les systèmes de sécurité. Les soldats descendirent en premier, suivis par les deux civils, Mat placé devant Nynna, tenant à ce que celle-ci étant donné son état ne prenne aucun risque. Lorsque les soldats jaillirent dans le bureau du directeur, celui-ci s'étrangla avec son café sous la surprise. Il pensa sur le coup qu'il s'agissait d'hommes envoyés par les aristocrates et qu'il aurait dû faire ce que son chef de production lui avait conseillé et de détruire toute la production demandée par le capitaine de l'Arcadia. Il ouvrit des yeux grands comme des soucoupes en découvrant une Nynna resplendissante, tout ce qu'il y avait de plus vivante.

- Madame Kimura, bafouilla-t-il.

- C'est bien vous qui avez envoyé un message de détresse ? s'enquit-elle calmement.

- Oui, c'était pour vous avertir que la production demandée par le capitaine de l'Arcadia était prête, avoua-t-il d'une voix blanche.

- Nous n'avons pas beaucoup de temps. Faites monter la production sur le toit nous l'emmenons de suite ! décida-t-elle.

- A vos ordres madame, obéit-il, pas encore remis de sa surprise.

Il contacta les responsables des stocks et fit transférer la totalité de la production. Nynna retourna sur le toit suivi par le directeur. Par précaution, elle ouvrit une boite, prit une fiole dont elle préleva le contenu grâce à une seringue. Elle plaça l'échantillon dans l'analyseur et attendit le résultat. Un sourire illumina son visage lorsqu'elle découvrit que le produit était absolument parfait, d'une pureté absolue qui le rendrait des plus efficaces face aux médicaments utilisés par les aristocrates.

- Je vous remercie pour votre travail. Je suis désolé que Hans ne soit pas là pour vous féliciter pour cette lourde tâche que l'on vous a confié dans l'urgence, s'excusa-t-elle tristement.

- Justement madame, mes chercheurs vont être accusés de rébellion par les aristocrates tout comme moi, est-ce que nous pourrions partir avec vous ? souhaita-t-il timidement.

- C'est un voyage qui risque d'être sans retour, en avez-vous conscience ? Je veux dire que ce n'est pas une décision à prendre à la légère, rappela-t-elle avec sagesse.

- Nous n'avons pas le choix, madame, de plus nous avons toujours été fidèle au régime démocratique. Je ne voie pas l'intérêt de rester ici sous la coupe des aristocrates.

- Est ce que vous ou les membres de vos équipes ont des familles ?

- Oui, la plupart sont mariés et ont des enfants.

- Dans ce cas, nous vous enverrons un message pour vous donner le lieu de récupération en utilisant le code que vous avez employé.

.- Merci, madame.

Nynna, après ce bref échange, retourna à bord de l'appareil. A son retour sur la base secrète, les traitements furent répartis dans différents petits vaisseaux dans lesquels un système de distribution automatique destiné à permettre le déversement du traitement dans les différentes zones d'approvisionnement en eau avait été installé. Comme il était indétectable par les systèmes d'épuration d'eau, les Résistants mandatés pour cette mission n'auraient qu'à le déverser dans les stations de prélèvement. Une fois répandu, il serait absorbé par la population sans que celle-ci ou les autorités ne s'aperçoivent de quoi que ce soit. La mission allait être des plus risquées pour ceux qui seraient chargés des planètes sous la domination directe des aristocrates. Etrangement, Von Kiel ne semblait plus tant que cela désireux de régner. Nynna et Ken pensaient que le futur roi profiterait de l'absence de Ryo pour prendre le pouvoir une semaine plus tôt mais il n'en fut rien. Pour Nynna et son beau-père, il était évident que Von Kiel n'était plus sûr de sa capacité à régner. Il avait senti le vent tourner et envisageait de laisser le pouvoir à Oscar de Péhant, ce qui serait catastrophique pour la population. Nynna commençait à craindre que tout risquait à nouveau de reposer sur les épaules du capitaine de l'Arcadia et de son équipage. Ils allaient devoir non seulement permettre aux vaisseaux de la Résistance de fuir mais aussi faire le plus de dégâts possible aux vaisseaux du duc pour permettre à Von Kiel de l'emporter en cas de combat. Malgré la situation catastrophique, la future maman ne put s'empêcher de ricaner en pensant à la couardise de Von Kiel pendant qu'elle observait la distribution du traitement dans les différents petits vaisseaux furtifs.

Harlock, la nuit précédant son exécution, dormit du sommeil du juste. Aucun cauchemar ne vint perturber son repos. Au lieu de cela, ses rêves le menèrent sur les lieux de son enfance, à l'endroit où son fils lui avait fait ses adieux. Alors qu'il admirait les scintillements du soleil sur l'eau pure, il entendit des pas derrière lui. Des pas qu'il aurait pu reconnaître entre mille. C'était régulièrement que Mark venait le rejoindre. Etrangement, lorsqu'il était dans un état d'inquiétude extrême qui aurait dû l'empêcher de dormir, il finissait par fermer l'œil et par atterrir en ces lieux où son fils l'accueillait comme si cet enfant tenait plus que tout à ce que son père garde la tête froide pour pouvoir donner le meilleur de lui-même. Hans esquissa un sourire en se retournant que son fils lui rendit avec douceur.

- Bonjour, papa, le salua-t-il.

- Bonjour, mon garçon.

Hans s'approcha pour prendre son fils dans ses bras mais celui, comme à chaque fois, recula.

- N'oublie pas la règle, papa, je ne suis plus qu'un esprit à présent. S'il y avait le moindre contact entre toi et moi cela entraînerait ta mort.

- Au vu de ce qui m'attend, ce serait une mort des plus agréables, affirma Hans en souriant tristement.

- Tu comptes abandonner Ryo à son sort peut-être ? grinça Mark.

- Bien sûr que non.

- Garde espoir, papa, ton équipage fait route vers toi avec d'autres vaisseaux. Tu dois t'accrocher !

- Le fils de Kurt….

- Ne t'inquiète pas pour lui, mon frère veille sur son fils tout comme j'ai veillé sur le mien pour que ma mère ne puisse le garder entre ses griffes ! rassura-t-il son père avec une pointe d'agressivité dans la voix. Je sais que je ne devrai pas souhaiter cela mais je ne comprends pas pourquoi Ryo tarde à l'exécuter. Elle est une menace pour l'humanité !

- Il veut la laisser en vie à cause des hybrides génétiques, avoua Harlock. Je suis désolé, j'aurai dû la tuer dès que j'en ai eu l'occasion.

- Tu n'y es pour rien, papa. Toi et moi sommes beaucoup trop impliqués, nous ne pouvons juger correctement de la situation. Kimura n'a pas notre vécu, sa décision est peut être la bonne.

- Est-ce qu'il y a une chance pour que Ryo et moi arrivions à nous échapper ? s'enquit Hans d'une voix douce.

- Si toi, tu ne parviens pas à le faire, personne ne le pourra. Crois en tes capacités, papa, elles n'ont jamais faiblies, soutint Mark. La lutte sera rude mais tu en sortiras vainqueur. Je n'ai pas besoin de te rappeler qu'Oscar est un arrogant qui voudra t'humilier publiquement, et c'est à ce moment-là qu'il faudra frapper. Il y a toujours une faille.

- Et pour l'enfant de Kurt ? insista Hans inquiet.

- Ça ira, papa. Il est rusé ce gamin, il ne craint rien. Il est temps pour toi de te réveiller et de te battre pour ce que tu as au fond de ton cœur et pour tes amis.

En se réveillant, Harlock passa sa main sur son visage ruisselant de larmes. Chaque nuit où il voyait son fils aboutissait au même résultat. Il restât un long moment à fixer le plafond de sa cellule. Il n'avait aucune idée de l'heure qu'il était. Il entendit les craquements des ressorts du lit dans la cellule qui était contiguë à la sienne.

- Tu es réveillé, Ryo ? appela Hans calmement.

- Salut, Hans. Bien dormi ?

- Comme un bébé et toi ?

- Etrangement moi aussi, et avec un rêve des plus bizarres en sus ! Est-ce que tu es prêt pour ce qui nous attend ?

- Autant que possible. Je suis soulagé que tu aies réussi à dormir, se réjouit Harlock.

- De toute manière, vu le sort qui nous est réservé ce n'était vraiment pas la peine que j'y pense sans arrêt.

- Ce n'est pas aujourd'hui que tu mourras, Ryo, je t'en fais le serment ! J'en suis d'autant plus certain que tu sais te battre ! Crois-moi on va donner une leçon au duc qu'il ne sera pas prêt d'oublier !

Un petit déjeuner leur fut servi mais aucun d'eux n'y toucha. Hans soupçonnait fortement le duc d'avoir fait assaisonner les cafés afin de s'assurer qu'ils soient suffisamment amoindris face au peloton d'exécution. A sept heures et trente minutes, des soldats arrivèrent, s'arrêtèrent devant la cellule de Ryo et éteignirent les lasers bleus qui en bouchaient l'entrée. Steischer sortit un ordre d'exécution de sa pochette cartonnée.

- Condamné à mort Ryo Kimura, numéro de matricule S zéro zéro deux mille treize, veuillez nous suivre ! ordonna Steischer

Ryo se leva, un sourire aux lèvres et suivit docilement les soldats. En passant devant la cellule de son ami, il lui fit un clin d'œil qui fit rire le capitaine de l'Arcadia. Cinq minutes plus tard, Hans vit Friedrich Von Stadt, accompagné d'un important peloton de soldats, s'approcher de sa cellule afin de l'ouvrir. Hans se leva de son lit pour d'entendre l'énoncé de sa condamnation.

- Condamné à mort, Hans Ludwig Von Harlock, numéro de matricule S zéro zéro neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, veuillez nous suivre ! ordonna Von Stadt, glacial.

Harlock prit sa veste qui se trouvait posée sur son lit en ricanant, la passa puis les suivit sans faire d'histoire. Ce fut avec plaisir qu'il entendit son matricule, inchangé depuis l'époque des Illumidas. A chaque fois qu'il l'entendait, il en éprouvait une grande fierté. Ce matricule était le symbole de son refus d'abdiquer, quels qu'en soient les risques. Il reflétait sa volonté sans faille de combattre toute dictature. Les soldats s'effacèrent et Hans prit la tête du cortège. Ils traversèrent le long couloir pour arriver à une plate-forme chargée de l'emmener sur son lieu d'exécution. Hans, entouré de Von Stadt et d'une dizaine de soldats, s'éleva lentement. Il pouvait sentir le regard insistant de Von Stadt dans son dos. Il leva l'œil et vit au loin une lumière qui s'agrandissait de seconde en seconde. Quelques dizaines de secondes plus tard, ils arrivèrent dans une salle immense dont le sol ressemblait à la cible d'un jeu de fléchettes. Hans ne put s'empêcher de sourire en constatant que la salle ressemblait en tout point à celle où son équipage devait mourir. Il vit Ryo sur sa droite lui faire un petit signe de la main en souriant. Harlock lui répondit en faisant le salut de l'équipage de l'Arcadia que le jeune homme lui rendit avec plaisir. Le capitaine regarda les murs de la salle.

Comme pour son équipage, il y avait des dizaines de tourelles de tir et un seul homme pour diriger l'exécution. Hans regarda vers Ryo et lui fit un geste imperceptible de la tête que le leader de la Résistance comprit aisément. Il regarda l'homme chargé du tir puis acquiesça légèrement en regardant son ami. Ryo avait compris le message. Le chef du gouvernement avait compté le nombre de soldats à abattre. Il savait qu'une dizaine d'entre eux étaient montés sur la plate-forme avec lui. Il compta du côté du capitaine et en dénombra une trentaine. Il sourit intérieurement, Oscar avait plus peur de Hans que de lui ce qui était une grave erreur. Il ne fallait jamais sous-estimer son adversaire et c'était ce qu'Oscar venait de faire. Ryo n'était certes pas aussi fort que le capitaine de l'Arcadia mais il savait se battre et il ne ferait qu'une bouchée des dix soldats qui le collaient d'un peu trop près. Il attendit le signal de Hans sereinement. Celui-ci s'éloigna des soldats qui râlèrent en le voyant rejoindre son ami.

- De quoi avez-vous peur ? se moqua Hans. Je ne suis pas armé et vous êtes quarante ! Je vous fais si peur que ça ?

- On n'a peur de rien. Tente le moindre coup tordu et je t'éclate la gueule ! menaça un des soldats.

- Du calme, messieurs ! ordonna Von Stadt. Il ne nous filera pas entre les mains, ne vous inquiétez pas.

Les écrans s'allumèrent ainsi que les caméras. Les Résistants virent le capitaine s'approcher de Ryo Kimura. L'angoisse régnait dans les bases secrètes. Les soldats qui se trouvaient près de Ryo rejoignirent ceux chargés d'escorter le capitaine de l'Arcadia. L'ensemble des troupes alla se coller contre la paroi afin de ne prendre aucun tir par erreur. A la grande surprise de l'ensemble de la population qui assistait à cela, le capitaine de l'Arcadia et Ryo Kimura discutaient calmement avec le sourire. Ils se promenaient le long de leur lieu d'exécution comme si de rien n'était.

- On a quarante soldats hybrides sur le dos, se débarrasser d'eux ne sera pas le plus dur. Ce qu'il faut, c'est avoir du premier coup le gars chargé de l'exécution, indiqua Harlock.

- Je peux m'en charger, soutint Ryo. Il faut juste trouver le moyen de leur piquer des armes. J'ai remarqué qu'ils sont équipés de mitrailleurs Estar qui disposent de lance-grenades. Si on pouvait en avoir un chacun, on pourrait bousiller toutes leurs précieuses mitrailleuses ! Sans compter que l'on pourrait aussi faire sauter les parois intérieures. Ce sont de vrais petits canons, ces armes.

- Tu te sens d'attaque car ces messieurs regardent vers nous de manière insistante ?

- A tes ordres, Hans ! J'attends ton signal, affirma Ryo avec un franc sourire sur le visage.

- Les condamnés doivent se placer au centre de la cible ! ordonna le chargé d'exécution à travers les haut-parleurs.

Hans opina légèrement du chef devant Ryo. Celui-ci comprit que c'était le moment.

- Je vous ordonne de vous placer au centre de la cible ! insista le chargé d'exécution.

- Pourquoi ? Vous avez des problèmes de vue ? se moqua Ryo en hurlant. Vous louchez et rateriez une vache dans un couloir !

- Colonel Von Stadt, faites obéir les condamnés ! exigea le chargé d'exécution.

Hans et Ryo virent alors une dizaine d'hommes s'approcher d'eux.

- Il va falloir être rapide, Ryo et ne pas leur laisser le temps de réfléchir, prévint Hans en plantant son regard dans celui de Ryo.

- Je suis prêt, ne t'inquiète pas, répliqua celui-ci fermement.

- Frappe pour tuer ! ordonna Hans. Notre seule force va être la vitesse. Cela va être le seul moyen de prendre le dessus.

Nynna observait son mari, les mains posées sur son ventre qui s'arrondissait. Ses larmes coulaient. Les vaisseaux tardaient à arriver et elle craignait fortement que les deux hommes ne se fassent tuer avant l'arrivée des secours. Les autres vaisseaux assistaient eux aussi à ce macabre spectacle. En voyant l'attitude de leur capitaine, l'équipage de l'Arcadia comprit que celui-ci avait un plan. Les soldats s'approchèrent des deux hommes, armes au poing. Une fois qu'ils furent suffisamment près, Hans et Ryo partirent à l'assaut comme des boulets de canons en prenant chacun un des côtés de la formation. En une seconde, ils avaient chacun brisé la nuque d'un soldat et récupéré ses armes. Ils repartirent en arrière, utilisant le premier groupe de soldats comme bouclier qu'ils abattirent en une fraction de seconde. Ils partirent ensuite à l'assaut des autres soldats en zigzaguant de manière aléatoire. Le chargé d'exécution ne pouvait rien faire. Les mitrailleuses n'arrivaient pas à verrouiller leurs cibles. Von Stadt ordonna le tir dès que le premier homme fut tombé mais la course folle de leurs adversaires les empêchait de viser correctement.

Hans et Ryo abattirent une dizaine d'hommes puis, le restant des soldats sous les ordres de Von Stadt commença à se répartir dans la salle. Ryo, dès qu'il eut un angle de tir convenable, visa le chargé d'exécution qu'il abattit d'une balle en pleine tête sans que celui-ci n'ait le temps ne serait-ce de le viser. Les Résistants étaient sous le choc. Ryo était devenu une machine à tuer ce que tout le monde ignorait, son épouse la première. Nynna regardait son époux agir de manière parfaitement coordonnée avec le capitaine de l'Arcadia, ce qui la troubla profondément. Ken Kimura, en voyant les deux hommes mettre une raclée des plus méritée aux soldats hybrides, éprouva une grande fierté. Son fils montrait enfin son courage au grand jour et cela le mettait en joie. Le chargé d'exécution tomba de son poste, qui se trouvait plusieurs dizaines de mètres de hauteur et Ryo récupéra prestement son arme, tout en visant les mitrailleuses qu'il détruisit grâce à la fonction lance-grenades pendant que le capitaine de l'Arcadia se chargeait des derniers soldats, virevoltant à travers la pièce, rendant impossible la visée de ses adversaires. Von Stadt, voyant la situation dégénérer, prit la fuite en utilisant une trappe secrète qu'il activa grâce à une télécommande. Le dernier homme éliminé, Hans récupéra les munitions puis rejoignit Ryo.

Alors que le capitaine et Ryo éliminaient les soldats les astéroïdes géocroiseurs passèrent enfin à proximité de la station.

- Feu à volonté ! ordonna Kei

L'ensemble des vaisseaux tirèrent à pleine puissance dans les astéroïdes qui explosèrent violemment projetant avec force leurs débris sur le bouclier de la prison et sur les vaisseaux du duc qui, surpris, avaient tardé à mettre leur bouclier de protection. Les projectiles entamèrent le blindage et endommagèrent l'armement. Il y avait une dizaine de vaisseaux aristocratiques. Yattaran lança l'assaut en jetant l'Arcadia sur le premier vaisseau à sa portée, le tranchoir de proue déployé prêt à pourfendre l'appareil ennemi. Le vaisseau tenta une manœuvre d'évitement qui échoua. L'Arcadia le traversa de part en part, éparpillant les débris et les hommes sur les lieux de la bataille. Les responsables de la prison assistèrent désemparés à la destruction de l'appareil. Les explosions se multipliaient alors que l'Arcadia le traversait puis il se coupa en deux, les deux parties de l'appareil se crashant sur la planète morte de la prison, la carcasse ne pouvant résister à la gravité exercée par celle-ci en l'absence de frein anti-gravité. Les deux évadés ressentirent le choc alors qu'ils visaient la cloison avec leur mitraillette en mode lance-grenade.

- Ils sont là ! Il faut faire vite Ryo ! prévint Hans en souriant.

- Je n'ai aucune envie de traîner dans le coin ! se réjouit Ryo.

Les deux hommes firent feu. La cloison explosa, ouvrant un trou béant dans le couloir qui se trouvait derrière elle. Les chaînes de télévision continuaient à filmer alors que les deux hommes s'enfuyaient. Dans les bases secrètes de la Résistance il y eut des cris de joie lorsqu'ils virent leurs vaisseaux arriver.

Dans la zone des spectateurs, Melina Church bondit de son siège lorsqu'elle vit les deux hommes s'enfuir. Elle alla insulter copieusement le directeur de la prison qui se trouvait dans la salle avec elle. Jack, voyant que sa maman ne le surveillait plus, se glissa hors de la salle afin de se faufiler dans les coursives jusqu'à l'endroit que lui avait indiqué son papa. Il vit des dizaines de soldats se rendre du côté des fuyards. L'enfant se colla contre la paroi afin de les laisser passer puis il reprit son chemin. Alors qu'il avait beaucoup couru, il eut l'impression de s'être perdu car il n'arrivait pas à trouver la zone de l'alimentation électrique des systèmes de sécurité. Comme il commençait à s'inquiéter, il vit au bout du couloir son père qui lui souriait. L'enfant fonça vers son papa dont l'image disparut pour laisser place à une porte. Jack entra le code sur le clavier numérique. La porte s'ouvrit dans un chuintement. L'enfant se glissa à l'intérieur. Il vit alors, comme lui avait décrit son papa, la console couverte de boutons. Jack ferma les yeux afin de se remémorer ceux que son papa lui avait dit de manipuler puis il appuya sur différents poussoirs. Une alarme se déclencha lorsque le dernier système de sécurité s'arrêta. Jack, après cela, se rua à l'extérieur afin de rejoindre les amis de son père. Il devait les aider à s'enfuir.

Hans et Ryo savaient que les soldats faisaient route vers eux. Hans ne savait pas quelle direction prendre aussi les deux hommes, prirent le premier couloir sur leur droite. Ils entendirent la porte derrière eux sauter et ils commencèrent à courir tout en tirant derrière eux afin de ralentir leurs poursuivants. Ils arrivèrent dans un couloir plus large. Les deux hommes se retournèrent et attendirent d'être rejoints par leurs poursuivants. Lorsque les premiers arrivèrent à l'angle du couloir, ils utilisèrent le lance-grenade. Les explosions déchirèrent le métal et les corps qui volèrent à travers le couloir. Celui-ci étant devenu impraticable, le reste des poursuivants battit en retraite afin de prendre les deux hommes à revers. Ceux-ci reprirent leur course et alors qu'ils s'approchaient d'une porte qu'ils allaient devoir détruire, ils virent celle-ci s'ouvrir. Ils pointèrent leurs armes. Les deux hommes estomaqués virent un Jack souriant de toutes ses dents de lait.

- Bonjour, je suis venu vous aider à vous enfuir ! les salua l'enfant en souriant.

Les deux hommes surpris baissèrent leurs armes en s'approchant.

- Mais qu'est-ce que tu fais là ? C'est dangereux, mon petit bonhomme ! s'inquiéta Ryo.

- Mon papa m'a dit de vous aider. Vous ne connaissez pas la station mais moi je la connais bien, j'ai grandi ici, je la connais par cœur ! soutint l'enfant.

Ces propos firent sourire les deux hommes.

- Il faut que tu retournes auprès de ta maman, ordonna Ryo. Il y a plein de gens qui nous veulent du mal et ils n'hésiteront pas à tirer même si cela met en danger un enfant.

- Je peux vous aider ! se défendit l'enfant. Laissez-moi vous aider, capitaine !

- D'accord ! céda Hans face au regard suppliant de l'enfant.

- Hans, c'est un gosse ! s'exclama Ryo en colère.

- Mais ce n'est pas n'importe quel gosse, c'est le fils de Kurt Wilson, rappela Hans en souriant. Tu nous montres la sortie, petit ?

L'enfant rendit son sourire au capitaine de l'Arcadia.

- Par ici, monsieur !

Les deux hommes emboîtèrent le pas à l'enfant. Celui-ci leur fit prendre plusieurs coursives puis, alors qu'ils arrivaient au croisement de plusieurs couloirs, Hans entendit des pas. Il s'empara de l'enfant, qu'il souleva du sol avant de le lancer à Ryo qui se trouvait derrière lui. Des soldats jaillirent des deux couloirs différents que le capitaine abattit en une fraction de seconde. Alors que le dernier corps s'effondrait au sol, il entendit des rires d'enfant et des applaudissements. Il se retourna, le cœur battant, et vit un Jack dans les bras d'un Ryo surpris, tout sourire, qui battait des mains

- Vous êtes trop fort, m'sieur ! le félicita Jack. Papa et tonton Mark avaient raison, vous êtes trop cool ! Comme vous les avez alignés ! C'était encore mieux que dans mon jeu vidéo !

Ryo tourna le visage de l'enfant vers lui. Celui-ci souriait toujours.

- D'après toi, de qui il tient le plus ce gamin ? De son père ou de sa mère ? se moqua Ryo.

Il s'approcha de Hans et posa l'enfant devant lui.

- En tout cas, tu as un fan ! plaisanta Ryo en riant.

Hans n'était pourtant pas très fier de lui. Tout ce déploiement de violence devant un enfant était une très mauvaise chose à ses yeux.

- On est encore loin de la sortie ? s'inquiéta Hans.

- Non, monsieur, vos amis sont tout près, affirma l'enfant.

Ils reprirent leur route et en arrivant à un croisement, les deux hommes eurent le plaisir de voir surgir du couloir Kei, Yattaran et plusieurs autres membres de l'équipage de l'Arcadia qui hurlèrent de joie en voyant leur capitaine. Hans et Ryo rejoignirent l'équipage mais l'enfant resta en arrière. Hans intrigué, revint vers lui.

- Je ne peux pas partir avec vous, révéla l'enfant. Je dois rester pour maman. Papa m'a demandé de veiller sur elle.

- Très bien, céda Hans. Fais bien attention à toi Jack, d'accord ?

- Promis, monsieur ! Bon voyage de retour ! les salua-t-il en souriant tout en courant pour retourner auprès de sa mère.

Hans le salua en souriant puis il rejoignit son équipage. Emu, Yattaran s'approcha de son capitaine. Il lui tendit le ceinturon frappé des emblèmes pirates qui portaient els armes fétiches de son capitaine. L'équipage l'avait récupéré dans la suite du duc de Péhant. Pour l'équipage de l'Arcadia, ce ceinturon était tout aussi sacré que son capitaine. Harlock faisait corps avec lui. Harlock le remerciât en souriant puis le passa, ravi de récupérer un symbole aussi précieux pour lui que l'était le drapeau qui flottait au mat de l'Arcadia. Le groupe après cela retourna vers le vaisseau pirate qui avait lancé son tube d'arrimage quelques coursives plus loin. Hans constata que la bataille avait été rude au sein de la prison pour son équipage. Des centaines de corps gisaient dans les coursives. Une fois que tout le groupe fut dans le tube d'arrimage, Toshiro ferma l'écoutille et le rentra prestement tout en mettant les moteurs de l'Arcadia en marche pour s'éloigner le plus vite possible de la station. Les deux lieutenants et les évadés filèrent à la timonerie. Ellie, en voyant son amour entrer dans la salle, bondit de son siège et se jeta dans ses bras, nichant son visage dans le cou de son amour en pleurant de joie. Hans l'étreignit tendrement, enfouissant son visage dans les cheveux de la jeune femme. Les deux lieutenants, gênés, s'éloignèrent pour laisser aux deux tourtereaux un peu d'intimité. Ryo s'avança dans la salle et vit l'ensemble des regards tournés vers lui. Il constata que la manière qu'avait l'équipage de le regarder avait changé. Il avait l'impression brusquement d'être considéré comme étant l'un d'entre eux ce qui le fit rougir quelque peu.

- Ca c'est de l'évasion ! le félicita Yattaran en lui tapotant le dos. Du beau boulot, Ryo, tu as vraiment assuré !

- Merci, balbutia celui-ci timidement. Est-ce que je peux contacter mon épouse ?

- J'ai déjà lancé la communication, Ryo, annonça Toshiro.

Le visage de Nynna apparut sur l'écran. Elle poussa un soupir de soulagement en voyant son mari qui lui souriait doucement.

- Bonjour ma chérie, la salua Ryo, embarrassé qu'il y ait autant d'oreilles indiscrètes autour de lui.

- J'ai eu si peur mon cœur, sanglota Nynna.

- Je vais bien Nynna, ne t'inquiète pas, la rassura Ryo.

- Tu seras à la base dans combien de temps ? s'enquit Nynna en essuyant ses larmes.

- On ne va pas à la base, décida Ryo. On va sur Amos.

- Mais pourquoi ? s'étonna Nynna.

- Car on est sous surveillance. Ce n'est parce que nous avons réussi à nous échapper que cela veut dire que l'on est complètement libre. De Péhant a sûrement envoyé des vaisseaux pour nous prendre en filature en espérant qu'on les mènera jusqu'à une de nos bases. Je ne prendrai pas le risque. Je suis le chef du gouvernement pendant trois jours encore. Je vais donc sur Amos ! L'Arcadia et les quatre autres vaisseaux de guerre ne peuvent plus retourner dans une seule de nos bases. Est-ce que tout le monde est prêt pour le grand départ ? s'enquit Ryo.

- Oui, j'ai même récupéré les scientifiques employés dans le laboratoire de Hans.

- Dans ce cas, que tout le monde embarque dans les vaisseaux et se tienne prêt pour le départ. Ellie sera transférée sur ton vaisseau au tout dernier moment pour ne pas laisser le temps au duc de pouvoir tenter quoi que ce soit contre une de nos bases. Je suis désolé, ma chérie, mais on n'a pas le choix.

- Je comprends, accepta Nynna à contrecœur. Sois très prudent. A bientôt.

La communication fut coupée. Hans avait senti Ellie se raidir au moment où Ryo avait évoqué son transfert pour le vaisseau de Nynna. Il regarda vers la plate-forme de commandement. Toshiro se chargeait de la manœuvre aussi, à la grande surprise de son équipage, il quitta la timonerie en gardant Ellie dans ses bras. Il l'emmena à sa cabine. Il la fit s'asseoir sur le lit à tête de mort en lui souriant avec douceur. Il déposa un baiser sur son front puis alla prendre une douche. Il retira son costume de pirate, se glissa avec délectation sous les jets d'eau de la douche où il laissa l'eau lui nettoyer le corps et l'esprit pendant plusieurs minutes. Il rejoignit ensuite Ellie. Celle-ci n'avait pas bougé du lit, anéantie. L'échéance fatale approchait et le duc de Péhant lui avait volé quatre jours pendant lesquels elle aurait pu être dans les bras de son amour. Il leur en restait si peu que cette perte était d'une cruauté sans nom. Elle vit l'homme de sa vie revenir dans la cabine entièrement nu. Il s'approcha doucement, l'embrassa fougueusement tout en l'allongeant sur le lit où ils restèrent enlacés pendant de longues heures sans bouger, Ellie blottie au creux de son ange, écoutant son cœur battre. Elle finit par s'endormir et ne sentit pas les larmes de Hans rouler sur son cou.

- Je suis désolé, mon amour, je sais que tu espérais que nous pourrions vieillir ensemble mais la vie en a décidé autrement. Je veux que tu vives, Ellie, alors j'espère que tu ne seras pas trop en colère pour la ruse que je vais utiliser pour que tu acceptes ma mort.

Le voyage jusqu'à Amos se passa sans encombre. Les vaisseaux envoyés par Oscar s'arrêtèrent lorsqu'ils approchèrent des planètes contrôlées par Von Kiel et ses alliés. Le retour du chef du gouvernement fut annoncé officiellement mais étrangement, il n'y avait personne dans les rues. La ville semblait déserte. Ryo et Hans se rendirent au siège du gouvernement où les attendait Mat, arrivé sur la planète avec un petit vaisseau dès que l'Arcadia fut entré dans l'atmosphère. En les voyant arriver, Mat leur fit un triste sourire bien qu'il soit fou de joie à l'idée que les deux hommes s'en soient sortis. Ils allèrent dans la salle de réunion où le jeune homme avait préparé un dossier important. Les trois hommes s'installèrent autour de la table et Mat distribua son rapport que Hans et Ryo étudièrent attentivement. Harlock une fois la lecture terminée soupira d'exaspération.

- Ils ont avancés la date d'infection de la population, ragea Harlock.

- Ils ont aussi modifié leur programmation, indiqua Mat. Votre procès leur a donné une idée de génie. Ils sont reprogrammés les nanos pour qu'elles effacent certains éléments de la mémoire de leur hôte.

- A quel point ? s'inquiéta Ryo.

- Au point que les habitants pensent que le Consortium n'a jamais perdu la guerre. Ils ont même effacé le fait que l'Arcadia soit sorti des limbes. Ils sont modifiés les mémoires pour que les gens pensent que c'est le Consortium qui a défait Gaia !

Ryo eut un ricanement de désespoir.

- Quel est le comportement de la population ? s'enquit Harlock d'une voix résignée.

- Elle reste chez elle comme si elle attendait quelque chose, l'informa Mat. Au moins, on peut circuler en ville sans être emmerdé par la circulation.

- La mémoire est-elle définitivement perdue ou seulement bloquée comme chez Ellie ? espéra Ryo.

- C'est définitif, révéla Mat. Les hommes du duc ont fait brûler le musée d'Amos où se trouvait l'exposition sur les Mazones. Ils ont aussi détruit l'endroit où se trouvaient toutes les archives audiovisuelles de la lutte contre Gaia et de la mise en place de la démocratie. Ils vont réécrire l'histoire. Si les Résistants se font tuer et que toutes les preuves dont nous disposons sont détruites, la population sera condamnée à vivre dans le mensonge sous le règne despotique des aristocrates. Cela dit, cela nous libère d'un poids. Lorsque nous libèrerons la population des nanos, elle continuera à agir comme avant et elle n'aura pas à jouer les lobotomisée vu qu'elle l'est vraiment.

Ryo, écœuré, jeta le rapport dans la poubelle destructrice de document. Il soupira en se rendant près de la fenêtre. Il regarda pensivement la place déserte pendant plusieurs minutes.

- Ce n'est pas catastrophique, Ryo, tenta Hans pour le rassurer. Les Résistants arriveront à fuir et tôt ou tard, on aura notre revanche. J'en suis certain.

- Je sais, j'ai confiance en toi et je sais que tu tiendras parole, Hans, reconnut Ryo.

Il soupira de lassitude. Il avait pris une décision concernant Sylvidra et il espérait que son ami l'accepterait.

- Je vais libérer Sylvidra, Hans. Je sais que tu aurais voulu que je la fasse exécuter mais je n'ai pas le choix. J'ai bien étudié son ordinateur et mon père m'a fait un rapport très détaillé sur sa personnalité. Elle est une carte que l'on peut jouer.

- J'ai très peur pour mes enfants, Ryo, avoua Hans d'une voix blanche en se levant pour rejoindre son ami.

- Je sais mais ils seront en sécurité, avec Nynna et leur mère, en route pour une planète accueillante. Fais-moi confiance, Hans, souhaita Ryo, le regard triste.

- D'accord, céda Hans en posant sa main droite sur l'épaule de son ami. J'espère qu'on ne fait pas une erreur, c'est tout.

Les trois hommes quittèrent le siège de l'assemblée interstellaire devenu parfaitement inutile. Ils descendirent lentement les escaliers. Ils écoutèrent ce silence qui s'était abattu sur la ville. Ils pouvaient même entendre les pépiements des oiseaux. Ils montèrent dans le petit vaisseau posé sur la place. Mat prit les commandes. L'appareil fila à travers le ciel de la capitale en direction de la prison où était gardée Sylvidra et le reste de ses dames de compagnie. Il y avait encore une dizaine de soldats chargés de garder les lieux. Après avoir ordonné que Sylvidra et ses suivantes soient amenées près du vaisseau royal, les trois hommes se rendirent sur la piste où celui-ci était posé depuis qu'il était arrivé sur Amos. Mat et Hans restèrent en retrait tandis que les Mazones étaient amenées menottées auprès du chef du gouvernement.

- Retirez-leur les menottes et allez rejoindre le vaisseau du général Martin ! ordonna Ryo. La base est officiellement abandonnée !

Sylvidra, en apprenant cela, eut un ricanement. Elle regarda le chef du gouvernement et fut troublé par son regard. Elle qui le trouvait peu à son goût quelques années auparavant, trouvait qu'avec les épreuves et la maturité, Ryo Kimura avait développé un sex-appeal certain. On sentait l'homme, derrière ce visage d'ange. Un homme sûr de lui, réfléchi, qui n'avait plus rien de l'idéaliste qui s'était révolté contre Gaia.

- A ce que je vois, Ellie a rapporté notre petite discussion et vous avez pris une décision contraire à la sienne, ricana-t-elle en se massant les poignets tout en regardant avec défi le chef du gouvernement.

- Je ne sais pas de quelle discussion vous parlez, Sylvidra, et je m'en moque ! décréta Ryo. Vous êtes libre !

Le ton était plus que glacial.

- Vous ne souhaitez pas négocier ? s'étonna-t-elle.

- Je n'ai pas envie de perdre de temps avec vous, répliqua Ryo. Vous avez adoré jouer au chat et à la souris avec mon père mais ce petit jeu ne prendra pas avec moi ! Faites comme bon vous semble. Les codes d'origine de votre vaisseau ont été remis en place, vous pouvez partir.

Ryo s'éloigna sans même la saluer. Il rejoignit ses amis quelques dizaines de mètres plus loin et restât à observer la réaction de la reine. Sylvidra ne bougeait pas, réfléchissant à l'attitude à tenir. Elle regarda vers son vaisseau puis vers les trois hommes. Ceux-ci semblaient si calmes que la situation lui paraissait surréaliste. Vénus s'approcha de sa reine et belle-mère.

- Il nous faut partir, Votre Altesse, avant que ces fourbes d'humains ne changent d'avis ! conseilla Vénus.

- On ne peut pas partir. Il n'y a rien à craindre d'eux mais le problème que m'a rapporté Eliza Zone est très préoccupant.

- Cela ne nous concerne en rien, Votre Altesse. Laissons les humains s'entretuer ! Ce ne sera que plus facile de reconquérir la galaxie après cela. Après tout, vous avez caché une bonne partie de votre armée, ce que ces idiots ignorent !

- C'est toi, l'idiote ! Ils le savent déjà ! Ils se disent que je ne vais pas résister à l'envie de venir en découdre pour récupérer les territoires perdus mais je ne vais pas entrer dans leur jeu. Nous allons devoir rester pour soigner les hybrides, nous n'avons pas le choix. Préviens mes généticiens de commencer à étudier cette hybridation bâclée orchestrée par Aristote Zone. Si nous ne les soignons pas, nous les aurons sur le dos tôt ou tard, tandis que si nous collaborons, on pourra partir tranquilles !

- Vous renoncez à la Terre, Votre Altesse ? s'étonna Vénus.

- Je n'ai pas le choix ! J'ai déjà dégusté avec les Résistants, je ne vais pas prendre le risque d'affronter les aristocrates puis les Illumidas ! Il y a d'autres planètes à conquérir, Vénus. La civilisation Mazone n'est pas morte ! Laissons quelques siècles s'écouler ! décida la reine.

Elle eut un ricanement en regardant vers les trois hommes. Les Mazones montèrent à bord du vaisseau et les portes en furent fermées. Cependant, les moteurs restèrent à l'arrêt. Ryo sourit. Il avait gagné. Sylvidra allait employer toutes la science de ses chercheurs pour sauver les aristocrates de leur folie sanguinaire.

Le trente et un novembre arriva. Ellie, réfugiée dans la cabine de son amour, regardait pensivement à travers la baie vitrée, les épaules enveloppées dans un grand châle couleur crème. Elle ne voulait pas que ce jour finisse car elle savait que le lendemain serait probablement la dernière journée de la vie de l'homme qu'elle aimait. Les heures filèrent bien trop vite, à son grand désespoir. Hans revint à la nuit tombée. L'Arcadia et les cinq autres vaisseaux étaient posés sur les quais près de l'ancien siège du gouvernement, flottant doucement sur l'eau du fleuve. Kei et Mazu passèrent la voir mais rien ne fit remonter le moral de la jeune femme. Hans lui manquait et elle ne se sentait pas capable de supporter une vie entière, privée de l'homme qu'elle aimait, se remémorant pendant le reste de ses jours les tendres moments passés avec Hans, et les éclats de rire partagés avec l'équipage de l'Arcadia. Alors que la nuit tombait, ses larmes se mirent à couler.

Le capitaine du mythique vaisseau pirate entra sans faire de bruit. Il s'approcha et passa ses bras autour des épaules de la jeune femme en déposant des baisers sur sa gorge. Les larmes d'Ellie s'intensifièrent alors qu'Harlock resserrait son étreinte. Hans ne voulait pas de cette séparation mais il n'avait pas le choix s'il voulait que sa famille vive et que l'humanité survive. Il commença à la déshabiller doucement, retirant le châle, ouvrant le chemisier. Le moment était venu pour eux de se dire adieu. Ellie se tourna vers lui et les deux amants s'embrassèrent fougueusement. Leurs lèvres gourmandes ne pouvaient se séparer, leurs âmes ne voulant faire cesser ce baiser qui allait être le dernier. Harlock la mena jusqu'au lit où ils s'unirent jusqu'à l'épuisement. Ellie caressant avec gourmandise cette peau dont elle allait être privée à jamais, poussant cet homme qu'elle aimait à la folie au paroxysme du plaisir. Elle était comme enragée. Harlock lui fit l'amour avec toute la fougue dont il était capable, s'offrant totalement, s'unissant à Ellie de toute son âme, tenant à lui témoigner la profondeur de ses sentiments. Au moment de l'ultime extase, Harlock reçu à travers un des haut-parleurs de sa cabine un message codé de Toshiro sous forme de cliquetis informatiques destinés à cacher ce qu'il se passait à Ellie. Les troupes d'Oscar faisaient route vers Amos. Le cœur de Hans se serra, le moment de la séparation était venu. La tête posée sur la poitrine de la mère de ses jumeaux, Hans écouta quelques minutes le cœur d'Ellie battre puis il se leva. Ellie le regarda faire sans rien dire, se doutant de ce qu'il allait lui demander. Elle s'assit dans le lit en repliant les jambes sous elle, le drap remonté sur sa poitrine.

- Il va falloir que tu retournes à la base secrète plus tôt que prévu, révéla-t-il en lui souriant doucement.

- Je veux rester avec toi, avoua-t-elle.

Une douleur sourde envahit le cœur d'Harlock alors qu'il refermait sa veste de pirate. Il eut un léger soupir de douleur imperceptible pour Ellie qui attendait sa réponse.

- Je sais, mon amour, mais tu dois vivre pour nos enfants. Je veux que tu retournes à la base sans faire d'histoire, d'accord ? ordonna-t-il d'une voix douce.

Voyant que la jeune femme ne bougeait pas il insista.

- Ne me fais pas utiliser la force sur toi, je t'en prie, supplia Harlock dont l'âme meurtrie saignait.

Ellie se décida à bouger. Elle se rhabilla lentement sous le regard triste de son amour qui comprenait la douleur qu'elle endurait à cause de la séparation définitive qui les attendait. Il prépara un verre de red bourbon ainsi qu'un verre de jus d'orange auquel il rajouta un somnifère en poudre qu'il dilua avant de tendre le verre à la jeune femme qui le remerciât d'une voix éteinte. Ellie souffrait de plus en plus de cette séparation imminente. Elle but difficilement son jus d'orange sous le regard attentif de son amour. Une fois le verre vidé, elle se sentit brutalement affaiblie, ses jambes avaient du mal à la porter et sa vue se troublait. Son cœur s'emballa lorsqu'elle comprit que Hans avait drogué son verre pour s'assurer qu'elle dormirait suffisamment longtemps afin de l'empêcher de faire une tentative désespérée pour mourir à ses côtés. Elle vacilla et Harlock la rattrapa avant qu'elle ne tombe. Il la prit dans ses bras et l'allongea sur le lit.

- Je suis désolé, ma chérie, mais c'était le seul moyen pour moi d'être sûr que tu ne mettrais pas ta vie en danger, avoua-t-il en déposant un baiser sur ses mains.

- Je ne veux pas, Hans…Je ne veux pas te laisser…Laisse-moi rester prêt de toi, je t'en supplie.

- Je suis désolé mais je ne peux pas accepter, refusa-t-il alors qu'une larme roulait sur sa joue. Tu vas dormir, mon amour. Lorsque tu te réveilleras, tout sera terminé et tu seras en route pour une planète sûre. Je te demande pardon, s'excusa-t-il en déposant un baiser sur ses lèvres.

- Non…Je vais résister….

- C'est peine perdu, le somnifère que je t'ai fait prendre est très puissant. Ne rends pas les choses plus difficiles et laisses-toi envahir par le sommeil.

Voyant qu'Ellie résistait toujours, il décida de lui confier un secret qu'il gardait en lui depuis plus de cent ans.

- Je ne t'ai jamais parlé de Mayu, ma filleule. Elle était la fille de Toshiro et d'Emeraldas. A la mort de son mari, Emeraldas a choisi de l'accompagner dans la mort, abandonnant sa fille qui s'est retrouvée ainsi privée de ses deux parents. Je me suis occupé d'elle du mieux que je pouvais mais je ne pouvais pas la garder sur un bâtiment de guerre alors j'ai dû la confier à un orphelinat. Je ne veux pas que nos enfants endurent cela. Ils ont le droit de t'avoir près d'eux. Je n'ai pas le droit d'accepter que tu meures avec moi. Tu dois vivre, Ellie !

Hans eut un rire triste.

- Bien des années plus tard, alors que j'étais sorti de sa vie pour sa sécurité, elle m'a retrouvé après ma rupture avec Mimée. J'étais sur Gun Frontier et mon âme déjà au bord du gouffre. Et elle est venue me dire que je devais me ressaisir car elle avait appris d'une des grandes prêtresses des temples disparus que ma vie n'était pas terminée, qu'il existait dans cet univers, une femme qui m'attendait, qui m'offrirait l'amour et la stabilité d'un foyer… Je n'y ai pas cru, Ellie, et, pourtant nos chemins se sont croisés, et grâce à toi, j'ai pu revivre et apprendre à ouvrir mon âme. Même si cela a été très bref, Ellie, tu m'as rendu très heureux et je t'en serai éternellement reconnaissant.

Les larmes d'Ellie lui noyaient le visage, elle se sentait partir. La drogue était en train de vaincre sa volonté, le sommeil la gagnait. Elle ne voulait pas être séparée de lui. Elle usait de toute sa volonté pour garder ses paupières ouvertes. Sa main droite se posa sur la joue du capitaine de l'Arcadia la caressant une ultime fois. Ses forces l'abandonnaient. Ses paupières se fermèrent et elle s'endormit en pleurant.

- Hans, murmura-t-elle une dernière fois.

Hans se leva, s'approcha de son fauteuil pour s'emparer de sa longue cape noire. Il la passa autour d'Ellie et l'emmena dans la soute où le petit vaisseau de transport attendait pour décoller que le capitaine lui eut confié la mère de ses enfants. Il installa la jeune femme sur une couchette où elle fut sanglée afin d'éviter toute chute pendant le vol et, alors, qu'il s'attendait à trouver aussi Ryo à bord du petit appareil, il ne put que constater que la zone des passagers était déserte. Seule la mère de ses enfants était à bord. Le capitaine de l'Arcadia descendit précipitamment. Il n'y avait personne non plus dans la soute, le départ était pourtant imminent. Hans reprit l'ascenseur, traversa plusieurs coursives tout en demandant à Toshiro de localiser l'informaticien. Il apprit ainsi que l'ancien chef du gouvernement l'attendait dans la cabine du capitaine. Toshiro s'était bien gardé d'indiquer à son ami de toujours que le jeune homme avait eu une ultime conversation avec son épouse. Harlock en entrant trouva son ami, installé devant la baie vitrée, qui regardait pensivement les mouvements du vaste fleuve de la capitale.

- La navette doit partir Ryo et toi aussi ! ordonna-t-il sèchement.

- J'ai longuement réfléchi, Hans, et j'ai décidé de rester pour combattre à tes côtés, répliqua Ryo sans se retourner d'une voix calme.

- Tu m'avais pourtant promis…se plaignit Harlock, mécontant.

- Tu m'as arraché cette promesse, Hans ! se révolta Ryo en lui faisant face. Je ne partirai pas ! J'ai déjà prévenu Nynna et comme les communications ont été interrompues pour éviter que les vaisseaux ne repèrent la base, tu ne pourras pas l'influencer pour qu'elle me fasse changer d'avis ! Je te l'ai dit, Hans, entre toi et moi, c'est à la vie à la mort ! Je t'accompagnerai jusqu'au bout ! Je refuse de partir la queue entre les jambes pendant que tu te sacrifies pour nous. Mon devoir est ici !

- Ryo, c'est toi qui depuis le début dirige la Résistance, tu dois les accompagner ! insista Hans, inquiet.

- J'ai transféré mes pouvoirs à Nynna et à Ellie, avoua Ryo. Ce sont elles qui la dirigeront à présent. Je sais mener les escadrilles de combat, le général Martin m'a formé à ce genre d'action ! affirma Ryo d'une voix douce. Tu aurais dû te douter que je me battrai jusqu'au bout. Nos descendants reprendront le flambeau.

Harlock planta son regard dans celui du jeune homme. Celui-ci était fermement résolu et toutes les menaces du capitaine n'y changeraient rien. Il soupira. Ryo lui sourit avec douceur et il céda.

- Très bien, tu dirigeras l'assaut des petits vaisseaux de combat, accepta Harlock tristement. Tu auras une centaine de combattants sous tes ordres. Tu t'en sens capable ?

- Je suivrai tes instructions.

- Très bien, nous quittons Amos, décida Harlock.

L'Arcadia, qui faisait chauffer ses moteurs depuis plus d'une heure, amorça lentement son décollage en glissant doucement sur les flots. Toshiro augmenta la poussée des réacteurs progressivement. Le vaisseau se souleva tel un oiseau majestueux, filant vers les étoiles, suivis par les quatre autres vaisseaux qui allaient l'accompagner dans la mort. Dans les bases secrètes, les dernières victuailles et autres matériels furent embarqués en urgence. Les portes furent ensuite verrouillées alors que les pilotes faisaient chauffer les moteurs. L'angoisse régnait. Nynna dont les larmes ne cessaient de couler depuis la terrible décision de son époux, attendait que le vaisseau de transport furtif ramène son amie à son bord. Celui-ci arriva, une heure avant le départ. Ellie fut emmenée sous la surveillance des docteurs Sanders et Kimura à sa cabine où l'attendaient Eliasis et Hector, les deux sexaroïdes qu'Harlock avait décidé de faire embarquer pour la sécurité de sa famille. Alors que les vaisseaux de la Résistance attendaient patiemment dans la mer d'astéroïdes près d'Amos, ils virent les vaisseaux de l'aristocratie commandés par Oscar s'approcher. Ryo s'était installé aux commandes du vaisseau leader qui mènerait l'assaut avec les autres petits vaisseaux d'attaque. Elliot et le général Martin, fins prêts, observaient la manœuvre des aristocrates.

Oscar se doutait que les bases principales de la Résistance devaient se trouver non loin d'Amos, aussi avait-il décidé de passer à l'attaque dès que les premiers vaisseaux auraient quitté leur base. Il ne savait pas comment était agencées les bases. Il espérait pouvoir les prendre de vitesse. Harlock sourit en constatant que le duc avait amené toutes ses troupes. Celui-ci avait dû décider d'envahir toutes les planètes dès qu'il se serait débarrassé des Résistants. Hans eut un ricanement. Von Kiel, par couardise, avait probablement quitté Amos et emmené toutes ses troupes avec lui. Toshiro, pendant que les vaisseaux manœuvraient, avait commencé à pirater tous les réseaux d'ondes disponibles. Il avait aussi créé un programme qui enverrait des images subliminales à travers la télévision, les écrans d'ordinateurs qui modifieraient par l'action de la lecture à travers les yeux puis l'interprétation des images par le cerveau humain, la programmation des nanos. Il en avait fait de même pour les radios. Comme les nanos intervenaient sur le cerveau humain, il serait facile de les atteindre à travers lui. Toshiro et Ryo avaient longuement travaillé à la réalisation de ces programmes et tous les tests attestaient que les résultats seraient ceux escomptés. Il envoya ensuite la centaine de mini vaisseaux automatiques diffusés le produit chargé d'annihiler le médicament anti-rejet à travers la galaxie pour qu'ils aillent répandre le produit dans les eaux de toutes les planètes dominées par l'humanité.

A l'heure décidée par Hans, les différents vaisseaux de la Résistance ordonnèrent le départ. Oscar assista, estomaqué, au départ instantané de la centaine de vaisseaux alors que les cinq vaisseaux restés en arrière bloquaient le passage. Toutes les bases qui disposaient de moteurs comme l'Ombre Morte avaient été regroupées au même endroit et chacune d'entre elles possédait un nombre d'ouvertures correspondant aux nombres de quais disponibles.

- Feu à volonté ! ordonna Oscar. Massacrez-les mais faites attention au Poséidon ! Il faut juste endommager ses moteurs ! Je tiens à récupérer la descendance d'Harlock et de Kimura !

Alors que les premiers tirs partaient, pulvérisant des astéroïdes sur leur passage, les cinq appareils poussèrent leur bouclier au maximum et firent rempart. Le choc fut brutal, même l'Arcadia fut violemment secoué. Les capteurs de ses boucliers s'affolèrent complètement après les premiers impacts.

- Capitaine ? avertit Yattaran. Leurs canons sont trop puissants si on encaisse trop de tirs, on perdra les boucliers !

- On lance l'assaut ! ordonna Harlock. Il faut les empêcher d'atteindre les vaisseaux ! Ryo, je vais m'approcher des vaisseaux de tête, dans cinq minutes, tu décolles et commences l'attaque !

- A tes ordres ! obéit Ryo en allumant ses moteurs. Vous avez entendu le capitaine, messieurs, il nous faut nous préparer !

Harlock fonça vers les premiers vaisseaux en virevoltant entre les tirs. La centaine de petits vaisseaux décolla et commença à tirer à pleine puissance sur les vaisseaux de guerre. Toshiro observa les vaisseaux ennemis, chronométrant le temps entre chaque salve et la durée des tirs, temps où les appareils ennemis se trouvaient sans bouclier. Une fois les calculs effectués il scanna les vaisseaux, cherchant les failles.

- Je crois qu'on va pouvoir leur faire subir quelques pertes avant d'y passer, affirma Toshiro à son ami. J'envoie les données à Ryo.

- Ryo, attaques les zones repérées par Toshiro ! ordonna Harlock. On aura très peu de temps avant qu'ils ne découvrent notre manœuvre et ne changent de stratégie.

- Bien reçu !

Oscar, à bord du Vénus, enrageait. Les astéroïdes et les tirs constants des vaisseaux empêchaient les siens d'attaquer les vaisseaux de la Résistance. Ceux-ci filaient à toute allure. Ils seraient bientôt hors de portée. De plus, les petits moucherons que les cinq vaisseaux avaient envoyés à l'assaut étaient particulièrement collants. Ceux-ci étaient trop rapides pour être touchés par les canons et ils évitaient tous les tirs des petits canons ventraux et latéraux. Ryo reçut les données et ordonna le déploiement de ses hommes, leur désignant à chacun un vaisseau à attaquer et les zones à toucher. Lui-même harcelait un appareil qui menaçait grandement le Poséidon. Grâce aux indications de Toshiro, il réussit à détruire le système de propulsion puis il vit l'Arcadia traverser l'appareil de part en part grâce à son tranchoir de proue. Il poussa un cri de joie.

Oscar, voyant que finalement les moucherons n'étaient pas aussi inoffensifs que ça, envoya à son tour des petits appareils d'assaut qui prirent en chasse les hommes sous les ordres de Ryo. Le combat était violent. Ryo était poursuivi par trois appareils qu'il ne parvenait pas à distancer. Les cinq vaisseaux de la Résistance se battaient de toutes leurs forces. Elliot avait réussi à mettre à mal une dizaine de vaisseaux aristocratiques mais cela n'était rien par rapport aux centaines de vaisseaux dont disposait le duc. Il fut rapidement encerclé et attaqué de toutes parts. Harlock aurait volontiers porté secours à son ancien élève mais le duc semblait vouloir plus que tout anéantir l'Arcadia. Il avait dépêché, pour venir à bout du capitaine, une cinquantaine de bâtiments qui avaient détruit ses boucliers. Harlock ne tenait plus que grâce à ses capacités à virevolter entre les tirs mais, Hans le sentait, il perdait du terrain et ne tarderait pas à être submergé. Toshiro qui suivait la progression des vaisseaux de la Résistance informa son ami qu'ils étaient à présent hors de portée, partis en vol subliminique. Hans poussa un soupir de soulagement. Ryo vit le vaisseau d'Elliot subir de nombreux tirs. Ses moteurs avaient lâchés et les explosions se multipliaient. Il assista horrifié au décrochage de l'appareil dont les freins anti-gravités avaient cessé de fonctionner. L'appareil subissait de plein fouet l'attraction d'un astéroïde et se dirigeait résolument vers lui. Il ne tarderait pas à s'y écraser.

- Elliot ? hurla Ryo. Ordonne l'évacuation !

Celui-ci à la timonerie ne répondit pas, les systèmes radios ayant cessé de fonctionner. Il regardait ses hommes qui tentaient d'arrêter l'incendie électrique qui ravageait les consoles de guidage. Il sourit en entendant l'appel incessant de Ryo. Le système d'évacuation était hors service et de toute manière les vaisseaux ennemis auraient tirés sur les petites navettes dès que celles-ci auraient décollées. Leur heure était venue, c'était tout. Son vaisseau tremblait de toutes ses tôles alors qu'il s'approchait de l'astéroïde. Le choc fut violent, le projetant au sol avec tout son équipage. Il vit l'appareil commandé par le général Martin subir le même sort que le sien. Une explosion provoquée par le choc ravagea la timonerie projetant de la ferraille à travers la pièce. Elliot senti plusieurs morceaux le transpercer, et, alors qu'il se vidait de son sang, il observait l'Arcadia en souriant qui se battait comme un beau diable refusant de plier face à l'ennemi.

Harlock le sentait, il ne tiendrait plus très longtemps. L'étau se resserrait. Oscar serait sans pitié. Dans un magnifique dernier baroude d'honneur, Harlock ordonna de faire feu de toutes les pièces. Plusieurs tirs frappèrent l'Arcadia durement, provoquant une multitude d'explosions. Les moteurs cessèrent de fonctionner. Un tir frappa la timonerie provoquant une surcharge dans les consoles de tirs qui crachèrent des gerbes d'étincelles. Yattaran et Kei furent projetés hors de leur siège. Hans voulut leur prêter secours mais des éléments de la structure de la timonerie, poutrelles et plaques de fer s'effondrèrent au sol l'empêchant de rejoindre ses amis. L'Arcadia était perdu. Sans armes, sans propulsion, Oscar allait pouvoir l'achever sans difficulté. Harlock tentait tant bien que mal de maintenir la barre. En l'espace de quelques secondes, celle-ci perdit sa dureté habituelle devenant un axe qu'un enfant aurait pu faire pivoter sans problème, ce qui indiquait que les éléments qui reliaient la direction de l'Arcadia à la plate-forme de commandement avaient cessés de fonctionner.

Une nouvelle série de tirs fut ordonné par Oscar qui, sourire aux lèvres, assistait à l'agonie du plus célèbre vaisseau de l'humanité. Il était l'homme qui avait défait l'Arcadia et son capitaine légendaire. Hans vit les tirs arriver, attendant dignement l'ultime tir qui les tuerait. Il se cramponna de toutes ses forces à la barre alors que le vaisseau était durement frappé. L'Arcadia se mourrait. Une série d'explosions retentit. Toshiro pour tenter de limiter la casse ferma les portes blindées mais plusieurs d'entre elles furent soufflées. La porte blindée de la timonerie résista mais les parois métalliques extérieures plièrent alors que celles de l'intérieur explosaient en projetant des bouts de fer incandescents tranchants comme des rasoirs qui poignardèrent Hans de toutes parts. Celui-ci plia douloureusement. Il sentit du sang couler de sa bouche, de son nez et de ses oreilles, signe que sa fin était proche. Ses forces l'abandonnaient progressivement. Il tomba lourdement sur le sol. Sa respiration devenait de plus en plus difficile. Il sortit de la poche de sa veste la photo qu'il conservait d'Ellie et de leurs enfants. Il sourit avec une douceur infinie puis son œil se ferma lentement. Son bras retomba sur le sol, sa main lâcha la photo, un sourire inondant son visage. Son âme appela de toutes ses forces son fils aîné pour que celui-ci vienne l'emmener de manière définitive à Heiligenstadt.

Ryo en voyant l'agonie de l'Arcadia blêmit. Enragé, il poussa ses réacteurs au maximum, se jetant sur le vaisseau qui s'acharnait sur l'appareil de son ami, le criblant de tirs comme si il voulait le réduire en cendres. Ryo, le cœur broyé par l'agonie de l'Arcadia, attaqua de toutes ses batteries. Sa colère, trop grande, lui fit perdre toute vigilance et des vaisseaux le prirent en chasse, tirant dans ses tuyères, le privant de propulsion. Une série de tirs endommagèrent un peu plus son vaisseau provoquant une explosion qui l'atteignit durement, le faisant se vider de son sang sur la console de guidage. Ryo releva la tête, souleva sa visière, observant une derrière fois le soleil se lever sur Amos. Ses forces diminuant, il posa sa tête sur la console de côté pour ne rien perdre du levée du soleil qui inondait de lumière la planète. Il souriait en regardant ce spectacle, ses yeux se fermèrent doucement.

- J'arrive, Hans, attends-moi, la route sera moins monotone si on la fait à plusieurs, murmura-t-il alors qu'au loin, il voyait le capitaine de l'Arcadia qui lui souriait, de ce franc sourire inoubliable au milieu d'un halo lumineux.

L'appareil de Ryo dérivait près de l'Arcadia sous le regard amusé d'Oscar.

- On en a terminé avec eux. Ordre est donné aux bâtiments d'envahir les planètes qui dépendent de Von Kiel ! exigea Oscar. Et trouvez-moi où se terre ce lâche !

Les vaisseaux abandonnèrent les carcasses agonisantes afin de poursuivre leur mission. Quelques explosions, telles des soubresauts d'agonie, secouaient encore les victimes de l'armada aristocratique puis le soleil d'Amos caressa les épaves. Une nouvelle journée commençait mais plus rien ne serait comme avant pour des milliards de personnes.

***A suivre***