En rentrant de son entrevue avec Abbott, Patrick Jane s'était allongé sur son lit afin de clarifier son esprit mais la nuit blanche qu'il venait de passer et l'inquiétude qui le hantait depuis son réveil avaient fini par prendre le dessus et il s'était endormi. Une bonne partie de la journée s'était déjà écoulée lorsqu'il fut réveillé en sursaut par la sonnerie de son téléphone, résonnant tel un glas dans le silence de son appartement vide.

« Teresa ? », dit-il en décrochant, plein d'espoir.

« Navré Patrick, ce n'est que moi. », lui répondit la voix d'Abbott.

« Vous avez des nouvelles ? », demanda-t-il, tentant de cacher à la fois sa déception et son inquiétude.

« Luke, mon contact à Washington, s'est renseigné auprès de l'aéroport Ronald Reagan. L'avion de Teresa n'a eu aucun problème et elle apparait sur les caméras de surveillance disséminées dans les différents halls et parkings. Elle a ensuite pris un taxi mais il n'a pas été possible d'identifier ce dernier. »

« Elle se sera sûrement rendue aux bureaux du FBI ou directement chez Pike. »

« C'est ce que nous avons pensé. Personne ne l'a vue au FBI ni aux alentours de chez Pike et lui-même nie avoir eu contact avec elle. »

« Lui-même ? », s'étrangla Jane, « vous voulez dire que votre ami l'a… interrogé ? »

« Luke et Pike se connaissent, Jane. », confessa Dennis, « Lorsqu'il a vu que Lisbon n'était pas passée au FBI, il a décidé d'aller faire un tour chez Pike mais ce dernier était là, l'a vu et il n'a eu d'autre choix que de lui dire ce qu'il l'amenait ».

« Quel professionnalisme… », remarqua Jane d'un ton amer. « Et en plus, voilà que maintenant, Pike sait que nous le soupçonnons. », ajouta-il, sentant la colère monter en lui.

« Pas nécessairement. », tenta de l'apaiser son interlocuteur, « Jane, dites-vous bien que si quelque chose est effectivement arrivé à Lisbon, Pike n'y est probablement pour rien. »

« Non. », trancha Jane d'un ton glacial, « Il lui a fait quelque chose, j'en suis sûre. Vous n'avez rien trouvé à l'aéroport, elle ne s'est pas rendue au FBI. Vous ne me l'avez pas dit, mais je vous connais et je sais que vous avez vérifié hôpitaux, cliniques et morgues et que vous en êtes revenus bredouilles. Et vous savez pourquoi ? Je vais vous dire pourquoi. Parce que Teresa allait très bien en descendant de l'avion et tout aussi bien dans le taxi la conduisant chez Pike mais qu'à l'instant où il lui a ouvert la porte, c'était terminé. Je ne sais pas ce qu'il lui a fait mais il lui a fait quelque chose et nous, nous DEVONS faire quelque chose avant qu'il ne soit trop tard. »

Lorsque Jane eut fini, il se rendit compte qu'une larme avait coulé sur sa joue malgré lui. Il l'essuya du revers de sa main et attendit une réaction de la part d'Abbott. Pendant plusieurs minutes, il n'entendit que la respiration de ce dernier à l'autre bout de la ligne et la tension devenait de plus en plus palpable à chaque instant. Finalement, avec le plus de douceur dans la voix dont il était capable, Abbott lui posa une simple question.

« Que voulez-vous que je fasse, Jane ? »

« Laissez-moi aller à Washington. »

« Très bien. », s'inclina finalement Abbott, « Je vous laisse le droit de mener votre enquête, quand bien même je reste convaincu qu'il y a une explication plus plausible au silence de Lisbon, même si nous ne l'avons pas encore découverte. S'il s'avère que vous aviez raison, je vous aiderais, bien évidemment. Mais en attendant, je vous préviens : personne d'autre n'est au courant que nous, aucun scandale ne doit éclater là-bas et n'accusez pas Pike avant d'en avoir des preuves tangibles. Compris ? »

« Compris. », acquiesça Jane sur un ton quasi inaudible.

« Bien. », reprit Abbott d'un ton ferme, « Votre avion décolle demain à 8h15. »

Jane raccrocha, légèrement soulagé. Il était à présent parfaitement réveillé et s'attela à ses préparatifs, planifiant mentalement sa quête pour retrouver Teresa Lisbon.

Cette dernière, à cet instant précis mais à des milliers de kilomètres de là, pensait également à Patrick Jane lorsqu'elle entendit que l'on insérait une clé dans la serrure de l'appartement où elle était retenue captive depuis la veille. Elle tenta à nouveau de se défaire de ses liens, même si elle savait que la tâche était vaine. Depuis les heures qu'elle essayait, elle n'avait réussi qu'à se cisailler les poignets et la douleur devenait de plus en plus insupportable à chaque tentative. Des bruits de pas vinrent en sa direction et elle cessa de bouger, son cœur battant la chamade dans sa poitrine. Quelques instants plus tard, Marcus Pike apparut en face d'elle, un sac en plastique à la main.

« Bonsoir, Teresa. », dit-il en souriant. La scène aurait pu être tout à fait normale s'il ne s'était pas adressé à la femme qu'il avait droguée, ligotée et bâillonnée la veille au soir. Il s'assit auprès d'elle. L'odeur de son parfum lui chatouilla les narines et elle se rappela le temps où ils étaient ensemble. Elle adorait ce parfum. Aujourd'hui, il la dégoûtait.

« Si je t'enlève ça », chuchota-il en désignant le morceau d'adhésif qui lui recouvrait la bouche, « tu ne vas pas crier, n'est-ce pas ? »

Lisbon fit non de la tête et Pike lui arracha son bâillon d'un coup sec. Elle inspira une longue bouffée d'air et lui cracha au visage. Avec un petit rictus, Pike se frotta la joue.

« Allons, allons, quelles manières. »

« Pourquoi… ? Pourquoi fais-tu ça ? »

Elle n'avait pas bu depuis de nombreuses heures et parler lui était difficile, chaque mot lu tranchant la gorge comme un rasoir. Avant de lui répondre, Pike sortit du sac qu'il avait apporté une bouteille d'eau fraîche et entreprit de la faire boire. Une fois qu'il la jugea désaltérée, il reposa la bouteille dans le sac et se pencha vers Lisbon. D'une main, il écarta les quelques mèches de cheveux qui reposaient sur son oreille. D'une voix suave qui la fit trembler, ses lèvres touchant presque son oreille, il lui murmura deux mots qui résonnèrent dans son esprit longtemps après les avoir entendus :

« Tiger, tiger. »