Bonjour à tous !

Je suis très heureuse de vous retrouver pour ce nouveau chapitre de cette fic'. Merci de l'avoir si bien accueillie :D

DidiineOokami J'avoue que le passage dans ce film m'avait pas mal inspiré, mais j'aime bien tout remanier à ma sauce ;) Je suis contente que ça te plaise, surtout que tu prennes le temps de commenter, ça me fais très plaisir. Bonne lecture ! ^^

A vous tous, d'ailleurs, bonne lecture ! :D


Shun regardait en silence par sa fenêtre le monde se réveiller après une longue nuit hanté d'un sommeil lourd et humide. Les mains crispées sur les franges élaguées de sa longue tunique blanche, ses yeux se posèrent subitement sur le port qui, dans le loin s'étendait déjà dans l'aube, grouillant de monde. Des constructions de bois avaient été érigées silencieusement pendant la nuit, des chevalets, des estrades et des barrières dans un bois sombre et solide à la manière de palissades piquantes. Shun sentit sa gorge se nouer d'angoisse. Il avait essayé de ne pas y penser pendant la nuit, de dormir, de profiter de ses souvenirs ou d'un bon repas, mais n'avait pas d'appétit encore moins envie de se rappeler de choses qu'il ne verra plus jamais. Ça faisait trop mal.

Mince. Personne ne lui avait jamais dit comment un condamné vivait ses dernières heures ! Il avait l'impression de gâcher son temps à ne faire rien, mais il n'arrivait simplement pas à se décrocher du paysage coloré qui coulait sous ses fenêtres. Quelque part il devait continuer à espérer que quelque chose se passe, alors que tout le monde l'avait abandonné.

Ses parents n'étaient pas venus le voir, ses « amis » ou prétendants non plus, seul l'oracle officiel du palais s'était déplacé pour lui rappeler pourquoi il allait mourir aujourd'hui, et lui délivrer une tenue bénie. Il était évident que ce type infâme soutenait son sacrifice puisque demandé expressément par un dieu. Tout le monde semblait l'avoir accepté, d'ailleurs.

Un choc étouffé le tira de ses rêveries. L'oracle venait de revenir, affublé de plusieurs gardes. Il avait toujours cet air sérieux et exécrable que seuls les vieux hommes récupéraient, le pire était qu'il tentait de paraître compatissant mais il était évident qu'il était content de pouvoir directement obéir à un dieu. Tout prêtre adorerait faire cela.

- Mon prince, il est bientôt l'heure, déclara-t-il de sa voix erratique.

Étouffant un soupir, Shun joignit précautionneusement ses mains pour éviter de les laisser trembler inutilement le long de ses flans. Rapidement, il se retrouva parfaitement encadré par les gardes qui n'osaient même pas le frôler, l'oracle ouvrant la marche, la procession silencieusement prit le chemin du port.


En cette époque de l'année la terre était chaude, et abondait d'une herbe grasse et épaisse, parfaitement verte. Il serait presque criminel de ne pas y rendre hommage en s'y étendant pour une sieste.

Toute l'équipe de Hyoga avait d'un commun accord répondu à cette invitation. Surtout après ces plusieurs jours de voyages laborieux passés à traquer des trésors oubliés dans les tréfonds d'une mine abandonnée.

Ils avaient desserrés leurs armures, enlever leurs épées, écartés les chevaux de la route pour que les bêtes aussi puissent profiter de l'ombre rafraîchissante des grandes saules qui pullulaient sur le coin de la route d'Argos depuis quelques kilomètres. C'était un petit coin vraiment tranquille qu'ils avaient trouvés, les personnes qui y passaient n'y faisaient pas du tout attention alors que ça se trouvait juste à côté de la route et que c'était un paradis de tranquillité et d'ombrage.

Seiya, un jeune homme aussi bruyant que souriant, que Hyoga connaissait depuis près de dix ans, défit rapidement ses bottes d'un coup sec puis posa sa tête sur ses bras croisés. Il soupira lourdement en sentant son corps se détendre ainsi que ses dernières blessures le faire encore souffrir un peu.

- Haaa, je crois que je ne vais pas pouvoir me relever d'ici quelques jours. Je suis trop crevé.

Près de lui un homme aux longs cheveux noirs ricana. Assis en tailleur occupé à brosser son superbe bouclier de jade, il regarda Seiya comme si ce dernier venait de lui dire une absurdité.

- Et pour la récompense ? tu nous laisse récupérer ta part, c'est ça ?

- Bon, je veux bien me relever pour ça. Vu le temps et l'énergie que ça m'a pris pour trouver toutes ces babioles dans les catacombes, il est hors de question que je vous laisse ne serait-ce que voir la couleur de ma paie ! Vous devrez vous contenter de votre part.

Seiya avait beau dire cela nonchalamment, s'ils étaient tous honnêtes les uns avec les autres, ils savaient tous que le jeune homme brun devrait au moins mériter les trois quart de la paie qu'ils allaient gagner en échange de ce qu'ils avaient trouvés dans la mine. Parce qu'il était diamétralement plus puissant qu'il ne le montrait, surtout en agissant ainsi, comme un gamin capricieux. Hyoga et Shiryu aussi savaient très bien se débrouiller eux aussi et n'avaient pas à éprouver la moindre honte quant à leur capacité, mais Seiya les dépassait niveau combat, c'était certain, il était bien plus fort qu'eux. Peut-être était-ce parce que chez le jeune homme le sang des dieux étaient plus fort, ou alors parce qu'il se retenait moins en combattant, sa puissance s'affiliait aisément avec sa personnalité délurée.

Hyoga était comme lui, un demi-dieu, ou plutôt un demi-demi-dieu. Un de ses pairs de sang était une divinité. Une entité puissante répondant au nom de Zeus avait donné naissance il y a de ça quelques génération à un puissant héros véritablement demi-dieu, qui avait ensuite eu une descendance riche et tout aussi puissante, qui étaient les ancêtres de Hyoga. Et parce que le sang de dieu était assez difficile à drainer, et que ce n'était pas non plus comme si la famille de Hyoga tentait de s'en débarrasser, ils étaient tous de fiers guerriers après tout, cette puissance divine résonnait encore en lui aujourd'hui, en plus faible, mais bien toujours là.

Seiya avait pour sa part comme grand père un dieu, contrairement à Hyoga et Shiryu qui ne savait même pas où placer leur parent divin dans leur arbre généalogique, lui avait déjà rencontré plusieurs fois son grand-mère, le dieu Alcée, l'esprit de la prouesse et du courage, et connaissait très bien sa famille. Alcée n'était pas une divinité aussi influente que Zeus ou ses consœurs olympiens, mais disposait d'assez de pouvoirs et de connaissances pour savoir comment rendre son petit-fils redoutable en combat, ainsi qu'alerte quant aux nouvelles venaient des Cieux divins.

Un bruit lourd résonna alors non loin d'eux, ressemblant passablement au fracas continu et puissant d'un grondement de tonnerre. Les trois guerriers se redressèrent d'un coup sec pour voir passer dans la poussière blanchâtre de la route plusieurs cavaliers lancés au triple galop. Ils passèrent devant eux à toute vitesse et disparurent aussi rapidement qu'ils étaient venus, laissant Hyoga et ses amis muets de surprise et de confusion. Ces hommes étaient armés comme des mercenaires de très haute gamme ou de soldats royaux, dans tous les cas ils étaient déterminés et cela piqua la curiosité des voyageurs, parce que cela pourrait toujours les attirés vers un bon pactole. En cette période de vache maigre tout était bon à prendre.

Un dernier cavalier les dépassa quelques minutes plus tard, ses frusques assez différentes pour communiquer aux trois combattants qu'il ne faisait pas partie de la première procession. Son regard hagard semblait vouloir dire qu'il avait dû être rudement poussé par les mercenaires lorsque ceux-ci s'étaient interposés sur sa route.

- Hé, m'sieur ! tonna Seiya sans même prendre la peine de se relever. Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Quoi ? pailla l'homme sur la monture devenue nerveuse. De quoi parlez-vous ?

- Les cavaliers qui sont passés, insista Seiya en indiquant d'un coup de menton la direction que les chevaux armés avaient pris. Ils avaient le feu aux trousses ou quoi ?

- Ha ! non, je ne crois pas. Ce sont des chevaliers royaux ces types-là, répondit le cavalier, fier de son petit savoir à partager. Ils doivent avoir une mission urgente à remplir. Ils sont tout le temps sur le qui-vive ces types de toute façon. Surtout depuis ce qu'il s'est passé au dernier banquet tenu par le roi…

- Que s'est-il passé ? ce fut cette fois Shiryu qui demanda de sa voix calme et forte.

L'homme parut aussi surpris que si Shiryu venait de lui annoncer qu'ils étaient des femmes.

- Mais vous sortez d'où pour ignorer ce fait ?!

- Nous sommes des voyageurs, nous n'étions pas ici ce matin-même, dit froidement Hyoga, n'aimant pas que l'on sous-estime sa personne et ses amis.

- Ah, dans ce cas je veux bien comprendre quel est le problème…en fait voilà, Zeus a été courroucé par les rois d'Argos et est apparu dans la salle de bal du roi pour réclamer réparation après que la reine se soit vantée de la beauté de son fils, apparemment supérieur à celle des divins. Pour l'apaiser et soigner les fautes, il a ordonné de sacrifier le prince Andromède au monstre marin qu'il enverra détruire la cité. C'est le seul moyen d'épargner le massacre de toute la ville.

- Et ils vont lui obéir ?! Tempéra subitement Hyoga, outré par cette couardise.

Le cavalier se sentit directement accusé, aussi perdit-il peu de son panache en répondant de nouveau, les yeux dans le vague.

- Il n'y avait pas vraiment le choix. Pour sauver la cité et ses millions d'habitants…

- Obéir aux caprices d'un dieu est bien la pire erreur qu'il convient de faire dans ce genre de cas. Demain il reviendra sûrement demander plus. Vous êtes aussi stupide d'un côté que de l'autre.

Hyoga était demi-dieu et avait déjà combattu et dealer avec bon nombre d'entre eux même si ce n'avaient jamais été de très grands dieux. Il savait donc ce que valaient ces créatures capable de bien plus de cruauté et d'égoïsme que n'importe quel criminel sur cette terre, pleins d'orgueils à cause de leur prétendue immortalité. Il y avait de bons dieux certes, mais ils étaient souvent des minorités. Devenir puissant pourrissait souvent mêmes les esprits les plus déterminés.

Se relevant de son carré d'herbe, le blond fixa durant un bon moment l'homme avant de s'approcher de lui.

- Argos se trouve bien dans cette direction ? demanda-t-il en tendant la main.

- En effet. Mais les chemins sont engorgés par la foule, accéder au centre-ville ou au port est impossible. Je vous déconseille de vous approcher de là, étrangers.

Talonnant son cheval pour reprendre rapidement sa route, l'homme les salua d'un coup de menton puis reprit son chemin dans un petit galop confortable, laissant une traînée de fumée et de sable derrière lui.

- Hé, Seiya ! tonna presque aussitôt Hygoa en se tournant vers ses compagnons. Tu ne disais pas que tu voulais essayer de jouer les justiciers ?

- Etre mercenaire, ça fatigue, approuva le jeune homme brun en se relevant un peu. Il paraît que les héros reçoivent autant d'honneurs que de cadeaux, même quand ils échouent !

- Tu es sérieux, là ? demanda Shiryu en gardant les yeux fixés sur là où était parti le cavalier. Tu veux t'en mêler ? la dernière fois que l'on a essayé d'aider des gens sans qu'ils ne nous emploient, ce n'avait pas été très concluant.

- Je sens qu'il faut que j'y aille, justifia simplement le blond.

Les sens des demi-dieux étant bien plus fins et puissants que ceux des humains lambda, il était donc bien plus facile de les croire et de s'y fier. Shiryu soupira lorsqu'il comprit qu'il était inutile d'essayer de dissuader le jeune homme, surtout que Seiya venait subitement de se décider d'aller lui aussi à Argos, voir les choses de plus près.


L'océan s'était mis à frissonner. C'était à peine visible, mais Shun le vit très distinctement et cela fit encore plus pâlir son cœur alors qu'autour de lui, on s'afférait. Des anneaux de fer firent scellés sur ses chevilles et ses poignets, et pour être certain qu'il ne puisse bouger de son poste, des chaînes argentées furent enroulées autour de ses bras, de sa poitrine et de ses hanches puis encastrées dans la roche contre laquelle il était maintenant adossé.

Ainsi attaché face à l'océan grisé qui ronflait face à lui, apportant de puissantes odeurs marines et salées, Shun entendit à peine l'oracle lui parler. En sentant les doigts froids de l'homme se poser sur son épaule, il releva les yeux pour cueillir quelques brins de désolation dans les grandes pupilles ternes du vieillard écœurant.

- Sachez, mon prince, que vous êtes un martyr pour vos gens et que vous ne serez jamais oublié. Votre sacrifice ne sera pas vain.

Shun le regarda froidement et se retint de dire la moindre chose à l'homme de peur d'être grossier. L'oracle chassa délicatement une des longues mèches de cheveux du prince qui pendait devant ses yeux et continua de le regarder respectueusement sans sembler être gêné par cette proximité.

- Vos parents sont fiers. Tout le monde l'est.

Alors qu'ils sortent de leurs trous ! Pensa le prince

Tout proche du promontoire rocheux sur lequel ils se trouvaient, les vagues de l'océan s'écrasaient avec violence contre la pierre. Au loin le grondement provenant de l'océan augmentait passablement au fur et à mesure que le temps passait.

L'oracle donna quelques ordres aux gardes qui les avaient escortés docilement jusqu'ici. Puis s'éloigna sans rien ajouter. Les gardes le suivirent sans se gêner en coups d'œil intéressés envers le corps mince et pâle d'Andromède. Heureusement ils n'allèrent pas plus loin et disparurent rapidement à la suite de l'oracle.

Laissé seul appuyer contre la pierre aussi noire que froide, Shun se mit à grelotter. Sa simple tunique de lin ne suffisait pas à le protéger du vent salé, sablonneux, humide qui le congelait. Et le contact avec les chaines imperturbables qui le maintenait immobile, les bras écartés, n'aidait pas à se sentir à l'aise, ou à se protéger du vent ou des vagues qui éclataient à ses pieds.

Quelque chose résonna alors dans l'eau. Comme si quelque chose venait subitement de se briser dans les tréfonds des mers, de s'écrouler avec assez de force pour que cela s'entende à travers les épais murs d'eau jusque la terre ferme.

Shun vit alors le mouvement des vagues changer. Elles ne le barbouillaient plus d'écume pour aller tourbillonner vers une zone un peu plus lointaine, se fracassant les unes contre les autres, créant une trouée dans les eaux sombres.

Un sifflement erratique et suraigu fusa d'entre les flots, et éveilla par la même la peur dans l'estomac de Shun qui se mit subitement à se battre contre ses liens. Evidemment les chaînes lui résistèrent, pire encore, se mirent même à mordre dans sa chair lorsqu'il fut trop forcené. Il s'écorcha également contre la pierre en remuant de la sorte. Il pensait vraiment qu'il était prêt à mourir, mais en apercevant deux immenses pupilles jaunâtres s'ouvrir et se fixer à lui au travers des flots, il perdit toute sa conviction si durement construite.

Le kraken était pire qu'il n'avait osé le penser. C'était un énorme serpent cuirassé d'écailles sable luisantes, qui possédait de petites ailes et une série de crocs à venins immenses que la créature aimait à exhiber en hurlant. Une collerette se dressait sur l'échine de la bête et frétilla en voyant sa proie, lui arrachant ses derniers lambeaux d'espoir.

Le kraken glissait sur l'eau comme sur de la soie, y plongeait parfois pour en ressortir encore plus violemment. Lorsqu'il arriva face à Shun, en quelques instants à peine, la créature se redressa sur plusieurs mètres pour arriver à sa hauteur et gronda lourdement. Elle ouvrit ses mâchoires alors que Shun serrait les siennes par anticipation. L'air était devenu lourd et fauve, le serpent gigantesque intoxiquant les alentours par sa simple présence.

Alors que la gueule du kraken se jetait sur lui Shun entendit un chuintement métallique bourdonner près de son oreille. Le hurlement du kraken se fit alors encore plus enragé et strident, Shun n'osa rouvrir les yeux qu'après que cela ce soit tut légèrement.

Il posa alors les yeux sur le dos imposant d'un homme qui lui cachait presque totalement la vue. La confusion et la peur n'aidant pas à ajuster la vue, il ne put qu'admirer silencieusement la blondeur dorée de ses cheveux.

Le kraken recommença à gronder furieusement, puis les coups d'épées sonnèrent de nouveau. Et Shun sentit alors ses liens se desserrés, libérant son corps des carcans de fer gelés. Une poigne chaude l'arracha de la pierre et de ses chaînes, le soulevant du sol pour qu'il ne meurtrisse plus ses pieds. En tentant de distinguer encore quelques détails du visage de son sauveur, Shun ne parvint une fois encore qu'à s'éblouir en voyant la clarté des yeux de l'homme l'éblouir.

Un homme aussi beau et fort qu'une dieu était venu à son secours alors qu'un autre l'avait condamné.


Un peu plus tôt...

En arrivant sur le port bondé, peuplé d'une foule nerveuse, Hyoga et son équipe s'était frayé un chemin laborieux entre les gens jusqu'aux derniers abords de la ville, aux frontières de la mer. Lorsqu'il n'y eut plus que l'eau salée devant leurs pieds, ils virent passer devant eux un groupe de gardes au visage sombre menés par un petit homme aux allures de centenaire se dirigeant vers l'intérieur de la ville à grand pas. La foule se fendait naturellement sur leur passage, d'une manière tellement révérencieuse qu'il était difficile de douter du statut important de la procession.

Hyoga les toisa brièvement avec curiosité, eux et les clameurs qu'ils soulevaient chez les passants anodins, puis décida de partir vers là d'où venaient ces étranges hommes. Il était clair que la ville d'Argos entière était époustouflée par les actes de ces hommes-ci, aussi serait-il intéressait de découvrir quoi.

Quelques personnes murmuraient après que le groupe avec le vieillard ne soit plus qu'une lointaine patrouille noyé dans la foule.

- Ils l'ont fait ? …vraiment ?

- L'oracle ne ment jamais, il respect toujours toutes les volontés des dieux ! c'est sûrement grâce à lui si nous ne sommes pas encore morts foudroyés.

- Que va devenir la cité sans son plus jeune prince ?

- Phénix va tous les tuer…

Essayant de ne pas prêter grandes importance aux boniments des gens autour d'eux, Shiryu, Seiya et Hyoga avancèrent parmi eux en gardant les yeux au sol. Ils ne voulaient pas crée de remous en exhibant leurs plastron de mercenaire outre mesure.

Ils empruntèrent des dédales isolés des rues les plus bondées, tentant de trouver des indices sur la provenance du vieillard. Dans les chemins les plus enclavés l'ombre des maisons planait, ainsi que la forte odeur aigre de la mer.

Ils aboutirent à un nouveau récif où se fracassait les eaux, en bordure de la ville, déserté par les hommes. Ils étaient sur une partie d'Argos plus en hauteur maintenant, ayant ainsi accès à un point de vue immense sur tout le reste de la côte maritime de la ville où la population était pressée.

- Je ne comprends pas ce que font tous ces gens sur le port, avança Seiya en grimaçant. Je ne vois pas de bateaux arrimés, il n'y a rien à voir.

Un grondement lourd fusa alors soudainement des eaux. Les vagues s'étaient calmées, et une odeur de bête écumait sur les vagues.

Hyoga eut un rictus de dégoût en sentant la population d'Argos continuer à s'énervée désabusement, et en voyant quelques écailles briller à la surface de la mer, au loin.

- C'est la créature dont le cavalier nous a parlé, dit Shiryu en fronçant les sourcils. Ce « kraken » ?

- Il ne se dirige pas vers le port. Bien que les gens y ont construit des barricades…

Aussitôt Hyoga s'élança dans la ruelle, prenant son appuis sur un caisson de tonneaux, il grimpa sur les toits rapidement, et put alors combler les derniers angles morts du panorama qu'il ne pouvait voir.

Parcourant les récifs les plus éloignés du port, il se stoppa sur un amoncellement immense de roches sombres vers lequel la créature semblait se diriger. A bien y regarder il y avait un chemin qui menait du port vers le sommet de ces récifs pointus.

En tendant encore le cou, remerciant son excellente vue de demi-dieu et ignorant les questions de ses compagnons, le mercenaire perçut alors quelque chose de blanc contre les pierres. Il vit alors une créature si belle qu'il l'eût facilement prise pour une statue de marbre si la brise n'avait pas remué doucement ses cheveux et si des larmes n'avaient pas coulé sur ses joues.

Les autres aussi venaient de le remarquer. Regardant les flots enfanter un serpent immonde et géant, les trois mercenaires sentir leurs armes les démanger.

Sans même avoir à se concerter ils sautèrent du toit sur lequel ils reposaient vers celui d'à côté, et se mirent à courir sur les tuiles humidifiés par la brise marine pour se rapprocher du récif où le kraken glissait.

Les rues du port étaient vides à présent. A part pour quelques curieux assez courageux pour rester cacher derrière les vitres de leurs maisons, toute la foule présente dans le coin quelques minutes auparavant s'était éclipsée dès l'arrivée du kraken au loin. Les trois combattants empruntèrent donc les rues sans encombre lorsqu'ils en eurent fini des toits.

Drainée de sa foule, Argos révélait à présent sans problème le chemin que la procession avec le vieillard avait dû prendre. Hyoga l'emprunta en premier, avec sur ses talons ses deux compagnons qui portaient déjà les armes.

Ils arrivèrent au récif lorsque le kraken allait dévorer son jeune sacrifice. Seiya fonça cette fois-ci en premier, son épée allant directement se fracasser contre le crâne de la créature. Shiryu le suivit de près, et alors que Hyoga allait lui aussi les accompagner, il tourna alors les yeux vers la personne enchaînée aux pierres et ne put les en détacher.

De loin, ce jeune homme avait semblé superbe, de près il l'était encore plus. Ses cheveux verts émeraude voletaient sur ses épaules et le long de ses joues. Sa fine tunique ne cachait que partiellement sa nudité que les lourdes chaînes enserrait son corps mince et pâle. Son visage était…tout simplement magnifique. A la fois délicat et intense, son regard révélait quelque chose d'évanescent. Le jeune homme semblait au bord de l'évanouissement mais tenait bon, refusant de céder place au désespoir. Un furieuse envie de (sur)vivre provenait de tout son être. On l'avait contraint à être là, après tout. Ce jeune homme avait une stature impérieuse même dans la tourmente.

Avant même de s'en rendre compte, Hyoga le tenait dans ses bras et avait brisé tous ses liens. Le jeune homme le regardait avec curiosité mais sans peur.

Un cri du kraken particulièrement aigu ramena le mercenaire à la réalité. Seiya et Shiryu peinait, malgré leurs talents à l'épée, à entailler durablement la bête. La créature tenait en effet d'une ascendance démoniaque vue ses couleurs et sa taille, ses blessures s'estompaient donc immédiatement. Même la mort ne voulait pas d'elle.

- Persée, on n'arrive pas à l'avoir ! hurla Seiya, en employant comme il était prévu, leurs surnoms de mercenaire lorsqu'ils se battaient, pour plus d'anonymat.

- Il faut trouver un autre moyen de s'en débarrasser ! continua Shiryu.

Hyoga raffermit sa prise sur le jeune homme qu'il portait et remonta rapidement jusqu'au sommet du récif. De là, il put voir distinctement les yeux luisants de la bête. Ainsi que le seul point faible de la créature.

- Seiya, la tête de Méduse ! hurla-t-il alors.

Le mercenaire comprit aussitôt ce que Persée voulait en dire. Il s'écarta brièvement pour ouvrir son sac duquel il ne se séparait jamais.

A l'instant où le jeune brun sortait sa main du sac, Hyoga mit sa main sur les yeux du jeune homme qu'il portait dans ses bras. Un courant foudroyant le traversa alors de part en part lorsqu'il sentit les cils du jeune homme caresser la pulpe de ses doigts.

Il sentit le jeune homme sursauter lui aussi à ce contact, mais il ne se débattit pas plus.

- Tout va bien, je vais te sortir de là, lui murmura doucement Hyoga en fermant à son tour les yeux, alors que dans la main de Seiya, ceux de Méduse s'ouvraient.

La tête coupé de la jeune femme monstrueuse qu'ils avaient brillamment abattue à quelques jours de là, était capable de figer les ennemis sur place en les transformant en pierre. Elle était plus un trophée qu'une véritable arme, cependant son utilité en tant que telle en cet instant était certain, aussitôt braquée sur le kraken, elle empoisonna la créature dans un grand flash lumineux, et les écailles du monstre marin se mirent alors à virer au gris terne alors que le kraken hurlait furieusement.

Malgré les débâcles de la bête, la pierre se propagea rapidement sur tout son corps et bientôt le serpent se retrouva entièrement figé, un nouveau récif anguleux parmi les autres. inoffensive.

Shiryu s'élança et brisa pour de bon l'échine de roc de la créature, qui s'écroula alors en un millier de morceaux dans les flots redevenus calmes et sombres de la mer, avec grand bruit.

Relevant victorieusement la tête, les deux mercenaires se tournèrent ensuite vers leur ami au-dessus d'eux, qui portait encore précautionneusement le jeune prisonnier dans ses bras.

- Un monstre à rajouter sur notre liste de conquêtes ! s'exclama joyeusement Seiya en fourrant soigneusement la tête de Méduse dans sa sacoche.

Hyoga ne l'écoutait pas, en reculant enfin ses doigts des yeux du jeune homme, il se rendit alors compte qu'il avait perdu connaissance.

- Il va bien ? demanda Shiryu sans bouger de là où il se tenait.

Hyoga acquiersa puis se permit de repousser une mèche du visage du bel inconnu. Ce dernier semblait absent et affaibli dans son sommeil. Il était blessé à l'endroit où les chaînes l'avaient enserrées.

- Il va avoir besoin de soin, dit-il enfin à ses camarades.

- Tu veux donc l'emmener ? demanda Shiryu.

- Je ne crois pas qu'Argos veuille encore de lui maintenant.

La vérité était que Hyoga ne pouvait pas se convaincre de laisser partir cet éphèbe endormi dans ses bras aussi beau qu'un diamant.

A suivre...


Voilà, la légende peut vraiment commencer maintenant ;)

J'espère que vous avez apprécié la lecture du mythe revisité par ma personne :P Si ça ne tenait qu'à moi toutes les légendes seraient ainsi ! ^^ (yaoi everywhere héhéhé)

N'hésitez pas à commenter si vous avez des questions ou des suggestions !

Merci de me lire ! :D